Vous croyez y échapper ? Optimistes ! Si vous êtes à Venise avec vos enfants, vous les verrez couler des regards d’envie vers les Elus des Dieux, ceux qui glissent doucement dans ces élégantes embarcations, les gondoles. Ils regarderont passer, béats d’admiration, les romantiques promeneurs qui laissent traîner langoureusement la main dans l’eau glauque de la lagune (romantiques et... courageux).
Premier cas : vous faites partie des Grandes Fortunes de France et vous descendez au Danieli ? Pas de problèmes. Allez-y ! Offrez une promenade en gondole à vos chères têtes blondes sans discuter ! Et n’ayez pas honte de votre statut inférieur de touristes. Vous allez découvrir les petits rio de Venise tels que vous ne les avez jamais vus, toutes ces étroites rues liquides que votre vaporetto habituel n’emprunte pas. Vous vous promènerez parmi les ocres, les verts, et les bruns fânés des maisons à l’affût de la beauté sous toutes ces formes : l’éclat d’un géranium accroché à une fenêtre lépreuse, le petit balcon aux colonnes torsadées, la fenêtre géminée, délicatement ouvragée, la haute cheminée pareille à celles qui ornent les tableaux du Carpaccio. Vous remarquerez, loin des marbres du Canale Grande, les crépis qui se délitent, les murs rongés par l’humidité, les marches défoncées, à moitié submergées, devant les pontons en bois vermoulues. Les vêtements suspendus au-dessus de vos têtes, sur une corde à linge, seront les drapeaux colorés qui salueront votre passage. Sous un pont, le gondolier sera obligé de se courber et de laisser aller la barque librement. Vous passerez dans l’obscurité des arches, un endroit hors du temps, où les bruits de la rue s’estomperont un moment, où le clapotis de l’eau répercuté par l’écho, envahira votre espace sonore. Dans les rio obscurs, vous croiserez un bateau de livraison, portant des caisses de boissons ou de légumes qui rappellent que la vie quotidienne continue malgré votre voyage dans les siècles.
Deuxième cas : vous avez eu du mal à boucler votre budget pour payer le camping. Bref ! Pour parler franchement vous êtes fauchés, pas de gondole en perpective ! Alors, là, les choses se gâtent. Bébé se roule par terre de dépit (normal, elle n’est pas encore dressée) les grandes vous font la gueule... discrètement (normal, elles sont bien éduquées). Ne désespérez pas ! J’ai une solution.
Entre le pont du Rialto et le Pont de l’Académie, à la hauteur du Campo Silvestro, en face du fondamento Del Carbon, une gondole vous fait traverser le grand canal pour une somme modique. C’est un service public. Elle accomplit ces allers retours plusieurs fois dans la journée. Grâce à elle, vos enfants feront un tour de gondole génial.
Ce n’est pas sans risque, cependant ! Bébé devient "accro" des tours en gondole. C’est mieux qu’un manège. A la cinquième (?) à la dixième(?) traversée, je ne peux avancer un chiffre, cela dépend du seuil de résistance de chacun, vous allez craquer. Bon, il est temps de désintoxiquer Bébé ! Allez donc faire un tour du côté des Mori ! Des Mori, j’ai bien dit... Vous voulez en savoir plus? Rendez-vous dans Voix-nomades au prochain épisode !
* Le service de traversée en gondole appelé Traghetto existe à plusieurs endroits du Grand Canal.. Il est indiqué par une pancarte Traghetti située à l’entrée des rues qui donnent sur les embarcadères.
Il y a plusieurs manières de se déplacer à Venise en dehors de la gondole. Le taxi-bateau est très cher. Le vaporetto, une sorte de "bus-bateau" emprunté par les vénitiens est un moyen moins onéreux de découvir le Grand Canal de manière agréable. Renseignez-vous à l’office du tourisme sur les cartes de transport qui permettent d’obtenir des réductions et sur le prix des gondoles. D'après Lucette, une internaute de Voix-nomades, le prix serait actuellement fixé à 70€ pour une gondole de cinq personnes. Et sachez que l’on peut toujours discuter le prix avec le gondolier.
Vous autres, jeunes ou moins jeunes mais toujours audacieux voyageurs de Voix-Nomades, au cours de vos aventures palpitantes, vous ne vous êtes jamais trouvés face à face avec des bêtes sauvages, vous n’avez jamais livré (corrigez-moi si je me trompe) un combat sans merci avec des fauves impitoyables.
Nous autres, parents, qui voyageons avec nos enfants, si !
Sur la Piazza San Marco, au pied de la cathédrale, à sa gauche, humbles dans l’immensité de la place, se dressent deux lions de porphyre rouge. Si vous n’avez pas de gamins dans vos bagages, je suis sûre que vous ne les aurez même pas remarqués. Pourtant, ils sont beaux avec leur peau douce et luisante veinée de noir.
