CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

Blog de miriam

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11. la forêt enchantée du parc de garajonay

Publié le : 19 Septembre 2006

Les volets intérieurs qui s’encastrent dans la boiserie des fenêtres empêchent la lumière de rentrer et amortissent les bruits. Je dors nettement mieux, plus profondément et je me réveille plus tard grâce à eux. Ils facilitent les siestes espagnoles et leurs réveils tardifs !

Les courses

    Nous avons trois priorités ce matin : faire le plein d’essence avant de tomber en panne, assurer le ravitaillement de base et enfin, trouver les itinéraires des sentiers.

Le temps est variable :se succèdent les bourrasques, les giboulées, les éclaircies, les averses de grêle…Du côté  de la mer, le ciel est dégagé, d’épais nuages sont accrochés à mi-pente des montagnes.
Nous logeons dans le quartier du haut Hermigua : « El Convento ». Les commerçants sont installés dans le village d’en bas. Il y a plusieurs supermarchés, deux banques, une pharmacie peinte en violet, une église en ciment peinte en jaune et de nombreux restaurants.

    De la plage déserte, Tenerife semble toute proche. Je crois entrevoir le sommet enneigé qui se cache bientôt.

    A Agulo, les voitures sont garées sur le terrain de foot en terre battue marron. Dans le village, les rues sont tranquilles. Nous faisons nos courses et laissons nos trois sacs plastiques sur un congélateur pour poursuivre la promenade dans des rues blanches aux maisons basses. Seule la place de la Mairie et de l’Eglise est bordée de maisons à étage avec des balcons.

Au centre d'Interprétation du parc à Las Rosas

    Dernière étape vers l’Ouest à Las Rosas. On oblique vers la montagne pour trouver le Centre d’Interprétation du Parc de Garajonay. Il fait gris et, en altitude, très froid. En short, je suis gelée.

    Le jardin botanique est très joli mais j’ai hâte de me mettre à l’abri. Le vent a fait tomber un poteau électrique et le reste du Musée est en panne. Dans l’unique salle éclairée, le panorama de la flore, la faune, le climat et la géologie de l’île, est très complet, simple et pédagogique. Je recopie studieusement les panneaux ;

    Le régime des vents est très détaillé. Hier, j’avais remarqué que mon voisin anglais lisait un livre de météo destiné aux navigateurs. Je lui avais demandé une explication au mauvais temps présent. Selon lui, le vent du sud Ouest serait le responsable, l’anticyclone des Açores ayant bougé. En effet, d’après les explications du centre le vent de Sud Ouest apporte bourrasques et précipitations intenses : exactement ce qui se passe aujourd’hui ; au contraire, les Alizés (trade wind)venant du Nord Est auraient garanti un temps stable, des brumes en altitude mais peu de précipitations .

    La jeune fille de l’Accueil, distante au début de la visite est devenue très aimable. Elle a sans doute détecté en nous des visiteuses motivées et finalement nous communiquons facilement en Espagnol. Les Canariens n’ont guère d’estime pour les touristes, il faut faire nos preuves aussi bien du point de vue linguistique que de la motivation. Elle sort les brochures de dessous le comptoir et nous conseille deux promenades faciles dans le Parc. Elle déconseille formellement les descentes glissantes et dangereuses par temps de pluie ?

Nous rentrons au gîte distant de 15 km  pour déjeuner et mettre des vêtements plus chauds.

La forêt enchantée de Garajonay

     Nous partons en direction du sud par la route de San Sebastian puis trouvons la Carratera Dorsal qui traverse le Parc en chemin de crête. A la sortie d’Hermigua la route s’élance en lacets très serrés. En cinq ou six kilomètres nous gravissons 1000m et nous trouvons en plein brouillard. Des miradors sont aménagés, inutile de s’y arrêter ! Nous traversons la Laurasilva ou Monteverde où les bruyères arborescentes poussent très serrées, envahies par endroits, de lichens qui leur donnent un aspect étrange. La brume rajoute une atmosphère fantomatique.

     Suivant les recommandations de la Ranger, nous suivons le rebord sud ouest du parc à l’abri du vent. Pas de brouillard ici, la couverture nuageuse est peu dense. Sans voir le ciel bleu on devine par moments le soleil. De la route, une bonne piste forestière descend jusqu’à une aire de pique-nique (tables et immenses barbecues). De là le sentier de Creces fait une boucle d’une heure et demie. Des bornes numérotées renvoient au petit guide polycopié que nous a donné la guide. Le commentaire est très détaillé. Nous suivons d’abord une petite canalisation ancienne en pierre, tombée en déshérence, et marchons sous les houx et les lauriers (Lauréa Azorica) . Des mousses épaisses s’accrochent aux troncs et aux branches donnant aux arbres un aspect chevelu, barbu, des champignons plats jaunes font des taches colorées .Au sol, à l’ombre des fougères magnifiques. Dans les clairières les géraniums au feuillage très découpé font un tapis vert tendre. Le feuillet cite aussi les cistes de Montpellier (je n’en ai vu qu’un seul et la menthe. Les bruyères arborescentes sont en fleur en ce moment. Vu de dessous cela ne se remarque pas (de la route si). La taille des troncs des bruyères est impressionnante. Ils sont aussi épais que ceux d’un chêne. Recouvertes de mousse, avec les lichens qui pendent elles forment une forêt fantomatique dans la brume. On pourrait y filer un de ces films de sorcellerie qui ont du succès chez les ados en ce moment. Pour une fois, nous sommes dans les temps en nous arrêtant longuement à toutes les bornes .je suis ravie de cette promenade dans la forêt humide.

La pluie horizontale

    J’en reviens avec un nouveau concept scientifique : «  la pluie horizontale ». Il s’agit de la captation par la forêt de l’humidité contenue dans l’air sous forme de nuages et de brumes. D’après le document, cette humidité serait dans les mêmes proportions que les véritables précipitations (1000mm/an) ce qui est une quantité énorme. Cette eau captée par la forêt est d’autan plus précieuse qu’elle ne s’accompagne pas du ruissellement violent des averses. Sans compter le rôle de protection des sols et surtout la création d’humus dans ces conditions favorables d’humidité  et de température (14/15°C en moyenne annuelle) .j’avais lu ou entendu quelque part que la forêt « fait pleuvoir », cela m’avait paru étrange. Peut être serait plus correct de dire qu’elle capte l’eau de l’atmosphère. Peut être y a t il d’autres phénomènes que je ne connais pas ?

Je repense aux collines pelées du Cap Vert et aux efforts gigantesques de reforestation de la Révolution de Cabral. Alors, je ne voyais dans les arbres qu’une protection contre l’érosion.
Lorsque nous rentrons, le plafond nuageux est assez élevé pour que Dominique ne conduise pas dans le brouillard. Nous profitons donc du paysage et nous arrêtons aux miradors. Au mirador de El Bailadero : deux dykes en pain de sucre sont coiffés de nuages. El Rojo domine la Vallée d’Hermigua. Partout dévalent de belles cascades. Dans le creux on découvre un petit lac de barrage


12. San Sebastian, capitale de la Gomera

Publié le : 19 Septembre 2006
12. San Sebastian, capitale de la Gomera

La tempête s’est calmée et le beau temps est revenu. Nous allons sur la côte sud. Après les tunnels sous les sommets nous débouchons sur le versant ensoleillé désertique où poussent cardon, tabaïbas, opuntias, les plantes grasses du désert.

San Sebastian, capitale de la Gomera

    San Sébastian n’a que 7000 habitants mais c’est la capitale de La Gomera avec de très beaux bâtiments officiels : une Mairie à balcons canariens en bois sombre sur une jolie place plantée de palmiers. Nous arpentons la vieille rue la Calle del Medio, bordée de petites maisons basses blanches avec de nombreux commerces. C’est dans cette rue que se trouve la petite église et la Maison de Christophe Colomb. L’autre monument historique est la Torre del Conde, une tour carrée chaulée de blanc avec des parements de lave rouge. A l’intérieur, une exposition de gravures anciennes de San Sebastian et des cartes marines du port. Les cadres modernes de bois plat ciré, tout simple mettent en valeur ces documents qui sont aussi beaux qu’une exposition de peinture. Les marins et les historiens peuvent apprécier la valeur historique.

    Nous allons au port nous renseigner des horaires de bateaux vendredi pour notre retour. Les passages sont nombreux la veille du week end .Espérons qu’on n’aura pas de tempête !

