CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

Blog de miriam

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Maroc

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4. En route par Ifrane - Midelt

Publié le : 05 Février 2007

Ce matin, un drôle de bruit nous a tirées du sommeil. Dominique avait imaginé qu’un carreleur taillait ses zelliges, tandis que moi j’entendais une voiture télécommandée. Finalement c’est la douche qui fuyait. Le muezzin convoque à la prière, en écho, les autres répondent. Nous nous rendormons jusqu’à 7h30 : soleil magnifique.

La Toyota Corolla

      A neuf heures nous louons la voiture : chez Budget le loueur n’a pas de petite voiture à nous proposer, il nous donne une magnifique Toyota Corolla bleue nuit pour le prix d’une Clio. Nous concluons la location avec un verre de thé à la menthe (c’est le premier depuis notre arrivée) ? Au distributeur de billets, tout se passe bien. Traversée de la Fès moderne avec ses grandes avenues, ses palmiers, très française encore.

Oliviers et soucis oranges

      A 10h30 tous nos bagages sont chargés et nous quittons Fès par une campagne très verdoyante. Les oliviers et les collines évoquent un paysage méditerranéen. Sous les oliviers, un tapis de petits soucis oranges. Le long de la route des moutons attendent. la fête est pour après demain. La nuit dernière en ville, nous les avons entendus bêler.

      Au loin les crêtes du Moyen Atlas se profilent. Premier arrêt pour photographier la Corolla toute propre encore et les moutons .A Imouzzer, la route monte, nous abordons la montagne, les forets de chênes et de résineux tout d’abord. Les maisons ont des toits en pente, des tuiles mécaniques rouges plates, elles ressemblent à des pavillons français du début du XXème siècle.

Ifrane

      Ifrane est une curieuse station d’altitude. A l’entrée, une luxueuse université, puis nous passons dans un parc où serpente une rivière d’eau claire : la source Vittel. De nombreuses tables pour les pique-niques sont aménagées près de l’eau. Le tout d’une propreté suisse. Des villas cossues et des petits immeubles modernes avec des toits pointus des tuiles rouges, tout a l’air très chic.  Très snob .Avec les nids de cigognes, très Alsacien. Nous ne voyons pas les pistes de ski un peu plus haut. La neige est encore là par plaques de petits névés dans les coins ombragés.

Les singes

       Nous faisons le tour de la station, quelques courses à la supérette des cigognes et prenons la direction d’Azrou.
Sur un parking offrant un beau point de vue, trois petits singes attendent. Il y a aussi des baraques de souvenirs mais ces petits magots sont trop mignons ! Nous nous arrêtons donc, je sors un quart de pain rond. Les petits singes ne sont pas farouches, je distribue une bouchée à chacun, mais voilà que le petit saute dans le coffre de la voiture et vole le rouleau de Sopalin (heureusement que ce ne sont pas les pommes ou les bananes) j’échange le papier contre du pain. Ils sont apprivoisés, leur maître arrive et nous conseille de fermer la voiture. En effet un macaque entre par la fenêtre. Celui qui est sur le toit me saute sur l’épaule. Ils sont très délicats, très doux et joueurs .le monsieur est très aimable aussi et ne pousse pas à l’achat. Il nous conseille d’aller pique-niquer sous les cèdres.

Les cèdres

      Les voici, les premiers cèdres de l’Atlas qui couvrent la montagne. Les plus vieux dépassent avec leur silhouette caractéristique. Une petite déception, les plus beaux sont déplumés, le plus fameux, le Cèdre Gouraud est complètement mort (encore des singes et des baraques de souvenirs). Nous suivons la piste jusqu’à une clairière verte dans les cèdres. Les plus jeunes plants poussent très touffus mais leurs  branches ne forment pas encore les parasols horizontaux caractéristiques. Intriguée, je vais vérifier que les aiguilles sont bien celles d’un cèdre. Probablement, ils ne développent leur port majestueux qu’en vieillissant et meurent très vieux. Pour déjeuner, nous avons de la compagnie, un couple de chiens, le mâle , petit berger à épaisse fourrure, la femelle très maigre, une levrette. Ils dévorent le pain que je leur lance. Nous sommes assises sur de grosses bombes volcaniques à structure bulleuse. Toute la clairière en est jonchée. Promenade courte, à pied près des névés, la piste est verglacée.

Azrou

       Vue de loin, Azrou est une jolie ville adossée à la montagne, de près, c’est plutôt pouilleux, encombré et quelconque Nous pensions nous y arrêter, il n’y a rien de spécial à visiter, il est encore tôt, nous avons le temps d’arriver à Midelt.

Volcanisme


       La route parcourt maintenant une sorte de plateau boursouflé de cônes volcaniques avec des cratères égueulés .Les bombes, blocs et scories sont utilisés comme murettes. Dans les creux, l’eau de fonte des neiges stagne en d’improbables fondrières. D’ici à quelques semaines ce sera peut être une steppe désertique mais aujourd’hui on dirait le Massif Central, en beaucoup plus haut (autour de 2000m jusqu’à 2500m) La route est très encombrée : d’énormes camions peinent en montée et soulèvent une poussière infernale. On finit par doubler la caravane.
Le massif central avec les Pyrénées enneigées à l’horizon ! Au loin une barrière de sommets découpés, blancs : le haut Atlas avec le Djebel Ayachi pourtant très éloigné.

       Changement de décor : un désert pierreux, brunâtre, où paissent de nombreux moutons. Tout est marron : la laine des moutons, la terre, les broussailles aussi la djellaba des bergers coiffés de leur capuchons pointus.
Une rivière serpente en méandres serrés creuse une vallée sur le bord de la route. Des petits lacs temporaires ( ?) reflètent le ciel. Nous déroutons pour découvrir l’Aguelmane Sidi Ali, joli lac caché dans la montagne. Surprise il est vert très intense presque noir. Dehors il fait un vent épouvantable, on se pèle de froid et renonçons à nous y attarder.

     Des cèdres très secs parsèment le flanc de la montagne, squelettiques, ils se détachent sur le ciel très bleu. Nous retrouvons la forêt au col du Zad à 2178 m.
Nous descendons alors sur Bolojoul et Midelt parmi les cèdres clairsemés. A chaque tournant des chiens misérables sont couchés, on aimerait leur donner le pain qui reste mais ce n’est pas évident de s’arrêter, on le regrettera.

Coucher de soleil sur Midelt


     Nouveau décor : au premier plan le désert prend toutes les teintes de rouge, ocre, orangé, pourpre, violacé. La barrière blanche de l’Atlas se rapproche. Les buissons sont verts en cette saison, une sorte de graminée forme des coussins hérissés. A l’approche de Midelt vers 17hle soleil baisse, la lumière du couchant est chaude, des petits nuages étranges occupent le ciel. Certains s’effilochent d’autres en boules grises s’empilent et changent de forme.

     Dommage d’entrer dans la ville par une si belle lumière. Dominique prend une route de traverse censée mener à un barrage pour profiter encore du désert en Technicolor.

     Une butte témoin ocre surmontée d’un banc de calcaire clair se détache, décor de western, elle est précédée de collines violacées. Nous découvrons un campement de nomades.

     Lorsque nous rentrons à la route, le soleil est si éblouissant qu’on a du mal à couper la file de la circulation : on ne voit pas les véhicules arriver.

L’Hôtel Ayachi


      18heures, nous nous arrêtons au premier hôtel venu, un peu classe : l’hôtel Ayachi. Il y en a un autre, la Kasbah, tout le reste fait plutôt minable. Le patron est très sympa :
- « pour toi ce sera 560 dirham la demi pension. »
Il a fait un petit rabais pour la morte saison. L’hôtel est très laid du dehors, gris ocre bâti « par les Français » dans les années 50. Mais le hall est très bien décoré, vastes salons, curieux « foyer » (chiffon moiré orange qui bouge avec une soufflerie). La chambre est très vaste, très haute de plafond, meubles standard sans goût mais un balcon et un radiateur, une belle salle de bain et de la moquette. Nous avons froid malgré le chauffage. On viendra avec un seau purger le radiateur.
Le dîner est très bon : salade marocaine, tajine aux pruneaux, orange à la cannelle pour moi, omelette, brochettes tarte pour Dominique.


5. De Midelt à Errachidia par les gorges du Ziz

Publié le : 05 Février 2007

La nuit a été très froide. A Midelt, 1500m, il gèle. A 7h15 lever du soleil spectaculaire sur le Djebel Ayachi. En quelques seconde le disque solaire sort, éblouissant, ciel pur de montagne et de désert, couleurs violentes.

