Kota Bharu
Voilà près de dix huit mois que je suis aimanté comme une aiguille vers son pôle, vers ces terres prometteuses de nature et de rencontres…. Mes lectures ont été nombreuses mais le feu de mes interrogations reste vif…..ça y’ est c’est parti.
Le voyage commence dès l’aéroport.
Nous arrivons à Roissy assez tôt, notre avion affrété par la compagnie Malaysia Airlines ne décolle qu’à midi trente. Nous nous dirigeons vers le comptoir d’enregistrement, et devançons une famille asiatique. Ils sont une dizaine et Cambodgiens. La Malaisie sera pour eux comme pour bon nombre des passagers une escale, quelques heures de transit nécessaires afin de rejoindre leur destination finale. Certains vont à Bali, d’autres en Thaïlande mais eux iront à Phnom Penh.
Joignant l’attente à l’agréable, nous échangeons avec nos futurs co-passagers. Nous partageons notre soif de voyages et de notre attirance amoureuse pour l’Asie. La jolie famille part au Cambodge pour des vacances au parfum de retrouvailles.
Leur histoire est magnifique, émouvante.
Le Cambodge vit une période noire de son histoire dans les années 1970/ 1975. Suite à un coup d’état ; le parti communiste Khmer, sous la direction de Pol pot entrent dans Phom Penh avec la sanguinaire intention de vider de ses habitants les villes du pays. Les Khmers rouges brutalisent, ruralisent par la force le Cambodge. Le pays est transformé en un gigantesque camp de travail. Des millions de personnes meurent, d’autres arrivent à fuir comme la famille que nous rencontrons aujourd’hui.
L’aîné m’explique que dans la panique de la fuite ils ont perdu un petit frère. Ils vivent alors dans l’angoisse, le malheur. On peut facilement imaginer…. La vie est dure mais belle, ils apprennent après plusieurs années qu’il est en vie. Le petit dernier se marie dans huit jours. Le papa n’est plus, mais je lis dans le regard de la maman tout le bonheur qu’elle peut ressentir en ces instants.
Nous embarquons dans l’avion, et nous nous installons sur notre siège pour une petite dizaine d’heures et une nuit blanche….
Mercredi 20 Juillet
Nous découvrons le Kuala Lumpur International Airport sous les brumes de chaleur matinales. Le temps est à la pluie. Au-delà du métro aérien et de ses grands espaces lumineux, l’aéroport est aussi à la pointe du modernisme avec son personnel. Les postes de police du service d’immigration sont occupés par des personnes handicapées….stupéfiant. Admirable. L’esprit Malais est d’avant-garde, pour nous Français.
Huit coups de tampons sur nos passeports, ça y est nous sommes en Malaisie ! Du moins dans le hall 11, car nous devons encore prendre un avion pour rallier Kota Bharu, au Nord Est de la péninsule.
Jungle, Jungle, Jungle, Jungle et Jun….ah non tiens ! du sable à travers le hublot! Ça y est on approche de kota Bharu, nous y atterrissons à 11 H 20 sous la pluie battante.
La récupération des bagages se passe sans encombres et c’est bien mieux comme ça ! Toujours emmerdant de commencer l’aventure par une tuile….. Partir sans rien réserver à l’avance est une liberté exceptionnelle, mais j’avoue que de ne pas le faire pour la première nuit cela peut être du sport…
On s’avance au comptoir des taxis, car ici le prix est établi selon la course. L’aventure est l’aventure, mais pour la première nuit j’avais étudié le guide du routard. J’en ai choisi un avec piscine, pour la détente et la récupération.
- Where are you going ?
- Kota Bharu’s town, Diamond Puteri hotel.
Le patron marque une demie seconde d’hésitation, et puisqu’en Asie rien n’est problématique :
- Ok, take this car.
Tout se déroule à merveille et c’est une chance car nous sommes crevés, il est physiologiquement 6 heures du mat’. Le chauffeur de taxi est amical et me fait répéter le nom de l’hôtel. Il s’assure qu’on ait réservé. Instinctivement je lui réponds que non….quel âne je fais. Il saute alors sur l’occasion pour m’en conseiller un autre, un sur lequel il a une commission….j’insiste et lui confirme mon choix.
Il nous dépose bien évidemment devant un autre. Crotte de crotte.
Bon, maintenant qu’on est là j’entre quand même dans le hall. L’hôtel semble gigantesque, luxueux mais étonnement vide. Personne.
Je m’approche de la réception, les prix sont corrects mais pas de piscine….et vu la chaleur extérieure, ce n’est pas du luxe pour aujourd’hui ! Rien n’est grave, j’ai un plan de la ville nous trouverons facilement le Diamond Hotel. Facilement ; facilement pensé….j’avais oublié les bagages.
Lors de nos précédents voyages nous avions privilégiés les sacs à dos ; mais nous sommes rendus à l’évidence que pour le pragmatisme du quotidien, un gros sac, de type valise serait plus adapté à nos besoins.
Fier comme Artaban avec son sac à roulettes, écrasé par la chaleur et le poids du sac sur mon dos, je déambule dans les rues labyrinthes et défoncées de Kota Bharu. C’est des roulettes 4X4 qu’il aurait fallut à ce sac, je suis obligé de prendre en main les 30 kg de ce monstre de tissus. Je dégouline de sueur, et ne trouve pas ce satané hôtel.
- Je suis une vrai patate, je n’arrive pas à le localiser pourtant on aurait déjà du passer devant. On tourne en rond. Je suis mort.
- Attends moi là avec les enfants, je vais essayer de le trouver.
Isabelle part seule faire le pâté de bâtiments. La fatigue pèse lourd, je m’assois avec les enfants à l’ombre d’un parapet. Elle a senti que la pression et la moutarde me montait. Elle revient un quart d’heure plus tard, en vain.
- Il n’existe pas ou plus, faut en trouver un autre…merci le routard !
- Avec ou sans piscine ?
Le premier sur notre chemin fera l’affaire.
Temenggoh Hotel. Le fameux guide de l’hexagone mentionne qu’il est le meilleur dans sa tranche de prix ; soit, allons y.
Heureusement que c’est le meilleur de sa catégorie, je n’ose même pas penser aux autres. Le prix de la nuit est certes attrayant, mais les prestations repoussantes. Pas de ventilation en état, la douche tire vers les bruns, la moquette est odorante, les cafards bien nourris atteignent des tailles dignes de figurer dans le guiness book …on va se régaler ce soir.
Avant de partir à la découverte de la ville, j’inaugure la douche « engageante » en espérant ne pas chopper moult mycoses entre les doigts de pieds. Bien que rudimentaires, nos douches sont réparatrices.
Quinze heures. Notre aventure malaise bat son plein. Nous déjeunons au marché. Nous quatre, testons chacun la spécialité du pays : le nasi goreng. Les aliments volent et virevoltent ; des pluies d’ingrédients aux consonances et origines inconnues atterrissent dans le wok à la guise du patron de l’échoppe. On mange.
FA …meux ! Les mélanges sont subtiles, aux dominances aromatiques de citronnelle….sans le savoir nous goûtons au meilleur riz fris de notre voyage.
Les estomacs heureux, nous marchons pour respecter mon seul programme de l’après midi : Se perdre. S’égarer pour rien voir, tout découvrir. Il est bon d’emprunter les rues ordinaires, celles perpendiculaires aux avenues à l’éclat trompeur. De notre courte expérience de voyageurs, nous savons que l’essentiel de la vie se rencontre dans ces petites artères. Les contacts sont nombreux, authentiques, furtifs.
Voisine et frontalière de la Thaïlande, Kota Bharu ne se démarque pas grandement des villes sudistes du pays voisin. Davantage de voitures peut être, quelques parcmètres. La plupart des occidentaux la boudent et préfèrent piquer directement sur les proches îles Perhentians, mais la citadine n’est pas sans charme.
Les rickshaws lents se traînent sur la voirie avec les épaves roulantes ; les enfants se lavent dans la rue ; le muezzin rythme le bouillon de la vie ; les étincelantes mosquées partagent l’espace avec les habitations des plus démunis ; les marchés sont hauts en couleurs, relevés en odeurs.
Kota Bharu offre à celui qui veut bien voir, ses joliesses.
Le jour s’éteint, et laisse place au déluge. Chouette, il fera moins lourd après… penses tu ….
Nous nous abritons sous les avants- toits des bâtiments, prévus à l’origine pour protéger du soleil. Le marché étant à ciel ouvert, nous craignons de ne rien trouver à manger. Nous devons chercher une petite gargote abritée, mais la difficulté est de passer aux travers des grosses gouttes et de ne pas se rétamer. Nous ne sommes chaussés que de claquettes et les sols de ces abris de fortune sont carrelés…pas sûr qu’ils connaissent Candeloro ici…
Les Malais s’amusent de nous voir si ridicules, si désarmés. Un homme traverse, et escorte sous son parapluie Isabelle et Morgann. Adorable.
Tout semble fermé après 18 heures, nous trouvons une popotte chinoise ouverte. L’accueil y est très chaleureux ; et le riz servi dans une feuille de bananier, succulent.
Loïck et Morgann sont heureux, pas de place aux mondanités, ici on mange avec les doigts.
La fatigue est là depuis ce matin et l’épuisement arrive au galop, Morgann s’écroule stricto sensu entre le riz et le verre d’eau.
Il est dix neuf heures trente, nous rentrons sur l’hôtel à reculons.
Clic ! Clic ? clic-clic !! ??? Saloperie d’interrupteur…
Il n’y a pas d’électricité dans la piaule maintenant…il est vraiment à la ramasse cet hôtel.
Génial !! Va falloir sortir les torches du fond du sac…grrr !! A ce compte là, peu être est il préférable de ne pas ouvrir le lit. Les draps doivent se parer des couleurs les plus énigmatiques qui soient….je vais sortir aussi les sacs à viande. Nous pourrons comme cela tester l’efficacité des répulsifs contre les tics….
- Bonne nuit les petits…..
Jeudi 21 Juillet
Sept heures !!! Inspection générale….rien de bien méchant, uniquement quelques piqûres de moustiques. Nous ne passerons pas une nuit de plus ici. On fait les bagages, on déjeune et ON dé mé nage !!!
Nous ne mettons pas une heure trente à effectuer le transfert ; je suis ravi que l’imprévu n’ait pas rogné davantage de temps sur le programme de la journée…programme aussi culturel qu’insolite.
Constituée de treize états, dont neuf d’entre eux sont des sultanats, la Malaisie offre un paysage ethnique sans pareil. Malais, Chinois, Indiens, aborigènes Orang asli sont présents sur la péninsule et pas moins de 25 groupes ethniques sur la partie orientale, Bornéo. Majoritaires dans le pays, les malais sont pour la plupart musulmans. Le Kelantan, état de la capitale Kota Bharu, est le plus malais et le plus conservateur des sultanats.
Alors en quoi mon programme est insolite ? Par l’existence de Wats, temples bouddhiques, dans cette région islamique tout simplement. Des Bouddhas assis et couchés couchant chez Allah ! La visite est incontournable….
Les temples ne sont pas bien nombreux, mais nous n’avons pas assez de notre journée pour les tous les découvrir. En dépit de mes abondantes lectures, les récoltes d’informations furent très maigres, quasi nulles. Mon instinct nous emmènera dans le district de Tumpat au Wat Phohtivihan et Wat Phikulthong.
De façon à perdre le moins de temps possible, nous interpellons de la main un taxi. Les négoces sont brèves, équitables.
Après avoir traversé rizières et jolis bourgs nous parvenons sur le Wat Phikulthong. D’un coup d’œil je scanne les horizons ; pas de village, pas de vie. Je demande alors au chauffeur de nous attendre.
Personne, pas l’ombre d’un homme. Une vache et trois chèvres se partagent les ordures à l’entrée du temple lorsque nous passons sous le porche menant au Wat. Temple placé sous la protection d’un immense et impressionnant Bouddha assis, couleur bronze. L’endroit est étincelant et d’une quiétude à vous interroger s’il est permis d’y entrer. En éclaireur j’avance rassuré, car de nous quatre je suis celui qui ressemble le plus à un bouddhiste.
Alors que seule la vue extérieure de l’édifice nous remplissait de joie, un bonze s’approche et nous invite.
