Fidèle Bobby
A proximité du musée encore fermé, se trouve la fontaine du fidèle chien Bobby devant un pub rouge qui l’a pris pour enseigne. Juste derrière le pub, l’église Greyfriars entourée de son cimetière ou il est inhumé à la place d’honneur. Une stèle de granite rose loue sa fidélité. Même sous la pluie, l’endroit est charmant. Greyfriars est une église toute simple. Le cimetière herbu en pente est planté de beaux arbres. Les tombes sculptées noircies par le temps sont envahies de végétation. Le château se détache au loin sur son rocher.
Le Museum of Scotland, consacré à l’histoire de l’Ecosse, est tout neuf (1998) . Le bâtiment de grès rose est très harmonieux. On prête un audio guide en français très documenté.
Le niveau O s’intitule « Beginnings »
J’avais l’intention de le zapper. Souvent nous perdons un temps précieux devant d’ennuyeuses reliques préhistoriques et nous n’avons plus la patience pour le 19ème ou le 20ème.
Cela aurait été une grave erreur ! La section géologie est passionnante, l’approche scientifique tient compte des théories les plus récentes. L’Ecosse dérive de l’Equateur vers les pôles et rejoint l’Angleterre à l’ère primaire. Au Jurassique, l’ouverture de l’Océan Atlantique causa des épanchements volcaniques. Les reconstitutions paléo écologiques des vitrines sont justifiées par l’exposition de fossiles parfois spectaculaires. Je n’ai jamais vu de poissons aussi nombreux, aussi beaux – les poissons de Miguasha (Nouveau Brunswick) m’avaient laissé un souvenir très vif. Lizzi, défini d’abord comme reptile puis comme batracien me fait penser aux remises en cause actuelles de la classification linnéenne. Ce n’est pas seulement dans les cours que les reptiles n’existent plus ! J’ai aussi été impressionnée par les Graptolithes. La conclusion de la Section de Géologie montre les glaciations quaternaires, les variations écologiques et débouche sur l’influence de l’homme sur la faune et la flore.
Early people (8000 BC – 1100AD) :
Les premiers habitants de l’Ecosse ne sont pas présentés de manière chronologique. On a préféré une mise en scène par thèmes et fait appel à de véritables artistes qui ont réalisé de véritables sculptures. Les hommes préhistoriques de bronze très cubistes sont des présentoirs pour les bijoux, bracelets ou agrafes. Un enclos d’ardoise rappelle les tumulus ronds des anciennes sépultures. Un assemblage de vertèbres de globicéphale se trouve au milieu des vitrines consacrées aux armes, aiguilles et autres objets d’ivoire et d’os. Les Romains ont laissé de nombreuses traces. Ce qui nous a le plus étonné est la trompette à tête de sanglier la Cernyx, trompette de guerre des Barbares. Avec les peuples primitifs sont aussi rangés les stèles ciselées de motifs celtiques, croix irlandaise du début de la christianisation, les vikings également. Cette section se termine dans l’église médiévale reconstituée faisant la transition avec le niveau supérieur
Au Niveau 1 Kingdom of the Scots (900-1707)
Deux objets ont retenu notre attention : une Harpe Celtique en bois clair très finement ornée et un Jeu d’Echecs nordique. Armes ou objets du culte nous sont moins étrangers et nous rappellent la visite d’hier au château.
Plus nous avançons dans la visite, moins nous sommes réceptives. Nous sautons les deux étages consacrés à la Révolution Industrielle pour aller sur la terrasse au 7ème étage. A la descente je fais une rapide incursion dans
Scotland Transformed (1707-19ème siècle)
Le Museum of Scotland communique avec le Royal Museum consacré aux sciences. La visite rapide à Dolly, la brebis clonée empaillée s’imposée. L’Horloge du Millénium a horrifié Dominique mais m’a bien amusée.
Britannia
Nous allons à pied à Waverley Bridge prendre le bus bleu du Majestic tour qui nous emmène à Leith voir le Britannia, le yacht de la Reine. Je n’aurais jamais pris l’initiative de cette visite mais elle est comprise dans le forfait du Pass et remplacera celle du palais d’Holyrood. Le Majestic Tour passe devant le Jardin Botanique qui nous tenterait si le temps était plus clément.
