CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

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Cap-Vert

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le plus poétique des guides au Cap Vert,

Publié le : 21 Mai 2007
le plus poétique des guides au Cap Vert,

Jean-yves LOUDES : CAP VERT NOTES ATLANTIQUES


Cet ouvrage m’a accompagnée tout le séjour comme livre de chevet extrêmement poétique.
Avant de le trouver, j’avais fantasmé d’écrire pour éditer mes souvenirs de voyage, voilà le livre que j’aurais aimé écrire, et surtout le voyage que j’aurais aimé faire.
Entrer dans l’intimité des îles en rencontrant les personnes qui livrent les plus belles histoires.
C’est le livre d’un anthropologue et d’un écrivain. Je ne suis ni l’un ni l’autre. Visiter le Cap Vert mérite le regard d’un anthropologue. Et raconter ces histoires, l’imagination d’un écrivain.
La structure du livre est très intéressante : une contrainte, une histoire par île, un personnage par île, personnage rencontré ou historique comme Edmond de Montrond, imaginaire comme Vévé le paveur de la Route de Corda


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Deux livres à emporter au Cap Vert

Publié le : 17 Février 2007

Jean-yves LOUDES : CAP VERT NOTES ATLANTIQUES

Cet ouvrage m’a accompagnée tout le séjour comme un guide de voyage extrêmement poétique. Avant de le trouver, j’avais fantasmé d’écrire pour éditer mes souvenirs de voyage, mais voilà le livre que j’aurais aimé écrire, et surtout le voyage que j’aurais aimé faire. Entrer dans l’intimité des îles en rencontrant les personnes qui livrent les plus belles histoires. C’est le livre d’un anthropologue et d’un écrivain. Je ne suis ni l’un ni l’autre. Visiter le Cap Vert mérite le regard d’un anthropologue. Et raconter ces histoires, l’imagination d’un écrivain. La structure du livre est très intéressante : une contrainte, une histoire par île, un personnage par île, personnage rencontré ou historique comme Edmond de Montrond, imaginaire comme Vévé le paveur de la Route de Corda

Teixeira DE SOUSA : Un Domaine au Cap Vert

J’ai dévoré en un week end ce roman qui raconte la décadence d’une famille de Blancs de Sao Felipe dans les années soixante quand le Cap Vert était encore une colonie portugaise au temps de Salazar.
L’ancêtre meurt, seul reste sur Fogo un fils Eusebio, les autres enfants sont exilés à Lisbonne ou à Praia et se désintéressent du sobredo qu’elle laisse ainsi que du domaine agricole, des terres de maïs ou les caféiers. Les partages, les mauvaises récoltes ont eu raison de la richesse ancienne. Les Blancs sont désemparés devant la montée d’une nouvelle bourgeoisie métisse et noire. Le médecin mulâtre essaie de moderniser le petit hôpital de Sao Felipe grâce à une souscription auprès de l’immigration, il sera dénoncé à la PIDE malgré toute l’adoration que lui voue la population . La nouvelle bourgeoisie noire commerçante se compromet avec le régime en envoyant les paysans ruinés travailler à Principe et Sao Tomé comme de nouveaux esclaves. Le vent d’est brûle en une nuit toutes les récoltes . Un « américain » rachète le sobredo et en chasse les Blancs. La jolie maîtresse noire  d’Eusébio attrape la lèpre.

C’est une chronique très prenante de la vie de Fogo qui n’a pas vraiment changé depuis quarante ans. Je revois la ville de Sao Felipe imaginant ses anciens colons blancs qui ont bâti les sobredos . Le volcan est à peine présent si ce n’est une expédition vers les domaines agricoles où Alberto de Lisbonne doit franchir la coulée mal refroidie du volcan .

Une autre vision de Fogo avec le café, les haricots, sans la vigne et les enfants blonds.
En tout cas un grand livre qui m’a émue par delà les souvenirs de vacances.


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17. Epilogue : pourquoi le Cap Vert ?

Publié le : 21 Juin 2006
17.  Epilogue : pourquoi le Cap Vert ?

De retour à la maison

J’ai enfin recopié mon journal de voyage, relu et apporté quelques retouches. L’aventure touche à sa fin et pourtant reste sans conclusion. Je n’ai toujours pas de réponse à la question que tout le monde nous pose : pourquoi le Cap vert ?


Diverses réponses se bousculent sans que je n'arrive à donner un ordre de préséance.


1. Désir d’Afrique sans les inconvénients de l’antipaludéen et de la vaccination contre la fièvre jaune. Le climat aussi est idéal pour des vacances en Juillet, qui est saison humide sous les Tropiques dans l’hémisphère nord.

2. Désir de soleil et de mer, de ma part tout au moins.


3. Désir d’aventure : l’expédition de Ninette, il y une dizaine d’années, nous avait impressionnées.

Il faut aussi chercher une cohérence avec nos voyages précédents :

1. La série Turquie-Maroc-Egypte, pays musulmans, commençait à être longue. Envie donc d’autres civilisations.

2. J’avais très envie de retourner en Asie, Dominique pas, à cause de l’antipaludéen, mais aussi de peur d’être déçue en comparaison avec la Thaïlande, qui reste notre voyage number one.

3. Encore une raison à aller chercher en Egypte, après cet émerveillement devant la richesse des monuments et devant l’Antiquité, nous avions besoin d’autre chose. Le cap Vert est l’antithèse de l’Egypte. Pas d’histoire millénaire, pas de monuments, pas de tourisme organisé, pas de musée. La nature presque vierge, la mer, les volcans, tout à découvrir par nous même sans lecture ni guides, construire nous même notre découverte. J’avais même pensé monnayer mon journal de bord à Géo ou à un magazine, devant la pauvreté de l’information... Nous devenions des exploratrices.

4. Autre série : Portugal, Madère, Cap Vert... J’ai commencé à apprendre le Portugais avec Assimil. J’ai trouvé cette langue difficile mais j’ai envie de "rentabiliser cet investissement". D’ailleurs je continuerais bien la série au Brésil. La lusophonie est immense et si méconnue à Paris, porteuse de rêves d’océans qui me sont tout à fait étrangers, et à cause de cela passionnants.

5. Musique que j’aime beaucoup ? Pourquoi le Cap Vert ? Beaucoup à cause de Césaria Evora !

6. Envie de prolonger l'enchantement de Madère. Il me semblait que nous allions retrouver ces impressions tropicales, insulaires et volcaniques en beaucoup plus intense. Fascination du volcanisme : à Madère les pics m’avaient impressionnée, mais ils étaient éteints depuis des millions d’années. Au Cap Vert, j’allais les voir actifs .

7. Ecotourisme : cette île est le meilleur endroit qui se prête à la rencontre avec la nature et les habitants. Ce genre de tourisme est un véritable mode de vie. Passer des vacances dans un pays inconnu sans se métamorphoser en touriste au mauvais sens du terme. La situation sanitaire et l’absence de tensions raciales ou sociales en font la destination la plus cool avec la Grèce. On peut se promener à pied sans aucun danger ni aucun tracas quelconque. Pas besoin de fermer la porte à clé chez l’habitant ni celle de la voiture.


Finalement, à la question si fréquente de tous nos proches, j’ai trouvé une dizaine de bonnes réponses...


16. Retour en passant par Sal

Publié le : 21 Juin 2006
16.  Retour en passant par Sal

Adieux à Aquinino

Nous faisons nos adieux à Aquinino, toujours aussi souriant mais discret. Il est dans son bureau avec ses ordinateurs à l’arrière de son magasin général, du nom des Vieux Amis. On y vend vraiment de tout, de l’eau, des légumes, des fruits, mais aussi des baignoires, des rouleaux de linoléum, des sacs de ciment, de la plomberie...
Aquinino et son secrétaire sont sur Internet tandis que la femme rend la monnaie sortie d’un tiroir en bois et inscrit les menus comptes à la main sur un cahier d’écolier.

Je fais des compliments sur les plages. Une restriction, cependant. Les dépôts d’ordures sur la plage de Barril. Justement, en Octobre, les luxembourgeois ont un projet pour nettoyer tout cela. On a bien besoin du Luxembourg !

Révision des paysages, à bord d’un magnifique 4x4 de Toy (notre loueur), décoré de petits drapeaux américains. J’aime toujours repasser plusieurs fois aux endroits visités.

Transfert Sao Nicolau/Sal

Pour changer, l’avion est ponctuel. Dominique a enfin trouvé l’explication des retards à répétition : pour les liaisons inter-îles TACV ne possède que trois ATR. Si un seul est en retard, cela détraque tout le planning des vols. Comme d’habitude, nous prenons nos places à l’avant de l’avion pour avoir plus de place pour les jambes. Pour trente minutes, ce n’est pas indispensable, mais c'est amusant. Ce sont nos places attitrées !

Retour à la modernité

A l’aéroport de Sal, retour à la modernité : un autobus nous fait traverser le tarmac, peut être 100m à parcourir. Les bagages arrivent sur un tapis roulant. Sommes nous encore au Cap Vert ?
Santa Maria est beaucoup plus animée que lorsque nous l’avons quittée : des boutiques ont ouvert leurs portes, tous les  restaurants sont ouverts, les agences immobiliers aussi. La saison touristique bat son plein ! Il fait aussi nettement plus chaud.
Notre chambre à la Pensao Alternativa nous surprend agréablement : vaste, fraîche, grande salle de bain, mobilier simple et clean.
Vers cinq heures, je vais me baigner au ponton. Les vagues ont disparu. La première fois que nous étions venues c’était le jour de la tempête de sable.

Plage

Aujourd’hui l’eau est tiède, limpide. j’ai renoncé aux sandalettes. Quel plaisir de fouler le sable juste tiède. Il est beaucoup plus blanc et plus fin que sur les autres îles. C’est la blancheur qui est surprenante lorsqu’on revient à Sal. On est ébloui par les dunes claires. L’œil s’était habitué aux ocres rouges et noirs des basaltes.

Promenade pieds nus sur toute la longueur de la plage sur le sable mouillé. La vague vient me lécher les orteils.

Samedi 3 Août :Sal

Le bruissement de la canne à sucre semblable à celui d’une averse sur les feuilles de bananier a remplacé le roulis de la mer de Sao Nicolau ou de Santo Antao. Les volets d'Alternativa peints en jaune ont une ombre bleue et l’ensemble est étrange. J’avais même cru qu’on avait peint l’envers en bleu.

Ce vent m’inquiète un peu : est-ce que les vagues sont revenues ?
Sal, île du vent, mérite sa réputation.

Après le petit déjeuner, nous fermons les bagages en gardant le strict nécessaire pour la journée de plage qui reste avant de reprendre l’avion.

Nous nous installons devant les grands hôtels de bungalow et trouvons deux lits de plage et un parasol dans un endroit qu’on vient tout juste d’aménager. Nous sommes seules et personne ne dérangera. Nous avons toute la journée à attendre l’avion sur cette plage animée par les estivants des hôtels, c’est un peu une transition vers l’Europe. On parle plutôt Italien. Les planches à voiles évoluent devant nous faisant des poursuites, presque des régates, curieuses évolutions de Windsurf, sur une planche accrochés à une sorte de cerf-volant comme celui des parapentes. Les vagues sont de taille raisonnable, il fait beau, je me baigne... Vers le soir, je pousse la promenade jusqu’au bout de la plage interminable. Des magnifiques voiliers rentrent à Santa Maria.

SDF?

Quand le soir tombe, nous sommes un peu SDF et dinons de yaourts sous un réverbère. Il faudra encore attendre de longues heures avant le taxi à 22h, puis dans le hall de l’aéroport. Une escale d’un avion brésilien en provenance de Fortaleza fait diversion. Les Brésiliens s’amusent beaucoup de la fresque, des escudos capverdiens. Pour nous, ils sont exotiques.

Notre avion, Amalia Rodrigues, nous conduira jusqu’à Orly. Il est presque vide, nous avons de la place pour nous installer et dormir.


15. Sao Nicolau, Tarrafal, plages

Publié le : 17 Juin 2006
15. Sao Nicolau, Tarrafal, plages

Tarrafal semble être au bout du monde. Ville sans queue ni tête, une promenade le long du port, une rue large bordée d’acacias, perpendiculairement à la mer, allant jusqu’à l’église, la poste, la banque et quelques discrets magasins. Ailleurs, les maisons sont construites n’importe comment sans qu’on trouve des rues bien définies. Procession interminable des enfants qui portent des bidons et des seaux allant aux fontaines publiques.

Une magnifique plage de sable noir

Nous cherchons une plage vers le nord et marchons environ deux kilomètres pour arriver sur une magnifique plage déserte de sable noir, réputée pour guérir les problèmes articulaires. Un seul rouleau, véritable mur liquide vert et lisse qui s’enroule avant de venir se fracasser, très impressionnant d’autant plus que le reflux est très fort. Je me cramponne en enfonçant mes pieds dans le sable mouillé pour ne pas perdre l’équilibre. Pourtant, quand la vague se retire, l’eau m’arrive tout juste au dessus des chevilles. C’est très agréable de sentir ce sable mou sous mes pieds. Dominique me décourage et nous rentrons.

Notre chambre au-dessus du magasin général

En ouvrant la porte sur le couloir pour faire un courant d’air, avec l’aide du ventilo, il fait presque frais. La veille nous avions été surprises par la chaleur pour la première fois au Cap Vert.

