Notre 4X4,
Notre 4X4 est rouge et luxueux, le chauffeur, Duran, parle peu et très doucement. Peut- être est il timide ? Ou parle t il mal français ? Le carburant n’est pas compris dans le prix de la location. Léon nous avait dit : « Vous irez à la station service ». Nous arrivons dans une ruelle sablonneuse. Un jeune garçon guide la manœuvre, on apporte trois bidons jaunes de 20 litres ayant contenu de l’huile de palme. Une jeune femme très élégante installe un foulard en mousseline violette en guise de filtre. Nous roulerons à l’essence nigériane comme tout le monde. Et pour 30 000F, j’avais craint beaucoup plus. Achat de bouteilles d’eau par six. Duran met la radio : la messe en langue locale (c'est Pâques!).
Atakora, coton et ignames
Nous traversons un nouveau paysage : des collines rocheuses, l’Atakora, recouvertes d’une végétation diffuse. Ne pas s’y méprendre, ce qui ressemble à une sorte de désert, ce sont des champs de coton. La campagne cotonnière est terminée depuis un bon moment. Il ne reste plus que le bas des tiges desséchées. D’autres champs sont occupés par de curieux monticules surmontés de feuillage séché : à l’intérieur de la butte, se trouvent les tubercules d’ignames qui pousseront aux prochaines pluies que l’on attend pour très bientôt.
les camions du Burkina Faso
Le trafic routier est constitué presque uniquement de camions vétustes très lourdement chargés. Ceux qui descendent à notre rencontre transportent du coton venant du Burkina tout proche mais peut être du Mali ou du Niger. Les camions que nous doublons transportent diverses marchandises venant du port de Cotonou pour le Burkina, pays enclavé dans l’intérieur des terres.
La circulation est une aberration au code de la route. Un chauffeur a mis son triangle et a stationné son camion, occupant toute la voie de droite de la route. Il faut rouler à gauche. A plusieurs reprises nous nous retrouvons nez à nez avec un camion qui arrive en face sur notre voie. Un autre double le premier qui doit s’arrêter pour ne pas nous percuter. Duran est imperturbable, pas un commentaire, pas un juron, pas un soupir. Des carcasses de véhicules accidentés jonchent les bas côtés. Un semi-remorque a été carrément coupé en deux lors d’un accident récent. Sa cabine se trouve à 200m du chargement. En face, un car burkinabé a fait des tonneaux, les passagers sont rassemblés à côté de l’épave. Y a-t-il eu des blessés ? Qui va les emmener de cet endroit où il n’y a pas d’ombre ?
la piste
Après Tanguieta, le relief est moins accidenté, nous quittons la route principale et sa circulation effrayante. Les villages aux cases rondes recouvertes de chaume sont très photogéniques, surtout quand ils sont à l’ombre d’un baobab ou de papayers bien verts. Les baobabs n’ont pas de feuilles pendant la saison sèche, ils reverdiront bientôt. De gros fruits pendent. A cette heure de la matinée, les villages sont presque déserts. Au puits, il y a foule. Le long de la route, des files de piétons marchent chargés. Ils – ou plutôt elles – portent une bassine sur la tête remplie de mangues pour le marché, de tubercules, de bidons d’eau, parfois de longues branches ou des fagots remplacent la bassine. Il semble que tout le Bénin est en marche. Ces marcheuses consacrent une énergie infinie pour un résultat économiquement insignifiant !
La Réserve
A l’entrée de la Réserve, il faut s’acquitter des droits (23 000F). Les champs sont encore cultivés 5km à l’intérieur du Parc. Ensuite, c’est le domaine des animaux. La périphérie est zone de chasse, nous avons peu de chance de rencontrer des espèces craintives. Seuls, les éléphants qui ont mis à mal la végétation, cassé des branches, même renversé de petits arbres, se promènent. Il commence à faire très chaud et cela m’assomme. Je redoute qu’un troupeau d’éléphants passe et que je le rate dans mon abrutissement.
Notre « premier animal » sera une antilope élégante qui nous ravit. Nous allons en voir beaucoup mais nous ne sommes pas encore blasées.
Mare Bali
Près d’un mirador, un gros babouin nous attend au parking à 1,5m du capot. Son nez est entaillé, il est de bonne taille. Duran nous conseille de ne pas l’approcher et nous invite à monter sur les marches de l’affût rapidement. Un homme y est installé avec sa sacoche photo et un pied. Il boit une bière. Son français est plutôt germanique ainsi que ses cheveux blonds et ses yeux bleus. Il connaît Duran, évoque des problème de braconnage, parle des spots télé qu’il a réalisé pour le parc. Très en verve, il nous présente les différents animaux (ce que Duran ne fait pas).
Le mirador domine la Mare Bali. Tous ou presque tous les animaux que nous cherchons, nous attendent : une tribu de phacochère se roule dans la boue. De loin, ils ressemblent à s’y méprendre à des sangliers, ils sont suivis de marcassins qu’ils n’hésitent pas à pousser et à corriger. Plusieurs espèces d’antilopes boivent au bord de la mare. Le cinéaste nous montre le « Monsieur qui n’arrive pas à honorer sa Dame », poursuite des antilopes, début d’accouplement, sans suite, la biche se sauve.
Oiseaux
Juste en face, un crocodile, la gueule ouverte. Des dizaines d’oiseaux le côtoient sans souci : »ventre plein ». je suis ravie par la beauté de échassiers : ibis blancs, hérons cendrés, grues couronnées d’une aigrette brun, blanc et noir, oies du Ghana au plumage noir bleu métallique, aigrettes garzettes, hérons garde-bœufs. Les plus beaux oiseaux sont sans conteste les Jabirus du Sénégal avec leur bec coloré en rouge et jaune, très grands oiseaux ressemblant à des cigognes, élégants debout comme en vol. Un peu plus loin, des Hippotragues « antilope-cheval », un peu lourds. Nos préférés sont les babouins.
Babouins
Nous pourrions rester des heures à les observer tant leur vie est variée et facile à interpréter, tellement ils nous ressemblent. Une famille est installée de l’autre côté de la mare, ils s’agitent sans s’occuper de notre présence. Les jeunes se chamaillent : grandes poursuites soulevant la poussière. Les mères récupèrent leurs bébés…beaucoup plus proches de nous sur les arbres dominant l’abri, un autre groupe nous observe du haut des branches. Une dizaine de petits s’amusent en sécurité à la cime tandis que les mères sont à mi-hauteur. Des adultes s’épouillent au sol, surveillant nos gestes. Le »vieux monsieur au nez entaillé » qui nous avait accueilli au parking, rôde très près. Il monte sur le plancher du mirador. Le photographe le chasse. Il a cueilli une petite branche qu’il brandit pour l’intimider. Peu efficace ! Pendant que nous bavardons en observant les oiseaux, le singe arrive par derrière et vole la sacoche-photo. Le photographe récupère son sac et se montre plus décidé avec la badine. Le babouin prend ses distances mais reste à l’affût dans les parages. On dirait qu’il défie l’homme et que cette sorte de jeu l’amuse beaucoup.