Le Britannia est caché par un énorme centre commercial très moderne où nous achetons des salades de pâtes dans des bols en plastique. Pour accéder au yacht il faut monter au troisième niveau (cela donne une idée de la taille du bateau). Munies d’audio guides nous visitons d’abord le Poste de Commandement du navire avec boussoles et compas/ Nous découvrons les trois ponts de teck puis les appartements de la Reine et du duc d’Edimbourg. Luxe et raffinement du bois de sycomore dans un style sobre très anglais avec des cheminées où « brûle » un feu électrique (le règlement de la Marine exigeant la présence d’un homme avec un seau d’eau à côté du feu allumé n’aurait pas favorisé l’intimité des vacances de la famille royale !). Après une heure, nous nous lassons des explications très détaillées et ne jetons qu’un coup d’œil distrait à la salle des machines où d’énormes tuyaux conduisaient la vapeur tandis que des centaines de cuivres sont astiqués chaque jour. Le bus traverse Leith, moderne sans grand intérêt (je remarque les « délis » polonaises qui excitent ma curiosité : je ne connais pas la cuisine de l’Est).
Arthur’s Seat 2
Malgré la pluie je ne renonce pas à mon expédition à Arthur‘s Seat. Les volcans exercent sur moi une véritable attraction. Les Chemin des Radicals passe à la base d’une épaisse coulée. Les Radicals étaient des ouvriers textiles réduits au chômage de l’Ouest de l’Ecosse venus protester et soulever ceux d’Edimbourg. Sir Walter Scott eut l’idée de les occuper à construire cette route. Philanthropie ou stratégie politique ?
La pluie n’arrête pas les Ecossais. Je pensais être seule à marcher. Pas du tout ! je croise un monsieur tout trempé avec son setter de même, un jogger avec son MP3, un couple d’amoureux qui se prennent mutuellement en photo et me demandent de les prendre ensemble. Avec ou sans parapluie, ils bravent les gouttes.
L’Athènes du Nord
Du haut de la colline, j’ai une vue plongeante sur Edimbourg. Comme Rome, Istanbul ou Athènes, elle est bâtie sur 7 collines. Au début du 19ème siècle on a voulu imiter l’Acropole et on a commencé la construction d’un Parthénon inachevé : demi péristyle noir, ruines modernes prétentieuses. A côté, le monument de Nelson, tour en forme de télescope est équipé d’un curieux dispositif, un signal visuel en même temps que le canon de 13 heures donnant l’heure aux habitants de la ville et aux marins. A la base de cette imitation d’Acropole deux collèges sont installés dans des bâtiments antiques à fronton triangulaire et colonnade ionique. Moqueries de Wendy, conférencière de l’autobus marron :
- « on y fait du latin et du grec à longueur de journée dans des classes sans fenêtres ! »
Il est 4heures et demie quand je retrouve Dominique qui s’est abritée sous le nouveau Parlement Ecossais, bâtiment très controversé. L’architecte barcelonais Miralles qui l’a conçu est mort avant la fin de la construction. Le budget a été multiplié par dix…Le béton choque dans cette ville de pierre et surtout la décoration extérieure apparaît incompréhensible. Que représentent ces polygones plaqués à l’extérieur : des sèche-cheveux ? Des pistolets mitrailleurs ? La sobriété (l’avarice légendaire) des Ecossais s’offusque des fenêtres loggias compliquées qui ressortent dans une rue étroite.
- « Quelle vue ? Nos impôts ? » ironise encore Wendy.
Au-delà de l’architecture contemporaine, le Parlement Ecossais a aussi un rôle politique qui prête à discussion. On assiste aujourd’hui à une montée du nationalisme écossais. Récemment Tony Blair a accordé une autonomie plus grande au pays de Galles et à l’Ecosse. Les dernières élections, il y a quelques semaines, ont amené un grand nombre de députés indépendantistes. Sur les murs, j’ai vu des graffitis : « not british, scottish », (à la craie, on reste poli !). Le Parlement a donc une valeur plus symbolique qu’architecturale. Paradoxe, puisque le nouveau locataire du 10 Downing street est de Glasgow.
