Le petit déjeuner est servi par la grand-mère autour d’une grande table rassemblant tous les occupants du gîte : omelette- saucisse. Convenable sans plus. Chaque gîte a son charme, ici, c’est la salle de bain.
Parc de Gaspésie
Nous partons à la hâte pour le Parc de Gaspésie. Notre départ est si précipité que nous oublions des tas de choses essentielles comme une pellicule photo, un short et un maillot de bain. Jean Guy nous a indiqué les bonnes places pour les castors et les orignaux. Dans cette partie de la Gaspésie, il y a peu (même pas du tout) d’exploitations agricoles. Toute l’activité est concentrée sur la route 132. Une large piste de gravier va au lac Cascapédia, longue langue d’eau enchâssée dans des montagnes hautes de plus de 1000m. Du bord de la mer, cela fait un joli dénivelé !
Au centre d’interprétation, l’accent est mis sur l’étagement des la végétation, des feuillus aux résineux et à la toundra boréale. De la voiture, nous voyons surtout des résineux : épinettes et quelques mélèzes, de temps en temps des trembles et de rares sorbiers. Au lac Volume nous trouvons bien le barrage à castors, mais ce n’est pas la bonne heure. A la place, un joli crapaud.
Cascapédia : chou blanc!
Au lac Cascapédia, les canots sont déjà loués. Nous nous enregistrons sur un sentier pédestre qui monte régulièrement au soleil. Les distances sont indiquées. Nous progressons à la vitesse de 2 km/heure et nous avons laissé le pique-nique dans la voiture. Encore un mauvais plan ! Dominique renonce au circuit redescend par le même chemin tandis que je continue. le trajet du retour est beaucoup plus agréable. Le petit sentier passe dans la forêt. Souvent il est aménagé avec des planches parce que l’eau suinte de partout. Nous nous retrouvons au lac. Je rêve de baignade, ôte mon pantalon et entre dans l’eau en TShirt long. L’eau est tiède mais pas assez profonde pour nager. Après le repas, nous recommençons notre traque à l’orignal le long de la route 11.
Nous sommes chanceuses!
Nous sommes « chanceuses » : un gros mâle avec un magnifique panache est en train de brouter les plantes aquatiques. Malgré le monde, l’orignal ne semble pas gêné par la présence humaine.
Lac Paul
Au lac Paul, deux observatoires aménagés mais pas d’orignal ! La piste se rétrécit jusqu’à devenir un mauvais chemin plein de nids de poule et de pierres. Il faudrait un 4X4. La pauvre Buick va de trou en rocher et nous secoue furieusement. Je descends pour alléger les amortisseurs mis à mal tandis que Dominique cherche à faire demi tour. Le temps s’est couvert, l’orage gronde. Les animaux font un vacarme peu habituel. On dirait qu’une chouette s’est réveillée. Dès que Dominique nous a sorties de ce mauvais chemin, elle a besoin de souffler un peu. Nous nous arrêtons au Lac Noir et nous asseyons sur le bord d’une barque. Une jolie femelle se présente tranquillement alors que nous ne l’attendions plus. On ne l’a ni vue ni entendue arriver. Tranquille, elle fait quelques pas dans l’eau, mâchonne une herbe, nous regarde et a disparu comme elle était venue…
Prospection!!
Après toutes nos connaissances accumulées en géologie, les visites de Mines, il est temps de mettre en pratique l’expérience et de devenir nous aussi des prospecteurs ! L’occasion en est donnée au mont Lyall.
La mine d’agate se trouve à la lisière du parc de la Gaspésie, il faut prendre la route 299 qui traverse les montagnes du Parc. Nous sommes passées à côté du Site Serpentine et du mont Olivine (bon augure pour les géologues !).
Le Mont Lyall
Le Mont Lyall est formé de rhyolite rouge. Son altération a donné de la kaolinite blanche dans laquelle se trouvent les agates. La mine est à flanc de la montagne. On a ouvert à la pelleteuse une dizaine de gradins.
Concession
On vend des concessions à la journée pour 20 dollars chacune et nous avons l’occasion de dénicher la fortune, en l’occurrence des agates ou des géodes. On nous prête le matériel : un pic et une chaudière (un seau) et des lunettes de sécurité. Nous avons trois heures pour la récolte : on parle ici de cueillette.