    La plage de San Sebastian, abritée par le port et par des rochers pointus. Elle est assez grande et son sable est fin Sous le pâle soleil trois couples de touristes adossés à la digue, essaient de bronzer. je sacrifie à ma marche favorite au bord de l’eau, bien fraîche après le mauvais temps d’hier.

     A midi et demie, nous avons épuisé les curiosités de la capitale.

On remonte au Parc de Garajonay

    La route du Parc de Garajonay en direction du NE remonte au flanc d’une arête comparée au dos d’un chameau. Plus on grimpe, plus le panorama est spectaculaire : Tenerife parait toute proche. On voit les stations balnéaires occupant la côte sud, les villages à mi pente, les bâches des bananeraies. Nous repérons les Gigantes, la falaise et la ville. Un nuage coiffe le Teide. Au dessus de nous, les nuages passent, tantôt cachant le soleil tantôt nous avons une belle éclaircie. Nous cherchons le coin pique-nique idéal avec un parking, une belle vue et si possible du soleil ! Dominique nous trouve un véritable jardin : une rocaille fleurie de cistes d’asphodèles de soucis oranges, et planté d’opuntias de tabaïbas pour l’exotisme, au loin des palmiers, un petit ravin très creux aux parois abruptes, des crêtes découpées sur une mer bleue. Nous sommes tellement bien que je dessine les plantes et les crêtes.

          Nous sommes près de la Degollada de Peraza, lieu qui raconte la fin de l’histoire commencée à la Torre del Conde .Cette tour fut édifiée en 1450 par Fernan Peraza l’Aîné pour se défendre contre les Guanches qui résistaient à la colonisation espagnole. Son fils Fernan le Jeune épousa Béatriz Bobadilla. Puis il conçut une passion pour la princesse Guanche Iballa. Alors qu’il allait la rejoindre, il tomba dans une embuscade tendue par les frères de la princesse et fut jeté dans un précipice.

Les Roques de Aguando sont des dykes aussi grands que la Cathédrale du Teide Ils dominent une vallée verte où poussent en altitude des pins des Canaries remplacés par les palmiers près de la mer. Le printemps semble arrivé ici : les vipérines bleues sont en fleurs ainsi que les genêts qui forment une grosse boule blanche.

    L’Ermita de la Nieves est une jolie petite église blanche toute simple dans un site magnifique. Juste quand nous descendons de voiture je remarque que le Teide est presque sorti des nuages. J’en profite pour le dessiner tandis que Dominique fait une sieste sur une arête rocheuse parmi les bruyères arborescentes et les genêts en fleurs. Nous sommes à l’altitude de la Laurisilva mais sur ce versant sud, seule pousse la bruyère moins exigeante que les autres arbres. Mis elle a la taille d’un arbuste. Comme nous passons devant le panneau Cedro je demande à Dominique d’aller prospecter le départ de la promenade qui arrive à notre gîte et que j’ai très envie de faire. La SEAT Ibiza s’engage sur une belle allée dallée dans un sous bois très dense. La descente est impressionnante la montée nous fera apprécier davantage notre voiture « Bord de Mer » qui grimpera sans chauffer et sans renâcler.

La Hermigua

     Nous terminons cette belle journée en nous engageant sur la petite route sur le versant faisant face à notre maison. Nous faisons le tour d’Hermigua, gros village dispersé en nombreux hameaux dans la vallée étroite. Notre hameau, est nommé El Convento à cause du couvent dont j’avais entraperçu le clocher ajouré. C’est seulement sur le versant opposé que nous le voyons, en contrebas de la route. C’est aussi seulement maintenant que nous découvrons la silhouette de notre maison : c’est une des plus belles du quartier : bâtie sur deux niveaux, blanche avec des pierres apparentes aux angles, un toit de tuile, son jardin et les deux palmiers qui la précèdent. De la route principale on ne devinait que deux quartiers : la Ville d’en haut et la ville d’en bas. On découvre maintenant que les maisons s’étalent très haut au dessus de nous. Autour de l’hôtel rural  où nous sommes allées chercher les clés dimanche, il y a encore un autre hameau. . Le long de la petite route les maisons sont plus dispersées, des chemins partent dans tous les tournants vers des ravines insoupçonnées. La petite route mène à la mer. Elle est coupée par un gigantesque glissement de terrain. Toute la montagne est fissurée et risque de basculer à tout moment. Depuis quelques jours, je suis saisie par l’ampleur de l’érosion qui est un phénomène très lent sous le climat français et qui reste pour moi une notion très abstraite. Les élèves acceptent très bien cette idée et parlent de l’ »usure du temps ». Je suis forcée de leur expliquer que le temps en lui même n’use rien du tout et que les facteurs de l’érosion sont l’eau et le vent. Ici le phénomène se déroule sous mes yeux. La route principale de San Sebastian a été coupée aujourd’hui par un amas de roches et de boue. Depuis ce matin une pelleteuse remplit des camions qui se succèdent sans arrêt. Le tas n’avait quasiment pas diminué à notre retour à 5 ou 6 heures. Ici, à la Gomera, les basaltes sont anciens, les roches sont marron ocre, très oxydées, très altérées. Les pluies de Dimanche et Lundi ont fait couler dans les rues de San Sebastian une fine argile rose sur laquelle j’ai failli m’étaler ce matin et que les cantonnier raclent à la pelle. A Tenerife, sur le Teide, les chutes de pierres de l’après midi quand la glace fond étaient impressionnantes. Dans les Alpes à haute altitude je connaissais ce phénomène mais ne l’avais jamais constaté de visu. Ces vacances sont vraiment un stage pratique de géologie.

Bonne surprise de retour au gîte, avec le beau temps, la télé est revenue ! Le journal télévisé consacre l’essentiel de son temps à la vague de froid et de neige qui sévit sur l’Espagne. Dès notre arrivée à Tenerife nous avons vu le Pays Basque, la Galice sous d’épaisses couches de neige ce qui ne nous a pas vraiment étonnées. Puis Madrid et la Castille, ce qui n’est pas exceptionnel. Depuis quelques jours on nous montre l’Andalousie sous la glace et la neige. Aujourd’hui le bulletin local des Canaries fait le point sur les intempéries : la tempête a mis à terre des tonnes d’oranges et d’avocats. Le froid et l’humidité ont favorisé le développement du mildiou sur les tomates. C’est toute l’agriculture canarienne qui est touchée. Sans parler du téléphérique du Teide encore bloqué !


13Valle Gran Rey sous la pluie :lézards géants de la Gomera

Publié le : 19 Septembre 2006

Traversée de l’île sous la pluie

     Le crachin breton qui tombe ce matin ne ressemble pas aux giboulées des autres jours. Malgré tout, nous prenons la route pour Valle Gran Rey. Le réseau routier de La Gomera se résume à une couronne, qui traverse le Parc à environ 1100m la Carratera Dorsal d’où partent des rayons dans chacune des vallées. Par exception Hermigua communique avec Agulo en faisant une corniche au dessus de la côte nord se prolongeant encore quelques kilomètres avant de tourner vers Villahermoso. Valle Gran Rey se trouve diamétralement opposé à Hermigua .On pourrait aussi bien l’atteindre par le versant sud.
Les pluies des jours précédents ont provoqué des éboulements sur la corniche. Heureusement, l route est très large. Sous la pluie, la pelleteuse et les camions s’activent. Les camions transportent ; les déblais et circulent lentement sur la route tortueuse. Ils se servent de leur clignotant pour nous prévenir : à droite « vous pouvez doubler » à gauche « ne pas dépasser ». C’est plutôt sympa ! Villahermoso est un bourg ramassé dans sa vallée très cultivée. De petites terrasses très soignées s’étagent jusque haut dans la montagne. De nombreux palmiers poussent sur les terrasses. C’est un paysage très soigné, construit par l’homme, riant et accueillant, tout au moins par beau temps ! Sous le ciel gris et la pluie battante, il faut faire un effort d’imagination pour rajouter la lumière du soleil, les ombres, aviver les couleurs. Un pain de sucre s’appelle le Roque Cano.

    Nous montons vers le Parc négligeant miradors et curiosités ? Plus nous nous élevons, plus le nuage s’épaissit .Il n’y a plus aucune visibilité. Nous entrons dans un long tunnel rempli de brouillards. Les phares ont du mal à percer l’obscurité. On distingue seulement la ligne blanche de la chaussée. Dominique est saisie d’angoisse. Le Tunnel est très long. J’ai vu sur la carte qu’un autre va suivre. Heureusement, il est moderne large et droit. On voit la lumière du jour au fond.

