Toutes les mosquées d’Istanbul sont des oeuvres d’art lumineuses et sereines et qui appellent, croyants ou incroyants, à la contemplation. Dans certaines, quand vous entrez pieds nus, vous sentez le carrelage glacé sous vos pas, dans d’autres, vous pouvez vous asseoir sur les tapis rouges parsemés sur le sol et rester un moment dans le calme de ces lieux. En allant en direction du pont Galata, vous découvrirez la mosquée de Rustem Pacha, grand vizir de Suleyman. Parmi tant d’autres, elle se distingue par sa merveilleuse décoration. On pourrait l’appeler la Petite Mosquée Bleue, elle aussi, par comparaison à la Grande, la Sultanameth Camii, mosquée du sultan Ahmet I°.
La façade du porche d’entrée et l’intérieur de Rustem Pacha Camii sont décorés de faïences d’Isnik d’une richesse de tons et de motifs incroyables. Isnik, l’antique Nicée, est une ville située au sud-est d’Istanbul, célèbre dès le XV° siècle pour ses ateliers de faïences dont le travail est importé de Perse. Pour la décoration de sa mosquée, le Grand Vizir Rustem choisit, dit-on, minutieusement, les plus précieux carreaux d’Iznik qu’il achetait pour les donner à son architecte Sinan. Le résultat est éblouissant. Une tapisserie de fleurs se déroule devant le visiteur dans un camaieu de bleus réhaussés de couleurs plus vives, rouge des tulipes, la fleur d’Istanbul, vert turquoise de leurs tiges. Encore un lieu magnifique que je veux emporter dans le bagage de mes souvenirs.
Sur la vaste place de Sultanamet vous découvrirez les plus grandes merveilles d’Istanbul, la cathédrale Sainte Sophie et la magnifique Mosquée Bleue. Cependant que cette splendeur ne vous empêche pas de visiter la citerne basilique située sur la même place. Construite sous Constantin et agrandie par Justinien en 532 elle alimentait en eau le Grand Palais situé près de l’Hippodrome dont on voit encore les vestiges de nos jours.
L’endroit est rendu magique par un éclairage en demi teintes qui guide vos pas parmi une forêt de colonnes, dans un clair obscur mystérieux. Les flaques qui luisent sous vos pas, le ruissellement de l’eau qui rythme votre promenade, la rencontre dans l’obscurité avec Méduse aux cheveux de serpent, aux yeux pétrifiants, tout concourt à faire de ce lieu un endroit que l’on n’oublie pas.
Remarque : la musique classique qui accompagne la visite n’est peut-être pas nécessaire, le lieu se suffit à lui-même.
Pour un voyage sur le Bosphore, il est inutile de choisir une compagnie privée pour touristes. Mieux vaut prendre un bateau public à l’embarcadère d’Eminonu. Cela vous coûtera moins cher et vous aurez l’occasion de voyager avec des autochtones qui empruntent régulièrement la ligne pour rentrer chez eux. Bien sûr, les arrêts ne durent que quelques minutes à chaque escale et on ne vous attend pas, exactement comme un service de bus chez nous. Si vous voulez visiter un lieu, il vous faudra choisir lequel, descendre, puis reprendre le prochain bateau qui vous amènera plus loin. Vous pouvez aussi, si vous avez le temps, faire plusieurs voyages selon vos envies. Car c’est difficile de décider où s’arrêter parmi les nombreuses escales possibles pendant cette promenade : des villages pittoresques, des palais, des parcs, sur la rive européenne comme sur la rive asiatique, semblent dignes d’intérêt.
Nous décidons, quant à nous, d’aller jusqu’à l’entrée de la passe qui sépare le Bosphore de la Mer Noire, sur la côte asiatique, dans le village de l’Anadolu Kavagi. Ainsi nous aurons le plaisir d’avoir mis le pied en Asie. Au départ, à l’embouchure de la Corne d’Or, nous apercevons la Pointe du Sérail sur laquelle est juché, splendide et imposant, le Palais Topkapi. Nous passons sous l’élégant pont du Bosphore, et longeons la rive européenne qui nous présente un véritable festival architectural, petits villas en bois ottomanes aux couleurs vives, les yali, occupées au XIX° siècle par des notables, palais aux façades de marbre somptueuses et de styles très différents, oriental avec forte influence occidentale, baroque, art nouveau... villages des pêcheurs, forteresses qui grimpent à l’assaut des collines.