Après quelques explications, nous nous lançons à l’aventure. Pourquoi choisir un endroit proche de la bicoque que de nombreux visiteurs ont sûrement écumé avant nous ? Nous allons dans l’endroit le plus éloigné pataugeons dans la boue grise. Des engins ont préparé le terrain et tracé des gradins comme à Thedford Mines. Il s’agit d’arracher à l’argile les grosses boules qui contiendront peut être une belle agate. Les murets s’écroulent facilement sous nos pics. Pour choisir les nodules susceptibles de contenir de l’agate ou de l’améthyste, il faut repérer ceux qui ont trois cordons ou des protubérances arrondies les « bouillons ». En théorie c’est facile
Certains ramassent des géodes de plusieurs décimètres de rayon. Intransportables en avion ! Nous ne choisirons que les petites ! Nous montons donc à l’assaut de la montagne. Des images traversent mon esprit : celle des chercheurs d’or de la Ruée vers l’or ou les garimpeiros mais aussi blanche Neige et les Sept Nains ou les Strumpfs (nous courons certainement dans cette dernière catégorie !). Le soleil tape très fort et c’est heureux parce que nous ne souffrirons pas des moustiques. Cela permet de travailler en short. En pantalon long avec des manches cela aurait été insupportable (sans parler de la boue !) On pioche à s’en faire des ampoules cuisantes ! Au bout de deux heures nous avons rempli nos chaudières de cailloux ronds.
Sauf que la chaudière pleine de cailloux est insoulevable ! Une nouvelle image s’impose : celle des bagnards de Cayenne ! Sauf qu’on a payé 220$ pour transporter des kilos de cailloux d’une valeur très improbable. Avant de monter dans les étages supérieurs nous aurions dû réfléchir !
Il faut nettoyer les nodules au jet. C’est la partie la plus agréable du travail. L’eau est glacée et gicle partout. C’est rafraîchissant ! Heureusement on dispose de diables avec des grosses roues. On peut installer les deux chaudières. Le transport devient plus facile.
Dernière phase : le tri. Aucun de nos nodule ne paraît convenir à première vue. Peut être avons nous peiné pour rien ! Le spécialiste de l’Accueil est beaucoup plus indulgent et il n’en rejette que la moitié. Nous voici à la tête d’un carton plein de cailloux susceptibles de renfermer des trésors. Ce qui est excitant c’est qu’on ne sait pas ce qu’il y a dedans. Nous les portons à couper chez quelqu’un qui possède une scie.
Pour 40$ nous découvrirons nos trésors. Si on additionne les 12$ de bottes, les 40$ de la concession cela fait une journée bien dispendieuse.
Laundromat : on lave tout le linge !
Un vent fort chasse les nuages. Des moutons blancs apparaissent sur le Saint Laurent. Il va faire beau ;
A 10 heures, nous nous enregistrons au départ du sentier. On s’est un peu mélangé dans les unités du système métrique avec les pieds. Le dénivelé est plus importtant que prévu (870m au lieu de 600m) les 3h30 annoncées sont peut être nécessaires ? J’aborde allégrement la première section et parviens au belvédère au bout de 35 minutes au lieu de 45 annoncés. Le tronçon suivant s’appelle la Monta et porte bien son nom : sur la carte le sentier recoupe à angle droit les courbes de niveau resserrées. Tout le parcours se déroule en forêt et heureusement il n’y a pas d’insectes. On gravit des marches parfaites pour des grimpeurs à longues guiboles, je dois me hisser avec effort, il y a très peu de paliers pour souffler d’autant plus que je marche les yeux fixés sur la montre pour respecter les horaires. Vers la fin, les replats s’allongent si bien qu’à l’arrivée je poursuis sur le plateau.
Rabougris
Le passage entre la forêt d’épinettes et la toundra est brutal, la transition à « rabougris » ne s’étale que sur quelques dizaines de mètres. Je suis un peu déçue par les « rabougris », on en faisait grand cas au Centre d’Interprétation. Ils ressemblent à la végétation d’altitude dans les Alpes sans rien de bien original. En revanche le paysage de toundra qui couvre le plateau est spécial. Le sol est presque inexistant. L’au stagne, formant des tourbières. Des fleurs colorées, campanules bleues, plantes grasses roses, ont des teintes très vives. L’essentiel du plateau est revêtu de mousses et de lichens : maigre pâturage pour les caribous ! Déception : ces derniers ne sont pas au rendez vous ! Le petit lac entouré d’épinettes rabougries devrait pourtant leur plaire. Pas l’ombre d’un panache.
Le naturaliste qui explique la végétation insiste sur la fragilité de ces plantes qui n’ont pratiquement pas de sol pour s’accrocher. Si le sentier était fermé aux promeneurs une vie humaine ne suffirait pas aux plantes pour coloniser la zone piétinée. Les caribous sont peu nombreux, seulement 200 pour tout le parc. Le sentier est court donc sur des planches qui ont le double avantage de protéger la végétation fragile et de nous faire traverser la tourbière à pied sec.