Valle Gran Rey

    Nous arrivons vers midi à Valle Gran Rey. Encore une fois, sous le soleil, la vallée serait ravissante avec ses rochers découpés, ses terrasses vert fluo, les palmiers et de très hautes cascades. Réminiscences de Thaïlande sous la mousson. La petite station balnéaire est tranquille. Aucune comparaison avec les gros centres de Tenerife. L’activité principale est la Randonnée, à pied à vélo ou en canioning. Point commun à tous les passants : ils sont germaniques. L’espagnol a peu cours ici. Les randonneurs allemands ne sont pas rebutés par les intempéries. En short, en Kway, bob ou parapluie, la pluie n’arrête pas le pèlerin. J’ai même vu un enfant sur les épaules de sa mère, emballé dans un sac poubelle noir sortir sa tête coiffée d’une casquette par un trou dans le plastique.
Dans une échancrure de la falaise, un petit port avec des barques colorées et un bar des pêcheurs. Plus loin des quais modernes pour accueillir des bateaux plus gros, déserts aujourd’hui.

Les lézards géants

     Je rentre dans les boutiques pour avoir des renseignements sur le Centre des Lézards.
Chez les Teutons : perplexité. J’ai oublié, ou jamais su, comment on dit lézard en allemand. Même ceux qui tiennent un commerce n’ont jamais entendu parler des lagartos. J’essaie une piste pour me faire comprendre : un serpent avec des pattes, cela ne leur dit rien.
Les Espagnols connaissent le Centre : c’est à la Playa del Ingles derrière le stade de foot.

    La pluie a cessé. On se promène à pied dans des jardins très fleuris : bougainvillées, poinsettias, géraniums, volubilis …La Playa del Ingles est au pied d’une énorme falaise, telle un mille feuilles, s’empilent coulées rouges et noires, cendres rouges, brunes ou claires… C’est là que vivent les lézards géants sauvages. Personne ne viendra les déranger.

    Deux petits bâtiments en ciment : des terrasses grillagées, sur le portail une plaque Centro de Recuperacion de los Lagartos. J’ai trouvé ! Il est 13h30. Par chance, la porte est ouverte. Deux hommes sont assis.

    Je me présente « je suis professeur de sciences naturelles, j’aimerais bien voir les lézards d’autant plus que les lézards sont un peu une histoire de famille, mon père a fait sa thèse sur les lézards vivipares ». Le mot « thèse » me manque en espagnol. J’emploie l’américain PhD, pas compris. L’homme me dit en français « Mais vous êtes française !j’ai travaillé à l’Université de Montpellier » Il demande  mon nom. Panigel cela lui dit quelque chose. Il a dû le rencontrer dans une bibliographie Lui, s’appelle Mateo.

    L’Université de Montpellier » Il demande  mon nom. Panigel cela lui dit quelque chose. Il a dû le rencontrer dans une bibliographie Lui, s’appelle Mateo.
    Il me fait visiter d’abord la nursery. Dans des terrariums, les petits lézards âgés de trois mois sont éclairés par des tubes de  néon dans des boîtes de Pétri. On leur propose de la pastèque coupée en morceaux et des rondelles de poivron. Ils n’ont pas encore les caractères morphologiques adultes et ressemblent à n’importe quels lézards. Dans les enclos on a creusé des galeries dans lesquelles on a adapté des tubes en PVC. Comme il fait mauvais, évidemment, les lézards sont cachés. Mateo tire un tube, le secoue et le retourne. Il en sort une petite femelle grise qui court à toutes pattes vers un nouvel abri. Elle n’est pas bien grande, à peine une vingtaine de centimètre et je n’ai pas le temps de la photographier. Dominique survient. Nous allons visiter un nouvel enclos. Mateo déloge un gros mâle de trois ans qu’il prend dans sa main. On voit bien sa gorge blanche. Comme les lézards de Tenerife, il porte une rangée de points bleus sur les flancs. C’est loin d’être un géant. Pour atteindre trois kilos il lui faudra vieillir de soixante ans. Les jeunes des terrariums ne seront probablement jamais libérés. L’espèce n’a été découverte que depuis peu. La première capture d’un animal vivant remonte à 1999. La description de Gallotia simonyi gomerana a été faite en 1985 d’après des restes subfossiles. Il convient donc d’obtenir en captivité une population assez importante avant de relâcher ces animaux.

    Le chercheur nous montre leur habitat naturel dans la falaise, un creux et un rebord où est installée une corde. Il faut être alpiniste pour étudier ces animaux là de près ! De retour à son bureau, il fouille pour trouver de la documentation à nous offrir. Je vois son matériel de travail : des diapos et des classeurs, des boîtes de tirés à part. pas d’ordinateur. C’est un labo à l’ancienne. Sur son bureau trônent de solides chaussures de montagne. Cette visite donne du sens à cette triste journée pluvieuse. J’étais tombée par hasard sur le site des lézards géants sur Internet et j’attendais avec impatience cette visite.

Playa del Ingles

     La playa del Ingles est la plus belle plage sauvage que nous avons vue depuis le début des vacances. Dangereuse à la baignade ! La date de la dernière noyade remonte à 2002 comme l’indique une affiche placardée pour décourager les intrépides. Une bouée et un filin soigneusement enroulé sont prêts à tout sauvetage éventuel. De gros blocs parsèment la plage de sable noir. On les a empilés pour faire des paravents. La mer est déchaînée. Les rouleaux se brises en formant une sorte de traîne d’écume blanche. La falaise au ras de la plage est énorme, marbrée de pourpre de violet, de brun d’orange avec des lentilles et des coulées qui alternent.

   Pendant le déjeuner, la pluie a cessé. Au retour, elle redouble. Nous reprenons la même route avec un peu moins de brouillard. Le tunnel redouté est passé sans encombre .Des cascades descendent de toutes les parois. Parfois ; ce sont de véritables torrents de boue rouge qui dévalent le rocher.

l'archevêque de Salzbourg

    Quand nous remontons au gîte, notre escalier ressemble à un de ces jeux d’eaux de l’archevêque de Salzbourg ! Le chemin est noyé sous une épaisse couche d’eau. C’est tellement mouillé que c’en est drôle !


14.Notre village Hermigua, promenades sous la pluie

Publié le : 19 Septembre 2006
14.Notre village Hermigua, promenades sous la pluie

encore la pluie!

    La météo nous avait prédit : soleil, nuages et pluies sur La Gomera. Nous avons tout cela en même temps.  J’avais encore un espoir de faire la randonnée Cedro-Hermigua qui aboutit au gîte.
Nous sommes à peine prêtes que tombe la première averse. Pourtant le ciel est dégagé.
     J’avais entrevu le clocher, plat et ajouré, très discret, du couvent des dominicains. Trois cloches y sont suspendues, nous les entendons tinter de chez nous. C’est ce couvent qui a donné son nom à notre hameau El convento. L’église donne sur une placette dallée. Ses deux portes de bois sont belles, l’une d’entre elles est ouverte. Nous entrons donc et remarquons les beaux plafonds de bois précieux sculpté très finement. Encore une fois, ce sont les plafonds qui me séduisent le plus dans l’architecture canarienne.
Nous descendons la route principale du village sous  une pluie insistante. Nous découvrons petit à petit Hermigua, son école, son grand jardin public avec un beau carré de plantes grasses. Le bureau de ATUR (qui nous avait loué le gîte) est à l’étage d’une maison. Je monte pour remercier Laurie toujours si aimable dans ses mails et au téléphone. Elle accepte la Mastercard de Dominique ce qui nous arrange bien et nous permet de rester jusqu’à deux heures demain , nous pourrons prendre un ferry dans l’après midi et pourrons peut être voir Hermigua sous le beau temps !

    Face à l’église, nous traversons la rivière et retrouvons la route sur l’autre versant. Je suis fascinée par la géométrie des parcelles vert vif qui tapissent le fond de la vallée et des bananeraies sur les petites terrasses. La camionnette du poissonnier annonce sa venue bruyamment dans tout le village. Nous avons une vue plongeante sur toute la vie du village animé malgré le mauvais temps Je remonte la route jusqu’au bout tandis que Dominique rejoint la maison par un chemin de traverse. Nous nous retrouverons pour pique-niquer à la plage vers 13 heures. Je surveille Dominique monter l’escalier qui conduit au gîte. Dès que j’amorce le chemin inverse, la pluie recommence à tomber de plus belle. Mon anorak me protège bien au début mais rapidement je suis trempée.

Notre pique-nique se fera dans la voiture devant l’océan, aujourd’hui très calme. Les bateaux de pêche sont sortis, j’en comte quatre plus un petit voilier. Le soleil fait enfin une apparition. Dominique me suggère une promenade sur le GR qui rejoint Leppe à Agulo. En voiture, c’est très court, nous nous donnons rendez vous à 15 heures.

