Landscapes of Madeira de John et Pat Underwood
Pour se ballader en toute liberté avec ou sans bâtons de marche nous avons utilisé l'ancienne édition française mais le topoguide a été réactualisé en anglais.
On peut faire entièrement confiance aux auteurs qui ne vous mèneront pas sur des chemins de galère (si on suit bien leurs itinéraires).
Ils sont même extrêment prudents, signalant des passages difficiles pour des randonneurs peut être âgés ou débutants, mais que, personnellement, je n'ai jamais trouvé vertigineux. A Madère, les précipices sont peut être impressionnants mais les chemins sont tellement bien entretenus que le moindre à-pic est protégé et équipé d'une main courante.
Orly, 16H : embarquement sans encombre. La pluie a cessé, du hublot, je reconnais le carrefour Pompadour et nos tennis, puis nuages. Une rivière avec de nombreux affluents : la Maine ? La Sarthe ? Puis on voit la mer et des îles Noirmoutier ou Ré ? Sur l’autre bord de l’avion, on devine le coucher de soleil somptueux, pourpre violet, or…
Transit à Lisbonne, 1H3O, cela passe très vite. Les Portugais sont bien habillés, les femmes en bottes à talon, tailleurs et vestes de cuir. Un orchestre et leurs instruments attendent avec nous l’avion de Funchal. Vol de nuit entre Lisbonne et Funchal, on ne voit rien, le dîner fait passer le temps.
Le taxi nous attend. L’autoroute passe sous nombreux tunnels souvent en courbe. Nous traversons le centre-ville éclairé.
Notre chambre est au troisième étage rideaux, lits et chaises sont assortis aux couleurs portugaises : larges bandes rouge sombre et vertes avec de plus fines oranges et vertes perpendiculaires, écossais discret. Sur les murs blancs, deux photos anciennes. Les meubles rustiques sont en bois sombre. La petite table est curieuse avec son plateau octogonal reposant sur une colonne de bois tourné, sorte de balustre. La table de nuit revêtue de marbre porte une lampe de cuivre. Luxe surprenant : un lustre en cristal porte trois ampoules-bougies et de nombreuses pendeloques. Nous poussons les persiennes et découvrons un étroit balcon qui donne sur le port et la montagne toute illuminée. Il fait bon. A minuit et demie, nous avons déjà tout déballé et rangé. Nous voilà installées !
Le froid nous réveille passé sept heures : la petite couverture se révèle insuffisante. Le vent souffle très fort. Un peu avant huit heures nous ouvrons les volets. Le soleil se lève, des bancs épars de nuages sont chassés par la forte brise.
Vêtues de tenues estivales, pantalon beige pour Dominique, bleu écossais léger pour moi, T-shirt et pull, nous partons à la découverte de Funchal et, à la recherche du petit déjeuner pour ce qui me concerne.
A la recherche du petit déjeuner
Nous descendons la rue Major Reis Gomes, rue tranquille entre de vieilles maisons, vieux murs entourant des jardins, pour arriver dans un petit parc planté d’arbres remarquables étiquetés. Les racines toutes soudées courent sur plusieurs mètres faisant une sorte de socle au tronc de l’arbre géant. Des cascades sautent des murets. Un kiosque, entouré de tables, offrirait un cadre agréable au petit déjeuner, pas de gâteaux en vue. Nous allons voir la mer : de curieux restaurants sont aménagés sur de petits bateaux : deux tables par barque. C’est original.
Le vent est tombé. Il fait un temps magnifique. Nous nous installons à la terrasse du kiosque qui propose des pâtisseries. Avec son thé, Dominique choisit une corne fourrée d’une crème aux œufs – valeur sûre au Portugal- je prends un beignet et un grand café. Je commande en Portugais, le garçon me répond dans un Français impeccable. Surprise : mon beignet est salé, farci d’une crème aux fruits de mer, délicieux.
Le long de la corniche, la plage de sable gris grossier est peu attirante. L’autre côté de l’avenue est bordé de beaux édifices et d’un château.
Le Marché
Les abords du marché couvert sont très animés. Des hommes jouent aux cartes. Des femmes, en costume folklorique très coloré : tabliers et gilets rouges, coiffées d’un bonnet rigolo, vendent des fleurs. Ces étals de fleurs sont un régal pour les yeux. Certaines variétés sont connues, les jonquilles, narcisses, camélias, iris, œillets et œillets d’Inde, d’autres exotiques comme les strelitzias et arums, d’autres enfin, tropicales sont extraordinaires, orchidées… sur le trottoir, d’autres femmes vendent également persil, coriandre, thym et herbes inconnues.
A l’intérieur du marché, les boutiques de fleuristes sont encore plus spectaculaires .A l'étage nous découvrons un assortiment de fruits et de légumes aussi pittoresques que parfumés. Nous ne savons que choisir entre les anones, les mangues, kiwis, oranges, citrons verts, goyaves, nèfles, fruits de la passions, bananes mais aussi fraises, pommes et raisin. Les légumes sont plus classiques : carottes, salades, choux, pommes de terre, concombres tomates. En cherchant mieux, on trouve aussi des fèves, des brocolis, des avocats… Tout est extrêmement bien présenté. Les vendeurs, couteau en main, nous proposent de goûter. On se sent un peu piégées. Nous ne pourrons pas tout acheter !
