Vers les sommets de l’Ile
Le ciel est couvert et peu engageant au réveil. Nous reprenons la piste en travaux, obliquons vers Omodos sur une petite route de crêtes qui nous promène dans le vignoble. On brûle les sarments de l’an passé : les ceps sont encore hivernaux et dégarnis .
Nous traversons Platrès sans nous arrêter pour arriver à Troodos. La neige couvre le sol. Les pins d’Alep sont des arbres magnifiques, certains ont des fûts impressionnants ; leurs branches sont assez longues un peu recourbées, nombreuses pour des pins.. La neige ou le vent a souvent cassé le faite de l’arbre lui donnant une silhouette torturée avec un gros tronc. A travers les nappes de brume, la neige aux pieds, ils ont une allure fantomatique comme sortis d’un tableau chinois ou japonais.
Ski au mont Olympe
Le mont Olympe, le sommet de Chypre est tout proche, mais la route s’arrête brusquement « interdit aux personnes non autorisées «. Nous passons à côté d’une belle piste de ski encore praticable qui traverse la forêt.
Au tournant, les nuages se déchirent. Je peux enfin photographier ces arbres magnifiques, se détachant sur un ciel bleu intense de haute montagne (1951 m seulement) Au loin, la mer et une vaste plaine. Ces points de vue d’où on découvre une région inconnue me fascinent.
Mont Amiandos
Passé Troodos, la route de Nicosie se dirige vers le Mont Amiandos éventré par une carrière fermée en 1988 mais exploitée depuis l’Antiquité. L’exploitation industrielle à ciel ouvert a sculpté les gradins monstrueux. De gros rochers verts affleurent. Nous échantillonnons, j’ai envie de serpentine douce et de petits filons de Chrysotyle. Des taches brunâtres, noirâtres me font penser à des grenats. J’aimerais en trouver.
Les forestiers de Troodos ont entrepris de réhabiliter la carrière : vaste entreprise. Le soin apporté à tout le massif rend optimiste. Partout, de petits cèdres, des pins reverdissent la montagne.
Saint Nicolas des toits
Quittant la route de Nicosie, vous entrons dans la vallée de la Soléa L’église Ayios Nikolaos tis Steyis (Saint Nicolas des toits) isolée au creux de la montagne, est bien indiquée. Son double toit en pente masque la coupole et l’abside : construction curieuse. L’église est ouverte, la gardienne très aimable, mais la télévision chypriote occupe les lieux. Seul le narthex est visible .Nous reviendrons cet après midi quand le tournage sera fini, en attendant on nous recommande de visiter les églises de Galata et Kakopétria tout près.
Kakopétria et Galata
Kakopétria est un très joli village accroché à la pente avec des balcons de bois et des ruelles étroites. Nous préférons nous garer en bas au parking. Les églises sont à Galata, village jumeau construit le long de la rivière. Nous trouvons la première chapelle tout de suite : minuscule avec un toit à double pente, on la prendrait pour une étable, et encore une toute petite étable pour deux ou trois vaches ! Evidemment bouclée. Au café le plus proche, un monsieur très aimable parle bien français, mais il nous est de peu de secours. La clé serait chez le boucher. Là, je sors mon grec le plus simple, je connais la phrase :
- « je voudrais la clé de l’église «
Pas de clé, à la station-service, non plus. Dominique retourne chercher la voiture. Nouvel arrêt sur la place de Galata au premier kafénéion : il faut demander Andras Alexander à l’autre kafénéion. Ce dernier est sorti avec des touristes. Je rentre dans une pâtisserie :
- « je cherche l’église où se trouve l’homme qui a la clé de l’église … »
Cela a l’air d’un gag. Nous finissons par trouver. Un car de touristes stationne. Andras Alexander veut fermer l’église. C’est un très vieil homme qui marche tout cassé sur sa canne. Si nous avions garé la voiture tout près nous l’aurions ramené. Nous avons laissé la HYUNDAI sur le bord de la rivière. Nous fixons rendez vous au kafénéio.
En attendant, pique-nique sur le petit pont en face d’une arche vénitienne. A 14 heures nous allons chercher Andras Alexander. L’église de PanaghiaPodithou est décorée de fresques datant de 1502 de style italo-byzantin. Les plus belles sont derrière l’iconostase, il faut tendre le cou pour les regarder. Très belle communion des Apôtres. L’Annonciation ressemble à du Giotto, elle est plus proche des fresques italiennes que des fresques byzantines vues en Grèce ou en Cappadoce. Les décors très géométriques, sont presque en perspective, les visages très doux.
