CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

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Maroc

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7. Vallée du Draa, Agdz Zagora

Publié le : 04 Février 2007
7. Vallée du Draa, Agdz Zagora

De Ouarzazate à Zagora, le soleil dans les yeux!

    Nous sommes parties juste après le lever du soleil célébré par les oiseaux sans même prendre le temps de déjeuner. Je comptais profiter de la belle lumière du matin sur la route du Sud. Erreur ! nous nous dirigeons plein Est avec le soleil en plein dans les yeux.
     La route de Ouarzazate à Zagora traverse tout d’abord des montagnes élevées. Nous ne sommes pas seules sur la route malgré l’heure matinale. Un car nous suit, puis nous double. Chaque fois qu’il croise une voiture ,il soulève la poussière en descendant du goudron. La route est en bon état mais étroite, il faut descendre deux roues sur le bas côté quand on rencontre une voiture.
     Arrivée à un col : la vue est splendide, des crêtes se superposent à l’infini. Pas de photo, le soleil est mal placé. En outre, je me méfie des panoramas souvent décevants . 
     De temps en temps nous voyons des oueds à sec, en regardant bien on trouve de la végétation, des buissons épineux ras, quelques palmiers dans le lit.

Agdz[/i

     Avant d’arriver à Agdz, nous descendons et roulons sur une sorte de plateau de cailloux où des acacias poussent de place en place.
     A l’entrée d’Agdz un restaurant tout neuf imite une Kasbah. Nous y prenons le petit déjeuner, un délicieux café crème. Le serveur est très disert, il connaît notre hôtel de Zagora et en dit le plus grand bien. Il nous montre le paysage de la terrasse, l’oasis, la Kasbah. Jour de chance, c’est le jour du marché !
La place d’Agdz est très petite, des maisons à 1 étage et à arcades forment un quadrilatère, au milieu, une fontaine et quelques voitures, des cafés.
    La ville est encore endormie, le souk n’est pas encore ouvert. Nous faisons quelques pas dans les rues pendant que les marchands remontent les rideaux métalliques des portes. Une foule converge des alentours vers le souk, à pied, à âne ou sur des mulets souvent en amazone. Cette foule est paisible, personne ne nous importune, pittoresques attelages que nous aimerions bien photographier, mais chaque tentative se solde par un refus. On n’insiste pas.

C’est vraiment l’Afrique !

    Beaucoup d’hommes portent la djellaba souvent blanche. Leur peau est beaucoup plus foncée qu’à Ouarzazate, certains sont très noirs avec un type africain. Les femmes sont aussi habillée de vêtements plus africains qu’arabes. A Ouarzazate, leurs djellabas étaient de couleurs très vives souvent orange ou vert pomme, mais la coupe était arabe. Ici, la mode est différente, les tissus sont chatoyants souvent brochés d’or ou d’argent pailletés, elles superposent des voiles de différentes couleurs et sont très belles. Refus total pour les photos.

la kasbah

      La visite de la Kasbah se fait au départ du camping de la palmeraie. Une femme européenne en jupe longue et T shirt fantaisie »tintin » nous accueille, elle fera une visite bilingue en allemand et en français.

jardin

     Tout d’abord elle nous commente l’exploitation agricole sur 6 hectares, 2 de jardins, 2 de palmiers et 2 pour le camping. Ses explications sont passionnantes : elle nous montre les rejets des palmiers : le palmier a des racines très profondes, il va puiser l’eau dans la nappe phréatique profonde de plusieurs dizaines de mètres. Les jeunes palmiers plantés seuls dépériraient faute d’avoir des racines assez longues, ceux qui se développent sur des rhizomes utilisent les racines de la plante-mère  Curiosité pour moi : des dattes sont piquées embrochées sur les pointes des feuilles, je n’avais jamais remarqué que les palmes étaient si pointues et si dures, j’imaginais qu’on avait disposé les dattes pour les oiseaux.
Dans les jardins un autre niveau en dessous des palmiers, les arbres fruitiers, grenades, pommes, coings, amandes. Au sol des fèves de la luzerne et du blé, qu’on remplace à la seconde récolte par du maïs . Les dattiers ne donnent des dattes que tous les deux ans.

Riad

     Nous entrons dans la Kasbah par le Riad : c’est la cour des invités. En arabe c’est le verger, il reste d’ailleurs quelques orangers mais la sécheresse a eu raison du verger. Les chambres des invités s’ouvrent sur la cour, 200 personnes pouvaient loger jusqu’à trois jours qui est la durée traditionnelle de l’hospitalité. c’est la Kasbah du Caïd de la région, le grand père du mari de Gaëlle, notre guide qui est donc la châtelaine . Elle nous fait visiter sa propre maison et nous explique les aménagements et les restaurations.

Construction de terre et climatisation

   Les chambres sont étroites et hautes de plafond : la largeur correspond à la difficulté de trouver des poutres en même temps longues et solides : on vit beaucoup sur les terrasses, elles doivent donc être solides. La hauteur de plafond garantie la fraîcheur, l’air chaud monte tandis que l’air frais est renouvelé par des ouvertures basses au ras du sol. Détail que nous n’aurions jamais remarqué sans qu’on nous le montre : des petits trous dans les plafonds pour l’évacuation de l’air sous pression tandis qu’on marche sous la terrasse L’air contenu entre le plafond et la terrasse sous pression causerait des fissures si les trous n’existaient pas.

     Nous voyons les travaux de restauration des murs en pisé, certaines parties sont en brique d’adobe ou cuites. Gaëlle nous montre aussi un autre moyen de « climatiser » les pièces : les portes à double ouverture : l’hiver on garde la chaleur en entrant par la petite porte, l’été, le jour on garde la fraîcheur de même, la nuit on peut ouvrir en grand les doubles battants pour rafraîchir !

Salons des hommes, terrasses des femmes

     Puis nous passons dans la cour des femmes et montons à l’étage sur la terrasse d’où les femmes surplombant le Ryad, derrière des moucharabieh peuvent assister aux festivité des invités. On ne verra pas les quartiers des hommes, bureaux, ou les chambres d’habitation, puisque la Kasbah est habitée.