Les gamins de tarrafal ont des planches de surf en bidons

La plage de Tarrafal, ce matin, était vide et nous avait paru sale et triste. A quatre heure de l’après midi elle est remplie de gamins qui ont bricolé des planches de surf très ingénieusement : une dizaine de bidons rectangulaires vides dans un sac de maïs en plastique, une ficelle et deux bâtons forment un flotteur rigide. De belles vagues déferlent avec une belle écume blanche sur laquelle ils se laissent glisser. Les vagues sont moins puissantes et je suis en confiance avec tous les enfants. Je m’amuse beaucoup à sauter dans les vagues. Sur le sable, le spectacle est partout : les surfers, les petits avec ou sans slip noirs se roulent dans le sable noir. Certains jouent au cerceau avec des jantes de roues de vélo. Dominique en a repéré un très rigolo avec son slip qui lui tombe aux genoux tout couvert de sable avec une bouille effrontée. Vers six heures, les adultes arrivent, des jeux de volley s’organisent. A un moment tous les occupants de la plage convergent vers une bagarre. On sépare les combattants. Nous rentrons pour nous installer sur la terrasse en compagnie du chien Orféo et attendre que le soleil se couche sur les îlots. Au dernier moment, la boule jaune, avant de virer au rose, disparaît dans la brume. Nous regardons les habitants faire la promenade sur la route qui longe la mer, les bateaux qui rentrent au port, les pêcheurs sur leurs petites barques et des filles faire une partie de foot.

Mardi 30Juillet

Dès six heures, je m’installe à la fenêtre. Tarrafal est éveillée depuis un bon moment. Des groupes d’hommes passent en bavardant très fort. Quelques femmes portent des bassines. Je contemple l’usine de l’autre côté de la route : des murs jaunes enferment une aire carrée de ciment légèrement en pente, au fond un bâtiment bas aveugle couvert de tôle surmonté par une imposante cheminée. Quelques objets : deux filets, un chaudron. Sur l’aire, hier, des ouvriers ont répandu et ratissé ce qui me paraît être du gravier. A quoi cela peut-il bien servir ? Aquinino lèvera peut être ce mystère ?
D’ailleurs, toute l’agglomération de Tarrafal me renvoie à cette question. De quoi vivent ces gens ? Evidemment de la pêche. Je ne vois aucune industrie et nous sommes en plein désert. Mais ce n’est pas si évident si je compare le nombre de barques avec celui des autres ports que nous avons visités, à Tarrafal de Santiago surtout où nous avions eu tant de plaisir à aller voir le retour des pêcheurs.
La ville s’agrandit, il semble qu’on cultive ici les maisons qui poussent anarchiquement. Certaines sont fort imposantes et plutôt bien construites. Est-ce l’argent de l’émigration américaine ? Dans son bureau du magasin général, Aquinino affiche ses diplômes de Los Angeles et chez Alice ,où j’ai acheté du poisson et du riz hier soir, un jeune, pas du tout surpris de mon exigence de « take away », m’a répondu en parfait américain. Le bâtiment peut-il être considéré comme la plus grande industrie locale ?
En tout cas, il faut bien loger ces gens et cette foule d’enfants.
Le petit déjeuner est servi dans la cuisine de l’appartement d’Aquinino, vaste cuisine américaine, made in USA avec tout  l’équipement moderne, micro onde, robots ménagers, batterie de cuisine, au grand complet, décor de bon goût. La femme d’Aquinino très discrète, ne parlant que le Portugais, nous laisse en compagnie d’un autre locataire, sur la table papaye et gâteau.
La banque est une école de patience. Elle ouvre à 8heures, mais à 8h30 tout le monde est assis à attendre que les employés s’installent.

Notre 4X4 noir et rose

Nous avons un magnifique 4x4 noir avec une capote rose. Cela change la vie !

Rando de la chapelle à Ribeira Brava

A la sortie de Tarrafal, la route monte dans le désert puis traverse des champs en altitude. Un vaste parking permet d’admirer toute l’île. On voit la mer de tous les côtés et aussi le sentier qui va de la chapelle Nossa Senhora da Monte à Agua das Patas puis à Ribeira Brava, la capitale de Sao Nicolau. Des petits lacets descendent au flanc de la colline, puis des maisons dispersées dans une ribeira cultivée. Dominique me laisse au village de Cachaço et fera un grand détour de 35 km par la route pour me retrouver en bas à l’entrée de Vila Ribeira Brava.
Je monte à la chapelle blanche bordée d’un liseré rouge sur une place fleurie. Au village des ânes stationnent devant la fontaine publique. Je passe devant un grand jardin irrigué où poussent des fraisiers, des betteraves et des salades, à côté il y a également une pépinière de petits arbres dans des pots en plastique. Le sentier muletier est bien pavé mais très raide. Il est même pavé avec beaucoup de soin, on voit des dessins, des croisillons et j’arrive vite à des maisons très fleuries. Aboiements. J’ai un peu peur, mais les chiens restent chez eux.
Dominique m’attend à Agua das Patas. La jolie Jeep ne freine pas très bien, c’est plutôt gênant en montagne. Peut-être les petits pavés glissants y sont ils pour quelque chose. Heureusement il n’y a pratiquement pas de circulation à cette heure ci.

Ici on ne passe pas inaperçues!

Dominique a rencontré une dame qui a attendu l’avion avec nous à Sao Vicente et qui lui a parlé. Nous la retrouvons et j’essaie de faire la conversation avec mon petit portugais. Je complimente le paysage. Elle se désole : "c’est sec, si vous étiez venues après la pluie cela aurait été plus joli, tout vert. Les champs sont prêts, on y sème quelque chose."

La petite capitale de la petite île

Ribeira Brava est une très jolie ville au creux de la vallée avec ses rues étroites bordées de vieilles maisons peintes à étages aux fenêtres ornées de ferronneries compliquées. Les places fleuries sont très fraîches. Nous nous installons dans un jardin public sous des flamboyants et de jacarandas. Il y fait très bon.
Visite de la ville, de la vieille cathédrale blanche, l’intérieur est peint en blanc, bleu et doré. Dans la rue principale, les boutiques anciennes sont nombreuses. Les produits d’entretien trônent dans leurs belles vitrines de bois. Certaines, comme à Mindelo, sont tenues par des chinois. Nous faisons le tour par le haut de la ville pour voir les minuscules jardins contenant parfois un seul plant de canne, un plant de coton ou un papayer.

Route en corniche

Nous prenons ensuite la direction de l’Est et suivons la route en corniche le long de la mer. Le Petit Futé l’a qualifiée de fantastique. Nous ne sommes pas déçues. L’eau transparente a des couleurs magnifiques, les vagues font un liseré blanc signalant des rochers invisibles. Du côté de la montagne, les coulées empilées donnent des formes étranges, mur vertical d’une cheminée qui traverse les couches horizontales, grottes, arches, blocs éboulés...
Sur la gauche, deux villages de cubes de parpaings peu photogéniques. Au bout de la route, le village perdu de Juncalinho est flanqué de deux cônes très bien conservés, l’un d’eux porte un cratère couronné de roches noires. Juncalinho n’est pas encore défiguré par le parpaing. Ses maisons sont encore en pierre couvertes de chaumes, les rues poussiéreuses, certaines maisons plus modernes sont peintes surtout en jaune. L’électrification est arrivée mais le village est tranquille. Un homme rentre sa vache et ses deux veaux. Partout, des chèvres.

Pique nique

Nous prenons une piste pour trouver un coin pique-nique. Cette piste est assez mauvaise, pavée seulement par endroits, le plus souvent caillouteuse et poussiéreuse. Curieusement, il y a pas mal d’arbres, il nous faut de l’ombre mais aussi un endroit pour garer la voiture. L’endroit a l’air complètement désert mais nous rencontrons toute une troupe avec des bêches et du fourrage sur la tête. Il y a des champs que nous n’avions pas remarqués !
Au retour, nous prenons une autre piste vers la mer : au bout trois barques hissées sur des tronçons de tubes en plastiques (comme sur des rondins). Deux gamins,- l’un d’eux ressemble à Jimmy Lavital-, pêchent avec une canne de bambou, un fil et un hameçon. La pêche est miraculeuse, à peine a t-il lancé, il remonte un nouveau poisson frétillant. Je me mouille les pieds sans aller plus loin. Dominique demande au père des gamins s’il y a une plage dans les environs : oui, Prahina après Vila Ribeira Brava.

Baignade à Prahina

La piste qui descend à Prahina est vraiment très raide. Je ne m’y serais pas engagée. Au retour je serais vraiment très surprise de voir comment la Suzuki grimpe. Dans une petite anse, une estrade est installée sur la plage. Au Cap vert, il y a toujours des estrades pour des spectacles musicaux sur les plages fréquentées. Les Capverdiens n’ont pas l’air d’être des fanatiques des baignades mais ce sont des fervents des fêtes sur les plages.
Au lieu d’un gros rouleau menaçant, les vagues arrivent en sept ou huit rangs. Interférent peut-être à se multiplier ainsi, elles se neutralisent et perdent de leur violence, se brisant avec une belle écume blanche sans que je me sente aspirée par le reflux. Ni giflée par le mur liquide. Il y a quelques baigneurs. Prudente, je reste quand même près du bord. Je joue avec les vagues d’eau presque tiède et limpide. Elles n’ont pas assez de vigueur pour soulever le sable, l’eau est donc parfaitement transparente.
Sur la route du retour, je découvre des villages très verts, de la canne à sucre, quelques cocotiers, de papayers, des jardins. Quelques chaumières basses sont du plus bel effet.

Dragonnier

A Faja, je photographie un dragonnier, mais la circulation s’intensifie. Trois aluguers passent.
Nous terminons la soirée sur la terrasse. Pendant que le soleil se couche nous regardons le manège des barques et des petits chalutiers qui rentrent moins d’une heure après être sortis. Une barque pose ses filets près de la plage. Les barques ne sont pas hissées sur la plage comme ailleurs. Elles dansent dans l’eau dans la belle lumière du soir qui tombe.
Le dîner d’Alice est infecte, ce qui ranime notre dispute. Dommage, la journée avait été excellente.

Vendredi 31 juillet : Monte Gordo, Faja Côte Ouest


Montée au monte Gordo en 4X4

Le temps est couvert. Lorsqu’on arrive au col avant Cachaço, il fait même carrément frais. La piste du Monte Gordo est très étroite. Au beau milieu devant une maison toute une foule fait du ciment. Ils aplatissent leur tas pour qu’on puisse passer au-dessus. Je me renseigne : "Est ce que la route est carrossable ?". Une femme regarde le 4x4 et nous rassure. La montée est impressionnante, cela grimpe tout droit pendant un bon moment puis les lacets sont très serrés, des épingles à cheveux. La Suzuki est très vaillante mais comment se comportera t-elle à la descente ? Dominique n’a pas du tout confiance. Une fois engagées, nous n’avons d’ailleurs plus le choix. Nous arrivons à une maison, une grille barre la route. Il faudrait continuer à pied. Une jolie forêt d’eucalyptus et de plantes inédites aurait été bien tentante sans le soucis – que dire, l’angoisse du retour. Qui gâche tout.
D’autant plus que Suzuki refuse de repartir. Que faire ? De toute façon il faudra redescendre. Je pars quelques minutes en exploration. En d’autres circonstances j’aurais été enthousiasmée par la forêt magique avec les mousses et les lichens qui pendent, les cultures soignées dans le cratère. J’aurais cherché les caféiers censés s’y trouver. Mais dans ce matin gris et froid avec la perspective de la panne ou pire encore, je n’ai pas le cœur à herboriser.
Quand je reviens à la maison, Suzuki, refroidie, veut bien redémarrer. Nous faisons une distribution de chewing gum et de crayons aux enfants de la maison forestière, très polis.

LA VOITURE EST MAUVAISE !!

Dominique entame la descente. Je la précède à pied pour dégager la route des passants éventuels, je baragouine "la voiture est mauvaise". Incrédulité,- "pas de freins"-. J’explique sans doute mal, le mot portugais doit être très différent.
Dominique descend à 5 à l’heure. Les premiers virages, j’ai à peu près confiance. Si elle a réussi à maintenir cette allure, cela devrait bien se passer. Ce qui m’inquiète le plus, c’est la grande ligne droite. J’ai peur que la voiture ne s’emballe.
Une vieille avec deux enfants descendent un bidon d’eau sur la tête du petit et de la lessive. Je me gare. Dominique les décharge du bidon et de la lessive. La petite fille est ravie. A un tournant, des hommes maçonnent le parapet, les femmes gâchent le ciment et surtout vont chercher l’eau pour en refaire d’autre. Elles sont 4 avec leurs seaux. J’essaie de les faire pousser, - pas moyen-, elles entourent la voiture. Je recommence : "Carro mau ! Non !". Celle qui porte un maillot de foot est catégorique, la voiture est très bien, pour un peu, elle la conduirait elle même. Elles ne comprennent pas pourquoi nous encombrons le passage. Je trouve la solution : "la voiture a chauffé, elle doit refroidir". Cela, je sais le dire en Portugais, et cette explication leur convient.
Heureusement, parce que Dominique, au volant, est sur le point d’exploser. La femme au maillot bleu répète doctement les explications à ses copines. Ppour les freins, elle est incrédule. La Suzuki est une bonne voiture.
Dominique maintient la cadence de tortue tous freins serrés, à pied et à main. Nous sommes presque en bas, il faut encore franchir l’obstacle du tas de ciment (on l’aplatit à nouveau). Imprévu : un âne refuse obstinément de dégager le passage. Un gamin tire de toutes ses forces sur la ficelle, l’âne coince ses sabots, rien à faire, une des maçonnes lui donne des coups de pelle (elle tape sur le harnais, pas sur l’âne). Après l’âne, je monte en voiture, la descente se termine bien mais nous avons besoin de nous refaire. Pause à la chapelle pour être au calme.
La chapelle était très belle sous le soleil, se détachant toute blanche sur le ciel bleu. Aujourd’hui, sur un fond de nuages blancs, elle ne mérite même pas la photo. De plus, il fait froid.

