CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

Blog de miriam

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2001- Marrakech et la vallée du Draa

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1. Vol vers Marrakech, découverte de la ville

Publié le : 04 Février 2007
1.   Vol vers Marrakech, découverte de la ville


Orly: Vol Royal air Maroc de midi


     Nous sommes en avance, mais nous ne sommes pas seules. Des familles encombrées d’énormes valises, poussettes, gamins sur des trottinettes nous ont précédées et font déjà la queue devant nous. Surprise ! Ce sont tous des juifs qui se connaissent et vont fêter Pessah en famille. Ils s’interpellent, parlent fort. Dans l’avion, les enfants se lèvent, les parents discutent assis sur les accoudoirs. L’ambiance est très chaleureuse. Je suis plutôt émue, saisie par la nostalgie de la fête. Il me vient le fantasme de me faire inviter, entrer par la porte ouverte à la place du prophète Elie. Les chansons de la célébration, les passages de la Haggadah me reviennent en mémoire, la Sortie d’Egypte, la fin de l’esclavage, l’an prochain à Jérusalem…

     Dans l’avion c’est plutôt le retour vers le Maroc de ces Juifs français qui ont l’air plutôt assimilés, pas religieux, peu de repas cachers ont été servis.

     Un épais tapis de nuages blancs recouvre la France et une bonne partie de l’Espagne – rien à voir par le hublot-

     Mais on ne s’ennuie pas dans l’avion, le steward prend dans ses bras les enfants égarés distribue des bisous les repose sur leurs siège.
       Enfin, la couverture nuageuse se déchire pour nous laisser découvrir Gibraltar et son fameux rocher, le détroit et les côtes marocaines : les colonnes d’Hercule, un endroit mythique que je n’aurais pas voulu louper.
Jusqu’à Casablanca, l’avion longe la côte, une longue plage sableuse bordée de quelques lagunes s’étire le long de l’Atlantique.

Marrakech

     L’aéroport de Marrakech est ravissant. La chaleur nous enveloppe à la sortie de l’avion- sensation de bien être.
Au contrôle de police une famille avec 10 passeports nous passe devant, le père reste au comptoir, les autres se sont volatilisés à la récupération des valises. Accoudés au comptoir nous surveillons le policier qui tamponne et tamponne et n’en finit pas de tamponner tandis que la pile de mon voisin ne diminue pas. Nous sommes bien loin des queues derrière la ligne blanche préservant l’intimité de certains aéroports .Le juif me montre le paquet de passeports sous le comptoir, le douanier fait passer ses copains avant nous, cette considération m’amuse, nous bavardons donc pour passer le temps et très aimablement il me propose de marchander le prix du taxi.



    Arrivée à l’hôtel La Menara

Le taxi longe les remparts ocre bordés de palmiers et de jardins. Je suis saisie par la beauté de la ville qui a surgi brusquement du désert et des oliveraies. Pas de banlieues affreuses ni de centres commerciaux pour altérer le dépaysement. Une ville des Mille et Unes nuits est sortie du désert.
Notre hôtel est fort bien situé. Il donne sur une rue calme entre la Place de la Liberté et les remparts. C’est une grande bâtisse de trois étages peinte en ocre, avec des boiseries vertes aux balustrades des terrasses. Nous traversons des salons immenses carrelés de mosaïques, décorés de tapis, miroirs et sofas très orientaux.

    Notre chambre est vaste, haute de plafond, décorée de très bon goût avec des glaces ouvragées, et des appliques de verre peint serties de cuivre. Au mur, un cadre avec une vieille photo en noir et blanc. Notre terrasse donne à l’est sur les jardins et la piscine, dans la rue la station des calèches

     Première promenade en ville

      Après un plongeon dans la piscine glacée, nous partons explorer la Médina enclose dans ses murs tout proches.
Nous entrons par des rues très calmes, entre de hauts murs ocres protégeant de grands jardins. La Koutoubia avec sa haute tour carrée se détache.

Exotisme extrême : les marocains ont, pour la plupart, gardé leurs vêtements traditionnels, les hommes en large djellaba à capuchon, plus étroite pour les femmes en velours bleu nuit ou marron. Beaucoup de femmes sont complètement voilées mais d’autres sont tête nue. Le vélo ou la mobylette sont tout à fait compatibles avec la djellaba.

     Quand nous atteignons l’artère principale, l’avenue Mohamed V, la pollution et le bruit nous suffoquent. La circulation des voitures est clairsemée, peu de voitures privées, pas de camion, surtout des taxis jaune sable, des autobus oranges, surtout une nuée de pétrolettes pétaradantes et polluantes, pas mal de vélos. L’air est épais, vicié, piquant. Il y a beaucoup de monde entre l’esplanade de la Koutoubia et la Placer Jemaa El Fna. Toutes les murettes, les bancs sont occupés par des hommes et des femmes. Nous avons bien du mal à nous poser pour faire une halte. Nous passons devant les hôtels qu’André et Lonely Planet avaient recommandés en nous félicitant  de ne pas y avoir trouvé de place. Nous sommes bien mieux au calme à La Ménara.

Jemaa El Fna

     La nuit tombe lorsque nous parvenons à la place Jemaa El Fna enfumée par les barbecues des gargotes qui proposent des escargots dans des bols, du poisson en beignets, et des brochettes diverses. J’avais espéré qu’on y trouverait notre ordinaire. Le bruit, la fumée et la foule ne rendent pas cette perspective alléchante. Les têtes de mouton sanguinolentes coupent plutôt l’appétit. On pourrait s’attabler sur des bancs et goûter aux spécialités mais Dominique est carrément dégoûtée, je n’insiste pas.

     La place est noire de monde, pas d’acrobates ni de charmeurs de serpent mais des conteurs autour desquels la foule fait cercle. L’un d’eux en djellaba blanche, lunettes de soleil genre ray bans sautille, mime et déclame, tout le monde participe, c’est tordant. Les musiciens sont moins séduisants.

La Koutoubia

     Nous faisons un tour au souk des épices puis retournons à la Koutoubia illuminée .La lune est pleine, toute proche du minaret. Comme un très bon augure, une sorte de don du ciel, énorme point éclairant le jardin fleuri, malheureusement fermé.

Nous terminons la soirée à l’hôtel, je commande, dans la chambre, deux omelettes et une salade niçoise (une erreur), le serveur apporte le plateau, dresse la table sur la coiffeuse. Je lui laisse 10 dirhams, nous sommes un peu embarrassées, nous n’avons aucune idée du pourboire raisonnable. Cela doit convenir, il nous embrasse toutes les deux en sortant.


2. Tombeaux Saadiens, palais de la Bahia, Jardins Majorelle

Publié le : 04 Février 2007
2. Tombeaux Saadiens, palais de la Bahia, Jardins Majorelle

Promenade matinale le long des remparts.

     Nous n’avons pas été réveillées par le muezzin, comme en Turquie il nous a semblé, vaguement l’entendre au loin vers 5 h. Au petit déjeuner, le personnel est très attentionné mais les croissants sont rassis.

     Nous longeons les remparts bordés de plates-bandes de rosiers en pleine floraison. La lumière est belle. Les murs sont curieusement troués de cavités carrées qui servent de nichoirs aux innombrables hirondelles et pigeons qui planent autour de nous .Peu de circulation automobile, des vélos harnachés d’énormes couffins, des mobylettes surchargées, des carrioles tirées par des ânes ou des chevaux. La promenade est très agréable, il fait encore frais et nous sommes à l’ombre.


Tombeaux Saadiens

    Nous entrons dans la Médina par le Bâb Agnaou et découvrons un quartier animé, des boutiques d’alimentation. Nous demandons notre chemin, les tombeaux Saadiens, aux passants qui nous renseignent très aimablement mais pas toujours efficacement. Nous tournons dans des rues fort peu touristiques avant de trouver la Mosquée de la Kasbah qui ressemble beaucoup à la Koutoubia en plus petit et moins décoré. La place est jolie avec des magasins de souvenirs très photogéniques et un beau nid de cigogne. Un marchand nous conseille de filer voir les tombeaux avant la foule.

      L’entrée du mausolée est cachée par une ruelle qui tourne autour de la mosquée, ombragée par des branchages. Nous entrons dans un jardin ravissant fleuri de pavots, de delphiniums, de roses d’Inde, coquelicots autour  de dalles de mosaïque : les tombes des serviteurs. Les mausolées du souverain, de sa mère, de ses enfants sont des pavillons très finement décorés de marbre de Carrare ou d’autres matériaux colorés, des plafonds à caissons de cèdre dorés peints avec de fines décorations de stuc.

     Les groupes se succèdent. Il faut faire la queue pour admirer. Cela  enlève un peu du charme du lieu. En revanche, nous pouvons écouter les anecdotes des guides. L’un d’eux montre comment le nom d’Allah peut s’écrire avec la main. Il décline la symbolique des chiffres : 1 pour dieu, 2 pour Eve, 3 pour la Trinité, 4 est un chiffre ordinaire, 5 pour le bonheur ou la chance avec l’étoile et la main de Fatima, le 6 : la Création en 6 jours, le 9 et 99 sont sacrés, le 9 avec la preuve par 9 et les 99 adjectifs de Dieu. Parmi les dalles mortuaires orientées vers la Mecque à l’Est on trouve celles des chrétiens vers le Nord (Jérusalem ?). Des chats roux se prélassent, nous profitons du calme, de la fraîcheur, et des fleurs avant de reprendre la visite avec le commentaire d’autres conférenciers.

Palais de la Bahia.