La deuxième chapelle, Panaghia Théotokos (Eglise Saint Michel) plus petite, est à l’ombre d’un olivier La montagne couverte de pins se détache sur le ciel bleu dans la vallée, de vertes prairies. Les fresques œuvre de Siméon Axenti, 1514. Des petits tableaux de 50x40, racontent chacun un épisode de la vie de Jésus. Certaines scènes ne manquent pas d’humour. Dans la Résurrection de Lazare, un personnage se bouche le nez de son manteau. Andras Alexander dort sur sa chaise Après la Crète, la Cappadoce, nous commençons à avoir l’habitude de déchiffrer des fresques. Le nom des personnages figure sur le tableau. Je reconnais Hélène et Constantin avec la Vraie Croix, les évangélistes qui portent un gros livre et bien sûr Saint Michel qui a donné son nom à la chapelle. Les commanditaires de la chapelle, Paolo Zaccaria et sa femme Madeleine, une famille vénitienne, sont habillés à l’occidentale.
Dominique était très contrariée de ne plus retrouver le guide Nelles, oublié sur le lieu du pique-nique. Il nous attendait sagement sous l’arche vénitienne.
Aghios Nikolaos Tis Steyis est la plus belle des trois églises. Ses peintures sont plus anciennes que les précédentes et très différentes. Les tableaux sont beaucoup plus grands. La gardienne me fait observer des détails que je n’aurais pas remarqués seule. Curieuse scène des Quarante Martyrs de Sébaste debout dans un lac d’eau gelée, l’un d’eux ne supporte pas le froid, il est porté par deux autres, un autre s’enfuit, . le soldat chargé de les garder, enlève ses vêtements et s’apprête à rejoindre les martyrs et à se convertir au christianisme. Quarante petits rectangles rouges sont suspendus au dessus de têtes des martyrs. Remarquable Nativité : la Vierge donne le sein à Jésus, on voit la Grotte avec l’âne et le bœuf, les Rois Mages, des chèvres escaladent les rochers, des paysans sont assis, l’un joue de la musique un autre boit à une outre. En plus du portrait de Saint Georges, toutes les étapes de son martyr sont représentées, toutes les tortures figurent. Je remercie bien la gardienne.
Prodromos
Retour par Prodromos. La route s’élève vite au dessus de Kakopétria, la vue est magnifique on voit la mer,. Troodos par un temps merveilleux. A l’aller je n’avais pas réalisé que le paysage était aussi beau. Nous photographions le sommet de l’Olympe avec une affreuse antenne rouge et blanche « Tintin » d’après Dominique et d’un globe blanc partie du réseau d’antennes britanniques qui écoutent tout le Proche Orient.
Après Troodos, je cherche la côte sud, et découvre Limassol et de gros bateaux en mer.
Achat d’oranges et de produits frais à Platrès. Nous sommes de retour au gîte vers 18 heures. Le propriétaire est passé. On a changé nos draps, la nappe et surtout enlevé le radiateur d’appoint. Il fait glacial. Le téléphone sonne : c’est Louis, le propriétaire qui demande si le chauffage fonctionne. Non et nous avons un peu froid. Il promet de venir de Limassol. Nous l’imaginions vieux et gâteux, il est grand, crâne rasé, jeune cadre dynamique. Le chauffage piloté par ordinateur se met en route.
Site de Kourion
La route de Limassol est beaucoup plus directe que celle de Paphos, en moins d’une heure nous arrivons au site de Kourion.
Nos guide promettaient beaucoup : mosaïque, thermes …Nous sommes un peu déçues : la moitié des vestiges sont fermés à la visite pour cause de rénovation.
Le site est en chantier. Toute l’île est un vaste chantier .Les promoteurs construisent des « villas de rêve avec vue sur le golf » ou des « maisonnettes » sur la plage …Les routes sont en travaux gigantesques : la carte pourtant récente est devenue obsolète. Même les vignes font l’objet de terrassements grandioses : au bulldozer dans les collines de craie ou de marne blanche, des saignées défigurent le paysage. Quand ce sera fini, l’île sera vraiment entrée dans le 3ème millénaire et dans l’Europe sans qu’on puisse faire de comparaisons défavorables avec la Grèce ou l’Italie. D’où vient l’argent ? Cette urbanisation galopante fait le bonheur des touristes qui cherchent le soleil mais la civilisation rurale grecque disparaît très vite.
Nous visitons Kourion encombré de deux grues, de profilés métalliques sur lesquels on posera des planches pour enjamber les mosaïques sans les piétiner. Une halle de bois protégera les plus belles villas. En attendant la modernisation, c’est vraiment disgracieux ! Nous regrettons les herbes folles et les paquets de marguerites jaunes de Paphos. Ici les anémones blanches et une fleur blanche de la famille de l’ail, sont plus discrètes.
