Comparé à la somme de publications de vulgarisation scientifique qui peuvent exister sur l'Egypte, le Soudan fait triste mine. L'ouvrage de l'égyptologue Joy Soulé-Nan, directrice du Centre des recherches et des études nubiennes, s'efforce de rétablir une justice! Elle décrit l'histoire de l'Egypte antique à travers l'influence de la Nubie, le "couloir de l'Afrique", aujourd'hui partagé entre l'Egypte et le Soudan. On y découvre le rôle d'une civilisation qui mérite de sortir enfin de l'ombre de son voisin.
Les auteurs soudanais, qui plus est traduits en Français, ne sont pas légion! Les éditions Actes Sud nous offrent à la fois l'occasion de découvrir un auteur contemporain originaire du Soudan et de plonger dans l'Histoire du pays, à l'époque de la colonisation britannique, tandis que les Anglais décident de construire une voie ferrée reliant le Soudan à l'Egypte. Face à eux, la résistance du Mahdi et de ses fidèles...
Une épopée salutaire à l'époque où nous débattons en France des prétendus bienfaits de la colonisation!
Un embarcadère sur le Nil en plein centre ville. Des barques à moteur pour traverser le fleuve et rejoindre une rive verte. Sur l’île comme dans toute la capitale soudanaise, les habitations ne s’approchent pas du fleuve indompté. La vie rurale y semble se poursuivre immuable depuis la nuit des temps, avec l’âne et la faucille. Un détail pourtant corrige cette impression : le grondement de moteurs, ceux des pompes à eau qui parsèment les berges du Nil pour irriguer les champs.
Là confluent Nil Blanc et Nil Bleu, sans tumulte, du moins en ce mois de décembre. Venu l’un des plateaux éthiopiens et l’autre du lac Victoria, les deux fleuves se rejoignent et poursuivent ensemble leur course vers le Nord et la Méditerranée. Là, sur la pointe de l'île, face à ce spectacle, le voyageur connaît son bonheur.
Omdurman, souk Shaabi, dits aussi "les ateliers modernes". Comme un village sans fin qui déroule ses pistes de poussière de part et d’autre de l’avenue goudronnée. Cases de pisée, maisons de briques et d’autres inachevées de béton sont juxtaposées dans un chaos confondant. Mais où sont les six millions d’habitants de Khartoum ?
Le trafic automobile est dense, mais uniquement sur l’axe asphalté. Autour, c’est le monde des ânes attelés d’une cariole brinquebalante, des hommes affalés, parfois à même la poussière, pourvu que ce soit à l’ombre. Là, des artisans garnissent des matelas de coton. Dans la rue suivante, les ballots de luzerne attendent les bêtes. L’eau rare est recueillie dans des cruches et versée avec parcimonie dans les abreuvoirs. La cohue s’intensifie ; on approche du marché ou bouchers et primeurs se font face. A la sortie d’une allée, la puanteur est insoutenable, mais incontournable : une benne déborde de boyaux de moutons et autres viscères déchargées par les bouchers.
On est content de rejoindre le coin quincaillerie. Lui aussi pourtant se révèle déconcertant car, à côté des tasses plastiques et autres vaisselles made in China, la panoplie de l’artisanat local ne tient guère la route, pas même sur le marché local : du fer blanc tordu et qui se décompose à vue d’œil, évoque vaguement la forme de cuillères ou de couteaux sans manche ni tranchant. Des câbles de vélo rouillés sont pressés en un rond que la ménagère agitera pour disperser la fumée du fourneau. Et c’est à peu près tout ce qu’on trouvera comme objets de fabrication locale artisanale…
Durant l’hiver, le niveau du Nil s’abaisse et libère des parcelles cultivables, des plages et des terres argileuses. Une vie saisonnière se met en place, des chantiers de fabrication de briques s’installent. Les ouvriers dressent des cabanons de fortune et les rangées de briques s’allongent de jours en jours, dressant des murs et dessinant des perspectives géométriques… Les fumées de cuisine se superposent à celles des fours à briques. La boue rouge colle au corps des hommes noirs qui transportent des brancards chargés de briques. Elles sont séchées au soleil avant d’être enfournées dans les fours de briques de forme pyramidale. Avec elles, et quelques morceaux de toles en sus, la ville poursuit son extension...
Ville plate, la capitale d'un des plus vaste pays d’Afrique a l’allure d’une ville ensommeillée de province. Le centre se résume à quelques immeubles qui imposent leur modernité de verre et l’arrogance de leur hauteur : le pays est devenu exportateur de pétrole depuis 2002 ! Sinon, rien ; un urbanisme inconsistant dans une ville qui n’en finit pas d’étendre ses quartiers indistincts de bidonvilles. Elle n’en finit pas, et ne se transforme pas non plus. On ne reconnaît ni des faubourgs, ni une banlieue, mais des habitations précaires répandues dans le désert.
Le Nil est là pour signaler le centre et départager en deux la capitale: Omdurman rassemble les quartiers plus commerciaux et plus modernes en aval du fleuve. Mais les rives ne sont reliées en tout et pour tout que par deux ponts! Côté Khartoum, la ville s'est développée autour de l'aéroport et de quelques rares cheminées industrielles. Hormis quelques axes goudronnés, les rues sont en terre battue et la poussière pénètre dans les maisons à travers les moustiquaires. Le Palais présidentiel, modeste pavillon, est repeint plusieurs fois par an pour entretenir sa luxueuse blancheur. Il est situé sur la corniche qui domine le Nil. Là un long trottoir ombragé et aéré par le souffle du fleuve attire des goupes d'hommes qui s'adonnent au sommeil...
Le site est accessible en trois heures au départ de Khartoum. On peut s'y rendre en transports en communs en réclamant la direction d’Atbara. Des bus Tata assurent la liaison dans les meilleures conditions. Le problème, c'est le retour ! A l'aller, il suffit de prévenir le chauffeur que l’on veut aller à Méroé. Le bus s’arrête au bord de la route asphaltée, au milieu de rien et en descendent les touristes et seulement eux! On regarde le véhicule s’éloigner sur une route déserte avant d’oser se retourner vers les silhouettes de pyramides dressées à l’Est. On s'approche. Une clôture et quelques marchands peu insistants signalent l’entrée du site perdu dans le sable blond. On est censé avoir acheté ses tickets au bureau du tourisme à Khartoum…
On s’avance, intimidés par la fierté du site et l’éblouissante lumière. Voici la nécropole royale de Méroé: des dizaines de pyramides de pierre noire partiellement ensevelies sous les sables s'étendent au-delà de l'horizon. Ici reposent les membres des familles royales de Nubie, dans des tombeaux colossaux, précédés de portes monumentales dont la pierre est gravée.
Redouté et convoité par les pharaons d’Egypte, le Royaume de Khoush remonte au 3ème millénaire. Longtemps laissé de côté par les archéologues, l’immense héritage nubien commence à livrer ses secrets. Pour le voyageur, l’émotion est intense de marcher entre ces sépultures monumentales, dans la lumière, le silence et la solitude de lieux immémoriaux, encore épargnés de toute infrastructures touristiques, et simplement sublimes.
L'hiver est la période la plus propice, pour ne pas dire la seule! En décembre, il fait couramment 30° à Khartoum et dès avril le thermomètre voisine les 40°. La chaleur ne se relâche pas avant novembre! Au sud, l'hiver est la saison sèche, donc la plus favorable aussi.
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