Il faut lire les récits des René Caillié et Heinrich Barth, en particulier, de leurs rêves d'exploration, de leur persévérance inouïe et de la réalité de leur long cheminement. Ils rapportèrent des récits qui laissent pantois les fades voyageurs que nous sommes devenus...
La collection Bouquins chez Robert Laffont a dressé une anthologie, comme une bible du voyageur en Afrique.
Si Ali Farka Touré reste le plus célèbre des musiciens maliens, bien des artistes ont tracé leur chemin dans le sillage de cette veine singulière. Boubacar Traoré appartient à la génération d'Ali Farka. Lui aussi fut l'un des symboles du jeune Mali indépendant, mais en tant que rocker! Ses compositions se sont dépouillées avec le temps, et ses chansons récentes sont empreintes d'accents nostalgiques.
Dans l'album "je chanterai pour toi", d'autres grands noms apparaissent, dont Ali Farka, mais aussi Rokia Traoré ou Ballaké Sissoko. Ces-derniers prouvent combien peut être fertile l'influence des grands maîtres, surtout lorsque les artistes trouvent leur propre voie/voix!
Car la kora de Ballaké Sissoko, comme la tonalité de Rokia Traoré, offrent un bonheur musical intense et inlassable.
Ali Farka Touré, c'est le "lion du désert", le fils de Niafunké, qui a réinventé le blues. Né en 1939, il est le dixième enfant de ses parents et sera le premier de ses frères et soeurs à atteindre l'âge adulte! Issue de l'ethnie Arma apparentée aux Songhaïs, sa famille n'est pas liée à la musique. D'ailleurs, ce n'est qu'en 1956 qu'il découvre la guitare. Elle ne le quittera plus et fera sa notoriété bien au-de là du continent qui accède à l'indépendance dans les années 60. Ali Farka a composé quelques sublimes albums, parcouru les scènes d'Europe et des Etats-Unis, mais n'a pas abandonné sa région natale, sur la boucle du fleuve Niger, où il continue de vivre en s'occupant de l'irrigation de ses champs.
En 2005, paraissait "In the heart of the moon", né d'une rencontre avec le Griot magicien de la kora, Toumani Diabaté: le Nord et le Sud du Mali, la culture peule et la culture mandingue, réunis sans partition pour une session unique et parfaite organisée dans la chambre d'un hôtel donnant sur le fleuve Niger... Ces pincements de cordes-là laissent une éblouissante émotion !
Au centre du "grand marché", un bâtiment en banco a deux étages est le plus imposant des alentours. C'est le centre d'artisanat qui rassemble divers métiers, du cordonnier au bijoutier, sans oublier le forgeron et son enclume...
Autour de la cour des artisans, des boutiques présentent les objets du cru et ceux d'un peu plus loin.
Poignards ouvragés et bijoux touaregs en argent, ou colliers aux breloques de terre cuite portés par les Bellas, voisinent avec des perles de verres de Kayes. De nombreuses boites à bijoux, des fourreaux, des portefeuilles et des pochettes en cuir aux couleurs chatoyantes sont l'oeuvre de l'artisanat touareg. Quelques pointes de flèches en silex évoquent un artisanat plus lointain, et rappellent que le Sahara était assez densément peuplé à l'époque Néolithique. D'autres pièces plus rares sont dissimulées au fond de sacs et sorties avec précaution pour les touristes demandeurs. Haches et meules de pierre confirment en effet que des objets appartenant au patrimoine archéologique local circulent en toute illégalité. L'UNESCO et le bon sens interdisent pourtant cette commercialisation.
Faire marcher l'artisanat contemporain vaut pourtant mieux que nourrir les trafiquants, non?
Le restaurant Amanar situé face à la Flamme de la paix, est abrité dans une cour bordée de bougainvilliers. La nourriture est fraîche et les crudités sûres! Chaque mardi, deux groupes de musiciens viennent apporter l'une des seules animations que l'on peut espérer sur toute la ville. Morceaux mandingues et wolofs se succèdent dans un rythme entraînant. Amina poursuit son service dans les éclats de rire et, après le dessert, on a encore envie de prendre quelques verres. De la bière pour les amateurs.
La rébellion touarègue a été pacifiée en 1996. Cette année-là, 3 000 armes cédées à la fois par les rebelles et par les soldats de l'armée nationale ont alimenté un grand feu, la "Flamme de la paix", à la limite nord de la ville. Depuis, cet acte symbolique orchestré par les Nations-Unies, a laissé son nom à la place, celle de "la Flamme de la paix", et un monument commémoratif y a été dressé. Il est insolite, cet édifice en marbre en forme d'arches croisées, au pied duquel sont scellées les canons des armes déposées... Les chèvres y grimpent et les Tombouctiens y palabrent sur les marches. Autour, du sable, des troupeaux sans pâturages, des huttes et, à l'heure de la prière, des hommes rassemblés derrière une haie de pierres symboliques et tournés vers la Mecque. A défaut de mosquée, le quartier possède le monument qui rassemble...