Au fond : le marché aux poissons. Il y a moins de choix : partout, du thon, des poissons sabres, quelques maquereaux, des chinchards. Pas de crustacés, peu de mollusques : patelles et seiches. Nous achetons quatre lisettes et une part de thon que le poissonnier tranche d’un geste impressionnant.
Au supermarché
Après les achats de produits frais,nous trouvons un supermarché, pour l’épicerie de base. Tout est étiqueté en euros, nous faisons nos estimations en multipliant par 6,( comme si cela était déjà entré dans les mœurs !) Plus facile qu’avec les escudos, avec tous les zéros, je ne sais jamais bien s’il faut multiplier ou diviser par trois. Les produits frais sont aussi chers que chez nous, les fruits exotiques encore plus, mais nous avons peut être eu le « prix- touristes ». L’épicerie a l’air moins onéreuse, sauf les céréales, hors de prix.
Nous traversons la ville bien chargées. La Rua de la Carreira nous ramène à la maison. La femme de ménage est passée. Cela fait un peu drôle. Je n’en ai pas l’habitude. Nous la voyons dans l’escalier. J’essaie mon portugais. J’ai le plaisir de former des phrases construites. Je lui demande un vase. Nous allons acheter des fleurs !
La température est maintenant estivale. Je quitte les tennis et le pull et chausse des sandales et des lunettes de soleil.
Après avoir fait connaissance avec le gérant, nous redescendons vers le marché. Nous allons chercher des dépliants à l’Office de tourisme sur le front de mer. Nous arpentons la corniche, dans un sens puis dans l’autre. Envolé ! Ce n’est pas une hallucination, nous le trouvons dans l’avenue parallèle à la corniche. Au marché, on remballe, il n’y a plus rien à photographier en dehors des marchandes de fleurs qui soldent leurs bouquets invendus, un peu défraîchis. Trois pour 200$ . A l’occasion, Dominique prend la vendeuse en photo.
Nous rentrons à passé 14H, affamées et fourbues.
Les quartiers des touristes
Omelette et salade.
Puis une petite sieste pour nous requinquer avant l’expédition de l’après midi.
Nous allons chercher la voiture chez Hertz dont le bureau est situé dans le quartier des grands hôtels. Nous traversons un jardin planté de toutes sortes d’essences exotiques. Il fait bien chaud. Nous sommes vraiment dépaysées. Nous suivons un grand boulevard large et ombragé le long d’hôtels luxueux et de villas dans de magnifiques jardins. Plus nous nous éloignons du centre, plus lis buildings sont neufs et géants. L’hôtel où est installé Hertz s’appelle Monumental !
Dominique râle, le trajet est bien long, je ne sais pourquoi elle a des complexes vis-à-vis des touristes descendus dans ces hôtels. Avec les packages Avion+Hôtel, cela leur revient sûrement moins cher que notre location individuelle. Nous n’avons vraiment rien à leur envier ! D’ailleurs, ils sont vêtus de shorts affreux bon marché. Ce serait plutôt à eux de nous jalouser avec notre belle vue sur la vieille ville et ses petites rues, notre voiture de location et nos 16 jours de liberté !
Nous avons loué une petite Corsa gris métallisé.
La soirée est somptueuse : les étoiles nombreuses. Un bateau illuminé avec des guirlandes égaie le port
.
A 7H30, des godillots de randonneurs nous réveillent. Il fait beau.
7H50, le soleil se lève juste en face de notre fenêtre.
Notre première expédition : randonnée n°6, 11km – 500m de dénivelée entre 900m et 1400m.
trajet vers l'ouest
Avenue Monumentale, puis la voie rapide qui passe sous de nombreux tunnels. 15 km pour atteindre Ribeira Brava, petite localité de bord de mer au bord d’une vallée étroite et profonde. Presque dans des gorges, les parois verticales sont à peine entamées par les terrasses cultivées. Nous revenons un peu en arrière sur la corniche, une petite route en lacets monte dans les bananeraies et atteint les villages de Boa Morte puis l’église Sao Paulo. C’est la messe, de nombreuses voitures sont garées. Les hommes sont debout, sur le bord de la route.
La végétation change : nous passons un bois d’eucalyptus puis des mimosas en fleurs.
Fontes –
Fontes,950 m - est un gros village construit avec des maisons neuves à étages avec des balcons fleuris de grosses potées d’azalées mais aussi de curieuses chaumières aux toits pointus. Nous dépassons le village sans trouver où garer la Corsa jusqu’à une route forestière où nous comptons faire demi-tour. Un petit bus s’arrête et décharge toute une cargaison de randonneurs allemands très bien équipés : chaussures de montagne, bâtons de marche, et anoraks et sacs à dos. Le chauffeur leur donne rendez vous à 15H. Nous décidons de les suivre.
Rando en montagne
Le chemin monte régulièrement, la piste en terre battue est souple et agréable sous nos pas. Il souffle un bon petit vent dans les eucalyptus qui embaument. Les randonneurs ont disparu. Nous suivons le chemin au jugé, maintenant bordé de châtaigniers. Les châtaigniers savent que c’est l’hiver, ils ont perdu leurs feuilles. C’est une curieuse impression que de changer de saison en cours de journée – à Funchal, nous étions en été avec des fleurs épanouies partout – nous voici, ici, revenues en hiver ! La route arrive à la maison forestière de Trompica. C’est bien le circuit. Simplement, nous l’avons pris à l’envers ! Nous voilà rassurées. Nous pouvons maintenant suivre notre chemin sur la carte et le topo-guide.