Basilique
La basilique chrétienne du 5ème siècle est spectaculaire avec ses trois nefs et les deux travées séparées où les convertis pas encore baptisés pouvaient entendre la messe. Nous reconnaissons l’autel sur une estrade sous quatre colonnes dont il reste encore la base. A côté se trouvait le baptistère orné de mosaïques et un atrium où passaient les processions de baptisés. En cette période de développement du christianisme, le baptême devait être toute une affaire !
Thermes et nymphée
Nous ne trouverons pas le nymphée. Les Thermes sont facilement identifiables dans le chantier. Le vaste forum est un peu vide.
Stade
D’un coup de voiture, nous rejoignons le stade qu’on a eu le mauvais goût de niveler avec des engins de travaux publics. Un géomètre se trouve sur place avec sa mire : aucune poésie !
Sanctuaire d’Apollon
Heureusement, le Sanctuaire d’Apollon nous laissera une merveilleuse impression. Plantées de romarin, laurier, cyprès et mimosas, les ruines sont bien mises en valeur. Il ne reste plus grand chose sur pied. Les séismes et le réemploi ont abattu les colonnades. Une restauration intelligente nous permet d’imaginer le temple, les dortoirs des pèlerins, le bosquet sacré (bizarre c’est un disque rocheux d’environ 15 m de diamètre nu maintenant où les lauriers étaient plantés dans des trous qu’on a retrouvés).Nous passons une heure agréable avec Apollon, protecteur des forêts. Je ne connaissais pas cette facette de la divinité.
La Base de sa Gracieuse Majesté
Il est l’heure de déjeuner, nous avons acheté des spécialités locales. Nous cherchons une plage recommandée par Nelles de l’autre côté de la base anglaise.
La route la traverse sans encombre. Seuls quelques panneaux nous enjoignent d’être particulièrement prudents et de réduire l’allure. De part et d’autre derrière de hauts grillages, des maisons blanches toutes pareilles sont alignées, ainsi que des baraquements agrémentés quand même de palmiers.
La surprise vient dans le creux d’une petite vallée : occupée par des terrains de sport au gazon britannique et par un hippodrome. Cette débauche de verdure doit culpabiliser les officiers de sa Gracieuse Majesté : à plusieurs reprises, il est précisé que l’eau potable de Chypre n’est pas employée pour l’arrosage et qu’ils disposent d’une unité de désalinisation. Pas de plage en vue, retour sur la plage de galets en bas du site de Kourion. Les galets sont plats, noirs et blancs, tout un échantillonnage des montagnes de Chypre. La mer est d’un beau bleu Méditerranée. Des rouleaux puissants remuent les galets et frangent la plage d’écume. Un peu plus loin, des falaises blanches bordent la côte.
Château de Kolossi
Le château de Kolossi, donjon carré construit en 1454 sur un premier château élevé par les Hospitaliers en 1212 éveille d’autant plus ma curiosité que les propriétaires du château ont été les Cornaro. Catherine Cornaro fut la dernière reine de Chypre avant que l’île ne soit cédée aux Vénitiens en 1489. Le donjon se détache sur la plaine, accompagné d’un arbre magnifique et d’un cyprès d’une hauteur impressionnante. Au pied du château, la sucrerie se trouve dans une très belle salle voûtée avec de curieuses arcades. Je n’avais jamais envisagé qu’on ait cultivé la canne à sucre à cette époque. Nous rencontrons souvent a canne à sucre pendant nos dernières vacances : à Madère la première fois, en Egypte puis au Cap vert. J’aimerais bien trouver une histoire de la canne à sucre.
Les oiseaux du Lac Salé
La route qui va à la base de la RAF d’Akrotiri longe le lac salé. Décidément, c’est une manie de construire les aéroports à côté des refuges des oiseaux migrateurs ! L’eau est loin de la route, les volatiles sont bien là mais très loin hors de portée de jumelles. On voit seulement des points blancs en mouvement. Nous croisons un ornithologue avec lunettes sur pied et grosses bottes. Nous ne sommes pas aussi bien équipées.
Saint Nicolas des chats
Curiosité : le monastère de Saint Nicolas des Chats, perdu dans les orangeraies au bout du lac salé. Fondé en 325 par des moines envoyés par Constantin, dont il ne reste qu’un pan de mur du XIIIème siècle. Le monastère est moderne, cloître d’arcades en ciment, des traits de peinture rouge imitant les jointures de pierre. Les bonnes sœurs ont des accoutrements gris sales. Elles nourrissent les innombrables chats descendants de ceux que Sainte Hélène avait apportés dans l’île pour tuer les serpents. La présence des chats est insolite.. Je n’avais jamais imaginé qu’ils puissent encore être là. Pour remercier de la visite nous achetons un pot de confiture de Mosfilo (nom intraduisible).
L’odeur des orangers m’enivre complètement. Quand je la sens, je retournerais illico à Révadim cueillir mes orangers ! Nous rapportons du mimosa, inodore, lui, et du thym qui parfume toute la voiture.
