CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

Blog de miriam

  >>

Maroc

 : Page(s) 1 … 3 4 5 6

13. De Meknès à Rabat. La Mer

Publié le : 05 Février 2007

8h30, nous quittons Meknès sous le soleil et rejoignons Rabat par le chemin des écoliers. Au lieu de prendre la route directe nous remontons un peu au Nord sur la route de Tanger jusqu’à Sidi Kasssem : campagne très verte, vallonnée, champs d’oignons, de fève et de blé pas très typiques. Sur la carte Dominique remarque une route forestière traversant la forêt de la Maamora. Nous obliquons dans à Sidi Slimane, bourgade toute boueuse pleine de nids de poules et très animée. A notre rencontre arrivent des calèches tirées par des chevaux, des mules ou des ânes, des chariots, des plates-formes, portant des hommes, des femmes, des enfants en route vers le marché. Il en vient tans cesse, innombrables, et pas une voiture, pas un taxi.
    Après Dar Bel Amri, village assez rudimentaire, nous devons trouver la forêt et la piste. Le paysage devient plus vallonné. UN oued coule le long de la route charriant une eau boueuse après la pluie. La terre rouge est ravinée. Des petits villages aux maisons de terre basses se fondent dans le paysage. Point de forêt, après 19 km nous rebroussons chemin.
    Nous retrouvons la boue à Sidi Slimane et la route principale qui traverse une forêt d’eucalyptus plantés serrés, un peu monotone. Dans les carrés des coupes de très jolies fleurettes font un tapis violine, mélange de petites fleurs roses et violette.
La mer
    A Kenitra nous trouvons la mer. C’est une surprise totale. Jamais je n’avais pensé à l’océan. Dans l’estuaire du Sébou de nombreux bateaux de pêche attendent, gros bateaux verts et bleus, on se dirait en Bretagne, petites barques orange. L’estuaire est très vaseux. Medhya plage est une station balnéaire dans les dunes. Les vagues font de beaux rouleaux. Le soleil est revenu.

Ornithologie
     Derrière le cordon de dunes, dans un creux, une longue lagune est une étape pour les oiseaux migrateurs. Nous nous installons pour pique-niquer près de l’eau en compagnie d’un petit foulque qui plonge et réapparaît plus loin. Sur la rive opposée des canards, peut être des sarcelles, puisque la sarcelle marbrée est le « bijou » de la réserve. Des goélands arrivent, des busards des rivières planent.
Botanique
     Nous suivons les sentier pédagogique, les végétaux sont étiquetés, j’apprends le nom français d’un arbuste que je ne savais nommer qu’en hébreu « eilat mastic », c’est le Lentisque ou Pistacia lentiscus. Un petit arbuste porte des fruits, sortes de tomates et des fleurs violettes ressemblant à celles de la pomme de terre : la morelle de Sodome (solanum sodomeum) . Les genets blancs sont étiquetés Rétame.

Rabat
     Retour sur la route principale nous approchons de Rabat : pépinières, poteries de jardins, puis habitat plus dense, nous sommes à Salé. Dans Rabat nous nous repérons facilement grâce au fleuve et aux murailles.  Après la tour Hassane, nous longeons la muraille des Andalous et juste après le jardin de Triangle de Vue, la rue principale Mohamed V.
Royal Hôtel
     Je visite un  premier hôtel le Splendid, assez minable, chambre claire mais escalier vétuste. Nous essayons le Royal Hôtel tout proche qui nous convient tout à fait. Dans un immeuble tout blanc, l’hôtel est vieillot mais très propre et très confortable. Les meubles foncés et les murs blancs me rappellent notre hôtel de Porto. L’ascenseur est en panne mais la salle de bain rénovée est très classe avec un lavabo monumental. Le personnel est aussi désuet que le bâtiment : des vieux messieurs très gentils. Notre chambre a une belle vue sur une placette plantée de très beaux arbres très fournis, des ficus. De l’autre côté de la place une mosquée avec ses toits verts et son minaret carré (la mosquée Mouline) un peu plus loin, le Parc Triangle de Vue/
     Nous sommes en plein centre à deux pas de la rue Mohamed V bordée de bâtiments officiels, la Gare, la Poste, un véritable palais avec de la dentelle de pierre, l’Hôtel des Impôts et de grandes banques…Tout près de chez nous, une très bonne librairie où Dominique trouve les polars d’Ann Perry qui lui convient et moi tout un assortiments d’auteurs marocains ainsi que de tous petits volumes d’une collection du Petit Mercure que je néglige d’acheter, je le regretterai ensuite, ils sont introuvables à Créteil.

La mer

      Après notre installation nous profitons de notre Toyota qu’il faudra rendre demain pour aller à la mer .Le temps est calme, ensoleillé, sans vent et pourtant, l’océan est déchaîné, pire qu’au Cap Vert. La route borde la mer en corniche. Malheureusement pas aménagée, un peu dépotoir. Nous nous arrêtons à la sortie de la ville en direction de Casablanca.
La côte est découpée, rocheuse, les rouleaux se brisent avec une violence extrême. Les paquets d’eau fusent comme des gerbes d’étincelles. L’air est complètement saturé d’humidité, on se dirait dans le brouillard. Plusieurs rangées de rouleaux se succèdent, certains sont plus puissants et m’éclaboussent.
Le soleil baisse, l’eau se teinte d’or. Comme au Cap Vert, les nuages de l’horizon avalent la grosse boule jaune et nous privent de la fin du spectacle.


14..Rabat

Publié le : 05 Février 2007

Nous avons égaré le contrat de location de la voiture. Hier soir j’ai défait trois fois ma valise, cherché dans toutes les cachettes du sac à dos, Dominique a fouillé de son côté. On s’est endormies dans l’inquiétude. Combien Budget va – t il nous réclamer ?
Ce matin, il fait un soleil magnifique. Nous laissons la Corolla derrière la Gare. On ne nous demande rien. C’est Abdou de Fès qui utilisera l’empreinte de la Carte Bleue. En espérant qu’il sera honnête !En tout cas, ici, tout se passe bien. Idem à royal Air Maroc où nous reconfirmons le vol de dimanche.

Casbah des Oudaïas
     Taxi jusqu’à l’entrée de la Casbah des Oudaïas. La porte est monumentale, gravée d’écriture coufique et curieusement de coquilles Saint Jacques.
Dès que nous entrons dans la Casbah nous sommes éblouies : les maisons sont blanches soulignées de bleu. Les ruelles étroites se terminent en impasse et sont entrecoupées d’escaliers. On se dirait en Grèce ! En tout cas le bleu rappelle sans cesse la présence de la mer toute proche .Dans la lumière du matin, j’ai envie de tout photographier : collection de portes cloutées, encadrées de mosaïques ou de motifs sculptés. Nous arrivons sur le bastion qui domine l’estuaire du Bou Regreg. Vers la mer : un phare blanc après un cimetière blanc et herbu. L’appareil photo tombe en panne. Nous sommes assez inquiètes : à Rissani, le couvercle m’est resté dans la main. Peut être ne fait il plus contact ? En rachetant une nouvelle pile, tout rentre dans l’ordre. Nous avons utilisé dix pellicules depuis Fès .Nous descendons les petites ruelles en escalier et je me laisse tenter encore par d’autres portes, de nouvelles échappées sur la mer et le ciel bleu.

Café maure

     Promenade paisible et ensoleillée qui nous mène au Café Maure ( terrasse admirablement bien située, zelliges et cornes de gazelle – pour ces dernières, c’est trop tôt )puis jardins andalous carrés aux allées pavées de petits galets formant des figures géométriques, hauts palmiers, orangers couverts d’oranges, lauriers roses. La Palais des Oudaïais (XVIIème siècle) est en pierre blonde, les murs qui enserrent le jardin sont surmontés de jolis créneaux.

Bijoux et parures

     Nous avons de la chance ! Après l’exposition des Arts du Feu de Fès, les Tapis de Meknès, voici la troisième exposition patrimoniale : Bijoux et parures, toujours très bien présentée.
Les bijoux de l’Atlas et ceux du Sahara sont ceux qui m’ont fait la plus forte impression .Les parures d’or et de pierres précieuses citadines sont de toute beauté mais moins émouvantes : trop d’or, trop de pierres, trop travaillées, trop lourdes. En revanche, celles des tribus du désert avec les énormes fibules ornées de pierres et cloutées, parfois très lourdes sont impressionnantes. Le poids des boucles d’oreille est également considérable. Heureusement, un dispositif permet de les fixer autour de l’oreille ou au diadème. Les matériaux employés sont très variés certains bijoux incorporent du cuir, des tissus mais aussi des clous de girofle, du gingembre à côté de perles d’ambre, de corail ou de turquoises. La base de ces bijoux : des pièces de monnaie : monnaie marocaine, cents américains, pièces espagnoles. De nombreuses pièces sont ornées de l’étoile de David. Les orfèvres étaient Juifs, on ne peut pas l’ignorer. Mais la fréquence des étoiles à six branches est très étonnante. Dans une salle, des costumes sont présentés permettant ainsi de comprendre comment ces parures étaient portées. Les lourds triangles en argent d’une dizaine de centimètres de hauteur étaient fixés sur la poitrine sur le vêtement.