Les arbres ont laissé la place aux genets à balai qui sont plutôt secs. Sur le bord du chemin, des fagots attachés. Nous arrivons à un col. La vue est dégagée vers la mer, on voit des villages et des terrasses vertes. Des vaches paissent l’herbe parmi les genets. De l’autre côté, les montagnes sont impressionnantes avec des précipices, des falaises verticales. Les coulées successives alternent avec des niveaux oxydés rougeâtres. Même dans les Alpes, on ne voit pas de tels reliefs !
Nous nous arrêtons sur le bord d’une sorte de cuvette, au loin, les pics déchiquetés se détachent. On a construit des murettes hérissées de branchages entrelacés. Pour les animaux ou pour les gens ? Dans la cuvette, on devine des chemins et des petites constructions. Comment arriver là, Des rapaces planent, faucons et buses. A la jumelle, nous scrutons les alentours et retrouvons les randonneurs qui ont atteint un petit sommet marqué d’une borne géodésique. Ils redescendent en longeant une murette.
Des enfants viennent s’installer près de nous. Ils sont accompagnés d’un petit chien qui a l’air très inquiet. C’est l’avant-garde d’une troupe d’enfants emmenés par un instituteur muni d’un caméscope. Une gamine effrontée nous demande de l’argent « money ». Nous décampons et allons pique-niquer au deuxième col Nous sommes confortablement assises sur une banquette d’herbe protégées du vent qui souffle gaillardement. Dans une petite vallée, quelques maisons. Sur un éperon rocheux, de l’autre côté de la vallée, des éoliennes. Nous descendons par un bon chemin herbu. Le topoguide nous avait alarmées évoquant une montée éprouvante par un chemin poussiéreux. La descente se déroule mieux que prévu. Nous atteignons les terrasses, rencontrons une bergère avec ses quatre vaches et ses deux chiens jaunes. Elle enlève à la faucille les tiques accrochées aux oreilles de la vache. On échange quelques mots, je ne sais pas comment on dit vache ou tique en Portugais !
Les terrasses sont minuscules, deux mètres à peine plus de large, peut être une dizaine de long. Des abris ont de curieux toits de tôle triangulaires qui touchent presque la terre.
Nous allons voir la mer. Les villages sont coincés en bas des pentes. Pour y accéder : des tunnels, des rues à sens unique. Nous trouvons un parking à mi-hauteur. Je descends à pied. Dominique doit me rejoindre. J’atteins une petite station : quelques immeubles sur une corniche, un kiosque, des tables, quelques bancs. Grande animation : les voitures s’arrêtent, des cars déchargent des touristes. La mer fait rouler des galets gris sur la plage, deux hommes, torse nu se font bronzer. Le vacarme des galets n’incite pas à la baignade. Dominique n’arrive pas. Alors que je me préparais à remonter au parking après une bonne demi-heure, voilà qu’elle débouche d’un tunnel. Elle a parcouru une bonne dizaine de km sur plusieurs routes.
Le long de la côte, des bananeraies prospèrent. Tout l’espace est occupé. Pas un mètre gaspillé. Les maisons sont en hauteur, les terrasses fleuries. Quelques barques sont posées contre la digue. On sent la présence de la mer, pourtant inaccessible.
De retour à Funchal, Dominique fait trois fois le tour de la ville comme dans toute cité portugaise qui se respecte ! Je retourne au supermarché pour mes achats en euros.
9H, nous quittons Funchal en grimpant dans les faubourgs. Les rues sont incroyablement pentues, étroites et encombrées. Nous faisons des demi-tours hasardeux dans des culs de sacs et, comme par miracle, trouvons enfin la route de Monte en direction de la côte Nord.
Le panorama sur Funchal et son port est magnifique. Pas d’arrêt photo, faute de parking, et surtout, nous sommes pressées d’arriver au point de départ de la randonnée : 11km – 400m- de Santana à Sao Jorge, retour en bus au point de départ.
La route s’élève très vite dans la montagne, Monte est à 600m d’altitude et se trouve en lisière de Funchal. De nombreux camions transportant de la terre, des graviers, ralentissent la circulation. La Corsa se comporte bien et ne chauffe pas. Je n’envie pas Dominique au volant, je serais bien incapable de les doubler. Nous traversons d’abord des bois de mimosa et d’eucalyptus, puis une forêt très sombre de résineux, pins, thuyas, épicéas. Il y a aussi des bruyères en arbres, des camélias géants et d’autres essences inconnues.
Nous traversons le Parc écologique et arrivons après une bifurcation au commet du Pico do Areiro (1800m), un des plus hauts de l’île. La route descend ensuite sur Faial après avoir passé un col à 1413 m dans des reliefs escarpés. Nous retrouvons des terrasses, des falaises impressionnantes laissant voir l’empilement des coulées parfois découpées verticalement, avec des cavités formant des grottes. De belles cascades dégringolent.
A l’entrée de Santana, des maisons en A couvertes de chaume et peintes de couleurs vives entourées de jardins fleuris. Des vignes sont aussi plantées en pente sur de très hauts ceps à la mode portugaise.