La galerie de l'eau

A Faja, nous cherchons la galerie qui a permis d’apporter l’eau de la nappe phréatique captive sous une vallée fossile : un tunnel long de plus de 2km. Tout le monde connaît la "galeria" et nous en indique l’entrée près d’une entreprise de menuiserie. Le menuisier lui-même nous guide à la grille cadenassée: Rien à voir : une galerie cimentée avec une arrivée rudimentaire d’air de l’époque du forage. Un responsable parlant très bien le français nous commente l’ouvrage. En cette saison, la nappe est vide, on attend la pluie sur le Monte Gordo pour qu’elle se recharge, alors viendra le délicat travail de fermeture des vannes et de distribution de l’eau d’irrigation.

les jardins de Faja

Faja est une véritable oasis avec de jolis jardins des vergers enclos dans des murettes surmontées de claies en bambou. Les papayers sont magnifiques. Certains ont des branches verticales comme les cactus des westerns. Les bananiers sont florissants ainsi que la canne à sucre à la base presque rouge avec des anneaux rapprochés. Des rangs serrés de carottes, de courges, de salades de betteraves sont très bien entretenus, désherbés (il y a même des mauvaises herbes ici !). Je demande à une femme sur le bord de la route avec un sac de mangues où je pourrais acheter des papayes ou des bananes mûres. Elle appelle un jeune homme qui me demande un sac en plastique "uma bolsa" et disparaît un long moment puis revient avec deux magnifiques papayes oranges pour 70$. Nous nous promenons dans les petits sentiers. On se  croirait dans une oasis. Les nuages sont bas, il tombe une sorte de crachin pendant quelques minutes.
Dès que nous passons le col vers Tarrafal, plus un nuage et chaleur accablante. Nous traversons la ville et continuons vers la plage, la route traverse une sorte de plaine caillouteuse très laide, le long de la montagne, des éboulis et des pierriers sans intérêt. Le village de Barril est formé de cubes de ciment le long de la plage. Sur une pointe, un joli petit phare et surprise ! Plus loin, un bosquet d’acacias de belle taille qui donnent une ombre agréable, une plage de sable fin à l’abri des gros rouleaux. Ce serait un endroit idéal si ce n’était une décharge avec des gravats et surtout des centaines de bouteilles de bière entassées. Pour gâcher encore plus cette plage merveilleuse, des pelleteuses viennent chercher du sable. Quel dommage ! Nous pique-niquons sur le bord de l’eau. Le vent rend la chaleur supportable. Je pourrais même me baigner si nous n’avions prévu de continuer l’exploration de la côte Ouest. Dès que nous reprenons la voiture, le paysage devient plus intéressant, les montagnes se rapprochent avec des reliefs imposants et des couleurs variées : cendres noires oxydées en surface orange à jaune, poussière jaune, roches rouges violacées, noires ou grises, mauves de loin. Certaines coulées se débitent en prismes. Un volcan aux pentes couvertes de cendres grises présente trois cratères emboîtés, extrêmement bien préservés. Seules quelques rigoles creusées témoignent de l’érosion, mais de loin le cône est très régulier. Au retour nous remarquerons que du côté de la mer un secteur est effondré.
Les petits acacias forment des buissons secs, ne serait-ce que pour eux. Je prie pour une pluie abondante le mois prochain. Ils semblent à la limite extrême de la sécheresse, seules quelques branches paraissent encore vivantes.

Praia branca perché au bout de la piste

Praia Branca est un très joli village à mi-pente avec des maisons colorées. Comment-peut on habiter un tel désert ?
Après Praia Branca la route pavée devient piste poussiéreuse pavée seulement aux endroits critiques. Le rivage est très découpé et rocheux. La piste contourne un canyon très étroit découpant une coulée noire formant des orgues basaltiques. La piste devient alors scabreuse. Je retiens mon souffle, transpire de peur, conduis en pensée le 4x4 . Quelques fois, on ne devine plus la suite de la route. Il semble qu’elle donne directement sur le vide. Je descends pour voir s’il y a une suite à la piste. Oui, elle continue en pente raide. Dominique, cramponnée au volant, a déjà eu son compte de frayeur. Elle est forcée de continuer. On ne peut pas faire demi-tour. Que se passerait-il si un véhicule survenait en sens inverse ? Ce n’est pas si impossible que cela. Les rochers sont habités, partout on voit des pêcheurs perchés sur les rochers. Comment sont-ils arrivés ? Finalement nous trouvons un espace assez large pour faire demi tour. La falaise en face est vierge. Pas une trace de chemin côtier, seul le roc plongeant quasiment à la verticale dans l’océan. Fin du voyage ? Fin du monde ?
Au retour on retient son souffle jusqu’à Praia Branca.

Jeudi 1er août : Praia Debaixo da Rocha

Balade dans un désert

D’après Aquinino, il faut une heure de marche pour rejoindre cette jolie plage de sable blanc. D’après le guide Olizane, il y aurait 6 km d’après la carte encore plus.
La piste traverse la plaine caillouteuse hérissée de petits monticules (des coulées) et creusée d’entailles (canyons). L’environnement immédiat est assez laid et surtout ennuyeux, toujours des scories bulleuses de tailles diverses sans intérêt. Heureusement à l’arrière plan le Monte Gordo domine le plateau formé d’épaisses coulées avec un alignement de petits cônes.
Les nuages cachent le plus souvent le soleil ce qui permet de marcher dans une relative fraîcheur. La suite de la piste est cachée par des chicots rocheux. On a du mal à savoir par où passer. Je crois qu’un canyon est caché derrière le rocher et je prends la piste qui le contournerait. Dominique m’emboîte le pas. Erreur ! Nous avons perdu un bon quart d’heure. Après avoir marché plus d’une heure, on ne voit rien qui indiquerait une plage de sable. La mer est à quelques centaines de mètres plus bas, bleue, calme. On entend parfois se fracasser une vague sur une avancée rocheuse. Elle est trop loin pour nous rafraîchir. La piste se déroule devant nous dans ce désert. Seule distraction, des oiseaux, genre de rapaces ressemblant à des vautours aux plumes marron. Enfin, le sentier bifurque à 90° vers l’océan. Fausse joie, pas de plage !

La plus belle plage du Cap vert

Récompense après deux heures de marche : la plus belle plage du Cap vert se mérite ! Sable blanc, gerbe de prismes basaltiques qui ne sont pas sagement alignés en orgues mais disposés en bouquets formant des arches, des sortes de grottes. Le sable fin, doux au pied, blanc contraste avec la roche noire, donne à l’eau transparente des teintes turquoise. La mer est extrêmement calme. Même tout près du bord, je vois les grains de sable qui roulent sur le fond au gré du flux et du reflux. Avec le masque de plongée, c’est une immersion merveilleuse : être dans le bleu, voir le soleil faire ses jeux de lumière sur le fond, les petites rides de sable. A un moment, je nage au milieu d’un banc de poissons.
Au retour, les nuages se sont dissipés et il reste encore deux heures de marche sur les cailloux. Après la baignade je me suis bien rafraîchie mais pour Dominique c’est un calvaire.
Nous rentrons à 2h. Enfin de l’eau glacée. On déjeune de yaourts et moi de fruits.

Dernière baignade à Tarafal

Dernière baignade sur la plage de Tarrafal. Pas de vagues aujourd’hui, dommage, c’était rigolo.
Dernière soirée sur la terrasse. L’atmosphère est plus brumeuse. On ne distingue pas les îlots comme les autres soirs. Le soleil, grosse boule jaune, nous donne un espoir de coucher de soleil mais comme tous les soirs il est englouti dans la brume. Nous regardons les gens déambuler sur la promenade le long du port. Des enfants ont fabriqué un radeau en bidons tout à fait perfectionné avec des rames en tasseaux de bois et couvercles de pots de peinture. La surface de l’eau prend des couleurs changeantes dorée, puis rose mauve enfin argenté. Curieusement, ici, les différences sociales sont plus visibles. Les femmes, qui vendent le poisson, passent avec leurs fichus, leurs pagnes enroulés portant des seaux noirs et des bassines. Des enfants misérables et poussiéreux jouent à la plage. En revanche des groupes bien habillés en tennis neuves, des hommes en pantalons repassés chemise et mocassins passent avec des serviettes d’hommes d’affaire. Certains enfants grassouillets et habillés en Nike et en Gap parlent américain.


14. retour à Mindelo - Sao Nicolau

Publié le : 17 Juin 2006
14.  retour à Mindelo  - Sao Nicolau

Taxi jusqu'à porto Novo

Après Cova, nous quittons la forêt et retrouvons le désert, les cônes éruptifs, les acacias au feuillage, si léger qu’on ne les voit que quand le Hiace s’approche. Travail titanesque de terrassement pour une végétation invisible !

Nous sommes en avance au bateau

Nous sommes en avance au bateau : pas de touristes, déménagement des miséreux : vieilles chaises, bidons en plastique, cartons scotchés, bassines plastiques... Pas de vent, la mer est lisse et pourtant la houle fait des vagues que le bateau aborde de côté. Nous avons retrouvé la meilleure place à l’avant sur le pont.

Nous retrouvons nos habitude à che Guevara

De retour à Ché Guevara, Elisabeth nous redonne notre belle chambre avec nos poutres qui soulignent la tourelle, les baies vitrées donnant sur deux orientations pour faire courant d’air, le lustre aux pendeloques de verre et la vaste salle de bain. Je vais me baigner puis nous déjeunons d’une salade et d’une omelette. Nous faisons une sieste prolongée avant une nouvelle baignade bien rafraîchissante.

Promenade à la fraîche en ville

Nous nous promenons à la fraîche dans Mindelo animée seulement par les cortèges de voitures klaxonnant pour deux mariages. Le soir tombe, le port est illuminé, on tire deux fusées rouges.
Quand nous retournons à l’hôtel, tout est fermé. Les propriétaires sont invités au mariage. Pas de dîner, nous nous contentons de yaourts.


Dimanche 28 Juillet : Mindelo Tarrafal

Le dimanche, Mindélo est toute endormie. Nous allons prendre en photo les azulejos du marché africain, puis baignade très agréable. Il n’y a pas de vagues. Le ciel est couvert et il fait frais. Après une omelette-salade, nous attendons le taxi dans le jardinet de Che Guevara et je passe le temps en faisant de la couture. A l’aéroport, il nous faut encore attendre deux heures.
Le vol est très agréable. Nous survolons Mindelo, les nuages nous cacherons l’île déserte de Santa Luzia et les deux îlots mais ils ont disparu à l’arrivée à Sao Nicolau. Géologie en vue aérienne : des canyons entaillent la montagne. Je devine les accumulations d’alluvions de rivières disparues, érosion du temps où il pleuvait sur le Cap Vert, volcanisme lisible, coulées, prismes de basalte, pics déchiquetés.
Pas de transport collectif pour nous, un taxi pour 2000$. Nous n’avons pas choisi le chauffeur le plus gracieux. Il conduit à toute allure, téléphone en roulant. Nous sommes pressées d’arriver avant la nuit et ne profitons pas du paysage comme il le faudrait. Il y a très peu de verdure. On doit attendre la pluie, les champs beaucoup plus grands qu’à Santo Antao sont prêts pour de nouvelles cultures. Les fermes sont isolées, très peu de parpaing. Les maisons sont jolies, allongées avec des toits en pente, des jardinets et souvent de très beaux paysages.
Les dragonniers sont bien là. Je les attendais, j’en avais déjà vu un au dessus de Passage.
Avant Tarrafal, nous retournons dans le désert de pierre. Le soleil se couche entre deux pitons. C’est notre premier coucher de soleil depuis que nous sommes au Cap Vert.
Le taxi nous dépose au pied d’une bâtisse fermée et nous dit que nous sommes arrivées chez Aquinino. Rien n’indique que nous sommes dans un hôtel. Notre chambre à l’étage est très vaste. Elle a une belle vue sur la mer. L’installation est très simple : un  cabinet de toilette-douche dans la chambre des murs blancs sans décoration, deux grands lits, un cosy, une table de jardin en plastique. Seul élément de décoration : des fleurs artificielles. Beau ventilateur au plafond. Aquinino parle très bien anglais.
Nous partons de nuit explorer le village et trouvons des yaourts à la boutique Shell. Quatre femmes en noir nous souhaitent bonne nuit. Elles se présentent et ont envie d’engager la conversation et veulent savoir si nous sommes des sœurs (c’est une question qui revient souvent).


