Au fil des années la biblio s'accumule...
J'aimerais remercier un auteur, qui est le meilleur des guides de voyage : Dominique Fernandez, qui m'a fait découvrir la Sicile et dont les livres m'ont servi de livre de chevet pendant ces quatre semaines.
Et puis conseiller à tous ceux qui me lisent tous ces bouquins :
1. Andréa CAMILLERI, Le Roi Zozimo
C’est Roberte qui me l’a recommandé, et je fais circuler, Catherine Ruze, Geneviève… Voilà une vraie découverte jubilatoire ! Malgré son nom de comédie, le roi Zozimo a vraiment régné au 18ème siècle à Girgenti, roi paysan couronné à la suite d’une révolte paysanne. Mais ce n’est pas seulement un roman historique comme j’en lis souvent (voir Marek Halter). Camilleri est un véritable écrivain et le traducteur est aussi à louer ! Le jeu entre l’italien classique, le dialecte sicilien et l’espagnol, langue de la noblesse (les maîtres de la Sicile sont Espagnols), donne une truculence au livre. La nécessité de recourir au glossaire en fin de livre, traduction d’ancien français mais aussi de patois régional lyonnais, donne de la lenteur à la lecture et décuple le plaisir de savourer les jeux de langage. Mais le plaisir de la lecture ne se résume pas à un exercice langagier. Les épisodes sont hilarants, les personnages sont attachants, fouillés. Livre extraordinairement dense. C’est à cette densité que d’instinct, je me dis, voilà enfin un livre !
2. SCIASCIA, Portes ouvertes
Chronique judiciaire : réquisitoire contre le fascisme et contre la peine de mort rétablie par le fascisme. L’histoire est exemplaire. le meurtrier est inexcusable. Le châtiment est inéluctable. Le juge a été prévenu qu’il doit requérir la peine capitale contre l’homme qui a tué un dignitaire fasciste. Pourtant sa conscience lui interdit d’obéir. Sa conviction de l’iniquité de la peine de mort convainc le jury. La peine de mort est évitée. Le tribunal siège dans l’ancien palais de l’Inquisition. Peu de folklore. Sciascia maintient le récit dans la sobriété du discours du droit. Et pourtant cette introduction à notre voyage en Sicile est tout à fait à propos. Le voyage est prétexte à la rencontre avec un auteur. Sciascia a été pour moi la rencontre de notre premier voyage. Je le retrouve avec toujours autant de bonheur.
3. Andréa CAMILLERI : La démission de Montalbano
Après la rigueur du tribunal de Palerme, Camilleri nous emmène dans le commissariat provincial de la petite ville imaginaire de Vigata. Roman policier, donc, mais atypique : nous suivons de courtes enquêtes, des faits divers ordinaires, sortes de nouvelles dans la Sicile rurale où les vieilles femme assistent à la messe quotidienne plus par ennui que par piété, où les bergers vivent dans des masures mais possèdent des téléphones portables. Ruralité de la Sicile de toujours mais aussi arrivée du modernisme. Un meurtre maquillé en accident de voiture organisé par une femme adepte de l’escalade et de la gymnastique. Crimes passionnels et jalousies bien siciliennes mais pas d’affaire politique, pas de mafia comme on pourrait s’y attendre dans une telle région. En revanche pour la couleur locale, patois sicilien traduit comme le peut le traducteur, puisque l’effet comique est garanti. Montalbano est un commissaire sympathique qui aime lire les polars mais aussi Montaigne. Je ne peux pas m’empêcher de penser à son presque homonyme Montalban, inventeur de Pepe Carvahlo, lui aussi policier lecteur et gourmand. En tout cas la meilleure introduction à la Sicile ordinaire, pas si ordinaire que cela puisqu’elle ne manque pas de saveur.
4. Dominique FERNANDEZ : L’Ecole du Sud
Avant le départ à Palerme, immersion totale dans l’univers de la Sicile du début du siècle : Dominique Fernandez conte la vie dans un palais sicilien, vie de cette noblesse encore bourbonienne où règnent trois femmes un peu originales, les trois tantes du héros. On y «châtie la poussière», le «salotto», pièce d’apparat qui n’est utilisé que pour les mariages et les deuils. Les servantes cuisinent et mettent la table dans un charmant désordre désuet. L’enfant est élevé dans une totale liberté sans contrainte. Les coutumes de la Sicile du début du siècle sont décrites avec précision : surtout les fêtes de Pâques que nous pourrons observer pendant notre séjour. Importance de l’Opéra dans la culture sicilienne. Mines de soufre et évocation de la fortune des Florio et de la villa Igiea.
Fils d’un diplomate sicilien et d’une mère française, il est élevé à la sicilienne jusqu’à son adolescence. En parallèle, dans la deuxième partie du livre, il raconte la vie de sa femme, auvergnate, brillant professeur de lettre disciple de Pascal, et d’un philosophe mentor que je n’ai pas identifié. L’opposition entre le jansénisme et le baroque sicilien.
5. Dominique FERNANDEZ : le Radeau de la Gorgone. Promenades en Sicile
Quel guide ! J’avais déjà emprunté ce livre lors de notre précédent voyage. j’avais eu la surprise d’avoir la même expérience à Agrigente au couvent où j’avais acheté des gâteaux exactement comme raconté dans le livre. J’ai attendu d’être à Palerme pour le lire et j’ai lu chaque chapitre comme préparation à chaque visite. La villa Pelargonia, les catacombes, et surtout les putti de Serpotta .