Nous cherchons le départ de la rando N°19. Nous demandons aux passants. Personne ne peut nous renseigner. Finalement, nous reprenons la voiture et grimpons dans la montagne. Sur un petit parking, deux itinéraires pédestres sont fléchés. A défaut de la randonnée prévue, nous en choisissons au hasard. Nous partons donc d’un hôtel composé de maisons en A à Pico da Pedras (très joli) nous suivons une levada dans la forêt d’eucalyptus. Une levada est un canal d’irrigation creusé dans la lave, profond d’une cinquantaine de cm large d’autant où court une eau vive, limpide avec un assez fort courant. Le long de la tranchée, un bon chemin d’argile rouge, élastique sous nos pas. Le mur bordant le cours d’eau, très humide, est colonisé par un épais tapis de mousses, fougères variées qui se reflètent dans l’eau. Sur les bords du chemin on a planté des buissons d’hortensias. Ce n’est pas la saison des hortensias, de nombreuses têtes sont fanées, d’autres arborent des teintes étranges bleuâtres avec de délicates nuances de rose. Il y a aussi des jonquilles. La montagne est entretenue comme un parc qui rappelle un peu Sintra.
La marche est facile. Nous sommes sur une terrasse à 900m dans la fraîcheur, le plus souvent à l’ombre de très grands arbres. Des lichens pendent des branches dénudées et donnent un aspect magique. On se dirait dans une forêt enchantée. Quelques fois, des fleurs de rhododendrons flottent dans le canal. A Queimadas, une ravissante chaumière se cache sous des rhodos en fleurs. Une toute petite chaumière a été aménagée pour les randonneurs (table de pique-nique et cheminée). Une chaumière miniature est destinée aux cygnes et aux canards. Nous poursuivons la promenade le long de la levada. Le sentier se rétrécit. Le topoguide nous inquiète. Il nous fait descendre du bord de l’eau pour éviter une portion délicate. Au retour, après avoir interrogé d’autres promeneurs nous passerons très facilement. Des gouttes d’eau dégoulinent des murs de mousses et de fougères. Elles font des petites cascades qui tombent en pluie sur nous ; C’est rigolo. Nous avons marché 2H30 sans nous en rendre compte.
Le retour sera plus rapide. A 16H nous remontons en voiture pour explorer la côte nord et Sao Jorge. Encore des pentes incroyables. La Corsa fait des merveilles. Nous passons devant des terrasses cultivées de choux, pommes de terre, vignes et arrivons à un petit phare.
Les brumes de chaleur donnent au ciel une couleur grisâtre et noient les sommets. Les pics ne sont plus que des silhouettes irréelles. On se dirait dans une estampe chinoise. Les terrasses font penser aux rizières. Les eucalyptus détachent leurs silhouettes déplumées à contre-jour. Dans la brume, on ne voit plus les couleurs. C’est un spectacle d’ombres chinoises.
Quand nous sommes rentrées, notre ménage a été fait, les torchons et les serviettes renouvelés. On pourrait laisser les lits défaits comme à l’hôtel mais nous n’avons pas l’habitude. On le fait quand même ainsi que la vaisselle. Alors la femme de ménage prend des initiatives : nous avons retrouvé nos culottes et notre linge plié, rangé dans l’armoire alors qu’on les avait mis à sécher dans la douche. Les livres sont rangés sous la télé, même celui que je suis en train de lire ! Ce luxe imprévu nous déroute. Pour 250F, nous jouissons d’un studio avec un balcon et vue sur le port et notre ménage est fait tous les jours !
Beau temps mais brumeux.
A huit heures, il faut déjà alimenter le parcmètre.
Nous achetons au marché des sardines et du sabre. Pour les photos, c’est trop tôt, les étals ne sont pas encore installés au rez de chaussée. A l’étage, nous faisons provision de fruits exotiques. On nous fait goûter des fruits de la passion, le fruit bizarre du philodendron, des mangues, tous présentés comme des spécialités locales. Si on regarde les cartons, tout vient du Brésil sauf les anones et les oranges. Il n’empêche que tout est bien tentant.
Pour gagner l’ouest de Madère, nous prenons la voie rapide sur 15 km jusqu’à Ribeira Brava – trajet connu- nous laissons la voie côtière pour suivre un circuit dans l’intérieur permettant de découvrir les villages.
Premier arrêt dans les bananeraies, un groupe de faucons chasse tout près de nous. L’un d’eux se pose sur un toit à quelques mètres et nous avons le plaisir de les observer, les écouter. Ils sont très bruyants, cela me surprend, je les croyais discrets. Le circuit du guide nous propose une sorte de jeu de piste ou de course d’orientation, seuls indices : les kilomètres au compteurs. 8 km après Ribeira Brava, nous devons trouver un ancien manoir à Lombada da Ponta do sol,un solar, c’est une grande bâtisse rose au sommet d’une butte transformé en collège. Des filles très effrontées ne se poussent pas pour nous laisser garer la voiture. Jeans serrés, baskets à semelle épaisse, téléphones portables. Elles pourraient être nos élèves. Je n’aimerais pas enseigner ici : une classe est ouverte à nos regards,une petite salle encombrée de matériel vétuste.
Le village est très fleuri. Partout où il est possible de construire, il y a des maisons. Madère est finalement très urbanisée. Les bananeraies sont minuscules, parsemées de maisons. Près de chaque habitation deux ou trois orangers ou des anones reconnaissables à leurs feuilles arrondies.