L’intérieur est d’or, de rouges et d’oranges. Les murs sont ornés de tableaux narrant l’histoire de Buddha, certains d’entre eux sont d’une telle perfection dans la cruauté qu’il nous faut tourner la tête. Les questions émergent, fusent ; mais la barrière des mots sera trop haute. Nous repartirons du temple avec nos frustrations interrogatives.
Wat Phohtivihan n’est qu’à deux encablures du précédent, nous ne mettons qu’une petite demie heure pour s’y rendre.
Hallucinant !!! Nous n’avions jamais vu d’aussi imposante statue religieuse. Normal aussi cependant, avec ses 40 mètres cela serait le plus grand de toute l’Asie du sud-est !
La représentation de Bouddha si gigantesque soit elle, n’attire personne. Nous sommes ici, encore seuls, du moins les seuls étrangers.
Du bruit, des cris, des rires d’enfants. Nos oreilles ne nous trompent pas, elles nous guident vers le fond de l’enceinte religieuse.
Comme la vague en fin de course épousant son récif, nous prenons une déferlante de tendresse, de douceur. Des enfants accourent, nous rejoignent. Pour notre plus grand bonheur, nous sommes pour quelques heures leurs extra- terrestres. Ils nous dévisagent, nous touchent, rient aux éclats, nous retouchent, se re-poilent….Nous ne faisons pas une foulée sans que la horde d’amour emboîte nos pas….c’est un moment vrai, touchant.
Même si le jour est loin de tirer sa révérence, nous devons partir. Nous sommes contraint de revenir sur Kota Bharu pour assurer notre programme de demain : les îles Perhentians, endroit le plus fréquenté de la côte EST. Alors les petites mains s’agitent pour nous saluer, nous dire adieu.
Que de sourires dans nos yeux….
Peu éloignés de notre hôtel, quelques étalages vendent fruits et autres mets mystérieux.
Le primeur nous hèle. On s’approche.
Je reconnais les durians. Aïe ! J’y vais plus tranquilou du coup. Le fruit a la réputation aussi mauvaise que son odeur. Le gars me propose de goûter à son horreur pestilentielle ; il est déjà mort de rire. Un homme averti en vaut deux, dit on, j’avance et j’accepte.
Tchac ! D’un coup de machette le fruit se fend. L’intérieur, d’une couleur blanchâtre, est aussi accueillant que ses relents.
Priant je ne sais quel dieu pour que la mise en bouche ne soit pas suicidaire, je m’exécute et enfourne la chair du durian. Texture peu agréable, du genre chamalow fondu, je rassure les miens et avoue étonnement que c’est bon…. Quel menteur je fais….
Je surenchère, j’en bouffe un autre.
Le gars est frustré….Isa et les petits aussi. Ils voulaient se payer une tranche, ma tronche. Ils y goûtent à leur tour….
Le piège se referme. Je jubile devant le concours de grimaces….n’est il pas impoli de cracher ce que l’on vient de vous offrir.
Nous avons bien fait de choisir cet hôtel ; la réception se propose de nous trouver, moyennant les communications téléphoniques, un bungalow sur les îles Perhentians. Pas simple, apparemment. La jeune femme passera une demie douzaine de coup de fils avant de trouver quoi dormir. Nous poserons les bagages sur la plus grande des deux îles : Pulau Besar, au Co-co hut bungalows.
Douchés et rafraîchis pour quelques secondes, nous partons dîner dans le petit complexe animé que nous avions remarqué à notre retour. Juste après le marché du fruit défendu. La structure architecturale du complexe commercial rappelle une arène, mais sur deux étages. Au premier les fringues, au rez de chaussée la bouffe.
Un resto et une télévision tous les quatre mètres. Le choix va être compliqué.
Aujourd’hui l’affluence et le succès de l’établissement ne seront pas uniquement dus aux prouesses culinaires du cuistot….maudite télé.
L’avantage en Asie, c’est que les batteries sont en plein air, nous inspectons alors la couleur des huiles de fritures dans les woks et la tronche des salades en « vitrine ».
Celui-ci semble correct, nous nous asseyons et mangeons des mee goreng, pâtes frites.
L’endroit est fréquenté par des enfants et des ados, tous installés devant l’émission culte : Star academya, amusant hors de nos frontières mais aussi abrutissante. Le principe est le même que chez nous, les candidats chantent aussi faux mais ici lorsqu’un élève du sexe opposé est éliminé, les accolades et embrassades ne sont pas de rigueur…
Nos deux petits gourmands souhaitent terminer leur repas d’une glace. A chaque baraquement sa spécialité, on doit bouger. En face du foodstall proposant sorbets et cônes aux moult parfums, une ribambelle de gamins jouent.
Nous les regardons évoluer quelques instants sur l’armature métallique d’un ancien commerce. Les menottes souillées sont agiles, les visages lumineux. Voyant mon appareil photo en bandoulière, un malais s’agite et me somme de l’immortaliser…D’un sourire je l’en remercie, et lui montre le cliché numérique. Les secondes suivantes sont folles…
- Picture, picture….. Réclament les enfants. Tous veulent se voir sur le petit écran…
Certains d’entre eux, les garçons principalement, font les pitres pour demander implicitement d’être pris en photo. Ils se taquinent, prennent les tongs des autres copains, les balancent à l’autre bout de la placette….on se marre et eux s’éclatent de nous voir amusés….
- Et cette glace ? on se la fait ?
Tous les bambins nous suivent. Génial.
Nous posons nos derrières, les pitchouns font de même en prenant des chaises appartenant au resto voisin. En sages délicats, ils s’installent à quelques mètres de nous…nous volons la vedette à la Star Académie locale.
- Tournée générale …. Les langues se bigarrent alors au gré des colorants. Que j’aime ces minutes…
Les enfants nous suivront jusqu’à l’hôtel….
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« Loick !!! Réveille toi et regarde au hublot ! »
Cela faisait déjà près d’une demie heure que je scrutais à travers les nuages une once de turquoise…ça y est nous survolons les Maldives. Que dire sur toutes ces poussières d’atoll qui se dessinent au fur et à mesure que l’avion de la Qatar descend, c’est tout simplement époustouflant... sorti des bras de Morphée, mon fils admirait aussi …
Excités et impatients nous avons la chance de pouvoir sortir dans les premiers de l’avion ; sur le tarmac l’air y est très chaud, humide mais la petite pluie qui nous accueille est la bienvenue. Malé, l’île capitale est surprenante par la densité et la hauteur de ses constructions…sa surface ne doit pas dépasser les 2 Km ² ! Nous passons les formalités et bizarrement ils nous prennent les billets retour....volonté de l’état, sans doute.
Il est 15H30 mais nous ne sommes pas encore arrivés sur Vilamendhoo, il nous faut attendre encore une heure pour nous y rendre…. Cela me laisse un peu de temps pour flâner dans les alentours et approcher le bord de l’eau….les va et vient incessants des hydravions ne semblent pas gêner les poissons, il y’en a partout….c’est cool, ça promet.
L’heure de notre décollage en hydravion approche, et j’ai pu constater que les prix de la « Maledivian air taxi » sont exorbitants, faut compter un minimum de 100 euros par personne et par trajet ! Ils se gavent…mais je n’étais pas au bout de mes surprises…. les Maldives sont une pompe à fric.
Il n’y a pas foule, nous sommes 10 dans l’hydravion. Je ne veux rien rater du spectacle, je me place à l’avant de l’appareil, juste derrière les pilotes…le décollage est rapide et bruyant, la sensation est fantastique…et la vue devient rapidement paradisiaque….Vus du ciel, les atolls composent un paysage à couper le souffle ! Qu’elles soient allongées, elliptiques, de forme ronde ou en croissant, les îles sont toutes bordées d’eau turquoise…le sable est d’une blancheur se conjuguant à merveille avec la luxuriance de la végétation….Entre deux clics sur mon numérique, tiens ça rime, j’observe mes enfants et mon épouse...je suis aux anges !
Cela faisait maintenant 45 minutes que nous avions quitté Hululé, et le jeu était de savoir sur quelle île nous allions passer nos 7 premiers jours !
« Celle là, papa ! » me proposa Morgann, « celle-ci ! » dit Loick….mais le seul qui pouvait gagner c’était moi….j’avais déjà vu sur le net une vue aérienne de Vilamendhoo…cela ne fait pas de moi le plus aventurier de chacun de nos voyages, mes enfants et ma femme ne savent rien, mais rien de chez rien, de nos destinations avant de partir !
« C’est l’ovale, ici à gauche » dis je.
L’appareil amerrit au large de notre île, et le comité d’accueil est déjà sur place dans un dhoni. (Bateau local). Pas de colliers de fleurs ni de groupe folklorique, juste une hôtesse et deux porteurs,je ne supporte pas ça mais bon, les Maldives c’est aussi une destination de all-in…
Le soleil commence à embrasser l’horizon, mais l’envie de faire un premier bain est irrésistible, surtout qu’il n’y a personne dans l’eau….
Nous n’avons pas vu grand chose d’extraordinaire dans le lagon, mais la visibilité par le manque de lumière commence à être sacrément réduite…nous verrons mieux demain.
Bien que nous ayons payé relativement cher pour un bungalow, celui-ci offre tout ce qu’il y’a de plus standard….un chiotte, une douche et deux lits pour 90 euros environ…j’espère que les fonds sous marin sont vraiment à la hauteur de ce que j’attends…
Bien que le poids des heures du voyage nous ait rapidement assommé, la nuit fut courte.
Nous sommes parmis les premiers levés, la salle de restaurant est vide. Le cadre est agréable, le nombre de bungalows est important mais aucun ne dépasse les palmiers et les hévéas. Si bien que de l’eau, l’île donne l’impression d’être déserte. Palmes et masques en main, nous décidons d’explorer la barrière de corail. Celle-ci n’est qu’à une trentaine de mètres de la plage. C’est un régal pour les yeux, ici le monde sous marin est une poésie, un tableau de maître. El Nino n’a pas épargné le récif de Vilamendhoo, mais la tendance est quand même à la couleur. Mon œil de photographe amateur a peur de laisser des regrets ci et là ; les clowns et leur anémone, les chirurgiens, les nudibranches, les murènes ….ce premier jour je passe au moins 6 heures dans l’eau.
Le soir après dîner nous décidons de nous rendre à l’accueil, dans le but de s’informer sur les éventuelles liaisons insulaires. Nous ne sommes pas venus ici pour imiter ceux qui n’ont pour seules activités le gavage et le souci de rentabiliser leur formule tout inclus au bar. Les sorties plongées sur des spots sont multiples, mais il n’existe qu’une seule liaison maritime avec Mahibadoo, île capitale de l’atoll d’Ari. Nous irons demain et nous pourrons, je l’espère, découvrir un peu les traditions et l’âme des Maldiviens.
Ce matin, je suis ravi. Avec nous quatre nous ne sommes que huit sur le dhoni. Le prix de la traversée avait sans doute refroidit plus d’un, à moins que le désintérêt le plus total en fut la raison. Toujours est il, ça me convient.
Deux heures après, nous foulons les rues sablonneuses de la petite capitale. Elle est composée d’une artère principale, où quelques petits commerces sont implantés, et de rues menant aux quelques habitations. Les murs de celles-ci sont construits de parpaings de béton ou de corail mort, mais leurs peintures sont harmonieuses et gaies. Tantôt turquoises, les nuances varient aussi entre le jaune, l’orange. Nous aimons flâner dans ces petites rues, c’est là que nous faisons plusieurs rencontres, des enfants pour la plupart.
Le contact est facile, mais l’échange communicationnel moins….personne ne parle anglais, pas même les plus âgés….mais le sourire et le regard véhiculent parfois plus de mots que la parole.
Elles sont quatre et travaillent à l’ombre d’un hévéas, le soleil tape très fort ici. Nous approchons du groupe, et observons la présence d’un petit garçon. Les jeunes femmes tressent des nasses avec des palmes séchées, notre approche est remarquée mais discrète. Nous restons bien là une dizaine de minutes à admirer la dextérité et l’agilité des oeuvrières quand l’une d’elles, s’adresse au garçonnet. Le gosse, d’un pas hésitant, s’avance et tends alors des bonbons à mes enfants…moment simple, instant de bonheur.