Au retour nous suivons un itinéraire de Nelles en passant par Sotira. Le détour en vaut la peine. Un barrage sur un ruisseau fait un petit lac dans un canyon entaillé dans la colline claire. Encore un nouveau paysage ! Ici, les cistes sont roses les anémones jaunes. A Kourion les fleurs étaient blanches. Le village n’a rien de spécial mais la vue sur Limassol et sa presqu’île est magnifique Nous nous arrêtons à proximité d’une butte, site archéologique néolithique, rien à voir.
Vendredi 11 avril : Troodos, Asinou, lagoudera Panaghia de Araka . Kypérounda
Nous connaissons bien le chemin de Troodos qui passe par Aghios Nikolaos, Platrès, Troodos, Monts Amiandos, la route que nous avons prise pour aller à Kakopétria. Nous quittons cet axe pour aller à Spilia.
Le printemps explose : tous les arbres fruitiers font de grosses boules blanches ou roses sur le flanc de la montagne dans cette vallée. Spilia est un tout petit village au creux d’une vallée profonde. La petite route tortille dans les pins, elle descend aussi vite que celle du Col du Noyer. Au village je me renseigne, la piste pour Arakou n’est pas carrossable. Il faut retourner sur la « main road ». Le problème avec la « main road » c’est qu’on ne sait pas bien laquelle est la route principale. On remonte le chemin tortillard jusqu’à une route qui remonte au nord par Kannavia Vyzakia et Nikitari. Nous roulons dans des forêts de pins, je suis ravie de voir des prismes basaltiques et à un moment je reconnais des laves en coussins. Je les attendais ces coussins qui devaient attester d’un fond océanique ! Après la série ophiolitique, les gabbros à olivine c’était logique de les trouver ! Je me congratule intérieurement de ma perspicacité !
Eglise d’Asinou
L’église d’Asinou, inscrite au Patrimoine de l’Humanité est bien indiquée, ouverte et gardée. Inconvénient : pas de photos, même sans flash. . C’est encore une petite église perdue dans la campagne protégée par un « double toit » en pente de tuiles plates qui cache les coupoles. Nos trois guides Nelles Guide Bleu et Gallimard nous fournissent tous les éléments pour la visite. Nelles situe avec précision tous les tableaux. Elle date de 1099 1105 Les fresques les plus anciennes, derrière l’iconostase sont les plus délicates et les plus expressives. Nous retrouvons les scènes habituelles : encore un ange Gabriel très gracieux dans une Annonciation. La Communion des apôtres est intéressant
n voit Judas qui « tourne le talon » . La nef a été repeinte au 14ème
Siècle dans un style plus rustique. Les Quarante Martyrs de Sébaste, moins beaux qu’à saint Nicolas des Toits, Hélène et Constantin avec la croix. Au dessus de la porte le donateur porte la maquette de l’église comme à Istanbul. Témoignage passionnant qui montre l’église à sa construction et les habits de l’époque. . La donatrice s’est fait représenter avec Sainte Anastasie guérissant les empoisonnés. Les Romains sont figurés en soldats francs. Des Croisés ! Les Latins venus envahir Constantinople sont ils assimilés aux Romains ?
Nous restons longtemps dans l’église. A la sortie nous rencontrons une famille française qui nous recommande chaudement les musées de Nicosie.
Lagoudera
L’église suivante se trouve à Lagoudera. Nous demandons notre chemin à deux femmes très sympathiques qui arrosent leur jardin. La jeune parle à peu près l’Anglais, la vieille pas du tout. Elles sont étonnées que je comprenne un peu le grec, cela leur fait plaisir. Il faudrait que je me force plus à parler grec. Elles me donnent des explications faciles à suivre (pour une fois !). Nous traversons encore des terrains volcaniques, je recopnnais les coulées et les prismes.
Panaghia tou Araka
La Panaghia tou Araka est beaucoup plus vaste que toutes les églises que nous avons visitées. Son double-toit est en pente douce, des croisillons de bois verticaux enferment l’église jusqu’au sol. A côté, un bâtiment de pierre avec un beau balcon de bois, reste de l’ancien monastère, où vit le pope .Désordre pittoresque : cage à oiseau, pots de fleurs, un métier à tisser, une table avec du miel et des icônes. L’église est ouverte, le pope, costume bleu foncé et barbe grise, se précipite le livre d’or d’une main. Dans l’autre main, une liasse de billets. Je n’ai plus de billets de 1£ seulement des 10£ Il me rend 5$ sans aucun commentaire ni remerciement. Nous avons fait u don !
Cela ne déliera pas sa langue pour décrire les fresques. Il nous montre de mauvaise grâce saint Siméon Stylite que nous cherchions depuis un bon moment, sur un pilier près de l’iconostase. Les fresques de 1192, n’ont jamais été rénovées. Les couleurs sont encore fraîches, les visages expressifs.