Le GR

     Le sentier passe dans les ruelles du village entre des murs blancs sur lesquels sont perchés des coqs et des poules . je descends un escalier de pierres irrégulières et très glissantes pour arriver aux petites terrasses cultivées. C’est très agréable, un peu sportif. Malheureusement, j’avais oublié la cascade qui saute de très haut du sommet de la falaise en quatre rebonds pour donner un torrent de boue rouge qu’il faut passer à gué. Je sonde avec le bâton de marche, passe la moitié en me cramponnant aux deux bâtons. Entre deux rochers, le courant est très fort, il ne reste qu’un petit espace de moins d’un mètre mais je dois reculer. Dominique a quitté la petite place de Leppe où elle m’a déposée. Une petite chapelle est ouverte. Je pourrai m’y réfugier si la pluie recommence et l’attendre à côté des statues habillées de velours. Juste à côté, un escalier de ciment monte tout droit. Une série de lampadaires me laisse imaginer que je peux l’emprunter pour arriver à la route. Cela grimpe très raide. Quelques mètres avant d’atteindre le but, une coulée de boue, le chemin s’est effondré. En m’appuyant bien sur le bâton et en suivant les traces de pas de quelqu’un qui est passé récemment, je me lance. Ce n’est pas prudent. Il ne s’agit que de quelques mètres. En dessous une petite terrasse pourrait me recevoir si je glissais. Je passe. Et me retrouve sur la route avec les camions. Dominique a trouvé l’autre extrémité du GR à partir d’Agulo. Elle me fait des signes. Elle est dans un très bel endroit occupé par des jardins. En dessous sont parqués des moutons trempés, marron avec un agneau noir. Nous leur jetons des épluchures. Plus loin, des petits cochons sont sur la route, les mères sont enfermées derrière un grillage.

le soleil revients sur Villehermoso

     Puisque les nuages ont disparu, nous continuons la route de Villehermoso pour la voir sous le soleil. Tant qu’on ne s’éloigne pas du rivage, le temps est ensoleillé. Dès qu’on s’enfonce dans la montagne nous retrouvons les nuages et le brouillard.  A deux kilomètre de Villehermoso, nous nous arrêtons près d’une petite plage –baignade dangereuse- une belle piscine. Plus loin une ancienne grue témoigne de l’activité portuaire ancienne quand Villehermoso n’était pas reliée par la route. Pour exporter les productions agricoles, la Grue hissait les marchandises dans les bateaux. Près de la Grue, des allumés ont construit un « château de pirate » un peu délirant avec un bar, une Galerie d’Art,  une scène pour des spectacles et des « nuits de pleine lune ».

carnet moleskine


De retour à Hermigua, je prends mon crayon, mon carnet moleskine. Ce matin j’ai repéré deux « cadrages » qui me plaisent particulièrement : une vue générale sur notre quartier El Convento ramassé sur une arête rocheuse sus une sorte de dyke coupé en deux. Au dessus du rocher, un sommet pyramidal, plus loin, une cascade, enfin, la ligne de crêtes très découpée sur l’horizon.
Autre croquis : au premier plan, les bananeraies dans leurs enclos de pierre, puis la masse du couvent avec son clocher plat et évidé pour trois cloches, à l’arrière, les premières maisons et la nôtre reconnaissable à ses arêtes soulignées par de grosse pierres noires ;

Je n’ai pas pu réaliser le deuxième, trois gouttes se sont écrasées sur le carnet noir que j’ai dû refermer. Sur le chemin du retour une pluie drue m’a mouillée.
J’ai donc passé la moitié de la journée trempée mais au final, je suis ravie.


15. Retour à Tenerife - la Laguna

Publié le : 19 Septembre 2006

San Sébastian

Nous sommes déçues de ne pas trouver le beau temps que nous espérions. Aux premières lueurs du jour la montagne prend de vives couleurs : les rayons du soleil arrivent obliquement de dessous les nuages. S’il pleut encore ce matin, autant prendre le ferry de midi et visiter La Laguna.

    Nous sommes donc à 10h45 sur le port de San Sebastian. Tentons une visite au parador mais nous n’osons pas entrer dans les jardins. A l’entrée de l’hôtel, je marche dans une épaisse flaque de boue : ce qui met fin à mes atermoiements. Nous aurions mieux fait d’aller directement à la plage où je fais un passage express pour nettoyer mes bottines.

Hydroglisseur

    La traversée à l’arrière de l’hydroglisseur est très agréable. Je regarde s’éloigner La Gomera derrière le sillage d’écume. Dominique visite les salons luxueux et se laisse tenter par un maillot de marin à rayures bleu turquoise et blanc censé mettre en valeur le bronzage quand nous retournerons lundi au collège.

En bus en taxi

    Les Ferries Olsen affrètent des autobus pour rejoindre Santa Cruz. C’est très pratique, le petit chariot de la consigne à bagages est garé à l’arrêt du bus .Il y a très peu de passagers dans le pullman. Nous squattons la banquette arrière et mangeons la salade que Dominique a achetée dans le bateau. L’autoroute suit la côte sud dans un paysage morne et monotone gâché par des installations industrielles et des chantiers que nous avions devinés du taxi à l’arrivée dans l’île. Les villages sont moins nombreux que sur la cote nord. J’observe quelques figures d’érosion intéressantes mais peu lisibles.

    Le trajet en taxi de la gare routière de Santa Cruz à la pension Medina à la Laguna est sympa. Le chauffeur est une femme, plutôt bavarde. La pension Medina est située dans un quartier excentré à la Cuesta. Pour 24 euros nous avons une chambre propre. Malheureusement nous sommes loin du centre ville, dix minutes à pied pour rejoindre la Carraterra General puis la Guagua 014. On se trompe. Nous attendons une guagua qui n’arrive pas au bord d’une large avenue déserte. (Ce n’est pas la Carratera General non plus mais il n’y a personne pour nous renseigner)On prend un autre bus qui fait le tour des banlieues de La Laguna.

Le centre de la Laguna, classé au patrimoine Mondial

     Le centre de La Laguna est classé au patrimoine de l’Humanité comme ensemble architectural remarquable de la colonisation espagnole. Mais il est petit,  il suffit de deux rues pour en faire le tour. Nous admirons les portails monumentaux de belle pierre de lave très sculptés à la mode espagnole se détachant sur un crépi coloré de jaune, bleu, rose. Le couvet a de curieuses tours carrées en bois grillagées comme des moucharabiehs, qui ont sans doute la même fonction.

    Dans les boutiques à la mode, ce sont les soldes. Dominique se trouve de jolies chaussures fines. Je me laisserais bien tenter par des jeans à 3 euros mais je n’ose pas les essayer. Dommage celui que j’achèterai le lendemain à l’aéroport à la même taille ! Nous reprenons la guagua à la tombée de la nuit après avoir acheté des empenadas délicieuses qui nous rappellerons les vacances en Galice.

Un boucan infernal

   La pension Medina est propre, l’accueil sympathique, l’environnement nous avait paru à l’heure de la sieste tranquille. Mais c’était sans compter sur le vacarme typiquement espagnol ! Au rez de chaussée, il y a un bar qui ne semble jamais fermer le soir. Des chiens aboient sans répit, ils couvrent le bruit de la télé. Passé minuit, nos voisins rentrent et allument leur télévision si fort qu’il semble qu’elle est dans notre chambre. Il nous faut nous lever à 5h30. Nous passons une nuit presque blanche.


... Voyager pour lire / Lire pour voyager !

Publié le : 11 Septembre 2006

Il me semble indispensable de préparer un voyage dans les livres et pas seulement les guides de voyages, mais aussi resituer les perspectives historiques, et surtout meubler l'imaginaire des personnages de roman qui m'accompagneront si j'ai lu l'ouvrage avant le départ ou qui prolongeront le voyage de nombreuses semaines après notre retour.
Voici donc une liste de livres :

VIETNAM

Daniel HEMERY : Ho Chi Minh De l’Indochine au Vietnam
        Dans la collection DECOUVERTES GALLIMARD
Point de départ de mes recherches sur le Vietnam, qui ne peut pas être seulement une destination de tourisme coupée du contexte historique. Trop plein d’histoire récente qui s’entremêle avec mon histoire personnelle. Imaginer mai 1968 sans le Vietnam ? Les manifs rythmées aux cris de Ho Ho Chi Minh ! Une de mes grandes déceptions a été l’entrée des armées vietnamiennes au Cambodge. Nous avions tellement idéalisé la « juste-résistance-du-peuple-vietnamien » qu’on ne pouvait pas imaginer qu’il entre dans une cause pour le moins trouble. Fin de l’angélisme ! Du petit pays en lutte contre l’impérialisme… toute une éducation politique.
Il me fallait donc mieux connaître le personnage et la genèse des guerres d’Indochine et du Vietnam. Lecture agréable et si bien illustrée.