        La salle à manger de l’hôtel Ayachi est très bien décorée. Pendant que nous attendons le petit déjeuner Dominique avise un récipient en cuivre conique. Le patron de l’hôtel intervient c’est une huche à pain, il nous montre les tapis brodés faits dans la région et s’installe à table avec nous.Nous discutons de la crise du tourisme à cause de la guerre qui se prépare en Irak. C’est une vraie catastrophe pour cette région qui vit du tourisme.
       Il a un air bizarre avec son costume noir fripé et ses yeux rouges. C’était notre voisin de chambre. Dominique avait remarqué son comportement hier soir. Bouteille ou kif ? Son discours, intéressant est un peu incohérent. A la fin du petit déjeuner il nous invite chez lui voir sa femme « madame Thatcher ». Madame Thatcher est en tablier, gants de vaisselle à la main, elle nous installe dans le salon de réception très vaste bordé de canapés aux coussins blancs avec de jolies petites tables octogonales en cèdre tourné. Nous lui demandons conseil pour une excursion à partir de Midelt. Aouli est accessible avec une voiture ordinaire, le cirque de Jaffar, trop loin, seulement avec un 4x4. Nous parlons de tapis et de kilim, je lui demande des prix, elle ne donne pas de chiffre mais conseille de diviser par deux l’offre du marchand et de faire mine de partir.
     Son mari fait du thé à la menthe il revient habillé de frais. Nous pensons que madame Thatcher, Milouda, l’a viré, vu son état lamentable, il a dormi à l’hôtel tout habillé. Notre visite a été bienvenue pour éviter des remontrances. Nous nous quittons avec la promesse de se revoir lorsqu’on repassera par Midelt au retour.
Nous avons deux heures de retard sur l’horaire prévu mais cela a été l’occasion de boire le thé dans une belle maison marocaine et d’échanger quelques idées.

Les mines de Mibladen

      La petite route d’Aouli est goudronnée, elle traverse d’abord le plateau caillouteux, nous traversons une bourgade minière Mibladen habitée mais en sommeil. Le sol est crevé par l’exploitation minière et les déblais forment des cônes de gravats. Dans les gorges coule la rivière Moulouya tumultueuse, belles eaux verte et vif courant .Et pourtant la fonte des neiges est peu importante. Il n’a pas neigé cet hiver à Midelt, cette année, les cigognes sont arrivées avec plus d’un  mois d’avance. On imagine la force de l’oued en crue en regardant le profond canyon qu’il a creusé.

       Des installations tombées en désuétude enjambent le lit du torrent, restes de centrale électrique, aqueducs en ciment ruiné, pylônes électrique inutiles …Ce matin, notre hôte nous a expliqué que les mines de plomb d’Aouli ont été exploitées depuis 1942, le plomb a servi pendant la première Guerre Mondiale. Ceci corrobore mes lectures. Edith Wharton racontait que Lyautey au lieu d’envoyer des supplétifs dans les tranchées avait préféré favoriser le développement économique du Protectorat. Certainement le plomb d’Aouli a servi l’effort de guerre mieux que des effectifs de soldats. .Depuis 50 ans Aouli est devenue une ville fantôme. Pennaroya qui l’exploitait l’a abandonnée à l’Indépendance.

     Le quartier européen est construit de petits immeubles à balcons et terrasses, volets verts d’un côté de l’oued. En face une immense bâtisse rouge adossée à la falaise. Plus loin,  un quartier ouvrier de maisons de pierres sèches accrochées fait corps avec la montagne. Les figuiers, défeuillés actuellement,  prospèrent encore. Sur le bord de l’eau peupliers lauriers roses et tamaris. L’endroit quoiqu’isolé devait être agréable avec cette eau et cette verdure.
Nous faisons demi-tour avant d’arriver au chantier, la piste devient de plus en plus mauvaise. Sur le retour nous rencontrons un troupeau qui nous barre la route. Les petites chèvres basses grises sont très belles.

     Nous dépassons une vieille toute courbée qui marchait derrière son âne. Je lui propose 5dirhams pour prendre une photo. Elle accepte, mais pas avec l’âne, se redresse bien droite sur son bâton. J’avais imaginé la photo autrement : à l’arrière plan, les neiges de l’Ayachi, l’âne et elle cheminant sur la crête se détachant sur le ciel bleu. Mais c’est l’image, debout, fière, qu’elle veut bien me donner. J’espère qu’on verra ses rides et tatouages, mais je n’ai pas osé faire sortir le téléobjectif.

La route de Midelt à Errachidia

     La route de Midelt vers Errachidia contourne la montagne jusqu’à un col à 1900 m. Au col, nous retrouvons une « forêt », d’abord de malheureux thuyas très vieux, à moitié desséchés puis plus haut des pins plantés récemment .En descendant vers le sud, le paysage est plutôt monotone. Les neiges éternelles ont disparu, les barres violacées sont frangées de cônes d’éboulis ocre. Les collines de piémont plus beiges sont soulignées par de petits bancs de  pierre. De temps en temps, un village avec des vergers d’arbres fruitiers rompt la monotonie. En février, ils ont une allure hivernale, des cerisiers ou des pommiers ou des pruniers ?

Sources thermales

     Nous trouvons l’oued Ziz vers Rich dans une large plaine peu intéressante, les premiers ksour apparaissent, villages de terre. Nous cherchons deux sources thermales recommandées par l’hôtelier : l’une pour les reins, l’autre d’eau chaude pour les rhumatismes où on peut se baigner (le maillot est prêt dans le sac).
    La première est charmante : piscines d’eau claire sous de beaux palmiers. Dans un bassin, on voit des bulles de gaz. Le gardien élève dans l’autre des poissons dont il est très fier. Il nous fait la visite très aimablement. Il vend des bidons aux curistes et tient une petite cafétéria. Nous déjeunons près du bassin aux poissons. Discret, il ne nous dérange pas pendant le repas, présent tout de même il fait mine de nourrir les poissons et viendra fumer une cigarette en notre compagnie à la fin du repas. C’est vraiment un pique-nique agréable.

     La deuxième source, « station thermale » est très décevante. Parking payant couvert, mosquée, deux établissements miteux en ciment beige précédés de guitounes où l’on vend des slips, du shampooing, du savon. C’est pouilleux, misérable, je n’ai pas envie d’aller dans ces pauvres bâtiments.

Gorges du Ziz

      Nous passons le fameux tunnel du Légionnaire à l‘entrée des gorges du Ziz. Nous ratons une belle photo par la faute des gamins venus vendre des dromadaires tressés qui nous mettent en fuite .Les gorges du Ziz forment un canyon entaillé dans une falaise brun rouge avec une stratification de bancs horizontaux. C’est la patine qui est rouge, le calcaire, lui même est gris. Le fond de la vallée est occupé par une belle palmeraie. L’eau du Ziz est transparente, verte avec le reflet des palmiers. Les graviers dans son lit sont gris.
Je passe une bonne heure à écrire et à dessiner. Un jeune homme s’est assis près de nous, fait une tentative, mais se décourage et finalement chantonne ou psalmodie des prières, il est ensuite rejoint par des copains qui nous laissent bien tranquilles. Avec les adultes on arrive bien à faire comprendre qu’on a envie d’être au calme. La plaie, ce sont les enfants qui ne se lassent jamais.
Après le grand canyon, nous arrivons au barrage sur le Ziz : beau lac turquoise avec des îlots. La route le surplombe de loin.

Errachidia

     D’après tous non interlocuteurs, Errachidia n’offre aucun intérêt. Nous sommes plutôt agréablement surprises par les efforts d’urbanisme, les différents quartiers sont enceints de murs avec des tours carrées imitant les ksours traditionnels de terre décorés de motifs berbères. Les entrées de la ville monumentales rappellent celles de Ouarzazate .La ville, elle même est invisible derrière toutes ces murailles qui cachent  des quartiers d’habitation des bâtiments officiels ou des casernes. Pas de trace d’hôtel. Nous continuons la route de Ouarzazate et sommes prises en chasse par un 4x4 qui nous double et s’arrête, peut être des rabatteurs d’un hôtel de luxe ?

Hôtel Mezki

       Au retour, nous trouvons l’hôtel Mezki recommandé par Lonely Planet. Il n’est pas cher mais froid, pas de chauffage ni d’eau chaude, couloirs sinistres, chambre immense et triste. Nous cherchons ailleurs, bredouille, nous y revenons, entre temps, on nous annonce qu’il n’y aura pas de petit déjeuner pour cause d’Aïd et même pas de dîner non plus. Nous parlementons, finalement nous aurons des brochettes et des frites, le tout pour 250 DH.


6. AÏd el kebir -Source Mezki- Erfoud

Publié le : 05 Février 2007
6. AÏd el kebir -Source Mezki- Erfoud

La source Mezki.