Une surprise géologique m’attend : à flanc de la montagne, les roches étaient très foncées avec de nombreux cristaux noirs très brillants (gabbro ou péridotite ?). au sommet, les roches sont orange, presque couleur rouille, de la serpentine paraît il. Je regrette de ne pas avoir mon marteau pour couper un échantillon frais..
La descente est agréable. J’ai mis moins de 2H30 à la montée. J’ai donc tout mon temps pour le retour et profite pleinement de la balade dans la forêt. Le sol est couvert de cornouillers du Canada fleuri en altitude portant des fruits rouge plus bas avec des fougères des mousses, des myrtilles et des framboises.
Je retrouve Dominique à 15H25 sur la passerelle enjambant la rivière Sainte Anne. Elle a fait un beau circuit sur le chemin des crêtes vers le Lac aux Américains (un cirque glaciaire) et au ruisseau aux Castors. Malheureusement c’est moi qui avais l’appareil photo !
La Martre
Pour le pique-nique du dîner, nous choisissons un nouveau coin. La route longeant la plage est coincée entre l’eau et la falaise. Le village suivant, la Martre est très pittoresque avec son phare en bois rouge, son église blanche et ses maisons colorées. Nous dînons devant un superbe coucher de soleil.
Nous quittons à regret "La Nouvelle France" pour un motel à Mont saint Pierre où j’ai réservé deux nuits. Mont saint Pierre est un trou perdu avec une petite anse tranquille sans même un seul bateau, défiguré par la route 132 et ses 4 motels, le nôtre étant le plus ancien et le plus minable. L’auberge de jeunesse peinte de couleurs vives a un air plus pimpant.
Monts ChicChocs
La route qui mène au Parc de Gaspésie en passant par le Poste de la Galène, est une route de graviers qui s’enfonce tout de suite dans la forêt des Monts Chic Choc. Nous prenons en stop deux jeunes filles logeant à l’Auberge de jeunesse, l’une d’elles est française. A 10H, une navette – un gros bus scolaire jaune – nous emmène au départ de la randonnée. Dans le car, le guide se présente. Uniforme, chemise blanche rayée de gris et casquette verte.
Montée au sommet
Le sommet est à 1265m d’altitude. 475m de dénivelée et un trajet annoncé 1h30 sur une ancienne route construite par l’armée canadienne ne présentant donc aucune difficulté et une pente pas trop raide. Tantôt nous passons sur des dalles de granite inclinées, tantôt sur du cailloutis qui roule sous le pied. Nous grimpons doucement et régulièrement. Malgré ses appréhensions, Dominique atteint assez facilement le pied du plateau.
Comme au Mont Albert, la forêt boréale est remplacée brusquement par une bande étroite de sapins et épinettes nains maltraités par le vent. Sur le plateau : la toundra.
Au Mont Albert, la serpentine orange en dalle aplatie était le plus souvent recouverte par la tourbière et par une jolie mousse verte. A Jacques Cartier, c’est un désert de pierraille : granite fractionné par l’action du gel en cailloutis décimétrique recouvert de lichen. Entre les pierres la pelouse est rare, fleurie de blanc (surtout une petite potentille et le cornouiller du Canada qu’on rencontre dans tous les sous bois, avec ses fleurs à 4 pétales et ses feuilles ornées de nervures creuses).
Sur le plateau il faut encore parcourir un bon kilomètre pour arriver à la tour du poste Eole, le très bien nommé. Le vent a rafraîchi la température. Nous sortons des sacs sweat shirts et coupe vent. Je mets la capuche du K-Way par-dessus la casquette pour protéger mes oreilles du vent qui pince. La marche devient pénible sur le chemin pierreux. Dominique progresse avec difficulté. Evidemment le comité d’accueil des caribous n’est pas venu. La longue caravane des promeneurs colorés n’est pas faite pour les attirer.
Les plantes de la toundra
J’arrive juste à temps pour me joindre à l’activité animée par les Guides du parc, ciblée sur la flore de la toundra. Le guide nous montre les coussinets des fleurs miniatures retenant un peu d’air isolant. Tout est conçu pour garder un peu de chaleur dans ce milieu hostile, froid, venté et souvent glacé. Disposition en rosette, en coussinets à l’abri d’une petite pierre. Cette végétation est extrêmement fragile. Le guide nous montre un saule qui pousse à l’horizontale, ses branches rampant sur le sol, je les aurais confondues avec les racines. Au Mont Albert, également, un petit saule haut de moins de 10 cm ne poussait que dans ces sommets.