Sur la route
Sur la route menant à l’Auberge de la Pendjari, nous faisons connaissance avec les bubales, antilopes très gracieuses, et avec les singes rouges, les Patas. Ces derniers ont de longs membres et une longue queue. Seuls le haut de la tête et le dos sont rouge. Côté face, ils sont blancs ou beige clair. Les Patas sont beaucoup plus craintifs que les babouins, leur apparition est fugitive.
A l’auberge de la Pendjari
Accueil chaleureux à « Marianne » qui est attendue. Léon a bien fait les choses. On nous donne une chambre climatisée au prix de la ventilée. (En fait elle est et climatisée et ventilée, nous mettons en route les deux appareils sans scrupule). C’est la 106, située à l’extrémité d’un long bâtiment bas chaulé de blanc et couvert d’un toit de chaume qui dépasse.
Plusieurs de ces bâtiments allongés, une paillote ronde pour le restaurant, des cases rouges complètent l’installation. La piscine est toute proche. Des arbres donnent une vague ombre quand le soleil est au zénith. Le sol balayé, les alignements de pierres passées à la chaux donnent un air vaguement militaire au campement.
L’intérieur de la chambre est propre et fonctionnel, un peu vieillot : murs blancs, dessus de lit décolorés, un tableau « coucher de soleil » orange africain, un peu chromo. Elément, couleur locale : la moustiquaire bleue soutenue par un cadre en tasseaux un peu bancals. Le bricoleur qui a fait cela n’était sans doute pas un menuisier professionnel. Une table, deux chaises, et même des caches pour les néons qui servent de lampe de chevet. Ce n’est pas luxueux mais c’est très complet et propre.
Après un déjeuner léger de yaourts, bananes et mangues et la douche, je tente un plongeon dans la piscine. 3 hommes sont là, tatouages, coiffure militaire :
- « Gardez vos claquettes, madame, c’est gras.».
Je tourne les talons. La compagnie des militaires ne me tente pas, l’eau n’a pas la transparence désirée. Je me rafraîchirai sous la douche. Le garçon qui nage insiste :
- « Venez, Madame, elle est bonne ! »
A la recherche des Hippopotames.
Nous reprenons le 4X4 à 16heures en quête d’hippopotames et, si possible, de buffles ou d’éléphants qui manquent à notre palmarès.
- « Lion, il est rare. Il faut avoir de la chance. »
Antilopes
Nous croisons d’autres antilopes : des Cobes de Buffon, des Bubales et les Waterbucks. Le Bubale est plus élégant, les autres plus rares.
préjugés
Les hippopotames nous attendent dans une mare que nous avons du mal à atteindre. Devant nous, le 4X4 blanc des militaires avec Hakim, leur guide. Nous pestons contre eux : ils soulèvent la poussière et font fuir les animaux. Nous avons bien tort de les maudire. Ils sont meilleurs que nous à détecter les animaux et d’excellents pionniers. Il suffit de les suivre pour découvrir les antilopes bien cachées ou les phacochères.
Le 4X4 blanc emprunte une piste latérale tandis que Duran rejoint la rivière Pendjari bien visible avec ses hauts palmiers : les Rôniers. Un rônier s’est abattu en travers de la piste. Duran doit rebrousser chemin. Les militaires sont installés depuis longtemps au mirador quand nous arrivons. Comme souvent, les préjugés nous font fuir une compagnie utile et agréable. Ces trois garçons sont charmants et beaucoup plus expérimentés que nous.
hippos
Les hippos sont très nombreux, au moins une vingtaine. Les plus gros font des bosses grises, arrondies, qui sortent de l’eau. Les plus petits sont plus agités. Ils sont rigolos, on ne voit que les oreilles et les narines hors de l’eau. L’attraction ce sont leurs bâillements bruyants spectaculaires et communicatifs. Ces animaux paraissent très paresseux, ils se retournent parfois et s’affalent sur l’autre côté. Certains n’ont pas bougé de toute l’observation. J’en profite pour dessiner. J’observe à la jumelle. C’est la première fois que je me livre à cet exercice. Le résultat n’est pas très réussi. Au retour, nous suivons le 4X4 blanc qui sert d’éclaireur. De chaque côté de la route : trois ou quatre buffles. On sort les appareils-photo. Duran proteste : » Pas de flash, ils chargent ». Nous sommes prises dans un dilemme. Si on ne les photographie pas, nous risquons de ne plus en revoir d’autres. Si on les prend, on risque de déclencher une catastrophe. Trop tard pour débrayer le flash. Dominique tente.
lions au crépuscule
19H15, tombée de la nuit. Deux voitures sont arrêtées. Les passagers perchés sur les porte-bagages. Une grande excitation règne parmi les touristes : deux lionnes sont couchées à quelques dizaines de mètres, cachées dans les herbes. Je monte sur le toit. Finalement c’est plus facile que je le pensais : un pied sur le marche pied, l’autre à la fenêtre arrière. En sandales, j’ai du mal à tenir l’équilibre sur les barres de fer. Duran chouchoute sas Toyota et ne veut pas de traces de pieds sur le toit. Je devine les taches beiges immobiles. Rapidement, le soir tombe. L’observation à la jumelle devient impossible.
Dîner de Fête : un méchoui pour l’agneau pascal
Au retour, à la paillote restaurant, le menu est à 8 500F. Pas de carte, c’est à prendre ou à laisser : Salade du Pêcheur, Méchoui aux petits légumes, gâteau de Pâques. Dominique est furieuse. Avec la grosse chaleur, un plat frais serait plus indiqué. Il a fait 45°C . Je pensais que la chaleur tomberait comme dans le désert. Je transpire en pantalon avec ma chemise à manches longues, « Moustiques, il y en a un peu ». Dominique se fait servir un bol de riz, prétextant la turista. Je vais manger seule au restaurant. Le service est très chaleureux mais très lent. Les tables sont attribuées avec des étiquettes. On attend que tous soient assis pour commencer les entrées. Pas question d’accélérer le service. Je retourne à la chambre chercher mon cahier pour raconter notre journée en attendant la salade. La salade du pêcheur est faite de salade verte apportée de Natitingou et de capitaine de la Pendjari, délicieux. L’agneau pascal du méchoui est excellent.
Nous sommes au bout du monde seules avec les animaux !!!
Nous avons rendez vous avec Duran à 6H30, je me réveille dès 4h, très impatiente. Je regarde ma montre toutes les 30 minutes. Je n’arrive pas à réaliser que nous sommes réellement en Afrique, au bout du monde, dans la savane, loin des routes, du réseau téléphonique et électrique. Seules avec les animaux, ou presque. Ici, le personnel est africain mais tous les clients sont blancs sauf la femme de l’ancien Président Soghlo qui a droit aux honneurs d’un garde du corps.