Jardin andalou

     Pause à midi dans le jardin andalou ? Nous pourrions y rester toute la journée. De nombreux étudiants révisent leurs cours. Les chats paressent (nous en avons vus beaucoup dans les ruelles ce matin).

    Nous avions le projet d’aller à Salé de l’autre côté de l’estuaire du Bou Regreg. Les petits taxis bleus (ici ils sont bleu vif, à Meknès, bleu clair, à Fès, rouge) n’ont pas le droit de quitter le périmètre urbain de Rabat. Il faudrait affréter un grand taxi. Nous renonçons et traversons à pied la médina. Comme c’est Vendredi, toute activité a cessé à onze heures et demie pour la prière. Le musée a fermé ses portes, quand nous traversons la médina, les rideaux métalliques sont baissés. Nous trouvons quand même un sandwich aux brochettes de poulet pour moi et à la viande hachée pour Dominique qu’on mange dans la rue.

    Nous profitons du Parc Triangle de Vue qui est sous nos fenêtres , très agréablement planté de toutes sortes d’essences, surtout des ficus mais aussi des yuccas qui ressemblent à des dragonniers. Puis on se rafraîchit à l’hôtel, shampooing.
Nous remontons la rue de l’hôtel : Ben Abdallah, puis une grande rue bordée d’un grand mur derrière lequel se trouvent des installations militaires (Méchouar), passons les portes de la ville pour arriver au Chellah.

Chellah

     Le Chellah est enclos dans une muraille crénelée et s’ouvre sur une porte très curieuse où l’on remarque la même décoration que celle qui orne la porte de la Casbah des Oudaïais mais surmontée de petites tourelles très finement sculptées avec des alvéoles.
Passée la porte, nous trouvons un jardin luxuriant et arrivons sur le site antique de Sala Colonia. Du forum, il ne reste pas grand chose mais c’est lieu de rassemblement des promeneurs. Dans un coin, des jeunes jouent des percussions et chantent. C’est vivant et pas désagréable à écouter .De nombreuses femmes sont assises en groupe ou en famille avec leurs enfants.
Volatiles
    Nous choisissons des sièges sur des ruines antiques, je sors mon bloc et dessine les ruines de la nécropole mérinide, un très joli minaret coloré sur lequel est installée une cigogne, le mur et l’entrée d’une mosquée ruinée où se trouvent les tombes d’Habou Hassan et de son épouse Chams Ed Duna (Aurore). Plus loin sur les pentes s’étagent des koubas en coupoles rondes et surtout des perchoirs pour les cigognes, vieux arbres morts complètement colonisés par ces volatiles bruyants. Sur un arbre il peut y avoir jusqu’à trois nids de taille imposante de taille imposante, mais les cigognes n’y sont pas seules : des petits hérons blancs leur tiennent compagnie, leurs nids invisibles d’ailleurs. A mesure que l’après midi avance, le forum se remplit, bientôt tous les murets toutes les pierres sont occupés. Une femme et sa fille s’installent auprès de nous. Elle est vêtue d’une très jolie djellaba turquoise. Deux gamins nous tiennent aussi compagnie, ils ont l’air polis bien habillés et sont discrets. Le soleil chauffe, je me suis même enduite de crème solaire et j’ai mis mon foulard turc.
Nous faisons une visite au bassin des anguilles censé faire des miracles guérissant les femmes de la stérilité. Un religieux vend des bougies aux fidèles qui nourrissent les anguilles.
Le spectacle n’est pas dans le bassin, les poissons sont invisibles une horde de gamins effrontés se sont approchés, le saint homme les tance vertement, ils ne paraissent pas impressionnés. Pour aller contempler le coucher de soleil sur l’océan, nous traversons la ville en petit taxi qui nous ramène aux Oudaïais. Sur le bastion qui était tranquille ce matin, se trouve maintenant une foule paisible. Je suis ravie d’avoir découvert cet endroit ce matin dans la sérénité.
          Les nuages nous privent de coucher de soleil, nous redescendons par la médina éclairée et très animée. Elle est très différente de celles de Fès ou de Meknès. Les artères principales sont couvertes de belles structures métalliques en pagodes ou e arceaux. A la place des petites ruelles, des rues larges et spacieuses, à la place des échoppes, de beaux magasins très vastes de tapis ou de cuirs. Nous arrivons dans le marché aux vêtements, quelques magasins proposent de jeans très mode, la plupart des chaussures ou des djellabas. Sur la chaussée des déballages de toute sorte. La foule est dense mais nous avançons sans encombre.
Retour à l’hôtel vers sept après une excellente journée.
Rabat nous impressionne favorablement. La ville est très aérée, beaucoup plus verte que Fès ou Meknès, plus tranquille aussi, plus ouverte, semble_t il. Nous ne rencontrons ni faux guides ni commerçants trop zélés qui empoisonnent la vie des touristes si souvent. Beaucoup de femmes en cheveux aussi. Des mendiants encore mais pas d’enfants collants. Le beau temps a été de la partie. Pourvu qu’il se poursuive demain !


15. Rabat - Salé

Publié le : 05 Février 2007

Peu après cinq heures, le muezzin chante la prière de l’aube. Son chant répétitif  et lancinant dure une éternité. Comme nous sommes réveillées toutes les deux, nous écoutons ses modulations sur des phrases inhabituelles. Pourquoi est ce si long ? Vers la fin, il lance le cri Allahou Akbar ! à plusieurs reprises . Silence, nous nous rendormons.

Le Monde à l‘étranger


      Quand nous ouvrons les volets, le trottoir est mouillé, le ciel encombré de nuages nous incite à paresser. Je termine la lecture du Monde qui est un plaisir quotidien. Ici, le Monde arrive le matin sans aucun retard, il coûte même moins cher qu’en France dix dirhams seulement. L’actualité est pressante. Si on se borne à la télé, on dirait « qu’ils remettent tous les jours la même cassette » comme le dit Mohamed d’Erfoud. En revanche le Monde décrit chaque jour les évolutions qui malheureusement concernent plus les opinions publiques que les décisions du principal intéressé. Cela me fait extrêmement plaisir que les Britanniques s’opposent à Blair et que beaucoup d’Américains soutiennent la France et l’Allemagne. En tout cas, je ne veux rien louper.
Après le petit déjeuner, nous nous séparons. Dominique veut aller au marché seule, elle aime bien ces expéditions en solo.

Je reprends la rue Ben Abdallah jusqu’à une grande mosquée située sur le terre-plein au milieu de Mohamed V qui se continue par des rues plus étroites. Les trottoirs sont plantés de magnifiques ficus avec des racines aériennes pendantes. Les trottoirs sont vides, de chaque côté de beaux murs blancs enferment de très beaux jardins qui cachent à moitié des ministères et des installations militaires. Devant chaque entrée, des plantons en arme interdisent même le trottoir.
Calme et silence à l’ombre de l’armée.

Musée


    Le musée se trouve dans un quartier résidentiel de petits immeubles blancs avec de larges baies et des balcons. Architecture évoquant plus le Bauhaus ou l’Art Nouveau que l’Orient.
Le Musée est construit tout à fait Art Nouveau : l’architecture est remarquable, mais la muséographie pitoyable et vieillotte. Etiquettes blanches, jaunies, tapées à la machine sans grand intérêt. Vitrines vides. Pots cassés, outillage paléolithique… Je suis venue pour le Chien de Volubilis. Il est posé par terre dans l’ombre, magnifique, prêt à bondir.
     Evidement, le gardien me suit partout. Heureusement, il m’ouvre la salle des bronzes, la plus intéressante. Ses commentaires sont tout à fait judicieux : il compare le profil de Caton, romain typique avec celui de Juba qu’il qualifie de Berbère. Cours sur la statuaire romaine .Le marbre vient de Carrare, il est donc rare, on ne change que les têtes gardant les bustes. Un buste de Ptolémée, fils de Cléopâtre Séléné, la fille de Cléopâtre.