Nous descendons comme prévu à Anadolu Kavagi, un petit port dominé par sa citadelle en ruines élevée sur la colline, presque à l’entrée du détroit. Celui-ci n’est pas complètement terminé mais il devient, après Anadolu Kavagi, zone militaire, donc, on ne peut aller plus loin. Nous laissons repartir le bateau sachant qu’il viendra nous reprendre le soir et qu’il ne faudra pas le rater à moins de vouloir passer la nuit dans ce lieu. J’ai appris par la suite qu’un service de bus ou de taxis permettait de regagner Istanbul. Au premier abord, le village nous déçoit. Nous avons vite fait d’en arpenter les rues et surtout il est défiguré par le tourisme. Il n’y a plus, semble-t-il, que des restaurants et des cafés. Comme nous ne sommes pas dans la pleine saison (mois de février), les restaurateurs essaient de s’arracher le client en nous poursuivant d’offres alléchantes. Alléchantes ? Pas vraiment, car on nous sert une nourriture infecte, moules sorties du congélateur et encore gelées, friture de poissons au corps gras tordu dans une indicible douleur, qui nous contemplent d’un regard vitreux. L’horreur !
Cette épreuve terminée, nous grimpons jusqu’à la forteresse en ruines et là le paysage vaut le coup d’oeil. Devant nous s’étend la Mer Noire. Nous observons avec intérêt le trafic très réglementé de gros navires qui doivent passer tout à tour le détroit.
Le retour est paisible. Nous essayons avec notre carte du Bosphore d’identifier les palais de la rive asiatique. Cela me rappelle les promenades sur le Grand Canal de Venise. Un moment de calme et de détente après l’agitation d’Istanbul.
Un voyage intéressant, donc, mais un conseil, si vous décidez de choisir Anadolu Kivagi comme escale, apportez des sandwichs pour pique-niquer dans les ruines de la forteresse.
Elles ne guettent pas du haut de leur rocher, les sirènes d’Istanbul, pour attirer le voyageur et le noyer mais... elles sont tout aussi dangereuses ! Qui sont-elles ? Ce sont les fameuses pâtisseries d’Istanbul, et en particulier celles d’Ordu Cadesi, devant lesquelles nous passons chaque jour. Elles étalent devant vous, sur des plateaux, toutes les spécialités turques sucrées, parfumées, agréables à l’oeil. Il y en a pour toute la famille, pour tous les goûts. Chacun choisit sa gourmandise que l’on vous enveloppe dans un sachet pour l’emporter.
Mon mari est discrètement attiré à l’écart par un des vendeurs qui lui dit avec un sourire et un clin d’oeil : "Ca, c’est le viagra turc". Il s’agit d’une friandise aux noisettes, amandes et noix enrobée de miel. Devant nos yeux, une prodigieuse variété de loukoums de toutes les couleurs, vert, rose, blanc, jaune, incrustés de fruits secs, veinés de couleurs, caramel, cannelle, pistache, certains préparés avec de la crème de lait. Les baklavas, les kadayiffs, gâteaux succulents à pâte feuilletée, les tulumbas, les pâtes de coing, tout est tentation.
Si vous aimez, vous êtes perdus. Les sirènes d’Istanbul triomphent. Non ! Je ne vous dirai pas combien j’ai pris de kilos !
On ne peut pas toujours réussir ses vacances pleinement ! Istanbul est pourtant une belle ville, riche de son passé et de ses splendides mosquées, mais...
Le premier soir de notre voyage en sortant d’un restaurant, heureux et confiants en la nature humaine, nous nous faisons aborder par un vendeur qui nous propose une marchandise. Devant notre refus, il insiste, s’approche de nous, s’accroche à nos vêtements, nous bouscule. Il est difficile de s’en débarrasser et il faut vraiment se fâcher pour qu’il lâche prise ! Quand nous arrivons à l’hôtel, notre portefeuille a disparu avec une importante somme d’argent que nous venions de retirer, la carte de crédit, nos papiers d’identité... Un bon début !