D’ailleurs sont-ce réellement des lions, ces bestioles ? Peu importe car ils sont le siège d’âpres luttes pour la succession, d’implacables querelles politiques pour le pouvoir, afin d'obtenir ce privilège unique : monter sur le dos de ces fauves. Devant eux s’allonge une queue de bambins impatients qui vendraient père et mère, croyez-moi, pour s’y hisser et s’y maintenir un moment.
Mes filles y sont parvenues. Elles ont pour cela décoché quelques coups de pied en douce et en ont reçu tout autant. Mais elles ont chevauché ces coursiers indomptables et pourtant très... dociles.
Quant aux parents ? Résignés, ils attendent avec un stoïcisme jamais démenti le dénouement du drame shakespearien qui se joue chaque jour dans la Cité des Doges !
Les jeunes - ou moins jeunes - aventuriers de Voix Nomades bravent la mort sur les routes de Bolivie, partent sac à dos pour des randonnées interminables sur les crêtes pyrénéennes, s’aventurent au fin fond des déserts mauritaniens, se perdent dans l’antique cité de Palmyre, fréquentent les momies précolombiennes du Pérou, rendent visite aux vivants dans la Cité des Morts du Caire... Et quoi d’autres ?
A chacun ses aventures ! Nous autres, parents, nous hissons les poussettes sur les ponts en dos d’âne de Venise, réchauffons le biberon avec des capsules chimiques au pied de la pyramide du Louvres, changeons la couche de bébé en équilibre instable sur un genou à deux pas du Pont d’Avignon, arrêtons la voiture pour la pause pipi sur une vertigneuse route lozérienne.
Nous autres parents, nous avons nos aventures. A Venise par exemple...
Nous avions amené notre fille aînée, Liane, 4 ans, à Venise, laissant la plus jeune, Océane, 2 ans, à son oncle et sa tante. Ce que cette dernière, à notre retour, - à force d’entendre parler par sa soeur de gondoles et de petits ours gondoliers (en peluche)- n’a jamais pu encaisser !
Nous voilà donc à nouveau dans la cité des Doges, deux ans après, pour les 4 ans d’Océane, justice oblige ! Liane a six ans... et de l'expérience !
Nous logeons au Camping de Ponte Sabbioni de l’autre côté de la lagune, face à Venise et nous prenons le bateau pour aller voir la ville dès notre installation dans le bungalow. Liane est excitée comme une puce. Elle sert de guide à sa petite soeur. Pendant le voyage elle lui montre comment jeter des miettes de pain aux mouettes qui suivent notre embarcation et les attrapent au vol. C’est d’ailleurs le jeu de tous du plus petit au plus grand !
Enfin, Venise la belle se profile à l’horizon. L’entrée est triomphale. Liane gonflée d’orgueil fait les honneurs de la cité à sa soeur comme si elle en était propriétaire et c’est vrai que c’est beau ! Des vaporetti et des gondoles tracent leur chemin dans le grand bassin où la silhouette du Palais des Doges toute en dentelles ajourées rosit dans le soleil couchant. Le campanile, s’élève dans le ciel, se détachant, ocre auprès de la blancheur dorée de la cathédrale San Marco. Le Lion ailé semble venir à nous sur sa haute colonne. Nous arrivons !
Les fillettes nous précèdent joyeusement, Liane tirant Océane par la main pour lui montrer... quelque chose ! Elle ne tient plus d’impatience, elle court en direction du Pont des Soupirs. Nous nous attendrissons. Ainsi elle se souvient de ce pont, un des plus célèbres au monde, qui relie le palais des Doges aux prisons. Nous lui avions raconté les souffrances de Silvio Pellico, les gémissements des prisonniers crevant de froid dans les Puits et de chaleur dans les Plombs... A deux pas de ce trésor architectural, Liane s’arrête et montre un point sur le sol :
- C’est là !
Nous regardons ? Rien !
- C’est là que j’ai vu le pigeon mort...
Et je me souviens : un oiseau malade, décharné, aux plumes collées misérablement, au cou pelé, était venu mourir là, parmi l’indifférence générale. Générale ? Non ! Car la fillette de 4 ans avait fait sa première rencontre avec la Mort et ne l’avait pas oubliée. La Mort, la vraie! Non celle de la méchante sorcière dans les livres d’images. Ni celle, calme et digne, des beaux gisants de marbre sur les tombeaux des cathédrales. Ce n’était pas non plus, répugnante et puante, la charogne de Baudelaire... C’était le corps qui se dessèche et poudroie, la mort pauvre et solitaire, sans compassion et sans pensée, promue à la benne à ordure. Mort à Venise !
TOSCANE OU LE BALCON DE LA VIE
Editions Autrement
Le livre Toscane ou le balcon de la vie, aux éditions Autrement, réunit plusieurs articles collectés auprès de personnes issues d'horizons différents : artistes, conservateurs de musées, médecins, écrivains, ouvriers, agriculteurs... Tous exposent des points de vue très divers sur la Toscane et (ou) Florence.