Sur la terrasse la plus haute Gaëlle nous explique que l’architecture traditionnelle utilise la symbolique des nombres de l’Islam : 5 fenêtres pour les 5 piliers de l’Islam, 140 créneaux pour les 140 sourates .Finalement nous prenons du thé en compagnie de Gaëlle et de sa mère et bavardons un moment. Elles nous recommandent une promenade dans la palmeraie.

promenade dans la palmeraie

     Nous marchons à pied sur la route des caravanes de Tombouctou à Ouarzazate qui longe la Kasbah à travers la palmeraie vers le Draa (à sec), le sentier en terre battue poudreuse est bordé de petits murs de terre qui limitent les jardins. Il y a tout un système de canaux et de rigoles pour l’irrigation des champs minuscules de fèves, de luzerne pour les bêtes. Les grenadiers sont en fleur. Au homme à grande allure sur un mulet, noir en djellaba blanche, nous salue, passe et repasse. Puis 3 femmes en bleu nous saluent avec cérémonie.
Je me présente:
- « ana Miriam »
elles répondent, j’ai oublié leurs noms sauf celui de la plus jeune Aïcha. Nous faisons un petit bout de chemin ensemble.  Elles s’éclipsent par une porte dans un jardin. Nous continuons jusqu’au fleuve, très large. Au loin d’autres silhouettes se rapprochent, l’une est rose fluo, les autres en bleu. Nous les retrouvons plus loin, elles sont très rigolotes et se poussent du coude avec des fous-rires. La plus hardie très noire, nous demande « muskat » on ne comprend pas, elle mime en ouvrant grand la bouche (dents jaunes et écartées), elle veulent du chewing gum, l’une d’elle explique « ma » elle parle d’eau Dominique sort un paquet qu’elles embarquent avec des rires puis s’éloignent à grands pas. Tout en poursuivant notre promenade nous retrouvons nos trois copines Aïcha et les autres qui rentrent au village portant sur la tête un énorme tas de palmes sèches .Aïcha m’attend, elle est curieuse, elle me demande si je parle arabe ou berbère. Elle énumère les mots français qu’elle connaît « bonjour », « le thé », « le pain » elle fait le signe en rond de la forme d’un pain rond. De mon côté, je veux prendre une leçon d’arabe, je dis tout ce que je sais et compte avec elle jusqu’à dix, nous recommençons en chœur, cela la fait rire aux éclats et Dominique en profite pour voler une photo de dos.
Déjeuner au camping au calme et à l’ombre.

Souk
     Au village les gens rentrent du marché, nous y faisons un tour dans un indescriptible déballage, des moutons des chèvres, surtout beaucoup de quincaillerie, des vêtements d’occasion, quelques légumes un homme bleu m’interpelle, il vend des bijoux vrais ou faux et des belles antiquités.

Vallée du Draa

    La route suit la palmeraie, de temps en temps il y a de l’eau dans le Draa, des chèvres paissent, de beaux oiseaux blancs, sans doute des aigrettes. Nous traversons des villages de terre endormis à l’heure de la sieste, encore des palmiers et des kasbahs, mais nous avons eu une matinée bien remplie et nous avons hâte d’arriver à Zagora .

Hôtel Zagour

    Notre hôtel est très bien : une haute bâtisse grise adossée au rocher à la sortie de la ville dominant la palmeraie, la piscine est jolie. L’accueil est très chaleureux, le réceptionniste se souvient de mes coups de fil et de mon fax. Notre chambre est luxueuse, les rideaux sont drapés avec art, il y a de beaux luminaires et des tapis rouge blancs et noir, la clim n’a pas l’air de fonctionner . En  cette saison, on s’en accommodera.
    Je profite bien de la piscine après cette chaude journée .
Nous sommes prêtes pour de nouvelles découvertes. Nous partons donc à pied dans la palmeraie en bas de l’hôtel. Nous nous faisons rapidement aborder par un garçon d’une douzaine d’années qui s’impose comme guide et nous conduit aux premières dunes contenues par des haies de feuilles de palmier tressées. Nous aurions préféré nous promener seules.Nous  aurions pu rencontrer pire, Mohamed parle bien français et s’efforce d’être le plus aimable possible. Il  nous cueille des fleurs de grenades, nous raconte qu’il est très sérieux à l’école, nous conduit dans son village . La palmeraie est calme mais la promenade de ce matin était plus magique.

Dîner sous les étoiles

Nous dînons sous les étoiles sur le bord de la piscine. On nous sert un couscous délicieux sur une très jolie table : nappe jaune, napperon bleu et serviettes vertes. La chauves-souris planent les grenouilles coassent.


8. Tamgrout et méharée

Publié le : 04 Février 2007
8.  Tamgrout et méharée

Les nuits ne sont pas aussi froides qu’on le dit dans le désert, nous avons eu assez chaud et les fenêtres ouvertes les bruits de la rue nous ont réveillées dès le lever du jour. Pour le petit déjeuner un buffet est dressé sur la terrasse. A la place des croissants des pizzas fourrées aux épices et au safran.

     Tamgrout est située à une dizaine de km vers le sud : la plaine est parsemée d’épieux et d’acacias et des dromadaires paissent en liberté.
      Les maisons de Tamgrout  le long de la route sont beiges jaunes en ciment  à arcades avec des décorations géométriques et ressemblent à celles d’Agdz ou de Zagora.. un écriteau annonçant la bibliothèque, la medersa et Zaouia nous fait arrêter la voiture. Un homme, pochette de canson à la main, s’approche de la vitre. Il se présente Naciri Saadine, calligraphe, traducteur et surtout descendant du fondateur de la bibliothèque. Nous l’acceptons comme guide, il monte à l’arrière de la 205.

Bibliothèque de Tamgrout

     Le bâtiment de la bibliothèque est insignifiant, les vitrines vieillottes et sans prétention mais elles contiennent des trésors : un Coran sur peau de gazelle de 1091, des manuels de médecine, d’astronomie de grammaire. Tous ces livres sont calligraphiés, enluminés. C’est surtout émouvant de voir tout ce savoir ancien au milieu du désert dans un endroit perdu au bout du monde. Pendant qu’il commente, Naciri calligraphie nos noms en arabe. Des érudits peuvent venir consulter les manuscrits, la médersa complète les études des étudiants en théologie de Fez ou de Rabat.

Zaouia

     Naciri nous avait présenté la Zaouia, « ici c’est Lourdes ! », nous entrons dans la cour des miracles. Le tombeaeu de son ancêtre est censé guérir les malades mentaux. Des dizaines de malheureux, malades ou simplement miséreux, campent sous les arcades de la cour de la mosquée, on voit leurs pauvres installations, nattes roulées ou réchauds à gaz.

La mosquée n’ouvre que le Vendredi, les belles portes de cèdre peint avec des pigments naturels, henné menthe sauvage, sont fermées. Naciri poursuit notre instruction : sur les minarets marocains il y a trois boules symbolisant des bols contenant le sel, la farine, l’eau indispensables à la vie.