     Nous traversons la Kasbah pour rejoindre les Palais. Un passant nous conseille de traverser le marché, « suivez cette femme ! », nous sommes dans de petites ruelles moyenâgeuses entre de hauts murs le plus souvent aveugles, on repérera les petites fenêtres très hautes par la suite. Des portes s’ouvrent sur des patios, des cours, pas de voitures, quelques fois une mobylette vrombit, un char à bras s’annonce pour qu’on cède le passage, quelques fois une charrette tirée par un âne il faut se garer, l’âne me pousse sans égards. Nous sommes les seules Européennes du coin mais nous ne ressentons aucune gêne, ni hostilité. Au contraire, on nous vient en aide avec la plus grande gentillesse. Une jeune fille en 7éme année (5ème) nous conduit vers le Palais de la Bahia. Elle rentre de l’école, c’est son chemin, elle habite à côté. En route, nous devisons. Elle est très fière de nous raconter qu’elle étudie dans une école privée,  en français depuis la maternelle. Comme  toutes les écolières elle porte un tablier blanc sur un pull-over noir (par cette température !).

     De l’extérieur, le palais de la Bahia ne ressemble pas du tout à un palais. Nous passons par une enfilade de pièces, pour arriver dans des courettes et des jardins très frais. Chacune de ces salles est décorée de mosaïques, de dentelles de stuc, de plafonds de bois peint. Il nous manque quand même un guide ! Nous glanons des renseignements en nous mêlant aux groupes de touristes. Nous découvrons la pièce où étudiaient les enfants du vizir ; la chaire du professeur est richement décorée. Dans le harem, un guide ferme les persiennes sous nos yeux pour montrer comment les concubines étaient enfermées (ou pour nous signifier que nous ne devons pas suivre sa visite sans payer !)

Mellah

     Derrière le palais se trouve le Mellah - encore mes fantômes m’assaillent - d’abord ce nom qui signifie sel en arabe comme en hébreu. Vient il du commerce du sel, monopolisé par les Juifs, ou du sel qu’on mettait sur les têtes coupées ou sur les mains des voleurs ? Autrefois je n’avais pas fait le rapprochement entre mellah et sel. Aujourd’hui c’est Pessah, j’espère capter des indices de la fête, grand ménage, herbes amères, matzot, un peu à la manière des Espagnols qui guettaient les marranes judaïsants.

     Rien ne me parle dans ce quartier encore plus misérable que la Kasbah, les ruelles sont encore plus étroites et sales, les murs sans fenêtres renfermant leurs secrets. Les habitants –arabes- savent ce que les touristes cherchent et nous indiquent volontiers la synagogue, invisible elle- aussi. Derrière un terrain vague occupée par partie par un dépotoir, pour l’autre partie par un marché aux légumes, le plus misérable que j’ai jamais vu, des inscriptions en hébreu : le cimetière juif, fermé.

    Nous faisons nos emplettes au marché, les légumes sont posés par terre sur des bâches et les marchands sont assis au milieu des salades, courgettes ou carottes. Je prends trois carottes, évidemment, aucun prix n’est indiqué mais on me les pèse. Pour un dirham et demi, nous emportons un citron et deux bottes, persil et coriandre, odorants et très frais.

Faudel

Sur une placette, un attroupement : un rail et un écran translucide qui pivote : on tourne un film. Parmi les badauds nous retrouvons notre petite guide qui nous dit que le chanteur Faudel est là ; ce sera un souvenir à raconter aux élèves en rentrant au Collège.

     Le taxi jusqu’à l’hôtel coûte 15 Dh, (10 F) piscine et pique-nique sur le balcon, notre salade de carotte et une boite de thon emportée par prudence de Créteil.

     Pour téléphoner en France c’est très facile, il existe des échoppes « Téléboutiques « peintes en bleu avec des cabines et un comptoir pour faire la monnaie, 5 Dh suffisent(3.5F) pour la France, avec 10 Dh on parle un bon moment.

Jardin Majorelle

     J’insiste lourdement pour que le chauffeur de taxi mette en route son taximètre. Pour aller au jardin Majorelle, il demandait 10 Dh, le compteur marque 7.5 Dh, j’en donne 10, il ne rend pas la monnaie et nous lance un « bonne chance » d’un air furieux, en guise d’adieu. Pour le retour, il sera le premier de la file et il refusera de nous reprendre malgré l’insistance de Dominique qui ne l’avait pas reconnu.

      Le Jardin Majorelle est un enchantement. Comme au Jardin Botanique de Madère, les végétaux sont regroupés par milieu : ici une bambouseraie, là-bas, les cactus et les succulentes, un  peu partout des palmiers, des bassins rafraîchissants avec des nymphéas, des papyrus, des tonnelles de bougainvilliers. Le mobilier, les bancs, les accessoires, les grosses jarres en terre font partie intégrante du jardin et son peints de couleurs étudiées. L’atelier de l’artiste est d’un bleu violent : le bleu Majorelle. Les rebords des bassins sont bleus également. Chaque perspective est parfaite, un bassin-canal évoque l’Alhambra de Grenade, un autre les nymphéas de Giverny.

     Malgré la foule des visiteurs, l’impression de calme subsiste. D’ailleurs, ces touristes sont sympathiques, tout un groupe assis par terre dessine et peint à l’aquarelle, je les envie. Nous passons un bon moment sur un banc adossé à une grille qui ouvre sur l’ancienne maison de Bernard Tapie, haute tour carrée, villa luxueuse basse, jardin de cactées. Au dessus de nous des guirlandes de bougainvilliers orange et rose vif, très haut dans le ciel la frondaison des palmiers se balance. Le jardin se vide vers 16h30, il ne reste plus que quelques irréductibles qui comme nous ont trouvé un coin merveilleux. Nous n’arrivons pas à nous arracher à cet endroit magique.

    Au retour, notre chauffeur de taxi a vécu dans le XIII ème, routier et chauffeur d’ambassadeur, il a pris sa retraite au pays. Il est très aimable, comme tout le monde ici.

     Nous passons la soirée sur notre balcon à admirer la pleine lune dans les palmes et à regarder les calèches plus actives le soir qu’à la chaleur. Notre serveur nous apporte le plateau du dîner : une tajine assez quelconque pour moi, et nous fait encore la bise en partant.


3. palais et neiges éternelles de l'Atlas

Publié le : 04 Février 2007
3.  palais et neiges éternelles de l'Atlas


Musée Dar Si Saïd;


     Dès 8 heures nous prenons un taxi pour le Palais El Badi. Il est beaucoup trop tôt. La ville est endormie, les ruelles sont désertes et la place des ferblantiers commence à peine à s’animer. Les boutiques ouvrent à peine. Nous marchons tranquillement dans le Mellah et nous perdons dans les ruelles. Curieuses échoppes : une fenêtre seulement s’ouvre sur une sorte de placard rempli de pommes de terre et de charbon, je n’ai pas compris où se tient le marchand.

     Le Musée Dar Si Saïd ouvre juste. Un gardien nous fait les honneurs de la visite rien que pour nous. Il nous laisse deviner l’usage des différentes poteries. Je reconnais mortier et pilon pour le khôl, boites à crèmes et onguents décorées au henné,   nous calons devant la baratte.
       A l’étage, il commente les appartements des femmes ainsi que les techniques de fabrication des tapis « le blanc, mouton blanc, le noir, mouton noir, le rouge, henné, l’orange safran » pour les teintes, « noué, tissé » ou « tissé, brodé » ou « noué, tissé, brodé ». les kilims me plaisent beaucoup, certains servaient de tapis de selle, de réserves à grains. Leurs motifs géométriques sont extrêmement variés. Les tapis noués paraissent grossiers à côté de ce que nous avons vu en Turquie. La visite est menée tambour battant, c’est un peu dommage de ne pas prendre son temps, mais c’est très vivant.

marchands d'épices

     Dans le souk du Mellah, les étalages sont maintenant prêts, les cônes d’épices colorés de safran jaune, de piment rouge, de Ras el Hanout vert sont parfaitement lissés. D’autres produits sont plus énigmatiques, surtout une pâte verte et des cailloux blancs. D’étranges marchandises sont suspendues, des peux de chats, de renards, des lézards morts desséchés, des iguanes. Je les photographie au grand dam de Dominique qui se fâche. Le marchand explique que ce sont des gris-gris en usage pour la magie.
Un marchand d’épices me vante sa marchandise, décrivant avec précision tous les usages. La pâtes qui m’avait intriguée : c’est tout simplement du savon vert ou marron. Il me montre l’argile vendue sèche en plaques brutes, l’alun qui ressemble à de gros cristaux de quartz, des petits pavés ressemblant à des savonnettes sont de l’ambre et du musc qu’il nous frotte sur chacun de nos avant-bras pour nous parfumer. Il me fait entrer dans l’échoppe pour essayer  une pâte fine qu’il délaye dans de l’eau de rose et dont je me badigeonne le visage. C’est très sympa mais il faudra acheter quelque chose, mais quoi ? Et à quel prix ? Je n’ai pas le temps d’élucider la question, Dominique furieuse a pris la poudre d’escampette. Je la rejoins penaude et gênée, il faudra éviter de repasser dans cette ruelle. Encore une fois on nous propose de visiter la synagogue.

Palais El Badi, cigognes et montagnes enneigées

     Du palais El Badi,  rasé, il ne reste plus que les murailles d’enceintes colonisées par les cigognes, un bassin rempli d’eau, les autres bassins sont plantés d’orangers. Nous découvrons donc une vaste esplanade encadrée par des murs ocre. Le chauffeur de taxi nous a expliqué le mystère des trous carrés dans les murs, il s’agirait de joints de dilatation pour éviter que la muraille ne se fissure à la chaleur. Dans cet espace vide, il règne un calme étonnant juste troublé par le retour bruyant d’une cigogne au nid salué par un cérémonial de claquement de bec, le cou complètement retourné vers l’arrière. Nous découvrons des vestiges de céramiques et des souterrains. Dans une salle le minbar (chaire) de la Koutoubia est exposé, datant du XIIème siècle, et réalisé à Cordoue, une merveille d’incrustations et que marqueterie.

     Enfin, nous montons à la tour en haut des murailles et je fais La Découverte de la journée : l’Atlas et ses neiges éternelles dont je n’avais pas soupçonné la présence. Encore une autre montagne magique qui me touche avec une intensité inexpliquée. La première fois que j’ai ressenti une émotion de ce genre, c’était le Canigou, puis l’Etna, et l’été dernier l’Ercyes. Certaines montagnes possèdent un magnétisme qui m’attire. Elles s’imposent brusquement dans le paysage comme une évidence.