14.  retour à Mindelo  - Sao Nicolau

13. Santo Antao l'île verte

Publié le : 17 Juin 2006
13.  Santo Antao l'île verte

bateau, Porto Novo, Punta del Sol, Fatima

Une traversée redoutée

Le vent s’est levé hier dans l’après midi et a soufflé toute la nuit. La mer sera-t-elle agitée pour la traversée ? En tout cas, je me lève tôt. Ce n’est pas le jour d’être en retard. A 7h25, tout est prêt pour le départ. Elisabeth nous fait un petit déjeuner rapide : pas de café ni de thé à cause du Mercalm, pas de pain frais non plus, c’est trop tôt. A la place, une sorte de croque monsieur au fromage. Délicieux. Dominique est très inquiète. Elle est hantée depuis quinze jours par cette traversée. Nous voulons être les premières pour choisir nos places. Il faut donc arriver tôt ! Elisabeth nous emmène à bord de sa petite Suzuki.
Déjà 14 caddies chargés attendent devant le notre à la gare maritime. Je me précipite, monte la première à bord du ferry. Nous nous installons à l’avant, sur le pont du haut. Nous avons la surprise de retrouver Daniel, le jeune qui nous avait été confié à Orly. Il nous a gentiment saluées.
Le bateau prend de travers les vagues qui font de beaux creux. Des giclées d’embruns inondent le pont du bas. Nous fixons la mer et l’île de Santo Antao qui s’approche sans un regard pour les autres passagers derrière nous. Les poissons volants sont au rendez-vous. La traversée dure une bonne heure. Cela aurait pu être une croisière très agréable sans l’idée que les Capverdiens ont le mal de mer. En tout  cas, je n’ai rien remarqué jusqu’au moment de descendre. Certains avaient vomi par terre ?

Le taxi pour Punta do Sol

Sur le bateau, les "adjudants", -des aluguers-, recrutent des passagers. L’un d’eux prétend nous avoir déjà vu dans l’avion et propose de nous prendre jusqu’à Punta do Sol pour 350$. A la descente du bateau à Porto Novo, un autre se présente comme le représentant de Fatima et baisse le prix jusqu’à 300$. Nous le suivons avec une famille française avec deux petites filles.
Le trajet est tout à fait spectaculaire : la route s’élève très rapidement dans une sorte de désert de pierres. Près de la crête, une surprise : une vrai forêt de grands pins, de cyprès, de eucalyptus magnifiques avec d’autres essences non identifiées. Cette verdure est tout à fait insolite et réjouissante.
Nous nous arrêtons d’abord à Cova pour découvrir le cratère de l’ancien volcan, cirque profond cultivé de petits champs et de jardins La route de corda emprunte une arête rocheuse... C’est très impressionnant de voir les précipices des deux côtés de la route étroite, surtout d’imaginer comment elle a été construite et pavée à la main. On n’ose pas se demander ce qui se passerait si une voiture surgissait en face. D’ailleurs, le chauffeur klaxonne à chaque tournant. Le klaxon suffit à déclencher une chute de pierres et le Hiace se trouve caillassé. Heureusement les valises, sacs à dos et ballots divers sur la galerie amortissent les chocs.
Comme le minibus est plein de touristes, on demande des arrêts photo.
Entre Cova et Ribeira Grande, la montagne est entaillée de ribeiras et sculptée de terrasses. Les maisons sont accrochées sur ces pentes abruptes.

Arrivée chez Fatima

Après ce voyage époustouflant, le minibus traverse un village fantôme, désert, et s’arrête devant une bâtisse jaune derrière un camping car rouillé immatriculé en France. On nous débarque dans un couloir sombre. Une femme allongée sur un canapé se lève et nous montre notre chambre et la salle de bain de l’autre côté du couloir ? L’accueil est minimal. Parle-t-elle mal français ? Peut-être dérangeons nous ?
La chambre est bien décevante : la fenêtre située tout en haut a vue sur le camping car. C’est propre et correct, mais nous séjournons six nuits. De retour de promenade, allons-nous être enfermées dans cette cellule ? Dominique déprime sérieusement. Il faut dire que nous avons été mal habituées : balcon à Santa Maria, courette rua Banana, terrasse sur mer à Tarrafal, chambres magnifiques à Sao Felipe et Mindelo. On nous avait prévenues que le confort serait rudimentaire, mais on ne s’attendait pas à cela.
Je n’ai qu’une hâte, sortir et explorer le village.
La mer est à 20 m.

Midi, punta do sol, écrasée par la chaleur

Malheureusement, c’est dimanche, le village est vide sous la chaleur de midi. Nous croisons un couple de touristes blonds arrivés par le même bateau qui ont l’air aussi perdus que nous. La moitiés des mercerias sont fermées aujourd’hui. Nous visitons celles qui sont sur notre chemin (il y en a beaucoup), toutes sur le même modèle, quelques conserves, du thon, de l’huile, jamais de pain. Après avoir visité trois boutiques, nous avons rassemblé les ingrédients pour un déjeuner acceptable : des bananes, yaourts, de la mimolette et des biscuits secs, genre choco BN sans le chocolat.
La place, au centre, est plus pimpante : la Poste est neuve, un beau bâtiment administratif peint en jaune, un petit snack moderne à l’enseigne Coca Cola et surtout un beau jardin public ombragé de palmiers de toutes sortes, tamariniers, cocotiers, fleuri d’hibiscus et d’arbustes colorés, crotons coléus et d’autres. Nous nous installons sur un banc à l’ombre, les frondes des palmiers claquent dans le vent. C’est un endroit très agréable pour un pique-nique.
Quand nous retournons chez Fatima, nous sommes ragaillardies, le Mercalm et le voyage nous avaient complètement abruties. Dominique aimerait changer de chambre pour avoir au moins de la vue. Ce n’est pas possible. Fatima nous annonce que nous pourrons utiliser la terrasse, mais elle ne peut pas nous la montrer maintenant pour des raisons mystérieuses (c’est la sieste, elle n’a pas envie de monter les deux étages).
Promenade sur le chemin côtier.
Après la sieste nous sommes d’attaque pour une promenade en direction de Fontainhas.
Nous avons des projets : demain nous prendrons une voiture avec chauffeur, après demain randonnée à pied, ensuite nous louerons une voiture... L’optimisme est revenu.
La carte Téléfacil fait encore parler d’elle. Sans avoir jamais appeler en France voilà qu’elle est déjà vide ! 1500$ sont partis à Sao Felipe en un seul coup de fil sur le portable de Bettinho. Dominique ne peut pas appeler ses parents de la cabine. Fatima connaît Téléfacil. Après dîner nous appellerons du bar.
La salle à manger est remplie et nous demandons à dîner chez nous dans la chambre. Le poisson est cuisiné avec des carottes, des choux, des tomates, des poivrons, et comme d’habitude du riz. C’est trop copieux comme toujours. Nous n’arrivons pas à identifier le poisson. Cela fait du bien de trouver des légumes ! Je félicite Fatima pour les carottes.

Lundi 22 Juillet : excursion en voiture avec chauffeur

Au petit déjeuner, j’ai résolu l’énigme du pain : on n’en trouve jamais dans les épiceries. Pourtant, il existe une boulangerie industrielle  dans chaque île. On se demandait bien où on pouvait se le procurer. Ce matin tout le village défile chez Fatima, un torchon à la main, pour acheter des petits pains. Les dépôts de pain se trouvent dans des lieux inattendus !
8h, ponctuel, un grand HIACE (15 places) rouge nous attend. Au volant, Gabriel, métis très clair, jeune grassouillet, en jean. Il parle beaucoup moins bien français qu’on l’avait cru hier et est ravi que je comprenne un peu le Portugais. A moi donc de faire les efforts de conversation si nous désirons une visite commentée. A Fogo, Albino avait été un guide remarquable mais il était polyglotte. Le prix a aussi augmenté.
Pour arriver à Ribeira Grande nous roulons sur quatre kilomètres de corniche au dessus d’une mer agitée de belles vagues blanches. Il n’y a pas de vent du tout. Par jour de tempête cela doit être impressionnant !
Ribeira Grande est une agglomération assez laide. Impossible d’en saisir le plan de prime abord : nous passons par une ruelle devant un petit marché, arrivons sur une rue commerçante avec des banques le bureau de TACV, deux hôtels minables. Plus loin un quartier plus moderne, un marché africain installé dans des baraques de tôle grise, beaucoup d’aluguers, un garage. Gabriel stoppe au garage pour voir le loueur de voitures, peine perdue, tous ses véhicules sont occupés. Peut-être, n’inspirons nous pas confiance. En voyant l’état des pistes, je le regrette moins.
Le minibus s’engage dans la Ribeira Grande, vallée assez large et cultivée. Au début nous voyons surtout de la canne à sucre, des manguiers magnifiques et je découvre les arbres à pain. Parmi les légumes du dîner, j’avais trouvé une tranche verdâtre d’un légume inconnu un peu farineux au goût situé entre la patate douce et l’artichaut. Fatima m’avait expliqué que c’était le fruit de l’arbre à pain. Ces arbres sont très grands aussi hauts que les manguiers mais plus larges avec de belles feuilles découpées très décoratives et des fruits vert clair hérissés de piques.

Les maisons sont perchées sur des pentes incroyables, parfois sur des arêtes vives où il y a tout juste la place de construire une maisonnette. Elles sont toutes très fleuries. Les fleurs d’agave –ou de sisal- donnent du pittoresque aux photos. Les plus anciennes sont en pierre noire couvertes de paille (cela se dit pareil en Portugais), les plus soignées sont peintes en blanc, rose ou vert vif, la plupart sont en parpaing. Ici, nous faisons une découverte prosaïque : les hommes façonnent sur place des briques de parpaing en tamisant les graviers ou le sable prélevés dans le fond de la ribeira en faisant des trous disgracieux. Des cadres métalliques percés de trous faits à la main servent de tamis primitifs. Ils mélangent au ciment le gravier sur le bord de la route et remplissent des moules rudimentaires. Les parpaings sèchent, alignés. Peut-être les maçons sont-ils des professionnels mais il semble que chacun construit avec l’aide de sa famille ou des voisins sa maison, rehausse d’un étage, rajoute une pièce, tout en habitant les pièces terminées. Cela donne aux villages un aspect inachevé de chantier perpétuel. Quand il y a du travail aux champs ou du grogue à distiller, quand il n’y a plus de sous, le chantier s’arrête et la maison reste en attente... Les harmonieuses maisons basses aux frontons portugais se transforment en immeubles à étages avec des terrasses hérissées de ferrailles qui dépassent et rouillent, d’escaliers qui ne mènent nulle part. Les animaux, eux, sont logés dans des abris traditionnels souvent arrondis, muret de moellons grossier avec un toit de paille couvrant à moitié l’ouverture ronde.
Les nuages, accrochés aux sommets se détachent. Il fait beau. Je dois me gendarmer pour ne pas tout prendre en photo. Gabriel s’arrête volontiers (quand la route le permet). Une excursion en voiture est une sorte de torture pour le photographe. Vu de mon siège un cadrage me plaît, descendue sur la route, je ne le retrouve plus. Le premier plan a disparu. Dans le viseur, le sujet paraît lointain. Et quelconque.
La route s’élève vite à flanc de la montagne. Nous passons devant notre première trapiche (distillerie de grogue). Demi tour à Garça de Cima...
Point de vue magnifique sur Horta da Cima, village au fond d’une vallée très verte. Puis descente en lacets rapide. La route devient piste et plonge dans un canyon étroit. Scènes de western : un cavalier sur un magnifique cheval marron. Encore plus insolites, ces deux colporteurs très noirs, sans doute sénégalais, tenant un portoir sur lequel sont accrochés des montres, des lunettes, des bricoles, un bandana stars and stripes. Je n’ai pas le bon réflexe de sortir l’appareil photo, dommage...
Pour atteindre Cha da Igreja, le minibus gravit une pente incroyable. Nous faisons silence. Chauffera ou ne chauffera pas ? Bravo Toyota, le hiace est monté sans encombre. J’en fais part à Gabriel qui dit que les Peugeots sont bonnes à Sal ou à Sao Vicente mais qu’elles n’auraient pas supporté l’ascension. Il me montre le thermomètre du compteur.
Dans la canne à sucre, toute une troupe est occupée à construire une levada. J’ai oublié de parler des levadas que nous suivons dans le paysage depuis ribeira Grande. Certaines sont suspendues sur des ponts très fins. Elles ne ressemblent pas à celles de Madère : ce sont des rigoles d’une vingtaine de cm de largeur et de profondeur avec une fine bordure de ciment de chaque côté. Pas de chemin qui les accompagne comme à Madère. Comment travaillent les levadeiros chargés de leur entretien ?
Après la campagne riante, nous traversons une ribeira et arrivons au village de pêcheurs de Cruzinhas da Garça : un port minuscule abrité par un gros rocher, quelques barques à quai. Le village est gris parpaing, noir basalte, très sale et très misérable. La mer envoie des paquets d’écume. Gabriel nous propose une promenade à pied. Distribution de crayons. Je descends seule au port. Sur le rocher humide grouillent des dizaines de tout petits crabes.
Nous repassons par Cha da Igreja, le soleil est déjà haut, la lumière moins belle.
Coculi : nous nous engageons dans une petite ribeira cultivée, nous visitons une trapiche. Un jeune commente la fabrication de l’Agua Ardente. La canne est écrasée entre des rouleaux (moteur électrique), le jus arrive dans des barriques stockées dans un appentis...  Pendant la fermentation, de grosses bulles soulèvent la surface. Du liquide grisâtre. Elle dure plusieurs semaines puis on distille dans un alambic primitif. Un four alimenté par des paquets de feuilles de canne chauffe une sorte de chaudron (un bidon métallique). Le refroidissement s’accomplit le long d’une gouttière creusée dans du bois où coule l’eau. Au bout d’un vulgaire tuyau en plastique noir (comme les tuyaux d'irrigation) on récupère l’agua ardente. Comment échapper à la dégustation et à l’achat ? Le plus simplement du monde : j’explique qu’il est beaucoup trop tôt pour boire et que l’alcool à jeun nous assommerait par cette chaleur (je mime). Je renifle la grogue : cela sent très bon. Il n’insiste pas du tout. De toute façon la grogue est dans de grosses barriques. Si nous avions voulu en acheter, il aurait fallu apporter notre propre bouteille.
Gabriel nous conduit jusqu’au dernier village au bout de la route, croisant des enfants qui sortent de l’école, portant leurs cahiers, les objets confectionnés pendant l’année, cartons, tableaux de nouilles ou de coquillages, boutures dans des pots de conserves. C’est le jour des vacances. Ils lancent des vivats qui doivent dire que l’école est finie.
Dominique essaie de photographier une petite fille portant une belle bouture sur sa tête. Ses copines sont jalouses et se placent devant elle. On a bien du mal à les disposer pour que la « vedette » soit visible.
Nous descendons la piste à pied. Gabriel nous attend plus bas avec ses copains de la distillerie. Nous déjeunons sous un manguier, à nos pieds une petite levada. Des gamins nous importunent : "money ". La grande sœur ou la mère les éloigne. Spectacle inattendu : un âne s’est échappé, descend la piste au grand galop poursuivi par un gamin pieds nus.
Sur le gué cimenté, plein de bouteilles de bière cassées, le Hiace se retrouve avec un  pneu crevé. Heureusement Ribeira Grande est toute proche. Gabriel porte le pneu au garage et nous en profitons pour aller changer de l’argent à la banque.
Le ciel s’est couvert, il fait tout gris.
Dernière expédition : la petite Ribeira de Torre qui aboutit à la Ribeira Grande encore plus verdoyante que les autres. Des bananeraies se pressent sur ses flancs. Dans son creux, coule de l’eau qui arrose des ignames. Les arbres à pain sont encore plus majestueux. Je crois reconnaître un avocatier. Fin de la ballade sous un tout petit pic, une aiguille volcanique ( ?) comme un obélisque.
Notre lampe de chevet est inénarrable : sur un socle de laiton, la lampe est en porcelaine, un bouquet de fleurs en plastique orange sert d’abat jour. Pas d’interrupteur. Quand on tape doucement sur le socle, la lampe s’éclaire faiblement. Au deuxième coup, elle s’éclaire bien, au troisième coup tout s’éteint. D’où provient cette merveille ?