Laure ADLER : Marguerite Duras
Biographie très très bien documentée. Trop bien presque, il me semble lire une explication de texte, pas une paraphrase mais presque. J’ai lu le début qui se déroulait en Indochine (la concession du barrage contre le Pacifique se situe actuellement au Cambodge) et la période de l’Occupation, puis j’ai refermé le livre, préférant lire l’original à son commentaire.

Marguerite DURAS : Un barrage contre le Pacifique
Ce livre avait une couverture familière. Depuis longtemps il est rangé sur les étagères. Et pourtant, c’est une surprise quand je l’ai ouvert. Livre dense et dur, très loin de la rêverie du film India Song. Misère des petits colons à qui on a refilé une concession incultivable. Dureté et acharnement de la mère. La construction des barrages est terminée quand s’ouvre le roman. La défaite est consommée. Mais l’acharnement reste présent. Roman familial oppressant : cette mère possessive, violente, injuste. Le frère trop aimé, égoïste. La fille opprimée, vendue à M. Jo, le riche colon dans son automobile de luxe… Le diamant et son crapaud, je les ai déjà rencontrés dans l’amant, il me semble. A côté de la tragédie familiale, une tragédie plus grande encore : celle de la misère des enfants qui meurent, des paysans exploités. L’originalité de Duras est de ne pas opposer les petits blancs aux indigènes, au contraire. Extraordinaire humanité du caporal, le seul à ne pas perdre le sens pratique à la fin, quand la mère se laisse mourir et que Suzanne se désintéresse de tout après le départ de Joseph.

TRAN-NHUT : L’Ombre du Prince
Roman policier historique vietnamien. En un  mot : SOPHISTIQUE. Extrême raffinement de l’intrigue, très bien menée très bien construite. Personnages secondaires situés dans leur contexte sociologique très bien décrit. Construction du livre savante et tout à fait excitante. On découvre loin dans le roman le nœud de l’affaire qui s’étale sur des années, de nombreux personnages. Entre temps on apprend plein de choses sur la vie quotidienne au Vietnam, sur les inondations, le climat, les nuages quai sont comme les écailles d’un dragon. Extrême raffinement de la langue. Ce livre rédigé à quatre mains en français est tout à fait bien écrit.

Philippe PAPIN : Histoire de Hanoi
    Livre d’un historien, d’un spécialiste qui donne ses sources, ses notes, ses commentaires. Histoire très détaillée qui commence à la préhistoire et se termine aujourd’hui. J’avais craint le gros livre ennuyeux. Pas du tout, cela se lit comme un roman ! Le site de Hanoi, sur le delta du fleuve Rouge, enserrée dans la boucle de la rivière To Lich et d’autres affluents du fleuve Rouge est décrit comme une terre de légende, lutte entre les génies des eaux et les génies des montagnes. Histoire de dragons, de tortues d’eau…L’histoire d’Hanoi commence avec des légendes. Puis viennent les différentes influences, chinoises. Les dynasties, les guerres contre la puissante Chine au nord, mais aussi contre le Champa au sud, les Mongols... Empereurs et mandarins, concours de littérature, constructions de palais et de citadelles. Jusqu’à ce que Hué détrône Hanoi. Puis vient le temps de la colonisation décrite avec beaucoup d’humour en citant les journaux satiriques dont un canard « Vit duc » ressemblant comme un frère au Canard Enchaîné. Enfin, la révolution, l’indépendance, les guerres, la deuxième guerre mondiale et l’occupation japonaise celle d’Indochine, la française, la guerre américaine, et enfin l’entrée au Cambodge et la menace chinoise...

Graham GREEN : Un Américain Bien Tranquille
A la veille de Dien Bien Phu, Saigon vu par un  journaliste anglais. La défaite de la France est prévisible, les américains poussent leurs pions, « la troisième force ». L’américain bien Tranquille est un attaché d’ambassade un peu espion, très naïf avec cette bonne conscience qui est tellement souvent attachée à la politique extérieure américaine, tellement persuadée de son bon droit. Voulant faire le « bien » de la maîtresse vietnamienne du journaliste anglais en l’épousant. Le « bien » en encourageant des sectes guerrières à faire exploser des bombes dans Saigon, politique tordue qui a fait financer les talibans et même Ben Laden avant de s’apercevoir qu’ils auraient pu être dangereux !! Image de la fin de la colonisation française.

TRANH-HUT : L’Aile d’Airain
        Le mandarin Tân revient au village. On croirait une scène des marionnettes flottantes !
Après avoir exercé dans le nord du pays il revient dans le sud. Opposition entre la chaleur du sud, sa cuisine savoureuse avec le climat et la cuisine du nord. Vie au village. Superstitions villageoises mais aussi présentation du taoïsme en opposition avec le confucianisme officiel. Intrigue compliquée et bien menée (c’est quand même un polar !) Mais aussi en filigrane, la chute du royaume cham et aussi une étude clinique de parasitologie des rizières. L’aile d’airain se trouve être un gastéropode capable d’apporter la maladie qui pourrait causer sans coup férir la chute des chams mais aussi la puissance des seigneurs Nguyên contre l’empereur de Hanoi. Passionnant


Olivier TODD : Cruel Avril
Avril 1975, chute de Saigon, étudiée à la loupe par un journaliste. Livre un peu daté. On a oublié tous les détails de la diplomatie américaine et russe. Trop d’anecdotes et peut être pas assez de mise en perspective

Geneviève GALARD : Une Femme à Dien Bien Phu
La guerre d’Indochine vue par une convoyeuse de blessés. Héroïsme des soldats mais bien peu d’analyse. « Un livre de guerre ». Pas trop ma tasse de thé.

Duong HUONG : l’Embarcadère des Femmes sans mari
La vie quotidienne des paysans du Tonkin. Les hommes sont à la guerre. Guerre contre les français, guerre contre les américains. Au village des clans s’opposent. Les traditions sont bousculées par la révolution. Mais la vie des rizières continue. Les femmes seules sont forcées d’assurer la continuité. Des tragédies de village.

Jean HOUGRON : Les Asiates
Saga se déroulant entre 1907, arrivée du père et de la mère en Indochine, et 1947. Famille  polygame avec l’épouse française mais aussi la deuxième épouse métisse et même la troisième épouse vietnamienne et la servante concubine de toujours, ainsi qui tous les enfants de toutes ces unions. Au début le livre s’attarde sur les obsessions sexuelles du père. L’Indochine se résumant à la vie facile et à la sexualité machiste et débridée. Personnage très antipathique. Morale dépassée, patriarcale et bourgeoise. Trafics en tout genre d’un fonctionnaire véreux. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Ensuite, la vie à Saigon se déroule au sein des divers ménages, l’atmosphère devient plus asiatique. Le fils de la servante devient un dirigeant révolutionnaire Vietminh, l’Histoire entre dans la saga familiale.

Pedro NGUYEN LONG, Georges WALTER : La Montagne des Parfums
Encore une saga, mais vécue par une famille vietnamienne. L’histoire commence à Haiphong en 1945, vie bourgeoise de vietnamiens cultivée. Le père du héros est directeur d’école, son ami industriel. Ils s’expriment en français. La tragédie commence avec la mort de la mère en couches que le médecin français refuse d’assister plutôt que de rater un bal. Puis les français commencent la guerre d’Indochine par le bombardement d’Haiphong. Toute la tribu fuit les hostilités, à la campagne d’abord. Le jeune garçon se laisse d’abord enrôler dans la résistance. Le père suit son fils et le persuade de déserter. Vie à Hanoi. Après la partition du pays, une partie de la famille fuit à Saigon. A nouveau la famille est divisée et émigre à Paris et en Amérique.


TRANH-HUT : Le temple de la Grue Ecarlate  
Intrigue compliquée. Dans une province du nord, le mandarin Tran se trouve confronté à des meurtres particulièrement sauvages pratiqués sur de jeunes garçons affligés de malformations hébergés dan s un temple aux activités très louches. Encore beaucoup de recherches pour situer l’intrigue dans le contexte historique de la fin du 17ème siècle. Analyse très détaillée des pratiques taoïstes (y compris sexuelles) c’est impressionnant même si les détails macabres et peu appétissants rendent parfois la lecture pénible. Encore un cas clinique : syphilis qui est au nœud de l’intrigue. 