     Toute la journée j’ai retrouvé avec le même plaisir sa silhouette, à l’arrière du pavillon de La Ménara, le soir derrière les remparts… étrange que nous ne l’ayons pas remarquée plus tôt !
Nous commençons à bien nous repérer dans la Médina, à partir de la place des Ferblantiers l’avenue Housséin el Fetoucki mène au square de Foucault puis à la Koutoubia, l’avenue Mohamed V.

     En chemin nous achetons dans une gargote des sardines frites et dans une pâtisserie des gâteaux miniatures en triangle en aumônières pour moi, des sablés pour Dominique. Piscine puis déjeuner sur le balcon.


Visite à la Ménara

      Dominique a prévu d’aller à pied à la Ménara à travers le quartier de l’Hivernage où se trouvent de luxueuses villas dans des jardins, et de beaux immeubles (toujours ocres dans le style de Marrakech et les plus grands hôtels. C’est donc une promenade ombragée et agréable. Mais il faut ensuite traverser ensuite une zone aride sans ombre. Des enfants vendent de l’orange pressée pour 5Dh. J’ai de petits doutes sur la propreté du verre (unique) ce qui gâche un peu le plaisir.

     Arrivées au parc de la Ménara, nous découvrons la foule des dimanches.
      Le dimanche est le jour néfaste pour les vacanciers. Nonobstant les banques et les boutiques fermées, le dimanche est le jour où tous les autochtones profitent des lieux de détente, parcs, plages … que les touristes trouvent généralement à leur usage réservé en semaine.

     La Ménara est une vaste oliveraie irriguée, promettant un calme ombragé et agreste. Aujourd’hui chaque arbre abrite une famille munie d’un butagaz, de théières, marmites mais aussi radiocassettes, ballons et djembés. Le verger résonne donc de musique enregistrée ou improvisée ainsi que des cris des enfants. Autour du bassin carré dans lequel est censé se refléter un pavillon carré et solitaire, une procession continue de promeneurs se presse. Les adolescents ressemblent à nos élèves, les plus effrontés sont les enfants de 5 ou 6 ans qui viennent directement mendier un dirham ou un crayon « donne moi le bois » alors que je dessine. Cette foule qui vient profiter de son dimanche en famille est inévitable.Nous avons un moment la compagnie d’une belgo marocaine qui fume une cigarette avec nous, seule elle n’aurait pas osé.

      Quand nous décidons de faire des photos des remparts sous le soleil couchant, nous trouvons tous les bancs occupés et de nombreux passants déambulent dans la contre-allée. Peu d’enfants, surtout des couples et des groupes de femmes assises ensemble, revêtues de leur plus belle djellaba de velours, la plupart d’entre elles ne sont pas voilées et souvent maquillées, foules paisible.


4. Médina de Marrakech, tanneurs, teinturiers, cordonniers.

Publié le : 04 Février 2007
4. Médina de Marrakech, tanneurs, teinturiers, cordonniers.


Tanneurs.


     Nous avons quitté l’hôtel un peu plus tard qu'hier. Quand le taxi nous dépose  il est encore trop tôt. Le taxi a profité de l’heure matinale pour traverser la Médina en empruntant les ruelles des souks déserts.
     A la descente du taxi nous sommes accueillies:
- « La France, champions d’Europe ! »
nous avons déjà entendu ce refrain à Istanbul. Un jeune homme nous emboîte le pas et nous montre la Medersa Ben Youssef, fermée. Entre temps il propose de nous conduire au quartier des tanneurs, nous le suivons donc des petites rues très misérables. Il nous indique le bon usage des ruelles : toujours, marcher à droite et dégager à droite si une charrette passe.

     Le marché s’installe, les légumes sont posés sur des bâches directement sur le sol : fèves, carottes, tomates courgettes, aubergines. Les marchands sont accroupis parmi la marchandise, des ânes stationnent. Plus loin ce sont des ouvriers du bâtiments qui attendent l’embauche ou le chantier, leurs sacs de toile renfermant leurs outils :truelles, planches pour le plâtre .

     A l’entrée des tanneries, on nous offre deux brins de menthe fraîche « masque à gaz ». Heureusement il est très tôt , il fait frais et l’odeur n’est pas encore suffocante. Nous marchons entre les bacs creusés dans la terre. Les peaux de mouton et de dromadaire trempent dans un bain d’ammoniaque venant de la fiente de pigeon, puis dans la chaux, dans l’écorce de chêne enfin dans un bain de fleurs de mimosa (cela nous ne l’avons pas vu, c’est peut être de la blague) . Nous voyons comment les tanneurs raclent les peaux assouplies, ôtent les poils, les amincissent. Certains sont en train de les fouler aux pieds. Ils refusent qu’on les photographie, sans doute leur fierté souffrirait de se voir immortalisé les pieds dans la merde.
    Nous passons par l’inévitable boutique de souvenirs, grimpons sur la terrasse. Il faudra acheter quelque chose. Le problème est : à quel prix ? Le marchand déballe d’abord les poufs, les plus souples en agneau, ceux qui sont travaillés en relief en dromadaire. Nous achetons les babouches promises à Catherine . Le prix est exorbitant : 120 Dh. J’essaie de marchander.  Le vendeur est ferme. Nous n’avons pas la patience. Il ne rabattra que 10 Dh. Pour faire de la monnaie, il nous conduit dans une échoppe où nous achetons une bouteille d’eau glacée, sortant du congélateur , ce qui nous fait bien plaisir jusqu’à ce qu’on réfléchisse qu’une bouteille pleine aurait dû éclater : c’est sûrement de l’eau du robinet !
     Comme nous avons de la monnaie, il nous faut rétribuer notre guide et les tanneurs, j’espérais que tout cela serait inclus dans le prix des babouches ?

Medersa

     La médersa  est construite autour d’une belle cour avec un bassin en marbre, malheureusement à sec. Ce n’est que dentelle de stuc, arabesques, de bois de cèdre, zelliges. Les dessins sont d’une finesse inimaginables avec des variations sur des motifs géométriques et végétaux, stalactites dans les niches moucharabieh à l’étage.
      Je ne sais où donner de la tête ni quel objectif choisir. Nous montons visiter les cellules des étudiants. Cet endroit respire la paix et la sérénité. Encore une fois je prête une oreille attentive aux commentaires des guides qui explique que les 4 couleurs des zelliges représentent les quatre villes impériales : Marrakech est évidemment ocre, mais quid des autres Fez, Meknes et Rabat ?

Musée

    Le Musée du palais M’Nebhi est tout proche. Il est de conception très moderne. . Les peinture modernes me plaisent beaucoup, sur un support de cuir (clin d’œil aux tanneurs) des graphismes berbères ou très modernes se mélangent, traits très dépouillés « hommage à Gaudi », à l’art antique égyptien.

     Puis une exposition sur la musique marocaine provenant de la Cité de la Musique de la Villette. Les instruments traditionnels sont exposés dans des vitrines avec des photos et des documents historiques. instruments à vent : trompettes très longues toutes droites, hautbois percé de trous bizarres, tambourins ronds des femmes carrés des hommes, oud et un autre instrument à cordes qui se joue avec un archet. Le musée est installé dans un palais, la cour est couverte d’un vélum ce qui donne une pièce d’apparat magnifique carrelée de zelliges (toujours les quatre couleurs). Encore un endroit reposant pour s’arrêter au calme ! Des bâtonnets d’encens brûlent dans le hammam, on peut s’installer sur des sofas et regarder des vidéos.

Médina

     A la sortie nous partons à la recherche de la fontaine « Chrob ou Chouf » et nous engageons dans les souks grouillant de monde maintenant sur le coup de onze heures, embaumant les brochettes ou puants (c’est selon). Pour une fois, je m’oriente bien sur la carte et nous trouvons facilement la fontaine, un peu décevante, protégée par un auvent de bois sculpté magnifique, la fontaine elle même est bien ordinaire.

     Nous voici maintenant dans les venelles couvertes et encombrées du souk des cordonniers (babouches à volonté, le premier prix annoncé est de 80 dh) puis ruelle des lampes et des lustres en étain, cuivre ou fer blanc suspendus partout .Nous demandons notre chemin, un gamin nous précède dans le dédale du souk pour nous conduire aux teinturiers. Des chèches de diverses couleurs (bicolores souvent) sont pendues. Mais l’atelier de teinture est assez réduit .Un bel écheveau rouge est suspendu et fera, j’espère, une très belle photo.

     Nous ressortons facilement du souk par la place Djemaa El fna occupée surtout par les étals de fruits secs et de vendeurs de jus d’orange pressées. Nous nous trouvons en terrain connu, le square de Foucault est bien frais mais fermé, la Koutoubia est inondée de chaleur et se place déserte.

     Nous passons l’après midi à la piscine à écrire les cartes postales et à me baigner.

Calèche au coucher du soleil
      Nous terminons la journée en beauté par une balade en calèche autour des remparts pour 150 Dh, et 1h30.Notre calèche est tirée par deux chevaux noirs un peu maigres mais bien vaillants que le cocher coiffé d’un chapeau de paille stimule de son long fouet. La lumière est très belle. Le Haut Atlas est bien visible, mauve à l’horizon. Du haut de notre siège, nous pouvons jeter des coups d’œil indiscrets sur les jardins des belles villas de l’Hivernage. La promenade est bordée de roses. Nous dépassons la Porte de l’Agnaou et le Palais Royal et découvrons de nouveaux quartiers traversons le jardin de l’Agdal qui est un verger : les orangers sont encore en fleurs et embaument. Des ouvriers agricoles adossés à des sacs remplis d’herbe nous font des signes de la main, nous  répondons de la calèche ; Dominique trouve que cela fait un peu « reine d’Angleterre ».
     Après l’Agdal, des quartiers résidentiels modernes, des blocs de maisons plus basses à un étage donnent sur un jardin où des femmes prennent le frais. Plus loin les remparts sont bordés de terrains de foot, sans pelouse bien sûr, les cages sont posées sur le cailloutis du désert. Les jeunes sont bien vêtus de maillots de leurs clubs. Ils ont l’air de s’entraîner sérieusement. Puis la calèche se retrouve dans la ville, nous passons sous les muraille du palais El Badi, les cigognes sont au rendez vous, puis la place Djemaa El Fna.


