Vers la Pointe de Sleat, la route à 1 voie monte et descend comme sur les montagnes russes de la foire. Pendant la montée on ne sait ce qu’on va trouver en haut de la côte. Il vaudrait mieux ne pas se croiser dans la pente. Heureusement il y a peu de voitures pendant l’heure du déjeuner et chacun fait bon usage des passing places.
Promenade à pied
Pour aller au bout de la Pointe il faut continuer à pied sur une grande piste qui pourrait être carrossable et qui, comme la route, monte et descend. A la Pointe : une petite plage de sable blanc, quelques maisons, un petit port. C’est une agréable promenade - un peu sportive - d’un peu plus d’une heure et demie en marchant d’un bon pas.
Les loutres de Kylerhea
Des naturalistes ont installé une cabane d’affût pour observer une colonie de loutres. Le parking est aménagé 1 km sur un bon chemin qui descend progressivement. On a de très belles vues sur le Sound of Sleat, très étroit, qui sépare Skye de l’Ecosse. Un petit ferry fait des navettes entre des débarcadères rudimentaires. A l’affût des magnifiques jumelles sont attachées au rebord de bois. On cherche les loutres et on trouve des phoques sur un îlot couvert de laitue de mer. Un cormoran et perché. Deux hérons parcourent gravement la grève. Les goélands escortent bruyamment le bac. Après une bonne demie heure d’affût nous rentrons.
Retour
Le retour est encore bien long sous un soleil radieux jusqu’au Cuilin qui est comme auréolé d’un nuage comme aspiré vers le sommet donnant une impression d’estampe japonaise. Le soleil baigne le nord de Skye.
Courses
Après avoir beaucoup roulé ces derniers jours nous avons décidé de profiter de notre agréable cottage et de rester dans les environs proches de Dunvegan. Il y a trois épiceries au village. La plus grande, une superette offre des produits de base, des surgelés et a un distributeur de billets. En face, le marchand de légumes propose des produits bios y compris des médicaments. Plus loin, le Magasin Général, épicerie à l’ancienne vend de la viande fraîche et des poissons fumés artisanalement. Problème : il ouvre tard - 10heures – et ferme à 17 heures.
Jardins à l’anglaise
Le château de Dunvegan est entouré de jardins et d’un parc qui, à eux seuls, valent le déplacement avec des jardins à thème : jardin rond avec des buis taillés à la française, « jardin entouré de murs », jardin d’eau, jardin sauvage. Le contraste entre les paysages austères de la lande désolée et des prairies rases et l’exubérance des jardins, leur variété me rappelle l’opposition entre désert et jardins au Maroc. Là-bas, le jardin est symbole du Paradis. La couleur verte et l’eau de la fontaine sont objets de délices inouï. En Ecosse, le vert est une banalité et non un luxe, c’est plutôt la profusion des fleurs qui croissent à l’abri des fleurs qui croissent à l’abri des murs ou des grands arbres. Grande sophistication du jardin à l’anglaise, rien ne doit trahir l’artifice. Tout doit sembler naturel. On mélange géraniums simples, campanules et digitales qui poussent à l’état naturel mais avec des variétés extrêmement élaborées. Au lieu d’avoir des rares clochettes sur une hampe unique, les campanules forment des touffes bleues fournies avec des tiges ramifiées portant de véritables bouquets. Peu de place est accordée aux rosiers en buissons taillés bas comme chez nous. Les rosiers d’Ecosse sont grimpants, leurs fleurs sont simples comme de églantines à peines teintées de jaune, mais au parfum suave, ils s’appuient sur des arbres ou arbustes. On ne sépare pas la clématite aux fleurs rouges éclatant du rosier. Les lianes s’enchevêtrent avec bonheur. De même, on laisse se développer mousses, lichens et fougères sur les arbres. Ces épiphytes deviennent un élément du décor. Un sorbier est envahi de lichens velus ? Peu importe ! Son tronc et ses branches revêtus de gris vert seront plus décoratifs que son feuillage atrophié.