Nous rentrons sur les coups de 16 heures, ce qui nous laisse du temps pour une dernière immersion. Nous n’avons toujours pas vu de tortues.
Une fois de plus nous sommes matinal aujourd’hui ; nous irons du côté nord de la barrière, j’ai cru comprendre que de nombreux bans de carangues bleues y évoluaient. Quelques centaines de mètres à pieds suffisent pour rejoindre l’endroit en question. Je ne suis pas encore dans l’eau mais c’est vrai qu’au loin il y’a de l’agitation. Les clapots ne sont pas les effets d’un vent contraire ou d’un courant quelconque, c’est au sein du lagon.
Point de carangues mais l’excitation est à son comble, nous sommes nez à nez avec une bonne dizaine de requins à pointes noires. Ils sont inoffensifs, mais le 1M80 de certains met du piquant à la baignade. Voulant immortaliser la rencontre, qui je croyais jusque là exceptionnelle, je tente une approche. Ce sont des trouillards !!! Ma parole ! Pas moyen de les approcher à moins de trois mètres…je décide de ne plus bouger. Il me faut attendre un quart d’heure sans bouger, pour que les squales rentrent dans le périmètre qui convienne à mon objectif. Je suis con, mais cela n’est que du bonheur !
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, nous avons souvent la sensation d’être seuls. Nous ne voyons du monde uniquement le soir. C’est pour moi une satisfaction. Avant notre départ nous avions acheté une torche étanche, ce soir nous l’essaierons.
Dix huit heures, l’obscurité est là et Loïck ne rechigne pas à me suivre. Le faisceau de la torche nous ouvre le chemin et nous évoluons vers la barrière de corail. A la caisse de décathlon, on peut faire le malin avec sa loupiotte, mais sur le récif je peux assurer qu’on ne la ramène pas ! Je ne vais jusqu’à dire que j’ai rempli mon maillot de bain, mais la nuit c’est stressant…et passionnant ! Aveuglée et attirée par la lumière une énorme murène java est venue presque se frotter à nous, quand j’y repense BRRRRR quelle sale gueule !!!! L’avantage est de pouvoir observer des espèces qui ne sortent que la nuit… c’est une aventure au pays des tout inclus quoi !
…. Avant de partir nous décidons d’envoyer un peu d’exotisme à nos amis : direction la boutique « attrape nigaud » de l’île. Nous choisissons 10 cartes postales, demandons les affranchissements et la sympathique douloureuse de 25 USD !!! Dis Tonton, pourquoi tu tousses !?
Bien que les jours se suivent et se ressemblent ici, nous n’avons pas vu le temps passer. Nous quittons demain Vilamendhoo pour une autre île sans regrets, mais heureux des rencontres que l’on a pu faire.
Kuredu, est loin d’ici. Deux heures d’hydravion sont nécessaires. Quitte à changer d’île, changeons aussi d’atoll. Le temps est plus clément qu’à notre arrivée, ça tombe bien ! Les vues aériennes ne seront plus qu’extraordinaires.
Devant faire une escale à Hululé, nous profitons de poster nos « chères » (au sens propre comme figuré) cartes postales, cela mettra moins de temps pour arriver en France…..
Bon, qu’est ce que je fais ? Je le dis maintenant ? En fait les cartes, elles ne sont jamais arrivées, si si…..c’est fini, on écrit plus.
Kuredu est bien plus grande, son lagon semble l’être aussi. Kuredu est la seule île de l’atoll de Lhyaviani offrant la possibilité de dormir, mais notre choix s’est résumé à la richesse de ses fonds. A notre amerrissage, mêmes chichis et nous arrivons à l’accueil du resort. C’est particulièrement long, ça discute, ça s’en va et ça revient, puis on nous appelle. Ne serions nous pas attendu ???
« Mr yann, we’re sorry… ».
Mon anglais est scolaire mais je réussis, toutefois, à comprendre que je n’aurais pas le bungalow qui nous était normalement réservé, soit. On s’en fout, le principal c’est de pouvoir dormir. On nous a remis une clé, dont le porte clé mentionne « Sangu », pas têtus on se dirige vers les pancartes indiquant le même nom. Nous marchons environ 1 Km, sacs au dos, et au détour d’une masse végétale, nous arrivons à Sangu.
« Je crois qu’il y’a un hic, là » en m’adressant à mon épouse. Nous étions en face d’une dizaine de bungalows sur pilotis. Le hic, c’est que nous avions payés pour une catégorie standard, c’est à dire cinq fois moins cher !!! et comme tout se paie à prix d’or ici, je ne voudrais pas me retrouver à la fin de la semaine avec le complément à régler….un petit truc dans les 2000 USD….je retourne à l’accueil.
Dégoulinant, je reviens trois quarts d’heures plus tard. Mes enfants et ma femme, ne s’étaient pas fait prier : ils étaient dans l’eau. Faut dire que la chaleur est écrasante, notre courte expérience de voyageurs n’avait jamais été confrontée à de telles touffeurs.
La réception m’avait tout simplement assuré que le bungalow était le notre pour une semaine et qu’il n’y aurait pas de mauvaises surprises ! Moi, qui avait juré de ne jamais poser un pied dans ce genre de standing….
C’est cossu, bien agencé mais cela n’est ni plus ni moins qu’une chambre sur des poutres… mettre près de 450 euros la nuit là dedans, c’est de la pure folie ! Certains auraient passé la journée dans leur superbe villa ; nous, nous y sommes restés le temps de poser les sacs et de se foutre un maillot, à l’eau….
L’île offre plus de 3 Km de plage de sable blanc descendant dans un lagon immense …. La face Nord est plus ventée mais bordée de palmiers, le Sud semble plus propice au développement des Hévéas et Hibiscus….Kuredu est plus variée, végétalement parlant, que Vilamendhoo.
Cet après midi nous décidons d’explorer le versant Sud du récif corallien. Les fonds sont couverts d’algues, semblables à la posidonie méditerranéenne. De nombreux poissons licornes et perroquets nous dansent leur ballet mais toujours pas de tortues en vue. Kuredu est une île réputée pour la richesse de sa faune sous marine, et on y trouve pas moins de 40 spots différents. Le versant Sud est à mon humble avis relativement pauvre, le corail y est abîmé et les espèces de poissons courantes, sans aucun doute cet endroit ne figure pas parmis les sites classés….cherchons encore.
J’ai toujours trouvé la plongée en apnée plus intéressante que celle avec un équipement. Nous ne sommes que plus libre, plonger à quinze ou vingt sur un petit périmètre est sans intérêts. Une seule goulée d’air pour descendre vers les abysses est une satisfaction immense, les rencontres sous marine sont alors magiques, uniques….C’est un sport qui exige une certaine maîtrise de soi, patience et observation …justement observons. L’école « Pro divers » de Kuredu possède une dizaine de bateaux qui sortent quotidiennement sur le récif, il suffit de repérer leur mouillage temporaire. J’apprendrais par la suite, le nom du premier repérage « The Batu caves », placé sur le récif Nord.
Elles sont là, en bas à une dizaine de mètres peut être. Elles se reposent dans le renfoncement d’une grotte. En dessous le bleu azur est impressionnant, je ne vois même pas le fond. Je sors la tête de l’eau pour prévenir ma petite famille qui n’avait rien remarqué, je me remplis d’air et entame la descente pour interrompre la sieste de nos carets. Je descends en poids constant mais ne palme pas, je ne souhaite pas les effrayer. Je suis à quelques mètres des tortues, elles sont énormes…1 M50 de large environ. Sympathiquement, elles ne prennent que l’envol lorsque je me situe à 2 mètres d’elles….j’ai des frissons, c’est beau. Je suis la plus grosse sur quelques mètres, nous sommes si près que je peux la toucher … elle me regarde et prend la pose…..inoubliable. Je remonte et voit l’hystérie que le spectacle avait déclenché en surface…je suis heureux.
« The caves » est un spot dont le récif est composé de six à huit grottes sous marine, naturellement placées à quelques mètres l’une d’elles. Les snorkellers ne trouveront pas forcément leurs paradis, seule l’immersion peut rapprocher de l’Eden.
Kuredu ne déroge manifestement pas à la règle d’usage, le prix des sorties en bateau sont chères mais plus nombreuses que sur Vilamendhoo. Nous écartons logiquement celles présentées sous forme d’excursion et privilégions les liaisons inter îles ou celles proposant du snorkeling. Demain nous partirons la journée pour découvrir Maayilafushi, sur le retour un spot sur une épave est prévu
La découverte des îles habitées n‘intéressent manifestement pas les occidentaux, ce matin nous ne sommes qu’une poignée : un couple d’Allemands, d’Anglais et nous quatre. …tant mieux. Cela fait maintenant une bonne heure que nous naviguons en direction du Sud, quand soudain des ailerons se dessinent à l’horizon….le capitaine manœuvre son dhoni vers une autre rencontre aussi imprévisible que profonde. Combien sont ils ? Difficile de les compter….ils ondulent, apparaissent, disparaissent, plongent, jouent avec la proue du navire… cela dure, dure, dure…Sur le pont il s’établit alors une atmosphère d’une densité très profonde, propre à chaque personne, un calme intérieur pendant lequel chacun est emmené malgré lui dans un monde autistique… celui des dauphins.
Nous avions déjà vu des dauphins mais jamais dans leur milieu naturel, je suis autant émerveillé par la grâce et la beauté de la nage des mammifères bleus et blancs que par l’expression des visages de mes gosses. Il est vain de tenter de mettre des mots car ils ne font, à mon sens, que réduire ce qui est de l’ordre de la perception. Partager de tels moments avec les gens que l’on aime, s’apparente à un sourire plein de poésie. Dans cette humeur parfaite et en un dernier plongeon harmonieux, les dauphins semblent nous saluer avant de rejoindre les abysses.
Nous aurons le bonheur d’en rencontrer à chacune de nos sorties en mer….
Le moteur du dhoni baisse de régime, nous accostons à Maayilafushi. Nous apprendrons de la bouche d’un des trois hommes d’équipage, que l’île n’est habitée que depuis dix ans. L’islam, professé aux Maldives depuis le douzième siècle, est devenu religion d’Etat en 1968. Et tout comme le Qatar et Oman, les Maldives sont musulmanes à 100 %. Il nous explique qu’une loi maldivienne exige qu’un minimum de 40 hommes fréquente journalièrement la mosquée. Si le cas se présente pour des raisons démographiques, les îles et ses habitants « hors la loi » sont alors délocalisés sur une île inhabitée. Maayafushi est une de ces nouvelles îles reconstituées.
Les rues sont larges, sablonneuses et les habitations modestes et peu nombreuses…c’est encore désert. Fasciné par l’architecture des mosquées, nous marchons en direction de celle d’ici. Elle ressemble davantage à un entrepôt qu’à un lieu de culte…dommage.
« C’est une mosquée temporaire » nous racontera le mousse plus tard.
Quelques petits commerces ci et là, mais rien de bien touristique. Pourtant les prix pratiqués sont « étonnement » exorbitants. Le voyage approchant à sa fin, nous voulons matérialiser celui-ci avec une ou deux babioles pour les enfants, ahhh !! Consommation quand tu nous tiens !!!!
Nous entrons dans une boutique où les cartes, T-shirt, et souvenirs en tout genre se mêlent aux épices et produits alimentaires courants. Les prix sont indiqués en ruffiya, monnaie locale, mais ici tout se paie en dollars. De plus, il est impossible d’acheter des ruffiyas dans les îles resort. Nous passons donc à la caisse en s’attendant que le prix serait dérisoire….50 dollars !!!
Dépité, je pose la marchandise et laisse le vendeur méditer….
Nous quittons Maayafushi un peu déçus ; oh bien sûr il y’à quelques belles photos mais pas de rencontre digne de ce nom. Un des marins lève le mouillage et le dhoni poursuit vers le sud Est.
Le capitaine stabilise son bateau dans un courant impressionnant, face à l’épave où nous devons nous rendre. Le danger est réel et présent, aussi ma femme et mes enfants décident de rester à bord. Un des marins se met à l’eau, et pour une fois je suis content d’avoir un guide. L’Anglais semble angoissé mais nous rejoint, faut dire que le courant est tel qu’il est impossible de lutter et de nager à contre sens. Celui-ci nous amène sans effort sur l’épave ; son étrave hors de l’eau, le porte container est délicatement posé contre le récif.