5. Toubkal arrrivée à Ouarzazate

Publié le : 04 Février 2007
5.  Toubkal arrrivée à Ouarzazate

La Peugeot 205, 4X4 berbère !

     A 7h30 tout est prêt pour le départ. Un taxi nous conduit pour 50Dh à l’aéroport que nous trouvons complètement désert. Le premier avion n’est attendu que pour 9 heures. Les comptoirs de location de voitures commencent à ouvrir vers 8h30, tous sauf Budget ! Le concessionnaire Hertz est bien aimable, il appelle son collègue à domicile qui finira par arriver à 9h au volant de notre 205 blanche. Nous apprendrons aussi qu’il avait une agence Budget à l'Hôtel Mamounia. D'habitude, je téléphone la veille pour convenir d'un rendez vous. Ma négligence nous a donc coûté le prix du taxi et bien de l’énervement, il faudra s’en souvenir.

la Carte Bleue est en panne

      Retour à l’hôtel, la machine des carte bleues est « en panne ». Bien entendu nous n’avons pas les 2350 Dh en espèces. Pas de problème, ils acceptent l’argent français!  Dominique  doit signer les Traveller’s sous l’œil soupçonneux de la réceptionniste qui veut également voir les passeports. Nous faisons figure de mauvais payeurs. C'est  très désagréable passer pour des voleuses alors qu’ils nous escroquent avec leur taux de change et ne rendent même pas correctement la monnaie !

La journée commence donc mal.

provisions au supermarché

    Au Supermarché sur la route de Casablanca il y a tout le Pastis qu’on souhaite mais les légumes ne sont pas bien beaux et le choix de conserves est plus restreint que dans les petites épiceries. Pour les provisions il vaudra mieux acheter sur les marchés . Nous ne quittons Marrakech qu’à 11 heures. Nous avons pris du retard sur l’horaire prévu. On  roulera donc aux heures chaudes, dommage pour les photos, nous avons raté la belle lumière du matin.

[i]améthystes
?[/i] 

     Après la palmeraie, la route traverse une campagne plantée de vergers. Aux abords de l’Atlas:  des forêts magnifiques de pins puis de chênes verts. Les vendeurs d ‘ »améthystes » se jettent devant nos roues à chaque tournant, en brandissant des géodes vraies mais colorées de teinture abominable. Ils me font pitié, qui va acheter de telles horreurs ? Combien de voitures doivent ils assaillir au péril de leur vie avant de vendre une géode. ? D’autant plus qu’il y a de la concurrence !

vergers en fleurs

     Les premiers villages de terre rouge sur les champs vert vif en terrasse, les vergers de pommiers en fleurs avec le Toubkal en arrière plan mériteraient bien la photo. Mais garer la voiture est problématique. Dès que la voiture ralentit, les vendeurs d’améthyste rappliquent en courant. Finalement nous stoppons devant un étal, le vendeur nous commente le paysage, nous montre très aimablement une Kasbah du Glaoui et une cascade insoupçonnée. Comme nous ne lui achetons rien, je lui offre une cigarette, il en prend deux.

le col

     La route monte jusqu’à 2260 m dans un véritable désert de pierres, ce qui est le plus extraordinaire, c’est qu’il y a des maisons partout, sans jardins, sans végétaux ni même troupeaux, de quoi vivent ces gens ?

     C’est l’heure du pique-nique, nous avons de la truite fumée de l’Atlas, mais il n’y a pas d’ombre ni de place pour s’arrêter. Après le col, nous retrouvons le vert vif et les villages de terre. Au premier arbre, nous nous arrêterons. Première tentative : une petite fille se jette presque dans la voiture sur Dominique qui démarre. Le deuxième essai sera le bon. Le paysage est fantastique, la montagne a des coloris vifs rouges, oranges, jaune, il a des fleurs jaunes, des arbres noueux se détachent sur le ciel, au loin un village et un ruisseau.

Arrivée à Ouarzazate, désert

     Nous trouvons juste ensuite le désert de pierre, magnifique!  Nous n’en profitons pas comme il le mériterait : nous avons hâte d’arriver à Ouarzazate.
Une oasis annonce la ville,  palmiers et  tamaris immenses.
Marrakech est une ville rouge, Ouarzazate est grise. Les maisons modernes sont construites avec une unité de style. Au début elle paraît très laide, puis on remarque les motifs berbères. Après s’être habituée à cette austérité, je finis par trouver l’ensemble assez réussi.

notre hôtel "La gazelle"

     Notre hôtel « La Gazelle » est situé à l’entrée de Ouarzazate le long de la route principale, derrière un grand parking, l’entrée est affreuse. Nnotre chambre est bien située dans le coin d’un patio carrelé de bleu et de blanc. Les carreaux ressemblent plus aux azulejos modernes portugais qu’aux zelliges marocains. Au milieu d’un péristyle, un jardin très agréable et rafraîchissant est planté de grenades, d’orangers, de figuiers. La piscine surplombe le parking sans aucun effort de décoration. Elle est grande et l’eau glacée me détend complètement de la journée en voiture.

Visite à la Kasbah de Taourirt

    Au coucher du soleil, la Kasbah de Taourirt prend une teinte rose orangé. Elle est très bien restaurée, décorée de motifs berbères. Pour la première visite d’une Kasbah, nous engageons un guide, habillé d’une belle djellaba blanche, qui nous fait une visite rapide. Nous apprenons beaucoup de choses sur l’architecture d’une Kasbah : la structure pyramidale de la forteresse avec les murs de pisé  plus épais à la base qu’au sommet.
    Notre guide nous montre les plafonds : certains sont faits de roseaux sur des poutres de bois de palmier, d’autres plus élaborés sont en branches de laurier teinté de plusieurs couleurs : noir, rouge, jaunes tressés en imitant les plafonds à caissons. Dans les appartements du Pacha et de la favorite ils sont de bois de cèdre peint imitant les palais de Marrakech avec des décorations de stuc. Cette Kasbah a quatre étages construits autour d’un puits de lumière qui sert aussi de « téléphone arabe » « Aïcha couscous ! (tous les guides utiliseront plus tard cette expression). Les petites fenêtres des étages supérieurs sont ornées de ferronnerie. Au rez de chaussée : les cuisines, maintenant occupées par un magasin, autrefois les tajines cuisaient sur des kanouns.

Mellah

   Fin de la visite au Mellah. Au magasin d’antiquités, parmi les cuivres, une ménorah et des portes incrustées du Magen David. Nous traînons dans les ruelles. Tout le monde prend le frais dehors, les visages sont différents de ceux de Marrakech, il y a beaucoup de Noirs ou de physionomies africaines.


6. Ouarzazate

Publié le : 04 Février 2007
6.  Ouarzazate

La gazelle

       J’ai très bien dormi dans notre chambre minable de la Gazelle, loin de la circulation et bien dans le noir. Ce matin, dans un demi sommeil,j'entends l’appel du muezzin.  Les pépiements assourdissants des oiseaux du jardin  m’ont levée. Se font-ils la cour? Ou se disputent ils? J’assiste à d’étonnantes prises de bec sur les rameaux du chêne vert. Par contraste avec le désert de pierre, notre jardin est vraiment ravissant. Au sol des rectangles, séparés par des levées de terre, pour l’irrigation. Dans des jarres, des succulentes, cactus et aloès, des palmiers des hibiscus, des grenades en fleurs mais aussi de la vigne. La courette au centre est abritée du soleil par des roseaux tressés. Ornement laid et dérisoire, une gazelle sculptée en terre, lourd et courtaude, la gazelle qui a donné son nom à l’hôtel, genre de chamois trapu.

les gazelles
     Hier, Dominique a demandé au gardien du parking pourquoi on nous interpelle « eh les gazelles : ». D’après lui ce serait une déformation berbère de « Mademoiselle », » si vous étiez avec un homme, ce serait « madame ». Dominique est agacée de se faire traiter de « gazelle ». Cela m’amuse plutôt. Surtout en regardant celle de l’hôtel, poussiéreuse et lourdaude, qui me ressemble un peu.

Bakchich?

     Depuis que nous avons quitté la grande ville, je m’interroge sur la politique à suivre vis à vis de la population locale en matière de bakchich. A Marrakech, c’était simple, pour les monuments on paye 10 Dh, pour les services rendus, une petite pièce attendue, et exceptionnellement une pièce à un mendiant qui n’insiste pas d’ailleurs.

   En dehors de Marrakech, cela me paraît plus compliqué. En ville, les gens semblent avoir des occupations. Ici, on dirait qu’ils n’ont rien d'autre à faire que d’attendre le touriste. Les adultes ont la manière de nous aborder avec courtoisie. Ils proposent un service et n’insistent pas. Il  suffit donc de notre part, d’être polie de dire bonjour, de sourire et de refuser aimablement. Le problème est plus ardu avec les enfants qui se jettent littéralement dans la voiture et cherchent à y agripper quelque chose. Ils ont perpétuellement l’air d’être sur le chemin de l’école avec leur cartable. Très petits, ils quémandent « un dirham » mais quand ils disent « donne moi le bois » en parlant d’un crayon avec lequel je dessine, ou « donne moi le pain » cela serre le cœur. A Marrakech, il y a une vie économique en dehors du tourisme, ici, il semble qu’ils attendent tout du touriste, et on le comprend bien. Le temps des caravanes n’est plus. La culture des oasis ne peut plus nourrir à elle seule une population aussi dense, le désert est très aride pour l’élevage. L’artisanat semble très développé mais à but touristique.