   Retour par Mohamed V, la Gare, les beaux bâtiments soulignés de grès blond comme en Espagne. Puis Mohamed V devient une rue commerçante aux boutiques vieillottes ressemblant à celles de notre enfance. Hier nous avons vu une enseigne « Le nain bleu », c’est bien une boutique de jouets comme autrefois.
Le graphisme des enseignes est celui de la France des années 50. On pourrait tourner un film d’époque rien qu’en supprimant les voitures trop neuves (on peut laisser les autres et les autobus).
Dominique me conduit sur les lieux qu’elle a découverts : un marché au poisson avec des sardines, des anchois des rougets, des petites soles en abondance. Sans parler des crevettes ; Les prix sont marqués, tout est propre et net. Mohamed V se transforme en une rue de souk : pendillocheries, pais aussi CD cassettes et matériel hi-fi … A onze heures du matin les boutiques ouvrent, il y a peu de monde dans la rue. Nous traversons rapidement la médina .On rénove un petit théâtre plein de stucs et de miroirs. Nous arrivons aux cimetières entre la Casbah et la mer. Discret coup d’œil, c’est vert, aéré, poésie des cimetières marins.

Corniche

     La corniche est minable, c’est le dépotoir. Dommage, derrière le phare, dans une échancrure dans le grès, les vagues se brisent donnant un spectacle magnifique. Feu d’artifice liquide .Les goélands ont colonisé un rocher tabulaire émergeant de l’eau blanche d’écume.
    Nous nous installons sur la digue qui protège la plage et l’embouchure du Bou Regreg et restons une heure sous un franc soleil. Des surfeurs en combinaison barbotent, les rouleaux sont  trop atténués pour qu’ils nous offrent un spectacle intéressant. Deux baigneurs en maillot font trempette.

    Midi passé et nous n’avons rien acheté pour pique-niquer, nous quittons à regrets notre perchoir. Dans la médina nous ne trouvons pas les brochettes, seulement du poisson : sardines et daurades frites qui ne nous inspirent pas.

Salé

    Un taxi bleu nous emmène à l’extrémité du périmètre urbain de Rabat, au Supermarché Marjane (qui ressemble à n’importe quel centre commercial français, on avait vu le même à Marrakech). Un bon kilomètre de marche à pied dans la campagne, le pont sur le fleuve, nous finissons par trouver les potiers de Salé chaudement recommandés par le collègue de Dominique et les guides.
    Déception, ils sont installés dans une sorte de centre commercial moderne avec cafétérias, parking, boutiques. J’imaginais cela tout autrement. Les articles proposés ne me tentent pas tellement. La qualité est assez ordinaire, épaisse faïence aux coloris sans recherche dans le tracé des décors, coloris criards. Tous les produits se ressemblent, variation autour du thème du plat à tajine, pots à épice. Cela manque de finition et de finesse. Les prix sont très attractifs mais cela ressemble trop à ce qu’on pourrait trouver dans les Pier Import ou même dans les supermarchés en France. Après maintes recherches nous repartirons avec due double mini tajine pour le sel et le poivre pour 15 DH, cadeau pas cher.

    Comment retourner à Rabat ? Nous n’avons pas envie de recommencer la marche à pied. Pas de taxis, ni grands ni petits. Au hasard, j’arrête la première voiture qui quitte le parking qui nous prend à son bord. Ce sont des gens charmants, le père et les filles, français ou marocains ? Les filles habillées très mode, blondes ont l’air française, ils habitent Casablanca. Ils nous lâchent au bout de Mohamed V à la hauteur de la mosquée sur son îlot.

Derniers achats dans le souk

    Fin de la journée dans la médina pour faire les derniers achats de cadeaux. Pour Valou, j’achète un sac en cuir jaune et le porte-monnaie qui va avec. tout me tente, je dois me gendarmer pour ne pas acheter un petit sac ou une sacoche, c’est tellement bon marché. Dominique trouve pour son père un coffret en bois. J’ai envie d’épices qui compléteront la salière. La rue Suika est très encombrée, au milieu de la chaussée on  trouve des mixers, des batteurs, des fers à repasser, les marchands crient 20 Dirhams, 40 Dirham en montrant des lots de caleçons longs ou des culottes… On se pousse, on se presse. Je rentre avec soulagement à l’hôtel. Il faut faire les valises


16. Nous quittons Rabat

Publié le : 05 Février 2007

Comme tous les matins nous écoutons le muezzin, avec beaucoup plus d’attention puisque c’est la dernière fois, j’aimerais qu’il prolonge encore sa mélopée. Le personnel de l’hôtel est vraiment très attentionné, bien qu’il soit très tôt, on nous sert un petit déjeuner complet avec jus d’oranges pressées, omelette et viennoiseries. Notre taxi est à l’heure. Nous traversons Rabat endormie au lever du soleil jusqu’à l’aéroport de Salé. Encore un tout petit aéroport très décoré, zelliges, fontaines et palmiers.
Les passagers sont composés en majeure partie d’étudiants qui se connaissent. Ils ont l’air privilégiés, certains voyagent en première classe. Illusion, l’avion parait plus luxueux que celui qui nous avait conduit à Fès avec sa cargaison prolétarienne .On nous resservira des petits déjeuners. Comme à l’aller, les nuages nous cachent le spectacle, le ciel ne se découvrira qu’à l’arrivée à Orly, beau temps mais près de O°C.


1. Vol vers Marrakech, découverte de la ville

Publié le : 04 Février 2007
1.   Vol vers Marrakech, découverte de la ville


Orly: Vol Royal air Maroc de midi


     Nous sommes en avance, mais nous ne sommes pas seules. Des familles encombrées d’énormes valises, poussettes, gamins sur des trottinettes nous ont précédées et font déjà la queue devant nous. Surprise ! Ce sont tous des juifs qui se connaissent et vont fêter Pessah en famille. Ils s’interpellent, parlent fort. Dans l’avion, les enfants se lèvent, les parents discutent assis sur les accoudoirs. L’ambiance est très chaleureuse. Je suis plutôt émue, saisie par la nostalgie de la fête. Il me vient le fantasme de me faire inviter, entrer par la porte ouverte à la place du prophète Elie. Les chansons de la célébration, les passages de la Haggadah me reviennent en mémoire, la Sortie d’Egypte, la fin de l’esclavage, l’an prochain à Jérusalem…

     Dans l’avion c’est plutôt le retour vers le Maroc de ces Juifs français qui ont l’air plutôt assimilés, pas religieux, peu de repas cachers ont été servis.

     Un épais tapis de nuages blancs recouvre la France et une bonne partie de l’Espagne – rien à voir par le hublot-

     Mais on ne s’ennuie pas dans l’avion, le steward prend dans ses bras les enfants égarés distribue des bisous les repose sur leurs siège.
       Enfin, la couverture nuageuse se déchire pour nous laisser découvrir Gibraltar et son fameux rocher, le détroit et les côtes marocaines : les colonnes d’Hercule, un endroit mythique que je n’aurais pas voulu louper.
Jusqu’à Casablanca, l’avion longe la côte, une longue plage sableuse bordée de quelques lagunes s’étire le long de l’Atlantique.

Marrakech

     L’aéroport de Marrakech est ravissant. La chaleur nous enveloppe à la sortie de l’avion- sensation de bien être.
Au contrôle de police une famille avec 10 passeports nous passe devant, le père reste au comptoir, les autres se sont volatilisés à la récupération des valises. Accoudés au comptoir nous surveillons le policier qui tamponne et tamponne et n’en finit pas de tamponner tandis que la pile de mon voisin ne diminue pas. Nous sommes bien loin des queues derrière la ligne blanche préservant l’intimité de certains aéroports .Le juif me montre le paquet de passeports sous le comptoir, le douanier fait passer ses copains avant nous, cette considération m’amuse, nous bavardons donc pour passer le temps et très aimablement il me propose de marchander le prix du taxi.



    Arrivée à l’hôtel La Menara

Le taxi longe les remparts ocre bordés de palmiers et de jardins. Je suis saisie par la beauté de la ville qui a surgi brusquement du désert et des oliveraies. Pas de banlieues affreuses ni de centres commerciaux pour altérer le dépaysement. Une ville des Mille et Unes nuits est sortie du désert.
Notre hôtel est fort bien situé. Il donne sur une rue calme entre la Place de la Liberté et les remparts. C’est une grande bâtisse de trois étages peinte en ocre, avec des boiseries vertes aux balustrades des terrasses. Nous traversons des salons immenses carrelés de mosaïques, décorés de tapis, miroirs et sofas très orientaux.

    Notre chambre est vaste, haute de plafond, décorée de très bon goût avec des glaces ouvragées, et des appliques de verre peint serties de cuivre. Au mur, un cadre avec une vieille photo en noir et blanc. Notre terrasse donne à l’est sur les jardins et la piscine, dans la rue la station des calèches

     Première promenade en ville

      Après un plongeon dans la piscine glacée, nous partons explorer la Médina enclose dans ses murs tout proches.
Nous entrons par des rues très calmes, entre de hauts murs ocres protégeant de grands jardins. La Koutoubia avec sa haute tour carrée se détache.