Mardi 23 juillet : Fontainhas, baignade

Au petit déjeuner nous retrouvons une famille française qui était avec nous à Che Guevara et restons à discuter avec eux sans nous presser. La femme parle portugais et profite de toutes les opportunités pour rencontrer des gens. Ils nous découragent d’entreprendre la descente de Cova, très longue et très pénible d’après eux.
Avant de partir nous passons à la poste et à l’office de tourisme.
Nous ne décollons que vers 10 heures, c’est un peu tard. Sous le ciel couvert nous ne pensons pas être gênées par le soleil.
Le sentier monte entre le cimetière et les porcheries (odeur infecte) . Au-dessus du cimetière catholique dans un enclos, le petit cimetière juif. Rien à voir avec les nouveaux chrétiens ou les Marranes (je lis en ce moment une biographie de Christophe Colomb). Les tombes datent du XXème siècle.
Le chemin côtier, nettement au-dessus du rivage, domine Punta do Sol. La vue est très belle. Entre temps, les nuages ont disparu. Après un tournant, nous découvrons le village de Fontainhas accroché à mi-pente avec ses maisons peintes de couleurs vives, ses fleurs au dessus d’une petite ribeira toute pimpante. Les terrasses sont cultivées de canne à sucre, le fond du ruisseau est occupé par des petits champs d’ignames formant une mosaïque vert très vif, chaque parcelle étant séparée par de petites murettes, rubans allongé s’étalant jusqu’à une petite plage de sable gris dans une crique abritée entre des falaises rouges et noires. Cette eau calme me donne envie de me baigner. Quelques cocotiers et de beaux arbres à pain complètent le tableau.
Fontainhas est fleuri de bougainvillées d’un flamboyant. Ce village perché sur une arête est minuscule mais possède une grande école peinte en jaune et deux mercerias signalées par de discrets écriteaux. Un escalier traverse une rangée de maison mettant définitivement fin à la circulation automobile.
Le chemin longe la ribeira puis retrouve la mer. Une petite descente et une grande montée. Nous ne sommes pas seules : un groupe de femmes et des enfants vont à pied au village suivant : Corvo, portant de lourds paquets sur la tête. Elles nous dépassent avant le col.
Au tournant, dominée par un éperon rocheux vertical, une cheminée volcanique formant un mur jusque dans l’eau, cap pointu. La vue est spectaculaire : Ponta do Sol , au loin, avec sa piste d’aviation, porte-avions conquis sur la mer et son port minuscule. De l’autre côté du col, une pente sèche où zigzague un sentier pavé soigneusement et protégé par une murette. Dominique se pose mais cela me démange de continuer le sentier côtier jusqu’à Corvo dont nous apercevons les premières maisons.
Je m’accorde une demi-heure pour poursuivre mon exploration, descends facilement assez loin pour découvrir une étroite vallée, avec un ruisseau, un ruban d’ignames, des terrasses de canne et la suite du village. Complètement isolé : on n’y parvient qu’à pied, peut être en barque. Cependant depuis 1999 l’électrification a été achevée. Je remonte plus facilement que prévu. Nous déjeunons rapidement. Le ciel est sans nuage, le soleil tape dur, pas d’ombre, il fait vraiment très chaud.

Dominique redoute le retour avec la grande montée aux heures les plus chaudes de la journée. Elle part en avant plutôt colère, me reprochant mes expéditions. Nous croisons une famille qui monte des caisses de bière, des bouteilles de Coca-Cola, des jus de fruit. Il y a sans doute un bar à Corvo ravitaillé à pied. J’achète de l’eau fraîche à Fontainhas dans une loja, prétexte pour trouver un aluguer. L’épicière propose de téléphoner à Punta do Sol pour en faire venir un.
Un pick up est arrivé sans qu’on le remarque. Je demande quand il retourne à Punta do Sol : dans un quart d’heure, bonne affaire ! C’est une camionnette de l’aide alimentaire du PAM (Programme Alimentaire Mondial). Un jeune homme parlant très bien Français nous explique qu’ils distribuent de la nourriture aux plus défavorisés : un sac de farine de maïs, un broc de haricots, une bouteille d’huile. Des femmes et enfants viennent à la distribution. On coche des noms sur une liste. Tout se passe très vite. Le pick up repart chargé à ras bord de tous ceux qui veulent profiter de l’occasion.
Quand nous rentrons à la maison, Fatima fait la sieste sur le divan de l’entrée. Aujourd’hui, elle est très causante. Comme nous lui racontons notre journée et que je lui montre les babioles que nous avons données aux petites filles, elle appelle Alicia et lui donne un sachet contenant des élastiques décorés pour attacher les cheveux qu’Habiba m’a vendus le jour de la fin des cours.
Alicia, c’est la jeune fille qui sert les repas, longues jambes miel. Elle n’a que douze ans et est orpheline. Fatima l’a recueillie il y a trois ans et elle travaille à la pension. Je demande si elle va à l’école. Fatima me rassure, ce sont les vacances.
J’ai bien envie de me baigner. Le sentier côtier m’a frustrée. Après le port, il y a une petite plage, des rochers plats, une sorte de piscine naturelle d’eau très calme avec un peu de sable gris. Beaucoup d’enfants y barbotent. Je demande conseil à Fatima. Est-ce raisonnable d’y aller ? Elle m’encourage vivement. Puis-je me mettre en maillot ? Au Cap Vert les femmes restent le plus souvent en short et en T-shirt mais je n’ai pas envie de mouiller mes affaires. Nous avons emporté le minimum, le reste est resté à Mindelo. Pas de problème pour le maillot. Les enfants ne sont pas seuls. Il y a des adultes, des mères surtout. Je me trempe. Il fait frais, agréable, mais il y a trop de monde pour nager. Les enfants essaient de capturer de petits poissons. Après une courte baignade je remonte.
J’ai l’agréable surprise de retrouver Judith et Philippe, les Allemands de Fogo qui viennent d’arriver mais repartent déjà demain.

Nous allons sur le port pour voir le coucher de soleil. Le petit port est protégé par une jetée qui a dû avoir des jours meilleurs si on considère le beau dallage, les escaliers et les grosses boules de pierre qui ornaient la rambarde. Dans la rade, l’eau est calme. Les barques sont tirées à sec sur le ciment, bien alignées. Nous découvrons la vue sur la falaise où nous étions ce midi. Des nuages couvrent les sommets, dommage pour la photo qui aurait été belle ! Le ciel a l’air dégagé vers l’Ouest, peut-être aurons-nous Le coucher de soleil des vacances ? Nous attendons, contemplant les rangées de vagues qui se brisent dans une belle couleur turquoise. la mer scintille d’or le soleil pâlit puis s’enfonce dans une brume invisible où il disparaît.

Mercredi 24 juillet : Paul Passagem

Nous profitons du premier aluguer qui emporte les touristes au ferry pour aller à Ribeira Grande (50$) où un autre HIACE nous conduit à Paul (50$) en suivant la corniche. Nous devenons expertes en taxis collectifs. Au passage, nous traversons Synagoga, vilain village de parpaing, qui n’a que son nom d’attrayant. Sur une pointe se trouvent les ruines de ce qui a été une synagogue puis une léproserie, rien à visiter.
Paul est un gros bourg le long d’une plage où déferlent des vagues impressionnantes, une poste, un dispensaire, une promenade aménagée sur le bord de l’océan.
Dans la ribeira règne une grande activité : on extrait des galets et du sable du lit de la rivière, à sec. On tamise sur place sur de la tôle percée à la main placée sur des chevalets. Des hommes transportent de grosses pierres à bras. Il semble que la moitié des hommes en activité sont des maçons !
La route pavée quitte le lit de la rivière pour s’élever vers de jolis villages avec des maisons soignées et bien crépies.
De part et d’autre de la route, on remarque de nombreuses chaumières très jolies sous des cocotiers et des arbres à pain. Les étables pour des petites vaches noires et blanches, les abris pour les chèvres et les cochons sont coiffés de paille. Près des maisons, des installations pour la distillation de la grogue sont repérables aux grands tas de feuilles de cannes séchées et à la fumée qui s’échappe de l’alambic.
Les cultures sont florissantes dans cette vallée, la canne pousse drue et très haute. Des hommes la récoltent à la main avec des machettes. Ils travaillent en groupe, alignent les cannes débarrassées de leurs feuilles et font des sortes de fagots que les femmes transportent sur leurs têtes. Les enfants, en vacances, circulent un tronçon de canne à la main, mâchonnent et crachent.
La route pavée monte vers Passagem. Nous faisons des haltes fréquentes sous les manguiers et les arbres à pain qui sont de grands arbres dispensant une ombre épaisse et fraîche. Sur les bords de la route, canalisée dans les levadas, suintant des roches, en piscines dans des citernes rectangulaires, en flaque dans le lit du ruisseau, partout comme un miracle, la présence de l’eau. Ce sont les ignames avec leur beau feuillage vert vif qui sont les plus gourmands. Les bananiers paraissent plus vigoureux qu’ailleurs. Les régimes sont de belle taille, ce qui n’empêche pas les femmes de grimper allègrement la côte, un régime en équilibre sur le petit coussin porté sur leur foulard. Elles se prêtent simplement à la photo. Notre étonnement les fait rigoler, cela leur paraît si naturel de porter de 35 à 50 kg, pieds nus sur les sentiers grimpant vers leurs maisons.
Dans le fond de la vallée, autre occupation : la lessive. Des draps, couvertures serviettes ou vêtements sont étendus directement par terre sur les galets ou les graviers.

Les sujets de photo ne manquent pas : fleurs de cactées ou de frangipanier, fruits, maisons couvertes de chaume, sans compter les petites filles qui réclament « photo, photo ». Un hameau aux chaumières basses dispersées parmi de gros rochers nous paraît spécialement joli. Nous y pénétrons et les habitants doivent retenir leurs chiens.
Une petite fille offre des mangues. J’en prends 4 et lui donne 40$. Elle n’avait rien demandé. C’est la saison de la cueillette des mangues, les enfants ramassent celles qui sont tombées, mais elles sont cueillies avec des petits sacs pour éviter qu’elles ne s’abîment. Pas d’échelles. Un homme et son fils grimpent dans un immense manguier. Nous ne les aurions pas remarqués si le jeune ne nous avait appelé "bonjour !". On cherche celui qui nous interpelle. Il est très haut dans le manguier et saute de branches en branches aussi lestement que les macaques de Tarrafal.
Au loin, sur les terrasses, les hommes binent la terre avec des binettes à très court manche.
Les pick-up montent et descendent, chargeant des sacs de mangues, les fagots de canne. Le poisson est aussi vendu sur la route ? Tandis que je dessine et que Dominique observe la cueillette des mangues, nous voyons passer une assiette de maquereaux.
Cette route est très animée, à côté de ceux qui travaillent aux champs, de celles qui portent ou qui lavent, il y a aussi une pléiade d’enfants qui vont, viennent, nous rendent visite, sont assis sur le parapet. Certains jouent à l’awélé, d’autres aux cartes, deux au baby foot.
Une vieille femme nous tient compagnie tandis que je peins. Attend t-elle l’aluguer ? Elle lui fait signe mais ne monte pas. Surveille t-elle la cueillette des mangues ? Elle parle toute seule, peut-être récite t-elle des prières ?
A Passagem, le jardin tropical est décevant, la piscine est vide. Avec ses bougainvillées, il n’est pas plus fleuri que les maisons aux alentours... Nous nous rapprochons de la muraille rocheuse haute de plus de 1000 m. Le paysage devient plus austère, les terrasses de canne moins fournies, les arbres plus dispersés. Nous redescendons tranquillement, le ciel se couvre. Quand nous pique-niquons quelques gouttes tombent. Le pique-nique est écrasé, les bananes sont en purée peu ragoûtante, Dominique renonce à son sandwich. Le ciel est maintenant tout gris, peut-être allons-nous avoir de la vraie pluie ?
Nous trouvons tout de suite un aluguer direct pour Ponta do Sol à Paul (100$). Deux femmes très pittoresques montent à Ribeira Grande. Elles balancent sur la galerie leurs cuvettes en plastique contenant des carottes, puis bavardent très fort. Elles descendent en même temps que nous sur la place de Ponta do Sol. L’une d’elle nous parle en français. Elle l’a appris à Paris Saint-Germain : "très chic, très cher". Elle est vêtue d’une minijupe vert brillant d’un  T-shirt de basket et d’un bandana aux couleurs américaines. Nous l'interrogeons. Elle peut porter jusqu’à 35 kg : « cela tient tout seul », puis elle s’éloigne en parlant toute seule. Nous la retrouvons chez Fatima chez qui elle livre ses carottes.
Les nuages sont très bas, la lumière est sinistre : grosse déprime.
Fatima nous fait dîner à 19h30 de poisson bouilli plein d’arêtes. Après le dîner, promenade nocturne. Tout le monde est dans la rue, surtout les enfants et les jeunes. La ville s’anime. Nous restons sur la belle place écoutons les frondes des palmiers qui claquent au vent.

