En nous rendant à Nenagh, dans le Bas Shannon, notre premier exploit, avant d’arriver au but, est de nous perdre en traversant Roscrea pourtant proche de notre destination. Les panneaux de signalisation y sont plutôt rares. Comment trouver la direction souhaitée, comment sortir de cette ville en fête où toute circulation est bloquée ? Nous nous adressons alors à un agent de police. Notre prononciation anglaise étant plus que douteuse, nous ne sommes pas trop surpris de n’être pas compris. Mais Bon Sang ! comment se prononce ce "a" et ce "gh" en anglais. Nous essayons toutes les combinaisons possibles. En partant de "Néneigue" à "Nineife" en passant par "Neneith" ? Mais quand on n’est pas doué... L’agent se gratte la tête d’un air perplexe, un attroupement se fait, toutes les bonnes volontés se rassemblent autour de nous pour résoudre cette énigme... On nous regarde un peu comme des extraterrestres. Reste à écrire le mot. Aussitôt les visages s’éclairent, une lueur de compréhension se lit dans les yeux. Un cri de soulagement jaillit : "OK ! You go to Nina" Et oui, nous allons à Nina... tout simplement !
Premier enseignement : en irlandais, au moins dans cette région du Shannon, le "a" se prononce... "a" comme en français et le "gh", on peut le laisser tomber ! Quelle douce civilisation !
Par la suite, nous nous apercevrons en visitant cette région, qu’il n’y a pas plus serviables et plus chaleureux que les irlandais ! Nous nous sommes souvent perdus en empruntant les petites routes de campagne qui passent au milieu des tourbières, encadrées parfois par de hautes herbes qui empêchent la visibilité. Elles longent des rivières, contournent toute une constellation de petits lacs. Elles sont, ces routes, toujours peu signalisées mais la gentillesse des habitants compense largement cet inconvénient. Enfin, à condition de ne pas être comme nous, imperméables aux langues étrangères. Un jour, une vieille dame (il faut dire à notre décharge qu’il lui manquait une dent de devant, ce qui n’arrangeait pas nos difficultés de compréhension) nous a tenu un long discours, pour nous remettre sur la voie, au cours duquel nous n’avons saisi que deux mots, leit motiv ponctuant chaque phrase : "The pink House". Munis de ce précieux et unique renseignement nous avons émergé de notre labyrinthe avec satisfaction. "Pink house" est devenu durant ce séjour notre mot de passe, le sésame qui ouvre au rire, à l’hilarité...
Quand on échange un appartement avec des étrangers, on peut toujours avoir un doute, comment cela va-t-il se passer? Il faut faire confiance à des inconnus, et réciproquement, puisque nous aussi nous allons pénétrer chez eux. Certaines personnes ne peuvent se décider à franchir le cap ! Quant à nous, nous avons gardé des souvenirs agréables de cette expérience. Voici le récit de deux échanges réussis avec des irlandais :
NENAGH : petite ville située dans les Midlands de l’Irlande dans le Bas Shannon près du Lough Derg. Dans cette grande plaine coule le Shannon, fleuve lent, qui s’étire en formant de si nombreux lacs que l’on a baptisé la région, "le pays des cent lacs"... Nous logeons dans une rue bordée par de petites maisons toutes semblables et faisons connaissance d’une amie de la propriétaire. Celle-ci, charmante et discrète, nous fera la surprise de nous apporter à plusieurs reprises tartes ou cookies de sa fabrication. Nous recevrons aussi sa soeur, avec qui nous sympathisons. Avec cette dernière, nous ferons l’année suivante, non plus un échange d’appartement mais un "échange" d’enfants.
Nous passons quinze jours à Nenagh, rayonnant à partir de ce centre d’abord tout autour des lacs, puis vers le sud et l’est, apprenant à connaître les gens et le pays.
Nous devons ensuite séjourner pendant les deux semaines suivantes à Ballinasloe, chez d’autres personnes qui habitent un peu plus au nord, dans le Haut Shannon.
A l’origine, nous aurions préféré trouver un deuxième logement dans le Connemara ou dans une région plus éloignée de notre premier séjour... Mais quand on échange, on n’a pas toujours entièrement le choix et il faut choisir les opportunités qui se présentent. Nous ne l’avons pas regretté!