Penser que nous sommes passées en moins de 24heures du taxi brousse de Djougou au luxe de « la » 4X4, du marché de Bohicon où nous étions les seules Blanches, à la société de la Pendjari, nous donne le vertige. Dominique insiste sur la contradiction. Je l’assume sans trop de difficultés. Ces Italiennes dans le 4X4 de Médecins du Monde venu du Burkina, cette bande de jeunes mal élevés en voyage organisé (4X4 immatriculé au Nigeria) ne sont pas vraiment des représentants de la Jet Set. Probablement des gens comme nous, qui, le temps du week end pascal, dépensent sans compter. Parce qu’ici, tout est très cher. Madame l’Ex présidente proteste parce que la Possotomé coûte 1200F. J’ai programmé le téléphone de Willy comme réveil, mais je n’ai pas confiance. Je me lève avant l’heure. La sonnerie c’est le « Vol du Bourdon » tout à fait efficace.
6h, le petit déjeuner est bien lent à arriver. Ne pas oublier la Malarone, il y avait des moustiques à Tata Somba et à l’observatoire des hippos. J’ai dormi sous la moustiquaire cette nuit.
6h45, enfin ! Décollage.
Nos premiers animaux, ce matin, sont les vautours perchés sur un arbre mort derrière l’auberge. Ont-ils mangé les viscères du mouton du méchoui ? Attendent-ils les poubelles ? Y a-t-il une charogne dans les parages ?
Lion est rare ! Il faut de la chance
Un kilomètre plus loin, le 4X4 qui nous précédait s’est arrêté. Tout le monde est sorti : les lions. Cette fois, ce ne sont pas de vagues présomptions : une lionne est assise à une vingtaine de mètres, deux autres sur quatre pattes un peu plus loin. J’ai bien le temps de sortir l’Olympus. J’espère qu’on les verra sur la photo ! (Deux semaines plus tard : on ne les voit pas). Trop tard pour l’observation à la jumelle, elles se sont éclipsées. Je remonte avec Duran sur le toit du camion espérant les découvrir au loin. « Les herbes embêtent », proteste t il doucement.
A la poursuite des éléphants
Notre prochaine cible : les éléphants. On les signale à la Mare Sacrée à une douzaine de kilomètres d’ici. Devant nous le 4X4 des Italiens. Faute d’éléphants, je m’extasie devant les pintades de belle taille en troupeau. J’observe l’Aigle Pêcheur qui plane. Un aigle, d’habitude, c’est toute une affaire. Est-ce que par hasard, je deviendrais blasée ? Les tourterelles, ici, sont très petites, leur cou est très fin, leur bec pointu. Des perdrix volent. Il y a aussi des oiseaux magnifiques très colorés, turquoise ou vert métalliques, peut être des martin pêcheurs ? D’autres ont une très longue queue. Malheureusement, Duran n’y connaît rien aux oiseaux. Je me contente de m’émerveiller. De retour, sur INTERNET, je les identifie : des rolliers.
Le camion des Italiennes nous barre la route. Duran est contrarié. Il a hâte d’arriver à la mare Sacrée et tente un doublement par la droite en plein dans les buissons. Les italiennes ont repéré un ou deux éléphants tout proches. Nous remontons sur le toit. L’éléphant vu de dos, est occupé à boulotter un arbre, il est petit, gris foncé intense. Dominique, du fond du 4X4, n’a rien vu.
A la Mare Sacrée, il y a seulement des hippopotames, les éléphants sont partis. En revanche, quatre voitures sont garées. Des énergumènes français gueulent sur Hakim qui les a doublés, et ils n’ont même pas un regard pour les hippos, déversant sur nos chauffeurs leur hargne.
La frontière avec le Burkina
Duran propose d’aller au Pont d’Arli à la frontière du Burkina. la Pendjari matérialise la frontière. C’est une jolie rivière qui se jette plus au nord dans la Volta, et qui prend sa source près d’ici dans l’Atakora. C’est un cours d’eau permanent dans lequel on pêche et où on peut faire de la pirogue. Elle a creusé son lit profondément dans les grès et les argiles et elle est bordée d’une palmeraie de Rôniers, palmiers aux larges feuilles en éventails comme notre petit palmier du salon, en beaucoup plus grand évidemment. Le tronc est hérissé de curieuses arêtes qui s’entrecroisent : les pétioles des feuilles curieusement, ne tombent pas comme sur les autres palmiers. Une végétation verdoyante est associée aux rôniers, des genres de cytises en grappes jaunes, des grands arbres verts des buissons de type acacia avec de petits pompons mauves que nous avons vus à Cuba. Pas d’animaux, mais un joli sujet de photo : j’ai déjà la légende pour l’album « le baobab est au Burkina Faso ! ».
J’essaie de dessiner un peu plus loin là où la rivière fait un coude.
Au retour, nous trouvons un Calao, oiseau tout à ait extraordinaire, de la taille d’un dindon avec un curieux bec pointu qui ne peut pas se fermer. De gros barbillons rouges très renflés lui donnent des joues gonflées. Il se nourrit en creusant. Que tire-t-il ? Des racines ? Des insectes ? Des vers ? Même avec les bonnes jumelles, je n’arrive pas à discerner. Cette rencontre imprévue me charme presque autant que celle des lions.
La piscine est toute propre. L’eau y est même fraîche tandis qu’il fait 38°C à l’ombre. Un vingtaine de longueurs suffiront pour me rafraîchir toute l’après midi. Sans compter la clim qui fonctionne parfaitement. Conversation avec les Italiens étonnés que je parle Italien et que je connaisse les Pouilles et la Sicile.
16 heures, à la Mare Bali
16heures départ pour la Mare Bali. En route, révisions en matière d’Antilopes : Hippotragues, « antilope cheval », la plus grande, Bubale au museau maquillé, Guibe à la robe rayée de lignes blanches perpendiculaires dessinant des motifs gracieux. Rencontre avec un phacochère mâle en train de fouiller le sol en quête de nourriture. A quelques mètres de nous, nous admirons ses fesses rebondies, sa crinière sur la colonne vertébrale, sa tête peu avenante avec ses grosses défenses qui ressortent comme celles des sangliers. Sorte de sanglier au visage boursouflé et à la peau grise plissée. Il est à genoux et a replié ses antérieurs. Il est si occupé à creuser qu’il ne remarque ni le bruit du zoom ni le flash. Un autre traverse la voie, la queue curieusement dressée à la verticale comme un étendard.
Les nuages se sont accumulés. Les montagnes de l’Atakora, au loin, sont noyées dans le gris. Sans doute, il pleut. Quelques gouttes sont tombées sur le pare brise. J’étends mon bras par la fenêtre. Tout aspire à la pluie, les baobabs défeuillés, les épineux gris, comme morts, les arbres couverts de feuilles grillées, les animaux qui se souviennent peut être de l’herber fraîche, la terre poudreuse couverte de la cendre des brûlis, et nous qui espérons un peu de fraîcheur. Trop de pluie ruinerait la fin des vacances et apporterait des moustiques. Juste une averse pour laver la poussière !