Exotisme extrême : les marocains ont, pour la plupart, gardé leurs vêtements traditionnels, les hommes en large djellaba à capuchon, plus étroite pour les femmes en velours bleu nuit ou marron. Beaucoup de femmes sont complètement voilées mais d’autres sont tête nue. Le vélo ou la mobylette sont tout à fait compatibles avec la djellaba.

     Quand nous atteignons l’artère principale, l’avenue Mohamed V, la pollution et le bruit nous suffoquent. La circulation des voitures est clairsemée, peu de voitures privées, pas de camion, surtout des taxis jaune sable, des autobus oranges, surtout une nuée de pétrolettes pétaradantes et polluantes, pas mal de vélos. L’air est épais, vicié, piquant. Il y a beaucoup de monde entre l’esplanade de la Koutoubia et la Placer Jemaa El Fna. Toutes les murettes, les bancs sont occupés par des hommes et des femmes. Nous avons bien du mal à nous poser pour faire une halte. Nous passons devant les hôtels qu’André et Lonely Planet avaient recommandés en nous félicitant  de ne pas y avoir trouvé de place. Nous sommes bien mieux au calme à La Ménara.

Jemaa El Fna

     La nuit tombe lorsque nous parvenons à la place Jemaa El Fna enfumée par les barbecues des gargotes qui proposent des escargots dans des bols, du poisson en beignets, et des brochettes diverses. J’avais espéré qu’on y trouverait notre ordinaire. Le bruit, la fumée et la foule ne rendent pas cette perspective alléchante. Les têtes de mouton sanguinolentes coupent plutôt l’appétit. On pourrait s’attabler sur des bancs et goûter aux spécialités mais Dominique est carrément dégoûtée, je n’insiste pas.

     La place est noire de monde, pas d’acrobates ni de charmeurs de serpent mais des conteurs autour desquels la foule fait cercle. L’un d’eux en djellaba blanche, lunettes de soleil genre ray bans sautille, mime et déclame, tout le monde participe, c’est tordant. Les musiciens sont moins séduisants.

La Koutoubia

     Nous faisons un tour au souk des épices puis retournons à la Koutoubia illuminée .La lune est pleine, toute proche du minaret. Comme un très bon augure, une sorte de don du ciel, énorme point éclairant le jardin fleuri, malheureusement fermé.

Nous terminons la soirée à l’hôtel, je commande, dans la chambre, deux omelettes et une salade niçoise (une erreur), le serveur apporte le plateau, dresse la table sur la coiffeuse. Je lui laisse 10 dirhams, nous sommes un peu embarrassées, nous n’avons aucune idée du pourboire raisonnable. Cela doit convenir, il nous embrasse toutes les deux en sortant.


2. Tombeaux Saadiens, palais de la Bahia, Jardins Majorelle

Publié le : 04 Février 2007
2. Tombeaux Saadiens, palais de la Bahia, Jardins Majorelle

Promenade matinale le long des remparts.

     Nous n’avons pas été réveillées par le muezzin, comme en Turquie il nous a semblé, vaguement l’entendre au loin vers 5 h. Au petit déjeuner, le personnel est très attentionné mais les croissants sont rassis.

     Nous longeons les remparts bordés de plates-bandes de rosiers en pleine floraison. La lumière est belle. Les murs sont curieusement troués de cavités carrées qui servent de nichoirs aux innombrables hirondelles et pigeons qui planent autour de nous .Peu de circulation automobile, des vélos harnachés d’énormes couffins, des mobylettes surchargées, des carrioles tirées par des ânes ou des chevaux. La promenade est très agréable, il fait encore frais et nous sommes à l’ombre.


Tombeaux Saadiens

    Nous entrons dans la Médina par le Bâb Agnaou et découvrons un quartier animé, des boutiques d’alimentation. Nous demandons notre chemin, les tombeaux Saadiens, aux passants qui nous renseignent très aimablement mais pas toujours efficacement. Nous tournons dans des rues fort peu touristiques avant de trouver la Mosquée de la Kasbah qui ressemble beaucoup à la Koutoubia en plus petit et moins décoré. La place est jolie avec des magasins de souvenirs très photogéniques et un beau nid de cigogne. Un marchand nous conseille de filer voir les tombeaux avant la foule.

      L’entrée du mausolée est cachée par une ruelle qui tourne autour de la mosquée, ombragée par des branchages. Nous entrons dans un jardin ravissant fleuri de pavots, de delphiniums, de roses d’Inde, coquelicots autour  de dalles de mosaïque : les tombes des serviteurs. Les mausolées du souverain, de sa mère, de ses enfants sont des pavillons très finement décorés de marbre de Carrare ou d’autres matériaux colorés, des plafonds à caissons de cèdre dorés peints avec de fines décorations de stuc.

     Les groupes se succèdent. Il faut faire la queue pour admirer. Cela  enlève un peu du charme du lieu. En revanche, nous pouvons écouter les anecdotes des guides. L’un d’eux montre comment le nom d’Allah peut s’écrire avec la main. Il décline la symbolique des chiffres : 1 pour dieu, 2 pour Eve, 3 pour la Trinité, 4 est un chiffre ordinaire, 5 pour le bonheur ou la chance avec l’étoile et la main de Fatima, le 6 : la Création en 6 jours, le 9 et 99 sont sacrés, le 9 avec la preuve par 9 et les 99 adjectifs de Dieu. Parmi les dalles mortuaires orientées vers la Mecque à l’Est on trouve celles des chrétiens vers le Nord (Jérusalem ?). Des chats roux se prélassent, nous profitons du calme, de la fraîcheur, et des fleurs avant de reprendre la visite avec le commentaire d’autres conférenciers.

Palais de la Bahia.

     Nous traversons la Kasbah pour rejoindre les Palais. Un passant nous conseille de traverser le marché, « suivez cette femme ! », nous sommes dans de petites ruelles moyenâgeuses entre de hauts murs le plus souvent aveugles, on repérera les petites fenêtres très hautes par la suite. Des portes s’ouvrent sur des patios, des cours, pas de voitures, quelques fois une mobylette vrombit, un char à bras s’annonce pour qu’on cède le passage, quelques fois une charrette tirée par un âne il faut se garer, l’âne me pousse sans égards. Nous sommes les seules Européennes du coin mais nous ne ressentons aucune gêne, ni hostilité. Au contraire, on nous vient en aide avec la plus grande gentillesse. Une jeune fille en 7éme année (5ème) nous conduit vers le Palais de la Bahia. Elle rentre de l’école, c’est son chemin, elle habite à côté. En route, nous devisons. Elle est très fière de nous raconter qu’elle étudie dans une école privée,  en français depuis la maternelle. Comme  toutes les écolières elle porte un tablier blanc sur un pull-over noir (par cette température !).

     De l’extérieur, le palais de la Bahia ne ressemble pas du tout à un palais. Nous passons par une enfilade de pièces, pour arriver dans des courettes et des jardins très frais. Chacune de ces salles est décorée de mosaïques, de dentelles de stuc, de plafonds de bois peint. Il nous manque quand même un guide ! Nous glanons des renseignements en nous mêlant aux groupes de touristes. Nous découvrons la pièce où étudiaient les enfants du vizir ; la chaire du professeur est richement décorée. Dans le harem, un guide ferme les persiennes sous nos yeux pour montrer comment les concubines étaient enfermées (ou pour nous signifier que nous ne devons pas suivre sa visite sans payer !)

Mellah

     Derrière le palais se trouve le Mellah - encore mes fantômes m’assaillent - d’abord ce nom qui signifie sel en arabe comme en hébreu. Vient il du commerce du sel, monopolisé par les Juifs, ou du sel qu’on mettait sur les têtes coupées ou sur les mains des voleurs ? Autrefois je n’avais pas fait le rapprochement entre mellah et sel. Aujourd’hui c’est Pessah, j’espère capter des indices de la fête, grand ménage, herbes amères, matzot, un peu à la manière des Espagnols qui guettaient les marranes judaïsants.

     Rien ne me parle dans ce quartier encore plus misérable que la Kasbah, les ruelles sont encore plus étroites et sales, les murs sans fenêtres renfermant leurs secrets. Les habitants –arabes- savent ce que les touristes cherchent et nous indiquent volontiers la synagogue, invisible elle- aussi. Derrière un terrain vague occupée par partie par un dépotoir, pour l’autre partie par un marché aux légumes, le plus misérable que j’ai jamais vu, des inscriptions en hébreu : le cimetière juif, fermé.

    Nous faisons nos emplettes au marché, les légumes sont posés par terre sur des bâches et les marchands sont assis au milieu des salades, courgettes ou carottes. Je prends trois carottes, évidemment, aucun prix n’est indiqué mais on me les pèse. Pour un dirham et demi, nous emportons un citron et deux bottes, persil et coriandre, odorants et très frais.