        Heureusement que nous avons gardé le pain du dîner et quelques kiri et des fruits pour remplacer le petit déjeuner. Nous partons donc très tôt dans Errachidia endormie et atteignons vers 8 heures la Source Bleue. La route est construite sur un plateau pierreux, très plat, ennuyeux, laid. Dès qu’on bifurque vers la Source Mezki nous découvrons la Casbah qui surgit face à nous comme un mirage. Nous garons la voiture et découvrons le canyon. L’oued Ziz a creusé profondément le plateau, dans l’échancrure, une très belle palmeraie, l’eau de la rivière est très verte.
      A cette heure, le comité d’accueil est réduit, un vieil homme noir avec une barbiche, très grand, très digne dans sa djellaba verte nous vend les tickets d’entrée 10 dirhams, un garçonnet essaie de placer une gazelle tressée à l‘intérieur de la voiture, je lui explique qu’on en a déjà une collection et lui offre un bonbon pour qu’il ne soit pas fâché .Un jeune homme nous propose un thé « plus tard ».

       La source est une belle piscine naturelle où nagent des barbeaux, certains de belle taille. Derrière un petit pont, dans une grotte, le coin des femmes qui allument des bougies, paraît-il.
La température n’est pas à la baignade. Je supporte allègrement un T-shirt à manches longues, ma chemise de voyage et le gros pull irlandais.

Palmeraie

       Nous prenons le chemin de la palmeraie vers la casbah.
Nous n’avons que des bons souvenirs de promenades dans les palmeraies : Agdz, Zagora et Assouan. La palmeraie a un avant goût de paradis. Tout ce qui est sans valeur chez nous, l’eau, l’ombre, la couleur verte de la végétation prend un prix inestimable. Après la lumière crue du désert, le soleil mordant, la palmeraie donne un sentiment de repos, de paix, de bien être. Chaque cm2 est précieux, les villages sont construits sur les bords, les véhicules absents. Nous marchons avec précautions sur les petites levées de terre sèche qui délimitent les parcelles ou le long des canaux d’irrigation. Dans les petits carrés, en ce moment, les fèves sont en fleurs, l’alfafa ou la luzerne ont été coupés, les carottes et les oignons prospèrent.
         Les arbres fruitiers, en revanche, sont en repos hivernal, grenades, cognassiers et figuiers ont perdu leurs feuilles. Même ici, dans le grand sud, en février, c’est encore l’hiver. Les palmiers forment d’énormes touffes de six ou sept pieds à divers stades de développement. Ceux qui ne sont pas encore très hauts ressemblent à d’énormes ananas.
       Nous profitons du calme que personne ne trouble. Est ce que nous devons cette sérénité à la fête, ou est ce la magie du lieu ? Nous savourons l’instant. Traversons le Ziz à gué sautant de pierre en pierre (il n’est pas bien large, moins que la Souloise à Saint Etienne). Sous la Casbah, les palmiers sont plus clairsemés, remplacés par des oliviers et des tamaris, les cultures sont moins florissantes, de nombreux carrés sont desséchés , en friche, je préfère penser que c’est à cause de l’hiver et contourne ces précieux jardins. Nous nous promenons deux bonnes heures et rentrons à la voiture pour chercher le pique-nique et mon matériel de peinture.
      On nous invite au thé berbère devant les boutiques fermées. Nous parlons de choses et d’autres. Comme Dominique refuse un  deuxième thé, le jeune homme lui dit « vous n’allez pas marcher sur une seule jambe ». Il a fait des études de plombier chauffagiste au lycée technique mais vit de petits boulots, guide ci et là à Ouarzazate ou Zagora.

          Je m’installe pour peindre sous un groupe de palmiers, Dominique plus bas dans un carré de luzerne. Les oiseaux sont très nombreux, si légers que les brins de luzerne ne se courbent même pas sous leur poids, petit oiseau vert au ventre jaune, au bec court qui prélève sa nourriture au sol. Dans les arbres fruitiers, les moineaux remplacent les feuilles.

Les moutons de la Fête

       Après le pique-nique, une femme arrive, une lourde bassine sur sa tête. Elle donne des coups de battoir avec la tige d’une palme. Dominique va la voir, offre un paquet de chewing gum. Pour la photo, c’est non, ferme. C’est dommage, les femmes portent des tenues de toutes les couleurs. Elles lavent la peau du mouton, les têtes et les pattes calcinées. Elles rincent à l’eau et à l’OMO, les abats, les cœurs, les poumons mais aussi les tripes, la panse, les intestins dans lesquels elles soufflent. Nous rencontrons une autre troupe multicolore, leurs djellabas ou leurs longues robes sont bleues vif, roses, jaune, elles ont des voiles bariolés avec de grands motifs, quelque fois un foulard noir sur la tête. Peut être ce sont leur habits de fête. Pour mettre les pieds dans l’eau, elles remontent leurs caleçons longs tricotés vert pomme ou rose bonbon…

     Avant de partir, nous retrouvons les jeunes, les boutiques sont ouvertes, ils comptent bien que nous leurs achèterons des souvenirs. Les fossiles sont bien tentants, je craque pour une goniatite sciée et polie, un trilobite dans sa gangue et une petite rose des sables, le tout pour 100 dirhams.

       Retour sur le plateau grisâtre, le canyon est tout près, caché. Un point de vue nous le rend, encore une casbah, habitée, celle là. Je la dessine vue d’en haut. Nous sommes assises sur une dalle contenant des fossiles d’oursins noirs et pyritisés. Vu du dessus, l’enchevêtrement des maisons, patios, terrasses encerclées par des murs garnis de bastions carrés.
       La route descend ensuite pour longer la palmeraie.
Geyser

     Attraction suivante : un geyser d’eau très ferrugineuse, résurgence vauclusienne qui jaillit sur le plateau. Tout autour, des concrétions rouillées. Nous ne trouvons pas la ferme expérimentale signalée par Gallimard.

Erfoud

     Arrivée à Erfoud vers 17 heures. La ville est bondée. Tout le monde est dehors. Des familles entières sur des  heures, vélos, Madame en voile noir, les petits endimanchés. Les hommes portent souvent de belles djellabas blanches, certain ont des fez rouges ou des calots blancs brillants. Nous n’en avons pas vu plus tôt, j’en déduis que ce sont des tenues de fête.

      Pas de voitures dans la ville, beaucoup de vélos. Deux tentatives pour trouver un hôtel. Le premier recommandé à Midelt, complètement vide manifeste peu d’enthousiasme à notre arrivée. Pas de cuisinier à cause de la fête. On va voir ailleurs. En centre ville, dans une rue encombrée, un petit hôtel, La Canne. Le patron est vraiment gentil, le prix de demi pension, 350 dirhams. Nous repartons dans la palmeraie pour la balade au soleil couchant. Encore la tranquillité, quelques petites filles nous escortent. Dans la chambre, bon dîner, tajine pruneaux, omelette brochettes, oranges à la cannelle,
      En bas, le café est bondé il y a un match Maroc/Sénégal au stade de France, les hommes sont très chics, djellabas blanches, voitures décapotables. De notre chambre, nous entendons la clameur quand il y a un but pour le Maroc.


7. Pistes et dunes :Merzouga

Publié le : 05 Février 2007

Aziz

      Aziz, babouche et djellaba grenat, notre guide, vient nous chercher à l’hôtel. Nous prenons la route du désert, mince ruban de goudron plein de nids de poules. Nous croisons une caravane de 4x4 blancs : « touristes pressés », des japonais, levés à 3 heures, lever du soleil, et retour illico. Puis une autre caravane de mobilhomes italiens« les nomades, jeunes retraités », Aziz ironise.

Fossiles

       Première étape : la carrière de fossiles. Ce n’est pas une carrière, je m’attendais à une exploitation industrielle. Ce matin j’ai eu le loisir d’examiner les tables en marbre poli, noir avec des orthocéras énormes, marron avec orthocéras et goniatites. Une bicoque qui vend des fossiles. Le calcaire forme des dalles horizontales qui sont sciées à Erfoud. Le marchand arrose avec une bouteille les roches pour que les fossiles soient plus visibles. Bien plus beaux que : les orthocéras et les goniatites : les lys de mer, des crinoïdes. Je n’en avais jamais vus. Dans une gangue rougeâtre les encrines déploient leurs fins tentacules. J’essaie de marchander, 150 dirhams pour un petite goniatite, c’est beaucoup trop, le marchand me montre des trilobites, des vrais et des faux, inutile de négocier des articles que je ne souhaite pas acheter. Ce que je convoite c’est la plaque des crinoïdes, mais pas pour 400DH, je donne mon prix 100DH. Nous sortons du magasins, espérant qu’il nous rappellera – non ! Tant pis, khalas ! J’explique à Dominique la manœuvre. Aziz, s’en mêle, « si tu as quelque chose à troquer, des T-shirt, des chaussures … » Nous recommençons la négociation, je démords pas des 100DH, nous ouvrons même la valise, nous n’allons quant même pas investir toute notre fortunes en fossiles.

La piste

      Nous quittons le goudron qui est de plus en plus mauvais pour prendre une piste. Ce n’est pas la seule, il y a des dizaines de traces de roues et aucune signalisation. Aziz commande :
    « Dominique, à droite ! »
    « tout droit, accélère ! » quand il y a du sable.
Tous ces détours sont ils nécessaires ? Aziz veut il justifier de son salaire ? On ne saura jamais si ces précautions sont justifiées ou pas.