Dans le village suivant, Canhas, l’attraction est un chemin de croix. Nous nous garons à l’église. Traversons un cimetièredont les allées sont bordées de buis taillé. Les tombes sont extrêmement décorées avec beaucoup de fleurs artificielles, ce qui est étonnant dans cette île fleurie en toutes saisons. Sur les croix, d’étranges boîtes de verre avec des photos, des cierges, des guirlandes. Complètement baroque. Je n’ose pas photographier. Eglise sans intérêt sur une placette pavée de galets formant des motifs décoratifs. Le chemin de croix vanté par le guide touristique, est décevant, des croix de ciment sur le bord de la route. Il fallait vraiment trouver quelque chose pour attirer le touriste !
On nous promet des églises intéressantes à Loreto et à Arco de la Calheta. Nous les apercevons de la route, mais dépitées par le chemin de croix, nous ne faisons pas le détour. En plus des bananes, on cultive maintenant sur des terrasses, la canne à sucre et la vigne, en plus des pommes de terre et des choux dans les jardins. Les paysans sont occupés à butter les pommes de terre avec des fourches bêches et des houes. Très souvent, nous croisons des habitants, une serpette ou une faucille à la main. Nous voyons aussi les cantonniers désherber le bord de la route ou repiquer des fleurs dans chaque courbe. Les routes sont entretenues comme des parcs. Après le désherbage, ils balaient soigneusement la terre sur la route.
Nous pique-niquons sur une aire aménagée dans un virage : deux tables et de jolis massifs de bégonias, coléus et iris bleus fleuris. Inconvénients, nous sommes à l’ombre et la circulation est gênante.
A la sortie de la forêt, un belvédère dominant une vallée échancrée aurait été un meilleur emplacement pour le déjeuner, nous nous y posons le temps de manger le dessert et d’écrire nos cartes postales que nous posterons au bureau de poste le plus à l’ouest de l’île : le dernier avant l’Amérique ! La postière est très gentille mais elle n’a plus de timbres, elle nous promet que les cartes partiront demain. Arriveront elles ?
Vers 15H nous touchons l’extrême ouest : le phare de Ponta do Pargo. Le paysage s’est transformé, le relief atténué, les sommets et les pics sont dans le lointain. Les terrasses et les bananiers ont disparu. Autour du phare : de l’herber verte, très verte, des ajoncs. Sur les croupes molles, des vaches et des veaux. Plus de maisons non plus ! On se croirait en Bretagne ou en Irlande. Les falaises sont impressionnantes. Les vagues se brisent loin au dessous de nous. Le spectacle de l’écume qui se mélange au vert émeraude dans des nuances turquoise changeantes, nous fascine.
Nous rentrons par la route de la Côte avec ses nombreux tunnels. Pour l’atteindre, 8 km de lacets et épingles à cheveux, pour un dénivelé de 600 m. Un petit café est très bien situé : le « café du précipice », dans un virage : une jolie terrasse avec quelques tables vertes. Je bois enfin un bon café de bistrot. Dominique est moins chanceuse, elle a commandé du lait, on lui apporte chaud.
Au niveau de la mer, à Jardim do Mar, (pas de jardin) on s’assied à nouveau pour contempler les vagues, arrêt au supermarché de Calheta.
Le soleil est une grosse boule jaune pâle dans les brumes de chaleur. Le verrons nous se coucher ? Dernier arrêt à Camara da Lobos, petit port abrité entre deux jetées de basalte.
Pas de coucher de soleil, la brume a englouti le ballon encore jaune.
L'aéroport
Autoroute du côté de l’aéroport jusqu’à Caniçal. La piste repose sur d’énormes piliers. Elle est suspendue au dessus de l’autoroute au ras de la mer. Des collines ont été arasées. Les travaux sont impressionnants, quoiqu’un peu déprimants : pendant des siècles, les habitants de Madère ont façonné les petites terrasses, adossé leurs maisons aux falaises, modelant un paysage original d’une grande beauté. Les travaux publics modernes ont creusé des tunnels impressionnants sans trop massacrer la topographie mais on entrevoit la possibilité de construire n’importe quoi. Nous passons à côte de Machico, bourg important avec industries et immeubles, sans nous arrêter.
Caniçal
A Caniçal, nous faisons la tournée de tous les bars pour chercher des beignets de poissons pour le déjeuner. C’est encore trop tôt! Ils n’ont sorti que les gâteaux sucrés du petit déjeuner. Dans le dernier café, j’avise des plats de poulpes cuisinés de différentes façons et du thon en salade. Je rassemble assez de Portugais pour demander du poisson à emporter. La dame sort de son comptoir et me conduit au poissonnier ambulant. J’explique mieux. C’est du poisson déjà cuisiné qu’il nous faut. Elle nous apporte un magnifique Tupperware au couvercle rouge et le remplit de poupes à la sauce rouge aux oignons.
Randonnée N°13
Cette fois-ci nous n’avons aucune difficulté à trouver le départ de la Randonnée N°13 qui part du parking d'après le topoguide. Nous voici rassurées !
Le sentier démarre derrière un « Parc Eolien » et s’engage dans une lande très verte. Ces paysages de pointe ont vraiment un « air de famille » qu’on se trouve sur la Pointe du Raz, à Crozon,à Quiberon, en Irlande ou au Portugal. Sur les falaises, la végétation est très rase, il n’y a pas d’arbres ou d’arbustes, les rochers…
Très rapidement, nous quittons les replats herbeux pour arriver aux rochers. Le sentier s’engage sur une coulée beige. Il faut faire attention à ne pas se perdre. L’itinéraire est balisé par des petits cairns. Ce n’est pas de l’escalade, mais cela y ressemble un peu. Dominique se demande comment elle repassera au retour. Des touffes de giroflées de Madère (Matthiola maderensis) à teinte mauve poussent directement sur la pierre, leurs fleurs sont plus grosses que celle des giroflées communes, elles ont le même fruit en cosses ou siliques desséchées qui s’ouvrent en deux. Il y a également des sortes de chrysanthèmes avec des fleurs comme des marguerites sauvages ou Marguerites de Madère.