Kasbah souterraine

     Nous le suivons ensuite dans la « kasbah souterraine » qui n’est pas creusée sous la terre, mais dans laquelle on circule dans des boyaux noirs juste éclairés par des puits de lumière. Tout en marchant, notre guide dessine des palmiers. Le village est composé de trois communautés qui ne se mélangent pas : les Berbères (60%), les Arabes et les Noirs descendants des esclaves . Autrefois des Juifs vivaient dans le Mellah occupé maintenant par des Berbères. Ces ruelles obscures sont couvertes et gardent le frais mais protègent aussi des mouches. Nous entrons dans une courette autour de laquelle s’organisent les étables et les pièces destinées aux humains. Naciri nous explique le fonctionnement des toilettes locales : sans eau, on met du sable, ce qui n’a rien d’étonnant, ce qui est amusant c’est la vidange : une fois l’an on creuse dans le mur de terre et on évacue avec des seaux le mélange de sable et d’excrément qui sera utilisé comme engrais. Il fait tellement noir dans les couloirs que Dominique sent la claustrophobie la paniquer, heureusement le passage ne fait que cinq ou six mètres et on retrouve ensuite la lumière du jour.

Poterie

     Nous visitons la boutique d’un potier, les céramiques de Tamgrout se vendent dans tout le Maroc, Dans une pièce, de la vaisselle verte exactement t de la même teinte que mon service, me tenterait bien, c’est le manganèse qui lui donne sa couleur. Dans une autre salle sont exposées les pièces décorées. Le potier nous détaille le sens des motifs : les poissons qui se poursuivent dans un cercle bleu représentent le Draa, des motifs arabes reprennent le thème des boules du minaret qu’on vient de nous expliquer, d’autres utilisent les dessins des tatouages des femmes berbères. Ces tatouages indiquent la position sociale de la femme selon qu’ils sont placées sur le menton, le nez ou le front on sait si elle est fiancée, mariée ou divorcée.

Dune de Tinfou

    Nous sortons de la ville pour aller découvrir la Dune de Tinfou, grande dune claire isolée, mais cernée de « bivouacs fixes », grandes tentes berbères pour les touristes, 4x4 en pagaille et même un car . Mon fantasme de passer la nuit dans le désert  en prend un coup, c’est vraiment trop près de la route et des hôtels. Naciri nous recommande d’éviter les « chameliers en plastique », faux hommes bleus qui attendent le touriste et en profite pour nous donner ses recommandations : ne jamais avouer que c’est notre première visite au Maroc, se méfier des faux guides, ne rien donner aux enfants. J’ai déjà lu tout cela dans le routard mais Dominique est ravie que ce soit un marocain qui nous donne ces indications. Il parle un peu de lui, à 42 ans, il en paraît plus, un peu ratatiné, il n’est pas marié et cela fait de lui un marginal dans son village, il est assez amer et pessimiste, il veut quitter Tamgrout pour Vienne où il ira étudier la peinture aux Beaux arts.

Nous allons plus loin visiter la kasbah ensablée, village encore habité menacé par les avancées des dunes. Tout autour les haies de palmes tressées tentent de contenir l’invasion. un autre moyen est aussi la plantation des tamaris.

Nous terminons la visite chez Naciri qui nous offre le thé, médiocre et tiède, dans une immense salle (qui a été un restaurant) décorée des peintures de Naciri (pas terribles) nous comprenons un peu son amertume, son auberge concurrencée par les hôtels modernes de Zagora ne marche pas malgré les recommandations du guide du Routard. Il nous offre le dessin qu’il a fait tout en marchant, les palmiers forment nos deux noms, il a complété l’horizon par la silhouette de la montagne et nous marchons sur la route.

en dehors du goudron
 
     Avant de rentrer nous voulons essayer une piste que nous avions remarqué indiquée « circuit touristique » sur la rive gauche du Draa . Vers le nord la piste est difficilement visible, il y a de nombreuses traces, nous n’osons pas les suivre mais remarquons une Clio neuve (forcément de location) à côté d’une Kasbah en ruine. Dans la kasbah nous entendons des animaux, et des voix, des enfants sortent et nous invitent à prendre le thé. Les occupants de la Clio sont assis sur des nattes, on en déroule d’autre pour nous. Dominique doit expliquer pourquoi elle ne s’assied pas. La maison est toute vide, pas de meubles, au murs quelques photos découpées dans des journaux et des feuilles de papier pliées. Nous bavardons avec la famille française, c’est plus difficile de communiquer avec nos hôtes, j’enlève mon foulard, les femmes regardent avec pitié mes cheveux courts et sortent de leurs foulard leur abondante chevelure.

Nous payons les thés au prix des restaurants, on nous demande de l’aspirine. Puis nous faisons le tour de l’habitation, un cactus est enfermé dans une sorte de cage de roseaux, un puits à sec, le reste de la kasbah s’écroule, faute de toiture, la pluie ramollit l’argile qui coule.

    La piste traverse la palmeraie dans des villages tranquilles, quand on ne retrouve plus la piste on demande simplement « Zagora », une seule fois des mômes en embuscade derrière un palmier, réclament avec trop d’insistance de l’argent et l’un d’eux tape sur l’arrière de la voiture.

    Nous mangeons dans la chambre les boîtes achetées à Marrakech puis passons l’après midi à la piscine.

Méharée

    A 5h, j’ai rendez vous pour une méharée. Dominique, prudente a voulu essayer avant de s’engager. Elle a donc demandé ce midi au chamelier si elle pouvait faire un galop d’essai . Le chamelier  a donné son accord, pas le dromadaire, furieux de ne pas avoir son repos bien mérité après la promenade de la nuit. Le chameau récalcitrant a donc fait preuve de toute la mauvaise volonté imaginable :il a fait des manière pour s’asseoir, puis une fois que Dominique s’était cramponnée à l’arceau métallique ne s’est levé qu’à moitié laissant sa cavalière à 45° en position très désagréable, même scénario à la descente qui a dégoûté définitivement Dominique des méharées.
Elle était très étonnée que je n’ai pas entendu de la piscine ses cris d’effroi.

    La promenade se fait en compagnie d’une Allemande de son fils et deux  jeunes maroco-allemandes . mon dromadaire se lève en douceur et me voilà juchée sans même m’en rendre compte .Dans la palmeraie, Mohamed , notre petit guide d’hier m’offre des gazelles tressées avec de l’herbe, il existe aussi un  pliage chameau sur le même principe – Le chamelier chasse notre escorte de gamins sur l’ordre de l’allemande très irritée et semblant sur le bord de la crise de nerf parce que le chamelier les chasse trop mollement.

   Nous suivons le même chemin qu’hier, du haut du chameau je dépasse la hauteur des murs et découvre les jardins qu’ils cachaient. Toutes sortes de légumes sont cultivés avec soin, pas une seule mauvaise herbe dans les rangs d’oignons de choux et de courgettes, quelques plants d’artichauts et des cardons décorent certains carrés. Dans un coin, on irrigue, les gens se reposent couchés, sans doute pour surveiller l’eau qui va remplir les rectangles.