Thé chez les nomades


     Deuxième arrêt chez les nomades : tente partagées en deux. On nous offre le thé chez les hommes. A côté deux femmes et un bébé nous vendent pour 20DH un petit dromadaire en laine.
Les dunes se rapprochent.  Seul relief sur la plaine grise (le lit immense d’un ancien oued). Très très loin, des montagnes bleues, c’est la frontière algérienne. Vers l’Ouest, un massif violacé : les montagnes du Draa.

L’Auberge de l’Erg Cherbi

      Vers 11 heures, nous arrivons à la casbah-auberge à la limite des dunes. Les chambres très simples ouvrent sur des courettes plantées de fèves et de pois pour égayer. C’est l’auberge de l’erg Cherbi. Nous choisissons une chambre avec salle de bains pour 150 dirhams.

Village de Merzouga

    Nous reprenons ensuite la voiture pour aller au village de Merzouga distant de 5 km. Nous suivons la canalisation qui transporte l’eau de la source de Merzouga. Des puits dépassent de 1.50m au dessus du sol pour le curetage du conduit après les tempêtes de sable.
         Arrêt au puits : des femmes remplissent des dizaines de bidons en plastique orange et blanc. Elles sont très chamarrées, les voiles superposés sont ornés de fils d’or ou de broderies de couleur. Les petits ânes chargés sont aussi photogéniques, surtout un ânon tout blanc. Impossible d’emporter autre chose qu’un souvenir coloré.
        La palmeraie est luxuriante. Elle s’ordonne de part et d’autre d’un canal d’eau vive. Les palmiers sont touffus, le blé (ou l’orge ?) est très vert, les fèves et les pois en fleurs. Je reconnais un amandier. Chez nous, la floraison a lieu  avant le débourrage des bourgeons à feuilles. Ici les feuilles de l’an dernier ne sont pas tombées, cela donne un volume nouveau à l’arbre ;
Aziz nous garantit le calme, mais la magie de la palmeraie n’opère pas aussi bien que lorsque nous nous y promenons seules.

Dunes

       Nous passons les heures chaudes à l’auberge puis partons sans escorte explorer les dunes. On n’ose pas marcher sur les surfaces vierges de pas. Sensation d’abîmer avec nos traces la pureté minérale. Je m’applique à suivre les traces des chameliers. Le vent effacera sans doute bien vite nos pas.
Surprise de ne pas s’enfoncer plus. La marche est facile quand on suit les arêtes où le sable est tassé.  Je m’amuse avec les traces des scarabées. Là où les chameaux sont passés, d’autres animaux ont profité de la nourriture laissée disponible dans leurs crottes, scarabées, souris ou gerboises laissent les empreintes de leurs petites passes et des queues. Les pas des dromadaires sont arrondis et fendus.
Nous faisons plein de photos. Peut être seront elles toutes pareilles, mais c’est tellement beau ! La dune devient orange, les ombres sont déjà là à 16 heures, le soleil baisse. Nous rencontrons des méharistes européennes, de loin enturbannées elles ont fière allure. Malheureusement elles disparaissent dans un creux je dévale la dune pour les retrouver.
La photo idéale serait une caravane à contre-jour se détachant sur une arête. Nous les ratons de peu, l’objectif a mis trop de temps à sortir.
Ce qui me plaît le plus, ce sont les lignes vives des arêtes, le drapé du sable qui s’écroule sur le versant le plus raide, les rides. J’essaie des photos de mini-dunes.
Ce qui est étrange, dans le désert, c’est qu’on est attentif aux petites silhouettes qui se détachent. Il n’y a que trois ou quatre personnes autour de nous mais nous sommes conscientes de leur présence. C’est fou comme le désert est habité.
        Je me déchausse, plaisir de sentir le sable sous mes pieds nus ! Je n’ose pas trop marcher, ignorante des possibles dangers. Je me suis renseignée plus tard, j’aurais pu continuer.
Aurons nous notre coucher de soleil ? La moitié  du ciel est voilée. Dominique amorce la descente. Au dernier moment, le cercle jaune apparaît hors des nuages. Nous assistons à un vrai coucher de soleil sur les crêtes découpées bleues des montagnes.

       Les dunes changent de couleur, prennent des teintes violettes, le ciel prend des couleurs irréelles. Les nuages qui ont failli  nous priver du spectacle deviennent roses puis oranges. Les chameaux se détachent sur le ciel. Est ce que les photos seront réussies ?


8. méharée : lever du soleil sur la dune- retour à erfoud

Publié le : 05 Février 2007

Dans le noir, une lumière passe, ce ne sont pas des phares de voitures, j’aurais entendu le moteur. Quelle heure est il donc ? On cogne. Pas d’électricité. C’est donc à cela que sert la bougie.
Le ciel est constellé d’étoile, ciel de nuit du Sahara .Aucune lumière parasite : le groupe électrogène est arrêté.

     Le chamelier ne dit pas un mot .Dans le noir, je ne verrai pas son visage, ne connaîtrai ni son nom, ni le prix de la course. Il harnache mon dromadaire sans une parole. La selle est couverte d’épaisses couvertures, c’est tellement large que j’ai du mal à l’enjamber .L  chameau se lève doucement, le chamelier lui murmure quelque chose de très doux. Ma monture avance dans l’obscurité. Je ne distingue pas la dune, seulement le ciel étoilé, magnifique .Etrange début de promenade, nous avançons sans que je n’arrive à me rendre compte si nous montons ou si on marche à plat .Le chameau est tranquille.

      Progressivement, mes yeux s’habituent, je distingue le relief, l’arrondi de la dune, nous suivons une arête, le chamelier marche sur le rebord sans se retourner. Direction plein est vers la lueur de l’aube. Sans y prendre garde, les dunes de l’Erg Cherbi se dévoilent. Je m’aperçois enfin que les étoiles ont complètement disparu. Je pense à la définition du début du jour quand on distingue un fil noir d’un fil blanc.

     Perdues, les notions du temps et de l’espace. Nous avons contourné la grande dune qui me servait de repère. Le chameau s’agenouille. Le chamelier ôte les couvertures de selle, les dépose sur ses épaules et gravit la pente raide montant un versant presque vertical dans lequel je m’enfonce, la montée est pénible. Il soulève le sable, je lui laisse prendre de l’avance et le suis de loin, péniblement.
       Arrivée à la cime. Il dépose une couverture sur ma tête et mes épaules. Deux silhouettes drapées de laine, deux triangles comme deux petites tentes. La couverture est lourde, épaisse et chaude, j’imagine que c’est une authentique couverture bédouine en laine de chameau, brodée, tissée et nouée avec de beaux motifs berbères, comme dans les échoppes. Le chamelier s’enroule dans son chèche puis dans la couverture. A côté de moi, il forme un petit tas : une couverture pliée d’où rien ne dépasse. Il semble dormir profondément.

     Des pensées triviales se bousculent dans ma tête, j’aimerais les chasser. Rester dans une pure contemplation de la splendeur de la dune. Difficile de ne pas être distraite.
Impossible de décrire le désert .Une transcendance. Je tomberais facilement dans le mysticisme, très peu pour moi !
Le vent souffle fort. Sans la couverture, je ne tiendrais pas longtemps ici. Le sable vole, se redépose. Je pense aux harmoniques à la résonance, tout un vocabulaire ondulatoire d’interférences. Le vent de sable, comme la lumière a t il une nature particulaire ou ondulatoire ? Le résultat : des petites rides qui se construisent sous mes yeux me ferait choisir la seconde hypothèse.
Le chamelier s’est levé et a fait écrouler le rebord de la plate-forme triangulaire, détruisant ainsi l’harmonie de l’arête tranchante. Une demi-heure suffira pour qu’elle se reconstruise, neuve et vierge.
      La lumière est suffisante pour que je lise l’heure : 6h35. Dans une demi-heure, la cérémonie du lever de soleil s’accomplira. Je me retourne. Mon compagnon est enroulé dans une banale couverture décorée d’éléphants, la mienne est écossaise, finie la splendeur berbère !

      Dans le vent, une silhouette s’affairait sur le versant opposé de la dune suivante. On aurait dit un animal affairé farfouillant de son museau la terre, fouissant un terrier, sans cesse revenant à la tâche. J’avais peur de découvrir qu’il s’agissait d’un sac poubelle en plastique noir. Non, simplement un buisson, aussi incongru ici qu’un chien ou un fennec.

     Au dessus de l’horizon une barre de nuage partage le ciel. Le soleil arrivera t  il à la percer ? 7heues 15, le lever était prévu à 7heures 05. Les nuages ont volé le spectacle. Nous attendons que le soleil sorte des nuages pour illuminer l’erg. Dès que la lumière se fait éblouissante, nous redescendons. Le retour est plus banal, le chamelier prend des raccourcis dans une pente raide, je suis déséquilibrée et glisse de côté. Je suis forcée de l’appeler pour me remettr dans l’assiette à l’arrêt.

