Il me semble indispensable de préparer un voyage dans les livres et pas seulement les guides de voyages, mais aussi resituer les perspectives historiques, et surtout meubler l'imaginaire des personnages de roman qui m'accompagneront si j'ai lu l'ouvrage avant le départ ou qui prolongeront le voyage de nombreuses semaines après notre retour.
Voici donc une liste de livres :
VIETNAM
Daniel HEMERY : Ho Chi Minh De l’Indochine au Vietnam
Dans la collection DECOUVERTES GALLIMARD
Point de départ de mes recherches sur le Vietnam, qui ne peut pas être seulement une destination de tourisme coupée du contexte historique. Trop plein d’histoire récente qui s’entremêle avec mon histoire personnelle. Imaginer mai 1968 sans le Vietnam ? Les manifs rythmées aux cris de Ho Ho Chi Minh ! Une de mes grandes déceptions a été l’entrée des armées vietnamiennes au Cambodge. Nous avions tellement idéalisé la « juste-résistance-du-peuple-vietnamien » qu’on ne pouvait pas imaginer qu’il entre dans une cause pour le moins trouble. Fin de l’angélisme ! Du petit pays en lutte contre l’impérialisme… toute une éducation politique.
Il me fallait donc mieux connaître le personnage et la genèse des guerres d’Indochine et du Vietnam. Lecture agréable et si bien illustrée.
Laure ADLER : Marguerite Duras
Biographie très très bien documentée. Trop bien presque, il me semble lire une explication de texte, pas une paraphrase mais presque. J’ai lu le début qui se déroulait en Indochine (la concession du barrage contre le Pacifique se situe actuellement au Cambodge) et la période de l’Occupation, puis j’ai refermé le livre, préférant lire l’original à son commentaire.
Marguerite DURAS : Un barrage contre le Pacifique
Ce livre avait une couverture familière. Depuis longtemps il est rangé sur les étagères. Et pourtant, c’est une surprise quand je l’ai ouvert. Livre dense et dur, très loin de la rêverie du film India Song. Misère des petits colons à qui on a refilé une concession incultivable. Dureté et acharnement de la mère. La construction des barrages est terminée quand s’ouvre le roman. La défaite est consommée. Mais l’acharnement reste présent. Roman familial oppressant : cette mère possessive, violente, injuste. Le frère trop aimé, égoïste. La fille opprimée, vendue à M. Jo, le riche colon dans son automobile de luxe… Le diamant et son crapaud, je les ai déjà rencontrés dans l’amant, il me semble. A côté de la tragédie familiale, une tragédie plus grande encore : celle de la misère des enfants qui meurent, des paysans exploités. L’originalité de Duras est de ne pas opposer les petits blancs aux indigènes, au contraire. Extraordinaire humanité du caporal, le seul à ne pas perdre le sens pratique à la fin, quand la mère se laisse mourir et que Suzanne se désintéresse de tout après le départ de Joseph.
TRAN-NHUT : L’Ombre du Prince
Roman policier historique vietnamien. En un mot : SOPHISTIQUE. Extrême raffinement de l’intrigue, très bien menée très bien construite. Personnages secondaires situés dans leur contexte sociologique très bien décrit. Construction du livre savante et tout à fait excitante. On découvre loin dans le roman le nœud de l’affaire qui s’étale sur des années, de nombreux personnages. Entre temps on apprend plein de choses sur la vie quotidienne au Vietnam, sur les inondations, le climat, les nuages quai sont comme les écailles d’un dragon. Extrême raffinement de la langue. Ce livre rédigé à quatre mains en français est tout à fait bien écrit.