Le château des MacLeod
Le château des MacLeod, propriété de famille depuis le Moyen Age a bien sûr la silhouette d’un château fort malgré les rajouts du 16ème au 19ème .Un crépi gris cache les pierres anciennes et gâche un peu l’aspect extérieur quand on se rapproche.
Comme à Cawdor, c’est un château habité. Il ne faudra pas chercher l’authenticité historique ou la reconstitution des décors d’époque. Plutôt une accumulation de beaux objets à travers les siècles. Le plus intéressant : la collection de portraits des différents châtelains. Jusqu’au 19ème siècle, ils portent l’habit et la culotte de soie de la noblesse que le kilt. C’est sir Walter Scott qui a fixé « l’accoutrement » (sic) du seigneur pour la cérémonie en l’honneur de la venue de George IV à Edimbourg (cette cérémonie, nous en avons entendu parler plusieurs fois). C’est depuis cette époque que les MacLeod se sont fait peindre en kilt.
Pas de leçon d’histoire comme à Armadale, des anecdotes concernant des objets précieux conservés a château. Le drapeau des fées est le plus précieux d’entre eux. Soierie tissée à Rhodes, elle apporte la victoire à qui livrerait bataille en sa présence. A-t-elle été donnée par une fée ? A-t-elle été rapportée de Croisades ? Est elle parvenue par le commerce des Vikings avec Byzance ? Autres trésors : une corne de bovins décoré d’argent ciselé pour en faire une corne à boire, des tabatières…On nous montre le cachot, les escaliers dérobés dans l‘épaisseur du mur.
Rencontre avec un berger en kilt
Déjeuner au gîte avant de repartir vers 2heures à la plage de Corail. J’ai envie de terminer la promenade et Dominique pense retrouver ses phoques puisque la marée est basse. Le troupeau des vaches chevelues paît tout près de la route. Occasion de faire des photos « typiques ». Pour une fois, nous nous comportons en touristes exécrables. Nous approchons de bien trop près ces pauvres ruminants qui aimeraient brouter en paix. Je m’avance d’un air décidé vers celle qui porte les plus belles cornes effilées. Du haut de la colline d’en face, on m’interpelle en français :
- « Reculez en arrière !
–laissez cette vache ! »
Dominique prend la mouche, croyant qu’il s’agit d’un touriste muni d’un téléobjectif qui est furieux parce que nous lui gâchons la photo. Elle lui répond de manière peu amène et même grossière. J’ai bien vu que l’individu portait un kilt de tartan, en regardant mieux, il n’a pas d’appareil photo mais de grosses jumelles. C’est peut être le berger ou le propriétaire des vaches. Nous regrettons notre confusion. Nous aurions pu aller le voir, bavarder, le questionner au sujet du troupeau, de Skye…Survient un Français narquois :
- « Alors, comme cela, vous embêtez un berger écossais ! »
Il remonte dans son camping car immatriculé en Savoie.
La sieste des phoques
Les phoques sont bien là, sur leur îlet. Mais c’est l’heure de la sieste. Ils dorment. L’eau s’est retirée très loin. La plage de corail est frangée d’un cordon de galets gris. Un passage permet même de gagner à pied la petite île situé en face. Plusieurs touristes s’y aventurent. Ils m’agacent parce qu’il se trouve une colonie de treize phoques en train de prendre leur bain de soleil. J’ai peur qu’on les dérange. Dimanche dernier, à la marée montante les phoques faisaient des cabrioles. Ils étaient plus amusants.
Les Tables de MacLeod
Les Tables de MacLeod sont les deux sommets de Dunvegan. Leur nom local Healabhal vient du norvégien. « La légende raconte qu’autrefois ils étaient pointus. Lorsque St Columba vint évangéliser Skye le moine fut chassé après que le chef local li ait dit qu’il ne trouverait aucun abri sur ses terres. Aussitôt eut il prononcé ces paroles, un énorme grondement vint des profondeurs de la Terre et l’ai se remplit de poussière. Quand la poussière se dissipa les sommets étaient aplatis faisant ainsi un lit et une table pour Columba.