Etourdissant ! Les couleurs sont vives, et le lieu explose de vie…la plongée sur épave devient en un clin d’oeil une plongée naturaliste : Coraux mous, éponges, gorgones, hydroïdes, corail noir…et j’en passe. Les poissons sont hors du commun et atteignent des tailles incroyables : les Napoléons sont de ma taille ; bon je sais je ne suis pas bien grand mais pour un poisson c’est hallucinant ! Le maldivien s’engouffre dans l’antre du navire, percé de part en part par la rouille…. « Quel malade !! » j’ai à peine le temps de balbutier ces mots dans mon tuba que trois grosses murènes sortent de la cale … j’avais plongé à la même profondeur que le maldivien, mais j’étais resté en dehors de la cavité en spectateur…j’ai battu le record de remontée ce jour là !! Je crains ces bestioles, finalement assez imprévisibles.
En rejoignant le dhoni ; qui s’était laissé dériver pour nous récupérer ; nous croisons des bans de thons, barracudas, et une énorme tortue carouane…chaque immersion est un bonheur ici, on ne s’en lasse pas.
Excité, je rapporte ce que j’avais vu au fond pendant que le dhoni reprenait la route pour Kuredu. Le soleil va embrasser dans une heure l’horizon, et les dauphins jouent encore avec les sillons de notre embarcation. Quelle journée fabuleuse !!!
Sur le chemin menant à notre « super méga » bungalow, nous marquons un arrêt à l’école de plongée « pro divers ». Outre les kékés aux cheveux longs envahissant l’accueil, Pro divers propose de nombreuses sorties snorkeling. Nous optons pour demain une sortie à la journée.
Un café en main et tel un rite obsessionnel, je me rends chaque soir sur notre terrasse, sur pilotis elle aussi. C’est un poste de guet bien agréable je dois avouer, la nature est si différente la nuit.
Telles de véritables artistes, de grosses raies pastenagues viennent valser tous les soirs sous les projecteurs du bungalow….j’aime à croire qu’elles n’étaient là que pour moi….
La tête remplie de couleurs, je pars me coucher.
Il est sept heures et tout le monde est là, nous sommes dix personnes. Si je devais faire un bilan quant à la masse touristique durant notre séjour, il serait plus que positif. Après la rencontre « in- exceptionnelle » avec les dauphins, le bateau longe la barrière externe de l’atoll de Lhyaviani pour se rendre au spot que les Maldiviens nomment « Aquarium ». Si eux-mêmes surnomment un site de la sorte c’est que le déplacement en valait le coup de palme…. Quelques dizaines de minutes passent quand le dhoni fait face à un monticule de corail mort, les eaux entourant l’îlot sont d’une luminosité exceptionnelle. Nous avions déjà vu une telle limpidité dans les eaux Thaïlandaises du côté des Similan, mais ici nous avons l’impression que des halogènes sont placés sous la coque du navire. L’envie est irrésistible : « Je veux être le premier dans l’eau !!! ».
Le capitaine peine à stabiliser le dhoni, le courant est pratiquement aussi fort que sur l’épave. Ce n’est pas grave, nous avions prévu des bouées pour les enfants, aujourd’hui on partage tout !
Capricieux je saute le premier du bateau, Loick et Morgann m’imitent…
Il ne manque que le bulleur, le thermostat, et les vitres…. « Aquarium » ! C’est une invitation !
Sur le sable un requin timide s’éclipse nonchalamment, ce qui me permet d’évaluer la visibilité à une bonne vingtaine de mètres. Deux grosses raies tachetées à la silhouette gracieuse et évanescente, suivront le squale. Nous palmons en direction du chaos de roches où nous attendent murènes, nudibranches fluorescents, gorgones rougeoyantes, poissons scorpions, et autres comatules dans un décor de corail digne d’un palais de sultan. La vie explose partout, profitant du moindre courant pour développer à l'infini les formes les plus inattendues. Les anémones câlinent tendrement leurs poissons clowns, les empereurs mettent la touche colorée aux sombres coraux mous, les rascasses volantes déploient leurs artifices, les poissons feuilles flamboient de jaune et de vert…..que notre planète est belle… Ma fille dort ! Je n’y crois pas ! Elle dort le masque sur le nez et tuba en bouche ! Faut dire que les journées sont bien remplies. Prétextant quelques clichés à soigner, je savoure ces derniers instants de communion dans un ban de carangues bleues dont la masse masque la surface.
Inutile d’expliquer que le retour sur le pont est alors vécu comme une déchirure, une douleur … Bien que leur lagon soit également un enchantement, je passerais sur les explorations sous marine de Lonuboa et Vavvaru….je ne ferais que radoter.
Février 2003. Archipel des Similan, mer d’Andaman.
Deux jours, plus que deux jours avant notre retour en France. Des paysages et des rencontres plein la tête, nous terminons notre premier périple en « routard » sur l’une des raisons de notre présence en Thaïlande…
SIMILAN
A 90 Km et près de 3 heures de bateau du continent, nous voyons l’archipel convoité se profiler puis se rapprocher…tant de mois d’attente pour vivre cet instant !
CYAN ! MARINE ! TURQUOISE ! EMERAUDE ! BLANC !...je ne sais où donner de la tête !!!!!!
Mes yeux de « farang » sont béats face au spectacle offert…Végétation épaisse, sable blanc, blocs de granit embrassant l’azur et le turquoise…… Même dans mes rêves les plus fous l’évasion n’était pas aussi intense….
Accompagné de mon épouse et de mes deux enfants, je ne peux que saisir toute la dimension et le sens du mot partage.
Après avoir mouillé le longue queue sur la plage immaculée, nos pieds s’enfoncent maintenant dans cette farine d’une incroyable blancheur…. Ici tout nos sens sont mis a contribution !!
Euphoriques devant tant de splendeurs, Isabelle et moi pensons qu’un endroit pareil mérite mieux que d’y passer la journée. Au diable ! Oublions la brosse à dents, le change et tout ce qui nous rattache au quotidien.
Cherchons de quoi dormir….
Classé parc national, l’accès à l’archipel est fermé six mois de l’année. Seul Koh Bangu et une autre île offrent la possibilité de dormir. Non ! Ici rien de semblable à Phi phi, juste quelques tentes et bungalows modestes entretenus par les quelques fonctionnaires employés…
Sous une toile ou sous un toit, peu importe, nous aurions même couché sur la plage si cela avait été possible, routards novices que nous sommes…
YESSSSSSS !!!!!!! Reste plus qu’un bungalow...il est pour nous !!!
S’enfonçant dans l’épaisse et dense végétation, un fonctionnaire nous accompagne jusqu'à notre location. Dernier à être loué mais également le dernier a embrasser la jungle. Chouette on va être tranquille….
On ne s’enquiquine pas à faire le tour du propriétaire, explorer les recoins et les fonds marins de l’île nous emballent davantage. « Allez les enfants, on se dépêche… » .
Pour être allé aux Maldives, je peux affirmer qu’aux îles Similan la clarté de l’eau est exceptionnelle.
Une randonnée vers le sommet de Bangu, quelques plongées au tuba et photographies ci et là, la journée s’achève.
On est claqué, nos yeux brillent de mille feux ! Heureux de rejoindre notre chambre, sans le savoir, nous nous apprêtions à passer une nuit mémorable...
Aucune tristesse ressentie à quitter ce foutu short que je portais depuis ce matin ; de plus il m’irritait désagréablement l’entre cuisse…entre baignades et randonnée qui ne le serait à moins ?
Même Loick, mon fils de 8 ans, qui ne s’était plaint de toute la journée souffrait des mêmes irritations.
Si le bungalow offrait un confort des plus rudimentaire, il était tout de même équipé d’un ventilo, d’une douche et du savon oublié par les derniers occupants, le top quoi !!!
Le doigt en guise de brosse à dents et le savon remplaçant l’ultra brite, nous étions prêts à rejoindre Morphée.
Un lit double pour quatre ?
No soucis !!!! En gentlemen Loick et moi proposons aux filles de nous coucher à même le sol. (Il y’avait bien moins d’auréoles jaunâtres et de fourmis par terre !!!!).
Déjà 22 heures et les 35 degrés ne faiblissent pourtant pas…heureusement que ce vieux ventilo esquisse un semblant d’air dans cette moiteur intenable, sinon…ET MERDE !!!! C’est aussi l’heure à laquelle les groupes électrogènes sont coupés…..on va crever….
Même habillés dans la tenue d’Adam, l’air est irrespirable. Seuls mes enfants dorment ; en sueur j’arrive tout de même à trouver le sommeil.
Deux heures passent….
YANN !! YANN !! Réveille toi il y’a quelqu’un sur le toit et à la porte, va voir…
Mais c’est rien, répondis- je à ma femme pour la rassurer mais aussi pour continuer ma nuit…
Trois minutes s’écoulent….
YANN !! Va voir c’est peut être des terroristes….
QUELLE ANERIE j’avais fait en lui disant que j’avais lu sur un guide que des mercenaires avaient agressés et dépouillés des touristes au Sud de Koh Lanta.
Sur un ton railleur, je lui rappelle ses excès télévisuels et lui conseille de se rendormir.
Je tourne, vire…maintenant réveillé je mesure davantage l’amplitude sonore et l’inquiétude d’Isabelle. C’est incontestable, les bruits sont intrigants.
Et si c’était vrai ?? Trop forte, elle a réussi à me filer la pétoche !
Armé de mon appendice originel et équipé du faisceau fluorescent de ma montre, je m’aventure jusqu'à la persienne, histoire de voir…
Il y’a du monde, ça bouge….
D’arbres en arbres, des arbres sur notre toit, du toit sur d’autres banians………des écureuils, des singes ? Je sais moi ?? Les mercenaires à notre porte ??? Un énorme et simple iguane…
Moralité du récit ? Ne jamais écouter sa femme………..non je plaisante. Bien au contraire, je la remercie pour cette anecdote de voyage, qui sera à vie la notre…..
Il est sept heures.
Tawau est à un peu plus d’une heure de route. Nous avons le temps car le ferry pour notre prochaine destination n’est qu’à onze heures.
Avant d’embarquer le change est impératif. Nous n’avons aucun rupiah en poche, ni un seul ringgit malais. Il nous reste les pratiques mais contraignants traveller chèques.
Dotées du système adéquat, seules les Maybank ; institutions gouvernementales ; sont en mesure de transformer nos solides bouts de papier en liquide.
Et la contrainte c’est que le samedi ces banques sont fermées, nous en avons déjà fait l’expérience samedi dernier sur Kota kinabalu.
La Maybank de Tawau est celle qui confirme la règle ; pour notre bonheur et à notre plus grande surprise elle est ouverte aujourd’hui.
Le cœur allégé, nous prenons un taxi pour nous rapprocher du port de Tawau.
Outre les relents malodorants, le port « international » a quelque chose de stupéfiant. On ne le trouve que par le fruit du hasard. Il ressemble davantage à un marché qu’à un emplacement réservé aux départs pour l’Indonésie.
Nous approchons de ce que nous imaginons être les quais, les gens ne tardent pas à nous indiquer du pouce les sas grillagés, salle d’attente pour le passage devant le service d’immigration.
Le flux est important sur une file. La seconde, réservée aux étrangers est vide. Nous n’apercevons pas un seul occidental.Bon signe, gage d’authenticité.
Pourtant je suis angoissé ce matin.
La peur ? Oui.
Risqué ? Peut être.
Mais libres.
Cette année nous partons pour le Kalimantan, partie Indonésienne de Bornéo, de la manière la plus culottée et irraisonnable qui soit.
Pas de guide du routard ni de lonely planet ; cette année c’est l’aventure.
Si Icare avait en ligne de mire le ciel au bout de ses ailes, ; comme lui et dans la plus simple des ignorances, nous écrivons ici à la porte de l’Indonésie une page inoubliable de notre histoire de voyageurs.
Mais d’un geste plein d’amour, le pays ne tardera pas à fondre la cire de mes tourments matinaux.
Comme pour toutes les situations nouvelles de la vie, le plus difficile c’est le premier pas.
Mais sans le réaliser nous l’avions déjà franchi lors de notre demande de visa auprès du Consulat Indonésien basé à Tawau.
Quatre coups de tampons….nous y sommes, nous avons franchis le second sas.