Heureusement il nous reste une carte bleue qui nous permettra de payer le restaurant en choisissant uniquement ceux qui l’acceptent. Attention ! Ce n’est pas toujours évident en Turquie. Notre hôtel et notre retour en avion sont dejà réglés. Nous avons les numéros de téléphone à appeler d’urgence et nous faisons immédiatement opposition sur notre carte. Pourtant il nous reste des corvées à accomplir : déclarer le vol à la police turque, ce qui nous prendra une partie de notre deuxième journée à Istanbul. D’abord, trouver le poste de la police touristique de Sultanamet au centre ville et parvenir à se faire comprendre dans un anglais approximatif, face à quelqu’un qui parle aussi mal que nous (Ce n’est pas peu dire!) Ensuite, après avoir eu le malheur de déclarer que nous reconnaîtrions notre voleur, être transportés à l’autre bout de la ville dans un commissariat crasseux et délabré. Là, l’heure de la pause ayant sonné, être lâchement abandonnés sur un banc. Attendre patiemment au milieu d’un nuage tabagique épais. Puis, en désespoir de cause, quitter le commissariat et se retrouver dans un quartier inconnu aux maisons lépreuses mais pittoresquement colorées. Des banderoles pour des élections ornent toutes les rues. Des pancartes affichant des slogans se dressent un peu partout. Des gens discutent sur le trottoir ou à la terrasse des cafés. L’expérience pourrait être intéressante, loin des touristes, en plein coeur d’un Istanbul populaire. Mais, égarés, nous devons rentrer à pied à l’hôtel, en suivant, tels le petit Poucet, la voie ferrée qui nous ramène au centre de la ville.
Encore une matinée perdue, le troisième jour, pour aller au consulat de France faire valider notre déclaration. Attente pendant deux heures pour la délivrance d’un tampon, ce qui aurait pû être fait en deux minutes avec de la bonne volonté... mais bon... nous sommes en règle.
Moralité : Faites assurer votre carte bleue, méfiez-vous des marchands à la sauvette, fermez sacs et poches... Surtout ne déclarez pas que vous pourriez reconnaître votre agresseur. Cela ne sert à rien. Allez directement au Consulat et déclarez la perte plutôt que le vol de votre portefeuille. Vous gagnerez du temps !
Mais ce n’est pas fini ! Le lendemain, nous prenons un taxi. Celui-ci, sous prétexte de sens interdit, nous balade dans toute la ville et nous demande un prix exorbitant ! Nous payons, en râlant un peu, avec un gros billet et le taxi démarre avant de nous rendre la monnaie.
Moralité : si vous montez dans un taxi, fixez le prix à l’avance, ayez de la monnaie. Sinon, utilisez les transports en commun, ce que nous avons fait. Le service de tram est pratique et peu cher.
Mais oui, mais oui, cela continue : notre fille marche derrière nous, le sac au dos. Soudain, elle se retourne et se met à crier. Un jeune homme est en train de fouiller dans la poche de son sac. En colère, elle l’insulte en anglais et le poursuit de son noble courroux en lui donnant une tape sur le bras. Je suis persuadée qu’il va s’enfuir. Mais non, il marche sur elle, l’air menaçant. Il est deux fois plus grand qu’elle. Nous revenons à la hâte pour lui prêter main forte. Je m’inquiète : va-t-elle se taire ? Va-t-elle battre en retraite? Pas du tout ! Rouge de colère, elle l’affronte du "bas" de sa petite taille... Il faut la menace de la police pour que le voleur joue son rôle, du moins celui que nous attendons de lui... fuir ! et pour que notre fille se calme (un peu) ! Le pauvre homme ! Il n’a trouvé dans la poche que de vieux mouchoirs en papier et des billets de musée périmés. On ne peut pas gagner à chaque coup.
Moralité : Ne portez pas de sac à dos et, surtout, sachez que ce n’est pas conseillé de frapper un plus grand que soi !
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