Sols polygonaux
Descendant du plateau, il nous montre les sols polygonaux résultant de l’alternance gel/dégel : un tri s’opère dans la granulométrie. Les roches les plus grosses remontent et se placent sur les côtés d’un vaste polygone (de l’ordre du mètre). Vu du ciel en hélicoptère, ce phénomène doit bien se remarquer, mais il faut avouer que sans le guide, je n’aurais rien observé seule.
Petits arbres
A la lisière de la forêt, les petits arbres, hauts à peine de deux mètres pour les plus grands d’entre eux, sont très âgés. Peut être âgés de plusieurs centaines d’années, ils ont germé lors d’un épisode climatique plus doux. Actuellement, les graines ne germent pas même si certains arbres portent des cônes. Ils se multiplient donc par marcottage et forment de petits groupes touffus qui proviennent du même pied père. Leur forme tordue résulte de l’action des vents dominants ce qui n’est pas extraordinaire en soi – on observe la même chose en bord de mer -. Un autre facteur se surimpose : l’accumulation de la neige. Sur ce sommet venté, la neige est peu épaisse. La coche de neige permanente protège les basses branches qui se développent à l’horizontale. Le faite de l’arbre est un flèche droite tandis que les branches latérales sont cassées par le gel.
Les caribous
Je remonte sur le plateau à la recherche de Dominique. Les autostoppeuses l’ont rencontrée beaucoup plus bas. J’engloutis mon sandwich et dévale le chemin pour la retrouver dans la forêt. Elle a vu trois caribous. Marchant doucement, en silence, elle ne les a pas effrayés. Je suis très contente. Elle a été récompensée de l’ascension pénible. Elle est très fière. Elle les a montré à d’autres promeneurs qui marchaient sans les remarquer en bavardant. D’où l’avantage de se trouver seule !
Retour par l’autobus de 15H30, finalement la descente était plus ardue que la montée. 15H45 au poste de la Galène. Il est trop tôt pour rejoindre notre charmant logis.
Dernier circuit en voiture dans le Parc de Gaspésie
Il fait si beau que nous reprenons la Buick pour sillonner une dernière fois le parc de Gaspésie. La Route des Crêtes nous conduit au Belvédère du Castor : vue sur le Mont Albert (photo) puis au Lac des Américains où nous faisons une charmante promenade de 1.5km sur un sentier sablé recouvert de bois broyé, doux aux pieds à travers une sapinière pour arriver à un petit cirque glaciaire ? L’eau est bleue, les roches rouges sous le soleil qui baisse. Tout est parfait. Nous avons déjà parcouru 130km mais nous avons envie de revoir les orignaux du Lac Cascapédia ou du Lac Paul ou Noir. En route donc ! A Cascapédia, un gros bock mâle broute tranquillement ses herbes aquatiques. Au Lac Paul, encore u n mâle, mais au lion. Au lac Noir, on croit en apercevoir un. Peut être est ce une illusion, ou s’est il éclipsé ? Nous repassons devant la Nouvelle France à regrets, nous étions tellement bien ! A 9h nous sommes revenues au motel : 69$, no comment !
La route de l’intérieur offre des panoramas grandioses sur les Monts Jacques Cartier et les Monts AC Garrigles, la réserve des Chic Choc.
La mine de cuivre de Murdochville
Aux abords de Murdochville de nombreux arbres sont morts et nous trouvons un gigantesque tas de remblais. Comme à Thedford Mines, le paysage est complètement bouleversé. Des montagnes entières ont été déplacées. Les mines à ciel ouvert ont creusé un trou gigantesque. La ville, elle-même ne doit son existence qu’à la mine. Elle est très récente, moche. D’ailleurs, nombreux employés de l’exploitation minière n’y résident pas en permanence. Visite en autocar de la mine à ciel ouverte pratiquement désaffectée : on ne l’utilise que pour fournir du remblai qui comblera les vides de la mine souterraine. Après al visite de la mine d’amiante nous ne sommes plus trop étonnées du gigantisme du chantier. L’essentiel de l’activité se déroule sous terre dans 125km de galeries. Cette longueur est constante puisque l’on rebouche au fur et à mesure qu’on fore. On ne peut qu’imaginer le ballet des camions de 35 tonnes sous terre et des engins télécommandés. Nous ne verrons rien.