A travers les grilles, nous apercevons rapidement notre ferry pour Tarakan, accosté à trois bateaux du quai.
De loin ; malgré la rouille ; l’allure de l’Indomaya express semble acceptable.
Du sas jusqu’au quai nous assistons à une fourmilière humaine, un va et vient impressionnant. Porteurs et passagers se croisent, marchent, courent et se bousculent arnachiquement.
Hésitants nous avançons, empruntons l’unique passerelle sur laquelle nous devons forcer le passage pour espérer atteindre le dit quai.
- Ahhh !!!! Quand même...
Les minutes suivantes s’annoncent périlleuses.
Pour rejoindre l’Indomaya express, il nous faut traverser les deux navires sur lesquels les portes latérales n’existent pas. Et rien ne facilite la circulation sur les périmètres.
Les bagages, cartons, cagettes de bestioles vivantes et autres bardats trouvent leur place sur les ponts en fonction de la force avec laquelle ils ont été projetés.
Un porteur me propose ses soins…je décline et préfère m’occuper de nos sacs, même si cela doit me coûter une suée.
Atteindre l’Indomaya est un abominable cirque. Comme sur la piste aux étoiles les qualités d’équilibre sont rudement mises à contribution...
Larges comme deux pieds, les ponts sont extraordinairement occupés. Arriver dans les cabines pour poser son derrière sur l’un des sièges du bateau est une victoire en soit.
Agilité, improvisation, synchronisation ; déambuler ici revient à pratiquer le trapèze sans filet….pas banal pour un port de pêche.
Minutes périlleuses mais souriantes.
Le ferry est un bourrier flottant, mais de standing.
Passons sur les effluves d’urines émanant de la proue et sur les centaines de cafards habitant les sièges ; il y ‘a la télévision et la clim’….Oui Môssieur !!!
Si la fraîcheur fut la bienvenue après ma suée, les seize degrés ambiants nous obligent à sortir les vestes et à réaliser que des hordes de cancrelats ont investit nos sacs. Isa est « ravie ».
Les trois heures trente de traversée ne s’avère pas être une des plus agréables.
Cela caille, ça gratte et ça pu pour faire court.
Et pour couronner le tout on bouffe de la Britney Spears en boucle sur le Vidéo CD.
Un bonheur.
Vivement Tarakan.
De l’hublot j’aperçois le littoral de Tarakan. Surprenant.
Je m’attendais à voir tout sauf un horizon parsemé de grues et de cargos posés comme des corbeilles. Le port de Tarakan semble être un carrefour commercial ou industriel ; où les truck boat et autres porte container se partagent l’espace maritime.
Notre descente du ferry est vite remarquée et plus compliquée que pour notre embarquement à Tawau. La galère se répète, il nous faut traverser deux bateaux pour atteindre la jetée.
Maudite et inaccessible jetée…
L’escalier menant en haut du quai est constitué de deux paliers, sans plancher. De ces derniers il ne reste plus que l’armature métallique ; et à nous de jouer les fildeféristes, sacs au dos, sur les poutres de trois mètres larges comme deux pieds joints.
Le moindre écart se solderait par un plouf saumâtre.
Débrouillards motivés ou chanceux nous arrivons secs sur la terre ferme, théâtre de fermes négociations.
Plusieurs hommes braillent entre eux ; nous sommes au centre de leur discussion.
Qui va avoir la course ?
- Mau ke mana ? Dari mana kamu?
Personne ne parle anglais. Prévoyant, je sors mon « Parler Indonésien en dix leçons » et la carte géographique du Kalimantan.
La présence d’occidentaux n’est pas coutumière, la notre déclenche rapidement une vague de curiosité pleine de bonheur simple.
La foule enfle et devient telle autour de nous quatre que l’on pourrait croire qu’on distribue des valises de billets.
Regards observateurs, sourires, rires, les enfants sont l’objet de toutes les attentions.
Premier constat, les Indonésiens sont adorables et patients….je mets dix minutes à trouver dans mon bouquin de poche ce qu’ils me demandaient.
- Kita..euh…mau mana tidur . Kita ...euhh!!! comment on dit être.....ne trouve pas le verbe être….
J’aurais du acheter l’édition « Comment apprendre l’Indonésien en dix minutes », cela aurait facilité les choses…
- Français c’est...Perancis !!!
Kita Perancis !! Nous français !
- ZIDANE !!!!!! Perancis ZIDANE !!!….le geste du fameux coup de boule en sus. .
Les présentations sont faites, penchons nous sur la carte. Je leur indique du doigt Tarakan et montre que nous souhaitons descendre sur l’archipel de Maratua car seule cette île est mentionnée sur la carte. Derawan, île sur laquelle nous souhaitons dormir, n’est pas matérialisée.
Notre indofranglais est handicapant, l’échange va durer une bonne demie heure. Il aurait pu durer trois jours si un conducteur de bémo bredouillant en anglais n’était pas venu sur ces entre faits. En quelques mots et gestes notre itinéraire est tracé.
- Tarakan/Tanjung Selor , Tanjung Selor / Berau , Berau / Derawan.
Le voyage promet d’être plus long que prévu; j’imaginais une liaison directe pour Derawan à partir d’ici.
Nous allons devoir dormir sur Tarakan.
La ville ou le bled de Tanjung Selor est situé à quelques centimètres au sud de Tarakan. Bien qu’elle soit continentale, nous devrions pouvoir la rejoindre par voie d’eau via les mangroves.
Nous demandons au conducteur de bémo de nous emmener vers le centre ville, afin de choisir une chambre où nous poserons les sacs pour la nuit.
Nouveaux billets, nouveau pays, nouvelle bananade…on se fait avoir.
Nous payons cent mille rupiahs (neuf euros) pour atteindre le centre marchand. Une fortune. Plus aguerris et plus expérimentés, nous apprendrons plus tard que la course ne dépasse pas les trois mille rupiahs par personne…pas grave.
Tarakan est une île au large du Kalimantan mais sa ville prend les allures d’une continentale. Des KFC, des marchés, des hôtels, des Malls….Tarakan n’est pas paumé.
Le bémo nous dépose devant le Paradise hotel qui pratique des prix angéliques.
Libérés des bagages et d’un billet de cent mille rupiahs pour la nuit et les petits déjeuners, nous partons en ville espérant recueillir davantage d’informations sur notre retour.
Nous devons impérativement revenir sur Tawau avant le Mardi 21 Août afin de rejoindre Kuala lumpur, synonyme de notre retour en Europe.
Le chemin que nous parcourons aujourd’hui, nous contraindra à l’imiter dans son contraire demain.
Jusque là nous jambes d’hercule n’ont eu le mérite que de repousser le mur de nos interrogations.
En Malaisie nous n’avons pas été en mesure de connaître les jours de départ du ferry Tarakan / Tawau.
Cela ne devrait être qu’une formalité ici.
Les traverses de la ville sont à l’image des réponses qui nous sont formulées, un véritable capharnaüm.
Vingt hommes nous répondent avec une authentique bonté. Cinquante mille probabilités en ressortent.
Seule certitude : l’heure. Les ferry partent pour la Malaisie à dix heures.
Quand certains m’affirment qu’il existent des liaisons tous les jours, d’autres infirment en me confiant qu’il y’en a uniquement les mardis, Jeudis et Samedis.
La mécanique du retour semble bien mal rôdée.
Nous convenons de revenir sur Tarakan le samedi 18 …en espérant que le bateau ne soit pas fantôme.
Dans toute cette glisse hallucinatoire, nous parvenons tout de même à localiser le port où les speedboats rallient Tanjung Selor. L’heure ne semble pas être un problème, il en part tout le temps.
Pas à pas nous avançons et puis comme souvent dans la vie, le hasard a encore joué son rôle aujourd’hui.
Par précaution et par expérience, nous nous lèverons tôt demain.
Le flou de la veille s’est vengé de mes inquiétudes. Par fatigue, je suis mort. J’ai dormi par terre avec pour seule couverture mes questions encore présentes...
Tanjung Selor ? Jusqu’à hier j’ignorais son existence.
Et après ? Demain ?
Jaune comme le miel ou doux comme le baiser de la mort ?
Je n’en sais malheureusement rien.
Quand tout est réuni pour fondre en larmes, il y’a ma femme. Avec elle les doutes s’envolent. Dans ces moments là, elle prend le relais. J’arrive face à elle sans couleur, mes maux, et repars après ses mots comme un arc en ciel.
Je n’en sais heureusement rien.
Ce voyage est pour moi une expérience révélatrice. Marcher sans repères, sans informations, sans guides débouche sans le vouloir sur des sentiments nouveaux.
Pour mes tendres, rien n’est extraordinaire dans la manière. A chacun de nos voyages, ils ne savent rien et ne veulent rien connaître. Ils s’imprègnent et découvrent le pays avec la plus belle des qualités ; la naïveté.
Regards neufs, sourires heureux, boulimiques de savoirs autres, riches de ce qui nous a nourris….la simplicité.
Je suis heureux de voyager avec eux.
Nous foulons l’asphalte de l’entrée du port au soleil naissant. Nous nous dirigeons sur la droite de celui-ci, vers une bicoque en dur s’apparentant à un guichet. Un bureau, une souche, deux hommes. Rien d’autre.
- Mau ke mana ? Où allez vous ?
- Tanjung Selor.
Nous payons 70 000 rupiahs par personne, le même prix que les locaux, pour plus d’une heure de traversée. L’Indonésie nous semble aux premiers abords un poil plus cher que la Malaisie pour les transports.
Le quai d’aujourd’hui, comme celui d’hier, est insondablement long. Les longues minutes de marche se transforment en un terrain d’observation, en un paysage de vies. Comme des mains d’étoiles, la lumière du matin se répand sur les toits scintillants des mosquées de la rive gauche. Les frégates de Komodo tournoient, les poulets crêtés cocoricotent sur les monticules crotteux…Pour un poète dans l’âme, c’est fantastique.
Le port des liaisons internes ; je ne connais pas son nom ; grouille et bouillonne de bateaux en tout genre. Comme un tableau d’affichage d’aéroport, les rabatteurs excités hurlent les nombreuses destinations.
Incroyablement fou. Incroyablement vrai. C’est une autre planète.
Hagards nous nous laissons guider, à défaut d’y comprendre quelque chose.
Par je ne sais quel miracle, nous grimpons dans un speedboat.
Petite et fuselée, l’embarcation aux décorations fleuries accueille une vingtaine de passagers. La traversée n’est pas sans saveur car elle nous mène à notre premier rendez vous continental. Après quelques minutes de mer les mangroves ne tardent pas à nous livrer ses images : Labyrinthe saumâtre dont les murs de végétation, vert panaché, atteignent des hauteurs insouciantes. Cela me rappelle quelques reportages télé sur l’Amazonie.
En chaque village perdu bordant le Kayan nous croyons découvrir Tanjung Selor. Une heure forte plus tard, nous apercevons la mystérieuse. La petite ville s’étend deux méandres, et dispose de plusieurs terrasses sur pilotis jouissant de l’humide ambiance et de la vie qu’offre Sungaï Kayan.
Nous n’avons pas encore accosté le quai branlant du modeste port que je nous imagine aisément sur ces modestes balcons de bois, passant du temps à écouter l’opéra de Dame nature. L’endroit respire la sérénité et dégage cette petite douceur de vivre que chacun aspire.
Notre arrivée fait une fois de plus sensations, les habitués des terrasses se transforment en un clin d’œil en une horde d’amour. Pas moins d’une vingtaine de personnes.
Fiers et droits, viennent les hommes. Discrètes et de velours, suivent les femmes.
D’une main, chacun d’eux souhaitent communier et partager la douceur des paumes de nos enfants. La scène est attendrissante, unique. Si simple, si belle.
- Mau ke mana ? Où allez vous ?
- Berau, Tanjung gredeb.
Nous quittons cet instant de bonheur dans un véhicule généreux. Un grand père aux yeux rieurs nous conduit gratuitement à quelques baraquements de planches et de broc…la gare routière.
Le Kalimantan s’ouvre à nous comme une porte de sourires ayant pour charnières de chaleureuses empoignades et un sens de l’accueil remarquable.