Autour de la Mare Bali, il y a encore affluence. Deux troupes distinctes de babouins à chaque extrémité, des dizaines de pintades, des oies trois espèces de hérons, des vols de tourterelles. Une famille de phacochères arrive, personne ne bouge. Les crocodiles sont sortis. J’en compte une bonne dizaine sur la rive d’en face. Les animaux se côtoient au bord de l’eau sans se gêner. Dominique a repéré les narines sorties d’un petit crocodile dans l’eau qui s’approche de notre mirador. Elle guette sa sortie de l’eau et sera récompensée. Les grues couronnées se posent non loin de nous.
Je passe le plus clair de mon temps à épier les babouins assis au bord de l’eau. C’est l’heure de l’épouillage, de la tétée du bébé et des câlins. Seuls les jeunes s’agitent et se poursuivent.
Un buffle arrive sans se presser. Il prend son temps. Nous imaginons que tous les oiseaux vont s’envoler à son approche. Pas du tout ! Il passe dans la plus grande indifférence. Le Vervet ressemble au Patas, seule différence : la couleur. Duran nous annonce que, dans dix minutes, nous verrons le troupeau de buffles. En effet, peu après treize belles bêtes grises aux cornes recourbées arrivent à l’heure dite. Le bain des buffles est impressionnant. Je félicite Duran de la précision de sa prédiction : il avait remarqué un nuage de poussière
Au dîner : thon et tomate en plat le méchoui d’hier (racorni) et pour terminer une pastèque.
Lion, il est rare, il faut de la chance ...(bis)
7heures, embarquement des valises. Quand j’ai pris congé d’Etienne, il m’a demandé un service : « Pouvez vous emmener avec vous un de mes hommes, malade ? - Bien sûr ! ». Notre passager est déjà installé sur le porte-bagages. Il fait office de vigie. A 1km de l’hôtel, il signale dans la plaine herbeuse deux lions qui se déplacent lentement dans les herbes. A gauche, il y en a un troisième. Je monte sur le toit. Le lion est tout près. La présence du lion déclenche une excitation très spéciale, mélange de conscience du danger d’un animal si puissant et sentiment que nous bénéficions d’une chance spéciale : « Lion, est rare, il y a de la chance ! ». Le félin s’éloigne nonchalamment en feulant. Ce n’est pas un rugissement brutal, un cri très grave qui résonne. Inattendu, plus proche du braiement de l’âne en beaucoup plus grave, plus sourd.
Enfin les éléphants !
Nous retournons à la recherche des éléphants à la Mare Sacrée, passons sous les Rôniers de la Pendjari et reconnaissons la piste de la veille. Sous les arbres deux éléphants s’affrontent en une joute amicale, leurs trompes levées. Ils écartent les oreilles puis s’éloignent. Enfin ! Les éléphants !
Un autre camion nous le confirme, il y a plein d’éléphants « en avant » sur la piste. Nous allons enfin voir un troupeau ! Les pachydermes sont six, sous les arbres très occupés à manger le feuillage. Soudain, le plus gros nous repère, il nous fait face et amorce la charge. J’avais oublié le passager sur le toit qui se glisse à l’intérieur par la fenêtre arrière. Duran l’exhorte « il ne faut pas avoir peur ! ». Nous l’invitons à s’installer sur la banquette arrière. Nous pouvons retourner plus près du troupeau. Mais ils ont reculé dans les arbres et s’éloignent.
11 Heures à la Mare Bali
Sur la route de la Mare Bali nous voyons surtout des oiseaux, encore deux calaos, des martins pêcheurs,, un gros oiseau marcheur aux plumes toutes gonflées. De temps en temps, une antilope, un vervet…Je commence à mieux identifier les différents paysages : la savane arborée avec ses baobabs et d’immenses arbres verts, c’est là qu’on a vu les éléphants et les phacochères, la savane arbustive complètement sèche en ce moment, les brûlis, les zones complètement plates couvertes d’herbes hautes, celles qui seront inondées à la saison pluvieuse…
Tous les animaux viennent boire à la Mare Bali aux berges plates où quelques grands arbres fournissent une ombre bien fraîche aux colonies de babouins assis, les mains pendantes. Sous un arbre, un troupeau d’hippotragues, très paisibles, est couché. Les oiseaux pataugent. Les crocodiles sont à l’eau, on les devine de temps à autres. Une famille de phacochère fouille la vase. Dans un nuage de poussière, les buffles arrivent, ils entrent dans la mare avec de l’eau jusqu’aux genoux et boivent longuement. Les oiseaux les accompagnent. Il y a peut être quelque parasite à croquer ? Tout ce monde divers coexiste en paix. On oublierait que le crocodile peut croquer le petit ibis qui arpente la rive. Les babouins sont les seuls à troubler cette harmonie par les cris perçants.
Je sors mon carnet à dessin. Je renonce rapidement à construire tout un paysage avec cette scène qui change trop vite : le bel hippotrague qui buvait au milieu de la mare se retire pendant que j’essayais de le croquer. La petite antilope agenouillée pour boire se relève en plein dessin. J’opte pour une solution « à la chinoise » : me faire des modèles d’animaux que je replacerai dans une mare imaginaire de retour à la maison. Dominique a pris 4 photos pour faire un panoramique de droite à gauche : antilopes et oiseaux, sous l’arbre quinze hippotragues et les grues couronnées puis le guibe qui boit enfin à gauche les buffles).
La Cascade de Tanougou[/i]
Sur la route qui mène à la cascade de Tanougou je discute avec Félix. Il a un air de petit garçon malicieux sous son bonnet de laine mais il avoue 25 ans quand je lui demande s’il a des enfants. Nous voulons nous débarrasser du lait en poudre qu’on a acheté à Cotonou. Il accepte volontiers le lait, il a une petite sœur qui ne va encore à l’école.
A l’entrée de la cascade quelques bungalows ont été aménagés en hôtel. A la paillote restaurant, Dominique commande un sandwich au thon et moi une pastèque. Un homme doit me guider à la cascade, j’ai une escorte de trois personnes. Une première vasque se trouve au bout du chemin. Il faut escalader ensuite des rochers de gneiss glissants mais où l’on a taillé des marches. Je mets un point d’honneur à me hisser sans l’aide de mes guides. Arrivée au sommet, j’ai la surprise de trouver un bassin naturel d’eau fraîche, verte et transparente. Je nage deux aller et retour en admirant es fougères qui croissent sur la paroi et les très jolis oiseaux multicolores : blanc marron rouge. A la descente c’est très glissant, je me suis râpée sous l’aisselle dans sorte de petite cheminée.
J’avais préparé deux pièces de 200 F , une pour le droit d’entrée, l’autre pour l’accompagnateur. Ce dernier empoche les 400F, les autres réclament. Finalement, celui qui a déjà reçu les deux pièces vient me chercher pour que je paie le droit d’entrée au bureau.