             Le plus sain me paraît d’assumer la condition de touriste, et d’accepter le service des hommes qui nous feront visiter leur village, de rémunérer les services rendus (question subsidiaire, combien ?) en gardant présent à l’esprit qu’en France, en Italie, en Grèce ou en Turquie, l’entrée des monuments tourne autour de 30F ou 40 F et ici 7 F. Il y a donc de la marge pour donner 50 Dh au guide de la Kasbah ou 20 Dh à celui qui a consacré un moment à commenter la visite du village .Cela ne ressemble pas à la mendicité des enfants.

Petit déjeuner complet, c’est une bonne surprise.

Aït Benhaddou

     La route qui nous mène vers Aït Benhaddou suit la palmeraie de Ouarzazate puis s’engage sur la Hamada gris beige couverte de cailloux. Ici et là, des reliefs bruns noircis, au loin, des montagnes rouges. C’est le désert que je connais et dont je rêvais. Au détour de la route un village, je descends de voiture et découvre un canyon profond avec encore un peu d’eau dans l’oued. Je suis à peine sortie que deux enfants accourent brandissant quelque chose de coloré : ce sont des uromastix d’une trentaine de centimètres de long. Ce sont eux que j’ai photographié au souk du Mellah à Marrakech) l’un d’eux est d’un beau vert fluo, l’autre orangé-rouge. Je distribue 1 Dh par enfant et nous repartons.
     Nouvel arrêt devant Ait Benhaddou, photo de l’oasis. L’eau reflète le ciel bleu. Les jardins sont verts vif, la Kasbah ocre. C’est un paysage de rêve .Pas étonnant qu’il ait été choisi pour le tournage de films à grand spectacle : Laurence d’Arabie, Jésus de Nazareth…
       A l’entrée du site, un grand parking gardé par un très vieil homme, chassieux, plusieurs cars mais surtout une armada de 4x4 , nous ne serons pas seules. Pour rejoindre l’ancien village perché de l’autre côté de l’oued il faut descendre une rue bordée de magasins de souvenirs bariolés. Les vendeurs sont déguisés en hommes bleus avec une djellaba bleue, un chèche, ils nous invitent à visiter leur échoppe. Nous nous les éconduisons facilement «  après la visite- Inch Allah ! » Dans le lit de l’oued deux dromadaires attendent la photo, puis un charmeur de serpent et son cobra dressé.

    L’entrée du village n’est pas visible, nous nous promenons dans les jardins ombragés par des amandier et d’autres arbres fruitiers, un petit cognassier est en fleurs. Sous les arbres poussent des oignons et de la luzerne. Des barrières de feuilles de palmiers tressées ou des roseaux protègent les jardins. De là, la forteresse se détache sur un premier plan de palmes et d’amandier.

    A l’intérieur du village, pas de droit d’entrée, pas de guides officiels ou autoproclamés, pas d’enfants. c’est très cool, nous nous promenons au hasard. Des marchands nous invitent dans leur boutique « pour le plaisir des yeux » sans insister plus .Un jeune que nous avons repoussé un peu sèchement nous demande « vous n’aimez pas l’artisanat marocain ? »  Autocritique : ces gens sont charmants mais susceptibles, à nous de trouver la formule pour être aimable sans se laisser prendre dans un traquenard.

     Ait Benhaddou nous a séduites, pourquoi ne pas réserver une chambre dans un hôtel pour le voyage du retour plutôt que de faire étape à Ouarzazate? En face de la Kasbah, l’hôtel a une piscine magnifique et un prix raisonnable : 200dh en demi pension. après avoir réservé à la réception (patio ravissant carrelé) nous faisons une agréable pause à la piscine. J’aurais aimé dessiner, heureusement nous reviendrons.

Tamgad

     Nous continuons sur Tamgad, traversons l’oued. Les femmes font la lessive,elles ont étendu leur linge multicolore sur les buissons. Cela aurait fait une jolie photo, mais nous devons renoncer aux portraits, sauf pris à la sauvette ou en payant. Cet usage de donner un peu d’argent en échange d’une photo me choque de moins en moins. Les gens sont tellement pauvres que le tourisme doit être considéré comme une industrie, apportant un peu d’argent à chacun. Monnayer son image est plus gratifiant que mendier, une sorte d’échange s’instaure. la petite fille qui posait gracieusement méritait plus son dirham que les enfants qui nous harcèlent.
   
    Nous renonçons justement à la visite de Tamgad à cause  des enfants qui sont une nuée autour de nous, les seules touristes.

La Kasbah du Glaoui de Tifoultoute

     Tifoultoute, encore une Kasbah du Glaoui, perchée au dessus d’un oasis. Très rénovée, elle abrite un restaurant, pour 10 Dh, on nous offre en thé en plus de la visite. La cour intérieure est couverte par un vélum formant un salon d’apparat avec des poufs très laids, des tables rondes et des banquettes avec des coussins. Un car de touristes allemands est arrivé avant nous et l’endroit a peu de charme. La vue des terrasses est très belle, on découvre la vie du village situé en contrebas, dans les cours intérieures on voit les étables. Je ne sais pourquoi, cette architecture m’évoque la Crète, sans doute à cause des puits de lumière, de la couleur rouge et des pièces sans fenêtre autour de la cour. Un vieux qui rentrait son âne s’est aperçu que je l’avais photographié, il  réclame de l’argent. J’expédie un dirham de la terrasse. La pièce atterrit, bien entendu, de l’autre côté du mur,  dans la rue . Dominique me fait remarquer que je jette littéralement l’argent par les fenêtres.

les studios Atlas

     L’après midi, visite des Studio Atlas où ont été tournés des films à grand spectacle. C’est complètement kitsch ! Le guide est un jeune, frimeur et hâbleur, qui s'accorde très bien avec ce décor. La montagne Tichka est bien visible à l’horizon, les couches d’argile rouge ont des teintes magnifiques


7. Vallée du Draa, Agdz Zagora

Publié le : 04 Février 2007
7. Vallée du Draa, Agdz Zagora

De Ouarzazate à Zagora, le soleil dans les yeux!

    Nous sommes parties juste après le lever du soleil célébré par les oiseaux sans même prendre le temps de déjeuner. Je comptais profiter de la belle lumière du matin sur la route du Sud. Erreur ! nous nous dirigeons plein Est avec le soleil en plein dans les yeux.
     La route de Ouarzazate à Zagora traverse tout d’abord des montagnes élevées. Nous ne sommes pas seules sur la route malgré l’heure matinale. Un car nous suit, puis nous double. Chaque fois qu’il croise une voiture ,il soulève la poussière en descendant du goudron. La route est en bon état mais étroite, il faut descendre deux roues sur le bas côté quand on rencontre une voiture.
     Arrivée à un col : la vue est splendide, des crêtes se superposent à l’infini. Pas de photo, le soleil est mal placé. En outre, je me méfie des panoramas souvent décevants . 
     De temps en temps nous voyons des oueds à sec, en regardant bien on trouve de la végétation, des buissons épineux ras, quelques palmiers dans le lit.

Agdz[/i

     Avant d’arriver à Agdz, nous descendons et roulons sur une sorte de plateau de cailloux où des acacias poussent de place en place.
     A l’entrée d’Agdz un restaurant tout neuf imite une Kasbah. Nous y prenons le petit déjeuner, un délicieux café crème. Le serveur est très disert, il connaît notre hôtel de Zagora et en dit le plus grand bien. Il nous montre le paysage de la terrasse, l’oasis, la Kasbah. Jour de chance, c’est le jour du marché !
La place d’Agdz est très petite, des maisons à 1 étage et à arcades forment un quadrilatère, au milieu, une fontaine et quelques voitures, des cafés.
    La ville est encore endormie, le souk n’est pas encore ouvert. Nous faisons quelques pas dans les rues pendant que les marchands remontent les rideaux métalliques des portes. Une foule converge des alentours vers le souk, à pied, à âne ou sur des mulets souvent en amazone. Cette foule est paisible, personne ne nous importune, pittoresques attelages que nous aimerions bien photographier, mais chaque tentative se solde par un refus. On n’insiste pas.

C’est vraiment l’Afrique !

    Beaucoup d’hommes portent la djellaba souvent blanche. Leur peau est beaucoup plus foncée qu’à Ouarzazate, certains sont très noirs avec un type africain. Les femmes sont aussi habillée de vêtements plus africains qu’arabes. A Ouarzazate, leurs djellabas étaient de couleurs très vives souvent orange ou vert pomme, mais la coupe était arabe. Ici, la mode est différente, les tissus sont chatoyants souvent brochés d’or ou d’argent pailletés, elles superposent des voiles de différentes couleurs et sont très belles. Refus total pour les photos.

la kasbah

      La visite de la Kasbah se fait au départ du camping de la palmeraie. Une femme européenne en jupe longue et T shirt fantaisie »tintin » nous accueille, elle fera une visite bilingue en allemand et en français.

jardin

     Tout d’abord elle nous commente l’exploitation agricole sur 6 hectares, 2 de jardins, 2 de palmiers et 2 pour le camping. Ses explications sont passionnantes : elle nous montre les rejets des palmiers : le palmier a des racines très profondes, il va puiser l’eau dans la nappe phréatique profonde de plusieurs dizaines de mètres. Les jeunes palmiers plantés seuls dépériraient faute d’avoir des racines assez longues, ceux qui se développent sur des rhizomes utilisent les racines de la plante-mère  Curiosité pour moi : des dattes sont piquées embrochées sur les pointes des feuilles, je n’avais jamais remarqué que les palmes étaient si pointues et si dures, j’imaginais qu’on avait disposé les dattes pour les oiseaux.
Dans les jardins un autre niveau en dessous des palmiers, les arbres fruitiers, grenades, pommes, coings, amandes. Au sol des fèves de la luzerne et du blé, qu’on remplace à la seconde récolte par du maïs . Les dattiers ne donnent des dattes que tous les deux ans.