Jeudi 25 Juillet : Ribeira da Torre

Nous avions prévu de monter au cratère mais les nuages cachent les sommets. La « petite mousson » se prépare. Drôle de mousson qui ne donne qu’un fin crachin pendant quelques minutes. Juste suffisante pour humidifier l’air, pas assez pour laver la poussière. Rien à voir avec celle d'Asie !
L’aluguer nous emmène à Ribeira Grande. Le chauffeur qui parle français prétend qu’on ne trouvera rien pour Xoxo et fait le taxi privé pour 700$ (c’est archi-faux, on verra des aluguers toute la journée).
Nous descendons au pied de l’aiguille volcanique fine et verticale comme une tour : est-ce elle qui donne le nom à la ribeira ? Nous sommes venues ici avec Gabriel mais j’avais bien envie de me promener dans cette vallée exceptionnellement arrosée : le chemin est même inondé.

Miracle de l’eau dans ces îles arides. Dans les flaques, des gyrins tournoient à grande vitesse, auto-tamponneuses brillantes aquatiques qui filent. De grosses libellules rouges volettent. Dans les nombreuses citernes cimentées s’ébattent des grenouilles bruyamment. Le chemin pavé monte jusqu’à un hameau perché puis continue dans les bananeraies  jusqu’à un autre, sans fin. Au fur à mesure qu’on monte, les bananes laissent la place à la canne. Sur les petites terrasses, on a planté du manioc avec les cannes. Puis apparaissent les haricots-congos qui forment ici de très gros arbustes presque des arbres. Le manguier donne une belle ombre pour se reposer.
Dominique s’y arrête tandis que je continue l’ascension sans en voir le bout.
Rencontre sympathique : un jeune homme m’adresse la parole en français : " je m’appelle Pierre, Pedro, et vous ?". Son compagnon, sourd muet, me tend une mangue toute astiquée que je refuse. J’ai laissé le porte monnaie à Dominique. Pedro a envie de me raconter sa vie : sa mère demeure en haut dans un village, invisible dans la montagne. Son père est décédé trois mois auparavant. Il monte couper la canne et entretenir les culture de sa mère : "mon patron m’a donné des petits jours pour aider ma mère". Il fait à pied les 19 km qui séparent Cova où il vit avec ses cinq enfants. Je lui aurais donné 20 ans. Je lui souhaite bon courage. On se serre la main. Il est tout content d’avoir bavardé en chemin. J’emporte avec moi son  histoire triste et émouvante.
Nous repassons devant la piscine. Des grenouilles qui flottent le ventre en l’air, crevées. Cela me paraît bizarre. En regardant mieux, je découvre qu’elles sont accouplées. Le mâle beaucoup plus petit est cramponné sur le dos de la femelle énorme et gonflée sous le poids du mâle. Ils chavirent tous les deux. Je ramasse un caillou et leur jette. Ils esquissent des mouvements de brasse maladroite sur le côté. Ils sont donc bien vivants. Mais une nuée de têtards attaque un cadavre déjà à moitié décomposé. L’accouplement les épuise-t-il au point de les faire mourir ? Dans le ruisseau les pontes forment de minces rubans d’œufs alignés en guirlandes.
Nous nous installons sur un mur cimenté à l’ombre, je peins les sommets pointus au loin, les villages perchés, les terrasses, au premier plan, les grosses feuilles des bananiers et des ignames. En face, une cascade, de temps en temps on libère un bouchon de terre dans une levada, l’eau ruisselle sur une terrasse. Des fougères délicates poussent sur les murs. Dominique descend un peu plus bas devant une jolie trapiche entre de gros rochers. Exceptionnellement, cela sent bon la mélasse. Je suis déçue par la peinture et m’applique au dessin.
Arrêt dans les bananiers au bord d’un ruisselet puis pique-nique en haut d’une murette sous un arbre à pain. Il fait bon.
Le retour est un peu long le long de la route au fond du lit de la rivière crevée de carrières de graviers. Les pick-up et les Hiace soulèvent de la poussière. Nous rencontrons un vieil homme portant une sorte de corde tressée. Nous avions remarqué au marché de telles cordes suspendues avec les saucissons. Je lui demande ce que c’est : du tabac.
Tout à coup, nous entendons parler français, une Capverdienne d’Aulnay sous bois et ses deux filles nous rejoignent. La mère est très bavarde, fière de son village et de son île. Les deux adolescentes ressemblent à nos pires élèves : déplaisantes, râleuses. Le chemin est trop long ; visiblement elles n’apprécient pas la promenade à pied.
Après la douche, lessive à la Capverdienne : dans des bassines avec la planche de bois et le savon bleu. L’eau sale est récupérée dans une autre bassine. On n’a pas le droit de la jeter. Sert-elle pour d’autres usages ? En tout cas, nuitamment et illégalement, elle est balancée dans la rue.
Nous nous reposons, allongées sur le lit. Dominique se lève brusquement et fonce à la fenêtre. Il manque une de ses vieilles Addidas Nastase, introuvables ! Crevées, grisâtres et puantes (garées sur le rebord de la fenêtre pour éviter d’être asphyxiées). Qui a pu voler une seule chaussure ? Et surtout celle là ! Je file à la cuisine exposer le problème à Fatima. Signe de croix, elle sort illico et raconte à qui veut l’entendre l’histoire de la godasse disparue.
Tout le monde est sur le pas de la porte, Fatima, ses bonnes, les jeunes qui réparent une mobilette, les menuisiers qui travaillent de l’autre côté de la rue... Fatima hèle les enfants qui traînent. Nous regardons sous le camping-car poussiéreux et rouillé qui est le domaine réservé d’une chatte noire maigre et hargneuse. Pas de chaussure. Dominique exhibe la deuxième tennis, minable.
C’est une blague, tout le monde en convient. Les enfants cherchent. Dominique en envoie un grimper sur le toit du mobilhome. Puis, idée géniale : nous offrons une récompense à qui la rapportera.
C’est un jeune menuisier qui a l’idée de regarder sous l’essieu du camper. Je sors un paquet de chewing gum qu’il partage avec les enfants. Maigre récompense, nous nous ravisons et lui offrons un fanta au bar.
Happy end. Nous en rigolons rétrospectivement des heures après, regrettant de ne pas avoir pris la photo de la vieille godasse, du vieux camping car et de tout le quartier sur le pied de guerre.


Vendredi 26 juillet : Cova, aluguers

A 7h30, l’aluguer de Porto Novo nous emmène à Cova  pour 500$.
Cette route mérite à elle seule le voyage : nous roulons sur les crêtes au dessus d’une mer de nuages. J’avais un peu oublié la route de l’aller ou plutôt, j’avais tout télescopé : le cratère, le chemin de crête... Dans mon souvenir tout était situé dans le même coin et nous aurions pu marcher ensemble sur la route de crêtes après avoir fait le tour du cratère, erreur !  Une dizaine de kilomètres séparent les deux sites. Le cratère est beaucoup plus près de Porto Novo, il est situé dans une belle forêt de pins, cyprès tamaris et eucalyptus.
Dès que nous descendons du Hiace, une douzaine d’ânes gris clair et blanc très petits et très poilus passent portant des bidons. Deux enfants galopent pour rejoindre la troupe. Cavalcade sympathique. Nous descendons dans le cratère pour en faire le tour. Mais ce n’est pas une balade occupant toute une journée
Nous partageons le pique-nique et nous séparons. Je ferai la descente mythique seule et Dominique me rejoindra à Passagem en aluguer.
J’escalade donc le rebord du cratère sur un mauvais sentier (il en existe un meilleur mais je ne l’ai vu qu’après). Pierres blanches, poussière claire. A mi-pente, je me retourne pour regarder les champs de maïs formant une mosaïque, on dirait la piste d’un cirque, les ânes galopent, puis deux cavaliers à cheval qui semblent courir sur un hippodrome.
Au petit col, sur le rebord de la crête, je découvre le fameux sentier aux 77 virages. Le panorama est magnifique mais aucune impression de vertige : un parapet en bon état protège le chemin muletier pavé. Si j’avais mes chaussures de randonnée j’aurais pu dévaler la pente, avec mes tennis je ressens chaque pavé, mais il n’y a aucun danger. Les gens ont exagéré la difficulté sans doute pour magnifier leur exploit. En revanche c’est une balade merveilleuse, le sentier épouse tellement la paroi qu’on ne le voit même plus quand on se retourne. Je compte les tournants : au 19ème, trois jolies vaches rousses paissent sur une petite terrasse; vers le 50ème, de magnifiques champs de choux bleutés bien pommés et une levada ruisselante; au 60ème, un jeune homme habillé de blanc, cheveux longs bouclés, se présente : "je suis Laurino, ma profession, agriculteur, voici la maison de mon père". Il me montre fièrement les terrasses. Deux tournants plus tard une petite fille m’offre un bouquet de fleurs rouges et jaunes ressemblant à des giroflées géantes, puis un petit garçon, des capucines. J’apprécie à leur juste valeur les présents, les fleurs sont un véritable trésor dans cet archipel désertique. Après avoir descendu la muraille minérale, je suis dans un jardin fleuri. Les caféiers sont aussi en pleine floraison : bouquets blancs sur des arbustes plus hauts que moi aux feuilles sombres et brillantes. A la première maison, on me propose de l’eau de source fraîche "qui sort de la montagne" dans une bouteille décapsulée. Ce n’est pas gratuit 120$ (en ville le tarif des restaurants est seulement de 100$). Comme je n’ai pas de monnaie, c’est 150$. je n’ose pas la boire pensant m’en débarrasser dès que je verrai la première merceria.
Un petit garçon me conduit chez Sandro qui attend les touristes devant sa porte et me fait monter au premier étage de sa maison rose. Il a envie de bavarder et n’insiste pas pour me vendre les souvenirs qu’il confectionne lui même : des allumettes collées sur des bouteilles qu’il ponce et vernit ensuite et remplit de grogue. C’est très laid. Les napperons brodés de sa copine capverdienne ne valent pas mieux, maladroits, j’en aurais fait autant... Sandro est français, de Hyères. Il me questionne sur notre périple au Cap Vert.
J’ai mis une petite heure pour rejoindre le premier village (après les 77 tournants). Il reste 8 km pour arriver à la ville de Paul. Sandro m’assure que j’y serai avant Dominique. Je trouve rapidement le village au dessus de Passagem où nous nous étions arrêtées avant hier. Je reconnais le manguier où les enfants jouaient à l’awélé. Au manguier suivant, une petite fille m’offre des mangues que j’achète 20$. Elle est ravie. Je m’installe sur le muret où nous nous étions arrêtées pour manger les fruits mais le parapet  est en pente, une mangue roule, la petite fille accourt m’en donner une autre et les enfants me tiennent compagnie.
Au moment de reprendre la route, je m’aperçois que je n’ai plus mes lunettes. Je remonte le chemin en courant. Peut-être les ai-je laissées chez Sandro ? Les enfants les ont peut-être ramassées. Je suis toute rouge et essoufflée de la remontée quand je trouve Dominique dans un vieux pick up. Nous essayons de retourner chez Sandro. C’est loin. Au village, j’ai l’idée d’appeler Sandro qui m’a laissé sa carte avec son numéro de téléphone. Nous demandons où il est possible de trouver un appareil. Le téléphone se trouve dans une curieuse maison ronde dont les murs sont en bouteilles de bière et le toit en paille. Le propriétaire, blond, européen, anglophone, a toute les commodités modernes : téléphone et ordinateur.
Nous reprenons le chemin connu et déjeunons sous un bel arbre à pain repéré la première fois. Un pick up s’arrête. On nous propose de nous emmener à Ponta do Sol mais nous voulons nous arrêter à Ribeira Grande pour passer à TACV et remplacer les lunettes de soleil perdues.
Ce n’est pas un Hiace transportant des passagers, c’est la poissonnerie ambulante. Nous voyageons à l’arrière avec un carton plein de merlans séchés, des bassines de mangues ainsi qu’une balance. A chaque hameau le chauffeur klaxonne, des enfants échangent les mangues contre du poisson séché, une femme vient avec un saladier vide qu’on lui remplit pour 50$. C’est très sympa, deux garçons assis avec nous croquent dans les mangues, nous nous arrêtons dans tous les villages. Nous sommes ravies de ce nouveau mode de transport. A Paul, un autre passager monte, souliers cirés, belles fringues. Il propose de parler à Sandro de mes lunettes et de me les faire parvenir.
Sur la corniche, Dominique veut prendre en photo en souvenir de ce voyage sympathique. Je trouve tout de suite des lunettes noires au marché africain pour 500$ mais même avec une pile neuve ma montre ne fonctionne plus. Le vendeur reprend sa pile et ne fait rien payer. Le bureau de TACV est fermé, tout le personnel est à Ponta do Sol pour l’atterrissage du seul avion de la semaine. Dommage, nous avons raté cet événement !
Dominique aujourd’hui a prix six aluguers différents et a confirmé le vol ce matin.