NGUYEN HUY THIEP : L’or et le Feu
Recueil de  nouvelles. Les deux premières sont des nouvelles historiques évoquant la période des luttes entre les Trinh et les Nguyen à la fin du 18ème siècle. D’autres nouvelles évoquent le Vietnam contemporain et même une se déroule en Californie. D’habitude j’ai du mal avec les nouvelles. J’aime bien me laisser porter par un récit. C’est plus difficile d’entrer d’emblée dans l’univers d’un texte court. De retour du Vietnam, j’ai plaisir à rester plus longtemps dans l’ambiance asiatique et ces nouvelles m’ont conquise.
        Au rez de chaussée du paradis Récits vietnamiens [b]1991 2003[/b]
Encore un recueil de nouvelles d’auteurs divers. De talent inégal. De longueur inégale. Certaines m’ont bien plu, d’autres sont écrites dans un style rébarbatif. Certaines donnent énormément de détails précis sur la vie quotidienne en ville, c’est ce qui a retenu mon attention.

Anna MOI : Parfum de pagode
Pas d’indication de traduction, ces textes ont sans doute été écrits en français. Un très beau livre avec des textes variés, intimistes mais aussi ouverts sur la ville. Une musique douce et toujours ce parfum....
TRAN-NHUT    L’Esprit de la Renarde
        Encore une enquête du mandarin Tân : je ne m’en lasse pas !
Toujours une enquête bien embrouillée à souhait avec des fausses pistes, de nombreux personnages, des notables, des bonzes, des petites gens, des mandarins…Mais le sujet principal, pour moi, n’est pas tant l’enquête que l’évocation de Faifo – ancien nom de HoiAn – ville que j’ai beaucoup aimée, au temps de sa grandeur quand les commerçants japonais étaient présents, que les Portugais faisaient commerce avec la Chine et que les missionnaires essayaient de s’installer dans tout l’Orient. Port cosmopolite au centre de tous les conflits et les luttes d’influence. Toujours au cœur des rivalités entre les seigneurs Trinh du nord et les NGuyên. Encore une évocation de la médecine orientale, alchimie des cristaux d’acide urique…Et toujours un style soigné, une rare attention aux personnages secondaires. Faifo – HoiAn- et ses lampions comme de grosses citrouilles lumineuses ! Faifo – HoiAn et son marché ! Ses marchands de soie et ses couturières et ses tailleurs à façon ! Me voilà encore en vacances !


Vietnam

Publié le : 31 Aout 2006
Vietnam

D'habitude, je dessine, mais mon carnet Moleskine m'a été dérobé à Hanoi à la fin du voyage. Voici donc une sélection de photos.


Vietnam
Vietnam
Vietnam
Vietnam
Vietnam
Vietnam
Vietnam
Vietnam
Vietnam
Vietnam

1 - Vol CDG /HCMV

Publié le : 31 Aout 2006

12h10 à bord de Vietnam Airline.

La première photo des vacances sera celle de l’équipage. Les hôtesses sont vêtues de la longue tunique fendue rouge au petit col droit galonné d’orange, les cheveux tirés en un gros chignon.
Nous occupons les sièges A et B de la rangée de trois, personne au C. Dominique sera donc côté couloir et j’ai mon hublot, au dessus de l’aile. La caméra embarquée est donc la bienvenue. On suivra le vol à l’écran. Pendant une bonne demi-heure elle transmet l’image du tarmac. Enfin en grosses lettres AHEAD souligné d’un double trait. L’avion attend son tour, Cathay Pacific, la Thaï, de gros porteurs vers l’Asie.
Ciel partiellement nuageux, survolons Reims, puis l’Allemagne, collines et vignobles… la Tchéquie le paysage varie peu, peut être plus boisé, des parcelles plus petites, des ruisseaux qui serpentent…Sur l’écran on nous indique Cracovie, Lvov. Ma géographie hésite. Sommes nous au dessus de la Pologne, de la Biélorussie ou de l’Ukraine ? Le relief s’est estompé, routes droites, grands champs, nombreuses pièces d’eau. L’avion vole haut 10 600m, nous avons parcouru 1700 km.
Décalage horaire
Vers l’Est, le temps est avalé. Il faut se forcer à dormir pour arriver en forme à HCMV. L’équipage fait régner la discipline avec fermeté. A 5h, heure de Paris, l’hôtesse ordonne la fermeture des volets. Au Vietnam, il est 10 heures, heure de se coucher. Il faut se plier à cette nouvelle heure, vivre déjà en Asie du sud Est, plongée dans la nuit. Je sors mon masque et mes bouchons d’oreille et par miracle j’arrive à m’endormir !
Quelques réveils, l’avion vient de dépasser la Mer Noire, sur la carte Groznyï et Bakou. Le Caucase est invisible. L’avion a pris de l’altitude, plus de 11000m. Dominique a vu la Caspienne. Elle rapporte de délicieux sandwiches tomates œufs durs. Sur l’écran, des villes mythiques : Boukhara, Samarkand, Douchanbe, l’Asie Centrale dans la nuit. L’Afghanistan, de Herat à Kaboul, très haut au dessus des montagnes et des guerres. Au dessus du Pakistan il reste encore 5heures de voyage. J’ai dormi 4heures, difficile de me rendormir. Je regarde un documentaire sur Dien Bien Phu, Geneviève de Gallard est citée. J’ai parcouru son livre il y a deux jours. Le ciel se découvre à l’arrivée.


2- Arrivée à HoChiMinhVille

Publié le : 31 Aout 2006
2- Arrivée à  HoChiMinhVille

Arrivée à l'aéroport.
    Les formalités de police ont traîné, on cueuille plus facilement les bagages. A la sortie personne ne nous attend. Parmi les nombreuses pancartes notre nom ne figure pas. L’avion était attendu à 7h10, il est 8h40.
    La postière, en costume traditionnel mais jaune Pet T, est très gentille. Elle appelle notre correspondant et me le passe. Explications embrouillées "The driver is on the way !". 9h30, toujours rien ! La postière vient me chercher dans le hall de l’aérogare. L’hôtel a appelé. Il y a eu une confusion.
Taxi à travers la ville
    Nous prenons un taxi. Je suis démoralisée. D’habitude, nous nous débrouillons par nous même. Alors que tout semble organisé, cela se passe mal. Nous n’avons aucun voucher pour les hôtels, ni les billets d’autobus et de train. Et si nous étions tombées dans une arnaque ?
    Dans le taxi, je suis trop préoccupée pour regarder le paysage. Mes premières impressions de Saigon seront donc vagues et fugitives : une circulation infernale où certaines motos remontent le courant à contresens le long du trottoir, une urbanisation anarchique. Notre taxi se faufile dans le flot des motos, très peu de voitures, quelques vélos. Je comprends tout de suite pourquoi les touristes n’ont pas le droit de conduire ici. Pour une densité de deux roues équivalente à celle de Cotonou, l’air est curieusement respirable : les motos sont neuves. Malgré cela, de nombreux motards sont masqués surtout les femmes qui ont le visage complètement protégé, leurs avant-bras sont couverts de gants à manches longues. Ces protections sont peut être antichute ?
    A l’arrivée à l’hôtel, notre guide glisse 4 billets de 50 000VND en dédommagement du prix de la course en taxi que j’ai payée en € .
Liberty3
    Notre hôtel Liberty3 est un grand bâtiment de 7 étages et d’une soixantaine de chambres. Il est situé sur une grande place. Notre chambre est vaste, haut plafond avec une corniche soignée et des moulures sobres. Trois portes laquées vert d’eau font face à un rideau orange qui habille la grande baie et la porte-fenêtre. Sur le balcon, une poterie bleue contient une sorte de palmier et à son pied une plante rampante. Mobilier sobre -style hôtel- une belle télé satellite, une coiffeuse. Sonnées par la nuit d’avion et l’émotion, nous dormons toute la matinée.
    Sous un ciel couvert mais lumineux nous partons à pied découvrir les environs. Notre quartier, le « quartier routard », les hôtels sur la Rue Pham Ngu Lao et mini hôtels dans les ruelles adjacentes. Partout des agences de voyage proposant des excursions, des magasins de souvenirs, des photographes, des restaurants bon marché…tout ce dont les touristes pourraient avoir besoin. Des jeunes filles transportent des piles de best sellers : Da Vinci code, Papillon, guides Lonely Planet.