Riad

     Nous entrons dans la Kasbah par le Riad : c’est la cour des invités. En arabe c’est le verger, il reste d’ailleurs quelques orangers mais la sécheresse a eu raison du verger. Les chambres des invités s’ouvrent sur la cour, 200 personnes pouvaient loger jusqu’à trois jours qui est la durée traditionnelle de l’hospitalité. c’est la Kasbah du Caïd de la région, le grand père du mari de Gaëlle, notre guide qui est donc la châtelaine . Elle nous fait visiter sa propre maison et nous explique les aménagements et les restaurations.

Construction de terre et climatisation

   Les chambres sont étroites et hautes de plafond : la largeur correspond à la difficulté de trouver des poutres en même temps longues et solides : on vit beaucoup sur les terrasses, elles doivent donc être solides. La hauteur de plafond garantie la fraîcheur, l’air chaud monte tandis que l’air frais est renouvelé par des ouvertures basses au ras du sol. Détail que nous n’aurions jamais remarqué sans qu’on nous le montre : des petits trous dans les plafonds pour l’évacuation de l’air sous pression tandis qu’on marche sous la terrasse L’air contenu entre le plafond et la terrasse sous pression causerait des fissures si les trous n’existaient pas.

     Nous voyons les travaux de restauration des murs en pisé, certaines parties sont en brique d’adobe ou cuites. Gaëlle nous montre aussi un autre moyen de « climatiser » les pièces : les portes à double ouverture : l’hiver on garde la chaleur en entrant par la petite porte, l’été, le jour on garde la fraîcheur de même, la nuit on peut ouvrir en grand les doubles battants pour rafraîchir !

Salons des hommes, terrasses des femmes

     Puis nous passons dans la cour des femmes et montons à l’étage sur la terrasse d’où les femmes surplombant le Ryad, derrière des moucharabieh peuvent assister aux festivité des invités. On ne verra pas les quartiers des hommes, bureaux, ou les chambres d’habitation, puisque la Kasbah est habitée.

Sur la terrasse la plus haute Gaëlle nous explique que l’architecture traditionnelle utilise la symbolique des nombres de l’Islam : 5 fenêtres pour les 5 piliers de l’Islam, 140 créneaux pour les 140 sourates .Finalement nous prenons du thé en compagnie de Gaëlle et de sa mère et bavardons un moment. Elles nous recommandent une promenade dans la palmeraie.

promenade dans la palmeraie

     Nous marchons à pied sur la route des caravanes de Tombouctou à Ouarzazate qui longe la Kasbah à travers la palmeraie vers le Draa (à sec), le sentier en terre battue poudreuse est bordé de petits murs de terre qui limitent les jardins. Il y a tout un système de canaux et de rigoles pour l’irrigation des champs minuscules de fèves, de luzerne pour les bêtes. Les grenadiers sont en fleur. Au homme à grande allure sur un mulet, noir en djellaba blanche, nous salue, passe et repasse. Puis 3 femmes en bleu nous saluent avec cérémonie.
Je me présente:
- « ana Miriam »
elles répondent, j’ai oublié leurs noms sauf celui de la plus jeune Aïcha. Nous faisons un petit bout de chemin ensemble.  Elles s’éclipsent par une porte dans un jardin. Nous continuons jusqu’au fleuve, très large. Au loin d’autres silhouettes se rapprochent, l’une est rose fluo, les autres en bleu. Nous les retrouvons plus loin, elles sont très rigolotes et se poussent du coude avec des fous-rires. La plus hardie très noire, nous demande « muskat » on ne comprend pas, elle mime en ouvrant grand la bouche (dents jaunes et écartées), elle veulent du chewing gum, l’une d’elle explique « ma » elle parle d’eau Dominique sort un paquet qu’elles embarquent avec des rires puis s’éloignent à grands pas. Tout en poursuivant notre promenade nous retrouvons nos trois copines Aïcha et les autres qui rentrent au village portant sur la tête un énorme tas de palmes sèches .Aïcha m’attend, elle est curieuse, elle me demande si je parle arabe ou berbère. Elle énumère les mots français qu’elle connaît « bonjour », « le thé », « le pain » elle fait le signe en rond de la forme d’un pain rond. De mon côté, je veux prendre une leçon d’arabe, je dis tout ce que je sais et compte avec elle jusqu’à dix, nous recommençons en chœur, cela la fait rire aux éclats et Dominique en profite pour voler une photo de dos.
Déjeuner au camping au calme et à l’ombre.

Souk
     Au village les gens rentrent du marché, nous y faisons un tour dans un indescriptible déballage, des moutons des chèvres, surtout beaucoup de quincaillerie, des vêtements d’occasion, quelques légumes un homme bleu m’interpelle, il vend des bijoux vrais ou faux et des belles antiquités.

Vallée du Draa

    La route suit la palmeraie, de temps en temps il y a de l’eau dans le Draa, des chèvres paissent, de beaux oiseaux blancs, sans doute des aigrettes. Nous traversons des villages de terre endormis à l’heure de la sieste, encore des palmiers et des kasbahs, mais nous avons eu une matinée bien remplie et nous avons hâte d’arriver à Zagora .

Hôtel Zagour

    Notre hôtel est très bien : une haute bâtisse grise adossée au rocher à la sortie de la ville dominant la palmeraie, la piscine est jolie. L’accueil est très chaleureux, le réceptionniste se souvient de mes coups de fil et de mon fax. Notre chambre est luxueuse, les rideaux sont drapés avec art, il y a de beaux luminaires et des tapis rouge blancs et noir, la clim n’a pas l’air de fonctionner . En  cette saison, on s’en accommodera.
    Je profite bien de la piscine après cette chaude journée .
Nous sommes prêtes pour de nouvelles découvertes. Nous partons donc à pied dans la palmeraie en bas de l’hôtel. Nous nous faisons rapidement aborder par un garçon d’une douzaine d’années qui s’impose comme guide et nous conduit aux premières dunes contenues par des haies de feuilles de palmier tressées. Nous aurions préféré nous promener seules.Nous  aurions pu rencontrer pire, Mohamed parle bien français et s’efforce d’être le plus aimable possible. Il  nous cueille des fleurs de grenades, nous raconte qu’il est très sérieux à l’école, nous conduit dans son village . La palmeraie est calme mais la promenade de ce matin était plus magique.

Dîner sous les étoiles

Nous dînons sous les étoiles sur le bord de la piscine. On nous sert un couscous délicieux sur une très jolie table : nappe jaune, napperon bleu et serviettes vertes. La chauves-souris planent les grenouilles coassent.


8. Tamgrout et méharée

Publié le : 04 Février 2007
8.  Tamgrout et méharée

Les nuits ne sont pas aussi froides qu’on le dit dans le désert, nous avons eu assez chaud et les fenêtres ouvertes les bruits de la rue nous ont réveillées dès le lever du jour. Pour le petit déjeuner un buffet est dressé sur la terrasse. A la place des croissants des pizzas fourrées aux épices et au safran.

     Tamgrout est située à une dizaine de km vers le sud : la plaine est parsemée d’épieux et d’acacias et des dromadaires paissent en liberté.
      Les maisons de Tamgrout  le long de la route sont beiges jaunes en ciment  à arcades avec des décorations géométriques et ressemblent à celles d’Agdz ou de Zagora.. un écriteau annonçant la bibliothèque, la medersa et Zaouia nous fait arrêter la voiture. Un homme, pochette de canson à la main, s’approche de la vitre. Il se présente Naciri Saadine, calligraphe, traducteur et surtout descendant du fondateur de la bibliothèque. Nous l’acceptons comme guide, il monte à l’arrière de la 205.

Bibliothèque de Tamgrout

     Le bâtiment de la bibliothèque est insignifiant, les vitrines vieillottes et sans prétention mais elles contiennent des trésors : un Coran sur peau de gazelle de 1091, des manuels de médecine, d’astronomie de grammaire. Tous ces livres sont calligraphiés, enluminés. C’est surtout émouvant de voir tout ce savoir ancien au milieu du désert dans un endroit perdu au bout du monde. Pendant qu’il commente, Naciri calligraphie nos noms en arabe. Des érudits peuvent venir consulter les manuscrits, la médersa complète les études des étudiants en théologie de Fez ou de Rabat.

Zaouia

     Naciri nous avait présenté la Zaouia, « ici c’est Lourdes ! », nous entrons dans la cour des miracles. Le tombeaeu de son ancêtre est censé guérir les malades mentaux. Des dizaines de malheureux, malades ou simplement miséreux, campent sous les arcades de la cour de la mosquée, on voit leurs pauvres installations, nattes roulées ou réchauds à gaz.

La mosquée n’ouvre que le Vendredi, les belles portes de cèdre peint avec des pigments naturels, henné menthe sauvage, sont fermées. Naciri poursuit notre instruction : sur les minarets marocains il y a trois boules symbolisant des bols contenant le sel, la farine, l’eau indispensables à la vie.

Kasbah souterraine

     Nous le suivons ensuite dans la « kasbah souterraine » qui n’est pas creusée sous la terre, mais dans laquelle on circule dans des boyaux noirs juste éclairés par des puits de lumière. Tout en marchant, notre guide dessine des palmiers. Le village est composé de trois communautés qui ne se mélangent pas : les Berbères (60%), les Arabes et les Noirs descendants des esclaves . Autrefois des Juifs vivaient dans le Mellah occupé maintenant par des Berbères. Ces ruelles obscures sont couvertes et gardent le frais mais protègent aussi des mouches. Nous entrons dans une courette autour de laquelle s’organisent les étables et les pièces destinées aux humains. Naciri nous explique le fonctionnement des toilettes locales : sans eau, on met du sable, ce qui n’a rien d’étonnant, ce qui est amusant c’est la vidange : une fois l’an on creuse dans le mur de terre et on évacue avec des seaux le mélange de sable et d’excrément qui sera utilisé comme engrais. Il fait tellement noir dans les couloirs que Dominique sent la claustrophobie la paniquer, heureusement le passage ne fait que cinq ou six mètres et on retrouve ensuite la lumière du jour.