     Un vent de sable s’est levé quand nous sortons de la palmeraie, le ciel est couvert, la promenade dans le désert ne serait pas vraiment un plaisir, le chamelier amorce donc le retour.


9. De Zagora à Boulmane Dadès

Publié le : 04 Février 2007
9.   De Zagora à Boulmane Dadès

Les enfants vont à l'école

    Nous quittons Zagora vers 7h1/2 à l’heure où les enfants partent à l’école. Des bandes d’enfants et d’adolescents occupent la rue, à pied à vélo. Il y a beaucoup plus de monde qu’à Agdz convergeant vers le souk ,on pourrait presque croire à une manifestation, c’est étonnant.

Route de Zagora à Ouarzazate

     Nous profitons de la palmeraie. A l’aller, nous étions tellement pressées d’arriver que nous n’avions pas apprécié le paysage écrasé sous la lumière des heures chaudes. Maintenant nous nous sentons plus disponibles, la lumière est jolie. Des femmes portant des charges sur la tête marchent le long de la route, leurs habits sont très colorés. Le retour dans les montagnes entre Agdz et Ouarzazate nous paraît très court. J’observe bien la stratification qui suit les courbes de niveau, on dirait une carte topographique grandeur nature.

Courses à Ouarzazate

     A Ouarzazate nous retrouvons en pays de connaissance, filons à la banque, confirmons nos vols à Royal Air Maroc, faisons de l’essence, des courses au supermarché et en moins d’une heure nous avons fini toutes les corvées.


lac de barrage

     Dès que nous prenons la route de la vallée du Dadès, vers l’est ,le vent se lève soulevant la poussière, tout d’abord verticalement comme une tornade, puis en rideau. A la sortie de Ouarzazate nous trouvons le lac de barrage, vert turquoise et prenons une piste pour le voir de près. Un chien gardant une camionnette nous fait reculer, on manque de s’enliser sur le bas côté dans un petit tas de sable dont on ne s’était pas méfié, arrêté par une buisson épineux. justement au tournant de la route, une route conduit justement au lac, barré par un grillage . .Un jeune homme nous ouvre la barrière, nous accompagne, le lac est presque vide, il n’a pas plu depuis deux ans. Il nous montre un coin pique-nique aménagé avec une table des bancs et même un auvent. Malgré le vent de sable nous sommes très bien..

    Entre Skoura et Boulmane Dadès la route traverse de gros villages, des oasis, les villages nous paraissent moins pittoresques que dans la vallée du Draa, les villages de terre sont moins bien soignés, progressivement remplacés par des constructions de ciment, certaines crépies en gris foncé ou aux parpaings apparents sont fort laides. Les oasis sont moins luxuriantes, peu à peu les palmiers disparaissent remplacés par des peupliers et des arbres plus européens, pommiers, figuiers. Autour des champs sont plantées des haies de rosiers.

    Nous arrivons vers 16 h à Boulmane Dadès, la ville est à moitié fermée, assez moche dans la poussière. Notre hôtel est une grande bâtisse grise, très simple, les chambres meublées sans décoration nous déçoivent. Il y a pourtant tout ce qu’il faut!  En quittant l’hôtel Zagour, nous sommes devenues difficiles! La piscine est toujours en construction. Il fait très frais,  nous n’aurions pas pu nous baigner. Heureusement, la vue de la terrasse est somptueuse.

promenade le long de la rivière

    On nous conseille une promenade sur le bord de la rivière . Nous marchons bien au calme.  Pour une fois, nous n’avons pas d’escorte. Il fait bon, le vent de sable est tombé, l’eau coule dans l’oued et dans les canaux d’irrigation. Les champs sont fleuris. Des coquelicots magnifiques se détachent sur le vert des champs. Les roses du Dadès sont en fleurs . Dominique glisse sur une petite levée le long du canal d’irrigation  et se retrouve assise dans la boue (de la boue au Sahara !). Avec son pantalon tout boueux, nous écourtons la promenade et remontons sur la pente rocailleuse. Petite halte sur des pierres bien coupantes.

l'hôtel de luxe

    Avant de retourner à l’hôtel Chems, nous faisons un détour par l’hôtel de luxe : une fausse Kasbah dont la cour est occupée par d’impressionnants 4x4. Nous voulons nous renseigner sur des excursions dans le désert. Dominique, avec son pantalon boueux, n’ose pas aller à la réception. J’y suis très bien accueillie. De toutes façons, pour ce soir c’est complet, mais pour demain, on peut nous loger dans des tentes « vous verrez c’est top ! ». Nous allons visiter les tentes berbères, il y des lits recouverts de tissus colorés magnifiques, le sol est couvert de tapis, mais seule une couverture isole les  chambres des voisins, cela fait dortoir. Les sanitaires un peu plus loin ressemblent à ceux d’un camping. Nous ne sommes pas convaincues.
     Nous sommes beaucoup mieux dans notre hôtel modeste, sans tapis ni tentures, mais avec une belle vue et une salle de bain bien à nous. IL y a aussi des chambres troglodytes. Tout cela nous paraît bien artificiel et prétentieux.
    L’accueil est vraiment très chaleureux. Sur ce, arrive un décoloré, au négligé très étudié, pantalon de lin froissé classieux, qui proteste vigoureusement :
-«  j’arrive du désert, j’ai besoin d’une douche, si l’eau chaude n’est pas réparée dans dix minutes je boucle mes valises et je retourne à Ouarzazate ! »
le réceptionniste ne s’émeut pas,
- « dans dix minutes ! »
puis, une fois le malotru sorti, me dit:
- « c’est cela vos vedettes ! »
Je ne savais pas qu’un film se tournait à quelque kilomètres d’ici, et que le mot « vedette » était à prendre au premier degré .
Pour les excursions, le guide n’est pas encore rentré, il faudra patienter, nous reviendrons après dîner.

la cité des policiers

Nous traversons une sorte de cité de maisons basses, une petite fille nous aborde:
- « je m’appelle Bili, viens voir mon mouton »
C’est une jolie introduction mais nous n’avons pas envie de distribuer tout notre porte-monnaie aux enfants qui traînent autour. Dominique lui explique qu’ils sont trop nombreux. cela ne leur convient pas du tout. Ils nous suivent. L’un d’eux essaie même d’ouvrir la poche du sac à dos. Dominique hausse la voix et leur parle de la police, ce qui les fait fuir comme une volée de moineaux. La situation se gâte quand arrive un handicapé sur sa chaise roulante.  Nous recevons quelques pierres.. j’ai un peu honte à cause du handicapé qui n’a sûrement pas de sécurité sociale.