Retour vers la société des hommes
Duran nous montre le campement des Peuls à la sortie de Tanougou. Les Peuls sont des nomades qui suivent leurs troupeaux. Ils construisent des huttes de paille rondes démontables et plantent leurs campements à l’écart des villages bétamaribés « Ils n’aiment pas se mélanger aux gens » et n’envoient pas leurs enfants à l’école. Seuls, les intéressent leurs bœufs.
Il a plu hier. Des flaques stagnent sur les bas côtés. Il me semble que les baobabs ont déjà reverdi. Dominique prend photo sur photo des jolis villages aux toits coniques, des greniers surélevés en terre, des annexes en paille, des bottes d’herbe séchée pour les toits, des petites huttes en paille.
Sur la route du retour
Le long de la route, tout le Bénin marche : les enfants qui reviennent du puits, les femmes qui portent des bassines de lessive, d’autres des bassines de mangues. La bassine vide, une fois retournée peut servir de parasol.
Cortèges
Des cortèges costumés de couleur rose avec d’étranges croix de St André sur le dos rose criard ou bleu turquoise portant aussi des pendeloques, des rubans, des bonnets et des fouets en queue de cheval… D’autres portent des parapluies, des tamtams avec des baguettes recourbées « C’est pour la cérémonie ». Aujourd’hui on pratique des circoncisions, mais pas chez les bébés comme chez les Juifs ou sur de jeunes enfants comme chez les Musulmans. Ici il s’agit de jeunes adultes Duran essaie de nous expliquer : « Ici, on coupe pénis ». Plus tard Léon fera une description plus dramatique.
Camions
Les camions en pannes vus samedi sont toujours à la même place. Pour signaler les obstacles, on coupe des branchages qu’on dispose sur le bord de la route régulièrement tous les deux ou trois mètres en maintenant les feuillages par des pierres..
Duran, complètement silencieux les premiers jours, se détend quand je lui demande si le 4X4 appartient à Léon. Non c’est le sien. Il est mécanicien et répare toutes les voitures de l’hôtel. Le Toyota coûte une fortune, il en prend le plus grand soin. Nous nous quittons sur un malentendu. Je lui donne 12 000F de pourboire comme nous l’avait dit Léon. Il est furieux : « C’est 45 000 par jour ! »Je lui réponds que c’est Léon qui paiera. Ce dernier, en magnifique tenue africaine, calot sur la tête se prélasse devant un feuilleton à la télévision. Je me sens mal à l’aise. Léon nous a expressément défendu de raconter au personnel que nous avons réglé en France. Il ne veut pas que j’utilise ma carte VISA pour payer le restaurant. Va-t-il se fâcher ? Nous avons encore besoin de ses services pour les deux jours qui vont suivre.
Natitingou, le soir
Cela fait un bien fou de nager dans la piscine après les cahots sur les pistes !
Vers le soir, la musique m‘attire dans la rue. Les orchestres qui marchaient sur la route sont arrivés en ville. En bas du petit jardin qui borde le tennis, des femmes sont assises. Elles rigolent en me voyant passer. Piquée, je leur demande pourquoi elles se moquent de moi « Vous les avez ratés, mais la fillette va vous conduire ! ». Je suis partie sans mon porte monnaie. Je prétexte que je vais chercher quelqu’un à l’hôtel. Justement, Dominique se trouve sur le perron. Nous partons en ville à la recherche des sifflets et des tambours. Nous tombons sur une de des troupes de jeunes gens curieusement harnachés, chapeau de cow boy, tambours et baguettes recourbées, des sortes de franges pendues à la ceinture. Pas de tissus chamarrés ni de perles ou de broderies. Ils sont habillés de fripes européennes de maillots de foot ou d T-shirts imprimés mais ils ont choisi les coloris les plus voyants. Des filles ont des sifflets pour accompagner les tambours et tous dansent à l’entrée des maisons et des cours. On demande la permission de photographier, la réponse n’est pas claire. Il en ressort qu’il faudrait payer mais nous avons oublié le porte monnaie.
Nous passons le petit pont qui enjambe un ruisseau d’eau croupissante en cette saison sèche, et des jardins potagers très soignés où poussent des choux des laitues et d’autres légumes. Nous tournons et nous promenons dans les voms, ruelles en terre, à la recherche des petits orchestres. Tout le monde est dehors assis sur des chaises, des murets ou accroupi. Les maisons basses en ciment sont très délabrées quand elles ne tombent pas complètement en ruine. Sur les murs de la coiffeuse, des têtes ont été peintes, montrant les modèles de tresses, la peinture est bien délavée, un vieux plastique d’emballage sert de rideau complété par des sacs qui pendouillent.
Nous sommes très bien accueillies. On nous dit bonjour très gentiment, on nous parle de la « cérémonie » De nouveaux musiciens passent. On demande la permission de photographier. Pas de problème, ils posent et dansent pour nous. Mais il faut payer. Un homme plus âgé réclame fermement et avec insistance au moins 50F même 25F feraient l’affaire. On n’a rien. Je montre les poches vides de mon pantalon mince. Rien à faire. Vous avez pris la photo. Il faut donner un cadeau. Dominique sort du chewing gum et distribue aux enfants .Les musiciens s’approchent. Le vieux, d’autorité prend le paquet. Il fera la distribution lui-même. La tension s’apaise.
les perles de Créteil
Dominique offre à une petite fille un bracelet offert par une de ses élèves. Elle veut rapporter une photo à la petite. Elle raconte :
- "nous sommes professeurs ? Les enfants français ont offert ces bracelets et veulent voir la photo."
Je ne sais pas si ils saisissent bien le sens de ses explications. La petite fille ne veut pas sourire
- « Il lui manque des dents » explique le grand père.
Le bracelet nous revient aux pieds, lancé comme un crachat. Les femmes nous font des gestes hostiles. C’est une réaction à la photo. Peut être, la mère a pensé que l’image de sa fille valait plus que le petit bracelet de pacotille, ou elle aurait voulu être consultée, l’assentiment du vieux ne la concernant pas. Il est temps de rentrer à l’hôtel avant que cela ne se gâte vraiment.
Ambiguïté de la situation de touriste dans un pays où le tourisme n’est pas organisé. Les gens ont des réactions imprévues. Ils flairent la bonne affaire. Au Maroc, nous étions assaillies par les enfants « Donne moi un dirham ! » et nous en avions conclu que le tourisme gâtait les rapports. Au Bénin « Yovo ! Yovo ! ». La frontière entre hospitalité et mendicité est floue. Nous arrivons avec les meilleures intentions du monde : Dominique raconte sa fête les ballons, les enfants français, leurs cadeaux…Est-ce qu’ils nous écoutent ? Est-ce que cela les intéresse ? Cinquante francs ou même 25, les arrangeraient bien.