      Finalement, je vois Dominique. Me voit elle ? Je n’ose pas crier de peur d’effrayer ma monture. Elle aura juste le temps de faire deux photos.

     Petit déjeuner, conseil de guerre, nous aimerions bien rester un jour de plus à l’auberge du désert dans ce cadre calme et magnifique. Comment se débarrasser d’Aziz, Demandera – t il beaucoup plus cher pour rester ? Le souhaite – t il ? Nous lui demandons. Il est tout à fait d’accord. Payé à ne rien faire en compagnie de ses copains. Mais il nous propose tout un programme. Nous aimerions rester SANS LUI ! Nous finissons par nous en tenir au plan initial. A Erfoud nous serons débarrassées de ses « Comment ? » qui irritent Dominique. Retour par la piste principale, bien balisée. Aziz continue « à droite ! » « À gauche » inutiles mais justifiant sa présence.

La voiture enlisée

     Une voiture est enlisée, une vieille Renault 19 immatriculée à Lyon bourrée d’un stock de matériel automobile obsolète et hétéroclite, sièges, pneus, vieilleries méconnaissable. Ils se sont ensablés en portant secours à leurs potes (deuxième tacot enlisé 20 mètres plus loin). Apparemment c’est une habitude chez eux, ils sont munis de grandes pelles qu’ils manient maladroitement. « Nous faisons la Mauritanie ». Dominique n’a aucune patience envers ces maladroits. Elle reste au volant. Il me semble que la solidarité dans le désert est une évidence. D’ailleurs nous sommes des habituées de l’enlisement, cela nous est arrivé au Portugal, en Espagne, en Turquie, en Charentes…et cela pourrait encore bien nous arriver ici. Finalement, la première voiture est poussée hors du sable par une équipe de gamins, les occupants hilares s’approche de leurs amis à grand bruit. Une femme est juchée sur le capot, brandissant une pelle. Nous abandonnons ces allumés.

      Aziz nous explique qu’il n’y a pas de taxe sur l’importation d’automobiles en Maurétanie. Les lyonnais vont se débarrasser de leur camelote et se payer des vacances. Pauvre Maurétaniens qui vont récupérer les épaves !
      Le ciel est couvert, le jour jaunâtre. La dune a disparu de l’horizon sans q’on s’en rende compte. Les belles montagnes bleues et violettes d’hier sont cachées par la brume ou la poussière. Nous ne voyons que la plaine grise, son cailloutis et les multiples dérivations de la piste. Finalement : le goudron, les baraques des fossiles. A 11 heures, nous arrivons à Erfoud, payons 200dirhams à Aziz qui parle de nous revoir à l’hôtel (tu parles ! on va le fuir ! ).

Retour à Erfoud

      Nous retrouvons notre chambre, nos serviettes sont encore dans la salle de bain ainsi que la petite table ronde du dîner.
Je n’ai qu’une envie : me doucher, me laver les cheveux et me débarrasser de la poussière rose du désert accumulée plus dans le trajet en voiture que sur le chameau.

      Dominique part aux courses, trouve la Poste, le Monde, le photographe. La ville est très calme, pas de circulation automobile. Les hommes sont attablés aux terrasses de nombreux cafés. Pratiquement aucune femme dehors. Sauf une ombre noire, seuls ses yeux sont visibles. Le photographe part nettoyer l’olympus chez son voisin le garagiste et utilise le compresseur. Il ne parle pas du tout le français mais m’écrit les tarifs. Développement et tirage d’une 36 poses pour 50 dirham, c’est avantageux. Nous sommes très impatientes du résultat des photos de coucher de soleil.

Pique nique dans la chambre : dolmas, yaourts. 

Palmeraie du Tafilalet

      Nous quittons Erfoud par la route de Rissani sans but précis. Nous nous arrêtons dans la palmeraie du Tafilalet. Les palmiers sont magnifiques mais le sol est sec, craquelé. Très peu de jardins ont été irrigués, la sécheresse sévit plus que dans la vallée du Ziz. Nous faisons une sieste et une promenade sans être importunées. C’est une après midi très reposante. Mais le temps laisse à désirer, le ciel est couvert, la luminosité bizarre. Tout est beige jaunâtre. Le sol, sec, d’une poussière beige très claire. Les palmiers sont poussiéreux, pas de jeux d’ombre avec cette lumière tamisée.

      Nous arrivons dans un village très bizarre : un ksar avec une porte monumentale. Devant la grande porte une place poussiéreuse. Sur la place des hommes sont assis, tous en costumes traditionnels très colorés : djellaba beige et turban jaune, djellaba blanche et fez rouge, djellaba grenat et capuchons pointus, d’autres en moutarde, vert pistache …Une brochette de vieillards assis sur le sol, pieds nus. Une foule de petits garçons jouent sur la place dans la poussière. Nous arrêtons la voiture au beau milieu de la place mais personne ne nous aborde. Je photographie de loin. J’aimerais bien prendre les hommes en djellaba mais il faut être discrète. Finalement, un jeune se présente, son français est rudimentaire, nous n’en tirons pas grand chose sauf qu’il nous interdit de pénétrer dans la casbah « ce sont des habitations »Nous avons l’impression d’être arrivées en plein moyen âge avec tous ces hommes encapuchonnés, la terre poussiéreuse, les hauts murs de terre et les entrées dérobées. Pas une seule femme non plus. Nous continuons la piste qui donne sur le lit de l’oued Ziz à pic et rebroussons chemin pour arriver chez les potiers qui nous font très bon accueil. Ils ne vendent pas d’artisanat pour touristes. Seul modèle proposé à la vente : une haute jarre en terre blanche comme une amphore antique. Les murs de l’atelier sont faits de pots loupés cassés ou aplatis juxtaposés.

potiers

     Grandes salutations, un homme jeune et un vieux nous font les honneurs de la poterie, nous montrent le four souterrain très vaste, le tour. Le vieux mime le travail au tour avec une jarre cuite. Je demande si je peux le prendre en photo, oui, en payant. Dominique distribue les crayons aux enfants. C’est vraiment l’endroit le plus reculé et le plus misérable qu’on ait vu au Maroc. Les crayons sont les bienvenus d’autant plus qu’un adulte préside à la distribution. Dans une ruelle des fillettes sont installées sur le pas d’une porte avec des tambourins, nous ressortons les crayons. Les enfants se précipitent, les garçons doublent les filles. La voiture est prise d’assaut. Nous fermons les vitres et déguerpissons.

Rissani

     Rissani est une assez grande agglomération avec de beaux bâtiments officiels, une gare routière flambant neuve, le mausolée, des commerces variés, peu de voitures mais des mobylettes pétaradantes et des immeubles misérables ? Ici, les femmes sont dans la rue mais voilées de noir. Une avait même la tête complètement couverte d’un voile noir sans même une ouverture pour les yeux. Nous reviendrons à Rissani demain. Nous sommes pressées de retirer les photos de Merzouga.


9. Rissani -Hammam

Publié le : 05 Février 2007
9.   Rissani -Hammam

Hier soir, l’hôtelier, commentant les nuages avait dit :
-    « les nuages sans pluie, c’est comme un match sans but ».
Ce matin, Erfoud est toute lavée, de grandes flaques dans les rues, il a plu une heure cette nuit.

Crevaison

      La Toyota est garée près de l’hôtel, devant un petit atelier réparant les pneus. Un noir, pointe notre roue, à plat.
-    « C’est peut être la piste, peut être le goudron, peut être tu as rencontré un clou ».
La coïncidence nous fait douter, l’hôtelier nous rassure, il est honnête. La réparation nous coûtera 40DH et une demi heure d’attente. Il retire le clou, mais l’électricité est coupée dans le quartier, comment gonfler le pneu sans compresseur ? Tout s’arrange, les marocains sont débrouillards, un camion possède un gonfleur.

       Nous retournons dans le Tafilalet. Les palmiers sont moins poussiéreux et se détachent sur un beau ciel bleu. Je suis toute heureuse de cette pluie ? Mas cela ne suffira sans doute pas, cette palmeraie est un crève-cœur avec ses jardins abandonnés et ses palmiers malades. Il faudrait beaucoup plus qu’une heure de pluie pour que le sol reverdisse ?