Le nom anglais de Table de MacLeod vient du 16ème siècle quand MacLeod rendit visite au roi Jacques V à Edimbourg. Au cours du banquet, provoqué par les chefs du continent, MacLeod se vanta d’avoir une plus belle salle de banquet sur Skye. Le défi fut lancé. Tous les participants au dîner d’Edimbourg, le roi compris, furent conduits sur Healabhal où un anneau d’hommes portant des torches faisaient le tour du sommet. Par chance il faisait beau et les étoiles brillaient « (traduit d’après Chris Touwnsend, livre de randos sur Skye)
port de Dunvegan
Le petit port de Dunvegan est bien caché. C’est pourtant un vrai port de pêche avec des casiers à crustacés et de vrais bateaux de pêche. Nous rentrons au gîte sous un beau soleil mais aussi un vent frais. Encore une belle journée !
L’île de Skye pointe trois doigts vers le nord. Duirnish à l’Ouest contient les tables de MacLeod, Trotternish à l’Est est le plus spectaculaire. Waternish, l’index est notre but de promenade. Nous avons bien préparé l’expédition à Waternish. J’ai lu et relu les topos de randonnée. Dominique a préparé des petits rouleaux ressemblant à des sushis au saumon. Nous avons allégé les sacs pour emporter le pique nique sur notre dos.
Rando au phare
A 10 nous garons la Vauxhall sur le parking devant l’église de Trumpan et prenons la route comme le topo l’ordonne. Au village, nous trouvons deux chemins et aucune indication. Celui de gauche longe la côte (ce qui est notre direction) mais il est fermé par une barrière retenue par une chaîne cadenassée. Nous préférons le chemin ouvert à celui qui est barré et grimpons la pente. De loin, on vit un cairn qui sera notre cap. Là, un fil électrifié nous interdit de continuer. Rien ne ressemble à la description du topoguide. Le chemin se perd dans les bruyères. De notre position élevée on devine un chemin qu’on essaie de rejoindre en coupant à travers la lande. Nous marchons sur un sol très doux, très spongieux, très humide – une sorte de tourbière – la mousse est recouverte de lichens. Là où l’eau est plus abondante croissent des prêles et des joncs. Pour éviter de se tremper, il suffit de regarder les végétaux. L’herbe verte, rase, se trouve sur un sol stable. Les bruyères indiquent les endroits les plus secs.
Soudain, je vois trois silhouettes progresser rapidement le long du rivage. A la vitesse de leur pas on peut déduire qu’ils marchent sur un bon chemin. Nous décidons de nous séparer. Je marcherai une heure dans un sens et ferai demi tour à 12H15.
La chaîne qui barrait la route s’enlève facilement. C’est une erreur de se laisser impressionner par les clôtures. Il suffit de refermer la porte pour ne pas laisser le bétail s’échapper. Le principe de la propriété privée est le contraire de ce qui prévaut en France où l’on ne passe que si le passage est permis et balisé. Ici, le passage des randonneurs est normal, parfois interdit mais rarement. En revanche le balisage et les panneaux indicateurs sont rares. Parfois on prévient de la présence d’un taureau mais pas toujours.
Le vent souffle fort de l’Est. Il disperse les nuages et éloigne les midges. Il fait une température hivernale. La surface de la mer bleue foncé est ridée de petites vagues blanches. C’est la première fois que nous voyons des vagues depuis que nous sommes à Skye. Au loin, l’horizon est très net. On voit partout des montagnes pointues très découpées les Hébrides ou la Côte Ecossaise ?
Une autre promenade propose le tour d’une petite presqu’île en moins de 2 miles : joli itinéraire qu’on voit d’en haut à l’église de Trumpan. Malheureusement il faut traverser le troupeau des vaches écossaises pourvues de cornes recourbées très pointues. Le taureau est parmi elles. Elles sont beaucoup plus agressives que d’habitude. Cette fois ci je rampe derrière la clôture électrique pour mettre le fil entre le taureau et moi.
Nous explorons ensuite la péninsule en voiture, découvrons de petits villages, des cottages blancs éclatant face à la mer.