Our Dynamic Earth
Sorte de tente ovale protégeant une verrière elle abrite un musée de Sciences Naturelles High Tech avec simulations et multimédias. Dommage qu’il ferme à 17heures ! (La journée de visite d’un touriste est très courte entre 10 heures et 17heures). Au centre du rond point routier on nous offre un perçu de la visite ; une sorte de grotte fumante est le départ d’une « visite au Centre de la Terre ». Autour de la place, une immense coupe géologique de l’Ecosse a été réalisée avec de hautes plaques de grès inclinées. D’Ouest en Est, on découvre les très vieux Gneiss des Hébrides, la faille orientée NE/SW découpant tout le pays puis les intrusions volcaniques : dykes recoupant le socle, les sédiments carbonifères, les grès…. J’aurais dû prendre des notes. De retour à l’hôtel, je m’embrouille déjà. Pourtant j’ai eu ce matin, une leçon fort pédagogique au Musée. Voilà les limites du bourrage de crâne ! Heureusement que je me force à tenir ce journal de bord pour fixer quelques unes de nos trouvailles en voyage.
Le soleil a enfin fait apparition. Nous reprenons nos croisières sur l’impériale du bus marron qui circule dans le sens inverse du vert ou du rouge, remontant Cannongate vers High street tournant à saint Mary’s pour prendre Cowgate, passer devant l’hôtel et déboucher à Grassmarket, marché à bestiaux : c’est logique !
Le petit déjeunes au Starbuck coffee était un très bon souvenir d’Atlanta. Tout au dessus de chez nous sur High street, j’achète un grand café et un gâteau à la cannelle (genre pain aux raisins sans les raisins) pour plus cher que le bon déjeuner écossais de Blackfriars avec le haggis !. Une petite close descend sur Cowgate, un mètre de large et très raide.
Le cab
La réception de Eurohotel (qui n’est pas un hôtel mais un hébergement d’été dans une cité universitaire) m’appelle un taxi pour Murray Field, le stade de Rugby bien connu qui ressemble au stade de France. Le chauffeur du cab est un petit pépère bien aimable. Il m’encourage à prendre tout mon temps avec les bagages et ne met le compteur qu’une fois installées. Son taxi est un cab traditionnel noir avec une vitre qui sépare le chauffeur des passagers et même deux strapontins dans le sens inverse de la marche.
Location de voiture
L’Agence Alamo n’a pas de véhicule pour nous. Ils invoquent une erreur informatique mais deux autres couples arrivés en même temps que nous reçoivent la même réponse. Nous avons le traitement de faveur : on nous conduit à l’aéroport tandis que les autres prennent l’autobus. Dominique commence à s’énerver. Du parking des voitures de locations nous devons prendre une navette (sécurité oblige, les voitures ne s’approchent plus du terminal depuis l’attentat de Glasgow). Sur le comptoir, encore une allusion au terrorisme : tout véhicule mal garé sera explosé comme une voiture terroriste. Voilà qui résout les problèmes de contraventions impayées pour stationnement illicite ! À nous de bien observer la règle des doubles lignes jaunes aux carrefours qui n’existe pas chez nous ! Nous avions d’ailleurs remarqué sur Charlotte Sq. un policier photographiant sur toutes les coutures une MiniMorris garée sur un stationnement résidentiel.
Après avoir bien poireauté, on nous donne une enveloppe et une grosse clé. On reprend la navette. La dame me demande :
- « Est-ce que cela vous ennuie d’avoir une grosse voiture ? »
- « Non bien sûr ! »
C’est une voiture de direction « Estate », une Vauxhall Vectra gris métallisé, toute neuve, brillante, impressionnante. Je m’inquiète de savoir si cela fait vraiment plaisir à dominique d’avoir une si belle voiture. Moi, cela me gênerait mais elle aime bien conduire.
En route
Il est 11H30, nous cherchons la route du Forth bridge. Il faut être très attentive au fléchage. La signalisation me déroute. On fera une première erreur à l’entrée du pont, le moderne, suspendu pas le mont métallique. Ensuite c’est facile : autoroute traversant une campagne très verte, à l’arrière plan des montagnes violettes. Ma plus grande surprise est de voir du colza en fleur au mois de juillet. Il ne fait pas très chaud, au tableau de bord le thermomètre indique 16°C quand il pleut et 17 sous le soleil.