Rissani : mausolée de Moulay Ali Chérif

        Rissani est beaucoup plus calme qu’hier soir. Quand nous arrivons au Mausolée de Moulay Ali Chérif, le fondateur de la dynastie alaouite, la dynastie actuelle, la place est vide, les portes monumentales fermées. Un jeune homme à grande allure, djellaba bleu nuit très élégante fait signe à un soldat en faction qui nous ouvre les portes. Il nous fait un topo sur le mausolée (tout neuf, il a été reconstruit dans les années 1950 après une crue du Ziz, puis rénové en 1997), nous explique les différents motifs des décors en stuc : la Main de Fatima, spécialité des artisans fassis, dans les zéliges, les deux carrés entrelacés de la Mecque, bleus. Nous ne pouvons que jeter un œil au patio et au jardin (quatre carrés représentant les quatre saisons), le tombeau et la zaouia restent cachés aux non-musulmans .C’est un lieu de pèlerinage, ceci explique l’affluence hier, vendredi d’après l’Aïd. Le jeune homme ne demande aucun pourboire, c’est un commerçant qui nous invite pour le thé après la visite de la casbah voisine.

La Casbah de Rissani

        Devant la casbah, un jeune en blouson propose ses services. Seules, nous serions importunées (on s’en doute, on a l’habitude) Il parle bien français, le choix est vite fait, sinon nous n’aurions rien d’autre à faire que repartir. Nous l’engageons donc.
Nous traversons des passages couverts étroits avec un caniveau au milieu, rempli d’eau après la pluie. Grâce aux bonnes œuvres d’Hillary Clinton, cette casbah bénéficie de l’électricité et de l’eau courante (à la fontaine). Malheureusement, le puits profond de 60 m est à sec, le seau en caoutchouc à pneu est encore suspendu mais lorsqu’on se penche, on ne voit pas d‘eau. Une femme nous fait les honneurs de sa maison autour d’une cour. Bien restauré, cela donnerait un ryad très chic. Le mobilier est rudimentaire, quelques nattes, un placard vitré dans lequel sont exposés quelques beaux plats. Nous déclinons l’offre du thé disant qu’on en a déjà bu quatre. Je prends des photos, par politesse  puisque nous avons refusé le thé et laisse quelques dirhams pour la photo.
        Après la visite de la première casbah, nous en trouvons une autre plus décorée, qui fut autrefois un palais royal. Les portes sont décorées avec des motifs arabes d’une extrême finesse, on nous montre la mosquée, le hammam.

         Cet ensemble  de casbahs, de palais de terre et bien d’autres que nous verrons plus tard sont les restes de l’ancienne capitale Sigilmassa, qui accueillait les riches caravanes, l’or, l’ivoire, les tissus, les plumes d’autruches…elle était peuplée de 100 000 habitants du temps de sa grandeur. De cette ville fantôme de terre, il ne reste partout dans la palmeraie que ces casbahs parfois encore habitées, parfois écroulées, argile crue retournée à la terre, murailles fondues avec le temps les intempéries ou les caprices de l’oued Ziz. Difficile d’imaginer les splendeurs de cette étape caravanière.

La boutique de Driss

         Nous retournons à la voiture sur la place du mausolée. Driss, dans sa boutique nous attend pour le thé. Je lui achèterai une pellicule photo. Driss commente les richesses de sa boutique. Sur un tissu bleu turquoise sont accumulés toute une foule d’objets en argent, en os, en perles : des boites rondes des nomades se transforment en bracelets, coffrets en os de dromadaires, miroirs reflétant des étagères chargées d’autres trésors. Signification de la Croix du Sud berbère : c’est une sorte de boussole, ou de sextant pour se diriger aux étoiles dans le désert et trouver la direction de la Mecque. Dominique refuse le thé, c’est très mal vu, le jeune qui nous a servi de guide dira méchamment qu’elle a du couscous dans les oreilles. Je m’assois avec eux pour boire deux verres.

kilim

       Un homme plus âgé m’entraîne dans une autre pièce pour me montrer les kilims berbères ou touaregs. Chaque tapis raconte une histoire : au centre la femme fait un losange qui symbolise l’œil, le sien sur le monde, mais aussi talisman contre le mauvais œil. Les broderies en zigzag  représentent la caravane avec les races des pas des chameaux, les triangles sont des tentes. D’autres triangles sont des plats à couscous. Le liseré du bord : la ceinture de la mariée. C’est extraordinaire de penser que chaque kilim est unique qu’il raconte une histoire à qui veut déchiffrer les motifs géométriques. J’explique que nous sommes au Maroc pour seize jours et que partout, il y a de merveilleuses choses à acheter. Malgré mon refus, il continue à être très aimables. Nous remontons en voiture quittons la place, puis nous ravisons. Nous sommes décidées à acheter un kilim pour en faire une tête de lit, nous avons mesuré les dimensions, qui sont impératives .Ces gens ont été si gentils, leurs kilims sont beaux, nous achèterons chez eux si ils ont la bonne taille.

     On nous déroule tous les kilims, on va chercher un mètre, nous en trouvons plusieurs qui nous conviennent dans la dominante bleue qui est celle du papier peint de la chambre. Difficile de faire baisser les prix, de 750, il consent à descendre à 700, avec en prime une petite croix du sud. Je veux connaître l’histoire que raconte notre kilim. Le losange central est partagé en deux par un trait blanc, ce serait la frange du haïk qui partagerait l’œil en deux regards ( ?) la ceinture de la mariée évoque des motifs religieux, les cinq piliers de l’Islam, les quatre livres. C’est un tapis touareg et non berbère, les touaregs seraient plus pieux.

Pique-nique dans la palmeraie devant le ksar d’Oulad El Halim,
      l »Alhambra du Tafilalet ». L’hôtelier a ajouté du cumin aux œufs durs, c’est une excellente idée. Je dessine en compagnie de petites filles qui m’offrent des fleurs, de pissenlit, mais ici, c’est une rareté. Les enfants veulent nous faire visiter le Palais « venez voir les jardins », il y a certes un petit jardin d’arbustes rachitiques  fleuri de fèves et de pois mais plein d’oiseaux.
Nous faisons tout un circuit dans la palmeraie du Tafilalet, découvrant, tantôt des ruines imposantes, tantôt des ksours habités. A l’horizon, des montagnes déchiquetées violettes ou pourpres. Qui étaient sur notre gauche se retrouvent à droite ; nous avons fait une boucle sans nous en apercevoir et nous retrouvons à Rissani.
Dans la soirée, virée sur la route de Ouarzazate, palmeraie, ksours, mais la terre est beaucoup plus rouge. La pluie a inondé la route.

Hammam

      Hammam : c’est la douche. C’est l’heure d’affluence. Les femmes sont en culotte avec du henné ou de l’argile sur le visage. Tout le monde remplit son seau (plastique noir très laid) au robinet. On me prête un tabouret bas en plastique. Les filles sont étonnées que je ne me lave pas les cheveux, l’une d’elles me tend son shampooing. J’explique à celle qui parle français que je me suis mis de la crème, elle comprend crème défrisante ! Je distribue les échantillons des produits Daniel Jouvance apportés pour cette occasion. Le sachet du peeling marin passe entre toutes les mains. En échange, un petit sachet contenant du savon noir
L’hôtelier nous a refait de son délicieux couscous.


10. La journée des trois saisons

Publié le : 05 Février 2007

Grêle.

     La voiture est recouverte d’une carapace de glace : un fort orage a réveillé Dominique, il a grêlé. La palmeraie d’Erfoud est inondée. Je photographie les palmiers qui se reflètent dans l’eau (cela me fait penser à la crue du Nil). Toute cette eau me réjouit : ils en ont tant besoin !la route est inondée par endroits, la voiture soulève des gerbes d’eau marron. Jusqu’à Errachidia, la route est bien connue, je me souviens de tous nos arrêts à l’aller. La lumière est très belle, l’air comme lavé après la pluie, les couleurs vives. Mais après Errachidia, l’eau du barrage a pris de sales couleurs. Un vent terrible soulève de la poussière, il y a tempête dans le lac nous avons toujours autant de plaisir à traverser les gorges du Ziz : montagne rouge, couches géologiques visibles, joli oasis…
      La circulation des très dense, les vacances sont finies, de nombreuses voitures chargées retournent vers le nord et les grandes villes.

Hiver

     A la sortie des gorges, une bonne surprise nous attend : les sommets du haut Atlas sont tout blancs barrent le défilé. Quand nous arrivons au défilé de N’zala, la neige est là. Elle saupoudre la végétation rase du désert. Le vent la soulève, de petites congères se forment derrière les touffes d’herbe .Juste avant le col(1907m), une caravane de mobilhomes et de 4x4 vient à notre rencontre, roulant au pas nous faisant de grands signes. La chaussée est gelée, par endroits, la neige tient encore, le plus souvent elle fond au soleil. Nous roulons donc à petite allure profitant ainsi de la vue magnifique sur le Djebel Ayachi et plus loin sur le Moyen Atlas. Les cèdres et les thuyas tortueux sont soulignés par la neige.
      Arrivée à Midelt vers 11h30. Nous achetons un poulet rôti et des yaourts.
       45 km après Midelt, il faudra décider si nous continuons la route principale que nous connaissons déjà. Par ailleurs la route P21 est bien encombrée, avec la fin des vacances de l’Aïd, les voitures sont bondées, de nombreux marocains attendent sur le bord de la route avec leurs valises, sacs, paquets ou baluchons, le car, le grand taxi ou font de l’auto-stop. Tous ont visité leur famille pour la fête du Mouton et retournent travailler lundi. Leur conduite est anarchique, ils doublent sans aucune prudence, les lignes continues sont là pour la décoration si nous essayons un itinéraire qui nous conduira à Khénifra La route secondaire est peut être coupée par la neige de plus cela rallonge…
     Dominique veut quitter cette circulation, je n’ose pas me prononcer, ce n’est pas moi qui conduis ! Si jamais on nous fait rebrousser chemin cela risque de nous retarder sérieusement.
Nous avons donc 45 km pour décider en traversant le Plateau de l’Arid qui porte bien son nom, steppe plate et ennuyeuse.