Aucune minute n’est laissée à la galère, en deux coups de cuillère à pot nos sacs sont sur le toit du bus en partance pour Berau. Nous sommes les derniers passagers. Et comme partout où nous sommes allés, une fois le bus plein, le départ est imminent.
Mécanique encore éteinte, le moteur des passagers Indonésiens tourne lui à plein régime.
Guitare à la main, cigarette en bouche, une dizaine d’étudiants chantent à l’avant du bus. Pour se rendre intéressants, pour couvrir le volume de l’auto radio et pour couvrir le bruit la mécanique….
Même si l’ambiance est récréative, le démarrage est un crève cœur pour les tympans.
- Il y’a des réacteurs de Tupolev sous le capot ?!
- Quoi ?
Bon passons sur l’interlude sonore….
Il est midi et le ventre creux lorsque Berau nous livre le visage de ses rues. La portuaire semble modeste mais assez grande. Le bus y marque plusieurs arrêts mais nous ne savons pas au quel il est préférable de descendre. Je décide de le faire au prochain.
- Hello mister, hello mister…
Derrière nous, un jeune homme me salue à travers la fenêtre du car.
Je n’avais pas prêté attention à l’arrière du bahut. A chaque ralentissement ou chaque stop, le pare choc avait fait le plein de curieux.
- Hello mister….Apa Kabar ? Comment vas-tu ?
- Kabar baik. Je vais bien.
Mes quelques mots d’Indonésien déclenchent une joyeuse hystérie et promettent d’ores et déjà quelques minutes folles à notre descente du véhicule.
- Dari mana ? D’où venez vous ?
- Dari Perancis… De France.
- ZIDANE !!!
L’histoire se répète.
- Ya Zidane. Oui Zidane.
Sans le savoir ma réponse nourrit déjà l’anecdote.
Le car ralentit puis fait taire le vacarme mécanique devant un bâtiment en briques blanches. Un commissariat de police.
Les bagages descendent du toit aussi rapidement qu’ils sont montés. Les curieux du pare choc aussi.
- Zidane, Zidane !!!!
J’hoche la tête et acquiesce d’un sourire pour confirmer que je suis français comme le jeune retraité.
Euphoriques, certains d’entre eux partent tout azimuts pour revenir en nombre.
Une petite foule se forme autour de nous quatre quand un policier s’approche.
Il parle anglais. Cela ne va pas être du luxe.
En quelques mots je lui communique notre souhait de rejoindre l’île de Derawan. Il me répond, mais je n’entends pas.
L’ambiance est digne d’un stade de football, un joyeux bordel.
Les badeaux ne comprennent rien à la langue Shakespearienne, la frustration est palpable. Les Hello mister et les Zidane ne désemplissent pas.
Le policier nous accompagne à pénétrer le commissariat afin d’échanger dans le calme. Avant de traverser la route, il nomme trois « volontaires » pour nos sacs. Nous nous sentons gênés.
Nous entrons dans une pièce que j’imagine être le bureau du principal. Les chaises sont tirées, nous sommes invités à nous asseoir.
Le fonctionnaire m’explique qu’il est trop tard pour espérer rejoindre Derawan en bateau à partir de Berau. Il m’apprend qu’il nous faut louer un 4x4 pour aller sur Tanjung Batu, un village se trouvant à quatre heures de piste d’ici.
- Cela nous fait arriver vers 17 heures sur le village….Que fait on ?
- On y va. On trouvera peut être un bateau pour nous accompagner sur l’île. Me répond Isabelle.
- Je n’en sais rien. Ce qui m’inquiète c’est qu’il fait nuit à 18 heures et je doute que les pêcheurs partent à cette heure ci. Bon, au pire on dormira sur Tanjung Batu.
Le policier joue l’agent de voyage et me formalise qu’il s’occupe de tout.
- Wait a moment please, i ‘ll call a friend.
- Terimah Kasih. Merci.
Dehors la foule a triplée. A travers les fenêtres j’aperçois des ballons de foot levés au ciel.
- Oh ! didiou ce n’est pas possible. Regarde dehors Isa.
- Ils t’ont pris pour Zidane.
- Ils ne vont pas être déçus si je jongle…
Ceux me connaissant savent combien ma ressemblance avec le footballeur est aux antipodes de son physique. Elle se limite à la coupe de cheveux et à la nationalité. Pour ce qui est du reste, il faut avoir beaucoup d’imagination ….
Notre entrée dans le commissariat a sûrement donné de l’importance à la rumeur. Zinedine en vacance dans le Kalimantan….
Le quatre roues motrices arrive quelques minutes après l’amusante méprise. Deux jeunes Indonésiens à son bord.
Tantôt agent de voyage, garant de la sécurité publique à ses heures, le policier s’improvise maintenant traducteur.
Les jeunes hommes nous demandent près d’un million de rupiahs pour Tanjung Batu.
Négociations ardues.
Nous grimpons dans leur véhicule à 13 heures 30 pour un prix frôlant les cinq cent mille rupiahs (45 euros). C’est une coquette somme ici, mais je suis conscient que les quatre heures de piste nécessaires pour nous mener au village, le seront aussi pour revenir sur Berau.
La poignée de main avec le fonctionnaire est chaleureuse et reconnaissante.
Allez, en piste !
Le dépaysement est garanti.
La route suit le delta, sinuant au gré de l’eau, avant de se perdre au milieu du désert vert.
Asphaltée durant ses premières quarante cinq minutes, la piste devient poussière puis rapidement boue.
De l’épaisse et de la bien molle. De la bonne et jolie boue. De l’originale, pas d’imitation possible.
Elle couvre par endroit une surface telle de la piste qu’elle inviterait n’importe quel occidental effronté à faire chemin arrière.
Impraticable n’est pas Indonésien.
Le véhicule rebrousse chemin mais uniquement sur quelques mètres. Notre conducteur n’est pas un bobo, il parfait son élan.
Pied au plancher, la troisième enclenchée ; le 4x4 fonce bouclier baissé, glisse, tourne parfois à quarante cinq degrés et surfe jusqu’à retrouver le dur et la poussière.
Ici le 4x4 n’est pas comme par chez nous, un joujou inutile pour les champions du paraître.
Au premier obstacle franchi, en vient un second. Celui-ci est de taille et donne matière aux complexes.
Ouverts par les pneus des véhicules passés précédemment, les sillons de terre humide atteignent une quarantaine de centimètres de profondeur.
Le rallye est difficile. Un camion benne en a déjà fait les frais. Il est hors course et barre le seul accès « praticable » de la piste.
Les deux mains sur le haut du volant, notre Ari Vatanen local médite en marquant tout de même un temps certain.
Minute sceptique, incertaine.
Il descend puis rejoint le chauffeur du camion stationné dans le fossé.
Nous restons dans l’habitacle et observons. Les deux hommes échangent mots et gestes.
Notre conducteur approche la patinoire brunâtre et étudie la trajectoire qu’il pourrait emprunter. Il déplace les timides poutres salies, et ajoute branchages pour un véhicule téméraire.
Une mobylette chargée exagérément.
C’est avec le regard le plus amusé que nous attendons le plongeon de la pétrolette.
Les deux jambes écartées en guise de béquilles, le motard s’en sort royalement… .Même pas drôle !!!
Deux véhicules se joignent à au notre. Plus expérimentés ou plus effrontés, ils nous devancent.
L’un d’eux tente sa chance sur le « pont » de fortune ; les roues braquent de manière entêtée avant de venir s’enliser à mi parcours.
Les pneus crissent sur le lisse marron et dégagent une odeur de caoutchouc désagréable. Le chauffeur doit se résigner, il est embourbé. Alors s’organise une équipe pour une poussée collective.
La volonté des trois hommes ne suffit pas à alléger l’emprise.
De la boue jusqu ‘aux chevilles, je mets mes kilos et mon passé de rugbyman à leur service.
La chaleur est écrasante, orageuse, à la limite du supportable.
Les énergies déployées parviennent à déloger la voiture mais seulement de quelques mètres.
De la tête aux pieds en passant par les dents, c’est en dalmatien que je me présente à la seconde épreuve.
Là rien n’y fait. Il faudrait appeler les all blacks.
Une poutre est alors sortie de l’enfer marron, elle fera fonction de levier. La technique est salissante mais pragmatique. Elle permet aux 4x4 de rejoindre en moins d’une heure le dur.
La route est ensuite interminable. Nous mettons en tout près de cinq heures pour rejoindre Tanjung Batu.
Trou du cul du monde mais charmant. On s’y sent plutôt bien.
Chèvres, vaches, chiens et enfants se partagent les chemins bordés de jolies maisonnettes.
Il est tard, la nuit est installée depuis quelques minutes.
Nous apercevons du ponton de pêche Derawan, l’île n’est qu’à une quarantaine de minutes.
Alors que nous nous imaginions passer la nuit je ne sais où sur Tanjung batu, un ancien se fait un honneur de nous chartériser sur l’île dès ce soir.
Une ballade sous la bonne étoile pour 200 000 rupiahs.
Nous arrivons au losmen Rezza, où l’accueil est à la hauteur de notre fatigue : ENORME !!!
Des gamins partout sur la plage, des sourires et encore des sourires…..
Douce nuit près de l’eau, bercés par les clapots des vagues sur les pilotis, tortues au bord du rivage…Morphée nous arrivons.
Tasik Cini. Le lac, l’étang, le temps…
Certains n’y verront qu’une simple balade en bateau …
Nous descendons du terre plain en direction du lac, près de Sungaï (fleuve) Pahang. Nous marchons sur le ponton donnant accès aux petites embarcations. Le panorama est superbe. Nous sommes entourés de collines et de végétation, en pleine jungle…mais ici comme sur Bornéo, la forêt primaire a souffert. De nombreux hectares de cultures de palmiers à huile ont remplacés la forêt originelle. C’est le triste constat de notre première quinzaine. Les sultanats locaux sont davantage intéressés par l’argent que génèrent ces plantations que par la préservation de leur environnement. Mais le constat d’un occidental restera aussi celui d’un riche, rebus, en mal et en quête d’exotisme.
Nous autres occidentaux, croyons savoir exactement comment le reste du monde doit vivre. La vérité se trouve bien ailleurs dans ces campagnes reculées. L’estomac, oui dans l’estomac. L’homme ne peut pas le fuir, et ici comme dans beaucoup de contrées, c’est l’organe le plus écouté.
Que leur dire alors de nos belles pensées, de nos réflexions quant au devenir écologique désastreux de notre planète ?
Conservez vos forêts ! Ne les détruisez pas ! … elles absorbent toutes les merdes que nos usines capitalistes crachent….
Notre bateau, comme le Titanic, coule et nous regardons ailleurs...
Bateau, allez ! revenons à nos moutons…
Nous grimpons dans le notre, en lui souhaitant un meilleur sort que le transatlantique Britannique. Chacun s’installe prudemment dans la barcasse à moteur et s’assoit sur une planche large comme une paire de fesses…et selon la largesse du postérieur, la place est plus ou moins adaptée….j’y suis très très confortablement assis !!!! menteur…
Le boat man démarre l’engin et le propulse au Nord du lac.
C’est un lieu de plénitude où la beauté naturelle se déploie sous toutes ses formes, où la contemplation de la nature reste une émotion à l’état brut... Le bateau s’enfonce dans les hauts papyrus et prend les portes naturelles. Cini est une succession de paysages, de vues. Un diaporama dont les images se suivent et ne se ressemblent pas. Le miroir tantôt bleu, devient brun puis vert.
Les nénuphars aux bords roulés de couleur olive se prélassent à la chaleur, les herbes aquatiques sont de couleur tilleul, les roseaux verts…du rose aux verts ; touche de grâce et de couleur au tableau verdoyant. Les fleurs de lotus sont ici la signature, la folie artistique d’un grand maître sur sa toile.
Spectacle offert à chaque floraison.
Le bateau force le passage, les souples et vertigineux bambous s’écartent. Surprises, les grues s’envolent avec délicatesse…quand l’époustouflant de cet endroit magique survient.
Dans la géante verte au milieu de nulle part ; elle est posée là, sur l’eau. Confectionnée de rondins, de bric et de broc, la maison sur pilotis nous fait face. Est elle habitée ?
Réponse éclair à ma question.
Mon cœur s’emballe.
Cachées près d’un massif végétal ; elles remontent les filets dans le tronc taillé, leur pirogue. La maman et la fillette sont des Orang asli, descendantes indigènes.