Traitement du minerai de cuivre
En revanche, la visite des usines de traitement du minerai est très instructive. Le minerai est d’abord concassé dans des « moulins » : d’énormes cylindres contenant des barres, des galets et des billes. Une pâte fine en sort de granulométrie inférieure à celle d’un grain de sable. Le stérile et le minerai sont séparés par flottation dans des bassins contenant de l’eau douce et du détergent. De l’ai injecté permet la formation de nombreuses bulles. Le cuivre adhère à la surface des bulles tandis que le stérile coule. Les cuves sont belles avec leurs bulles métalliques. Il reste ensuite à éliminer l’eau. Pour enlever le fer on fait fondre le mélange. Il se forme des scories qui noircissent la mine à ciel ouvert. Pour le soufre, une unité de production d’acide sulfurique est associée aux produits de la mine.
Le minerai circule sur des tapis roulants. A la fonderie nous n’avons pas vu la couleur des plaques. J’aurais aimé voir couler le métal en fusion mais nous n’avons pas eu cette chance. On nous a présenté le carrousel avec le moule des plaques : les anodes. Pour quoi ce nom d’anodes ? A Montréal, le traitement sera complété par électrolyse.
Visite sous terre
Pour la visite sous terre je suis harnachée en tenue de mineur avec la lampe frontale reliée à ma ceinture. Le guide nous parle peu de la roche mais surtout des conditions de travail des mineurs. On nous montre la chambre de refuge installée comme une cafétéria un peu rustique : lorsqu’on dynamite, les mineurs s’y réfugient dans ces galeries stables. Le mineur le mieux payé est le dynamiteur. Après une explosion à 3 heures du matin, il doit sonder le toit de la galerie et faire tomber les roches. Ce qui m’étonne, c’est qu’en 1998, les hommes sont payés à la tâche y compris les foreurs dans les prospections. Si la tête de forage ne coupe plus, il leur faut remonter des kilomètres de tuyaux sans que cela ne leur rapporte rien. Pas de carotte pas de paye.
Aucune explication géologique : il me faudra consulter la carte que j’ai achetée. Les couches parallèles indiquent des roches sédimentaires mais nous sommes dans une zone où le métamorphisme s’est tellement fait sentir que je ne reconnais rien à l’œil nu. Grès ou quartzite ? Marbre ou calcaire ? Pélite ou ardoise ?
Nous trouvons une table abritée par un auvent sur le bord d’une rivière pour pique-niquer sous la pluie.
Route 132 le long de la mer
La Route 132 longe la côte. Tantôt elle grimpe sur la falaise noire en corniche tantôt elle s’en éloigne. Les petits villages aux maisons colorées sont pittoresques mais le temps reste nuageux, le ciel se confond avec la mer dans un gris pâle opaline tandis que la falaise est bien sombre.
Après la Rivière Madeleine nous nous reposons sur les rochers de la plage à marée basse. Un pâle soleil éclaire le paysage que je prends en photo sans conviction. Dommage il nous reste à imaginer sous le soleil les maisons rouges, jaunes, blanches, l’église éblouissante sur la mer brillante. Vers la pointe, le relief s’adoucit, les villages se rapprochent tant que les maisons se touchent. Les granges réapparaissent. Des prés sont fauchés. Nous sommes arrivées à l’entrée du parc Forillon.
[i]Notre "gîte Forillon"
i]
Notre gîte est une petite maison de bois peinte en blanc. Les chambres sont mansardées. Je choisis celle qui ouvre à l’Ouest pour éviter d’être éblouie par le soleil qui se lève à 4 heures. Tout est blanc, le plafond, les murs, la commode. Pas de décoration.
Cormorans
Un observatoire équipé d’une lunette est installé en face de la falaise où cormorans, guillemots et mouettes nichent. Nos préférés sont les cormorans huppés. Dans les nids s’agitent deux ou trois juvéniles qui ressemblent déjà à leurs parents avec leur plumage noir et leurs becs colorés. Ils se chamaillent à coup de bec et foncent sur celui qui a quelque chose dans son jabot à régurgiter. Cela commence par des coups de bec empressés puis on en voit un qui entre sa tête entière dans le bec de l’autre. Les nids sont installés à différents étages sur des petits replats. Les occupants du nid de l’étage inférieur tendent leur long cou pour surveiller ce qui se passe au dessus d’eux. Sans quitter le nid, ils sont très affairés. On dirait un immeuble !
Nous sommes revenues à la tombée du jour, la falaise était encore plus peuplée. Les oiseaux se préparaient à dormir, leur bec face à la muraille ou caché sous l’aile. Les derniers éveillés occupés à leur toilette.
promenade fleurie
Pour aller au sud de la péninsule Dominique a pris la voiture et moi le sentier. J’ai grimpé une cote très raide puis me suis retrouvée dans une belle forêt. J’ai regardé partout espérant croiser un porc épic ou au moins des écureuils. Mais personne !