Géologie
Nous marchons sur la coulée découpée par des filons colorés, jaunâtres ou verts. Des filons plus durs forment de petits chicots en relief gris foncé, d’autres plus tendres font comme des tranchées nettes évidées. Nous descendons sur une couche de lave oxydée et parvenons à un gouffre : la mer bleu vert cogne la base des rochers. Les falaises sont très pittoresques : l’empilement des coulées foncées alternant avec des niveaux de tephras très colorées, jaune, orange, rouge recoupées par des cheminées verticales où la lave s’est solidifiée en formant des prismes horizontaux, perpendiculaires à l’écoulement.
Dans la baie, de très curieux piliers émergent de la mer. Le sommet d’une énorme cheminée noire est occupé par des goélands. Dominique, qui me précède, m’annonce une surprise. Comme elle s’est immobilisée, je pense à un oiseau et ne découvre qu’ensuite les très curieux « hippocampes » rouges devant la cheminée noire. On dirait des arbres géants écorcés. Nous photographions les parois multicolores se détachant sur la mer, soulignés par l’écume des vagues.
Nous rencontrons d’autres randonneurs, des Anglais et des Hollandais, bien chaussés et discrets. Leur compagnie ne nous gêne pas, elle rassure même.
Nous continuons notre progression sur la lave. Ce n’est plus la Bretagne, c’est l’Etna ! Les couleurs, les formes sont spectaculaires. Certaines roches sont bulleuses, d’autres truffées de pyroxènes. Les coulées sont très différentes, certaines, épaisses sont solidifiées en prismes, d’autres sont creusées de grosses bulles, grottes rougeâtres ou noires.
Le chemin suit une arête décrite par le topoguide comme effrayante. Aucun sentiment de vertige : des filins sécurisent la promenade. Nous retrouvons ensuite la végétation, buissons d’immortelles (helichrysum oliconicum ou devium) vipérines de Madère et un tapis de chardons et d’épines. Dominique s’installe en face d’un autre gouffre tandis que je termine la balade par l’ascension d’un petit mont pointu et rougeâtre, bien raide et bien glissant à la descente qui offre un beau panorama sur les îles, le phare. Quand je retrouve Dominique, elle m’annonce qu’elle a dû vider mon sac où la sauce des poulpes s’est répandue. Les animaux ne sont pas farouches. Les oiseaux ont une distance de sécurité de quelques mètres seulement. Pendant le pique-nique, des petits lézards viennent picorer la sauce et les morceaux de poulpe. Ils montent dans le sac et même sur les chaussures.
Le retour que Dominique redoutait se passe facilement, les promeneurs sont nombreux.
Retour à 16H30 au studio. Cela pose un problème de parking : la rue Alegria, notre rue, est gratuite mais occupée. Rue Major Reis Gomes, il y a de la place mais il faut mettre des pièces dans le parcmètre.
Voyage dans le temps
Je redescends la Rua de la Carreira pour porter les pellicules chez le photographe. Si la machine Fuji, en rez de chaussée paraît moderne, il en va tout autrement dans le magasin situé à l’étage. Je passe devant une mercerie qui vend des broderies au premier et découvre au second le studio photo, grande pièce vieillotte, photos d’un autre siècle.
Mon voyage dans l’espace temps continue chez le coiffeur. La coiffeuse, à l’étage, officie en tablier avec des machines d’un autre âge, casques suspendus, vieux ventilateurs, vitrines contenant un bric à brac d’épingles à chignon et à cheveux, lotions étiquetées à la main. Es ciseaux semblent sortis d’un écomusée. Je suis un peu inquiète et ravie du dépaysement. Je suis sortie impeccablement coiffée.
Temps couvert, éclaircies
Quittons Funchal par Monumental, Camara de Lobos et par la 229 Estreito de Camara de Lobo. La levada est bien indiquée. Nous garons la voiture pile devant le départ de la randonnée.
Une dalle de ciment recouvre le canal, nous marchons entre les maisons et les jardins sous les tonnelles de vignes. C’est tout à fait charmant. La vue porte jusqu’à la mer. Dans les jardins poussent des fèves en fleurs, des pommes de terre buttées et les inévitables choux.
Lorsque nous nous écartons des habitations, nous retrouvons l’eau courante. Le bord est étroit, il faut regarder nos pieds. Des hommes travaillent sur leurs terrasses impeccablement retournées bien que drôlement en pente. Avec des seaux, ils remontent la terre, bien précieuse ici. Les cerisiers très soignés sont encore en hiver. C’est quand même bizarre. En France, dès que l’hiver est trop tiède ils fleurissent en avance puis gèlent. Ici, dans cette île qui ne connaît pas les gelées, ils restent sagement au repos alors que la température dépasse les 20°C.
Les paysans nous crient de faire attention à bien quitter la levada à l’endroit où la plateforme est rétrécie et un rocher proéminent.
La levada épouse la cote 550 et s’enfonce dans la vallée très resserrée jusqu’au lit de deux petites rivières formant le V caractéristique.