Le ciel du Sahara

     Comme le vent a cessé, nous pouvons dîner sur la terrasse sous un ciel étoilé magnifique. Comme nous avons pris la demi pension, nous découvrons le menu :
- de la soupe , passée délicieuse, difficile d’identifier tous les ingrédients : des carottes,, du coriandre, des haricots(,)
-puis arrive une tajine, la meilleure du voyage, décorée en son sommet d’un pruneau saupoudré de sésame, 4 olives sur les bords, la viande est cachée sous les pommes de terre, les carottes, des rondelles de tomate complètent la décoration.
- Pour dessert, du yaourt fait maison, puis on nous offre le thé à la menthe.

    Nous prenons la voiture pour aller à l’hôtel de luxe. l’accueil est toujours aussi chaleureux, on nous offre le thé et des pâtisseries dans une salle à manger marocaine(tables rondes et banquettes), un feu de cheminée est allumé . Toute une bande de français friqué dîne, d’autres arrivent et ils réquisitionnent notre table, Dominique sort, vexée, je ne suis pas d’accord, le personnel de l’hôtel est charmant, ce n’est pas leur faute si les clients sont mal élevés. Pourquoi refuser le thé généreusement offert au risque de les vexer ? On discute donc debout, et nous fixons rendez vous à 7h1/2 au guide pour la vallée des oiseaux.


10. La vallée des roses avec Ali

Publié le : 04 Février 2007
10. La vallée des roses avec Ali

Quand nous nous habillons Dominique découvre que mon pantalon orange est crevé- sans doute les pierres coupantes de la promenade-. Nous nous nous sommes donc présentées à l’hôtel de luxe, elle, avec de la boue aux fesses, et, moi, avec le pantalon déchiré au derrière !

    Notre guide est un jeune géant noir en djellaba rayée. Il se présente : Ali. Puis disparaît brusquement pour aller chercher les lunch-paquets qui ne sont pas prêts. Nous quittons la grande route P31 pour une piste très large. Une caravane stationne au loin. Des nomades ? Non les gens de cinéma qui tournent un film d’action français avec J Anglade. Ce sont donc eux que nous avons vus hier soir avec leur négligé friqué et prétentieux !

Promenade ornithologique

     Plus loin des dromadaires en liberté paissent des épineux, ils appartiennent à des nomades invisibles.
Nous marchons à pied sur la Hamada jonchée de galets et de pierres coupantes. Ali marche à grands pas. Il  nous montre les petits oiseaux posés sur les pierres. Il est très fort pour les repérer mais ne connaît que leurs noms en Arabe sauf le canari du Sahara avec une jolie gorge jaune. Le désert est fleuri de fleurs blanches ressemblant à une anémone avec un feuillage vert tirant sur le bleu très fourni, ces fleurs mélangées à d’autres plantes donnent le henné. Il n’a pas plu depuis deux ans, apparemment elles se contentent de la rosée.

sécheresse

     Une autre piste nous conduit à un village isolé Taghdilt, un fin fil électrique court : c’est l’électricité du groupe électrogène qui fait aussi tourner la pompe. Tout est sec, les figuiers et les amandiers ont soif, les petits champs sont prêts avec les rectangles pour l’irrigation mais il ne pousse rien et depuis longtemps si on se fie au henné qui commence à coloniser les jardins. Cela serre le cœur, que vont manger ces gens ? et leurs bêtes ? quelques poules et coqs se promènent, très peu. Dans le sous sol il y a de l’eau, les villageois se cotisent pour faire des forages profonds mais cela coûte cher. Il y 2000 habitants.

Ali continue la promenade ornithologique : 3 alouettes sont au sol, elles ont leurs petites huppes et ne sont pas sauvages. Des sortes de pinsons à bec rose suivent la voiture.

Le marché aux animaux

     C’est jour de marché aux animaux à Boulmane Dadès. En compagnie d’Ali nous pouvons approcher les toutes petites chèvres à poil très long, les moutons et les agneaux noirs et blancs. Ces moutons nous paraissent tous bien petits.  Nous demandons les prix 400 : Dh pour un petit agneau, 1500 pour les gros. Nous aimerions photographier les vieux en turban et djellaba mais n’osons pas.

La Vallée des Roses

La piste pour la vallée des Roses est bien cachée dans la vallée des gorges du Dadès. Nous la trouvons après une Kasbah rénovée dominant la rivière. La piste monte très raide. Sans Ali, jamais nous ne nous serions engagées sur un tel chemin. La 205 va-t elle parvenir à grimper ?
    Le paysage est superbe. Les couches rouges d’argile tendre entaillée par l’érosion ont des couleurs et des formes spectaculaires. Certaines collines sont oranges, d’autres vertes, d’autres blanches.
Des grottes ont été aménagées par les bergers nomades avec de petits enclos ronds de moellons empilés. Vides, en cette saison, les nomades sont partis sur les hautes montagnes de l’Atlas au dessus de Taroudant.
     Le paysage change de couleur à chaque tournant, un canyon creusé par un oued fantôme (quelques lauriers roses puisent l’eau je ne sais d’où), collines percée de grottes, gros blocs effondrés.  Je ne sais où donner de la pellicule.
Brusquement, c’est l’oasis et le gros village de Bou Tharar au confluent de deux rivières, composé de quatre petits villages de terre, des maisons cubiques qui s’imbriquent les unes dans les autres et plusieurs forteresses, des murs d’enclos dans lesquels sont entreposés des paquets d’épineux servant de bois de chauffage et de cuisine. Un bâtiment gris foncé haut de trois étage, hideux dépare. Ali nous explique que ce sont les travailleurs expatriés en Europe qui construisent ces « maisons de ciment » monstrueuses, mais sûrement pourvues du confort moderne, pour leurs familles. Je me pose la question : pourquoi ce crépis gris foncé ?et tente l’hypothèse de ce que, justement, elles doivent se distinguer des maisons de terre par la couleur. On reconnaît ainsi les maisons de ciment.

    La présence d’Ali nous protège des assauts des enfants, il n’a pas besoin de les disputer, sa stature est dissuasive, il lui suffit de tourner la tête du haut de ses deux mètre et de leur dire doucement de déguerpir.
Nous nous promenons dans le village, traversons la rivière où les femmes par petits groupes lavent le linge, ou plutôt le tapent avec des battoirs. Des enfants se baignent nus, d’autres jouent à pêcher deux tendent un tissu (un voile ?) tandis que les autres tapent dans l’eau, ils prennent de tout petits poissons
Les roses sont écloses dans les haies, Ali m’en cueille une qui embaume tout le long de la promenade .Les coquelicots sont d’un rouge éclatant sur les blés verts.