Visite des églises byzantines
Après la Crète, la Grèce, Istanbul et la Cappadoce, nous commençons à être au point pour visiter des églises byzantines. Bientôt nous n‘aurons plus besoin de guide pour trouver les principales scènes. Les personnages sont généralement nommés mais l’écriture byzantine est difficile à déchiffre d’autant plus que certains noms sont abrégés. Je revois notre promenade à Mistra où nous passions d’une église à une autre sans rien comprendre. C’est à Saint Sauveur in Chora à Istanbul (grâce à un conférencier Italien,) que nous avons eu les premières clés pour comprendre ces fresques. La semaine en Cappadoce nous avait entraînées. Au début, il me semblait que les visages étaient stéréotypés, hiératiques et peu, expressifs. Ici, au contraire, je suis frappée par la variété des visages, les regards, parfois même les traits d’humour. Est-ce parce que ces fresques sont plus tardives et ont subi les influences des Francs et des Italiens ? Ou est-ce plutôt que notre regard s’est affiné ? Au lieu de passer étonnées, nous prenons le temps de regarder les visages. Notre éducation se décompose en, trois étapes : la surprise en premier, puis l’identification des scènes et des personnages, enfin nous pouvons nous consacrer à chacun d’entre eux. Evidement nous ne sommes ni peintres, ni critiques d’art ni historiennes, ces spécialistes peuvent comprendre la composition, les pigments, les détails historiques. Je ne me lasse pas de visiter ces chapelles que je n’ai pas fini de déchiffrer. Sans parler de l’émotion pure, du plaisir des yeux.
Déjeuner très confortable sur un banc derrière l’église devant le beau paysage de montagnes et de forêts. L’odeur des maquereaux fumés attire les chats, une mère et ses quatre petits. Un rouquin particulièrement entreprenant, serait facilement entré dans la glacière. Nous leur donnons les peaux des poissons.
Panne d’essence ?
Nous avons été imprévoyantes : le niveau d’essence baisse dangereusement. Les distances séparant les églises sont courtes en théorie, mais il faut toujours rajouter les détours quand nous nous perdons. Le pope affirme que nous trouverons de l’essence à Kypérounda. Cela tombe bien, c’est justement l’étape suivante de notre circuit.
Kypérounda
Kypérounda est une petite ville avec des banques, des magasins, un hôpital. C’est la bourgade la plus importante que nous avons traversé dans la montagne. La banquière qui ferme son agence est très gentille, elle nous conduit chez ceux qui détiennent la clé de l’église que nous voulons visiter .J’ai donc l’occasion d’entrer dans la maison d’une famille chypriote. Le grand père impotent regarde la télé, une jambe allongée, il y a un magnétoscope et dans des cadres, des photos de mariage, de la graduation d’un fils dans un costume d’école anglaise, toge et bonnet carré. Au mur des photos anciennes de scènes agricoles (photos d’art), des icônes dorées et argentées en nombre et un « tableau » avec des bambis et animaux de la forêt du plus mauvais goût . La dame coud, il y a deux machines à coudre, une à pédale, une électrique. Sur la machine une jupe noire à volants en coton.. Je suis bien accueillie mais la clé n’est pas là, et personne n’est disposé à aller la chercher. La banquière insiste et téléphone. Finalement c’est un adolescent lourdaud, Andréa, qui ira de mauvaise grâce. Il chausse des baskets et reviendra en courant, tout essoufflé. L’église est plus simple que les précédentes. Seul un mur de la nef porte encore des fresques. Elles sont très originales et racontent comment Hélène a découvert la Vraie Croix. On dirait vraiment une bande dessinée. Nous utilisons notre imagination (impossible de comprendre le texte) .Une sorte de musée est installé avec des icônes venant d’Aghia Marina, des livres pieux dans une vitrines, quelques objets du culte en argent.
Nous trouvons enfin une station d’essence. Le plein ne coûte que 13.5£, l’essence ne doit pas être chère et le réservoir de la HYUNDAI petit.
A Troodos je fais un bout du sentier Makria Kondarka, belle piste forestière dans les pins qui s’élève en faux plat. Je trouve des cailloux intéressants : métamorphiques dans doute, fins lits blancs et noirs qui font le tour de gros cristaux verts.
En rentrant de Lemesos, Dominique a repéré une route qui emprunte la ligne de crêtes pour arriver directement à Kouklia. Le paysage est très agréable, vignoble autour d’Arsos puis collines en terrasses herbues avec une végétation assez rase de chênes verts en buissons genets et lentisques Un joli village est adossé à la pente : Dora. Puis on descend très vite sur la bande côtière par les vergers de caroubiers et d’orangers ? Le site archéologique est fleuri de mimosas.