Oxalis, agapanthes, pervenches
Nous retrouvons des maisons que nous longeons par l’arrière, cachées par des murs de parpaing très laids. En plus, le canal est à sec, de la boue marron s’est déposée, que les cantonniers retirent à la pelle. Dans les pentes il y a des ordures. C’est assez sordide, il règne ici une pauvreté certaine. Côté rue, les maisons sont très avenantes avec des dizaines de potées d’orchidées, de fuchsias, géraniums, gerberas, œillets ou du pourpier qui dégouline des murettes. Le linge multicolore donne aussi de la gaîté. Côté mur, c’est sale, misérable. Malheureusement, nous sommes du mauvais côté !
Nous avons marché 2H30 (en comptant les arrêts) et retournons donc à la voiture.
Sur le chemin du retour, je photographie les fleurs : oxalis qui font des taches jaunes, grosses touffes d’agapanthes malheureusement défleuris, arums blancs magnifiques, iris blancs, grandes pervenches épanouies.. Dans ma tête je construit un refrain avec les noms des fleurs « oxalis, agapanthes, iris, pervenche… »Nous nous arrêtons dans une pâtisserie luxueuse pour un café et des beignets nous payons 240$ (environ 8F). Puis nous retrouvons la levada à Boa Morte (quel drôle de nom !). Je marche encore une bonne heure tandis que Dominique m’attend dans la Corsa
Au bout de notre rue Alegria ; de l’autre côté d’un canal presque à sec, il y a un grand supermarché avec un parking. C’est Byzance. Ce soir nous mangerons des escalopes de veau avec des légumes bizarres trouvés au marché, sorte de courgettes boursouflées (ce sont des cristophines).
Mon voyage dans l’ancien temps chez le photographe tourne à la catastrophe. Les photos sont tirées en dépit du bon sens avec des couleurs hideuses. Moi qui croyais dans les vertus de l’artisanat d’autrefois !!! Cela avait bien marché chez la coiffeuse mais pas ici.
Hésitations : le ciel est couvert, le plafond bas, nous prenons quand même la direction de Canhas. Notre guide nous recommande de chercher le Christo Rei pour trouver le départ de la randonnée. On demande aux habitants, on galère sur de très petites routes très en pente. C’est fou le nombre de crucifix qu’on peut trouver en pleine campagne ! L’indice du guide ne nous aide pas beaucoup. Enfin, nous trouvons de l’aide auprès d’un taxi et nous trouvons le monument une dizaine de km plus loin dans la montagne : une grande croix, une statue affreuse peinte en blanc et des stèles.
11H30, nous sommes en plein brouillard froid et pénétrant. On persiste.
L’eau qui remonte les pentes !
La levada do Paul est un tout petit canal à la cote 1300m, rempli à ras bord. L’eau est vive, il y a beaucoup de courant, il y en a tant qu’avec le vent l’eau semble remonter la pente. Cela doit être un effet d’optique. Physiquement, c’est impossible. Cette levada est beaucoup plus petite que les précédentes. On peut l’enjamber. Une mousse vert tendre pousse en coussins arrondis et masque le rebord en ciment. Le chemin est très humide, même un peu boueux mais il n’y a pas de précipice. Quand le rebord est trop humide, nous marchons sur l’herbe rase.
Nous sommes au dessus de l’étage des eucalyptus et des mimosas. Ici, comme à Fontes-Trompica (N°6) c’est le domaine des fougères, des genêts à balais et des bruyères. Les fougères sont sèches, les petites crosses neuves commencent à sortir. Des moutons, brebis et agneaux noirs avec de grands yeux clairs broutent l’herbe très verte. Quand le bruit de nos pas ne résonne plus, on entend le chant du ruisseau et les ovins qui broutent. La levada serpente, épousant les courbes de niveau. Dans les creux du V une petite rivière non canalisée saute par-dessus les rochers. Nous marchons au sommet d’une coulée aux roches bulleuses, scoriacées aux formes contournées, bizarres. Les bergers ont creusé ces grottes où poussent toutes sortes de fougères.
Pique nique
Nous déjeunons assises sur de grosses pierres, non loin des chèvres et de leurs biquets, face à la mer moirée sous les rayons de soleil qui sortent des déchirures des nuages. L’horizon est invisible. L’eau se confond avec le ciel. On dirait que l’océan a envahi le ciel.
J’ai acheté des croquettes de morue, un bel avocat et du pain d’épice aux amandes. C’est délicieux. Pour couronner le tout, le soleil fait son apparition, les nuages sont remontés et il fait plus chaud.
Dans le brouillard
De nombreux cars, taxis et voitures dépassent le Christ Roi en direction de Rabaçal. Nous les imitons. La route quitte assez vite les fougères pour arriver sur un plateau envahi par les nuages et le brouillard. Ce long plateau décrit comme un marais nous semble plutôt un désert de pierres avec très peu de végétation ayant des airs de parenté avec l’Irlande. Mêmes couleurs de camaïeu roux et larges étendues pierreuses, mêmes moutons en liberté. Nous roulons dans des nappes de brouillard, ce qui accentue l’analogie irlandaise.
Au col : le soleil !