Faudel

Sur une placette, un attroupement : un rail et un écran translucide qui pivote : on tourne un film. Parmi les badauds nous retrouvons notre petite guide qui nous dit que le chanteur Faudel est là ; ce sera un souvenir à raconter aux élèves en rentrant au Collège.

     Le taxi jusqu’à l’hôtel coûte 15 Dh, (10 F) piscine et pique-nique sur le balcon, notre salade de carotte et une boite de thon emportée par prudence de Créteil.

     Pour téléphoner en France c’est très facile, il existe des échoppes « Téléboutiques « peintes en bleu avec des cabines et un comptoir pour faire la monnaie, 5 Dh suffisent(3.5F) pour la France, avec 10 Dh on parle un bon moment.

Jardin Majorelle

     J’insiste lourdement pour que le chauffeur de taxi mette en route son taximètre. Pour aller au jardin Majorelle, il demandait 10 Dh, le compteur marque 7.5 Dh, j’en donne 10, il ne rend pas la monnaie et nous lance un « bonne chance » d’un air furieux, en guise d’adieu. Pour le retour, il sera le premier de la file et il refusera de nous reprendre malgré l’insistance de Dominique qui ne l’avait pas reconnu.

      Le Jardin Majorelle est un enchantement. Comme au Jardin Botanique de Madère, les végétaux sont regroupés par milieu : ici une bambouseraie, là-bas, les cactus et les succulentes, un  peu partout des palmiers, des bassins rafraîchissants avec des nymphéas, des papyrus, des tonnelles de bougainvilliers. Le mobilier, les bancs, les accessoires, les grosses jarres en terre font partie intégrante du jardin et son peints de couleurs étudiées. L’atelier de l’artiste est d’un bleu violent : le bleu Majorelle. Les rebords des bassins sont bleus également. Chaque perspective est parfaite, un bassin-canal évoque l’Alhambra de Grenade, un autre les nymphéas de Giverny.

     Malgré la foule des visiteurs, l’impression de calme subsiste. D’ailleurs, ces touristes sont sympathiques, tout un groupe assis par terre dessine et peint à l’aquarelle, je les envie. Nous passons un bon moment sur un banc adossé à une grille qui ouvre sur l’ancienne maison de Bernard Tapie, haute tour carrée, villa luxueuse basse, jardin de cactées. Au dessus de nous des guirlandes de bougainvilliers orange et rose vif, très haut dans le ciel la frondaison des palmiers se balance. Le jardin se vide vers 16h30, il ne reste plus que quelques irréductibles qui comme nous ont trouvé un coin merveilleux. Nous n’arrivons pas à nous arracher à cet endroit magique.

    Au retour, notre chauffeur de taxi a vécu dans le XIII ème, routier et chauffeur d’ambassadeur, il a pris sa retraite au pays. Il est très aimable, comme tout le monde ici.

     Nous passons la soirée sur notre balcon à admirer la pleine lune dans les palmes et à regarder les calèches plus actives le soir qu’à la chaleur. Notre serveur nous apporte le plateau du dîner : une tajine assez quelconque pour moi, et nous fait encore la bise en partant.


3. palais et neiges éternelles de l'Atlas

Publié le : 04 Février 2007
3.  palais et neiges éternelles de l'Atlas


Musée Dar Si Saïd;


     Dès 8 heures nous prenons un taxi pour le Palais El Badi. Il est beaucoup trop tôt. La ville est endormie, les ruelles sont désertes et la place des ferblantiers commence à peine à s’animer. Les boutiques ouvrent à peine. Nous marchons tranquillement dans le Mellah et nous perdons dans les ruelles. Curieuses échoppes : une fenêtre seulement s’ouvre sur une sorte de placard rempli de pommes de terre et de charbon, je n’ai pas compris où se tient le marchand.

     Le Musée Dar Si Saïd ouvre juste. Un gardien nous fait les honneurs de la visite rien que pour nous. Il nous laisse deviner l’usage des différentes poteries. Je reconnais mortier et pilon pour le khôl, boites à crèmes et onguents décorées au henné,   nous calons devant la baratte.
       A l’étage, il commente les appartements des femmes ainsi que les techniques de fabrication des tapis « le blanc, mouton blanc, le noir, mouton noir, le rouge, henné, l’orange safran » pour les teintes, « noué, tissé » ou « tissé, brodé » ou « noué, tissé, brodé ». les kilims me plaisent beaucoup, certains servaient de tapis de selle, de réserves à grains. Leurs motifs géométriques sont extrêmement variés. Les tapis noués paraissent grossiers à côté de ce que nous avons vu en Turquie. La visite est menée tambour battant, c’est un peu dommage de ne pas prendre son temps, mais c’est très vivant.

marchands d'épices

     Dans le souk du Mellah, les étalages sont maintenant prêts, les cônes d’épices colorés de safran jaune, de piment rouge, de Ras el Hanout vert sont parfaitement lissés. D’autres produits sont plus énigmatiques, surtout une pâte verte et des cailloux blancs. D’étranges marchandises sont suspendues, des peux de chats, de renards, des lézards morts desséchés, des iguanes. Je les photographie au grand dam de Dominique qui se fâche. Le marchand explique que ce sont des gris-gris en usage pour la magie.
Un marchand d’épices me vante sa marchandise, décrivant avec précision tous les usages. La pâtes qui m’avait intriguée : c’est tout simplement du savon vert ou marron. Il me montre l’argile vendue sèche en plaques brutes, l’alun qui ressemble à de gros cristaux de quartz, des petits pavés ressemblant à des savonnettes sont de l’ambre et du musc qu’il nous frotte sur chacun de nos avant-bras pour nous parfumer. Il me fait entrer dans l’échoppe pour essayer  une pâte fine qu’il délaye dans de l’eau de rose et dont je me badigeonne le visage. C’est très sympa mais il faudra acheter quelque chose, mais quoi ? Et à quel prix ? Je n’ai pas le temps d’élucider la question, Dominique furieuse a pris la poudre d’escampette. Je la rejoins penaude et gênée, il faudra éviter de repasser dans cette ruelle. Encore une fois on nous propose de visiter la synagogue.

Palais El Badi, cigognes et montagnes enneigées

     Du palais El Badi,  rasé, il ne reste plus que les murailles d’enceintes colonisées par les cigognes, un bassin rempli d’eau, les autres bassins sont plantés d’orangers. Nous découvrons donc une vaste esplanade encadrée par des murs ocre. Le chauffeur de taxi nous a expliqué le mystère des trous carrés dans les murs, il s’agirait de joints de dilatation pour éviter que la muraille ne se fissure à la chaleur. Dans cet espace vide, il règne un calme étonnant juste troublé par le retour bruyant d’une cigogne au nid salué par un cérémonial de claquement de bec, le cou complètement retourné vers l’arrière. Nous découvrons des vestiges de céramiques et des souterrains. Dans une salle le minbar (chaire) de la Koutoubia est exposé, datant du XIIème siècle, et réalisé à Cordoue, une merveille d’incrustations et que marqueterie.

     Enfin, nous montons à la tour en haut des murailles et je fais La Découverte de la journée : l’Atlas et ses neiges éternelles dont je n’avais pas soupçonné la présence. Encore une autre montagne magique qui me touche avec une intensité inexpliquée. La première fois que j’ai ressenti une émotion de ce genre, c’était le Canigou, puis l’Etna, et l’été dernier l’Ercyes. Certaines montagnes possèdent un magnétisme qui m’attire. Elles s’imposent brusquement dans le paysage comme une évidence.

     Toute la journée j’ai retrouvé avec le même plaisir sa silhouette, à l’arrière du pavillon de La Ménara, le soir derrière les remparts… étrange que nous ne l’ayons pas remarquée plus tôt !
Nous commençons à bien nous repérer dans la Médina, à partir de la place des Ferblantiers l’avenue Housséin el Fetoucki mène au square de Foucault puis à la Koutoubia, l’avenue Mohamed V.

     En chemin nous achetons dans une gargote des sardines frites et dans une pâtisserie des gâteaux miniatures en triangle en aumônières pour moi, des sablés pour Dominique. Piscine puis déjeuner sur le balcon.


Visite à la Ménara

      Dominique a prévu d’aller à pied à la Ménara à travers le quartier de l’Hivernage où se trouvent de luxueuses villas dans des jardins, et de beaux immeubles (toujours ocres dans le style de Marrakech et les plus grands hôtels. C’est donc une promenade ombragée et agréable. Mais il faut ensuite traverser ensuite une zone aride sans ombre. Des enfants vendent de l’orange pressée pour 5Dh. J’ai de petits doutes sur la propreté du verre (unique) ce qui gâche un peu le plaisir.