Dîner aux chandelles sous le ficus
Au dîner, nous retrouvons la famille que nous avons rencontrée à la Mare Bali puis à la cascade. Ils sont expatriés au Bénin. Ils ont campé à a maison forestière et sont équipés d’un matériel photo impressionnant presque professionnel. Serge dit qu’il va mettre en ligne les photos. Elle est responsable d’une organisation de micro crédit FINADEV et se trouve à Natitingou pour son travail. Nous les invitons pour le café après le dîner. Sur ces entrefaites, Léon vient s’asseoir à notre table pour préparer la journée de demain. Il ne nous parle pas du problème avec Duran tout est rentré dans l’ordre. Il salue la Directrice de FINADEV. La face à face entre Monsieur le Directeur et Madame la Directrice est intéressant. Léon raconte que le nouveau Président a promis le crédit gratuit. Ce qui ne fait pas l’affaire des ONG qui ont mis en place des structures de micro crédit depuis des années. Léon qualifie cette promesse de démagogique. C’est la première fois que j’entends une critique dans l’unanimité
][/b]i]Il va venir ! Il faut attendre ![/i]
Nous sommes convenues avec Léon de la location d’un petit véhicule avec chauffeur pour demain matin 8 heures. A 9heures, Léon nous annonce que le chauffeur sera Duran au prix convenu mais à débattre avec lui. A 10 heures, arrivée de Duran à moto. Il a cassé quelque chose sur le 4X4 il termine la réparation et passe nous chercher.
Pas de panique ! Patience, nous sommes en Afrique. Tout arrive pour qui sait attendre. Nous allons voir la tisserande qui a installé son métier dans le jardin face à l’entrée de l’hôte. Elle tisse des bandes d’une quarantaine de cm qu’elle assemble pour faire des nappes. Ses pieds nus actionnent les fils, les gros orteils maintenant des morceaux de bois. Une belle nappe et 8 serviettes coûtent 12 000francs. Cela nous fait bien envie.
Léon nous fait signe de monter dans son véhicule, 4X4 luxueux : il nous emmène au garage de Duran. J’observe le thermomètre : 36°C à l’extérieur, 27°C à l’intérieur. Le garage se trouve le long de la grande route qui traverse Natitingou sur 4 ou 5 km .De nombreuses voitures ou épaves jonchent le terrain. Quatre ouvriers s’affairent autour de la voiture rouge. Duran nous apporte un banc de bois et l’installe sous un manguier portant des fruits énormes. Il nous fait signe d’attendre. Nous devenons sans doute africaines.
Vers 11 heures nous embarquons. Mais il faut d’abord trouver de l’essence. Le revendeur près du supermarché est à sec. La station service (étrange que cette installation existe !) idem. Duran tourne dans la ville et finit par dénicher une dame Jeanne au prix de 10 000CFA. Ce n’est pas fini : il veut de l’eau et de la glace.
Enfin, nous quittons Natitingou par la grande avenue à 4 voies bordée de flamboyants en fleurs, complètement disproportionnée dans cette ville clairsemée. Les écoliers et lycéens convergent vers l’école, en uniforme sable, un ou deux cahiers à la main, pas de cartable.
L’Atakora et la route de Boukoumbé
Dès la sortie de la ville, nous quittons le goudron pour une belle Nationale de terre, très large, très bien équipée en bornes et panneaux de signalisation : Boukoumbé, 39KM100 ; Quelle précision ! Pourquoi 100 ? La route est construite le long de la crête de l’Atakora dans une sorte de forêt clairsemée. J’ai toujours le même problème à faire la différence entre la forêt et les champs. Duran va m’aider, il est très disert depuis hier. Il évoque la pauvreté du sol rocailleux de la montagne et parle du bois de chauffage que l’on coupe. C’est le sujet du mémoire de la jeune allemande d’Helvetia. J’aurais bien aimé en prendre connaissance. Parmi des arbustes hauts de 3 m environ, poussent des arbres magnifiques : caïlcédrats qui dominent le paysage avec leur feuillage épais vert foncé, les troncs qui se ramifient très haut, moins droits que les baobabs, un peu tortueux.
Un peu plus loin, des buissons verts : « Ce sont des champs » Explique Duran –« Et ce vert ?- Les arbres, il faut les brûler ». Ici, les cultures se font sur brûlis. Les jachères sont vite reconquises par les arbres. Après le brûlis, on doit labourer, le plus souvent à la main « Il y en a qui ont des tracteurs, il y en a qui ont des bœufs et un truc en fer. Tous sèment à la main ». A la fin de la saison sèche, je ne reconnais rien. Duran me montre le coton dont il ne reste que de minces tiges desséchées. Il est cueilli à la amin. Les Titans sont venus le chercher. C’est peut être pour eux qu’on a construit une aussi belle piste. « Comment les producteurs vendent ils le coton ? » - « C’est le gouvernement qui l’achète. ».
Autres cultures : le mil. Il en reste des tiges paille clair. Sorgho et maïs, mais on ne voit rien en saison sèche. Les petites buttes des ignames sont rares. De temps en temps, une sorte de plantation d’arbres. Ce sont des acajous, bien petits pour servir de bois de menuiserie.
Duran me montre aussi les karités : arbres au tronc très rugueux – on dirait du liège- et aux grande feuilles vert clair. On en récolte les noix, on ne les voit pas en ce moment.
Le plus grand arbre est l’iroko. Ici, les baobabs ont leurs feuilles, même les vieux. Aurait-il plu ici ? Duran me répond que cela dépend aussi du sol.
[b
Les premiers tatas
Nous passons sans nous arrêter devant les premiers Tatas – fermes fortifiées- nous en verrons d’autres. Ils sont beaucoup plus petits que je l’imaginais, surtout moins hauts. Leurs petites tourelles dépassent vers l’extérieur le mur d’enceinte. Les jolis toits de chaume sont de couleurs variées selon la patine. Devant le Tata, des colonnes tronquées, genre phallus, sur lesquelles on devine toutes sortes de bizarres choses : les fétiches. Tout un bric à brac, tas de bois de chauffage, brassées d’herbes pour le toit, nattes… Sous l’auvent de chaume, simple toit sur des piquets de bois, des gens s’abritent du soleil. Les animaux traînent ça et là : minuscules chèvres noirs. Des porcelets tètent leurs mères.
La tata en ciment de Maurice à Koussoukongou
Le premier arrêt : Belvédère de Koussoukongou. Pour admirer le panorama, des petites tables blanches ont été installées avec un bar où on ne sert rien. Arrive un vieux petit monsieur tout maigre au regard malicieux qui nous commente la vue : là-bas : le Togo, des montagnes bleutées, à nos pieds, la plaine de Boukoumbé dans la brume de chaleur, près de nous la montagne pelée et abrupte de l’Atakora. Un peu plus loin, des arbres fleuris du jardin des Pères. Le monsieur s’appelle Maurice, Momo. Il nous ouvre sa tata. En ciment, ce n’est pas une vraie. Elle n’est pas habitée non plus. C’est une tata « de démonstration » qu’on peut visiter. Et Momo explique bien. Je maudis ma jupe de gitane froncée que j’ai, bien malencontreusement, revêtue quand je dois monter à l’échelle Somba : une perche creusée de 3 ou 4 entailles, se terminant par une fourche que l’on pose le long du mur. Momo est vieux mais alerte. Il nous fait ensuite une démonstration de danse arc et flèches à la main, sur la tête un couvre-chef surmonté d’une corne de bovin, il rythme sa danse avec des castagnettes que Dominique appelle des crotales. Nous visitons ensuite son hôtel dans une autre tata de ciment : vue imprenable, chambres fraîches grâce à l’altitude et au vent. 4500F la nuit. Nous aurions volontiers passé une nuit dans cet endroit.