La côte sud fait face à Gaspé où arrivent de plus gros bateaux. La côte est aussi découpée mais les falaises moins hautes. Un joli port abrite des bateaux de pêche ou d’excursion. Un village ancien a été reconstitué. C’est très joli mais un peu artificiel. Nous regrettons les réserves fauniques, les grands espaces sauvages et le goût d’aventure. Ici tout est « sécuritaire » (un mot très québécois), le chemin bien balisé, très bien entretenu. Les « à pic » de la falaise sont protégés de rambardes de bois.
Pour aller au Cap Gaspé, par le chemin des Graves, Dominique reste sur la piste cyclable tandis que j’emprunte le sentier piétonnier qui s’approche du bord de la falaise. Les églantines sont en fleur, les épilobes, les verges d’or, le trèfle et la luzerne embaument et font des taches colorées.
C’est un bon jour pour les photos. Nous ne sommes pas douées pour les rendez vous. On se loupe et cela gâche un peu cette promenade exquise.
Phoques
Au Cap Gaspé, les phoques, eux, sont bien au rendez vous. A marée haute ils nagent autour des rochers. Il y e a au moins 5 qui se laissent porter par les vagues.
castors
Vers le soir, nous allons à la recherche des castors dans les étangs situés de part et d’autre de la route 132 . Nous voyons plusieurs barrages. Le site est décevant avec les voitures qui roulent à grande vitesse. Enfin, j’en vois un nager, puis un autre. D’autres touristes s’arrêtent mais les rongeurs ne sont as du tout effarouchés. Nous assistons à leur repas du soir. Le plus gros a apporté une branche entière et dévore consciencieusement les feuilles en rongeant bruyamment. D’autres s’attaquent aux roseaux qu’ils cisaillent et tiennent dans leurs petites mains. Ils escaladent prudemment le barrage sous nos yeux. L’un d’eux est même monté sur le talus de la route et se lève pour cueillir des fleurs de trèfle délicieuse et sucrées. Tout le monde mitraille avec les appareils photos. Avec un objectif de 200mm la dame aura des gros plans !
des moustiques !
Les ours
Réveil tôt pour aller à la rencontre des ours. Au petit déjeuner le tonnerre se fait entendre et une pluie diluvienne nous renvoie au lit. Courses, banque. Entre temps, le ciel s’est dégagé. Nous partons donc sur le sentier des ours. De l’excitation, un certaine appréhension, mais pas d’ours. Tout juste une crotte de grande taille pleine de pépins de framboises. Pour une fois la randonnée se déroule sur terrain plat et dégagé entre les buissons de framboisiers et les hautes fleurs sauvages. Retour vers la forêt et pique-nique au barrage des castors.
L'entrepôt Hymann
Douche, on s’habille présentable pour aller visiter l’Entrepôt Hymann et la maison de pêcheur reconstituée et meublée. L’Entrepôt Hymann ou Magasin Général est une grande bâtisse de bois jaune. Les marchandises vendues en 1920 sont encore en rayon. De l’épicerie mais aussi des tissus, des ceintures, des outils. Les livres de comptes peuvent être consultés. L’ « Epicière », costumée, nous explique le fonctionnement du comptoir. Personne ne payait en argent. Les pêcheurs apportaient la morue séchée qu’Hymann, un juif de l’Est, se chargeait d’expédier en europe. Les pêcheurs avaient un compte pour tout ce qu’ils achetaient chez Hymann, surtout du sucre, de la farine, du savon, du sel. L’essentiel de la pêche à la morue était aux mains des Jersiais. La morue était séchée sur les Graves – plages de galets – sur des claies ou sur des tables. Le vent qui souffle sur la péninsule séchait rapidement le poisson ce qui permettait de le commercialiser avant les autres. Mais il fallait trouver la morue, l’empiler pour la nuit, la protéger de la pluie…Les Canadiens ne consomment pas de morue séchée. Elle est vendue dans les pays catholiques : Portugal, Espagne, Italie (à cause du Carême), ainsi qu’aux Antilles. Cette pêche et le séchage étaient les occupations principales des habitants de Gaspésie. Mais il y avait aussi la pêche au hareng ou aux maquereaux aux encornets pour la consommation personnelle et les travaux de jardin.
Castors et Cormoran s
Vers 17 heures, arrêt au barrage à castors de la 132. C’est trop tôt. Chez les cormorans l’activité » bat son plein à chaque étage. Nous nous amusons beaucoup à observer à la jumelle leurs chamailleries, coups de becs ou d’ailes qui redoublent quand un parent rentre au nid avec du poisson.