Poterie

     Nous visitons la boutique d’un potier, les céramiques de Tamgrout se vendent dans tout le Maroc, Dans une pièce, de la vaisselle verte exactement t de la même teinte que mon service, me tenterait bien, c’est le manganèse qui lui donne sa couleur. Dans une autre salle sont exposées les pièces décorées. Le potier nous détaille le sens des motifs : les poissons qui se poursuivent dans un cercle bleu représentent le Draa, des motifs arabes reprennent le thème des boules du minaret qu’on vient de nous expliquer, d’autres utilisent les dessins des tatouages des femmes berbères. Ces tatouages indiquent la position sociale de la femme selon qu’ils sont placées sur le menton, le nez ou le front on sait si elle est fiancée, mariée ou divorcée.

Dune de Tinfou

    Nous sortons de la ville pour aller découvrir la Dune de Tinfou, grande dune claire isolée, mais cernée de « bivouacs fixes », grandes tentes berbères pour les touristes, 4x4 en pagaille et même un car . Mon fantasme de passer la nuit dans le désert  en prend un coup, c’est vraiment trop près de la route et des hôtels. Naciri nous recommande d’éviter les « chameliers en plastique », faux hommes bleus qui attendent le touriste et en profite pour nous donner ses recommandations : ne jamais avouer que c’est notre première visite au Maroc, se méfier des faux guides, ne rien donner aux enfants. J’ai déjà lu tout cela dans le routard mais Dominique est ravie que ce soit un marocain qui nous donne ces indications. Il parle un peu de lui, à 42 ans, il en paraît plus, un peu ratatiné, il n’est pas marié et cela fait de lui un marginal dans son village, il est assez amer et pessimiste, il veut quitter Tamgrout pour Vienne où il ira étudier la peinture aux Beaux arts.

Nous allons plus loin visiter la kasbah ensablée, village encore habité menacé par les avancées des dunes. Tout autour les haies de palmes tressées tentent de contenir l’invasion. un autre moyen est aussi la plantation des tamaris.

Nous terminons la visite chez Naciri qui nous offre le thé, médiocre et tiède, dans une immense salle (qui a été un restaurant) décorée des peintures de Naciri (pas terribles) nous comprenons un peu son amertume, son auberge concurrencée par les hôtels modernes de Zagora ne marche pas malgré les recommandations du guide du Routard. Il nous offre le dessin qu’il a fait tout en marchant, les palmiers forment nos deux noms, il a complété l’horizon par la silhouette de la montagne et nous marchons sur la route.

en dehors du goudron
 
     Avant de rentrer nous voulons essayer une piste que nous avions remarqué indiquée « circuit touristique » sur la rive gauche du Draa . Vers le nord la piste est difficilement visible, il y a de nombreuses traces, nous n’osons pas les suivre mais remarquons une Clio neuve (forcément de location) à côté d’une Kasbah en ruine. Dans la kasbah nous entendons des animaux, et des voix, des enfants sortent et nous invitent à prendre le thé. Les occupants de la Clio sont assis sur des nattes, on en déroule d’autre pour nous. Dominique doit expliquer pourquoi elle ne s’assied pas. La maison est toute vide, pas de meubles, au murs quelques photos découpées dans des journaux et des feuilles de papier pliées. Nous bavardons avec la famille française, c’est plus difficile de communiquer avec nos hôtes, j’enlève mon foulard, les femmes regardent avec pitié mes cheveux courts et sortent de leurs foulard leur abondante chevelure.

Nous payons les thés au prix des restaurants, on nous demande de l’aspirine. Puis nous faisons le tour de l’habitation, un cactus est enfermé dans une sorte de cage de roseaux, un puits à sec, le reste de la kasbah s’écroule, faute de toiture, la pluie ramollit l’argile qui coule.

    La piste traverse la palmeraie dans des villages tranquilles, quand on ne retrouve plus la piste on demande simplement « Zagora », une seule fois des mômes en embuscade derrière un palmier, réclament avec trop d’insistance de l’argent et l’un d’eux tape sur l’arrière de la voiture.

    Nous mangeons dans la chambre les boîtes achetées à Marrakech puis passons l’après midi à la piscine.

Méharée

    A 5h, j’ai rendez vous pour une méharée. Dominique, prudente a voulu essayer avant de s’engager. Elle a donc demandé ce midi au chamelier si elle pouvait faire un galop d’essai . Le chamelier  a donné son accord, pas le dromadaire, furieux de ne pas avoir son repos bien mérité après la promenade de la nuit. Le chameau récalcitrant a donc fait preuve de toute la mauvaise volonté imaginable :il a fait des manière pour s’asseoir, puis une fois que Dominique s’était cramponnée à l’arceau métallique ne s’est levé qu’à moitié laissant sa cavalière à 45° en position très désagréable, même scénario à la descente qui a dégoûté définitivement Dominique des méharées.
Elle était très étonnée que je n’ai pas entendu de la piscine ses cris d’effroi.

    La promenade se fait en compagnie d’une Allemande de son fils et deux  jeunes maroco-allemandes . mon dromadaire se lève en douceur et me voilà juchée sans même m’en rendre compte .Dans la palmeraie, Mohamed , notre petit guide d’hier m’offre des gazelles tressées avec de l’herbe, il existe aussi un  pliage chameau sur le même principe – Le chamelier chasse notre escorte de gamins sur l’ordre de l’allemande très irritée et semblant sur le bord de la crise de nerf parce que le chamelier les chasse trop mollement.

   Nous suivons le même chemin qu’hier, du haut du chameau je dépasse la hauteur des murs et découvre les jardins qu’ils cachaient. Toutes sortes de légumes sont cultivés avec soin, pas une seule mauvaise herbe dans les rangs d’oignons de choux et de courgettes, quelques plants d’artichauts et des cardons décorent certains carrés. Dans un coin, on irrigue, les gens se reposent couchés, sans doute pour surveiller l’eau qui va remplir les rectangles.

     Un vent de sable s’est levé quand nous sortons de la palmeraie, le ciel est couvert, la promenade dans le désert ne serait pas vraiment un plaisir, le chamelier amorce donc le retour.


9. De Zagora à Boulmane Dadès

Publié le : 04 Février 2007
9.   De Zagora à Boulmane Dadès

Les enfants vont à l'école

    Nous quittons Zagora vers 7h1/2 à l’heure où les enfants partent à l’école. Des bandes d’enfants et d’adolescents occupent la rue, à pied à vélo. Il y a beaucoup plus de monde qu’à Agdz convergeant vers le souk ,on pourrait presque croire à une manifestation, c’est étonnant.

Route de Zagora à Ouarzazate

     Nous profitons de la palmeraie. A l’aller, nous étions tellement pressées d’arriver que nous n’avions pas apprécié le paysage écrasé sous la lumière des heures chaudes. Maintenant nous nous sentons plus disponibles, la lumière est jolie. Des femmes portant des charges sur la tête marchent le long de la route, leurs habits sont très colorés. Le retour dans les montagnes entre Agdz et Ouarzazate nous paraît très court. J’observe bien la stratification qui suit les courbes de niveau, on dirait une carte topographique grandeur nature.

Courses à Ouarzazate

     A Ouarzazate nous retrouvons en pays de connaissance, filons à la banque, confirmons nos vols à Royal Air Maroc, faisons de l’essence, des courses au supermarché et en moins d’une heure nous avons fini toutes les corvées.


lac de barrage

     Dès que nous prenons la route de la vallée du Dadès, vers l’est ,le vent se lève soulevant la poussière, tout d’abord verticalement comme une tornade, puis en rideau. A la sortie de Ouarzazate nous trouvons le lac de barrage, vert turquoise et prenons une piste pour le voir de près. Un chien gardant une camionnette nous fait reculer, on manque de s’enliser sur le bas côté dans un petit tas de sable dont on ne s’était pas méfié, arrêté par une buisson épineux. justement au tournant de la route, une route conduit justement au lac, barré par un grillage . .Un jeune homme nous ouvre la barrière, nous accompagne, le lac est presque vide, il n’a pas plu depuis deux ans. Il nous montre un coin pique-nique aménagé avec une table des bancs et même un auvent. Malgré le vent de sable nous sommes très bien..

    Entre Skoura et Boulmane Dadès la route traverse de gros villages, des oasis, les villages nous paraissent moins pittoresques que dans la vallée du Draa, les villages de terre sont moins bien soignés, progressivement remplacés par des constructions de ciment, certaines crépies en gris foncé ou aux parpaings apparents sont fort laides. Les oasis sont moins luxuriantes, peu à peu les palmiers disparaissent remplacés par des peupliers et des arbres plus européens, pommiers, figuiers. Autour des champs sont plantées des haies de rosiers.

    Nous arrivons vers 16 h à Boulmane Dadès, la ville est à moitié fermée, assez moche dans la poussière. Notre hôtel est une grande bâtisse grise, très simple, les chambres meublées sans décoration nous déçoivent. Il y a pourtant tout ce qu’il faut!  En quittant l’hôtel Zagour, nous sommes devenues difficiles! La piscine est toujours en construction. Il fait très frais,  nous n’aurions pas pu nous baigner. Heureusement, la vue de la terrasse est somptueuse.

promenade le long de la rivière

    On nous conseille une promenade sur le bord de la rivière . Nous marchons bien au calme.  Pour une fois, nous n’avons pas d’escorte. Il fait bon, le vent de sable est tombé, l’eau coule dans l’oued et dans les canaux d’irrigation. Les champs sont fleuris. Des coquelicots magnifiques se détachent sur le vert des champs. Les roses du Dadès sont en fleurs . Dominique glisse sur une petite levée le long du canal d’irrigation  et se retrouve assise dans la boue (de la boue au Sahara !). Avec son pantalon tout boueux, nous écourtons la promenade et remontons sur la pente rocailleuse. Petite halte sur des pierres bien coupantes.

