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Marrakech : la place Djema El Fna et le souk (4)

Publié le : 07 Avril 2006
Marrakech : la place Djema El Fna et le souk (4)

La place Djema El Fna est une vaste étendue sur laquelle ouvre une des entrées du souk de Marrakech. En cette saison automnale, elle est presque vide le jour et s’anime le soir venu. Des bancs et des tables sont dressés devant des locaux pour accueillir les touristes ou les autochtones qui veulent manger à des prix modiques. On vous sert des merguez ou de l’agneau grillés sur des réchauds à gaz qui empestent. Fumée de la viande, odeurs variées, conversations animées. La flûte peu mélodieuse d’un charmeur de serpent orchestre le tout. Les marchands d’eau dans leur costume rouge, leur grand chapeau tissé de laines bariolées,  portant autour du cou un collier d’écuelles en cuivre et, en bandoulière, une outre remplie d’eau,  agitent leur clochette. Objets de curiosité, ils gagnent surtout leur vie non à vendre de l’eau aux passants comme autrefois mais à se faire photographier par les touristes. Autre surprise : les succursales de banque ouvertes directement sur la place. On peut y retirer des espèces sans aucun dispositif de sécurité. Des écrivains publics, accroupis à même le sol, leur tablette de bois sur les genoux, attendent le client qui viendra dicter sa lettre ou se la faire lire. Des  marchands transportent les chargements sur leur charrette à bras qui constitue leur seul bien. Nous sommes impressionnés par leur pauvreté. Ils dorment à l’intérieur de leur véhicule, sous une couverture, et possèdent un petit réchaud qui leur permet de se faire à manger. C’est leur maison !

Dans le souk, les quartiers sont répartis selon les métiers, ferronniers, teinturiers, maroquiniers, marqueteurs, potiers... Tous vendent des objets qui à mon avis doivent être fabriqués en série dans des manufactures car on retrouve, d’une échoppe à l’autre, les mêmes poufs, sacs,  babouches, plats en terre... sans aucune créativité originale les uns par rapport aux autres.

Cependant le spectacle ne manque pas de beauté et de pittoresque. Les étoffes  rutilantes, les kaftans en soie brodée des boutiques de tissus composent un tableau bigarré. Les plateaux ciselés, les canouns en cuivre lancent leurs éclats rouge et or. Mais c’est surtout dans le quartier des teinturiers, bien sûr, que la couleur éclate avec les grands écheveaux de laine teinte en rouge, jaune, bleu, qui sont  mis à sécher, suspendus sur les treillis au-dessus de nos têtes. Les herboristes aux boutiques imprégnées d’ odeurs variées, exposent au milieu d’herbes  toutes sortes d’objets curieux, chauve-souris desséchées, petits squelettes d’animaux, sortilèges bizarres. Plus loin, un homme assis par terre attire notre attention . C’est un tourneur sur bois qui exécute en deux secondes devant nous un petite amulette, en tirant sur une ficelle enroulée autour de ses orteils. Celle-ci orne toujours notre salle de bain au moment où j’écris ces lignes.


Petite échappée vers le sud marocain (3)

Publié le : 07 Avril 2006
Petite échappée  vers le sud marocain (3)

Pendant notre séjour à Marrakech, nous décidons d’aller vers le Sud, dans les gorges du Dadès, pour un court séjour, et nous  réservons une chambre à Boulman-Dadès. Nous voilà donc partis pour un périple de deux jours avec une voiture de location qui crève dès le vingtième kilomètre. L’autre pneu est en très mauvais état, la roue de secours inexistante. Nous finissons par joindre l’agence de location. Deux heures plus tard, ils arrivent avec un véhicule en meilleur état qu’on nous laisse au même tarif.