Stein
Le petit port de Stein est le plus joli quai qu’on puisse imaginer avec une rangée de maisons fleuries, deux restaurants et une galerie d’art. Le long du mur, des bancs. La pelouse est tondue comme le plus soigné des greens. Je commande un grand café au lait servi dans un curieux verre à pied et je l’emporte dehors au soleil à l’abri du vent.
Elle démarre à quelques pas de notre cottage, dans l’ancien enclos paroissial de l’église ruinée et traverse une pâture puis une lande de bruyères et d’ajoncs. La flore hésite ensuite entre des associations nordiques de mousses et de bouleaux et une forêt de noisetiers et de sorbiers avec des framboises et des ronces. J’arrive tout près du château de Dunvegan. Il faut remonter à mi pente dans la colline et traverser une forêt très dense plantée d’épicéas si serrés que les branches basses n’ont plus d’aiguilles vertes et qu’il fait très sombre. A l’église de Dunvegan, il faut reprendre la route. J’ai l’idée de couper en passant par le sommet de la colline où on a perché une sorte de menhir (il est ancien mais il a été érigé en l’an 2000).
compter 2 heures sans se presser
A 6 heures, je suis de retour. Nous avons la surprise de trouver les nouvelles de la BBC. On n’avait jamais imaginé un tel horaire.
Par un matin gris et frais, nous trouvons la route de Glendale. Des planches peintes indiquent qu’il y a ce soir « Gala à Glendale ». je suis très excitée à l’idée de musique vivante sur Skye. La petite route à une seule voie serpente entre les passing places le long du bras d mer à l’est de Duirnish. Nous découvrons une vieille chaumière préservée – encore un écomusée – fermé !puis le restaurant 5 étoiles « the 3 chimneys ». Glendale s’étale dans le creux d’une petite vallée. Ses maisons sont dispersées aux flancs des collines. Au creux se prélasse la rivière en méandres pédagogiques. Le côté extérieur très creusé, l’autre courbe amassant les graviers et les sables noirs. Une petite route indiquée Glendale Mill grimpe hardiment en montagnes russes. Deux dames promènent 6 lévriers attachés ensembles.
- « Où peut on faire demi-tour ? »
- « devant la maison bleue. »
conversation avec un berger écossais
La vue est magnifique. Les Cuilins se détachent très nettement, on voit leurs pics déchiquetés. Des îles émergent de l’étroit bras de mer qui nous sépare de Dunvegan ; Cela me donne envie de dessiner. A peine suis installée qu’un homme revêtu du gilet fluo de ceux qui travaillent sur les routes, surgit de la colline. Il appelle son chien Carrey. Comme nous le saluons, il commence par nous indiquer un broch en haut de la colline. Puis il nous explique que les noms des villages aux alentours sont des noms vikings. Il nous parle des Vikings. On a montré hier sur la BBC la découverte d’un trésor viking au nord de l’Angleterre. Le berger a vu lui aussi cette émission à la télévision. Il est très enthousiaste. Il connaît la France et a assisté au Festival Celtique de Lorient. Il en a gardé un excellent souvenir. Etonné de se sentir tellement « at home » en Bretagne dans un univers si familier. En revanche, selon lui, le Gaëlique écossais ne ressemble pas du tout au Breton plus proche du Gallois. Dominique lui demande s’il peut nous recommander des endroits à visiter en Ecosse. Nous n’avons encore rien réservé pour les dix jours suivants. Sur la carte, il nous montre les régions désertiques au nord d’Ulapool où il aimer se promener avec son chien. Il va en B&B quand il ressent le besoin de prendre un bain. On parle de moutons et du loup, des renards et des aigles. Sa houlette de berger est très belle. Il prend congé de nous. Il doit aller au secours de quelques brebis qu’un de ses voisins a vues en difficulté.
musée de la cornemuse
Je fais un saut au Musée de la Cornemuse. Reconstitution de l’intérieur d’une maison ancienne. La dame prend son bain dans un tub, des partitions pour cornemuse sont placardées, tout un bric à brac. Pas grand chose sur les cornemuses. Pour 5 £, j’achète un bonnet de laine chinée très douce tricoté à la main à Dunvegan.
