La rue des Teinturiers autrefois nommée rue des Roues est un des endroits les plus pittoresques d'Avignon. Pavée de calades, galets de la Durance, elle a été en partie préservée si ce n'est que l'ouverture à la circulation automobile rompt, bien sûr, le charme du passé.
La Sorgue qui traverse les remparts par la Tour du Saint Esprit ou Tour de la Sorguette coule tout au long de la rue, ombragée par de grands platanes. Trois anciennes roues à aubes, vestiges des fabriques de soie et d'indienne subsistent encore. Les mouliniers et teinturiers pour faire tourner les roues, utilisaient la force motrice de la Sorgue provenant de la Fontaine du Vaucluse dont les eaux claires étaient réputées pour donner des teintes vives et de l'éclat aux étoffes. Il y en avait 23 en 1817.
Quelques monuments remarquables jalonnent le parcours de cette rue : la maison Quatre de Chiffre à la belle façade gothique, avec fenêtres à meneaux et tourelles, se dresse au coin de la rue des Teinturiers et de la rue Guillaume Puy. Plus loin, c'est la chapelle des Pénitents Gris, confrérie encore en activité à Avignon et les vestiges de l'ancien couvent des Cordeliers où Laure de Noves, aimée de Pétrarque, fut inhumée après avoir péri de la peste.
En été, la rue des Roues est, au moment du festival, un des lieux incontournables d'Avignon avec ses nombreux théâtres, la salle Benoît XII, le théâtre des Roues, du Chien Qui Fume, l'Alibi... Elle est le rendez-vous des festivaliers qui se pressent dans les cafés et les restaurants.
Un passage du roman du félibre Félix Gras (1844-1901) "Les Rouges du Midi", décrit cette rue au moment de la fête populaire et de l'élan révolutionnaire liés au rattachement du Comtat Venaissin à la France. Voici un extrait où l'on voit Pascal, le héros du roman, évoquer ses souvenirs de jeunesse.Il nous semble alors revivre le passé de cette rue.
"J'entrai avec la farandole par la rue Limbert; et nous suivîmes la rue de Roues. En voilà une rue bizarre! La moitié est pavée pour laisser passer les gens et l'autre moitié sert de lit à la Sorgues, qui fait tourner les roues des fabriques des indienneurs et des teinturiers. Comme c'était grande fête, les teinturiers et les indienneurs avaient fermé leurs fabriques; mais la rue était tapissée, depuis les toits jusqu'au ras du sol, de bandes indiennes bigarrées, rouges, bleues, jaunes, vertes, à grands ramages de fleurs; des milliers de jolis fichus de filles flottaient sur les séchoirs et les courroies qui traversaient la rue et faisaient ainsi comme des milliers de drapeaux et de festons et d'oriflammes, où le clair soleil, malgré le froid vif, se jouait étincelant. Et tout ce papillotement, avec le bourdonnement et le balancement de la foule qui nous emportait, le bruit de l'eau de la Sorgue qui clapotait comme un tourbillon de feuilles sèches, en s'écoulant des grandes roues alignées et qui tournaient lentement et semblaient marcher comme de grosses limaces en sens contraire de la foule, tout cela vous faisait clignoter, vous donnait les éblouissements du vertige. La foule était encore plus serrée dans cette rue étroite et les farandoleurs ne pouvaient plus faire leurs entrechats à leur aise. De temps à autre on voyait apparaître leur tête au-dessus de la foule, ils essayaient en vain de se remettre en danse à la cadence des tambourins qui ronflaient et des fifres qui s'égosillaient."
La place des Carmes entre le clocher Saint-Augustin et l'église Saint Symphorien, avec ses cafés, ses restaurants, est un lieu animé du festival d'Avignon, siège du théâtre des Carmes d'André Benedetto, lieu de spectacles dans le Cloître des Carmes.
L'île de la Barthelasse, juste en face du Rocher des Doms, sépare les deux bras du Rhône. Sur ses berges,sont amarrées des péniches qui se cachent parmi les arbres..
Autour de l'église Saint Pierre, beau spécimen du gothique flamboyant provençal, des petites places pittoresques forment un lieu au cachet médiéval à l'ombre des tours du Palais des Papes.
Louis Vouland qui fit fortune dans l'agro-alimentaire a donné son nom à l'hôtel de Villeneuve-Esclapon, une belle demeure qu'il acheta en 1927 et où il vécut jusqu'à sa mort en 1973.
Devenue le musée Vouland, la maison est un exemple de ces belles demeures bourgeoises néo Louis XV qui réflètent le goût de la bourgeoisie avignonnaise du début du XXème siècle.
Elle ne manque pas de charme avec sa façade intérieure dont le perron surélevé permet d'accéder par une élégante volée de marches au jardin paisible à l'abri des regards.
Le Musée Vouland se visite comme si le propriétaire venait de quitter sa maison à l'instant. La décoration intérieure est celle d'un bourgeois cossu aux goûts plutôt éclectiques : salons Régence, Louis XVI, chambre chinoise... Celui-ci privilégiait le luxe ostentatoire et s'entourait d'une profusion de collections, mobilier précieux, pièces d'orfèvrerie, céramiques, tapisseries, tableaux de maîtres, gravures, comme cette Tête de jeune fille de Boucher gravée par Gilles Demarteau qui sert d'enseigne au Musée.
Chaque année,le musée organise une exposition sur un peintre provençal car la fin du XIXème et le début du XXème furent une période féconde pour la peinture provençale, que l'on appela,la Nouvelle Ecole d'Avignonpar référence à l'Ecole médiévale.
Cette année 2007,le Musée Vouland présente une rétrospective des peintres qui ont été présentés dans ce lieu depuis vingt ans. Les oeuvres viennent des fonds permanents du musée Vouland mais aussi des musées d'Avignon, de Nîmes, de Villeneuve-lez-Avignon.
L'exposition est passionnante car elle permet de juger de la qualité et de la vigueur de cette école avignonnaise. Tous les peintres qui prennent pour thème commun les paysages avignonnais, la ville, la vie quotidienne du peuple, des artisans, se réclament de leur maître à tous : Pierre Grivolas. De ce dernier, notons que l'on peut admirer le célèbre tableau : le marché de la Place Pie ainsi que celui intitulé : Intérieur d'une filature.
Mais chacun a su préserver sa personnalité. On a ainsi l'occcasion de pouvoir admirer plusieurs Claude Firmin qui reste mon peintre provençal préféré. Le choix de ses sujets, sa palette de couleurs chaudes et la beauté rayonnante de la lumière ne sont pas sans faire penser à Renoir : la lessive,le départ... Et enfin, de cet artiste, j'ai pu revoir ce magnifique tableau que je n'avais eu l'occasion d'admirer qu'une seule fois au musée Calvet - certaines oeuvres restant, hélas,trop longtemps dans les réserves faute de place pour être exposées-. Il s'agit de : Intérieur d'un réparateur d'objets d'art.
Si l'on ajoute un beau Montagné, de superbes Victor Crumière, des Victor Leydet fort intéressants, des sculptures de Pierre Gras et Félix Charpentier et tant d'autres encore, l'on comprendra que cette exposition est à ne pas manquer pour tous les amoureux de la peinture provençale.
Voir : www.vouland.com
Exposition temporaire : Ecole d'Avignon et maîtres provençaux
jusqu'au 31 Mai.
Toute l'année visite de la maison et des collections.
Musée Vouland
17 rue Victor Hugo Avignon
Téléphone : 04 90 86 03 79
Ouverture de 14h à 18h du mardi au dimanche et de 12h à 18h l'été.
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