    Dans le village suivant, nous voyons des vaches à l’étable, un jeune garçon tire deux petits veaux.
Nous mangeons les lunch-paquets au gîte d’étape en compagnie d’un guide qui propose une promenade de deux heures bien alléchante. Dominique décline l’offre en parlant de son genou, elle pourrait suivre sur un mulet, il propose même de lui adjoindre un gamin  pour la rassurer. Nous refusons à regrets.

    Ali n’a été à l’école que trois ans et a appris le français avec les touristes. Il fait des commentaires succincts et répond souvent à nos questions par oui ou par non, nous ne sommes pas très sûres qu’il a compris le sens de la question. Dans le village à la place du « donne moi un bonbon » ou donne moi un  stylo », j’entends « donne moi un morceau de craie », la prof en moi se sent fondre, Ali nous explique que c’est à l’école qu’ils ont appris ces phrases et que les stylos manquent.

    Nous rentrons par une piste en bon état qui grimpe en lacets serrés à un col. De l’autre côté la descente est impressionnante : il faut de bons freins. Dominique a vraiment eu un entraînement pour Paris Dakar !

Dîner :

Soupe harira (coriandre), couscous très léger, pâtisserie en triangle.


11. Gorges du Dadès - Hammam campagnard

Publié le : 04 Février 2007
11. Gorges du Dadès - Hammam campagnard

gorges du Dadès

    Nous découvrons tout d’abord les formations rocheuses des gorges du Dadès, puis des plus beiges dans lesquelles l’érosion a dégagé de gros prismes aux arêtes arrondies, comme des doigts levés vers le ciel. Le fond d de la vallée est boisé de vergers, de magnifiques noyers et de quelques peupliers. Cette vallée est très touristique : en face d’un parking des étals de souvenirs avec de beaux foulards berbères multicolores et des bijoux. Plus loin – pour la photo , - un dromadaire en plastique et deux mannequins. La route est bonne, de nombreuses auberges, cafés, hôtels attendent les touristes. Les villages sont prospères avec de nombreuses maisons de ciment à étages, mais cette fois ci avec un grand soucis de décoration, fer forgé, auvent de tuiles vernissées vertes à chaque fenêtre, carrelages bleus et blancs, et luxe suprême dans ce désert : des plantes descendent en cascade des fenêtres. Les villageois ont l’électricité , de nombreuses paraboles, les boutiques semblent bien organisées.
*Nous remontons donc le Dadès sur une trentaine de kilomètres. les gorges sont étroites, la rivière coule entre les parois rocheuses, puis la route s’élève et franchit un col dans les petits bancs serrés calcaires qui matérialisent les courbes de niveau.
Un convoi d’une bonne dizaine de 4x4 monte au col et, -quelle  expédition ! – fait demi tour. Si nous avions un tel véhicule nous aurions au moins rejoint les Gorges du Todra !

travaux des champs

    Les champs sont très colorés, les coquelicots sont éclatants, dans les haies, les roses sont en fleurs. Dans tous les champs, des femmes en robes multicolores arrachent à la main les coquelicots qui croissent dans le blé, et en font des bottes. Nous essayons de les photographier, averties, je ne sais comment, l’une d’elles se jette par terre et toutes se penchent, on ne voit plus que des culs qui ressortent des blés.
     La vallée se resserre la route grimpe à flanc de la montagne, le canyon est très creusé, il fait le tour d’une petite montagne l’enserrant dans un méandre.
     Sur la route du retour, vers 11 heures,  nous retrouvons les femmes avec leurs baluchons d’herbes dans un linge coloré qui remontent chargées tandis que les hommes restent plus longtemps dans les champs à bêcher.

de Boulmane à Tinhir

La route P31 de Boulmane à Tinhir est toute droite traversant un plateau de cailloutis. Les grandes montagnes du Sakhro à notre droite, l’Atlas à gauche, peu visibles. Le soleil, à son zénith, écrase tout.
Chercher un coin pique-nique à l’ombre et à l’abri du harcèlement des enfants est une gageure. Arrêt apéro dans un verger de figuiers et d’oliviers, mais nous sommes rapidement délogés par une bande d’enfants. en remontant dans la voiture, je vois une tique énorme sur mon pantalon. Après Tinhir nous découvrons une jolie palmeraie dans les gorges du Todra. Un camping fleuri et ombragé sera le cadre du déjeuner .
     Les gorges du Todra sont très fréquentées. Les parois impressionnantes font de l’ombre, la rivière qui sort d’une résurgence est très fraîche, mais les cars et les 4x4 gâchent tout. Il y a un restaurant au beau milieu des gorges ! Plus loin, la vallée est sèche et les palmiers semblent souffrir de soif. L’environnement est rocailleux, mais nous marchons tranquillement loin du vacarme de la circulation et des mendiants. Au retour la route qui paraissait ennuyeuse à midi, est magnifique. Le soleil rasant fait ressortir toutes les lignes de crêtes, les hauts sommets de l’Atlas se détachent sur l’horizon.

hammam


    Le Hammam de Boulmane Dadès est une expérience très différente de celle du hammam parisien.Tout a l’air fermé, je me présente au guichet, achète un ticket, la porte s’entrouvre et je suis accueillie par une jeune fille en culotte qui range mes vêtements dans un casier et m’embarque « à la douche ! ». Elle me fait signe de baisser les bretelles de mon maillot de bain. (j’aurais dû rester en culotte !) . Elle me conduit au fond dans la pièce chaude. Nous nous asseyons sur le sol très chaud, mais nous ne restons pas longtemps.Dans la pièce intermédiaire, elle me tend un démêloir à cheveux, rond en plastique avec des pointes, prend son gant de crin (synthétique) me frotte mes jambes. Elle ne parle que quelques mots de français et s’amuse bien à me faire la conversation en arabe. Finalement, avec beaucoup de gestes, je mime l’avion jusqu’à Marrakech, puis la voiture jusqu’à Ouarzazate(je tourne un volant imaginaire).
      Elle veut mon numéro de téléphone  pour venir en France. Elle a seize ans, elle veut savoir si je suis mariés, si j’ai des enfants : je lui montre mon alliance lui montre mes cheveux blancs et invente deux enfants étudiants. La seule chose que je sache en arabe : c’est compter, je compte, cela l’amuse. Le récurage de mes bras bronzés l’amuse aussi : la peau roule noir, elle contente de son travail, moi, moins, je vais sortir toute blanche.
     On passe dans la salle froide où d’autres femmes nous rejoignent. Là, c’est rigolo, elles me balancent des seaux d’eau. Tout le monde rit. Dans les vestiaires, la plus âgée distribue des sucettes, on se rhabille en suçant des sucettes rouges.