Un article intitulé Léonard de Vinci. Il est toujours vivant ou pas ? rapporte une conversation surprenante entre deux villageois. L’un d’eux, un ouvrier sans instruction, a fabriqué un avion avec le moteur et la carcasse de sa voiture et des hélices en bois. Son "avion" a décollé, a volé sur quelques mètres et est retombé dans un buisson de ronces. Il est resté six mois à l’hôpital après cet exploit.
Lorsque on lui demande : Connais-tu Léonard de Vinci ? Il répond affirmativement en expliquant qu’il a lu des livres le concernant et que Léonard a inventé l’avion. Il ajoute ensuite: "Léonard de Vinci, il est vivant ou pas?"
Dans un autre texte, La folie du passé, la psychiâtre Graziella Magherina analyse les symptômes des malades hospitalisés victimes du syndrôme de Stendhal, ce mal éprouvé et décrit par notre grand écrivain lors d’un passage à Florence et qui atteint les personnes trop sensibles à la beauté des oeuvres d’art.
PUISSANT ET SOLITAIRE
Irving Stone
Michel Ange est présent partout à Florence : le roman d'Irving Stone, aux éditions Plon, Puissant et Solitaire, raconte la vie de Michel Ange. Bien documenté, il est agréable à lire et fait bien revivre la Florence de cette époque.
ALESSANDRO OU LA GUERRE DES CHIENS
Alain Absire
Le roman d’Alain Absire, Alessandro ou la Guerre des chiens, raconte un moment tragique de l’histoire de Florence sous l’emprise de Jérôme Savonarole, période violente et tourmentée. Les passions et les fanatismes se déchaînent. On y voit les enfants de Florence enrôlés par les moines se livrer aux pires exactions. Le roman décrit aussi Alessandro Boticelli vieillissant, en proie aux doutes, à la recherche de son salut.
FLORENCE UN GUIDE INTIME
Julien Green
Dans son livre Florence un guide intime, Julien Green nous présente sa Florence, celle qui n’appartient qu’à lui. Il nous promène dans la ville au gré de ses amours ou de ses déplaisirs.
Florence Noël 1992
La Florence d’Hiver
Nous avions échangé nos logements avec des florentins désireux de passer Noël à Avignon où nous habitons. Perchée sur une des collines de Florence, la maison était une vieille demeure de maître. Un grand jardin au charme désuet, seul vestige d’un ancien domaine disparu, dégringolait en étages au-dessus de la ville qu’il dominait. L’escalier qui ornait la façade de la maison, en marbre blanc, flanqué de statues du XVIII° donnait une idée de la magnificence passée...
Très impressionnés, nous devenons pour un temps des personnages d’un film de Visconti ! Mes trois filles jouent dans ce jardin où une fontaine moussue crache des stalactites de glace. Car il fait froid! Pour moi qui ai connu la chaleur écrasante de la Florence estivale, c’est un étonnement. La neige tombe bientôt sur la ville qui s’étend à nos pieds. Les flocons serrés et drus se balancent au-dessus du Dôme de Brunelleschi, voltigent autour de San Lorenzo, du campanile de Giotto, de la tour de la Seigneurie... Bientôt tout est recouvert, la blancheur s’installe, étouffant le rougeoiment des toits de tuiles .
Que dire de la visite dans la ville glaciale où souffle une bise mordante ? Les florentines se reconnaissent à leur riche manteau et leur toque de fourrure. On m’avait toujours parlé de l’élégance des femmes de la bourgeoisie florentine... Je n’avais jamais eu l’occasion de le vérifier au milieu des hordes de touristes rouges et transpirants dont je faisais partie dans la fournaise de l’été. Aujourd’hui, ils sont peu nombreux, les touristes ! Mais trop encore puisque nous voilà battant du pied dans la cour du Palais Medicis-Riccardi, attendant pour visiter les fresques de Gozzoli, le Cortège des Mages, qui ornent les murs de la chapelle.
Julien Green n’aime pas les fresques de Gozzoli. Elles sont, dit-il, comparées à celles de Masaccio, un défilé de mode où chacun, à commencer par les princes de Médicis, prend la pose. C’est vrai ! Mais quel défilé! Riche, brillant,chamarré! Laurent le Magnifique, nimbé de lumière sur son cheval blanc harnaché d’or, conduit un cortège. Des grands seigneurs, son frère, Julien, son père, Pierre le Goutteux, l’empereur Paléologue, le Condottiere Malatesta et tant d’autres le suivent en foule serrée. En mouvement - les pattes des chevaux dressés dans la marche- ils sont pourtant figés, saisis sur le vif comme dans un instantané photographique. On peut préférer les fresques du grave Masaccio, se sentir plus concerné par son humanité. Mais on aurait tort de bouder son plaisir devant la grâce et le raffinement des princes-marchands de Gozzoli qui incarnent dans leur amour du beau et du luxe l’esprit même de la Renaissance...
A la sortie du palais Riccardi-Médicis nous allons prendre un café ou un cappucino qui font partie du savoir vivre florentin comme les somptueuses glaces de l’été.
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