Nouveau départ. Nos prenons la route aux "mille tournants", ainsi est-elle nommée, qui monte vers le col du Tichka et les montagnes de l’Atlas. Impressionnant! Parfois la voie est si étroite que l’on peut à peine se croiser et elle est bordée par un  précipice vertigineux... des deux côtés. Ma foi ! Cela n’a pas l’air d’effrayer d’intrépides petits cars bondés de gens, de bêtes et de valises, qui grignotent en toussotant les kilomètres, s’inclinant un peu trop hardiment au-dessus des célèbres virages. Au-dessus de nous les pics enneigés de l’Atlas.  Nous traversons quelques villages. Une fois, nous sommes arrêtés en plein bled par des policiers surgis d’on ne sait où. Sur le bord du chemin, de plus en plus d’ânes lourdement chargés, des femmes ployant sous d’énormes ballots. Nous approchons des pays berbères.
Au passage du col, arrêt ! Un marocain nous réclame de l’aspirine pour sa mère malade. Nous lui en donnons et pour nous remercier, il nous invite à entrer dans sa boutique où il nous propose des minéraux du Sahara à un prix exorbitant. Difficile de nous libérer. Plus tard, en parlant avec d’autres touristes, nous apprenons qu’ils racontent tous les mêmes mensonges pour attirer les clients dans leur magasin. Nous sommes déçus d’avoir été trompés.
Nous continuons notre voyage vers les gorges du Dadès. Après le Tichka, nous redescendons vers le plateau désertique, le reg, semé de cailloux, troué ça et là par le vert saisissant d’une oasis. Splendides paysages, arides, grandioses, routes étroites. Nids de poule. Oueds débordant parfois sur la chaussée.

Nous arrivons à l’hôtel Boulman-Dadès. Nous sommes les seuls occupants pour la soirée. On nous choie, on nous place près de la cheminée : "il va geler cette nuit". Au matin, nous visitons une des curiosités de l’hôtel, des chambres troglodytes aménagées dans des grottes, avec des tentures tissées sur les murs, des tapis sur le sol. Les prix en sont très élevés. Nous avons préféré un habitat plus classique et moins onéreux.
Visite des gorges du Dadès, l’oued a creusé des parois abruptes dans la roche qui présente toutes les nuances du rouge, de l’ocre, véritables falaises  dressées au-dessus du cours d’eau. Selon les saisons, le lit de l’oued  peut être presque à sec. Mais en cas d’orage, il peut se gonfler démesurément et en l’espace d’un instant rouler des flots impétueux et furieux. J’apprends qu’il y a quelques années, des touristes se sont fait surprendre par la pluie dans ce canyon et ont été emportés par le torrent qui charriait de la boue et des rochers.

Retour par les Aït Ben Adou, village perché sur la colline, avec ses maisons en pisé, les tours crénelées de sa citadelle, village rouge qui se fond dans le paysage désertique de même couleur, rehaussé ça et là par l’éclat vert des palmiers.  Des gamins nous font traverser la rivière à dos d’âne pour quelques pièces. Ils en demandent aussi pour se laisser photographier.
C’est la fin de notre équipée. Nous rentrons à Marrakech.


Petite échappée  vers le sud marocain (3)

Le Hammam de la Médina d’ Elksour à Marrackech (2)

Publié le : 07 Avril 2006

C’est décidé ! Fatima m’amène au Hammam de notre quartier. Elle me donne un morceau de toile cirée, un seau, du savon noir et j’achète, sur ses conseils, un gant de crin en nylon. Me voilà toute excitée à l’idée de cette expérience nouvelle !