A 1500m, près du parc des éoliennes disparues dans le brouillard, nous arrivons à un col. On se croirait en avion, fonçant sur la mer. Les nuages se déchirent. Il fait beau sur la côte Sud !Un virage plus bas, le panorama est extraordinaire. Debout sur un éperon rocheux, nous voyons les deux côtes de l’île. Du côté ouest, une muraille presque verticale où s’empilent les coulées volcaniques formant des marches, à nos pieds le sillon Nord-sud, une longue faille qui découpe l’île en une fente étroite. Plus loin, les pics pointus que nous avions découverts lors de la première promenade. Nous commençons à avoir une meilleure représentation de la géographie de Madère. Nous retrouvons la route forestière parcourue dimanche et reconnaissons les endroits où nous nous sommes arrêtées.
La route bifurque à un autre col à 1000m : Encumada.
Une grosse barre de nuages stationne sur la mer. Hier, le directeur de l’hôtel, nous avait annoncé un temps nuageux, d’après son journal. D’après lui, cependant, le temps est imprévisible sur cette île. Nous décidons de rester à Funchal. De plus, il nous faut retourner au marché.
La Cathédrale de Funchal
Sur la route du Mercado, nous visitons la Cathédrale. De dimension assez modeste, sobre de l’extérieur, murs blancs et parements de basalte gris foncé ornés de quelques motifs manuélins. Quand on entre, la nef paraît vaste, le plafond à caissons mudéjar est vraiment magnifique. Comme souvent, au Portugal, le beau retable, porte des dorures, des colonnes torses ornées de raisins, mais dans un registre raisonnable loin des surcharges baroques de Porto. Difficile d’adopter ici l’attitude du simple curieux. L’église est habitée. Les groupes du 3ème âge entrent avec force signes de croix et génuflexions, des Portugais prient. Il convient donc d’être discrètes.
Au marché
Les poissonniers nous reconnaissent. Le marchand de sardine, étonné que nous n’en voulions que 12 en ajoute une treizième et pèse la livre. Celui qui a tranché le thon à la hache la dernière fois nous découpe des tranches fines au couteau mais il y en a deux fois de trop. Ceci, dans la bonne humeur !
Pour les légumes, je remarque qu’au rez de chaussée, les maraîchers vendent des produits locaux simples (carottes et oranges) tandis que ceux de l’étage sont surchargés de produits exotiques. Il vaudrait mieux acheter en bas. Nous cédons à la tentation de monter voir les étals colorés et d’acheter des fruits de la passion. Le marchand en découpe un pour le faire goûter. Il fait un assortiment qui nous reviendra à 2900$. Nous partons avec l’impression amère d’être tombées dans un piège.
Jardin Botanique
Nous entrons dans le Jardin Botanique par le Jardin des Perroquets. Je n’en ai jamais vu tant ! Ils sont splendides mais leurs cages au grillage gris et au sol cimenté sont bien laides. Seuls, les grands aras bleus ont droit à une grande volière avec des bananiers et des tonneaux pour nichoirs.
Nous restons de 11H à 15H au jardin botanique et terminons chacune une pellicule de 36 pauses. Le vent a chassé les nuages du matin. Il fait un soleil radieux et les fleurs se prêtent à la photographie !
Le jardin est planté sur une pente raide, des terrasses figurent chacune un thème différent. En bas, la pelouse des palmiers et un massif représentant la végétation des îles Désertas et Porto Santo, un autre les végétaux d Madère. Je suis un peu déçue par l’étiquetage, seuls les arbres sont identifiés, pas les herbacées. La beauté du jardin compense largement cette petite contrariété. Une autre terrasse est consacrée aux succulentes et aux aloès, très photogéniques par leurs fleurs surprenantes, leurs silhouettes et en macro les épines et les épaisses feuilles.
Nous déjeunons sur un banc. Funchal, son port, ses collines, la mer sont encadrés par deux buissons de strelitzias. Lézards et pinsons, très familiers, se tiennent à moins d’un mètre de nous.
Enfin, plantes agricoles, celles de Madère, bien sûr,mais aussi d’autres plus surprenantes : le café et le thé.
Je ressors du jardin avec l’impression qu’on pourrait cultiver n’importe quoi à Madère. La provenance des plantes acclimatées est universelle : Australie, Afrique du sud, Chine, Brésil ou Mexique….
La mer : Santa Cruz
Nous avons envie de revoir la mer de près et de visiter la côte Est que nous n’avons fait que traverser. Le plus simple pour sortir de Funchal serait de prendre l’autoroute. Je demande conseil aux chauffeurs de taxi qui attendent le chaland à l’entrée du jardin en s’ennuyant. En Turquie, les taxis étaient nos meilleurs guides. Pas ici, pour blaguer, sans doute, ils nous envoient vers le haut de la rue alors que l’autoroute est bien visible en bas ; Mais, la logique des sens uniques explique peut être certains mystères. En tout cas, la cote est si escarpée que la Corsa cale dans un tournant. Je manifeste un geste de frayeur. Dominique est vexe et me le fera payer toute l’après midi. Nous continuons toujours vers l’est, mais par la montagne et arrivons à Santa Cruz vers cinq heures. Petite ville tranquille le long d’une plage de galets avec une petite église blanche dont le plafond peint ressemble à la carène d’u n bateau, très belles tribunes de bois également. Croquettes de poissons dans un salon de thé.
Machico, à la tombée de la nuit, nous assistons au retour des pêcheurs.
Après dîner nous nous promenons sur le bord des quais de Funchal illuminés par un beau bateau d croisière décoré de guirlandes. Nous remontons par les vieilles rues entre les murs blancs enfermant les jardins des Quintas anciennes, maintenant transformées en restaurants. Monumental et ses hôtels monstrueux, jardin exotique avec sa statue de Christophe Colomb.