Dîner

Dîner : salade marocaine avec des tomates et des poivrons, puis des brochettes accompagnées de carottes, de pois, de tomates avec une très bonne sauce au coriandre et à la cannelle, et un très joli bol de semoule fine décorée d’un bouton de sucre blanc et de bandes de cannelle formant une croix. Pour dessert :  yaourt maison et salade d’oranges bien présentée avec de la cannelle.


12. Skoura - Ait Benhaddou

Publié le : 03 Février 2007
12.    Skoura - Ait Benhaddou

les roses

     Avant de quitter la vallée du Dadès nous voulons visiter une distillerie de roses, malheureusement, elle est vide, les pétales n’arriveront qu’au mois de mai, il n’y a rien à voir. Dans la ville suivante, nous allons dans un magasin spécialisé dans le produits des roses la boutique est toute peinte de rose, on nous fait essayer l’eau de rose, la crème de rose, les bains moussants roses … tout cela est rose bonbon, bien coloré, mais cela sent bon.

     En face, le petit marché avec de la quincaillerie, des seaux et paniers fait avec des vieux pneus, des fripes, un vendeur d’épices pittoresque qui nous vend du cumin du ras el hanout et de la cannelle. A l’arrière, marché aux animaux. Dans un coin un homme, photos à l’appui fait une conférence sur les maladies vénériennes.

Skoura, visite guidée...

     Skoura, une oasis à mi-chemin entre Boulmane Dadès et Ouarzazate. Un homme sur une mobylette nous fait des signes. Il a l’air sympathique, il monte dans la voiture et nous guide dans la palmeraie. Nous traversons le mellah, ici aussi, il y avait des juifs. Les arbres sont très variés : bouleaux (en fait des peupliers), tamaris, figuiers, amandiers cognassiers et bien sur palmiers ...dans les jardins   des fèves et des carottes. la palmeraie est assez construite, les maisons sont dispersées.
   une casbah aménagée
     Nous arrivons à une casbah aménagée en gîte d’étape bien rénovée, nous montons au sixième étage mais le commentaire ne nous apprend plus rien. On nous invite à nous asseoir près d’un petit canal venant d’une source fraîche, mais, déception, on ne nous offre pas de thé.

les mains baladeuses


A la source, le guide me mouille l’épaule, cela nous refroidit: comment nous débarrasser de lui ? Nous n’avons plus envie de nous promener dans la palmeraie en sa compagnie, il nous attire vers une autre casbah mais nous n’avons qu’une hâte, le larguer. Lui,  bien content de se trouver avec deux gazelles. Je lui fais bien remarquer que nous sommes de vieilles gazelles . Nous le payons et le lâchons devant un restaurant bien contentes de l'avoir largué. C’est la première fois que nous rencontrons un dragueur déplaisant.

pause dans les vergers

Pour oublier notre déconvenue, nous cherchons un endroit agréable où faire la pause. Empruntons une piste qui nous mène dans des vergers loin de toute école, nous asseyons à l’ombre d’amandiers et d’oliviers en lisière du désert. D’un côté la pierraille, de l’autre les vergers et les petits jardins avec des oignons montés en graine et des carottes en fleurs. On serait bien pour déjeuner, mais il est trop tôt.

    Nous retournons au lac de barrage, mais le gardien a changé et il n’est plus question de s’asseoir autour de la table de pique-nique. Nous mangeons donc à la voiture avec une belle vue sur le lac.
Ouarzazate, bine connue maintenant, c’est notre troisième passage, nous allons directement au distributeur de billets sans nous attarder.

Ait Benhaddou

Encore trente kilomètres de désert pour arriver à Aït Benhaddou, petite contrariété, nous n’avons pas de chambre donnant sur le joli patio carrelé avec les portes peintes, nous serons à l’annexe. Dès que nous découvrons notre chambre nous changeons d’avis. elle est grande, bien décorée avec des dessus de lits à rayures, une jolie aquarelle et surtout une vue magnifique et une grande terrasse pour nous toutes seules. Nous passons le reste de l’après midi à la piscine, le vent s’est levé, le ciel s’est voilé. Sur la terrasse le soir j’ai presque froid.

le soir

      Au coucher du soleil, les touristes sont partis. Le ciel prend des teintes roses et illumine la montagne. Quand la nuit tombe tout est noir , nous sommes au bout du monde, au bout de la piste, la dernière maison allumée.

     Dîner de gala à la piscine sous un olivier : de la soupe crème de riz épicée, une omelette berbère (chakchouka) dans un palt à tajine, une tajine de bœuf très parfumée aux épices et au citron. Pour dessert des tranches d’orange parfumées à la cannelle et des pâtisseries pour Dominique.


Mercredi 18 Avril Aït Benhaddou

     Je me suis levée pour voir le lever du soleil, pas de chance, il y a des nuages. J’ai bien du mal à dessiner le village avec ses deux kasbahs et tous les parallélépipèdes qui s’étagent sur la colline. Des ânes chargés de bidons descendent au puits. J’aime beaucoup cette heure de six à sept , il fait frais . La nature et le village s’éveillent avant les vacanciers.

    Au village les marchands ouvrent leurs boutiques. Nous sommes les bienvenues, le premier client porte chance. On nous reconnaît après notre première visite la semaine passée .

     Dans une boutique, des objets attirent mon regard : un miroir en étoile de David, une khanoukia en étain magnifique, je la photographie, le marchand me montre d’autres objets juifs puis dans une autre salle des poufs et des babouches, nous différons nos achats avec l’intention de revenir.

promenade dans l'Oued

     A neuf heure, le guide de l’hôtel Hocine  me mène à grands pas à travers le village (2000 habitants)puis dans l’oued. Pas de pluie non plus depuis quatorze mois. L’eau des puits est salée. Certains champs sont irrigués, d’autres pas. Heureusement, le village vit du tourisme et du cinéma, le dernier grand film à succès Gladiator a mobilisé trois mille figurants.

figures de sédimentation : oued fossile!

     Nous nous arrêtons dans un site géologique pédagogiquement parfait : au-dessus de l’oued actuel, dans la paroi d’argile rouge, des lentilles de galets témoignent d’un oued fossile. : un oued ancien suspendu au dessus de l’oued actuel ! je prends une photo, cherche à approfondir et trouve des intercalation de gypse, en revanche pas de figures de sédimentation de traces fossiles de pas ou de vers comme dans les Corbières.

cigognes

    Une cigogne morte dans le lit de l’oued a été mangée par les chiens, triste découverte, contrairement à ce que je pensais, les cigognes n’hibernent pas ici. Une cigogne bien vivante chasse les grenouilles qui coassent dans les flaques.

j'ai perdu l'olympus!