     Arrivées au parc de la Ménara, nous découvrons la foule des dimanches.
      Le dimanche est le jour néfaste pour les vacanciers. Nonobstant les banques et les boutiques fermées, le dimanche est le jour où tous les autochtones profitent des lieux de détente, parcs, plages … que les touristes trouvent généralement à leur usage réservé en semaine.

     La Ménara est une vaste oliveraie irriguée, promettant un calme ombragé et agreste. Aujourd’hui chaque arbre abrite une famille munie d’un butagaz, de théières, marmites mais aussi radiocassettes, ballons et djembés. Le verger résonne donc de musique enregistrée ou improvisée ainsi que des cris des enfants. Autour du bassin carré dans lequel est censé se refléter un pavillon carré et solitaire, une procession continue de promeneurs se presse. Les adolescents ressemblent à nos élèves, les plus effrontés sont les enfants de 5 ou 6 ans qui viennent directement mendier un dirham ou un crayon « donne moi le bois » alors que je dessine. Cette foule qui vient profiter de son dimanche en famille est inévitable.Nous avons un moment la compagnie d’une belgo marocaine qui fume une cigarette avec nous, seule elle n’aurait pas osé.

      Quand nous décidons de faire des photos des remparts sous le soleil couchant, nous trouvons tous les bancs occupés et de nombreux passants déambulent dans la contre-allée. Peu d’enfants, surtout des couples et des groupes de femmes assises ensemble, revêtues de leur plus belle djellaba de velours, la plupart d’entre elles ne sont pas voilées et souvent maquillées, foules paisible.


4. Médina de Marrakech, tanneurs, teinturiers, cordonniers.

Publié le : 04 Février 2007
4. Médina de Marrakech, tanneurs, teinturiers, cordonniers.


Tanneurs.


     Nous avons quitté l’hôtel un peu plus tard qu'hier. Quand le taxi nous dépose  il est encore trop tôt. Le taxi a profité de l’heure matinale pour traverser la Médina en empruntant les ruelles des souks déserts.
     A la descente du taxi nous sommes accueillies:
- « La France, champions d’Europe ! »
nous avons déjà entendu ce refrain à Istanbul. Un jeune homme nous emboîte le pas et nous montre la Medersa Ben Youssef, fermée. Entre temps il propose de nous conduire au quartier des tanneurs, nous le suivons donc des petites rues très misérables. Il nous indique le bon usage des ruelles : toujours, marcher à droite et dégager à droite si une charrette passe.

     Le marché s’installe, les légumes sont posés sur des bâches directement sur le sol : fèves, carottes, tomates courgettes, aubergines. Les marchands sont accroupis parmi la marchandise, des ânes stationnent. Plus loin ce sont des ouvriers du bâtiments qui attendent l’embauche ou le chantier, leurs sacs de toile renfermant leurs outils :truelles, planches pour le plâtre .

     A l’entrée des tanneries, on nous offre deux brins de menthe fraîche « masque à gaz ». Heureusement il est très tôt , il fait frais et l’odeur n’est pas encore suffocante. Nous marchons entre les bacs creusés dans la terre. Les peaux de mouton et de dromadaire trempent dans un bain d’ammoniaque venant de la fiente de pigeon, puis dans la chaux, dans l’écorce de chêne enfin dans un bain de fleurs de mimosa (cela nous ne l’avons pas vu, c’est peut être de la blague) . Nous voyons comment les tanneurs raclent les peaux assouplies, ôtent les poils, les amincissent. Certains sont en train de les fouler aux pieds. Ils refusent qu’on les photographie, sans doute leur fierté souffrirait de se voir immortalisé les pieds dans la merde.
    Nous passons par l’inévitable boutique de souvenirs, grimpons sur la terrasse. Il faudra acheter quelque chose. Le problème est : à quel prix ? Le marchand déballe d’abord les poufs, les plus souples en agneau, ceux qui sont travaillés en relief en dromadaire. Nous achetons les babouches promises à Catherine . Le prix est exorbitant : 120 Dh. J’essaie de marchander.  Le vendeur est ferme. Nous n’avons pas la patience. Il ne rabattra que 10 Dh. Pour faire de la monnaie, il nous conduit dans une échoppe où nous achetons une bouteille d’eau glacée, sortant du congélateur , ce qui nous fait bien plaisir jusqu’à ce qu’on réfléchisse qu’une bouteille pleine aurait dû éclater : c’est sûrement de l’eau du robinet !
     Comme nous avons de la monnaie, il nous faut rétribuer notre guide et les tanneurs, j’espérais que tout cela serait inclus dans le prix des babouches ?

Medersa

     La médersa  est construite autour d’une belle cour avec un bassin en marbre, malheureusement à sec. Ce n’est que dentelle de stuc, arabesques, de bois de cèdre, zelliges. Les dessins sont d’une finesse inimaginables avec des variations sur des motifs géométriques et végétaux, stalactites dans les niches moucharabieh à l’étage.
      Je ne sais où donner de la tête ni quel objectif choisir. Nous montons visiter les cellules des étudiants. Cet endroit respire la paix et la sérénité. Encore une fois je prête une oreille attentive aux commentaires des guides qui explique que les 4 couleurs des zelliges représentent les quatre villes impériales : Marrakech est évidemment ocre, mais quid des autres Fez, Meknes et Rabat ?

Musée

    Le Musée du palais M’Nebhi est tout proche. Il est de conception très moderne. . Les peinture modernes me plaisent beaucoup, sur un support de cuir (clin d’œil aux tanneurs) des graphismes berbères ou très modernes se mélangent, traits très dépouillés « hommage à Gaudi », à l’art antique égyptien.

     Puis une exposition sur la musique marocaine provenant de la Cité de la Musique de la Villette. Les instruments traditionnels sont exposés dans des vitrines avec des photos et des documents historiques. instruments à vent : trompettes très longues toutes droites, hautbois percé de trous bizarres, tambourins ronds des femmes carrés des hommes, oud et un autre instrument à cordes qui se joue avec un archet. Le musée est installé dans un palais, la cour est couverte d’un vélum ce qui donne une pièce d’apparat magnifique carrelée de zelliges (toujours les quatre couleurs). Encore un endroit reposant pour s’arrêter au calme ! Des bâtonnets d’encens brûlent dans le hammam, on peut s’installer sur des sofas et regarder des vidéos.

Médina

     A la sortie nous partons à la recherche de la fontaine « Chrob ou Chouf » et nous engageons dans les souks grouillant de monde maintenant sur le coup de onze heures, embaumant les brochettes ou puants (c’est selon). Pour une fois, je m’oriente bien sur la carte et nous trouvons facilement la fontaine, un peu décevante, protégée par un auvent de bois sculpté magnifique, la fontaine elle même est bien ordinaire.

     Nous voici maintenant dans les venelles couvertes et encombrées du souk des cordonniers (babouches à volonté, le premier prix annoncé est de 80 dh) puis ruelle des lampes et des lustres en étain, cuivre ou fer blanc suspendus partout .Nous demandons notre chemin, un gamin nous précède dans le dédale du souk pour nous conduire aux teinturiers. Des chèches de diverses couleurs (bicolores souvent) sont pendues. Mais l’atelier de teinture est assez réduit .Un bel écheveau rouge est suspendu et fera, j’espère, une très belle photo.

     Nous ressortons facilement du souk par la place Djemaa El fna occupée surtout par les étals de fruits secs et de vendeurs de jus d’orange pressées. Nous nous trouvons en terrain connu, le square de Foucault est bien frais mais fermé, la Koutoubia est inondée de chaleur et se place déserte.

     Nous passons l’après midi à la piscine à écrire les cartes postales et à me baigner.

Calèche au coucher du soleil
      Nous terminons la journée en beauté par une balade en calèche autour des remparts pour 150 Dh, et 1h30.Notre calèche est tirée par deux chevaux noirs un peu maigres mais bien vaillants que le cocher coiffé d’un chapeau de paille stimule de son long fouet. La lumière est très belle. Le Haut Atlas est bien visible, mauve à l’horizon. Du haut de notre siège, nous pouvons jeter des coups d’œil indiscrets sur les jardins des belles villas de l’Hivernage. La promenade est bordée de roses. Nous dépassons la Porte de l’Agnaou et le Palais Royal et découvrons de nouveaux quartiers traversons le jardin de l’Agdal qui est un verger : les orangers sont encore en fleurs et embaument. Des ouvriers agricoles adossés à des sacs remplis d’herbe nous font des signes de la main, nous  répondons de la calèche ; Dominique trouve que cela fait un peu « reine d’Angleterre ».
     Après l’Agdal, des quartiers résidentiels modernes, des blocs de maisons plus basses à un étage donnent sur un jardin où des femmes prennent le frais. Plus loin les remparts sont bordés de terrains de foot, sans pelouse bien sûr, les cages sont posées sur le cailloutis du désert. Les jeunes sont bien vêtus de maillots de leurs clubs. Ils ont l’air de s’entraîner sérieusement. Puis la calèche se retrouve dans la ville, nous passons sous les muraille du palais El Badi, les cigognes sont au rendez vous, puis la place Djemaa El Fna.