Coin pique nique
Peu après Perth nous quittons la voie rapide pour Dunkeld, signalé par le Routard, village ravissant de cottages fleuris, un peu tarabiscotés, un manoir transformé en hôtel, une jolie rivière qui passe sous un vieux pont de pierre. Je ne pense pas à prendre des photos. Nous le regretterons. La recherche d’un coin pique-nique est toujours laborieuse. Sur le bord de la route, un parking, un peu sale. On trouvera mieux. Pendant le demi tour, un faon traverse la route, gracieux, son dos tacheté. Nous aurions été bien inspirée de nous arrêter là.
Des panneaux indiquent une « Réserve de vie sauvage » qui me tente. Le parking est bondé. La route borde un lac, nous déjeunons à quelques mètres de l’eau.
Puncture !
A un virage, Dominique se déporte sur la gauche pour éviter un gros 4x4 qui roule en plein milieu de la route étroite. Des pierres coupantes dépassaient su talus. Heureusement derrière le virage, elle peut arrêter la Vauxhall sur un petit parking : les deux pneus gauches crevés. Une jeune fille très aimable s’arrête pou me conduire à la station service du village. Le mécano ne travaille pas le samedi. La jeune femme qui vend de l’essence me propose une bombe anti-crevaison. Avec l’état des pneus il ne faut pas y songer. Il reste l’assistance AA. Le numéro de téléphone est inscrit sur un macaron collé sur le pare-brise. Le pompiste me remonte à la voiture (sans lui je me demande bien comment j’aurais retrouvé la voiture). Si cela est possible il changera la roue et gonflera l’autre avec la bombe. Sur place il contacte l’assurance. J’aurais bien été incapable de localiser notre position et de l’indiquer au téléphone. La dépanneuse arrivera d’ici deux heures. Entre temps, rien à faire. Seulement attendre. J’exploite le temps mort pour téléphoner à VISA 1er qui me confirme que nous sommes bien assurées. Nous avons refusé l’assurance Bris de verre et crevaison il y a moins de trois heures ! Ne pas paniquer. Seulement espérer que le garage ne sera pas fermé quand la dépanneuse arrivera. 16h15, sans un regard aux pneus le chauffeur de la grosse dépanneuse nous embarque dans son camion. Il reste tout juste 45 minutes pour rejoindre le garage de Perth. Arriverons nous à temps ? 16h50, nous débarquons la Vauxhall immédiatement montée sur le pont. Dix minutes plus tard, elle est chaussée de pneus neufs pour 300£. Nous pouvons repartir. On nous annonce 2H15 de route pour rejoindre Inverness.
Comme il faut passer un col de montagne, Dominique s’inquiète d’arriver avant la nuit. Il nous faut aussi faire des courses. Nous ne savons pas encore qu’il fait jour jusqu’à 11 heures du soir et que les magasins d’alimentation ne ferment presque jamais. A 8h30, nous sommes installée à Beauly et à 9hn nous sommes attablées devant une soupe chaude.
Au réveil, le ciel est voilé, 14°5 au thermomètre de la voiture.
Exploration des environs
Ferry street va jusqu’à la rivière. Elle est bordée de cottages mitoyens avec de jolis pignons, des façades de grès rose et des jardins soignés. Au coin ils ont même installé un cerf en ciment grandeur nature. Nous passons devant le Prieuré de Beauly, fermé à cette heure ci, belles ogives gothiques dans du grès rouge, la nef a perdu son toit ce qui donne des ruines romantiques. L’Office de tourisme est aussi une boutique de souvenirs. Dominique avise des flacons bleus à la citronnelle :
- « y a-t-il des moustiques ? »
- « non, des midges », la dame prend un air très ennuyé.
- « quand sortent ils ? »
- « après la pluie, j’espère que vous ne les rencontrerez pas. Fermez les fenêtres de la voiture ! »
La dame nous recommande le circuit de Black Island de Muir Or à Cromarty. Black Island n’est pas noire, elle serait plutôt verte si le qualificatif n’était pas déjà pris par l’Irlande. Ce n’est pas une île non plus, plutôt une presqu’île entre deux firths.
Nous suivons le rivage sud qui regarde vers Inverness avec de belles vues sur la ville et son pont routier. Nous ferons la boucle en retournant par le nord avec un décor de lignes de crêtes grandioses à l’horizon.
Nous sommes d’abord déçues par la banalité de la campagne très verdoyante, vallonnée coupée de forêt de sapins, pins ou bouleaux.