Château Covocle
Avant de visiter, nous lisons l’histoire et les légendes de l’antique Paphos : Palaipaphos, la ville d’Aphrodite ; (Nelles p117)(Guide bleu p169) Le musée est installé dans un joli manoir franc construit sous les Lusignan au13ème siècle : le château Covocle qui servit aussi de sucrerie. . L’exploitation de la canne à sucre était vraiment une exploitation industrielle : le raffinage, le stockage la fabrication des poteries, l’exportation se faisaient au stade industriel. La meule de pierre qui écrasait la canne, verticale, est encore posée sur un disque de pierre entaillé d’une rainure pour que le jus s’écoule.
Déesses mères
Comme à Kolossi, très belle salle voûtée. Le musée est assez vieillot, les panneaux un peu défraîchis, mais il est intéressant. Aphrodite se présente sous forme d’un rocher vert de forme phallique. J’imaginais une belle sculpture grecque, pas une seule ! Dans les vitrines de l’âge de Bronze, quelques petites statuettes en terracotta représentant des déesses mères .C’est tout pour Aphrodite.
Kyrinas
En revanche, le personnage du roi Kyrinas, fondateur mythique de Paphos l’Antique est un personnage haut en couleur. Selon nos livres il aurait promis à Agamemnon 50 navires comme contribution à la Guerre de Troie et n’aurait envoyé qu’un seul bateau et 49 maquettes. Selon le musée, ce sont des vivres qu’il n’aurait pas livrés. Attirant ainsi la malédiction d’Agamemnon, il serait mort lors d’une joute musicale dont l’enjeu était la mort .En outre, Kyrinas : coucha avec l’une de ses filles Myrrha en myrte pour sa punition. Le petit Adonis résultant de ces amours incestueuses fut retrouvé quand on fendit l’arbre. Ce genre de légendes me ravit.
Autre histoire révélée au musée : le siège de la ville par les Perses. Pour construire une rampe, les assaillants récupérèrent des statues et des colonnes dans le sanctuaire. Comme les archéologues ont dû s’amuser !
Si la visite du Musée était distrayante, le site est un peu décevant, d’autant plus que le vent s’est levé apportant des nuages. Mes lunettes de soleil et mon chapeau de paille m’encombrent Nous découvrons la mosaïque de Léda et le Cygne (la copie, l’original est à Nicosie) .Pour imaginer les temples grecs et romains. Il faut vraiment faire un gros effort d’imagination, il ne reste plus que les soubassements et quelques blocs cyclopéens dans un coin. (Le site fut occupé par les mycéniens) .
Katholiki
La petite église blanche Katholiki est tout à fait charmante, avec sa coupole et son toit cylindrique blanc, cela change des églises montagnardes à toit pentu. Comme elle est ouverte, nous entrons et regardons les fresques qui ne soutiennent pas la comparaison avec celles que nous avons vues hier, Nous devenons difficiles. !
Monastère Aghios Neophitos
Le ciel est chargé, craignant la pluie, nous filons au monastère Aghios Neophitos situé au dessus de Paphos sur la route de Polis. Le monastère domine la baie de Paphos .Malheureusement, la campagne se lotit et se bétonne de plus en plus. Nous découvrons d’abord une belle bâtisse de pierre plutôt austère en rénovation (même les monastères n’échappent pas à la folie bâtisseuse qui s’est emparée de l’île !) Des plantes fleuries donnent de la couleur. Nous montons un escalier imposant pour pénétrer dans la vaste église du15ème siècle, un peu trop grande, un peu trop rénovée pour être émouvante. Il ne s’agit pas de ruines romantiques ou de chapelle dans un vallon. C’est un monastère habité avec des moines bien vivants. Le pittoresque perd au change !
Le plafond de l’église est aussi décoré de fresques, d’après nos guides du XV siècles, mais elles paraissent plus récentes. Les Romains sont en costume Renaissance avec des barbes taillées sophistiquées, rien à voir avec les chevaliers en armure d’Asinou. Les décors sont aussi très italiens.
Au musée, je m’attendais à un étalage d’habits ecclésiastiques et d’accessoires en argent. Je trouve des icônes de toute beauté, bien éclairées et à la bonne hauteur, des manuscrits et des anciens livres imprimés ainsi qu’une collection de cartes de Chypre. Ces cartes attirent mon attention :je découvre que Salamine se trouve au voisinage de Famagouste, mais aussi qu’en 1835 Larnaka que j’ai du mal à trouver et même Lemesos n’étaient pas plus importantes qu’Arsos Les Lacs Salés formaient des lagunes communiquant avec la mer.
La visite de la Grotte décorée est tout à fait spectaculaire. Les fresques sont en parfait état, plusieurs artistes venant de Mistra y. ont contribué, Malheureusement nous n’emporterons pas d’images, ici aussi, photos interdites et pas de cartes postales.