5. Toubkal arrrivée à Ouarzazate

Publié le : 04 Février 2007
5.  Toubkal arrrivée à Ouarzazate

La Peugeot 205, 4X4 berbère !

     A 7h30 tout est prêt pour le départ. Un taxi nous conduit pour 50Dh à l’aéroport que nous trouvons complètement désert. Le premier avion n’est attendu que pour 9 heures. Les comptoirs de location de voitures commencent à ouvrir vers 8h30, tous sauf Budget ! Le concessionnaire Hertz est bien aimable, il appelle son collègue à domicile qui finira par arriver à 9h au volant de notre 205 blanche. Nous apprendrons aussi qu’il avait une agence Budget à l'Hôtel Mamounia. D'habitude, je téléphone la veille pour convenir d'un rendez vous. Ma négligence nous a donc coûté le prix du taxi et bien de l’énervement, il faudra s’en souvenir.

la Carte Bleue est en panne

      Retour à l’hôtel, la machine des carte bleues est « en panne ». Bien entendu nous n’avons pas les 2350 Dh en espèces. Pas de problème, ils acceptent l’argent français!  Dominique  doit signer les Traveller’s sous l’œil soupçonneux de la réceptionniste qui veut également voir les passeports. Nous faisons figure de mauvais payeurs. C'est  très désagréable passer pour des voleuses alors qu’ils nous escroquent avec leur taux de change et ne rendent même pas correctement la monnaie !

La journée commence donc mal.

provisions au supermarché

    Au Supermarché sur la route de Casablanca il y a tout le Pastis qu’on souhaite mais les légumes ne sont pas bien beaux et le choix de conserves est plus restreint que dans les petites épiceries. Pour les provisions il vaudra mieux acheter sur les marchés . Nous ne quittons Marrakech qu’à 11 heures. Nous avons pris du retard sur l’horaire prévu. On  roulera donc aux heures chaudes, dommage pour les photos, nous avons raté la belle lumière du matin.

[i]améthystes
?[/i] 

     Après la palmeraie, la route traverse une campagne plantée de vergers. Aux abords de l’Atlas:  des forêts magnifiques de pins puis de chênes verts. Les vendeurs d ‘ »améthystes » se jettent devant nos roues à chaque tournant, en brandissant des géodes vraies mais colorées de teinture abominable. Ils me font pitié, qui va acheter de telles horreurs ? Combien de voitures doivent ils assaillir au péril de leur vie avant de vendre une géode. ? D’autant plus qu’il y a de la concurrence !

vergers en fleurs

     Les premiers villages de terre rouge sur les champs vert vif en terrasse, les vergers de pommiers en fleurs avec le Toubkal en arrière plan mériteraient bien la photo. Mais garer la voiture est problématique. Dès que la voiture ralentit, les vendeurs d’améthyste rappliquent en courant. Finalement nous stoppons devant un étal, le vendeur nous commente le paysage, nous montre très aimablement une Kasbah du Glaoui et une cascade insoupçonnée. Comme nous ne lui achetons rien, je lui offre une cigarette, il en prend deux.

le col

     La route monte jusqu’à 2260 m dans un véritable désert de pierres, ce qui est le plus extraordinaire, c’est qu’il y a des maisons partout, sans jardins, sans végétaux ni même troupeaux, de quoi vivent ces gens ?

     C’est l’heure du pique-nique, nous avons de la truite fumée de l’Atlas, mais il n’y a pas d’ombre ni de place pour s’arrêter. Après le col, nous retrouvons le vert vif et les villages de terre. Au premier arbre, nous nous arrêterons. Première tentative : une petite fille se jette presque dans la voiture sur Dominique qui démarre. Le deuxième essai sera le bon. Le paysage est fantastique, la montagne a des coloris vifs rouges, oranges, jaune, il a des fleurs jaunes, des arbres noueux se détachent sur le ciel, au loin un village et un ruisseau.

Arrivée à Ouarzazate, désert

     Nous trouvons juste ensuite le désert de pierre, magnifique!  Nous n’en profitons pas comme il le mériterait : nous avons hâte d’arriver à Ouarzazate.
Une oasis annonce la ville,  palmiers et  tamaris immenses.
Marrakech est une ville rouge, Ouarzazate est grise. Les maisons modernes sont construites avec une unité de style. Au début elle paraît très laide, puis on remarque les motifs berbères. Après s’être habituée à cette austérité, je finis par trouver l’ensemble assez réussi.

notre hôtel "La gazelle"

     Notre hôtel « La Gazelle » est situé à l’entrée de Ouarzazate le long de la route principale, derrière un grand parking, l’entrée est affreuse. Nnotre chambre est bien située dans le coin d’un patio carrelé de bleu et de blanc. Les carreaux ressemblent plus aux azulejos modernes portugais qu’aux zelliges marocains. Au milieu d’un péristyle, un jardin très agréable et rafraîchissant est planté de grenades, d’orangers, de figuiers. La piscine surplombe le parking sans aucun effort de décoration. Elle est grande et l’eau glacée me détend complètement de la journée en voiture.

Visite à la Kasbah de Taourirt

    Au coucher du soleil, la Kasbah de Taourirt prend une teinte rose orangé. Elle est très bien restaurée, décorée de motifs berbères. Pour la première visite d’une Kasbah, nous engageons un guide, habillé d’une belle djellaba blanche, qui nous fait une visite rapide. Nous apprenons beaucoup de choses sur l’architecture d’une Kasbah : la structure pyramidale de la forteresse avec les murs de pisé  plus épais à la base qu’au sommet.
    Notre guide nous montre les plafonds : certains sont faits de roseaux sur des poutres de bois de palmier, d’autres plus élaborés sont en branches de laurier teinté de plusieurs couleurs : noir, rouge, jaunes tressés en imitant les plafonds à caissons. Dans les appartements du Pacha et de la favorite ils sont de bois de cèdre peint imitant les palais de Marrakech avec des décorations de stuc. Cette Kasbah a quatre étages construits autour d’un puits de lumière qui sert aussi de « téléphone arabe » « Aïcha couscous ! (tous les guides utiliseront plus tard cette expression). Les petites fenêtres des étages supérieurs sont ornées de ferronnerie. Au rez de chaussée : les cuisines, maintenant occupées par un magasin, autrefois les tajines cuisaient sur des kanouns.

Mellah

   Fin de la visite au Mellah. Au magasin d’antiquités, parmi les cuivres, une ménorah et des portes incrustées du Magen David. Nous traînons dans les ruelles. Tout le monde prend le frais dehors, les visages sont différents de ceux de Marrakech, il y a beaucoup de Noirs ou de physionomies africaines.


6. Ouarzazate

Publié le : 04 Février 2007
6.  Ouarzazate

La gazelle

       J’ai très bien dormi dans notre chambre minable de la Gazelle, loin de la circulation et bien dans le noir. Ce matin, dans un demi sommeil,j'entends l’appel du muezzin.  Les pépiements assourdissants des oiseaux du jardin  m’ont levée. Se font-ils la cour? Ou se disputent ils? J’assiste à d’étonnantes prises de bec sur les rameaux du chêne vert. Par contraste avec le désert de pierre, notre jardin est vraiment ravissant. Au sol des rectangles, séparés par des levées de terre, pour l’irrigation. Dans des jarres, des succulentes, cactus et aloès, des palmiers des hibiscus, des grenades en fleurs mais aussi de la vigne. La courette au centre est abritée du soleil par des roseaux tressés. Ornement laid et dérisoire, une gazelle sculptée en terre, lourd et courtaude, la gazelle qui a donné son nom à l’hôtel, genre de chamois trapu.

les gazelles
     Hier, Dominique a demandé au gardien du parking pourquoi on nous interpelle « eh les gazelles : ». D’après lui ce serait une déformation berbère de « Mademoiselle », » si vous étiez avec un homme, ce serait « madame ». Dominique est agacée de se faire traiter de « gazelle ». Cela m’amuse plutôt. Surtout en regardant celle de l’hôtel, poussiéreuse et lourdaude, qui me ressemble un peu.

Bakchich?

     Depuis que nous avons quitté la grande ville, je m’interroge sur la politique à suivre vis à vis de la population locale en matière de bakchich. A Marrakech, c’était simple, pour les monuments on paye 10 Dh, pour les services rendus, une petite pièce attendue, et exceptionnellement une pièce à un mendiant qui n’insiste pas d’ailleurs.