     Nous parvenons à la route « au goudron » comme on dit ici et Dominique nous rejoint en voiture ? Elle a pris une femme en stop. Arrivés à la Casbah de Tamghat, je découvre que j’ai perdu mon appareil photo. Panique, nous revenons sur nos pas, Hocine marche très vite pour arriver au « rocher pédagogique », en effet, je l’ai oublié là.  Je suis ravie, mon guide aussi, il se sentait responsable de sa cliente et surtout ne voulait pas êtres soupçonné ni de vol ni de négligence. En route son portable sonne, il annule un rendez vous, mais il faudra payer une rallonge, cela ne fait rien toute heureuse d’avoir retrouvé l’olympus je ne mégote pas.

La kasbah du Glaoui n’a rien d’extraordinaire par rapport aux antres, nous sommes saturées de kasbahs !

à la recherche du plat à tagine

     Nous passons une après midi tranquille à la piscine, à six heures et demie, nous avons rendez vous avec Hocine qui doit nous conduire dans la boutique d’un de ses cousins qui nous fera un bon prix. Les poufs des magasins du villages ne nous plaisent pas trop. Ils font plutôt camelote, nous sommes très exigeantes, nous en voulons un marron sans dorures, celui que nous avons vu dans la boutique du site ce matin nous plaisait mieux et nous avions promis au vendeur de revenir. Rien ne nous plaît, celui ci- est trop raide, celui là trop doré, ou le cuir est mince dur comme du carton…
    Hocine nous emmène chez lui  acheter un plat à tajine. Ses sœurs nouent des tapis sur des machines à tisser qui occupent toute la pièce commune. La cuisine est petite mais ils ont le gaz, les plats à tajine sont très usagés, certains fendus, on élimine les fissurés, et emportons celui qui nous convient en payant largement une fois et demie le prix d’un neuf. Nous rencontrons sa femme et sa fille .
Fin de la soirée sur la terrasse, il fait doux, très calme. Les femmes du village remontent avec leurs ballots d’herbe.


13. Emplettes et retour à Marrakech

Publié le : 03 Février 2007
13.   Emplettes et retour à Marrakech

souvenirs

     Dès le matin nous retournons au ksour chez le marchand qui nous avait promis un bon prix. Nous arrivons en même temps que lui. Il nous attendues hier … belles paroles sur la confiance, la parole donnée. Sans être dupes, c’est bien sympathique. Nous tombons en arrêt devant le plus beau pouf sans dorure ni peinture de mauvais goût. Bien sûr, c’est le plus cher !mais il est vraiment beau. Nous traînons dans la boutique. J’essaie des babouches. Des petits miroirs encadrés dans de l’os de dromadaire seront des cadeaux parfaits. Je choisis un joli plat de Tamgrout pour maman. Nous achats s’empilent sur le comptoir. On ne marchande pas. Le vendeur promet un rabais général. La belle khanoukia en étain me tente beaucoup, il la laisserait à 500 dh ce qui est ridiculement bas, mais que ferais ensuite d’un objet aussi encombrant, je renonce à regret .Après avoir fait les comptes, il réclame un souvenir de France, un stylo ferait l’affaire, nous n’avons rien sur nous, j’offre deux cigarettes. Tout le monde est content !

les couvre-lits de l'hôtel

     Il ne reste plus qu’à emballer les cadeaux et les souvenirs dans les bagages, Dominique a demandé à notre hôtelière où acheter les couvre lits blancs à rayures rouges. Elle est ravie de nous les vendre (certains clients les emportent!) Le prix est relativement élevé. Contentes de ne pas avoir perdu l’appareil photo, nous sommes prêtes à dépenser les sous que nous n’avons pas dépensés à en racheter un autre (drôle de système d’économies !).

Retour sous le brouillard

      Qui aurait pu prédire qu’on aurait mis le chauffage dans la voiture ? Avant le col de TiziN’Tichka une barre nuage cache les sommets, au col, nous sommes en plein brouillard. Sur l’autre versant de l’Atlas, le temps ne s’arrange pas, il fait gris humide et très frais.
Marrakech

     Marrakech sous les nuages a perdu une partie de ses couleurs, les belles murailles sont ternes .Nous n’irons pas au Jardin Majorelle comme prévu, les souks conviennent mieux bien qu’on n’aie plus rien à acheter.
Nous retrouvons avec plaisir l’Hôtel La Ménara, ils nous attribuent notre chambre. On se sent bien chez soi. Malheureusement les calèches ont été priées de se garer ailleurs pour cause de visite royale. La rue est déserte, gardée par des policiers qui arrêtent toute circulation quand une voiture officielle doit passer. L’hôtel est enrubanné de vert et de rouge et toute la ville est pavoisée : la Princesse reçoit toutes les premières dames africaines pour une sorte de congrès sur la Petite Fille Africaine.La famille Royale occupe donc son palais de Marrakech.

souks

      Nous nous orientons bien dans les souks et n’avons pas besoin d’aide pour retrouver le souk des teinturiers. Nous comparons les prix des articles que nous avons achetés ce matin. Notre marchand ne nous a pas volé !
      La Place Djémaa El Fna est occupée par les vendeurs de jus d’orange, de fruits secs, les femmes qui peignent les pieds ou les mains au henné, il y a aussi quelques musiciens et un charmeur de serpents. Je suis un peu déçue on m’avait trop vanté cet endroit.
Dernier tour en ville en suivant les remparts comme la calèche, mais le charme n’y est pas, ni la lumière. En revanche Dominique a quelques émotions quand elle se retrouve avec la voiture dans la Médina : la voiture suit une calèche qui nous ouvre la route, et fraye un passage dans la foule des écoliers et des lycéens. Des enfants suivent la voiture. On débouche encore sur la fameuse place, de loin je devine les acrobates et un cracheur de feu. Après c’est facile, il suffit de suivre la grande avenue Mohamed V.

     Pour faire de l’essence on doit sortir de la ville pour trouver une station qui accepte la Carte Bleue, il fait de plus en plus froid.
     Dîner à la piscine, il tombe quelques gouttes. Nous regrettons un peu la demi pension des hôtels du Grand Sud.Ici, c’est beaucoup plus cher et moins bon !

Musique en l'honneur de la visite royale

     Toute la nuit on entendra de la musique, la visite Royale ! A quatre heures du matin comme sous nous sommes levées trop rôt pour l’avion, on refait un tour pour localiser la musique. Des hauts parleurs de la Koutoubia,  mais aussi de partout, on entend cette musique…


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