Panaghia Khryseleousa
Nelles, encore une fois, est de bon conseil : nous descendons par l’ancienne route passant par Emba .Les anémones rouges promises sont remplacées par des constructions de luxe pour touristes fortunés . C’est un peu décevant. Le béton gagne en hauteur sur la colline. La petite église Panahya Khryseleousa du XII - XIIIème est très jolie du dehors avec ses coupoles et découpes de volumes Le ciel est bleu, j’espère que nous aurons de belles photos. Une femme me hèle sur le pas de la porte d’un petit snack : elle a la clé. Je lui parle en grec, elle est ravie. Son mari intervient pour que nous venions après la visite manger quelque chose chez eux. Ils sont tellement gentils que j’invente un mensonge pour ne pas les vexer. Des amis nous attendent pour le déjeuner, nous n’avons pas le temps de nous attarder. Je convoque toutes mes connaissances de grec pour leur raconter cela. Apparemment c’est correct (le grec) .la femme nous accompagne dans l’église, allume des cierges, embrasse les icônes, se prosterne pendant que nous détaillons les fresques.
Pique-nique sur les rochers non loin des tombeaux des rois. Le ciel est couvert, le vent d’Ouest ride la mer de petites vagues blanches. Tout près, un minuscule port de pêche avec trois bateaux. Les pêcheurs doivent drôlement bien manœuvrer pour sortir de la petite échancrure et éviter les rochers pointus. Un vieux arrive, nous sommes curieuses d’assister à son départ, mais son installation s’éternise.
Petra tou Romiou
Pour rejoindre Pétra tou Romiou, le lieu de naissance d’Aphrodite, nous essayons de longer la côte et traversons d’interminables zones touristiques à Paphos, magasins de souvenirs, agences immobilières, hôtels énormes, tout ce tourisme que nous abhorrons mais qui rapporte des devises.
Nous trouvons ensuite des plages de galets désertes, des vergers d’orangers, enfin la plage encadrée par ses rochers blancs comme sur une carte postale. Trois gros rochers semblent jetés dans la mer. Un héros byzantin Dighénis Akritas les aurait lancés contre les pirates sarrasins. L’endroit est délicieux. Le ciel est maintenant bleu. Nous nous installons à l’abri de petits rochers au meilleur endroit pour terminer l’après midi ? Cela aurait quand même été dommage de pas passer une demi-journée à la mer !
Retour rapide, nous connaissons la route.
Je fais mes adieux à Dimitra et prends en photo le kafénéion.
Traversée des montagnes
7 heures, les cloches carillonnent, tout le village est à la messe. Il est temps de quitter notre aristocratique demeure : la Maison Cornaro. J’hésite entre deux de itinéraires. Soit la grande route passant par Troodos que nous connaissons déjà. Après Kykko, 30km de piste nous attendent ; soit une petite qui passe par Prodromos sur la carte, c’est un raccourci il ne faut pas s’y fier. Je n’ose pas prendre de décision seule.
Finalement nous choisissons la petite route qui traverse une belle forêt de pin en corniche d’où l’on découvre des panoramas magnifiques. Elle est extrêmement étroite et tortueuse et se faufile entre les arbres qui touchent la carrosserie de la HYUNDAI.. C’est une épreuve pour la conductrice Le monastère de Troodissa est fermé aux visiteurs mais apercevons d’en haut les bâtiments soignés avec les toitures à double pente. Des geais traversent la route, ce sont de très beaux oiseaux, je n’en n’ai jamais vus tant. Prodromos est un village assez important. Dans les vergers, les cerisiers sont en fleurs. En contrebas, nous entendons les chants de l’office venant de l’église moderne.
Le monastère de Kykko
Sur les bords de la « main road », sur les rochers, poussent des bouquets ras de petites fleurs roses. Les crêtes se détachent, de temps en temps, nous reconnaissons l’Olympe, ses neiges et ses antennes. La forêt couvre tout le massif. Kykko est perché sur un sommet, le monastère est imposant avec ses hauts bâtiments de pierre son campanile, à l’écart, ne porte pas moins de six cloches. Un policier garde le parking, nous arrivons dans le plus grand monastère renfermant un véritable trésor. Dans le cloître fleuri des dizaines d’hirondelles font de la voltige Des dizaines de nids sont construits sous les poutres. Les fresques du XIXème sont trop modernes pour être intéressantes. Chaque entrée est décorée de mosaïques brillantes avec profusion d’or.