Il fait lourd et humide à ponta do Sol, ailleurs il faisait beau. Pour me rafraîchir je retourne me baigner avec les enfants sur le port. Je suis la seule blanche.
Pour dîner Fatima nous sert un magnifique garupa, beau poisson rouge à chair délicieuse.


13.  Santo Antao l'île verte
13.  Santo Antao l'île verte

12. Mindelo, la ville de Cesaria Evora

Publié le : 17 Juin 2006
12.  Mindelo, la ville de Cesaria Evora

La maison de Cesaria Evora

Avant la visite touristique de Mindelo, nous avons des objectifs pratiques : la banque, TACV. Nous commençons par la Maison de Césaria Evora.
Nous avons pris nos repères hier. Nous trouvons même un raccourci pour aller à la place Amilcar Cabral ombragée et ornée de deux petits kiosques, l’un ouvert, - kiosque à musique -, l’autre original, servant de buvette.
De la place part une artère commerçante avec les principales banques et TACV. Plus loin, à angle droit, la Rua Lisboa avec le marché aux légumes, des célèbres cafés et le palais du peuple peint de rose et joliment décoré. Un peu plus haut après le Lycée nous trouvons la maison de Césaria Evora. Tout le monde la connaît et nous aide volontiers. C’est la maison la plus importante de la rue, deux étages, crépie de neuf en jaune mais fermée de barres aux fenêtres.

Marché aux poissons

Nous faisons un tour au marché aux poissons pour admirer les azulejos des artistes locaux très colorés. D’énormes thons gisent par terre, sur les étals des garoupas rouges, des chinchards et des poissons de taille moyenne ressemblant à des maquereaux.

Plage

La plage est située  à quelques minutes de l’hôtel Che Guevara, une mer turquoise sans vagues. Quand on se baigne, on sent quand même le ressac. Je ne me sens pas en confiance dans l’océan comme en Méditerranée. Il faut nager sans relâche pour ne pas se laisser emporter. Personne ne s’éloigne du bord, je n’ose pas nager bien loin et fais des allers retours le long de la plage. L’eau est très rafraîchissante, la baignade plus tonique que délassante.
Sieste.

Les informations à la télé

A 17h30 nous allons à l’Alliance Française pour voir les informations de CFI. Le gros poste de télévision est installé dans la cour en face du bar. Nous nous installons à une table carrée dans la courette, une autre cour est protégée du soleil par une treille qui court sur un filet. TF1 ne nous apprend rien d’intéressant, -bTour de France, lutte contre la délinquance des mineurs, inondations... Des musiciens débarquent avec leurs instruments, les accordent pendant le journal télévisé que nous sommes seules à regarder. Une chanteuse et deux guitares commencent à répéter. C’est inattendu, très agréable. Un autre groupe avec une guitare électrique se prépare. Mindélo est la capitale de la musique capverdienne, nous en goûtons un échantillon.

Jeudi 18 Juillet : SUZUKI, visite de l’île

On loue un 4X4

Notre petite 4x4 SUZUKI est toute blanche, toute neuve, très haute sur roues comme il se doit. Comme d’habitude, nous faisons trois fois le tour de Mindélo avant de réussir à en sortir en nous aventurant dans les quartiers des collines, misérables mais beaucoup moins qu’à Praia. Le centre de Mindelo est petit mais nous découvrons une ville plus étendue.

Le Monte Verde n'est pas vert du tout

A la sortie de la ville : le désert est rouge, orange, ocre, mauve, marron. Dans le lit des ruisseaux des arbustes très verts différents des acacias défeuillés que nous avons vus ailleurs.
La route pavée est à deux voies séparées par un pavage blanc. La signalisation routière est présente. Sao Vicente est décidément une île moderne !
Nous grimpons des lacets serrés le long d’une paroi verticale pour arriver au sommet du Monte Verde qui, malgré son nom, n’a rien de vert, comme le Cap Vert d’ailleurs, excepté les touffes de sisal portant de longues hampes fleuries et les petites taches jaunes des lichens. Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour admirer le panorama sur la baie.
Ce matin, le ciel est gris, couvert. Le plafond nuageux coupe la dernière ligne des crêtes. Dès qu’on s’élève au dessus de la baie de Mindelo on comprend que la dernière barre rocheuse est une île. La baie est donc plus ouverte que nous le pensions hier. Le bras de mer qui sépare Sao Vicente de Santo Antao est étroit, lisse et bleu profond.

A mesure qu’on avance dans la journée les nuages se dispersent. Les sommets déchiquetés de Santo Antao apparaissent, coupés de banc d’ouate qui s’effiloche. Juste en dessous du sommet, un âne chargé de feuillage vient à notre rencontre. La montagne n’est pas aussi désertique qu’on pourrait le croire. Des terrasses minuscules sont soigneusement binées. J’admire la ténacité de ceux qui les ont construites et qui continuent à les cultiver. Cultiver quoi ? Mystère ! Nous sommes à la veille de la saison des pluies, tout est prêt pour les semailles. Au sommet du Monte Verde des antennes sont gardées par des soldats qui nous escortent vers le meilleur point de vue.
Je choisis un autre endroit pour dessiner et peindre. Luxe inouï ! Nous avons la radio dans le 4x4 et captons RFI.

Retour à la mer

Descente vers la mer : les nuages sont partis, il fait un temps magnifique, frais grâce au vent. Ne pas s’y fier, c’est ainsi qu’on attrape des coups de soleil.
Près de l’eau deux cratères anciens ont été arasés par l’érosion. Il ne reste plus que deux cercles noirâtres sur un sol clair.
Détour par Salamansa, gros village très misérable, certaines maisons sont peintes de couleurs très vives, jaune, vert. Les enfants en vacances depuis peu traînent partout. Nous préférons ne pas nous attarder.
Une piste longe la côte, nous profitons du 4x4. Sur les rochers des enfants pêchent de gros poissons. Le rivage est plein de coquillages cassés, certains atteignent une quinzaine de centimètres de long. Malheureusement, aucun intact.
Plus loin, des hérons gris se détachent sur la roche rouge orangé.
Baia des Gatas est une belle plage célèbre pour son festival de musique au mois d’Août. Elle est aménagée avec une grande estrade et des poubelles (luxe ici !) et est bordée de quelques villas blanches. L’eau est très calme, limpide d’un turquoise pastel dans les piscines naturelles. La baignade est sans risque mais c’est très peu profond et il faut aller loin pour avoir assez d’eau pour nager. Heureusement, j’ai mon masque. Des coraux blanchâtres (morts) font de jolis oreillers sur lesquels furètent plusieurs sortes de poissons : un régal !! j’ai l’impression de me trouver dans un aquarium tropical. Comme la baie est protégée par une jetée et des bancs de rochers, je peux faire du surplace, ce qui était difficile à Tarrafal.
Je retourne à l’eau à trois reprises.
Il ne serait pas prudent de rester des heures entières à la plage sans ombre, même si nous ne souffrons pas de la chaleur (de retour au Residencial Che Guevara nous serons bien rouges).
Pendant la baignade une bonne douzaine de planches à voile sont apparues, venant de la mer, sans doute de Calhau. Non loin d’ici, nous décidons donc de nous y rendre. Sur la carte c’est tout près, une piste contournant le Monte Verde devrait nous y conduire.
La première tentative pour trouver la piste tourne court : quelques dizaines de mètre et nous sommes dans la cour d’une ferme. La deuxième route nous mène au pied du monte Verde dans une petite ribeira (lit d’un oued à sec) cultivée avec soin. Le lit de la rivière est barré par des digues cimentées, des terrasses de bonne taille et de bonne terre sont cultivées à l’ombre de beaux palmiers. L’eau est pompée grâce à une éolienne à nombreuses pales en tôle selon un modèle ancien. Des puits circulaires entourés de murets de pierre sont de taille imposante, deux à trois mètres de diamètre, de là sort tout un système de tuyaux.
Au pied du Monte Verde, une plus grande exploitation avec des serres et sur des terrasses une irrigation goutte à goutte. Fin de la piste. Nous n’arriverons pas par là à Calhau. Toutes les personnes interrogées sont formelles, le raccourci indiqué sur la carte n’existe pas, il faut retourner à la Cidade.
Nous ne regrettons pas notre équipée dans les terres : les paysages sont magnifiques, toujours des crêtes et des pics déchiquetés à l’horizon, les collines rouges et les oasis minuscules.
A Mindelo, nous trouvons facilement la route directe qui passe par deux grandes ribeiras avec des palmiers, des éoliennes et des jardins de légumes, salades, choux, oignons. Est-ce la présence de la grande route droite ? La largeur des ribeiras, tout simplement l’habitude ? C’est moins charmant que sur la petite piste.
Calhau est un village plutôt laid : quelques maisons prétentieuses, du parpaing, un grand terrain de foot, quelques barques de pêche.
La plage est gardée par deux cônes noirs, volcans plutôt récents d’après le bon état de conservation, l’un d’eux est éventré sans doute carrière de scories pour faire du parpaing.
Des panneaux portant des mises en gardes polyglottes et rouillées nous accueillent : «plage dangereuse, praia perigosa... ». D’imposants rouleaux se déversent sur plusieurs rangs d’écume blanche dans une eau verte sur une longue plage de sable blanc qui s’accumule à la base de la falaise de basalte noir formant parfois de petites dunes. Triangles blanc éclatant sur un mur noir, ce sable blanc est un mystère pour moi.


Vendredi 19 Juillet, : Sao Pedro, Flamengos !

La route de Sao Pedro qui est celle de l’aéroport, asphaltée, n’offre aucun intérêt. Elle traverse une zone industrielle embryonnaire, puis toute droite traverse un territoire plat, grisâtre, plantée seulement des acacias du reboisement. La plage, en revanche, est magnifique : sable blanc, mer turquoise, écume éblouissante du rouleau, obstacle impressionnant interdisant toute baignade. A l’arrière de cette barre, la mer est d’un bleu profond lisse. Selon les guides, des tourbillons traîtres la rendent particulièrement dangereuse. La règle du jeu est de ne se baigner que si les capverdiens se baignent et surtout pas seules. Aujourd’hui, la plage est déserte.
C’est un plaisir inouï que de marcher pieds nus sur le sable mouillé, se laisser lécher les orteils par la vaque. Dominique m’attend avec la Suzuki au village situé à l’autre extrémité de la plage. Là, quatre ou cinq barques reposent sur le sable, plus loin, sur une sorte de banquette rocheuse, des maisons pittoresques. L’une d’elles est particulièrement curieuse. On dirait un visage avec deux yeux et le nez avec ses fenêtres carrées cerclées de vert. J’entreprends de peindre les barques et le village. Bien entendu, les fillettes de sept ou huit ans accourent avec des garçonnets et m’entourent. Cela les amuse beaucoup. Comme ceux de Cidade Velha ou ceux de Tarrafal, ils sont très sensibles aux ressemblances, peu leur importe que ce soit beau ou laid, ce qui leur plaît c’est qu’on identifie les barques et les maisons. Pour cela ils me dictent les numéros des barques me donnent le nom des propriétaires des maisons.

Pour arriver à la plage Flamingos, juste derrière le promontoire, il faut retourner presque jusqu’à Mindelo et emprunter la piste sableuse. Au pied des éoliennes modernes, le sable clair poussé par le vent du nord forme de toutes petites dunes claires qui se détachent sur la roche ocre, marron et rouge nous rappelant le Sud Marocain. Nous avons confiance dans notre 4x4 et ne craignons pas de nous enliser (aventure récurrente dans nos voyages). Ce sable est sujet d’étonnement : d’où provient il ? Sa position au nord est de l’île me suggère une origine saharienne. Peut-être est-il marin ? J’aimerais bien résoudre cette énigme. Peut-être, à la rentrée, vais-je envoyer un email à l’auteur du Guide Olizane qui est géologue ?
Cette piste aventureuse n’est pas très longue (6kmx2) mais elle est très amusante. On se dirait perdues quelque part dans le Hoggar ou dans le Sahara, l’immensité en moins. De temps en temps, un arbre très vert se détache. Comment fait-il pour être si vert ? Sans doute le sous-sol de la ribeira contient de l’eau. Le vent lui modèle la silhouette. Arrivées à la plage, encore du sable blanc et des vagues. Le retour est aussi beau quoique moins aventureux puisque nous connaissons le chemin.
Pendant que je peignais, Dominique a trouvé dans le Petit Futé une plage dont le guide dit le plus grand bien. Sur la route de Lazaretto, après la zone industrielle, nous tombons au beau milieu de manœuvres militaires. Les soldats s’exercent avec des mitrailleuses lourdes sur des chariots tirés à bras. Le plus étrange est qu’ils laissent passer notre voiture en plein milieu de leur exercice. Je n’ose quand même pas prendre des photos. Moro Branco n’est vraiment pas l’endroit sympathique décrit dans le guide. Accès difficile à l’eau et environnement industriel, chantier et terrain militaire. Usines.