Visite au phare, 9 étages dont deux échelles. Visite guidée sans intérêt. Un phare, c’est toujours un phare. Le mieux, c’est la vue ! Surprise : un gros phoque se prélasse sur un rocher à quelques mètres du bord. La marée monte. On dirait qu’il se prépare à plonger. Il se ravise. Il est énorme. Sa fourrure a la même couleur que le rocher. A la jumelle je remarque qu’il est couturé de cicatrices. De temps en temps, il nous regarde quand nous attirons son attention en sifflant.
De retour au gîte, notre hôtesse nous invite et nous passons une très agréable soirée à jaser autour de la table.
Gaspé est une petite ville sans grand intérêt. Dans une galerie marchande j’achète un pantalon de toile légère qui remplacera celui qui a été bouffé par le repellent à insectes particulièrement agressif.
Les Indiens Mic Mac
Visite d’un village reconstitué avec des guides micmacs en costume (un peu synthétique pour le confort et l’écologie). Au 18ème siècle les Micmacs vivaient de cueillette, chasse et pêche et se déplaçaient pour ne pas manquer de gibier. Les hommes chassaient et les femmes faisaient tout le reste du travail. Elles montaient les wigwams, découpaient la viande, faisaient des conserves et de l’artisanat. Les structures des wigwams restaient sur place quand les Micmacs se déplaçaient. Pour s’installer, il suffisait de dérouler les écorces de bouleau cousues entre elles. L’hiver, le wigwam n’avait pas une base rondes mais une base triangulaire ou carrée. Les troncs assurant l’isolation au ras du sol en empêchant la neige de pénétrer.
Les objets fabriqués avant l’arrivée des Européens étaient faits de bouleau, pour les écorces mais aussi pour le bois : assiettes creuse, cuillers et outils divers ? Les écorces de frêne faisaient de très beaux récipients solides. Les branches souples, des liens pour coudre. Le saule donne de l’osier. La vannerie n’était pas d’osier mais plutôt de fibres d’écorces dilacérées.
En plus de sa viande, l’orignal donnait une matière première abondante. Ses os étaient transformés en outils, sa fourrure, bien sûr était utilisée. Les poils servaient au rembourrage. Avec sa peau on faisait la babiche, lanière étirée et tournée en une corde solide pour les collets et les raquettes.
Le poisson était fumé sur des claies dans un wigwam spécial. On cuisait le pain à l’extérieur sur des galets plats au milieu du foyer. A la fin de l’hiver, on cuisait le sirop d’érable dans des chaudrons de cuivre échangés contre des fourrures. L’été, les baies étaient recueillies, pressées et séchées sur des feuilles.
Nous avons goûté au pain (la farine de blé était, elle aussi troquée avec les Européens) au sirop d’érable, et aux caplans fumés.
La route 132 longe la Baie de Gaspé en traversant de jolis villages. Les pentes sont plus douces et les maisons dispersées dans une campagne herbue et fleurie ?
Rocher Percé
Dominique engage la voiture dans un chemin de traverse – ils sont extrêmement rares – nous découvrons le plus joli coin pique-nique qu’on puisse imaginer : le rivage est bordé de roches rouges d’un conglomérat à gros galets passant à un grès rouge. La mer est d’un bleu intense agitée de vagues aux crêtes écumeuses. Au nord nous voyons bien le Cap Forillon et le Cap Gaspé, au sud le rocher de Percé avec son arche.
le village de Percé
Percé est un très joli village envahi par le tourisme. Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu cette impression au québec. Les espaces sont si vastes, la densité de population si faible, que les touristes se trouvaient dilués. A Percé, tout le monde (y compris moi) veut se rendre à pied au rocher dégagé à marée basse et accessible par un mince cordon de galet seulement pendant deux heures. Résultat : la foule ! Les abords de la 132 sont défigurés par des motels, des restaurants frites et moules. On nous avait prévenu : « Percé, c’est l’embouteillage ! ». Nous ne sommes donc pas surprises, la circulation est fluide. On se fait juste klaxonner.
Si on fait abstraction des nuisances du tourisme, c’est vraiment un bel endroit ! En plus du fameux rocher calcaire percé d’une arche doré au coucher du soleil, la ville est entourée de petits monts de grès rouge : le Mont saint Anne et le Mont Blanc. La montée au mont Sainte Anne est très raide. « Panorama à vous couper le souffle » aurait écrit un guide. Moi, c’est plutôt la côte qui m’essouffle !
Au petit matin, il brouillasse. Après faux départs et atermoiements, nous décidons d’attendre que la brume se dissipe en traînant dans les boutiques et en écrivant nos cartes postales. Nous visitons une exposition photo des paysages de Gaspésie.