Bon, les difficultés commencent à l’entrée où l’on refuse de m’admettre. Pourquoi ? Fatima se lance dans de longs palabres que je ne comprends pas. Mais, soudain, c’est d’accord et j’aurai même le droit à un massage supplémentaire si je paie un peu plus.
Nous entrons dans une cave voûtée. Je suis surprise par la sobriété du lieu et le calme qui y règne. Il y a  pourtant beaucoup d’enfants avec nous mais ils sont curieusement silencieux. L’eau chaude est apportée dans des seaux qui, répandus, dégagent des nuages de vapeur  tout autour de nous. Je me place comme Fatima sur la toile cirée que j’ai apportée. Des matrones en slip nous frottent le corps vigoureusement avec le savon noir ou nous étrillent avec notre gant de crin... Soins attentifs apportés à la chevelure, longs démêlages minutieux, rinçages répétés en versant sur les têtes de nombreux seaux d’eau bien chaude. Les cheveux tombent sur le sol dans les flaques savonneuses. On les pousse de temps en temps vers une rigole. Je me retrouve allongée sur le dallage, la tête posée sur le ventre d’une des matrones qui me masse avec dextérité. Elle a vraiment des dons pour détendre et relaxer, je me sens bien et me laisse aller. Presque deux heures sont passées lorsque nous sortons avec Fatima. Je me voile comme elle pour  éviter de sortir la tête mouillée dans la rue.
En bref, un moment de pur plaisir, sans paroles inutiles ni gestes superflus. Calme, silence, repos. Hygiène toute simple, même un peu limitée. Je pense que cela ne conviendrait pas aux adeptes du Club Med !


Dans la Médina Elksour à Marrakech (1)

Publié le : 07 Avril 2006
Dans la Médina Elksour à Marrakech (1)

Nous sommes partis, mon mari et moi, rendre visite à une amie qui a pris sa retraite au Maroc. Elle a acheté, dans la médina Elksour de Marrakech, il y a quelques années, une de ces maisons anciennes bon marché car un peu délabrée et peu prisée à l’époque. La maison restaurée est de toute beauté maintenant, avec ses murs saumon agrémentés de mosaïques bleues. Elle est près de la mosquée de la Koutoubia dont la belle tour ocre et azurée se dresse non loin de nous et nous entendons à heures fixes les appels du mezzuin, y compris la nuit.

Le quartier est populaire et nous faisons vite connaissance avec les voisins, amis de notre hôte. Il y a Hassan, 35 ans, professeur de physique et sa femme, Fatima employée à la préfecture. Ils ont deux filles et habitent chez leurs parents pendant la construction de leur maison dans un quartier neuf éloigné du centre ville en direction de l’aéroport. Ils ne sont pas, comme les français et les étrangers en général, attirés par l’exotisme de ces vieilles habitations et ont hâte d’aménager ailleurs. Il est vrai que si leur maison est belle à nos yeux d’européens, elle ne possède aucun confort : pas de salle de bain mais un lavabo dans l’entrée et aucun chauffage. Nous sommes à la Toussaint et contrairement aux idées reçues, il fait assez froid, certains jours, au Maroc, au mois de Novembre. Fatima superpose pantalon et caleçon et trois ou quatre pulls. Les fillettes aussi arborent autant de couches de vêtements.

Depuis quelques années Fatima est voilée pour sortir et elle conserve son voile chez elle en présence d’un homme. Quand nous sommes entre femmes, elle l’enlève et nous paraît beaucoup plus décontractée et spontanée.

Ils nous invitent le premier soir du Ramadam à prendre le thé chez eux et nous reçoivent chaleureusement, à l’orientale, dans un des  salons, assis sur des sofas, autour de petites tables basses disposées sur des tapis aux couleurs vives. J’apprends que selon l’aisance de la famille, les marocains possèdent un ou plusieurs salons dans leur maison. Une profusion de pâtisseries préparées par Fatima nous attend et nous assistons à la préparation du thé à la menthe, moment important qui suit tout un rituel.

Chez mon amie, nous prenons nos repas, le midi, dans la cour intérieure sous les arcades mauresques. Bien abrité du  vent et en plein soleil, ce lieu nous procure une impression de dépaysement que viennent renforcer les prouesses culinaires de son employée. Celle-ci, une sympathique jeune femme, stimulée par notre présence a décidé de nous régaler et se surpasse en notre honneur. Elle nous prépare chaque jour un plat différent : pastilla, tajin aux coings, et bien sûr son fameux couscous qu’elle prépare pendant des heures, fabriquant elle-même la semoule, et la roulant dans le beurre plusieurs fois au cours de la cuisson. Délicieux !


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