6. Andréa CAMILLERI. La voix du violon
Roman policier avec le commissaire Montalbano et son équipe dans la ville imaginaire de Vigata. Toujours aussi sympathique, le roman est plus classique que le précédent autour d’une enquête bien ficelée.
7. Simonetta ,AGNELLO HORNBY : l’Amandière
L’Amandière est une forte personnalité qui se découvre pendant les trente jours suivant son décès à travers les ragots et les racontars d’un village. Servante dans une famille noble d’une petite ville elle avait acquis un statu tout à fait étonnant. De la petite fille qui ramassait les amandes pour nourrir ses parents et sa sœur tuberculeux à la femme de tête administrant les richesses de ses maîtres et distribuant pensions aux héritiers désargentés, le parcours est énigmatique. le fantôme de la mafia apparaît dès l’enterrement. L’auteur nous présente toutes les couches de la société, des nobles aux domestiques en passant par les paysans, les notables, le curé, le médecin et le notaire .
Au début j’ai été un réticente à l’écriture qui me paraissait manquer de souffle. Les personnages très nombreux me déroutaient. Au fur et à mesure, je me suis prise à l’univers de cette ville. De retour de Sicile, j’ai dévoré ce roman avec des images de petites villes que nous avons traversées
8. Andréa CAMILLERI : le coup du Cavalier
Depuis le Roi Zozimo, le meilleur Camilleri que j’ai lu. Basé sur un fait divers authentique, comme pour Zozimo, Camilleri a construit un roman hilarant en jouant également sur les registres de langue, entre le dialecte sicilien, l’Italien et le Génois. l’intrigue met en scène un inspecteur des Moulins qui vient surveiller le recouvrement sur la taxe sur le grain moulu à Montelusa. Montelusa, d’après de nombreux indice peut ici être identifiée à Agrigente. Evidemment, la mafia locale trempe dans le recouvrement de l’impôt. Deux inspecteurs des moulins ont été exécutés. Mais l’intrigue est compliquée par le meurtre d’un prêtre que l’on impute à l’inspecteur pour le perdre et le faire passer pour fou. Le plus étonnant c’est que l’inspecteur s’en tire miraculeusement alors que tout l’accuse. Le dénouement de l’intrigue étant un jeu de langage utilisant l’emploi du dialecte sicilien. Ici encore le génie du traducteur est de parvenir à faire passer le jeu de langage malgré la traduction.
9. Dominique FERNANDEZ : Le Radeau de la Gorgone
J’ai utilisé ce livre que j’avais lu auparavant comme un guide au hasard des visites. La première fois que je l’avais lu, il m’avait donné des leçons de Baroque et d’histoire de la Sicile. La Sicile comme un palimpseste. Cette fois ci, je ne l’ai pas lu d’une traite mais avant une visite programmée le lendemain puis encore au retour . Avant pour avoir envie de découvrir, après, pour expliquer les détails, donner du sens caché. Quel plaisir de voyager avec un tel écrivain pour guide. Et enfin, en faisant l’album, j’ai pillé des phrases entières. Rien à rajouter, rien à enlever.
10. Giuseppe Tomasi di LAMPEDUSA, le Guépard
J’ai attendu avec impatience que Dominique trouve le Guépard. Enfin, je vais trouver des renseignements sur l’époque de Garibaldi !
J’ai d’abord vu le film. Etonnant de retrouver déjà dans le livre les plans cinématographiques dont j’avais attribué le génie à Visconti. Visconti est un grand cinéaste mais cela a dû être facile d’adapter le roman : les plans les plus spectaculaires sont écrits dans le livre. Même chose pour la musique de Verdi. Verdi s’imposait bien sûr ! Mais il était déjà inscrit dans le roman.
Très beau livre ! J’y retrouve des thèmes chers à Fernandez. Nonchalance de ces nobles siciliens qui ont une si haute opinion d’eux-mêmes et que n’importe quelle révolution n’y changera rien. Immuabilité et immobilisme d’une société considérée comme parfaite. Grandeur et noblesse dans un monde qui ignore ces valeurs dans la construction d’un état nation italien et moderne. Puisque rien ne changera, autant prendre le parti d’accompagner le sens de l’histoire et de Garibaldi ! Quant aux paysans, leur monde est si différent de celui des nobles que toute idée de démocratie est bien loin même si on parle de construction d’un état moderne.
11 Andrea CAMILLERI : Le cours des choses
Le premier roman de Camilleri. Dans une postface, il raconte ses hésitations à utiliser le dialecte plus que l’Italien et les péripéties qui ont retardé la publication. Le roman policier se situe toujours dans une Agrigente des années 50 jamais nommée et le policier n’est pas Montalbano mais l’adjudant Corbo. On retrouve la Sicile des paysans et des bergers, celle des notables, du cercle où l’on disserte sur Pirandello avant de passer aux commérages, le silence concernant la mafia. Ici on ne tue que pour des histoires de fesses ! Le morceau de bravoure est la narration de la procession de saint Calogero en 1946 portée par des dockers communistes. La guerre et la période du fascisme sont encore proches. Et toujours cet humour qui me fait rire aux larmes toute seule !