Vers 11H30, le soleil est tout proche. A midi, nous embarquons dans un petit bateau bleu presque vide pour faire le tour du rocher Percé. Comme par enchantement, la brume se lève. La mer est bleue. L’île est toute pimpante sous le soleil. Nous croisons les premiers Fous de Bassan en vol. Ce sont vraiment de grands voiliers de près de deux mètres d’envergure. Ils sont impressionnants quand ils plongent à la verticale. Ils se précipitent à toute vitesse sur leur proie et soulèvent l’écume. Contrairement aux mouettes et goélands qui accrochent leurs nids dans les anfractuosités inaccessibles des falaises, les Fous de Bassan nichent au sommet de l’île sur un plateau dominant la mer. Leur colonie compte des milliers de couples et blanchit le haut de la falaise comme de la neige. Dans l’eau, une troupe de phoques batifolent.
Nous débarquons sur une pelouse où s’élèvent plusieurs maisons de bois. L’une d’elle est la Maison Boutiller, entrepreneur Jersiais du commerce de la morue séchée.
A l’approche de la colonie des fous, le vacarme se fait entendre. Le Fou de Bassan reconnaît son ou sa partenaire resté au nid, à la voix. Les appels très bruyants sont incessants. Les postures et le cérémonial des fous sont très expressifs. Quand les partenaires se retrouvent, ils se donnent des coups de bec, puis tendent le cou, bec tendu vers le ciel, ils se caressent et se frottent le cou.
Dans certains nids formant un monticule il y a souvent des poussins. Certains sont encore très petits, couverts de duvet blanc le bec noir, encore tout faiblards, incapables de tenir sur leurs pattes. D’autres sont déjà gros. Ils échangent des coups de bec avec leur parent (père ou mère ne sont pas reconnaissables et alternent dans la garde du nid.
Les fous sont des oiseaux territoriaux. Ils gardent jalousement leur nid et leur minuscule coin de terre. Ils sont très agressifs. Ce sont de très beaux oiseaux avec leurs yeux bleus, leurs becs gris et leurs pattes palmées soulignées d’un liseré vert.
Nous faisons encore une promenade sur le haut d’une plage de galets. Mer aux tons pastels, seulement deux ou trois rouleaux se brisent. Un chemin et les rails séparent la plage du marais vert brillant avec les beaux reflets du soir. Au fond, des montagnes boisées. Le coucher de soleil est somptueux dans les nuages à l’Ouest et sur les rochers entourant Percé qui s’éclairent de rose et d’orange.
Paspébiac : commerce de la Morue
Route 132 sous le soleil vers la Baie des Chalans. On s’arrête à Paspébiac pour visiter des entrepôts et les bureaux de la Compagnie Bouthillier et Robin, les entrepreneurs Jersiais qui régnaient sur le commerce de la morue. Reconstitution des vigneaux (grillages sur lesquels séchaient les poissons). Vers midi, nous sommes en quête d’un poissonnier. Nous aurions acheté toute la boutique.
notre gîte : « Au Foin Fou »
On nous indique un gîte près de la rivière : « Au Foin Fou »
Nous arrivons dans la cour d’une ancienne ferme. Les bâtiments de la ferme sont recouverts de rectangles de bois patiné comme de vieilles tuiles hérissées. L’habitation est une belle maison bleue et blanche. Une sorte de galerie fait un angle autour de la salle. A l’intérieur, c’est aussi joli, dans une dominante jaune : meubles peints murs à l’éponge, plantes luxuriantes. Toutes les chambres sont différentes. Nous choisissons la « Chambre Nuptiale » : au dessus du lit de fer forgé peint en blanc, un cercle soutient un voile de gaze. Nous avons donc un lit à baldaquin. Moustiquaire, diront les esprits chagrins. En face du lit, une commode peinte en blanc surmontée d’une glace tarabiscotée sous une lampe chinoise de papier. Une belle plante verte dégouline. Dans un coin, un fauteuil recouvert de velours. Rideaux de dentelle blanche. Parquet de planches peintes de blanc, murs mauves.
Au pique-nique près de la rivière, des lapins nains viennent à notre rencontre ?
Bioparc
Nous partons visiter le Bioparc. Déception ! C’est un zoo. On se fait même rembourser.
Musée de l’Acadie
Le Musée de l’Acadie est installé dans un bâtiment peint en blanc rehaussé de bleu et de rouge. L’exposition est austère. Très peu d’objets, surtout des panneaux racontant l’installation des colons venus de Touraine du Poitou et de Saintonge en Acadie (Nouvelle Ecosse), la déportation des Acadiens et leur dispersion par les Anglais.