Le musée est impressionnant : tout est fait pour éblouir le visiteur : la pénombre, le sol de granite poli étincelant, les chants liturgiques, les vitrines capitonnées de velours violet. Tous les ors des icônes, l’argent des croix et des lampes pendues à de longues chaînes. L’éclairage des icônes les met en valeur : répétition infinie sur le thème de la Vierge et l’enfant, selon une représentation précise : la joue de Jésus touche celle de sa mère penchée vers la gauche. Vitrines de vêtements ecclésiastiques, étoffes chamarrées, rebrodées, aux motifs floraux ou étranges (ailes des anges sur un cercle blanc). Tout concourt à donner une idée de richesse et de puissance : les fastes de Byzance. Le profane en reste tout écrasé devant une telle splendeur ! Je suis seule dans le musée, intimidée. C’est presque un soulagement quand arrive une famille grecque, bambin dans les bras !
Vallée des Cèdres
Pour accéder à la Vallée des Cèdres il faut parcourir dix kilomètres d’une méchante piste en montée. D’après le guide bleu « ici commence l’aventure » .La HYUNDAI grimpe mal et chauffe. Dominique affirme que dans cette voiture « il n’y a que le compteur kilométrique qui est bien ! » En effet, elle surveille la progression « encore 8 km, encore 4 … Nous croisons des 4x4 puis des voitures ordinaires.
Petit à petit, nous les voyons, les cèdres ! Ils ne ressemblent pas du tout à ceux de l’Atlas : ce sont des arbres moins imposants, plus jeunes sans doute, plus frêles mais déjà avec leur silhouette caractéristique, leurs branches horizontales formant de lourds parasols . Au Maroc, au contraire, seuls les très vieux cèdres adoptaient cette allure,. Les aiguilles sont plus courtes en petits bouquets très fournis et très ras. Dans le fond de la vallée les cèdres sont les plus hauts mais les platanes qui poussent dans le lit du torrent sont encore plus impressionnants. Chaque arbre comporte plusieurs troncs très épais, parfois creux.
Monastère de Chrysorogiatissa
Pour atteindre Pano Panaghia, il reste encore 21 km de piste, La Hyundai tiendra t elle le coup ? La piste s’élargit et forme un véritable boulevard, les bulldozers viennent de passer. Nous sortons de la forêt et retrouvons les vignes. Le monastère de Chrysorogiatissa (la Vierge à la grenade dorée) est réputé pour son vin et ses icônes. Il est accroché à la montagne, de sa terrasse, la vue est extraordinaire sur le golfe de Polis .et la mer. Les bâtiments ont plus de charme que ceux des grands monastères massifs de Kykko ou d’Agios Neophitos. Pas de cloître carré, pas d’angle droit, balcons et arcades s’imbriquent les uns dans les autres avec une fantaisie dictée par la topographie.
Un petit auvent de bois sur le porche de l’église, protège des fresques de tons pastel avec une dominante verte. Le long des montants de la porte, des motifs évoquent la vigne. L’iconostase est très richement dorée, les icônes sont très fines variées et très belles
Pique-nique derrière le monastère sous des pins sur des tables aménagées.
La route vers Polis traverse des vignobles et des villages fleuris, jolies maisons de pierre blanche Les arbres de Judée explosent dans leur floraison violente rose tyhrrien.
Dans les près, je photographie des iris nains bleus et des glaïeuls roses qui poussent ici, sauvages Un joli lac de barrage vert serpente au creux de la vallée De nombreux barrages sont aménagés pour éviter que l’eau des montagnes ne se gaspille dans la mer.
Dès que nous parvenons à Polis, nous cherchons les appartements à louer La première tentative est la bonne : Les deux jeunes, à la réception parlent mal l’anglais, à peine mieux que moi le grec ! Cela les fait rire, ils nous offrent un café en rite de bienvenue.
Pour 20£ par jour, l’appartement de deux pièces est très clair Le mobilier en pin, est très simple. La cuisine bien équipée. La terrasse donne sur un carré de roses, deux chaises et une table de jardin y sont installés A l’arrière nous pouvons profiter d’un très beau jardin fleuri avec du gazon, une piscine et une fontaine en pierre. Ce sont les « Jardins d’Aphrodite » Nous serons très bien.. Nous sommes ravies.
Nous allons à pied à la plage en traversant les orangers exhalant l’odeur suave et entêtante que j’aime tant. Puis nous traversons un bois d’eucalyptus où est installé le camping. Les mimosas sont de véritables arbres avec de gros troncs. Leurs grosses boules jaunes, malheureusement ne sentent rien. La plage est très simple : une taverne quelques lits et des parasols. Plus loin, des roseaux cachent les orangeraies.
Le sable est tiède. Le soleil est voilé. Nous nous allongeons. Enfin ! Nous sommes à la mer ! Dommage que les jours soient comptés.
Courses au village : c’est dimanche mais les supermarchés sont ouverts.
Dans le port de Latchi, quelques bateaux de pêche ont de curieux filets très fins enroulés dans des sortes de paniers en toile cirée multicolore.