   En dehors de Marrakech, cela me paraît plus compliqué. En ville, les gens semblent avoir des occupations. Ici, on dirait qu’ils n’ont rien d'autre à faire que d’attendre le touriste. Les adultes ont la manière de nous aborder avec courtoisie. Ils proposent un service et n’insistent pas. Il  suffit donc de notre part, d’être polie de dire bonjour, de sourire et de refuser aimablement. Le problème est plus ardu avec les enfants qui se jettent littéralement dans la voiture et cherchent à y agripper quelque chose. Ils ont perpétuellement l’air d’être sur le chemin de l’école avec leur cartable. Très petits, ils quémandent « un dirham » mais quand ils disent « donne moi le bois » en parlant d’un crayon avec lequel je dessine, ou « donne moi le pain » cela serre le cœur. A Marrakech, il y a une vie économique en dehors du tourisme, ici, il semble qu’ils attendent tout du touriste, et on le comprend bien. Le temps des caravanes n’est plus. La culture des oasis ne peut plus nourrir à elle seule une population aussi dense, le désert est très aride pour l’élevage. L’artisanat semble très développé mais à but touristique.

             Le plus sain me paraît d’assumer la condition de touriste, et d’accepter le service des hommes qui nous feront visiter leur village, de rémunérer les services rendus (question subsidiaire, combien ?) en gardant présent à l’esprit qu’en France, en Italie, en Grèce ou en Turquie, l’entrée des monuments tourne autour de 30F ou 40 F et ici 7 F. Il y a donc de la marge pour donner 50 Dh au guide de la Kasbah ou 20 Dh à celui qui a consacré un moment à commenter la visite du village .Cela ne ressemble pas à la mendicité des enfants.

Petit déjeuner complet, c’est une bonne surprise.

Aït Benhaddou

     La route qui nous mène vers Aït Benhaddou suit la palmeraie de Ouarzazate puis s’engage sur la Hamada gris beige couverte de cailloux. Ici et là, des reliefs bruns noircis, au loin, des montagnes rouges. C’est le désert que je connais et dont je rêvais. Au détour de la route un village, je descends de voiture et découvre un canyon profond avec encore un peu d’eau dans l’oued. Je suis à peine sortie que deux enfants accourent brandissant quelque chose de coloré : ce sont des uromastix d’une trentaine de centimètres de long. Ce sont eux que j’ai photographié au souk du Mellah à Marrakech) l’un d’eux est d’un beau vert fluo, l’autre orangé-rouge. Je distribue 1 Dh par enfant et nous repartons.
     Nouvel arrêt devant Ait Benhaddou, photo de l’oasis. L’eau reflète le ciel bleu. Les jardins sont verts vif, la Kasbah ocre. C’est un paysage de rêve .Pas étonnant qu’il ait été choisi pour le tournage de films à grand spectacle : Laurence d’Arabie, Jésus de Nazareth…
       A l’entrée du site, un grand parking gardé par un très vieil homme, chassieux, plusieurs cars mais surtout une armada de 4x4 , nous ne serons pas seules. Pour rejoindre l’ancien village perché de l’autre côté de l’oued il faut descendre une rue bordée de magasins de souvenirs bariolés. Les vendeurs sont déguisés en hommes bleus avec une djellaba bleue, un chèche, ils nous invitent à visiter leur échoppe. Nous nous les éconduisons facilement «  après la visite- Inch Allah ! » Dans le lit de l’oued deux dromadaires attendent la photo, puis un charmeur de serpent et son cobra dressé.

    L’entrée du village n’est pas visible, nous nous promenons dans les jardins ombragés par des amandier et d’autres arbres fruitiers, un petit cognassier est en fleurs. Sous les arbres poussent des oignons et de la luzerne. Des barrières de feuilles de palmiers tressées ou des roseaux protègent les jardins. De là, la forteresse se détache sur un premier plan de palmes et d’amandier.

    A l’intérieur du village, pas de droit d’entrée, pas de guides officiels ou autoproclamés, pas d’enfants. c’est très cool, nous nous promenons au hasard. Des marchands nous invitent dans leur boutique « pour le plaisir des yeux » sans insister plus .Un jeune que nous avons repoussé un peu sèchement nous demande « vous n’aimez pas l’artisanat marocain ? »  Autocritique : ces gens sont charmants mais susceptibles, à nous de trouver la formule pour être aimable sans se laisser prendre dans un traquenard.

     Ait Benhaddou nous a séduites, pourquoi ne pas réserver une chambre dans un hôtel pour le voyage du retour plutôt que de faire étape à Ouarzazate? En face de la Kasbah, l’hôtel a une piscine magnifique et un prix raisonnable : 200dh en demi pension. après avoir réservé à la réception (patio ravissant carrelé) nous faisons une agréable pause à la piscine. J’aurais aimé dessiner, heureusement nous reviendrons.

Tamgad

     Nous continuons sur Tamgad, traversons l’oued. Les femmes font la lessive,elles ont étendu leur linge multicolore sur les buissons. Cela aurait fait une jolie photo, mais nous devons renoncer aux portraits, sauf pris à la sauvette ou en payant. Cet usage de donner un peu d’argent en échange d’une photo me choque de moins en moins. Les gens sont tellement pauvres que le tourisme doit être considéré comme une industrie, apportant un peu d’argent à chacun. Monnayer son image est plus gratifiant que mendier, une sorte d’échange s’instaure. la petite fille qui posait gracieusement méritait plus son dirham que les enfants qui nous harcèlent.
   
    Nous renonçons justement à la visite de Tamgad à cause  des enfants qui sont une nuée autour de nous, les seules touristes.

La Kasbah du Glaoui de Tifoultoute

     Tifoultoute, encore une Kasbah du Glaoui, perchée au dessus d’un oasis. Très rénovée, elle abrite un restaurant, pour 10 Dh, on nous offre en thé en plus de la visite. La cour intérieure est couverte par un vélum formant un salon d’apparat avec des poufs très laids, des tables rondes et des banquettes avec des coussins. Un car de touristes allemands est arrivé avant nous et l’endroit a peu de charme. La vue des terrasses est très belle, on découvre la vie du village situé en contrebas, dans les cours intérieures on voit les étables. Je ne sais pourquoi, cette architecture m’évoque la Crète, sans doute à cause des puits de lumière, de la couleur rouge et des pièces sans fenêtre autour de la cour. Un vieux qui rentrait son âne s’est aperçu que je l’avais photographié, il  réclame de l’argent. J’expédie un dirham de la terrasse. La pièce atterrit, bien entendu, de l’autre côté du mur,  dans la rue . Dominique me fait remarquer que je jette littéralement l’argent par les fenêtres.

les studios Atlas

     L’après midi, visite des Studio Atlas où ont été tournés des films à grand spectacle. C’est complètement kitsch ! Le guide est un jeune, frimeur et hâbleur, qui s'accorde très bien avec ce décor. La montagne Tichka est bien visible à l’horizon, les couches d’argile rouge ont des teintes magnifiques


miriam
999 contribution(s)
21 pays renseigné(s)
Ecumeur du monde
Info auteur
Derniers articles
Recherche

Lien(s)
- clubpobecreteil
- les jardins de simone

Carnets de voyage
- 2001- Marrakech et la vallée du Draa
- 2003 - De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
- 2003 Espagne Atlantique du pays Basque au Portugal
- Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Riads des Mille et Une nuits
- Ballons, dictionnaires et bêtes sauvages.... Bénin 2006
- Budapest : toussaint 2008, Bains, Art Nouveau et musique
- Canada 98 de Montréal en Acadie en passant par la Gaspésie
- Canaries, février 2005. Tenerife et le Teide, La Gomera : Garajonay
- Chypre 2004, chapelles du Troodos et archéologie
- Cinq semaines au Cap vert
- Créteil/Pobé , Bénin, correspondance scolaire, échanges et tourisme...
- Cuba, La Havane, Vinales, Trinidad...
- Egypte 2002 - premier voyage : Le Caire, Louxor, Assouan
- Egypte 2008- Moyenne Egypte, Alexandrie Sinai
- Eté 99 Grèce et Crète
- Eté Toscan 2004 :Florence, Sienne, Volterra, Arezzo
Photos : 997 photo(s)
les Citronniers  Film d'Eran Riklis
Zsolt Harsanyi : la vie de Liszt
Miklos Molnar : Histoire de la Hongrie (Hatier)
Victor Sebestyen : Budapest, 12 jours qui ébranlèrent l’Empire soviétique (Calmann-Lévy)

Vidéos : 0 vidéo(s)

Audios : 0 audio(s)

Archives

Pays
Mes amis Voix Nomades
- akwaba
- Aurelia_Frey
- Elea
- Fogg
- palla_d'oro
- sebjal
- chemin_inca

Fil RSS du blog de miriam

Hébergé par Voix Nomades
1 … 3 4 5 6