l'hôtel de luxe

    Avant de retourner à l’hôtel Chems, nous faisons un détour par l’hôtel de luxe : une fausse Kasbah dont la cour est occupée par d’impressionnants 4x4. Nous voulons nous renseigner sur des excursions dans le désert. Dominique, avec son pantalon boueux, n’ose pas aller à la réception. J’y suis très bien accueillie. De toutes façons, pour ce soir c’est complet, mais pour demain, on peut nous loger dans des tentes « vous verrez c’est top ! ». Nous allons visiter les tentes berbères, il y des lits recouverts de tissus colorés magnifiques, le sol est couvert de tapis, mais seule une couverture isole les  chambres des voisins, cela fait dortoir. Les sanitaires un peu plus loin ressemblent à ceux d’un camping. Nous ne sommes pas convaincues.
     Nous sommes beaucoup mieux dans notre hôtel modeste, sans tapis ni tentures, mais avec une belle vue et une salle de bain bien à nous. IL y a aussi des chambres troglodytes. Tout cela nous paraît bien artificiel et prétentieux.
    L’accueil est vraiment très chaleureux. Sur ce, arrive un décoloré, au négligé très étudié, pantalon de lin froissé classieux, qui proteste vigoureusement :
-«  j’arrive du désert, j’ai besoin d’une douche, si l’eau chaude n’est pas réparée dans dix minutes je boucle mes valises et je retourne à Ouarzazate ! »
le réceptionniste ne s’émeut pas,
- « dans dix minutes ! »
puis, une fois le malotru sorti, me dit:
- « c’est cela vos vedettes ! »
Je ne savais pas qu’un film se tournait à quelque kilomètres d’ici, et que le mot « vedette » était à prendre au premier degré .
Pour les excursions, le guide n’est pas encore rentré, il faudra patienter, nous reviendrons après dîner.

la cité des policiers

Nous traversons une sorte de cité de maisons basses, une petite fille nous aborde:
- « je m’appelle Bili, viens voir mon mouton »
C’est une jolie introduction mais nous n’avons pas envie de distribuer tout notre porte-monnaie aux enfants qui traînent autour. Dominique lui explique qu’ils sont trop nombreux. cela ne leur convient pas du tout. Ils nous suivent. L’un d’eux essaie même d’ouvrir la poche du sac à dos. Dominique hausse la voix et leur parle de la police, ce qui les fait fuir comme une volée de moineaux. La situation se gâte quand arrive un handicapé sur sa chaise roulante.  Nous recevons quelques pierres.. j’ai un peu honte à cause du handicapé qui n’a sûrement pas de sécurité sociale.

Le ciel du Sahara

     Comme le vent a cessé, nous pouvons dîner sur la terrasse sous un ciel étoilé magnifique. Comme nous avons pris la demi pension, nous découvrons le menu :
- de la soupe , passée délicieuse, difficile d’identifier tous les ingrédients : des carottes,, du coriandre, des haricots(,)
-puis arrive une tajine, la meilleure du voyage, décorée en son sommet d’un pruneau saupoudré de sésame, 4 olives sur les bords, la viande est cachée sous les pommes de terre, les carottes, des rondelles de tomate complètent la décoration.
- Pour dessert, du yaourt fait maison, puis on nous offre le thé à la menthe.

    Nous prenons la voiture pour aller à l’hôtel de luxe. l’accueil est toujours aussi chaleureux, on nous offre le thé et des pâtisseries dans une salle à manger marocaine(tables rondes et banquettes), un feu de cheminée est allumé . Toute une bande de français friqué dîne, d’autres arrivent et ils réquisitionnent notre table, Dominique sort, vexée, je ne suis pas d’accord, le personnel de l’hôtel est charmant, ce n’est pas leur faute si les clients sont mal élevés. Pourquoi refuser le thé généreusement offert au risque de les vexer ? On discute donc debout, et nous fixons rendez vous à 7h1/2 au guide pour la vallée des oiseaux.


10. La vallée des roses avec Ali

Publié le : 04 Février 2007
10. La vallée des roses avec Ali

Quand nous nous habillons Dominique découvre que mon pantalon orange est crevé- sans doute les pierres coupantes de la promenade-. Nous nous nous sommes donc présentées à l’hôtel de luxe, elle, avec de la boue aux fesses, et, moi, avec le pantalon déchiré au derrière !

    Notre guide est un jeune géant noir en djellaba rayée. Il se présente : Ali. Puis disparaît brusquement pour aller chercher les lunch-paquets qui ne sont pas prêts. Nous quittons la grande route P31 pour une piste très large. Une caravane stationne au loin. Des nomades ? Non les gens de cinéma qui tournent un film d’action français avec J Anglade. Ce sont donc eux que nous avons vus hier soir avec leur négligé friqué et prétentieux !

Promenade ornithologique

     Plus loin des dromadaires en liberté paissent des épineux, ils appartiennent à des nomades invisibles.
Nous marchons à pied sur la Hamada jonchée de galets et de pierres coupantes. Ali marche à grands pas. Il  nous montre les petits oiseaux posés sur les pierres. Il est très fort pour les repérer mais ne connaît que leurs noms en Arabe sauf le canari du Sahara avec une jolie gorge jaune. Le désert est fleuri de fleurs blanches ressemblant à une anémone avec un feuillage vert tirant sur le bleu très fourni, ces fleurs mélangées à d’autres plantes donnent le henné. Il n’a pas plu depuis deux ans, apparemment elles se contentent de la rosée.

sécheresse

     Une autre piste nous conduit à un village isolé Taghdilt, un fin fil électrique court : c’est l’électricité du groupe électrogène qui fait aussi tourner la pompe. Tout est sec, les figuiers et les amandiers ont soif, les petits champs sont prêts avec les rectangles pour l’irrigation mais il ne pousse rien et depuis longtemps si on se fie au henné qui commence à coloniser les jardins. Cela serre le cœur, que vont manger ces gens ? et leurs bêtes ? quelques poules et coqs se promènent, très peu. Dans le sous sol il y a de l’eau, les villageois se cotisent pour faire des forages profonds mais cela coûte cher. Il y 2000 habitants.

Ali continue la promenade ornithologique : 3 alouettes sont au sol, elles ont leurs petites huppes et ne sont pas sauvages. Des sortes de pinsons à bec rose suivent la voiture.

Le marché aux animaux

     C’est jour de marché aux animaux à Boulmane Dadès. En compagnie d’Ali nous pouvons approcher les toutes petites chèvres à poil très long, les moutons et les agneaux noirs et blancs. Ces moutons nous paraissent tous bien petits.  Nous demandons les prix 400 : Dh pour un petit agneau, 1500 pour les gros. Nous aimerions photographier les vieux en turban et djellaba mais n’osons pas.

La Vallée des Roses

La piste pour la vallée des Roses est bien cachée dans la vallée des gorges du Dadès. Nous la trouvons après une Kasbah rénovée dominant la rivière. La piste monte très raide. Sans Ali, jamais nous ne nous serions engagées sur un tel chemin. La 205 va-t elle parvenir à grimper ?
    Le paysage est superbe. Les couches rouges d’argile tendre entaillée par l’érosion ont des couleurs et des formes spectaculaires. Certaines collines sont oranges, d’autres vertes, d’autres blanches.
Des grottes ont été aménagées par les bergers nomades avec de petits enclos ronds de moellons empilés. Vides, en cette saison, les nomades sont partis sur les hautes montagnes de l’Atlas au dessus de Taroudant.
     Le paysage change de couleur à chaque tournant, un canyon creusé par un oued fantôme (quelques lauriers roses puisent l’eau je ne sais d’où), collines percée de grottes, gros blocs effondrés.  Je ne sais où donner de la pellicule.
Brusquement, c’est l’oasis et le gros village de Bou Tharar au confluent de deux rivières, composé de quatre petits villages de terre, des maisons cubiques qui s’imbriquent les unes dans les autres et plusieurs forteresses, des murs d’enclos dans lesquels sont entreposés des paquets d’épineux servant de bois de chauffage et de cuisine. Un bâtiment gris foncé haut de trois étage, hideux dépare. Ali nous explique que ce sont les travailleurs expatriés en Europe qui construisent ces « maisons de ciment » monstrueuses, mais sûrement pourvues du confort moderne, pour leurs familles. Je me pose la question : pourquoi ce crépis gris foncé ?et tente l’hypothèse de ce que, justement, elles doivent se distinguer des maisons de terre par la couleur. On reconnaît ainsi les maisons de ciment.

    La présence d’Ali nous protège des assauts des enfants, il n’a pas besoin de les disputer, sa stature est dissuasive, il lui suffit de tourner la tête du haut de ses deux mètre et de leur dire doucement de déguerpir.
Nous nous promenons dans le village, traversons la rivière où les femmes par petits groupes lavent le linge, ou plutôt le tapent avec des battoirs. Des enfants se baignent nus, d’autres jouent à pêcher deux tendent un tissu (un voile ?) tandis que les autres tapent dans l’eau, ils prennent de tout petits poissons
Les roses sont écloses dans les haies, Ali m’en cueille une qui embaume tout le long de la promenade .Les coquelicots sont d’un rouge éclatant sur les blés verts.

    Dans le village suivant, nous voyons des vaches à l’étable, un jeune garçon tire deux petits veaux.
Nous mangeons les lunch-paquets au gîte d’étape en compagnie d’un guide qui propose une promenade de deux heures bien alléchante. Dominique décline l’offre en parlant de son genou, elle pourrait suivre sur un mulet, il propose même de lui adjoindre un gamin  pour la rassurer. Nous refusons à regrets.

    Ali n’a été à l’école que trois ans et a appris le français avec les touristes. Il fait des commentaires succincts et répond souvent à nos questions par oui ou par non, nous ne sommes pas très sûres qu’il a compris le sens de la question. Dans le village à la place du « donne moi un bonbon » ou donne moi un  stylo », j’entends « donne moi un morceau de craie », la prof en moi se sent fondre, Ali nous explique que c’est à l’école qu’ils ont appris ces phrases et que les stylos manquent.

    Nous rentrons par une piste en bon état qui grimpe en lacets serrés à un col. De l’autre côté la descente est impressionnante : il faut de bons freins. Dominique a vraiment eu un entraînement pour Paris Dakar !

Dîner :

Soupe harira (coriandre), couscous très léger, pâtisserie en triangle.


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