Philippe PAPIN : Histoire de Hanoi
Livre d’un historien, d’un spécialiste qui donne ses sources, ses notes, ses commentaires. Histoire très détaillée qui commence à la préhistoire et se termine aujourd’hui. J’avais craint le gros livre ennuyeux. Pas du tout, cela se lit comme un roman ! Le site de Hanoi, sur le delta du fleuve Rouge, enserrée dans la boucle de la rivière To Lich et d’autres affluents du fleuve Rouge est décrit comme une terre de légende, lutte entre les génies des eaux et les génies des montagnes. Histoire de dragons, de tortues d’eau…L’histoire d’Hanoi commence avec des légendes. Puis viennent les différentes influences, chinoises. Les dynasties, les guerres contre la puissante Chine au nord, mais aussi contre le Champa au sud, les Mongols... Empereurs et mandarins, concours de littérature, constructions de palais et de citadelles. Jusqu’à ce que Hué détrône Hanoi. Puis vient le temps de la colonisation décrite avec beaucoup d’humour en citant les journaux satiriques dont un canard « Vit duc » ressemblant comme un frère au Canard Enchaîné. Enfin, la révolution, l’indépendance, les guerres, la deuxième guerre mondiale et l’occupation japonaise celle d’Indochine, la française, la guerre américaine, et enfin l’entrée au Cambodge et la menace chinoise...
Graham GREEN : Un Américain Bien Tranquille
A la veille de Dien Bien Phu, Saigon vu par un journaliste anglais. La défaite de la France est prévisible, les américains poussent leurs pions, « la troisième force ». L’américain bien Tranquille est un attaché d’ambassade un peu espion, très naïf avec cette bonne conscience qui est tellement souvent attachée à la politique extérieure américaine, tellement persuadée de son bon droit. Voulant faire le « bien » de la maîtresse vietnamienne du journaliste anglais en l’épousant. Le « bien » en encourageant des sectes guerrières à faire exploser des bombes dans Saigon, politique tordue qui a fait financer les talibans et même Ben Laden avant de s’apercevoir qu’ils auraient pu être dangereux !! Image de la fin de la colonisation française.
TRANH-HUT : L’Aile d’Airain
Le mandarin Tân revient au village. On croirait une scène des marionnettes flottantes !
Après avoir exercé dans le nord du pays il revient dans le sud. Opposition entre la chaleur du sud, sa cuisine savoureuse avec le climat et la cuisine du nord. Vie au village. Superstitions villageoises mais aussi présentation du taoïsme en opposition avec le confucianisme officiel. Intrigue compliquée et bien menée (c’est quand même un polar !) Mais aussi en filigrane, la chute du royaume cham et aussi une étude clinique de parasitologie des rizières. L’aile d’airain se trouve être un gastéropode capable d’apporter la maladie qui pourrait causer sans coup férir la chute des chams mais aussi la puissance des seigneurs Nguyên contre l’empereur de Hanoi. Passionnant
Olivier TODD : Cruel Avril
Avril 1975, chute de Saigon, étudiée à la loupe par un journaliste. Livre un peu daté. On a oublié tous les détails de la diplomatie américaine et russe. Trop d’anecdotes et peut être pas assez de mise en perspective
Geneviève GALARD : Une Femme à Dien Bien Phu
La guerre d’Indochine vue par une convoyeuse de blessés. Héroïsme des soldats mais bien peu d’analyse. « Un livre de guerre ». Pas trop ma tasse de thé.
Duong HUONG : l’Embarcadère des Femmes sans mari
La vie quotidienne des paysans du Tonkin. Les hommes sont à la guerre. Guerre contre les français, guerre contre les américains. Au village des clans s’opposent. Les traditions sont bousculées par la révolution. Mais la vie des rizières continue. Les femmes seules sont forcées d’assurer la continuité. Des tragédies de village.
Jean HOUGRON : Les Asiates
Saga se déroulant entre 1907, arrivée du père et de la mère en Indochine, et 1947. Famille polygame avec l’épouse française mais aussi la deuxième épouse métisse et même la troisième épouse vietnamienne et la servante concubine de toujours, ainsi qui tous les enfants de toutes ces unions. Au début le livre s’attarde sur les obsessions sexuelles du père. L’Indochine se résumant à la vie facile et à la sexualité machiste et débridée. Personnage très antipathique. Morale dépassée, patriarcale et bourgeoise. Trafics en tout genre d’un fonctionnaire véreux. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Ensuite, la vie à Saigon se déroule au sein des divers ménages, l’atmosphère devient plus asiatique. Le fils de la servante devient un dirigeant révolutionnaire Vietminh, l’Histoire entre dans la saga familiale.