Promenade au centre ans la ville coloniale
    Après avoir fait le tour du pâté de maison nous arrivons dans un parc très vert aux pelouses platées d’une graminée aux feuilles larges et épaisses, ombragé par de grands arbres et coloré de massifs de fleurs, amarantes à crêtes roses très roses, impatiens. Dans des poteries des topiaires très asiatiques : des arbres découpés en rondelles parallèles horizontales ou en petites boules imitant la silhouette du pin. Les jardinières, habillées de bleu arborent le chapeau conique typique.

    Le Marché
Sur la place, nous reconnaissons le marché Bien Than : une belle halle coloniale. Nous y entrons par la section des vêtements et des chaussures. J’adore les ambiances de marchés, souks d’Istanbul, du Caire ou de Marrakech, marché africain de Praia ou de Cotonou. Je me laisse tenter par une bricole : un éventail à 10 000 dongs (0.5€). La jeune fille qui me le vend me fait une démonstration : faire glisser le côté sur l’avant-bras puis casser le poignet. Les marchands de fruits ont construit des piles soignées, je reconnais les ramboutans hérissés pointes entre jaune, orange et rouge, es longanes brunes, les gros pamplemousses sont vert pâle comme ceux de Cuba. Les oranges se vendent vertes. De curieux fruits fuchsia ressemblent à des raves (peut être ce ne sont pas des fruits ?) Des durians spectaculaires, des anones, des goyaves…

         Hôtel de Ville
A la sortie du marché nous traversons la Rue Pasteur et trouvons facilement l’Hôtel de Ville (1901-1908) style néo-Renaissance IIIème République, très kitsch, très pâtisserie, sans grand intérêt quoique très vanté dans les guides. Dans un jardin en face, HoChiMinh avec un enfant, une belle statue. Le vieux chef a une attitude sympathique. Toujours des petits arbres taillés dans de belles poteries. Comment les nommer ? Topiaires ? Bonsaïs ? Arbustes taillés ?

          A la Poste
Bâtiment colonial peint en rose abricot pâle rehaussé de stucs blancs, style pâtisserie, persiennes vert foncé, une frise Art Nouveau jaune et vert. Deux petits jardins fleuris aux topiaires bien taillés ont chacun  une statue représentant un couple révolutionnaire qui se détache sur un mur portant des plaques enguirlandées honorant Joule, Ohm, Faraday, Galvani, Gay-Lussac, Ampère, Louis XI, Laplace, Descartes… que vient faire Louis XI ?
En face de la Poste la cathédrale de brique roses pseudo romane. Je n’ai que très eu de goût pour ces édifices sans aucune invention, plagiats ennuyeux.

         Rue Catinat
Nous descendons l’avenue la plus célèbre, l’ancienne rue Catinat maintenant Don Khoi, les « Champs Elysées » de Saigon : boutiques de luxe, beaux hôtels, un très joli théâtre (toujours Belle Epoque) genre Garnier mais petit, encadré de deux jardins agrémentés chacun d’une fontaine de marbre rouge, sur l’une un flûtiste sur l’autre un violoniste. C’est charmant ! Alors que nous allons à la Rivière, des jeunes filles proposent des soins de beauté, manucure.

         Bords de la rivière de Saigon
Sur notre rive : un bel hôtel, des cafés, un jardin public aux pelouses très vertes et aux grands arbres noueux. Sur l’autre rive : des entrepôts couverts de tôles rouillées, on devine aussi des habitations.
Pas de pont, des navettes de bacs de tout gabarit. Entre les deux berges coule la rivière de Saigon, grise et boueuse charriant des branches vertes mais aussi des bidons
Un remorqueur tire deux barges vides, un gros bateau gris très enfoncé<. Que transporte- t il ? De frêles barques à la proue très relevée ont perdu leur peinture. Le propriétaire a peint de beaux yeux rouges sur l’une d’elle.
Tous les bancs sont occupés : vieillards, vendeuses de livres, touristes buvant des canettes de coca…une mendiante veut se faire offrir une bouteille d’eau. Elle monte sur l’estrade du café et termine un verre oublié sur une table.

         Première averse
Des gouttes tombent. Dominique s’en réjouit, imaginant que la pluie va rafraîchir l’air. Brusquement il tombe des cataractes. Un négociant en vins nous invite gracieusement à nous abriter dans sa boutique. Une jeune fille nous apporte un minuscule tabouret en plastique bleu. En un clin d’œil, les pèlerines sont déployées sur les motos. De couleurs vives quelquefois transparentes, à gros pois verts ou violets. Une visière permet de circuler à moto. L’ennui c’est que les motos éclaboussent les passants qui tentent de traverser. Nous rentrons trempées sous le soleil. Une bonne douche et des habits secs. Nous ressortons en quête du dîner. Dominique, peu aventureuse choisit un  poulet frit dans une sorte de Mc Do. Je tiens à l’exotisme ; et je m’attable à une gargote pour routards et je commande un  poulet aux légumes. Tout est cuit à la vapeur, insipide. Le thé est à volonté et gratuit.


3- Pagodes de Cholon

Publié le : 31 Aout 2006

La salle du petit déjeuner se trouve au 7ème étage. Deux buffets sont dressés. Sur le  premier, on trouve de la soupe au crabe gluante et des herbes, du riz sauté aux œufs ; petits pois et lard, du poulet aux légumes sautés : tout un repas asiatique ! Le second buffet correspond aux goûts européens : toasts de pain blanc, croissants et viennoiseries, céréales jus de fruits, fruits frais coupés en tranches.
    Toujours avide d’exotisme, je me compose un repas vietnamien, imitée par dominique qui me laissera ses raviolis aux crevettes, pimentés. Au petit déjeuner, pour elle cela ne passe pas.
    Nos commensaux sont au trois quart hollandais (un groupe arrivé en car) et des touristes asiatiques. Quatre dames, la cinquantaine, habillées comme des poupées ou des adolescentes : jeans très court sous deux épaisseurs de robes vaporeuses aussi transparentes que fleuries avec dentelles et volants. Elles sortent de leurs minuscules sacs à main des carrés de tissus, petits foulards ou grands mouchoirs, et réservent ainsi leurs place. Arrive une famille, grand-mère frisottée, enfants terribles aux bonnes joues et jouets en plastique (gros pistolet à eau). Tout ce monde ignore superbement les foulards nordiques (Japon ? Corée ?) et s’installe autour de la table carrée. Les dames en fleur reviennent avec leurs assiettes et s’arrêtent interloquées : »sorry ! ». Surprise : la famille décampe. Autre surprise : ils se parlent en anglais.