Baignade à la plage de l'hôtel

Retour vers midi au Residencial. Je vais seule à la plage faire une rapide mais rafraîchissante baignade.
Nous retournons l’après midi à Baia das Gatas, la belle piscine naturelle. L’eau est plus agitée qu’hier, plus trouble aussi. Je nage longtemps. Dominique me rejoint. Pour les photos sous marines c’est un peu loupé. En fin d’après midi, nous remontons au Monte Verde. Sous la lumière du soir, tout semble différent. La montagne a perdu ses couleurs roses et rouges, elle est marron et beige. La baie de Mindelo brille d’un éclat métallique, les crêtes sont bleutées et noyées dans la brume. On ne voit plus les autres îles noyées dans la brume. Au sommet du Monte Verde, une nappe de brouillard très dense nous engloutit. Il ne reste plus qu’à redescendre.
J’aime beaucoup nos « révisions » : du haut du Monte Verde nous avons pu revoir tous les lieux visités : la belle plage de Calhau et ses rangs de vagues blanches, ses triangles de sable blanc sur le basalte noir, Baia da Gatas et l’eau turquoise enserrée dans les rochers, les cratères érodés et les cônes de Calhau... Nous pourrons rendre la voiture sans regret.

Samedi 20 juillet : Mindelo

Journée lessive. Avant de déménager, il faut remettre de l’ordre dans nos affaires. C’est agréable d’utiliser un bac à linge même si on économise l’eau.
Nous visitons au centre culturel une très jolie exposition de Luisa Queiros, surtout des acryliques (avec jus de citron !!) et des collages. Ce que j’avais lu sur cette artiste dans Notes Atlantiques, - «femme noire, fils blanc, femme blanche, fils noir» -, me l’avait rendu très sympathique. Je ne suis pas déçue par son œuvre sauf que j’aurais aimé voir ce tableau qui ne figure pas dans cette exposition.
En revanche, l’atelier de Tchalê et la Maison Figueiras sont fermés. Dommage ! J’avais beaucoup aimé le tableau aux Alizés à Santa Maria, cette femme et son enfant m’avait fait penser aux peintures de Robert Bombézy. Quant à Figueiras, ce que j’ai vu au marché au poisson ne m’a pas vraiment enthousiasmé. J’aurais aimé en voir plus.
Tour au marché aux vêtements africains : les petites échoppes en ciment sont décorées d’azulejos très portugais, légendés en Anglais, rappelant le temps où Mindelo ravitaillait la flotte anglaise. Les «
rues» sont attribuées  aux pays africains. Au centre deux placette et des kiosques, des bancs, de l’ombre. Les Capverdiens ont l’art d’aménager des placettes..
Nous trouvons un jeu d’Awélé pour 1800$. C’est beaucoup moins que ce que demandait le sénégalais de Sao Felipe, mais la boîte est moins bien sculptée. Nous faisons toutes les boutiques d’art africain avant d’en acheter un, gros et lourd pour 2000$, mais avec une sculpture originale. C’est assez curieux, il n’y a vraiment rien pour les touristes, ni cartes postales, ni souvenirs. Tous les marchands de souvenirs sont sénégalais. Les batiks sont parfois fort beaux et me tentent. Les vêtements en batiks sont assez quelconques.
A midi, belle baignade avec le masque. Dominique reste à l’ombre d’un acacia sans se mouiller.
Le soir nous répartissons les affaires que nous emmenons à Santo Antao et celles que nous laisserons ici dans la valise.
Vers 6h, peinture sur le port.
Dîner de Cuscus : tranche de semoule qu’on mange chaud avec du beurre de fromage de chèvre et de la mélasse.


12.  Mindelo, la ville de Cesaria Evora

11. Sao Felipe-Praia -Mindelo : avions

Publié le : 17 Juin 2006
11.   Sao Felipe-Praia -Mindelo : avions

On a failli acheter un awalé

Après le petit déjeuner, une dernière promenade au marché pour éviter la persécution du vendeur de souvenirs sénégalais venu nous chercher jusqu’à dans la salle à manger pour nous vendre un awalé – bien cher –, puis qui s’est installé devant notre fenêtre. Il nous a même laissé le jeu emballé sur le rebord de la fenêtre; cette insistance nous a indisposées, -2500$-, c’est beaucoup trop cher !

On a aussi failli rater le taxi et l'avion !

Je repasse à Ecotour, bonne idée ! Lou est d’une humeur massacrante. L’avion est avancé d’une heure. Si nous ne sommes pas prêtes dans 10 minutes, il faudra prendre un taxi. Heureusement que les bagages étaient bouclés ! Dominique avait justement envie de prendre une douche !
Dans le pick up nous retrouvons Régine, André et leur fils. Notre «ami» le sénégalais laisse le jeu pour 2000$ à André. Après palabres, nous l’aurions bien acheté à ce prix !
Quand vient notre tour d’enregistrer les bagages, il ne reste plus  que deux places dans l’avion de Praia. André et Régine nous laissent leur tour. Ils prendront le prochain avion. Lou, pas étonnée, n’est guère causante... Elle me déçoit d’autant plus qu’elle nous a réclamé le prix des transferts au dernier moment. Ce n’était pas très délicat... Elle attend nos remplaçants sans plus se soucier d’être aimable avec nous.
André et son fils passent le temps en jouant à l’awélé. Si nous avions acheté un jeu, on aurait pu en faire autant.

Retour à l'aéroport de Praia

Le vol jusqu’à Praia dure 20 minutes. C’est devenu de la routine. Dommage que nous soyons assises du mauvais côté, nous aurions pu revoir le volcan.
A l’aéroport de Praia, que nous connaissons bien, il faut attendre encore trois heures. Nous avons nos habitudes. Nous pique-niquons sous notre acacia puis passons le temps en regardant la télévision. La télévision portugaise m’agace, avec ses séries où tous les héros sont blancs et riches...
Praia, Sao Vicente : 50 minutes au dessus des nuages, rien à voir.
Chaque fois qu’on découvre une nouvelle île, le climat change. Nous arrivons donc sous la chaleur. Un taxi nous emmène en ville sur une route asphaltée. Sao Vicente est désertique comme Sal, mais montagneuse. Décor de western ! A l’entrée de la ville : une petite zone industrielle. Nouveauté, nous sommes dans une grande ville moderne et plus ordonnée que Praia.

Mindelo : une grande ville

L’hôtel Che Guevara est complet. On nous place dans une petite chambre aveugle, fenêtre minuscule, cube complètement occupé par les deux lits. Heureusement, une très belle salle de bain. Après la Pousada Bela Vista, nous ne pouvons être que déçues. De toutes façon, c’est provisoire, demain nous aurons une chambre avec vue.
Première expédition à Mindelo. D’abord visite aux supermarchés qui contrastent avec les petites lojas de Sao Felipe. Retour au monde moderne.
La ville est vivante et animée. Il y a foule dans les rues dans les magasins et les banques. C’est une ville un peu désuète et décrépite, mais urbaine, beaucoup plus que Praia :  belles maisons coloniales du siècle dernier, à balcons en fer forgé, marché couvert comme à Funchal avec trois niveaux et des petites boutiques, marché au poisson décoré d’azulejos modernes aux couleurs vives. Ici, il y a aussi un marché africain pour les fringues, mais pas un déballage informe. Les petites boutiques sont alignées dans des guérites couvertes très propres avec des décorations d’azulejos bleus portugais.

Nous revenons par le front de mer. Ancien port, les pontons de ciment tombent en ruine, ferrailles rouillées, épaves remplaçant les anciens cargos du temps où Mindélo était un port charbonnier où les transatlantiques en route vers le Brésil faisaient escale pour se ravitailler. Les vestiges se désintègrent. Autres monuments bizarres : une sculpture représentant un aigle sur un tas de fausses pierres sur une digue mal entretenue et la réplique de la Tour de Belem cachée par des échafaudages. Quelques catamarans et voiliers de croisière mouillent, regroupés au milieu de la baie.
Le soleil a été englouti par un banc de nuage comme à Tarrafal, promesse de coucher de soleil. Il baisse, gros ballon jaune et disparaît avant de rougir. La lumière est très belle. Je tente des photos. C’est à ce moment que je me rends compte de la beauté du site. Baie fermée de toutes parts (où est l’océan ?) par des monts mauves à l’heure du couchant, avec des formes étranges. La ville s’étage sur des collines, cubes colorés aux teintes vives. On n’a pas hésité à utiliser des orages vifs du turquoise soutenu ou du violet.
Nous allons rendre visite à notre « ferry » qui nous transportera à Santo Antao le 21. Dominique est hantée par cette traversée et cherche à y échapper. Peut-être existe-t-il un avion ? Patrick nous a raconté en plaisantant que les Capverdiens sont malades avant même de monter sur le bateau. Pas si idiots que cela, les Capverdiens ! Le rafiot à quai par une mer d’huile tangue abominablement. Il faudra prendre le Mercalm longtemps avant de monter.
Nous dépassons d’énormes silos pour découvrir la plage de sable blanc. A cette heure-ci, comme à Tarrafal, elle est remplie de sportifs qui font des exercices divers, jogging, pompes, assouplissements, jeux de balle... les Capverdiens entretiennent leur corps.
Le residencial Che Guevara est tout proche de la plage. Nous rentrons à la tombée de la nuit, commandons du thon grillé et du riz pour moi, un yaourt pour Dominique. Je mange donc seule le thon grillé délicieux assaisonné d’huile avec de l’oignon et de la coriandre hachée devant les informations à la télé capverdienne.


10. Salinas, dernier jour sur Fogo

Publié le : 17 Juin 2006

On essaie de louer une jeep

J’avais contacté hier au téléphone le particulier qui avait loué la Jeep à André et fixé rendez-vous après le petit déjeuner, à la Pousada. Comme il tarde, je pars à Ecotour. Sur ces entrefaites, Bettynho, le loueur, arrive à Bela Vista et va à ma rencontre à Ecoutour. Nous nous ratons. A 9h15, enfin, nous nous retrouvons. Ce n’est pas un loueur officiel, il nous fait toutes sortes de recommandations. Dominique pense qu’il ne nous fait pas confiance parce que nous sommes des femmes. Elle se sauve.
9h30, nous sommes encore devant la Pousada, sans véhicule. Un vendeur sénégalais essaie de nous aider à trouver une autre voiture. Nous le suivons à grandes enjambées dans toute la ville. Sans succès, on nous renvoie à Bettynho qui se trouve avec ses voitures sur le marché mais dont nous ne voulons pas entendre parler.

Il faut se contenter de l'aluguer

Enfin 10h15, nous montons dans l’aluguer pour Salinas. Le chauffeur n’a pas encore fait le plein de passagers. Il passe au marché, charge plusieurs femmes dont une entre deux âges avec ses paquets qui descend au marché aux vêtements (sucupira). Le taxi erre dans les quartiers hauts de Sao Felipe pour de ramasser d’autres voyageurs, revient à sucupira, reprend la dame, qui redescend à nouveau au marché aux légumes pour chercher un balai. Après une heure de va et vient, l’aluguer prend la route de Salinas, traverse des villages où alternent des maisons misérables de parpaing et les magnifiques villas flambant neuves des émigrants américains, ainsi que d’autres en construction...
A la sortie de Sao Felipe, les acacias du reboisement sont plus beaux qu’à Santiago. Autour des villages, les papayers sont spectaculaires, énormes chandeliers à multiples branches. Dans les petits champs protégés par des murets des animaux, les hommes binent et font des monticules. Les sisals vert vif sont de plus en plus nombreux. Ils sont taillés à la base, certains ont même des troncs comme des palmiers. Des cabanes pour les animaux domestiques sont entièrement construites en feuilles de sisal tressées.

Salinas, plage perdue

Le HIACE stoppe dans un endroit désert. Le chauffeur nous indique une route qui descend vers l’océan. En bas c’est Salinas. Environ un kilomètre de descente dans une ribeira, au bout de la route un petit cimetière marin domine une anse fermée par des rochers noirs qui font une arche naturelle. Les vagues battent les rochers. La «piscine naturelle» est bien agitée ? Il nous semble que nous sommes au bout du monde. Enfin pas tout à fait, des barques reposent sur la grève, et dans ces barques des pêcheurs. Des enfants se baignent. Comment vit-on au bout du monde ? Comment ? A qui vendent-ils leurs poissons ?
L’aluguer doit repasser sur la route à midi et quart. Nous n’avons pas le temps de nous baigner si nous voulons être à l’heure là-haut. Cet aluguer me paraît être la seule chance de retourner à la civilisation. Nous remontons dare dare. A mi pente, un klaxon, le chauffeur est descendu à notre recherche. A 13h nous sommes de retour à Bela Vista.

Baignade près du port

Après la sieste, un aluguer bâché nous emmène à la plage près du port pour «100$ par personnage». Au port de commerce deux gros bateaux sont à quai. Plus loin, une rangée de barques et derrière les barques, une plage très tranquille. Pas une vague malgré le vent, du sable noir et de l’eau limpide. Plus loin, les falaises imposantes et Sao Felipe. Les vagues se brisent sur la falaise et je me baigne comme dans une piscine. Des familles avec des enfants barbotent. Pour rentrer, un père de famille qui avait emmené ses enfants et son petit chien à la plage nous remonte en stop dans son pick up. Pour le remercier Dominique distribue des chewing gum aux enfants. Finalement nous n’avons pas si mal organisé cette journée si mal commencée avec la défection de la voiture. Mais le cœur n’y est pas, grosse déprime.


miriam
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