Neige

      A la bifurcation, nous demandons à un policier si la route est coupée :
- « non, il y a de la neige, mais on passe ! »
Nous tentons donc l’aventure.
La barrière de neige est à moitié fermée, le gardien sous fait signe de passer.
     La route suit d’abord l’Oued Moulouya dans une large plaine labourée par un énorme chantier, une mine à ciel ouvert ? De gros tas de remblais rouges jonchent le bas côté, ce qui défigure le paysage. Insensiblement sous nous élevons et la neige blanchit complètement le sol. D’épaisses congères de neige s’accumulent. Derrière nous plus au Sud, la grande barre du haut Atlas avec ses forets et ses sommets. Un chasse neige passe. L’oued devient petit ruisseau dans la neige. Des maisons aux murs de terre rouge très bas soutenant un toit qui dépasse. Les villageois sont sortis : avec des pelles ils débarrassent la neige des toits. Les ânes sont bien utiles. Toutes les pistes et petites routes sont  sous une épaisse couche de neige, cela ne les gène pas. Ils sont très photogéniques. Je photographierais tout : les maisons rouges qui se détachent, les ânes et les âniers, le minaret rose qui se détache sur le ciel bleu. Les gens d’ici sont très occupés avec cette neige et ont mieux à faire qu’à nous importuner.

     Dans le dernier tronçon de montée jusqu’à 2070 m  Nous traversons une forêt givrée de très gros chênes verts et de quelques cèdres. Le feuillage des arbres est pris dans la glace.

Printemps
    Avec le soleil, c’est magique !
     La descente est rapide, un petit lac noir se détache, nous voilà dans une vallée de roches rouges très ravinées, l’herbe ou le blé en herbe vert très vif tranche sur cette terre rouge Dans les vergers, les amandiers sont en fleurs ! Nous avons traversé trois saisons d’une année en une seule journée : l’été éternel de la palmeraie avec son soleil brûlant, l’hiver et les neiges du Moyen Atlas et nous voici au printemps dans les arbres en fleurs !
Après Khénifra, la campagne est très prospère, grands champs de céréales, maraîchers, troupeaux de vaches paissant dans les prés
Nous quittons l’axe Marrakech-Meknès très fréquenté par une route secondaire qui nous mène dans une campagne encore très différente. La terre n’est plus rouge mais beige, les collines hérissées de rocs déchiquetés, l’herbe rase comme en moyenne montagne, plus de champs, des prairies et des moutons.

Meknès

     Arrivée sur Meknès, hangars, maisons en désordre et station-service, nous voici revenues en ville.
Notre hôtel est réservé par l’hôtelier d’Erfoud, mais il n’a pas de restaurant. Nous en essayons un autre, au hasard. Le prix est raisonnable, les chambres agréables.


11. Meknès

Publié le : 05 Février 2007

Nous suivons, pas à pas, l’itinéraire décrit p 116 dans le Guide Nelles. Garons la voiture sur la grande place devant Bab el Mansour, la porte la plus fameuse de la ville. L’air est vif et clair mais il est difficile de prendre des photos : les perspectives s’étendent sur de grandes places, la présence des voitures complique le travail du photographe .A 9heures, il est bien tôt, pour le Maroc, les boutiques de souvenirs sont en train d’ouvrir, les marchands des échoppes du marché à la laine commencent tout juste à sortir leur matériel.

Mausolée de Moulay Ismaïl

      Le Mausolée de Moulay Ismail est ouvert aux non-musulmans. Nous en profitons. Nous parcourons des salles couvertes, sol et murs en mosaïques, plafond de cèdre et stuc, colonnes de marbre, passons par des courettes dallées de zelliges, murs jaunes et portes en fer à cheval, fontaines de marbre sur des bassins sophistiqués. On se déchausse pour entrer. Les vieux gardiens sont bien aimables, ils nous font les honneurs du mausolée. Curieux manège d’hommes pressés qui traversent la cour des sacs de sables sur l’épaule : ce sont les fossoyeurs qui déblayent le sable d’une tombe qu’ils sont en train de creuse.
Le Palais

     Longue promenade entre deux murailles très hautes qui longent le palais (Dar El Makhzen). Rien à voir , seulement des nids de cigognes qui se posent sur les murs, moineaux installés dans les cavités, comme à Marrakech., cette longue rue droite nous conduit au Méchouar(place d’audience), malheureusement asphaltée. Un coin est agrémenté d’arcades recouvertes de tuiles vertes vernissées, des palmiers aux troncs courts et renflés comme des ananas et des orangers sont plantés le long des murs. La présence des voitures, même rares, dépoétise le lieu.

Dar El Ma

      Toujours le long des murailles beiges nous arrivons au Dar El Ma (la maison de l’eau), citerne, greniers et écuries. Nous entrons dans ce véritable palais-silo. La partie couverte est impressionnante, c’est vide mais charmant. Des dégoulinades végétales tombent des ouvertures sur le ciel. Les traces des coffrages en roseaux sont visibles. Une belle porte en cèdre représente un soleil en l’honneur de Louis XIV, le contemporain de Moulay Ismaïl, véritable parallélisme entre le fondateur de Versailles et celui de Meknès (voir le livre d’Edith Wharton). Enfin pour le soleil, c’est peut être une interprétation abusive selon d’autres sources. Une partie de l’édifice a perdu sa couverture pendant le tremblement de terre de Lisbonne, et se trouve donc à ciel ouvert. Elle nous offre des perspectives de colonnades et d’arcades. La végétation a colonisé les grandes salles, palmiers oliviers et monstrueuses « mauvaises herbes ». Un petit pêcher est en fleur.

Agdal

     Tout proche le bassin de l’Agdal, bassin rectangulaire où s’arrêtent quelques hérons. Sur les bancs, de nombreux étudiants révisent leurs leçons. Nous y faisons une courte pause.

Mellah

     Sur la grande place, nous achetons un sandwich. Il faut attendre 3 heures l’ouverture du musée. Nous cherchons le Mellah, situé comme à Fez à proximité  du palais et reconnaissable à ses larges fenêtres garnies de ferronnerie, ses balcons proéminents. Comme à Fez, il est devenu un bazar où tout se vend, cuvettes en plastique bleu, pruneaux, dattes et raisons secs en cônes, planches à laver en bois, manches de pioche, valises, laine et toiles à matelas que le cardeur utilise sous nos yeux mais aussi fruits et légumes frais, petits pois, cardons, artichauts, salades tomates et courgettes. Rien ne rappelle les anciens occupants. Depuis plus de quarante ans il s’est vidé de ses Juifs. Je cherche la trace d’une mezouza, mais plus rien. Au fond, un cimetière avec les tombes blanches en demi-cylindre dans une jungle de mauvaises herbes.

     A côté, flambant neuve une zaouïa, où exceptionnellement des jeunes allemands genre hippies sont installés (leur camping car est garé non loin)

Tapis

    Dès 3 heures, je me précipite à Bab el Mansour où se trouve une partie de l’Exposition des Tapis. Cette grande exposition patrimoniale temporaire, sur le même principe que les Arts du Feu à Fez, regroupe des pièces provenant de tous les musées du Maroc. Peu de pièces exposées mais beaucoup de panneaux explicatifs, une bonne pédagogie. La plupart des tapis ne sont pas très anciens et datent du 20ème siècle. Les plus sophistiqués, les tapis de Rabat (tapis citadins s’inspirent des tapis turcs et persans) ne soutiennent pas la comparaison avec leurs homologues orientaux : il sont  plus grossiers, aux coloris moins vifs, leurs bordures (ou plutôt les bordures, certains en ont cinq à six) envahissent tout le tapis et témoignent de moins d’imagination. Les tapis berbères sont beaucoup plus intéressants. Un lexique des principaux symboles est placé sur un tableau : l’œil, l’oiseau, le grain d’orge, la rose. J’essaie de retrouver les dessins, j’en découvre d’autres, des bonshommes, des dromadaires, des tortues… La symétrie n’est pas respectée, grande liberté dans la fantaisie. Les coloris sont très chauds, orange, marron beige. Les points peu serrés. La facture semble très moderne .Mes préférés sont découpés en carreaux séparés par des bordures très fines.