Pedro NGUYEN LONG, Georges WALTER : La Montagne des Parfums
Encore une saga, mais vécue par une famille vietnamienne. L’histoire commence à Haiphong en 1945, vie bourgeoise de vietnamiens cultivée. Le père du héros est directeur d’école, son ami industriel. Ils s’expriment en français. La tragédie commence avec la mort de la mère en couches que le médecin français refuse d’assister plutôt que de rater un bal. Puis les français commencent la guerre d’Indochine par le bombardement d’Haiphong. Toute la tribu fuit les hostilités, à la campagne d’abord. Le jeune garçon se laisse d’abord enrôler dans la résistance. Le père suit son fils et le persuade de déserter. Vie à Hanoi. Après la partition du pays, une partie de la famille fuit à Saigon. A nouveau la famille est divisée et émigre à Paris et en Amérique.
TRANH-HUT : Le temple de la Grue Ecarlate
Intrigue compliquée. Dans une province du nord, le mandarin Tran se trouve confronté à des meurtres particulièrement sauvages pratiqués sur de jeunes garçons affligés de malformations hébergés dan s un temple aux activités très louches. Encore beaucoup de recherches pour situer l’intrigue dans le contexte historique de la fin du 17ème siècle. Analyse très détaillée des pratiques taoïstes (y compris sexuelles) c’est impressionnant même si les détails macabres et peu appétissants rendent parfois la lecture pénible. Encore un cas clinique : syphilis qui est au nœud de l’intrigue.
NGUYEN HUY THIEP : L’or et le Feu
Recueil de nouvelles. Les deux premières sont des nouvelles historiques évoquant la période des luttes entre les Trinh et les Nguyen à la fin du 18ème siècle. D’autres nouvelles évoquent le Vietnam contemporain et même une se déroule en Californie. D’habitude j’ai du mal avec les nouvelles. J’aime bien me laisser porter par un récit. C’est plus difficile d’entrer d’emblée dans l’univers d’un texte court. De retour du Vietnam, j’ai plaisir à rester plus longtemps dans l’ambiance asiatique et ces nouvelles m’ont conquise.
Au rez de chaussée du paradis Récits vietnamiens [b]1991 2003[/b]
Encore un recueil de nouvelles d’auteurs divers. De talent inégal. De longueur inégale. Certaines m’ont bien plu, d’autres sont écrites dans un style rébarbatif. Certaines donnent énormément de détails précis sur la vie quotidienne en ville, c’est ce qui a retenu mon attention.
Anna MOI : Parfum de pagode
Pas d’indication de traduction, ces textes ont sans doute été écrits en français. Un très beau livre avec des textes variés, intimistes mais aussi ouverts sur la ville. Une musique douce et toujours ce parfum....
TRAN-NHUT L’Esprit de la Renarde
Encore une enquête du mandarin Tân : je ne m’en lasse pas !
Toujours une enquête bien embrouillée à souhait avec des fausses pistes, de nombreux personnages, des notables, des bonzes, des petites gens, des mandarins…Mais le sujet principal, pour moi, n’est pas tant l’enquête que l’évocation de Faifo – ancien nom de HoiAn – ville que j’ai beaucoup aimée, au temps de sa grandeur quand les commerçants japonais étaient présents, que les Portugais faisaient commerce avec la Chine et que les missionnaires essayaient de s’installer dans tout l’Orient. Port cosmopolite au centre de tous les conflits et les luttes d’influence. Toujours au cœur des rivalités entre les seigneurs Trinh du nord et les NGuyên. Encore une évocation de la médecine orientale, alchimie des cristaux d’acide urique…Et toujours un style soigné, une rare attention aux personnages secondaires. Faifo – HoiAn- et ses lampions comme de grosses citrouilles lumineuses ! Faifo – HoiAn et son marché ! Ses marchands de soie et ses couturières et ses tailleurs à façon ! Me voilà encore en vacances !