Nous cherchons à atteindre Neistpoint, faisons une boucle, passons pour une troisième fois devant les mêmes maisons et finissons par demander notre chemin aux ouvriers qui réparent les lignes électriques.
- « Demi tour et tout droit, passer Glendale (une 4ème fois !) et continuer la route !»
Les collines cachent d’autres collines, d’autres falaises. Il y a tant de moutons que les chiens ne sont pas les bienvenus. C’est aujourd’hui jour de marquage.
Au bout de la route, un parking. Le site est grandiose. Vers l’ouest, la série volcanique est entaillée pour former une falaise qui tombe à pic dans la mer. Des falaises de basalte, nous en avons vues, aussi bien à Madère, aux Canaries, au Cap Vert…empilement de coulées, prismes.
Une demi pyramide a basculé formant la pointe de Neistpoint. D’un côté la falaise, l’autre versant est une pelouse vert fluo qui s’incline vers la mer. Le parking est sur un plateau, un escalier et un ruban de ciment mènent au phare. A côté, une curieuse cabine de bois peinte en blanc soulignée de jaune avec un monte-charge rudimentaire.
Une bonne adresse?
Un écriteau signale que les maisons du phare sont à louer – self catering – mais que le B&B peut aussi être organisé. En dessous, un numéro de téléphone à contacter. Cela me fait rêver ! Dormir dans un phare me semble être le plan le plus romantique qui soit. Imaginons la tempête ! Il faut descendre les valises et parcourir tout un kilomètre dans le brouillard. Ne pas quitter la sécurité du ruban de ciment. Le bord de la falaise est proche, les rafales pourraient nous emporter. Il vaudrait mieux voyager léger, un petit sac de voyage (peut être est ce la fonction du monte-charge ? Pour le « self catering », il ne faudra pas être trop exigent pour le menu. Les provisions devront être minimales. Peut être des œufs frais achetés à la ferme voisine, une soupe en boîte, des pâtes…
pique nique panoramique
Nous nous perchons sur un rocher pour pique-niquer : maquereaux fumés et carottes râpées. Les maquereaux sont plus goûteux que la truite, beaucoup moins chers aussi.
promenade au phare
L’expédition au phare a pris une bonne demie heure sous un ciel dégagé et un franc soleil. Du parking, on ne voyait qu’une partie de l’itinéraire. La rampe de ciment remonte puis sur l’autre face de la moitié de la pyramide on descend une autre pente raide. Le phare est blanc souligné de jaune, assez bas, entouré de bâtiments en longueur aux portes vertes. Je ne pourrai pas visiter les chambres. Tout paraît vide. Des panneaux interdisent l’accès. Des caméras CCTV surveillent. Le Royaume Uni est la patrie de Big Brother ! Pour savoir si on peut loger au phare, une seule solution : téléphoner ! Ce phare est d’autant plus excitant qu’il est caché aux regards des terriens. Seuls les marins et les îliens des Hébrides le connaissent.
une surprise:
Le phare est perché sur la falaise à pic mais le versant en pente douce plonge vers la mer quelques centaines de mètres plus loin. La balade se poursuit donc. A contre-jour, sur le bord de l’eau, des silhouettes se dessinent. Des pêcheurs ? Des estivants ? Plus j’avance, plus ces personnages immobiles me paraissent bizarres. Une croix au milieu se détache. Une croix face à la mer – ce serait banal en pays catholique. Ce que j’avais pris pour des hommes, ce sont des cairns. Est-ce la tradition d’ajouter sa pierre quand on parvient à la Pointe ? L’Ecosse est aussi la patrie des cairns puisqu’une de ses montagnes a donné son nom à ces accumulations de pierres sèches. Quand je m’approche davantage, je suis encore plus surprise. Ce sont de véritables sculptures. La croix est elle-même un assemblage de pavés Art primitif ou art contemporain ? On a assemblé les cailloux de manière à construire des arches. Miracle de l’équilibre, survivent elles aux tempêtes de l’Atlantique ?
Je m’approche de l’eau. Pas de plage ici mais une sorte de chaussée de Géants : orgues basaltiques qui se découpent et se détachent pour faire des pavés géométriques.