Dispensaire de campagne
Dominique remarque des panneaux solaires : ici, l’électricité n’arrive pas. C’est la première fois que nous voyons une telle installation au Bénin : c’est le dispensaire. C’est ici que nous donnerons les tubes de paracétamol que nous avons emportés de France. L’infirmier
nous accueille, en blouse blanche, jeune souriant, très fier de poser pour la photo derrière son vaste bureau. Il sont deux infirmiers à se relayer 24H/24 dans ce petit poste de santé : soins urgents, petites maladies, paludisme… il y a même une maternité. Duran n’est pas vacciné contre la méningite. Dommage que nous ne soyons pas passés la semaine passée, il y avait campagne de vaccination ! L’infirmier nous explique qu’il reçoit le vaccin lyophilisé et qu’il prépare le flacon pour 50 doses. Ce qui reste se périme très vite. Dominique prend des photos et offre des chewing gums aux enfants. L’infirmier en réclame « Moi aussi, je suis un garçon ! ».
La route descend très raide vers la vallée. Le gros camion de Goussainville 95 grimpe la côte.
Les tatas sont des fermes fortifiées, pas des musées
Boukoumbé est endormie vers 13H30. Il fait une chaleur accablante. Les gens dorment sous des abris. Le poste frontière avec le Togo est désert. La plaine est cultivée principalement de coton, mais aussi de mil et de sorgho. Les champs sont plats, beaucoup plus vastes que partout ailleurs dans la région. Des troupeaux de vaches paissent tranquillement. Les très jolis tatas sont dispersés dans la campagne, tous plus beaux les uns que les autres, abrités par leur baobab déjà vert. Des papayers égaient les jardins. Les portes d’entrée sont décorées. Nous avons envie de tous les photographier. J’aimerais bien dessiner aussi. Duran gare le 4X4. Je m’installe sur le pare-choc arrière tandis que Dominique s’approche du tata. Des adolescents l’accompagnent. Un homme agressif la prend à parti, « je vous ai dit bonjour !... » Nous remontons en voiture. Duran le dispute gentiment « Si tu es saoul, va dormir ! ». Je dessinerai d’après photo de retour à la maison.
Nouvel incident : une femme s’approche de la portière, furieuse que Dominique ait pris une photo. J’ai peur qu’elle n’arrache l’appareil photo, et Dominique, d’être battue. Des sentiments très mélangés se bousculent. Pourquoi insistons nous à aller voir des gens qui ne souhaitent pas notre présence et nous rejettent violement ? Est-ce notre présence ou celle de l’appareil photo. Il semble que tout soit causé par l’appareil photo. En Turquie, au Maroc, en Egypte, les gens avaient le sens de l’hospitalité. Ici, notre présence n’est pas souhaitée.
Momo sous introduit dans un vrai Tata
De retour, au col, Duran klaxonne et nous retrouvons Momo qui nous introduit dans un vrai Tata habité. Il nous montre d’abord la décoration extérieure : le mur de banco finement dessiné avec les doigts, laissant des marques parallèles bien marquées. A l’aide d’un balai on a imprimé des motifs variés très fins ressemblant aux scarifications qui tatouent le visage entier des hommes d’ici.
Momo montre les crânes de moutons et tout un bazar de graines, plumes et branchages sur une petite plateforme à l’extérieur du mur d’enceinte « pour les singes », un peu mystérieux. Il nous invite à le suivre à l’intérieur de la tata. De prime abord, il y fait tout noir, des étais mal équarris soutiennent le plafond. Au fond, dans la lumière du jour, la cuisine où mijote une tisane médicinale. Dans cette pièce vivent les animaux (invisibles). Momo montre : « Ici, la volaille ! », « Ici, les moutons, ici, les chèvres, ici, la vache ! ». Est-ce que les gens qui vivent ici possèdent tous ces animaux ? Quand les rentrent-ils ? Ici, c’est moderne, pas d’échelle de bois à encoche pour monter à la terrasse à la place des marches très hautes. Au niveau supérieur : des cases, chambres d’habitation qu’on ne visitera pas (ce n’est pas un musée mais une maison), des greniers énormes pithoi coiffés de chaume. Une échelle à encoches permet de grimper et des cendre dans le grenier. Notre hôte, l’instituteur ôte ses claquettes pour faire la démonstration et en sort une branche de mil. Dans l’autre grenier, est stockée une autre céréale dont on fait le couscous. Les greniers sont fait d’argile fine mélangée à de la paille. Le résultat est plus léger que le banco, plus orange, on voit la paille. C’est ce que les termites recherchent. Ils ont creusé des galeries forant une sorte de dentelle. Il faudra refaire un autre grenier.
Sur le sol de la terrasse sèchent les graines d’un arbre utilisées comme condiment »la moutarde ». Du mil germé forme un autre tas, fermenté, il servira à, faire de la bière locale, très alcoolisée. Des pots sont soudés au sol : dans deux grandes jarres on garde l’eau – très fraîche – sous un couvercle de bois. Une autre plus grande, très fine au décor géométrique de minces entailles, est noircie de l’intérieur « on fait brûler dedans, cela la rend plus solide ». Une vieille femme en pagne, mais les seins pendant, balaie la terrasse et s’active autour de bol émaillés contenant de la nourriture.
Toute la maisonnée est dehors sous l’abri de chaume, couchés ou assis sur ces banquettes de bois à clair voie que l’on voit presque partout. Dominique a été faire un tour avec les enfants puisqu’elle n’a pas pu accéder à la terrasse. Elle a distribué ses chewing gums et m’attend pour offrir notre collection de fèves des galettes des rois comme jouets aux enfants.
Je suis assez réservée sur ces distributions, les chewing gum, cela fait toujours plaisir et c’est sans prétention. Les bracelets et les fèves n’ont aucune valeur. J’ai toujours peur qu’ils ne trouvent ces cadeaux insultants. D’autre part, ces enfants n’ont rien et la collection est jolie (je l’ai vue partir à contrecoeur). De toutes les façons, les fèves ne sont pas dans le sac à dos. On déballe tout ce qui pourrait faire « cadeau », des bonbons, un tout petit sac de toile, Dominique offre son laser à un petit garçon qui lui a donné son cahier d’écolier. Je raconte à l’assistance que le laser fait un point rouge que les enfants s’amusent au collège à pointer dans le dos du prof, que cela est interdit et alors, confisqué. Après un essai dans la pièce toute noire du rez de chaussé de la tata, l’instituteur s’approprie le laser du gamin. Il dit qu’il en aura plus l’usage.