Les jardins d’Avoch
Petit port le long d’une plage de galets. Les jardins croulent sous les fleurs. Des roses embaument. Les pavots doubles violets méritent une photo. C’est un vrai plaisir de détailler toutes les variétés des fleurs. La végétation a plusieurs semaines d’écart avec celle de la région parisienne que nous venons de quitter. Le printemps tardif a fait exploser les seringats, roses lavaters, campanules, fuchsias et chèvrefeuilles qui présentent un floraison surabondante. Tout le monde est très poli et nous dit bonjour.
-« Nice day », hasarde un vieux monsieur.
Beau temps écossais ! C’est vite dit. J’ai mis un pull en shetland (pour faire couleur locale), j’ai remonté la fermeture-éclair de mon coupe-vent jusqu’au menton. L’absence de pluie mérite sans doute qu’on la salue. Le ciel est toujours laiteux et le faible soleil n’arrive pas à percer.
Fortrose
Jolies villas, une église en grès rose sur une terrasse herbue dominent l’escarpement. Un massif de lupins bleus fait une tache colorée. Les propriétés ont l’air cossu avec leurs grands jardins enclos de murs et leurs magnifiques pins.
Chanonry point
Rosemarkie est séparé de Fortrose par un petit cap. La route qui y mène traverse un golf très fréquenté ce dimanche matin. Un écriteau prévient que le club de golf ne sera pas responsable des dégâts éventuels des balles sur les voitures. Attention aux balles perdues ! Nous expérimentons ici pour la première fois une spécialité écossaise : la route à voie unique avec « bypass » des petits refuges élargissant la chaussée où il se convient de se ranger pour laisser passer le véhicule qui arrive en sens inverse. Bel exemple de courtoisie britannique : cela marche à grands renforts de sourires et de gestes amicaux. A Chanonry point, le parking est bondé. Chacun a sorti ses jumelles pour observer dauphins, phoques et oiseaux marins. Pour les dauphins, ce sera difficile, la marée est basse.
Pour la première fois en Ecosse, je peux me livrer à mon sport favori : la marche le long du rivage. Le vent d’Ouest est très fort. Je ferme soigneusement la capuche du coupe-vent, regardant avec envie les personnes prévoyantes qui sont équipées de casquettes, écharpes et bonnets (je rappelle qu’on est en juillet). Je pourrais rejoindre par la plage le village suivant si Dominique savait comment s’y rendre en voiture.
Rosemarkie
Rosemarkie est un village ravissant avec un pub photogénique, une belle plage aménagée, des promenades balisées et un petit musée des Pictes – peuplade ancienne, premiers habitants de l’Ecosse. Je brûle de connaître les Pictes. Fermeture hebdomadaire, il faudra revenir un autre jour !
Cromarty, nom qui m’a longtemps fait rêver quand une voix féminine récitait les avis de la météo marine comme un poème : « Cromarty, Forth, Humber, Dogger… » , zones de la Mer du Nord que je n’ai jamais su localiser »Mer belle à agitée, avis de coup de vent, tempête… »Cette litanie chaque matin éveillait en moi des envie de voyage, une nostalgie de navigations lointaines.
Il fallait donc visiter Cromarty !
Un prospectus très bien illustré avec des gravures anciennes vante les charmes de petit port de commerce très actif au 18ème siècle. Il avait connu alors une prospérité qui lui permit de construire un tribunal surmonté d’une tour avec un dôme, une demi douzaine de belles maisons bourgeoises à étage sur de grands jardins. Le long de la côte se serrent les petites maisons des pêcheurs formant des venelles pittoresques. A la pointe : un phare transformé en laboratoire marin de l’Université d’Aberdeen.
Des gloires locales sont célébrées ici, entre autres, le Géologue autodidacte Hugh Miller qui découvrit des fossiles de poisson et étudia les grès roses au milieu du 19ème siècle.
Pique nique devant le fjord : carottes râpées et truite de mer, shortbread écossais.