Elle en a fait rêver des explorateurs, cette cité mythique dont René Caillié fut le premier blanc à revenir vivant, en 1828. Elle n’était déjà plus alors cette cité richissime au coeur de la route commerciale transaharienne, mais sa réputation est demeurée associé à un inaccessible bout du monde. En 2006, ni le café internet, ni l’enchevêtrement de fils téléphoniques et électriques ne contredisent ce sentiment de ville perdue. Elle reste assiégée par les sables du désert, sans un mile de bitume, et plongée dans les ténèbres à la nuit tombée ! Faute d’alimentation électrique, la lueur de la nuit est celle des lampes à pétrole dont les boutiques au coin des rues tiennent la mèche allumée. Et les jeunes Tombouctiens ont trouvé un autre usage aux fils électriques : ils y lancent et laissent pendre lamentablement des peaux de chats écorchés…
Certes, les travaux de construction d’un réseau d’égouts dans le centre ville et celle d’un bassin de retenue pour y stocker les eaux du Niger qui ne s’approchent plus de la ville devraient finir par moderniser la physionomie de Tombouctou. Mais il restera ce dédale de ruelles sillonnant entre les maisons de banco, d’épaisses porte dotées d’imposantes ferronneries, et les étalages du marché à même le sable.
Tombouctou a l’air placide d’une cité somnolente et paisible où l’étranger qui s’aventure dans ses rues à la nuit noire ne sentira d’autres menaces que celles de trébucher dans les ornières invisibles.
Au nord de la ville, à deux pas de la Place de la Flamme de la Paix, l'auberge Sahara Passion est calme. Bella et sa famille offre un accueil chaleureux et les chambres sont propres, dans une maison qui ne manque pas de style. Possibilité de camping dans la cour.
En face, le restaurant Amanar est certainement l'une des meilleures adresses de la ville pour le rapport qualité-prix.
Ce vol charter proposé par Point-Afrique durant l'hiver rend le pays Dogon et le Nord-Mali très accessible. L'arrivée à l'aéroport de Mopti-Sévaré en début d'après-midi du lundi vous déboussole, et une fois les formalités accomplies (il est préférable d'avoir demandé son visa avant de partir), vous débouchez directement du tarmac sur une place en effervescence. Les T.O attendent leurs clients et, pour ceux qui arrivent en back-packers, c'est la fièvre! Les sollicitations ne manquent pas et il faut se décider, négocier, ou négocier puis se décider...
Pour ceux qui veulent éviter cette brutale entrée en matière, une solution: l'agence Ashraf. Ibrahim et Mahamdou sont fiables. Je les ai appelés de Paris deux jours avant mon vol et leur ai demandés de venir me chercher... Ils étaient là, le tarif avait été dicuté d'avance et il n'y a pas eu à revenir dessus. Leurs 4X4 sont en bonne état et... il faut avoir assister à la préparation du thé sur un mini-butagaz depuis la place à droite du chauffeur, sans s'arrêter de rouler sur la piste!
Bref, un bon plan pour ceux qui veulent s'organiser une mini-virée sans mauvaise surprise et sans passer par un T.O...
Jamais évident de savoir à qui se fier pour organiser une escapade dans le désert! Les guides ne manquent pas, mais je tiens à vous recommander Mahmoud Diallo, basé à Tombouctou, et qui est à la fois très compétent, parfaitement sérieux et d'une compagnie joyeuse et passionnante! Il répond à toutes vos questions, en Français, Anglais, Tamacheq ou Bamabara!
Si le Pays Dogon remporte tous les suffrages des voyageurs, on connaît moins les étendues désertiques qui représentent pourtant près des deux tiers du territoire du pays. Quelques heures de taxi brousse offrent cette métamorphose du paysage qui fait rêver tous voyageurs. A Mopti, on quitte la plaine fertile du Niger et ses rizières, on traverse des "pâturages" peuplés de pasteurs nomades d'origine Peule. Les troupeaux s'abreuvent dans des étangs où resplendissent les nénuphars en fleurs, les baobabs dressent leur silhouette énigmatique et puis, à Douentza, le goudron cède la place à la piste de latérite qui s'enfonce vers le Nord. C'en est fini de la végétation. Des touffes d'herbes sèches, des buissons d'acacias et la solitude. On entre dans le désert. De récents forages ont permis à quelques familles de planter leurs tentes autour, mais il y a seulement vingt ans, la région était totalement isolée.
On rejoint le fleuve dans son tracé le plus septentrional. La piste passe sur une digue au bout de laquelle quelques paillottes proposent aux voyageurs un repas ou un coca, en attendant le bac. Ici, le paysage est brutal, les rives à peine fertiles enserrent un fleuve puissant. Le bac remonte le courant et dépose ses passagers à Korioume, sur la rive nord. De là, il reste quelques kilomètres pour atteindre la mythique, la fabuleuse: Tombouctou...
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