Et dans le plus grand respect, l’une enseigne à l’autre ce que l’on ne peut pas apprendre dans les livres. Moment fort, instant de vie.
On prend encore une gifle aujourd’hui.
On pourrait rester là pendant des heures à les observer, mais nous comprenons que nous devons partir. Le temps du boat man est compté et nous pouvons déranger. C’est en sages que nous nous éloignons mais nos regards restent figés par ce que l’on vient de découvrir.
La frustration naissante est de courte durée ; nous voguons vers ce que je croyais être le bout du lac, mais en réalité nous nous apprêtons à entrer dans un nouvel univers.
Un monde de jungle où tous les éléments semblent vouloir prendre l’apparence de l’autre. Le métissage des genres. Les racines de palétuviers imitent des formes animales quand celles vivantes miment les espèces végétales. Branche qui tortille devient serpent, mante devient feuille, iguane bois.
Observation, imagination, admiration.
Spectateurs géants et muets de notre progression dans les méandres saumâtres; les hévéas observent, vous accompagnent. Dans le silence. Silence où l’écoute devient reine ; où Dame nature reprend ses droits.
L’ambiance calfeutrée de la jungle permet alors d’apprécier les chants d’oiseaux, les vocalises des macaques, le son strident des insectes…la vie tout simplement.
Dans ce labyrinthe aquatique les libellules s’improvisent guides, nous attendent, nous dépassent…les photogéniques martins pêcheurs, identifiables par le bleu de leurs plûmes dorsales, nous devancent et me narguent.
Traversant furtivement d’une rive à l’autre, d’arbre en arbre ; ces malins pêcheurs maintiennent toujours la même distance, suffisante pour être vus et trop éloignée pour l’objectif de mon numérique.
Je perds au jeu du « vu pas pris ». La plus belle photographie est celle que l’on ramène dans sa tête… le bel oiseau restera mon plus beau cliché mental de la journée.
Nous rentrons ce soir sur Kuantan, les yeux et le cœur remplis de couleurs.
…pour moi Cini est une poésie…
http://yannsenant.hostarea.org/
Mercredi 10 Août.
Semporna.
Destination résolument inconnue pour nous dans le sens où je n’avais rien lu à son sujet avant le départ et qu’elle ne faisait pas partie de notre itinéraire. Et pour rajouter un peu d’angoisse à cette inconnue, nous rejoignons la station des bus de Sandakan sans tickets ni réservation. Il n’existe qu’un bus par jour ralliant une ville à l’autre. A notre arrivée sur le terminal nous sommes rapidement rassurés, il y’a encore des places. Les rabatteurs jouent alors leur meilleure interprétation, histoire de nous soutirer quelques ringgits supplémentaires. Mais à la bataille nous gagnerons au poker menteur, nous paierons le prix normal. Les rabatteurs de Sandakan sont redoutables.
Il est 7 heures, ce qui nous laisse quarante cinq minutes de répit. Attente transformée en pause kopi (café) dans l’une des nombreuses échoppes.
J’aime ces moments. Vous savez ceux où vous vous imprégniez des bruits et des odeurs de la vie. Les gosses vendent quelques ramboutans ou autres fruits, les hommes tentent de refourguer des imitations de montres. Ils grimpent dans les bus puis en redescendent. Ils naviguent d’un foodstall à un autre. C’est le va et vient de la survie, leur quotidien.
Entre deux gorgées, un homme nous accoste. La présence de nos enfants est un sacré passeport au pays de la rencontre, du contact. Les Malais comme bon nombre d’asiatiques adorent les enfants, surtout s’ils sont blonds. Fallait voir comment le grand père avait préparé le milo (chocolat) pour Loïck !!
Après quelques questions d’usages, l’homme s’intéresse à notre prochaine destination.
- Semporna!? Which hotel are you going?
Je lui réponds que nous n’en savons rien. Lui sait.
- Arung Hyatt hotel is the cheapest of the area and the boss is a friend of mine. La messe est dite.
Il m’informe que son ami possède un bateau et qu’il pourrait nous emmener sur Sipadan, raison de notre poussée jusqu’à Semporna. Pour conclure je le remercie du tuyau et lui promet qu’on ira voir l’hôtel.
C’est l’heure du départ. Direction plein sud à trois cent kilomètres. Nous mettrons six heures et demie pour rallier Semporna. Je demande au chauffeur s’il peut nous déposer au Arung Hyatt. Il me fait répéter, il hallucine.
Le bus dépose les autres voyageurs près du port mais notre terminus n’est pas là. Nous roulons quatre à cinq minutes de plus. Nous débarquons avec nos sacs dans une courette et nous faisons face à ce qui ressemblait à un hôtel. La baraque est délabrée mais semble être habitée. En m’approchant j’aperçois une pancarte mentionnant tant bien que mal le nom de l’établissement. C’est un hôtel alors…
Isabelle et les petits restent dans la cour, moi je me mets en quête de la réception.
- Selamat malam !!!
Je dois avoir un accent malais déplorable, personne ne répond. La troisième tentative est parfaite, un jeune homme apparaît. Il est surpris. On se sourit mais mon malais étant aussi étoffé que l’anglais de mon vis-à-vis, on n’est pas encore dans de beaux draps. Il s’éclipse et revient après dix longues minutes avec un homme. C’est l’ami de Tan. Il avait raison ce bougre, cet hôtel n’est pas onéreux mais les chambres battent aussi le record de salubrité. Les douches ne fonctionnent pas, les bestioles ont élus domicile dans la literie, pas un seul truc à proximité pour bouffer….le tuyau de Tan est bouché. Bon maintenant qu’on est là on va rester une nuit, le temps de trouver autre chose. Dégoter une chambre sur Semporna ne doit pas être une mince affaire. Pulau Sipadan est une île renommée pour la richesse de ses fonds marins (classés au top 5 mondial), le tourisme doit être parmis le plus massif de Bornéo.
Les bagages posés, j’essaie d’en savoir davantage sur le bateau…. il est imaginaire. Ce n’est pas notre jour.
Tournons la page, cherchons où se trouve les speedboats en partance pour Sipadan et profitons en pour grignoter un petit quelque chose dans le centre.
Semporna est une très petite ville mais elle dispose des commodités essentielles. Semporna est surprenante. Là où je me préparais à voir une ville prospère, touristique et gonflée de devises, je fais le constat d’une misère marquée et plus qu’ailleurs.
Nous entrons et nous nous asseyons à la table d’un kopi. Comme à l’accoutumée depuis trois semaines, nous faisons sensation à chacune de nos entrées, mais ici les sourires et les pluies d’ « Hello » se sont transformés en regards insistants et glacials. L’atmosphère est tendue, nous devenons le sujet et la risée de certains. Nous sommes installés depuis quinze minutes, et aucun des trois serveurs ne nous approchent. Nous dérangeons, on s’efface.
Nous sortons de là hébétés, mal à l’aise. Nous tentons un autre restau cinq cent mètres plus loin.
L’accueil est aussi « chaleureux » que le précédent, mais cette fois ci on nous sert. Les regards sont pesants et le verbe haut. Un grand père installé sur la table de derrière m’interpelle en agrippant mon épaule.
- Where are you come from? Je lui réponds.
- France? …. Good country!!!! America is a shit!!!
C’est avec discrétion que je masque ma casquette à l’effigie de l’équipe nationale britannique de rugby. J’ai compris qu’ici la politique internationale américaine avait marqué les esprits. Nous nous sommes sentis désarmés, impuissants face à cette situation nouvelle aux instants de vérité. Notre couleur de peau peut alors incarner et représenter tout ce qu’il y’a de plus injuste aux yeux de ces personnes.
Rassasiés nous nous dirigeons vers le port à l’aide du plan fourni par le guide Lonely planet. Nous le trouvons facilement et nous remarquons un complexe sur le flan gauche. C’est le Dragon Inn, un hôtel bungalows sur pilotis…et pour faire court, y’a pas photo.
Le Arung Hyatt c’est « oui- oui » à la plage à côté de celui-ci. Ceci dit je n’ai rien contre le petit à la voiture rouge et blanche….
- C’est sûrement complet ou hors de prix.
Le monde est ailleurs en Asie cette année : nous avons l’embarras du choix. Nous prenons un bungalow familial pour trente ringgits de plus que l’autre, p’tit déj compris…. Nous changeons d’hôtel.
Cela reste étonnant qu’il y’ait si peu de monde, l’enlèvement il y’a cinq ans de touristes sur Sipadan refroidit apparemment encore plus d’un. On peut comprendre mais les gens de Semporna semblent payer cash le crime perpétué par une poignée d’extrémistes. Bien que l’on sente une tension dans les rapports humains, ces conditions d’affluence touristique nous conviennent.
Une fois les bagages transférés, nous partons en quête d’un bateau pour demain matin. Il existe tout un tas de « dive center » accolés au complexe du Dragon Inn, mais certains sont fermés. Nous optons pour Uncle Chang pour ses tarifs attrayants et la bonhomie de la patronne. Imposante par sa stature elle l’est aussi dans sa démarche commerciale. Elle est trop forte !!!
Après nous être sentis désemparés il y’à une heure, c’est auprès de cette dame que nous trouvons réconfort. Du plaisir et des repères dans une situation que l’on connaît : celle du client qui achète.
Elle nous donne rendez vous demain à huit heures.
Journée mouvementée, repos mérité. On promet aux enfants de rejoindre Morphée pas trop tard ce soir.
Le ciel rougeoie, les paysages changent de lumière, le jour décline.
Nous empruntons les pas du retour éreintés par le marathon d’aujourd’hui. Quelques camelots ont pris place sur le ponton du complexe menant aux bungalows. Ils tentent et parviennent à nous vendrent des petits colliers de coquillage, façonnés artisanalement. Le prix est dérisoire, nous en prenons une bonne douzaine histoire de faire plaisir à tous les petits de la famille.
La douche est réparatrice, nous partons dîner. Nous trouvons un petit resto chinois situé à l’embouchure du port, le cadre est plutôt agréable et l’accueil chaleureux. C’est une très bonne adresse pour se faire exploser la vessie, les jus de fruits sont monstrueux : 1 litre !!! Pour 3 malheureux RM.
Le retour au complexe est moins heureux.
Ils sont quatre ou cinq, peut être six…l’obscurité et les buissons ne me permettent que de distinguer. Et puis peu importe combien ils sont ! C’est des petits gosses, bordel ! Ils dorment là, touts seuls dans la rue. La misère nous gifle de plein fouet. Là, on est bien loin de la star academy, de la Playstation et de nos soucis à deux sous… On perd alors beaucoup de ses illusions et de ses idéaux, pour y gagner une humilité qui reconnaît son impuissance… De quoi vivent ils ? De quoi survivent ils ? Je me rappelle maintenant de ces petits anges aux ailes froissées ramassant, à l’heure du goûter, canettes en alu, et bouteilles en plastiques. Le recyclage ici c’est une affaire de survie. J’avais essayé de leur arracher un sourire cet après midi, en vain. Ces enfants sont déjà des abîmés de la vie.
Mes pensées bafouillent, je suis confus, je rentre honteux dormir.
Jeudi 11 Août
Il est six heures trente, pourtant l’aube n’est déjà plus qu’un souvenir. La chaleur fait perler nos fronts et le soleil promet d’être blanc aujourd’hui. Les affaires dans le sac, nous empruntons l’une des artères sur pilotis pour s’expédier un petit déjeuner au restaurant du complexe. Non loin de là nous passons devant des sortes de viviers/ aquariums où une quinzaine de mérous se nourrissent des rejets naturels des clients du Dragon Inn….pitoyable.
C’est peut être la carte vivante des poissons du restaurant ?
Non me dit l’un des jeunes assis devant. C’est pour amuser les touristes….pauvres bêtes.
Nous entrons dans le restaurant non pas sans hâte, c’est pour moi un moyen de mesurer de manière pragmatique le taux de fréquentation. Nous ne sommes qu’une poignée. Pas de buffet comme dans les plupart des infrastructures touristiques, nous sommes servis. Oui, Môssieur !!! On déchante vite ; si le service est discret, le contenu de son assiette aussi.