Nous parcourons avec plaisir les rues anciennes fleuries et soignées. Hélas, les musées coûtent cher (5£ chacun et il y en a deux) je n’aurai pas le temps de me promener si je leur consacre une visite sérieuse. Quel dommage de s’enfermer par un si beau temps ! Et bien ! le monsieur avait eu raison avec son « Nice day ! »
Nous faisons une rapide visite à l’Eglise Presbytérienne entourée de son cimetière herbu. La plupart des pierres tombales sont recouvertes de verdure, de mousse ou de pelouse. Les stèles de grès ou de granite penchent. Sur l’une d’elles, encore lisible, je découvre que sont inhumés une petite fille morte à deux mois, sa petite sœur de quatre semaines, un petit frère de quelques semaines, un autre enfant de deux ans…Combien d’enfants fallait il mettre au monde pour en garder un vivant ? L’église Presbytérienne est très sobre : entre deux grandes fenêtres, la chaire de bois cirée entourée de partout de bancs enfermés dans des sortes de cellules. Toute la nef face au pasteur en est pleine mais aussi les transepts. Dominique a compté que 500 paroissiens pouvaient s’asseoir en bas. Au dessus, des tribunes, « poor loft » sont aussi encombrées. Pas d’orgue, un harmonium modeste.
Je choisis la randonnée au soleil. Les sentiers de la presqu’île Black Island sont très bien indiqués. Sur un panneau, un topo donne les temps de marche. Je choisis 4miles et environ 1H30 une promenade qui monte au south Sutor qui s’appelle aussi la balade des 100 marches. On apprendra ensuite que les deux sutors : North et south sont les deux collines qui gardent l’entrée du firth de Cromarty, personnalisés par deux géants bienveillants. Le sentier est très bien entretenu il monte en corniche le long de la mer. J’ai vite chaud et tombe K Way et pull.
Retour au gîte de Beauly à 18H. pas question de s’enfermer par cette magnifique soirée estivale ! Notre gîte est très cosy, il lui manque un jardin ou une terrasse. La Riverside Drive longe de loin le Firth, pas de banc en face de l’eau. Nous en trouvons un dans l’enceinte du Prieuré de Beauly et je reste jusqu’à huit heures pour écrire.
La boucherie de Beauly
La météo nous a promis du beau temps. Au village les boutiques ouvrent. Le boucher boit son thé debout adossé à la porte de derrière. La bouchère est une dame plutôt âgée au teint rose coiffée d’un curieux chapeau. Comme nous lui annonçons que nous restons à Beauly une semaine, elle nous questionne :
- « qu’avez-vous fait hier ? ».
Elle nous conseille plutôt Glen Affric. Je me laisse tenter par du haggis fait maison. Il faut le réchauffer doucement dans une casserole, ou mieux au bain marie, se méfier du micor-onde. Au chapître des spécialités, il y a aussi des pies à la viande et des tranches de boudin. Dominique, plus prudente, prend du beefsteak haché.
De Beauly à Cannich
17 miles sur une route très étroite dans une campagne boisée. De très jolies maisons fleuries, souvent des B&B sont dispersées. Au détour de la route on aperçoit une sorte de manoir avec des tourelles et des toits compliqués sur une prairie très verte : un golf. Nous avions déjà remarqué que les golfs sont toujours installés dans les plus jolis coins !
On s’arrête à Cannich pour le ravitaillement. L’épicière est charmante et nous dit qu’il y a 3 parkings à Glen Affric. Sur chaque parking nous trouverons les indications concernant les sentiers de randonnée.
Glen Affric
La petite route de Glen Affric suit l’eau d’abord une rivière, puis un torrent des lacs se succèdent. La vallée est très boisée : bouleaux de grande taille souvent couverts de lichens, quelques chênes surtout des pins. Le Pin Calédonien est une variété magnifique de Pin Sylvestre avec un port arrondi et des branches tarabiscotées. Peut être est ce le climat rude et les tempêtes qui expliquent cette allure bizarre ?