Palais Jamaï

      Nous nous reposons très dans  le joli Palais Jamaï. Les pièces sont extrêmement décorées, belles portes de cèdre, zelliges, fontaines. Encore une fois, nous disposons d’un Palais rien que pour nous. J’écris du jardin andalous original les deux fontaines font face au bâtiment le jardin comporte deux rectangles au lieu des quatre habituels,  un bananier fleuri, un palmier très haut trois orangers et deux cyprès.


12. Volubilis Moulay Idriss

Publié le : 05 Février 2007
12.   Volubilis Moulay Idriss

Nous commençons la journée par des courses dans la ville nouvelle qui est assez dépaysante. Les avenues bordées d’arcades avec de petits magasins me font penser à Athènes. Si les immeubles sont modernes, les commerces sont désuets finalement plus proches de ceux de la médina que de ceux qu’on s’attendrait à trouver dans une ville européenne. Grands cafés avec des terrasses uniquement fréquentés par des hommes. Banques ultramodernes et boutiques de téléphones mobiles sont les seuls commerces du XXIème siècle. Pour se garer, pas d’horodateurs, on laisse la voiture le long du trottoir, un homme en blouse bleue apparaît, c’est le gardien à qui je donne 5 dirhams, ce qu’il a l’air de trouver trop peu. Nous ne restons qu’un petit quart d’heure –Nous commettons sûrement beaucoup d’impairs. Ici tant de choses reposent sur l’ « appréciation » du client. Il existe sûrement un « tarif » que nous ne connaissons pas.

Volubilis

     Volubilis se trouve sur la route de Tétouan dans de très jolies collines dominant une plaine très verte en cette saison : champs de blé en herbe, verts vif. A flanc de colline de belles oliveraies sont limitées par des rangées d’agaves aux belles feuilles bleutées lancéolées ainsi que par des figuiers de barbarie aux grandes raquettes.
     Le village de Moulay Idriss épouse les deux rochers et les cubes blancs s’étagent jusqu’au sommet se détachant sur toute cette verdure. Volubilis se voit aussi de loin, alignement de ruines, colonnes, et arc de triomphe. Le site est vaste.
      Ce qui m’a tout de suite plu : ce sont les fleurs ! Fleurs oranges, sorte de soucis sauvages, moutarde jaune, lavande (la même que celle de Cerbère), des asphodèles prêtes à éclore. J’ai plus envie de photographier les fleurs que les ruines.

      Nous avons visité assez de sites antiques pour nous sentir en pays de connaissance. Nous reconnaissons tout de suite le pressoir d’une huilerie (production essentielle ici, les oliviers sont la richesse actuelle de la région. En était il ainsi à l’époque romaine ? Nos documents font plutôt état de céréales, les Romains auraient déboisé pour faire de la Maurétanie un grenier à blé.
Nous trouvons les thermes (petits peu spectaculaires, nous avons vu mieux), le forum avec ses boutiques et la basilique.
Nelles, encore, est remarquable et guide notre visite. Toutes les villes romaines n’étaient pas identiques ! Ici, tout est bâti de pierre. L’appareil de brique et petites pierres typique de Rome n’a pas été utilisé .Autre surprise : la simplicité des chapiteaux et des ornementations. Les sites hellénistiques contemporains d’Ephèse et d’Aphrodisias semblent baroques par comparaison. Ici, la feuille d’acanthes simple, presque stylisée. Peut être que toutes les décorations sophistiquées on disparu pour être réemployés à Meknès ? Les jolies colonnes de marbre des palais et du Mausolée viennent de Volubilis.

      Nous voici reparties à notre jeu préféré : à l’aide du plan de la ville et d’écriteaux (bien faits, lisibles et discrets) nous localisons toutes les belles villas décorées des mosaïques. Celle ci sont en très bon état et très variées sur des thèmes de la mythologie grecque : Orphée, Ariane à Naxos, les travaux d’Hercule. Celles de Piazza Armerina  ou d’Istanbul étaient plus belles, mais ici dans leur site naturel, dans les fleurs et les ruines, elles sont tout à fait charmantes. Nous restons trois heures et demie très agréables. Les groupes de touristes nous dérangent un peu bien sûr, nous n’avons plus l’habitude d’en rencontrer. Dès midi, ils disparaissent du paysage. Le soleil chauffe, nous devons nous abriter à l’ombre.
       Pique-nique dans un endroit charmant en contrebas du site près d’un ruisseau dans une oliveraie ? Nous déjeunons à l’ombre bien tranquilles. Un jeune homme fait semblant de réparer son  grillage près de nous. Un vieux passe avec son âne…Un peu plus loin, je peins les oliviers et les agaves bleutés.


Moulay Idriss

      Avant de trouver le parking à Moulay Idriss, nous loupons l’entrée et faisons un tour de ville, retour au point de départ sur une place encombrée bordée d’échoppes dans des arcades de faïence blanche et verte qui serait jolie sans un bric à brac hétéroclite. Les portes du village sont monumentales, presque aussi grandes que celles de Meknès Dès que nous sortons de la voiture, on nous aborde « nous ne vouons pas de guide ! »mais dès que nous nous dirigeons vers l’entrée de la mosquée barrée d’une poutre interdisant le passage aussi bien aux animaux qu’au non-musulmans, c’est la limite que nous ne devons pas franchir.
      Un homme nous dit de contourner par la droite et nous emboîte le pas s’imposant comme guide. Nous grimpons des marches et des marches dans les ruelles blanches, passons sous des porches, prenons des passages dérobés, tantôt cela monte raide, tantôt nous redescendons… marches, impasses, les maisons s’emboîtent les unes dans les autres, épousent la colline, sans aucune logique. Certaines portes sont belles, cloutées, peintes en rouge ou en marron avec une main de Fatima. D’autres plus modernes sont encadrées par des carreaux, d’autres, simples plaques métalliques.
      Le village est chaulé de blanc, mas sans soin particulier, ce n’est pas l’immaculée blancheur espagnole ou grecque. Ici, il y a des dégoulinades, des ordures par terre. Très peu de boutiques, rien que des maisons empilées et refermées sur elles mêmes Finalement nous aboutissons à la « vue panoramique »A nos pieds le mausolée entouré de nombreuses mosquées, même plan qu’à Fès : mausolée carré recouvert de tuiles vertes, salles avec des toits en pente comme la Karaouine. En face une colline pareillement recouverte de maisons. Notre guide nous fait tout un topo sur Moulay Idriss, venu au VIIIème siècle islamiser le Maroc. Il me montre les géraniums apportés au Maroc par Liautey. D’après lui, Moulay Idriss est la cinquième ville sainte pour les Marocains après la Mecque, Médine, Jérusalem et Kairouan. Les oliviers, richesse du village sont exploités par des sociétés religieuses qui utilisent le produit de la vente de l’huile pour entretenir le mausolée, acheter des tapis, aider les indigents. Ce qu’il raconte est bien intéressant mais cela nous coûtera 100dirhams.


13. Meknès sous la pluie

Publié le : 05 Février 2007

Sous la pluie, les souks

      Chaque vacance a son jour plus ou moins raté : la pluie nous a donc bien gâché notre programme Nous arrivons à 9h15 à la médina. Il fait gris, c’est tristounet, les commerçants n’en finissent pas d’ouvrir boutique. L’un d’eux nous explique :
-    « on ouvrira vers dix heures, ce sont les vacances après l’Aïd » (cela fait une semaine que cela dure) pas de touristes, pour cause d’Irak, peu d’acheteurs locaux après la fête, le bazar est à moitié fermé.

Medersa Bou Inania

     Nous trouvons la petite medersa Bou Inania (beaucoup plus petite que la médersa visitée à Marrakech) Très ornée, très bien conservée, pas de photo, pour cause de vilaine lumière, cela ferait redite après Marrakech. Il pleut maint pour quelques clichés de toits de tuiles vernissées d’une charmante coupole découpée en tranches comme les côtes d’un melon. Il commence à tomber quelques gouttes.
       Nous allons au hasard dans les rues couvertes. La pluie tombe maintenant dru. Nous passons et repassons devant les échoppes de babouches et de djellabas pour marocains. Nous nous laissons tenter : je trouve pour moi de belles babouches jaunes, marchande pour le principe, Dominique trouve pour sa mère des vert pâles pour 50 dirhams, très décorées, très marocaines. Il pleut maintenant à verse nous nous replions vers la voiture, trempées. Retour à l’hôtel. Heureusement que nous sommes bien installées.

En voiture

      Vers 15 heures nous reprenons la voiture (comme prévu, la veille quand il faisait beau) Nous retournons vers Volubilis. Nous essayons une route dans les champs vallonnés : oignons, fèves sur des parcelles de bonne taille, blé en herbe. Tout es vert vif mais pas de quoi dessiner. Direction Moulay Idriss nous nous arrêtons dans une oliveraie.


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