Devant la boutique d’ Uncle Chang ça bouge, on se rapproche….J’entre dans le dive center et m’entretiens avec la boss. Elle nous invite à rejoindre le speed boat mouillé cinquante mètres plus loin. Uncle Chang possède deux bateaux, un pour les snorklers, l’autre pour les plongeurs en bouteilles. Une chose est sûre, les hommes grenouilles seront bien encadrés ; il y’à presque plus de dive masters que de clients !
Les deux hors bords partent pour Sipadan mais les spots sont différents. Nous embarquons et nous nous installons sur les sièges de molesquine. Nous ne sommes pas seuls, un couple nous fait face. Du regard Isabelle m’invite à regarder en direction de la proue du bateau…deux énormes moteurs de 250 CV chacun !!Ça va dépoter….
Les enfants sont euphoriques à l’idée de s’adonner une fois de plus aux joies du snorkeling ; leur flux verbal inonde l’habitacle et les passagers.
Ils sont Français !!!! Oui je sais, cela n’a rien d’exceptionnel mais c’est tout de même le premier couple de l’hexagone que nous croisons en un mois !
Les discussions et les échanges sont passionnants, tout comme Anne Eve et Pascal. Ils vivent cette extraordinaire Asie depuis plusieurs mois et ne manquent pas de nous proposer leur voyage l’instant de quelques mots : Laos, Cambodge, Thaïlande, Malaisie puis Bornéo. Nous parlons tant que je me suis à peine rendu compte que nous avions quitté le port… Anne Ève, elle en revanche, s’en est plus qu’aperçue. La mer de Sulu est peu formée mais les effluves de gasoil émanant des moteurs ne sont pas ce qu’il y’a de plus agréable pour nos narines.
Après quarante ou soixante minutes de navigation, Pulau Sipadan se précise à l’horizon, nous apercevons maintenant l’éclatant de ses sables et le cyan cristallin de ses eaux. Minuscule, six cent mètres sur trois cent, elle est recouverte de jungle.
Mes origines Bretonnes, mon amour de l’océan et ses poussières de terre ; ressurgissent à chaque fois que je prends la mer. J’en fais beaucoup des voyages sur une année, sur papier ou sur cartes. J’ai bien vu aussi quelques photos, lu quelques livres ou carnets sur le net ici ou là. Rien sur Sipadan. Mais lorsque je découvre une île, en vrai, ce sont toujours les mêmes émotions qui m’accompagnent. Celles qui vous rendent grand et petit à la fois. Grand par la richesse que vous apporte cette nature, petit parce qu’elle vous remet toujours à votre place.
- C’est tout simplement beau….
- Attends d’aller voir en dessous….me glisse Pascal.
Nos compagnons Montpelliérains sont des récidivistes, des dépendants à la simplicité. Ils ont découvert, hier, cette île aux trésors submergés. Pascal m’en fait alors une courte description. C’est marrant, car s’il fallait trouver un point négatif à mes lectures précédent le voyage, c’est bien dans l’angélisme géographique que certains touristes prêtent à leur destination plongée. Ils essaient alors de persuader, de se persuader au prix d’un mensonge pour le plus souvent.
Anne- Eve et Pascal sont des voyageurs, pas des touristes.
Deux, trois crachats en guise de contre buée sur le masque, je me jette à tribord. Il se passe une ou deux secondes, une éternité durant ce saut où l’on conjugue alors le rêve à l’appréhension.
On a frappé les trois coups, le rideau se lève….la tension monte en crescendo.
Les bulles sur le masque se dissipent pour laisser place au spectacle.
Il n'y a pas un centimètre sans coraux ou poissons. A chaque regard, c'est l'abondance. Et comme l’oiseau, nous survolons champs, habitations et jardins….mais ceux-ci sont de corail. Les couleurs explosent à droite, à gauche….Des thons nous saluent, nous resaluent…. Les clowns, qui n’ont d’amusant que leur nom, défendent vaillamment leur forteresse tentaculaire… les pointes noires nous snobent …tiens ! Notre première tortue.
En dérivant, nous l’accompagnons jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans les abysses. L’œil affûté, le boat man nous localise rapidement ; nous récupère et nous mène sur le prochain spot : Barracuda point.
Nous plongeons du bateau. Le courant y est puissant, il est inutile de résister. Laissons la nature nous guider…nous ne serons pas déçus, une fois de plus.
Au fond de l’azur une tâche plus claire, turquoise, s’agrandit au fur et à mesure que nous progressons. Elle s’approche. Elles s’approchent. Elles s’envolent vers les cieux dont nous pourrions être les nuages ; nous y sommes. C’est une vision surréaliste où les paillettes, le merveilleux en toc n’ont pas leur place.
Sans s’être brûlés les ailes par la lumière de nos yeux écarquillés, une dizaine de grosses tortues atteignent la surface. Il y’en a partout, une centaine peut être?
L’observation est facile, ces apnéistes de talent doivent refaire le plein d’oxygène toutes les vingt minutes. Leurs inspirations furtives provoquent à la surface une véritable ébullition, semblable au phénomène de l’eau dans sa casserole, tellement leur nombre est impressionnant.
Juillet/ Août est leur période de séduction, de reproduction. Ce qui explique une telle concentration. Les mâles cherchent les femelles, plus rares constatons nous. Les mâles sont facilement reconnaissables, ils sont seuls dotés d’un appendice extra dimensionné sur l’arrière de sa carapace.
Dame ou monsieur tortue ; les plus imposantes se laissent approcher. Certaines atteignent aisément le mètre soixante. Le masque fait loupe, mais si près la méprise n’est pas de mise.
Nous ne voyons pas passer les heures, c’est maintenant celle de la collation. Nous sortons de ces eaux cristallines et foisonnantes de vie, bavards et excités.
Uncle Chang a tout prévu : thé, café, fruits et grignotages sucrés. Autour de la seule table basse en terrasse, nous échangeons nos sentiments d’exaltation. Nous avons une foultitude de points communs avec le duo Anne Ève / Pascal.
Le casse croûte reste une formalité, nous nous empressons de rejoindre le vaste bleu. Pénétrer dans ce monde est une chance pour nous et nos enfants. Mais est ce que nous réalisons pleinement ce qui nous arrive ? Aujourd’hui pas sûr…On était loin de se représenter que barboter dans ces eaux, c’était évoluer parmi une centaine de tortues, et des milliers de va et vient permanents. Minuscules tournis échappant souvent aux regards les plus superficiels. Les fonds de l’enchanteresse ne sont pas une légende.
On me pose souvent la question :
- Ne croyez vous pas que vos enfants soient trop jeunes ? Vont-ils s’en souvenir ?
Voyager, c’est la meilleure école de la vie. Notre société dite civilisée tend de nos jours davantage dans l’uniformisation, le nivellement social et l’insularité culturelle. L’amour de la variété se construit dans ces moments de voyages.
Il suffit de vivre auprès de mes enfants afin de les observer, de les écouter. Ils savent ce qu’ils sont, d’où ils viennent ; ils se nourrissent de leurs racines et s’enrichissent de la lumière qui leur vient d’ailleurs.
Les images fortes laissent à mon sens une empreinte indélébile, puisque le voyage est un terrain ouvert à l’émotion et au sensoriel.
Oui ! Les souvenirs peuvent s’effacer même s’ils sont entretenus. Restera tout de même la largesse d’esprit et la simplicité du cœur.
….s’est un peu écarté le Yann là, non ?…..HORS SUJET !!!
OUI !! Sipadan est un paradis du contemplatif, Bornéo magnifiquement épicée…..
Les expéditions Cousteau avaient trouvé en Sipadan « Une pièce d’art inviolée ». Sipadan signifie en malais : l'île singulière. Elle est en effet la seule île océanique en Malaisie, émergeant de l'océan comme une montagne vierge, avec un tombant Est de 650 mètres pour un de 1200 à l’ouest. Je tombe sur une peinture, dans une des ruines, illustrant fort bien le contexte géologique de la pièce d’art aujourd’hui violée.
L’île est balafrée, souillée par les infrastructures hôtelières en bord de plage….à l’abandon. Mais depuis le 1er janvier 2005 les autorités Malaisiennes ont décidé de rendre l’île de Sipadan à la nature. La totalité des verrues devraient être détruites « rapidement » car il est déjà interdit d’y loger.
Nous quittons l’île vers 16H30 pour rentrer sur Semporna. Anne Ève et Pascal quittent le Sabah demain pour d’autres découvertes ; aussi nous décidons de dîner ensemble.
Le speed boat s’apprête à accoster, Mme Chang nous attend sur le quai. Sûre de la magie générée par cette sortie, elle nous propose :
- Sipadan tomorrow ?
Nous voulons profiter de ce petit bout de paradis que nous ne sommes pas certain de retrouver dans l’état lors d’un voyage ultérieur…
- Of course, bien sûr.
Nous sommes à peine rentrés au bungalow que nous nous occupons de visionner les vidéos marines tournées cet après midi. La nostalgie de l’endroit est déjà présente. Pourtant il y’a mieux à faire, notre peau a dégusté. Les enfants et Isabelle sont couleurs fraise, mon crâne lui en revanche tire dans les violets, les magentas et les roses…La douche froide bienfaitrice apaise un peu nos brûlures mais : Biafine au secours !!!
Luisants comme des vers nous allons à la rencontre de nos comparses montpelliérains, accompagné d’un malaisien d’origine chinoise, leur voisin de dortoir.
C’est un homme érudit, intéressant, bien que les échanges soient dans la langue de Shakespeare. Mon anglais est scolaire et me permet de suivre une conversation, mais Anne Ève ne s’en est pas arrêtée à quelques bribes. Elle maîtrise parfaitement l’anglais.
Cet homme (je m’excuse auprès de lui, j’ai oublié son prénom) nous raconte qu’il a un peu voyagé étant jeune et décide de nous faire part de sa mésaventure.
Tout jeune avec de l’argent en poche, il intègre une école de coiffure à Londres. Sa présence en Europe est une aubaine, car son rêve de gosse est de voir la France. Il fait plusieurs demandes de visa auprès des autorités Françaises : toutes lui sont refusées.
De fil en aiguille, une connaissance lui conseille de passer par les pays bas en lui affirmant qu’il serait plus simple d’obtenir son visa…va savoir pourquoi ??? Le rêve va se transformer en cauchemar. Un contrôle de papier pour un délit de sale gueule aura raison de son rêve. Il fera près d’un mois de prison….
L’heure est maintenant aux « au revoirs », gonflée par les promesses de se contacter ….
Vendredi 12 Août
La journée d’aujourd’hui est le clone de celle d’hier. Nous verrons toutefois moins de tortues, mais ici cela reste relatif. Nous en observons une bonne cinquantaine quand même !
Notre aventure Bornéenne sent le parfum d’un au revoir. Nous nous envolons demain pour Kuala Lumpur. La nostalgie est aux bilans, et chacun notre tour nous racontons nos moments les plus forts. Je m’aperçois rapidement qu’on a été tous les quatre le buvard de nos découvertes. Bornéo est une contrée sensationnelle, fragile, mais une source inépuisable de plaisirs.
Vendredi 22 Juillet
Six heures. Ma montre sonne.
Pulau Perhentians, l’archipel des Perhentians… j’ai envie d’ajouter ENFIN !!
Mes envies de voyages naissent souventes fois de quelques mots et impressions lus ci et là. De mes nombreuses lectures, Perhentian en fut la première. Ma curiosité et mon intérêt pour la géographie, me pousse à emprunter à la bibliothèque le guide de Malaisie en 2003. Je parcours les pages, en m’attardant sur les endroits conseillés par les éditeurs.
Je cite : Pulau Perhentian, sacrées, joyaux du pays, les îles s’entourent d’une eau bleu outremer transparente et bla bla bla et bla la la… Des qualificatifs très accrocheurs, séduisants, excitants pour le passionné de fonds marins que je suis. Seul bémol, le paradis jouit d’une popularité grandissante auprès des voyageurs.
Ne pouvant point se fier qu’aux dires d’auteurs se rendant tous les deux ou trois ans, j’affine ma recherche sur le net. Les carnets et récits de voyages sont unanimes, l’archipel est décrit comme unique pour ses fonds … certains y passent une quinzaine voire davantage. La Malaisie est grande et fascinante de diversités géographiques et culturelles ; nous n’y resterons que quatre jours, au risque de partir frustrés.
On l’aura compris ; ces îles