Cholon
    Le portier nous appelle un taxi et fixe le prix avec le chauffeur. Pour Cholon ce sera 45000 dongs (3US$). Le taxi a un compteur et la clim. Il se faufile dans un océan de motos. Je guette les idéogrammes chinois qui m’indiqueront que  nous sommes arrivées à Cholon.
    A 9h, sous un beau soleil : notre première pagode, Thien Hau. A la grille deux femmes brandissent des bâtonnets d’encens. Comme nous les refusons elles n’insistent pas. Nous entrons par un portail décoré surmonté de personnages en céramique bleue encadrés par des dragons sur un toit de tuiles vernissées. A l’intérieur, c’est le rouge qui domine, piliers rouges, rubans de papier rouge ornant les murs. Un Chinois, très aimable rondouillard nous accueille. « D’où venez vous ? – de France ! – mais nous sommes voisins, je viens de Londres UK ! ». Moi qui l’avais pris pour un guide ! Il nous explique que le temple est consacré à la déesse de la Mer. A l’envers du portique d’entrée on voit la déesse survolant une mer déchaînée où sont ballottés des navires sur des vagues au graphisme compliqué. Une cours, sorte d’atrium, est couronnée d’une frise de personnage de céramique bleue – légendes confucéennes, lit-on dans le guide Evasion. Nous n’en saurons pas plus, dommage ! Toute cette foule aimable et variée m’intrigue. Au fond, trois autels avec d’autres divinités : le dieu du Bonheur Ong Bon. Nous cherchons le général Quan Công avec son cheval Rouge. Grandes statues grandeur nature. Nous ne savons plus où donner de la tête. Il faut aussi admirer les piliers décorés, les portes ouvragées, les gros chaudrons…Des fidèles se promènent d’une statue à l’autre, agitent des bâtonnets d’encens, saluent les mains jointes. Nous avons déjà vu les offrandes d’encens en Thaïlande. Là bas, le culte paraissait plus calme, plus serein. Ici, la ferveur se traduit par des  mouvements énergiques et répétés. Du plafond pendent d’étranges serpentins d’encens qui ressemblent à des nasses. Avec les rubans rouges cela fera une photo superbe !
Je regrette notre ignorance. Des fresques peintes en relief racontent  des histoires que nous ne savons pas lire…
Dans la même rue Nguyen Trai, le Temple Nghia an Hoi célèbre, lui aussi la déesse de la Mer. Un magnifique bateau votif très ouvragé est suspendu au portique d’entrée. A l’intérieur les piliers de bois rouge foncé laqué et sculptés diffèrent de ceux de la première pagode.
    Nous continuons la même rue à la recherche de la troisième pagode. Sur le plan, les trois édifices semblent voisins, en réalité nous avons du mal à les trouver. Moins de 1000m les séparent. Difficile d’évaluer les distances quand la marche est une véritable course d’obstacles. Le trottoir, très haut, est complètement occupé par des motos en stationnement, des étals des marchands ambulants, des cantines de soupe ou de sandwiches de baguette, ou des paniers de fruits. Quand ce n’est pas la boutique de tissus qui a installé ses rouleaux multicolores devant son magasin. Des familles prennent le petit déjeuner assis sur de minuscules tabourets. La, un mécanicien répare une moto ttandis que deux ouvriers plongent une chambre à air dans une bassine. Il faut slalomer entre es différents obstacles, éviter la marchande qui transporte des victuailles dans sa palanche. S’il faut descendre du trottoir, attention aux flaques noirâtres ! La rue Nguyen Trai est en sens unique. Chaque feu rouge libère sa cohorte de motos. A l’approche du marché, ce sont les fruits et les légumes qui occupent le bitume.
    Nous avons l’impression de marcher depuis si longtemps que nous avons sûrement dépassé le temple. Difficile de trouver de l’aide ! Les personnes âgées font signe que c’es écrit trop petit sur  notre plan. Les prenant au mot, nous entrons chez l’opticien. Les employées sont jeunes et au moins elles ont des loupes ! Mais elles ne connaissent pas le temple. Finalement Dominique trouve la solution : nous avons l’adresse exacte dans le guide, il suffit de regarder les numéros et de trouver le 802. Encore de l’encens. Beaucoup même ! Le temple est tout enfumé. La promenade proposée par Evasion comprend aussi la visite du marché, nous zappons et continuons la rue sur au moins deux kilomètres qui comptent triple avec les contournements et les descentes de trottoir. Cette déambulation devient de plus en plus pénible. Des ampoules poussent sous nos pieds. Pour le plaisir des yeux, c’est l’éblouissement. Foisonnement des couleurs surtout quand on passe devant les boutiques d’articles de fête en satin rouge brodés et couverts de paillettes, malheureusement protégés par des housses plastiques tout à fait inesthétiques. Au coin de la rue, des motos taxi cherchent t à nous prendre en charge. Dominique refuse énergiquement de monter sur une moto. Elle a peur. De quoi ? Nous risquons bien plus un accident comme piéton quand nous traversons la rue. Les motos taxis connaissent leur métier ! (Enfin c’est relatif, nous avons été témoin de plusieurs accidents de zemidjans à Cotonou). Elle n’est pas complètement hostile au cyclopousse. Les conducteurs de moto en hèlent un, finalement nous continuons à pied sur un boulevard très large, très passant et très ensoleillé. Il faut trouver une solution. La pagode suivante est très loin, il fait trop chaud. Dominique a tellement mal qu’elle accepte la solution cyclopousse.

Cyclopousse
    Nous sommes trop grosses pour un seul cyclopousse, les vietnamiens se tassent à plusieurs mais il nous en faut deux. Pas de problème, le cycliste trouve un collègue. Ce sera seulement deux fois plus cher ! Comment monter sur le siège ? Le cyclo le fait basculer. Ensuite c’est très doux et tranquille. On oublie même les motos qui nous doublent à gauche et à droite. Nos deux cyclos conduisent de front pour qu’on puisse se prendre en photo. Nous nous engageons dans une ruelle très calme loin de la circulation. Seuls roulent des vélos et des charrettes à bras. Les arbres s’avancent dans la rue. Des enfants jouent. Des chiens divaguent. On se croirait à la campagne. Sur une place, sous de grands arbres, des stupas délabrés sortent d’une sorte de jungle. La pagode est plus sobre que les précédentes. Notre cyclo nous accompagne. Il nous montre une table avec théière et petites tasses. Nous déclinons cette offre. Peut être aurait il aimé qu’on lui offre le thé ? Il nous conduit vite de bouddha en bouddha, joint les mains en prière. Un bonze harponne Dominique. Il parle français : « Quel  âge avez-vous ?- Il n’écoute pas la réponse – J’en ai soixante quinze ! ». Il est très fier de son âge vénérable qui lui donne le droit de nous pétrir le bras quand il nous tend les bâtonnets d’encens que nous plantons distraitement devant la statue. Il aurait peut être été plus poli de les secouer et de les lever au dessus de nos têtes. Nous donnons notre offrande (10 000VND). Le bonze nous donne sa carte « bonne année ». Le cyclo nous attire à l’extérieur. Il surveille avec beaucoup d’attention la photo qui s’inscrit sur le petit écran. Je le photographie devant une divinité qui me fait penser à la Vierge, puis avec son copain et leurs engins.

Pagode giac lam
    Le chemin est encore long jusqu’à la pagode Giac Lam. Le cyclopousse me berce. Je ne fais même pas attention à toutes les motos qui nous frôlent. Nous franchissons un portique coloré. La pagode Giac Lam est entourée de verdure. De grosses gouttes constellent le ciment. Avant que l’averse ne forcisse nous filons nous abriter dans la pagode, très haute tour de sept étages soulignés par des balcons couverts de toits recourbés en tuiles vernissées.
Une grande statue genre sainte vierge est plantée à l’entrée. C’est Quan Am dont nous lisons la légende dans le guide Evasion. C’est l‘ histoire compliquée  d’une pauvre jeune fille chassée à tort du domicile conjugal qui trouva refuge dans un monastère en se faisant passer pour un homme. La fille de l’homme le plus riche de la région tomba amoureuse de Quan Am qui la repoussa. Dépitée cette jeune fille riche se livra à la prostitution et accusa Quan Am d’être le père de son enfant. Quan Am fut chassée du monastère et partit sur les routes avec l’enfant de l’autre qu’elle éleva. Quelle histoire !
    Je me déchausse et grimpe les sept étages de la tour. A chaque niveau, une statue peinte de couleurs criardes. Un garçon et une fille révisent leurs leçons dans le calme. Des balcons on a une vue très étendue sur HCMV. Deux grandes roues de foire dépassent les toits, quelques gratte-ciels au loin, peu nombreux encore. Un gracieux dragon jaune orne chaque coin de la toiture recourbée. Une aire contient des monuments serrés en forme de pyramides, on a l’impression qu’il s’agit d’un cimetière. Un guide serait bien nécessaire ! Plus loin, un joli jardin avec des arbres taillés entoure la pagode. Là encore des étudiants apprennent leurs cours abrités sous l’auvent qui court autour du temple. De l’intérieur, un tout petit homme nous  fait signe de faire le tour. Le sanctuaire est précédé d’une salle de réception. Autour de grandes tables sont disposées des chaises comme dans un restaurant chic. Ce mobilier de bois très sombre, verni est incrusté de nacre. Devant une porte, on se déchausse. C’est là que se trouvent les statues vénérables, un grand bouddha et plein d’autres alignés dans la pénombre.. Le petit homme montre le tronc aux offrandes. La couleur du billet que j’y glisse ne convient pas il me montre un rouge de 10 000VND.Au centre un bassin, une île avec une montagne moussue avec des végétaux dégoulinant d’humidité. Deux lions de céramique verte montent la garde. A l’arrière, des tables des bancs, une salle de classe et une cuisine collective. Aux murs des peintures naïves édifiantes figurant l’enfer avec des diables aux têtes rouges brandissant des tridents et toutes sortes de tortures. Représentation fort banale pour des occidentaux.
    Nous passons sans un regard pour l’immense statue blanche de Bouddha. Nos cyclos nous attendent depuis une heure, l’orage menace. Je sors ma pèlerine à l’avance. Erreur ! Le cyclopousse a une capote, un peu percée sur des montants rouillés, mais un abri efficace. Les cyclos ont monté le prix 30 000dongs (15€). Ils ne l’ont pas volé, le chemin du retour était très  long.
Après la sieste nous traversons le parc au pied de l’hôtel Liberty3 pour visiter le Parc de la Réunification dont les arbres dépassent les immeubles.


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