Dog falls
Le sentier suit le torrent passe sur un petit pont de bois lancé sur une gorge étroite d’où on devine le bouillonnement d’une cascade puissante. Puis il s’élève dans la colline boisée. Des panneaux soulèvent des questions à multiples réponses : « Le cerf, ami ou ennemi ? ». Le surpâturage et la multiplication des cerfs ont conduit à la désertification de la montagne. Les forestiers sont obligés de faire des enclos pour permettre à, la forêt de se régénérer. Devant des troncs de bouleaux décapités, malades de gros champignons parasites, sont commentés : « La mort des bouleaux, un bien ou un mal ? ». Ce bois mort contribue à la diversité écologique : les pics se nourrissent des xylophages. Je grimpe raide, espérant arriver au sommet. Les dénivelées sont faibles même si la pente paraît escarpée. Du haut, je découvre le plus joli petit lac de montagne qui soit avec des nénuphars, des anémones et leurs graines plumeuses (comme dans les Alpes en altitude). Des libellules m’accompagnent. Je me dépêche de rentrer. Si j’avais lu plus attentivement le panneau j’aurais vu que la promenade jaune que je suivais était un circuit d’1.5 mile, j’ai parcouru le double du chemin au lieu de fermer la boucle !
Le parking suivant est situé sur le bord d’un lac. Les tables à pique nique sont les pieds dans l’eau ainsi que les promenades. Nous nous arrêtons au barrage hydro électrique, très haut. Une cascade puissante sort en écumant. Les électriciens ont eu soin de construire un bâtiment discret qui ne choque pas du tout dans le paysage.
Dernier parking : un joli petit circuit très accidenté permet de découvrir les rapides de la rivière Affric qui relie le Loch Affric au Loch Beinn Mheadain (nom celtique très long illisible qui se lit Benevan). Dominique était restée à un beau point de vue pour râper les carottes. Je la retrouve à la voiture : impossible de rester immobile : les midges attaquent ! Sous le soleil, avec le vent frais, elles nous avaient laissées tranquilles. Maintenant le ciel est couvert et le vent est tombé.
Passing places
La vallée s’étend encore sur une douzaine de kilomètres mais la piste est interdite aux voitures. Sur la route, impossible de se croiser en dehors des Passing Places la plupart du temps rapprochés. Les automobilistes prévoyants s’arrêtent. Deux fois Dominique a dû reculer jusqu’au refuge quand elle a rencontré des petits cars d’excursion qui ont refusé de céder le passage et qui sont passés d’extrême limite. Le secret est de rouler doucement. Les touriste par définition prennent leur temps mais de temps en temps une voiture fonce Il vaut mieux alors se garer.
Glen Cannich
Le début de la vallée est décevant la route tournicote dans les bouleaux. Heureusement que nous ne croisons personne, la visibilité est nulle. Les bouleaux n’ont pas le charme de la forêt de Glen Affric. Sorties de la forêt nous trouvons un paysage grandiose : des montagnes couvertes de landes, de bruyères et de fougères formant un cirque. Le sol détrempé rappelle les tourbières. Des moutons en libertés sont installés sur la route. Certains ont la tête noire et les cornes retroussées en guidon de vélo de course, d’autres ont la tête blanche sans cornes. Les petits sont très blancs. Les brebis ont un pelage très long..
Depuis longtemps j’ai envie,de photographier le panneau « Passing Place ». Je marche sur la route pour réaliser le cliché. J’ai de la chance : le panneau est au milieu des moutons !
La promenade sur la route est très plaisant. Personne ne passe. Je jouis d’une vue dégagée dans ce paysage sauvage. Quelques arbres : ici deux pins splendides aux silhouettes arrondies. Le long de la rivière, les arbres sont morts et nous rappellent les barrages à castors du Canada. Les squelettes et les troncs blanchis se détachent.
Cinq cerfs sont couchés parmi les moutons, de vieux mâles avec des andouillers magnifiques qui portent comme du velours. Seuls leurs bois dépassent. Ils ne paraissent pas farouches. Sont ils domestiqués ? Au retour, j’essaierai de les approcher pour les photographier et ils s’enfuiront gracieusement.
La route arrive à un barrage. Curieusement le niveau de l’eau est très bas alors qu’à Glen Affric le lac débordait presque. La bordure de cailloutis autour du loch n’est pas du meilleur effet. Plus bas, deux cerfs broutent sans se soucier de la voiture.
Il y a plusieurs manière d’évite l’attaque des midges. L’épicerie de Cannich vend des moustiquaires cylindriques attachée à la visière d’un chapeau. On pourrait imaginer une voilette. Je choisis la solution voile avec mon carré de mousseline turque. Une burquah ferait encore mieux l’affaire !
Comme nous ne voulons pas rentrer trop tôt à Ferry Road nous rentrons par le chemin des écoliers.