BALLINASLOE : Nous rencontrons la famille de Ballinasloe, avant leur départ en France, pendant notre séjour à Nenagh. Ils nous invitent dans leur grande maison avec tous leurs voisins et amis, une réunion très plaisante et animée.
En fait, ils ont beaucoup de recommandations à nous faire car nous devons, pendant qu’ils seront chez nous et nous chez eux, nous occuper de leurs chiens, chats et chevaux. Tous pratiquent l’équitation, nous aussi... mais pas au même niveau ! Nous sommes pourtant sur la même longueur d’onde quant à l’amour des animaux et de ce sport! Cependant, si monter un cheval de concours qui a gagné de nombreux prix est un expérience magnifique, cela tient aussi de l’exploit. Girafe, le bien nommé, est une bête immense, qui nous donne du fil à retordre. Allez récupérer un étalon de cette taille au milieu d’un pré quand il décide de ne pas rentrer...! Quand vous l’approchez, il se projette en l’air en ruant des quatre fers. Le grand jeu! Impressionnant ! Heureusement, nous sommes aidés dans notre tâche par un agriculteur, ami de la famille, nous avons aussi les voisins qui veillent sur nous ! Nos filles montent les poneys des enfants. Petites citadines, elles sont ravies d’avoir à s’occuper des bêtes et prennent leur tâche très au sérieux.
Nous parlons de confiance? Si la maîtresse de maison s’inquiète beaucoup pour Girafe, elle laisse traîner ses bijoux sur sa table de toilette, bracelets, bagues... à portée de main..
A partir de Ballinasloe nous avons exploré l’ouest et le nord de l’Irlande, complétant notre connaissance de ce beau pays. Le jour de notre départ, comme s’ils étaient avertis par un mystérieux instinct, chiens, chats, poneys... sont tous là, même le facétieux Girafe, réunis derrière la barrière pour nous dire au revoir!
C'est par l’intermédiaire d’un organisme, INTERVAC, que nous avons pu échanger notre logement. Il faut, pour figurer dans leur catalogue, payer un droit d’inscription . Evidemment, l’économie réalisée en logeant chez l’habitant compense largement le prix de l’inscription. Pour avoir plus de chances de trouver une famille, il vaut mieux ne pas se cantonner à un seul pays mais proposer un large éventail. Intervac décline toutes responsabilités si vous n’êtes pas satisfaits des personnes avec qui vous avez échangé. Par contre, ils s’engagent, en cas de plainte, à les rayer de la liste. Vous savez, grâce au catalogue, combien d’échanges ont réalisées vos interlocuteurs. Cela vous donne une certaine sécurité. Mais il n’est pas interdit de faire confiance à ceux pour qui c’est la première fois!
Site Internet : http://www.intervac.com
Pendant notre séjour en Irlande, dans la petite cité de Nenagh, nous avons été surpris, en sortant dans la rue, de découvir la ville vide et silencieuse, portes et fenêtres fermées. Que se passait-il? C’était pourtant un jour comme les autres, tout au moins à nos yeux. Nous n’étions pas dimanche, le repos dominical ne pouvait donc pas être l’explication de cette désertification. La plupart des magasins étaient fermés, les pubs aussi. Des drapeaux irlandais ornaient les façades. Une fête nationale ? Mais non, l’atmosphère était bien trop lugubre ! Un deuil, alors?
Mais quand le soir vint, une foule en liesse envahit les rues, les pubs se remplirent. La bière y coulait à flots, rires et chants de triomphe retentissaient. Nous apprîmes ainsi que le Comté de Nenagh avait gagné le match de Hurling disputé contre une autre région du pays. Le Hurling ! Le sport national irlandais !
Il se pratique avec une batte et une balle en cuir blanc à coutures noires extrêmement dure. Ce projectile, quand il est lancé à toute force vers le camp ennemi, atteint une vitesse prodigieuse. Tous les hommes y jouent, enfants, adolescents, adultes. J’ai même vu un bébé d’environ trois ans muni d’une toute petite batte apprendre le jeu avec son papa. Toutes les femmes s’y intéressent surtout quand l’honneur de leur comté est en jeu. C’est pourquoi la population de Nenagh s’était enfermée ce jour-là, installée devant la télévision, dans l’attente fébrile et angoissée du résultat.
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