Duran me fait « réviser » ma leçon d’arbres : iroko, néré qui ressemble à un mimosa, caïlcédrats et karité. Il est devenu bavard. Comme nous passons devant des garçons brandissant un lance pierres, je lui raconte que j’ai vu passer ce matin sur son vélo, un vieux avec un arc et des flèches. « Allait-il à une cérémonie ? – Peut-être, pas forcément, il allait peut-être à la chasse ». Il existe deux sortes de flèches : les « préparées » et les ordinaires. Les « préparées » peuvent être mortelles. Elles envoûtent le gibier qui se laisse tuer. Selon le même principe, les cartouches « préparées » peuvent tuer des buffles avec les plombs pour les antilopes.
Nous rentrons vers 15H. La suite de l’après midi se déroulera au frais dans la clim et pour moi à la piscine.
Le soir nous dînons aux chandelles avec la Directrice de Finadev qui a laissé son rapport sur son ordinateur portable pour partager notre able le temps d’une récréation. C’est une femme très agréable et très énergique
Une journée de courses
Une journée pour les courses, la banque, le farniente avant le long voyage en car jeudi. Nous traversons les jardins puis les ruelles poudreuses de notre quartier pour rallier la gare routière. Les bureaux de Confort Lines sont à l’autre bout de la ville. Nous marchons le long de la rue principale bordée de flamboyants très animée avec les zemidjans bruyants, les taxis bondés, les écoliers en route pour l’école, les vendeuses de mangues, les colporteurs de tongs…Les boutiques qui bordent l’avenue sont presque aux standards européens. Le reste est tout rouillé, brinquebalant.
Enseignes
Les enseignes m’enchantent:
- « Le Crayon de Dieu n’a pas de Gomme », c’est la coiffeuse, - les cafétariats ont invariablement un t au bout,
- « Défense d’urinée sous peine d’amande »…
Tout cela est gai, charmant et sans prétention.
Le bureau de Confort Lines est fermé. Il n’ouvrira qu’à 15H30 . Le réceptionniste de l’hôtel voisin propose de nous inscrire si nous lui laissons nos noms et 1000F. il peut aussi bien empocher l’argent et ne rien faire !
Nous aimerions faire entrer dans le cadre d’une photo, le collège vieillot peint en rose « Ecole de Filles » « Ecole de Garçons », datant de l’époque coloniale avec la mosquée blanche et verte et ses quatre minarets verts. Une branche de flamboyant au premier plan. Evidemment, cela ne colle pas !
Petit marché : mangues par terre en tas, tomates et piments artistiquement déposés, riz, haricots en cône dans des paniers. J’achète tout ce qui me fait plaisir : deux mangues, deux avocats, un petit ananas à la chair blanche et aux écailles vertes. A la Poste, pas de monnaie – comme d’habitude- la postière rigole « L’important c’est d’avoir l’argent » en détachant bien les syllabes comme les Africains.
On photocopie les billets de 50€!
La façade de la banque est en marbre, l’intérieur est moins pimpant : un comptoir vieillot flanqué de caisses vitrées, des bancs de bois pour patienter. Seule la moitié des ventilos à grandes pales tourne. Le banquier fait l’important. Il ne changera les Travellers qu’avec le papier de la banque où sont inscrits les numéros, papier que je sépare volontairement des chèques à cause des voleurs. Rien à faire ! Je sors les cinq billets de 100€ et mon passeport qu’il photocopie, je dois même signer la photocopie des billets. On m’appelle pour comparer mon visage à la photo du passeport « Vous avez vieilli !» La caissière compte et recompte les billets. Elle fait des petits paquets de 9 billets qu’elle enveloppe dans le 10ème qu’elle plie.
Musée ethnographique de Natitingou
Le musée ethnographique est logé dans une belle maison coloniale, le cercle des Officiers Français : terrasse avec balustres encadrée par deux escaliers extérieurs, briques à clair voie. Un guide très agréable nous accompagne.
Les instruments de musiques sont présentés dans des vitrines : castagnettes métalliques (crotales), grelots de cheville en feuilles pliées contenant des graines, flûtes comme celles que nous entendons à l’occasion des cérémonies de circoncision que notre guide appelle des cérémonies de passage d’âge. Justement, un de ces orchestres se fait entendre dans la rue. Nouvelles précisions : ce sont les amis et la famille qui accompagnent le jeune homme qui revêtira un étui pénien et une serviette pendant plusieurs jours.
Parure et nudité
On a exposé des photographies anciennes datant du début de la colonisation française (1917 seulement à Natitingou). Elles montrent la vie avant les vêtements « civilisés », quand les gens allaient nus revêtus de leurs parures de raphia, de perles, de colliers de vertèbres de serpent, de jupettes de raphia, de grelots aux chevilles, de bracelets d’herbes tressées, d’étui pénien, de chapeau à corne…toutes sortes de parures sophistiquées.
Une salle est consacrée aux Tatas Somba. Des petites maquettes donnent une vue d’ensemble. Nous faisons des « révisions ». Nouvelle anecdote : les cornes au dessus de la porte qu’on supprime quand le maître de maison décède. Dernière exposition sur l’esclavage (venant de Genève), un texte intéressant de Calvin.
Nous mangeons dans la chambre un repas très frais : yaourt avocat, une mangue. Je me suis bien habituée à la chaleur qui me rappelle Israël (38°C). Nous passons l’après midi bien tranquille à la piscine.
Les affiches
Je vais faire mes réservations d’une course en zemidjan. Cela m‘amuse de prendre la moto. J’ai écrit tout plein de choses sur les circoncisions, ne pas oublier les femmes et ne pas passer sous silence les grandes affiches à propos « Les fistules gynécologiques ne sont ni des envoûtements, ni des malédictions, mais des maladies qu’on peut guérir ». Cette affection est particulièrement choquante et indigne du 20ème siècle. D’autres affiches concernent les vaccinations infantiles. A Bohicon, Cotonou, Porto-Novo : UNE VRAIE [/b[b]]FEMME SAIT ATTENDRE : elle ne vend pas son amour propre pour des cadeaux et de l’argent et UNE VRAIE FEMME SAIT ATTENDRE : elle consacre son temps à ses études et pense à son avenir. UN VRAI HOMME SAIT ATTENDRE il n’écoute pas ses amis pour faire l’amour ! UN VRAI HOMME SAIT ATTENDRE / IL NE FORCE PAS LES JEUNES FILLES.
Lu également dans la rue toutes les panneaux « publicitaires » pour les différents cultes. Mosquée face à église. En plus un nombre incroyable d’églises évangélistes « gospel church », « église de la Profondeur Divine »…