J’ai séjourné à plusieurs reprises dans ce petit hôtel tranquille à deux pas du boulevard Atatürk. Les chambres sont grandes, bien rénovées et confortables. A noter la salle de gymnastique pour l’hiver et une piscine dehors pour l’été.
L’établissement est sans prétention et le personnel extrêmement serviable. La nuit est affichée à 80 euros, y compris un petit déjeuner buffet très abondant. On peut sans doute négocier à moins si on reste quelques jours.
La cuisine du restaurant est soignée et le service impeccable. J’y ai dégusté des côtes d’agneau, abondamment servies avec une garniture de petits légumes et de riz. Avec une entrée et un dessert, il vous en coûtera 25 livres turques, soit un peu moins de 15 euros.
Ce sympathique restaurant est situé sur la rue de Paris (Paris Caddesi), derrière l’Ambassade américaine qui donne sur l’Atatürk Bulvari. Contournez cet imposant édifice par la droite pour tomber droit sur l’enseigne lumineuse du restaurant.
L’endroit, abondamment éclairé, n’est pas intime du tout ! On y vient en famille et on peut même y voir quelques groupes de femmes seules. Ceci explique sans doute cela. Le parquet ciré de la grande salle décorée de quelques chromos ottomans fleure bon la tradition. Une attention aussi rare que délicate pour la clientèle qui veut dîner tranquille : il y a une salle de jeux pour les enfants au sous-sol.
J’y ai dîné de la traditionnelle soupe de lentilles, suivi de d’un Iskender kebab au yogourt (fines lamelles de viande de veau posées sur un lit de dés de pain pitta et arrosées de yogourt et de sauce tomates), le tout accompagné d’une salade de crudités. Pas de dessert, mais avec de l’eau minérale comme boisson, cela m'a coûté 9 euros.
Avec ses grandes avenues arborées et ses nombreux parcs, la grande capitale turque ne manque pas d’allure. Dans sa partie centrale elle est traversée du nord au sud par le Boulevard Atatürk, et il est facile de s’y orienter. Très aérée, on se dit que la vie doit y être commode pour des familles avec enfants. Malgré quelques embouteillages aux heures d’entrée et de sortie des bureaux, la circulation est à peu près maîtrisée. A l’exception de quelques folies urbanistiques qui concernent surtout des immeubles de bureaux, les immeubles d’appartements semblent respecter une hauteur imposée. Pas d’anarchie donc, mais au contraire une certaine harmonie, sans compter que l’architecture des ces immeubles est plutôt agréable à l’œil.
C’est Atatürk qui a décidé de faire d’Ankara la capitale de la Turquie indépendante en 1923. Les signes distinctifs d’une capitale sont là : monuments publics, places avec statues équestres, urbanisme de grands espaces, passages souterrains pour les voitures, tout y est. Ecolo avant la lettre, il croyait aux arbres et aux espaces verts. Sur ce plan là Ankara est tout le contraire de la plupart des villes du Moyen-Orient. Le piéton y est aussi mieux traité que dans bien des villes : les trottoirs sont souvent larges et rarement encombrés de voitures. Les rues piétonnes du centre, très commerçantes, sont plaisantes.
J’y ai déambulé tranquillement dans le centre ville, observant la foule : beaucoup de jeunes qui se pressent dans les cafés Internet, des adultes de tous âges et de toutes conditions qui font leurs courses. La simplicité, sinon la modestie vestimentaire est de règle. La gêne se lit parfois sur certains visages. Mais pas de misère, et cette foule ressemble à la cohue des rues d’Europe dans les années cinquante, les téléphones portable en plus.
Dans un café, j’ai pris une tasse de thé avec une pâtisserie locale, très sucrée, dont j’ai oublié le nom. En novembre, la nuit tombe dès cinq heures à Ankara et les rues se vident rapidement.
J’étais dans mon taxi (à Ankara), ce vendredi 10 novembre à 9h05 du matin (précise !), lorsque des sirènes ont retenti. La circulation s’est arrêtée brusquement et les piétons se sont immobilisés, tournés vers le mausolée qui domine la ville. Mon chauffeur est descendu de son véhicule et a fait de même, avec solennité.
Comme tous les 10 novembre à la même heure, date anniversaire de la mort d’Atatürk, la vie s’arrête dans tout le pays pour un bref instant : deux minutes de recueillement général pour rendre un bref hommage au héros national...
Un moment impressionnant pour un étranger, à fortiori pour des gens venant d'un pays où l'idée patriotique est vécue avec une certaine honte aujourd'hui. Pour le reste, les touristes qui ne sont pas au courant seront surpris au début. J'ai mis quelques minutes à comprendre qu'ils se tournaient tous vers le mausolée d’Atatürk... Un instant, on aurait même pû croire, - puisque nous sommes dans un pays musulman -, que tout le pays ressentait un instant collectif de communion de foi et se préparait à se tourner vers la Mecque... Sauf que dans ce cas, c'est du fondateur de la laïcité à la Turque qu'il s'agit.
On ne peut ignorer son surnom, Atatürk, le père des turcs, à défaut de connaître son vrai nom : Mustapha Kemal... Et ils sont peu nombreux les hommes en qui une nation entière se reconnaît. Celui-ci a jeté les fondements de la Turquie républicaine et moderne. On en finirait plus d’énumérer les réformes profondes que les Turcs lui doivent, mais deux au moins ont changé l’histoire du pays : le passage de l’alphabet arabe à l’alphabet latin et la séparation de la religion et de l’Etat (sécularisation). Quand on sait les résistances que de tels changements suscitent, on imagine l’ascendant de cet homme sur ses compatriotes !
Dans le genre monumental le mausolée d’Atatürk est imbattable. Imaginez une allée triomphale, ornée de lions de pierre qui mènent à une esplanade immense flanquée de tours, avec au milieu le mausolée lui-même qui se présente comme un temple entouré de portiques au sommet d’un escalier monumental. Le tout est bâti au sommet d’une colline qui domine la ville et au milieu d’un parc de plusieurs hectares.
La tombe elle-même est un monolithe de marbre de plusieurs dizaines de tonnes posé sur un socle face à une grande fenêtre. J’y étais le 11 novembre 2006, noyé dans la foule qui venait rendre un bref hommage au fondateur de la Turquie moderne : enfants des écoles, drapeau turc en tête, simples citoyens qui viennent déposer une rose rouge ou dignitaires étrangers présents pour une brève visite...
La date n’est pas sans importance car les turcs n’ont aucune raison de célébrer l’armistice du 11 novembre 1918 puisqu’ils étaient du côté des vaincus, mais le 11 est le lendemain du 10, date de la mort d’Atatürk... D’où l’affluence qui régnait ce jour là !
La nuit, le mausolée, illuminé au milieu de son parc, domine toute la ville. C’est à ce moment là qu’il prend toute sa majesté.
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