Je remonte après avoir bien peiné dans les escaliers. Dominique s’est installée tout en haut sur le rebord de la falaise. De là, on voit, tout petit, le phare. La vue est stupéfiante. La mer a une teinte bleue très intense. La lumière est vive. Skye parait peinte de couleurs vives. Les bruyères roses nous éblouissent. Les épilobes s’épanouissent.
Réservation àl'Office de Tourisme
Il faut passer à l’Office de Tourisme pour réserver notre gîte pour demain. La dame manifeste de la mauvaise volonté. Elle ferme à 17heures (il est 16h45). Elle me laisse téléphoner de son bureau à Aberfoyle. Déception ! Rien à louer, pas de B&b non plus. Il reste une chambre à l’hôtel Rob Roy. Le nom de l’hôtel me plaît. J’ai commencé le roman de Walter Scott à Beauly et l’ai laissé à regrets. Je ne pouvais quand même pas le voler !. Malheureusement je n’ai lu qu’une soixantaine de pages et je n’ai pas encore rencontré le brigand qui donne son nom au livre.
Adieu aux phoques
Nous retournons à Coral Bay dire adieu aux phoques qui dorment au soleil sur leur rocher. Nous revenons ici pour la troisième fois, c’est devenu « notre » plage, « notre rocher », « nos phoques ». J’ai besoin de m’approprier des lieux pour que le souvenir ne s’échappe pas trop vite de ma mémoire.
Nous traversons l’île sous le soleil. Même le Cuillin est dégagé. Comme ses pentes sont raides et pierreuses. Malgré ses 900 m, il est impressionnant. Le gravir doit être pénible.
En s’enfonçant dans les terres des Highlands, nous trouvons le mauvais temps. Les montagnes semblent attirer les nuages (il faut relativiser, les prévisions météo de la BBC étaient catastrophiques pour le nord l’Angleterre et couvert pour l’Ecosse).
Sur la carte, le trajet ne nous avait pas semblé long. Nous avions oublié qu’on circule en zigzag à l’Ouest de l’Ecosse, contournant fjords et montagnes infranchissables, multipliant d’autant les miles – maudits miles ! – une fois et demie plus longs que les kilomètres et qui n’en finissent pas. D’autant qu’il y a beaucoup de circulation sur les routes ce samedi matin. Le trafic très dense nous fait oublier que nous traversons des contrées sauvages désertées même par les moutons, des montagnes aux flancs raides et rocheux, des tourbières et des landes de bruyères. Le Glencoe est surtout remarquable, une seule maison – hôtel ou auberge de jeunesse – sinon pas une habitation, pas une station service. Sur le flanc du Ben Névis on voit encore de nombreux névés (à 1300 m, au mois de juillet). Nous traversons des paysages qu’on situerait chez nous vers 2500m - 3000m) pas un arbre. Avec un rayon de soleil ce serait magique – sous les nuages ils sont austères, tristes pour ne pas écrire sinistres. Nous avons passé sans s’y arrêter Fort Williams. Toutes les autres agglomérations attendues sur la carte sont des villages perdus. Et le niveau d’essence qui baisse !
Nous avons roulé 5 heures quand nous approchons des Trossachs. Un panneau nous annonce que nous avons quitté les Highlands pour le district de Stirling. Des forêts bordent la route. Pas seulement de noirs conifères, des noisetiers et de beaux chênes. Le relief s’adoucit, on hésite entre montagne et colline. La dernière heure, sur une route sinueuse nous paraît interminable. Nous n’apprécions même pas le « parcours panoramique ».
A l’Office de Tourisme d’Aberfoyle, aucune trace de la réservation téléphonique. Ann ne se souvient pas de moi, ni d’avoir parlé au téléphone avec quelqu’un de Dunvegan. Je suis très inquiète. J’ai transmis mes numéros de Carte Bleue y compris le cryptogramme. A qui donc ? En revanche, j’ai bien une chambre réservée à la réception de l’Hôtel Rob Roy, et la réceptionniste de l’hôtel s’appelle également Ann.
J’avais rêvé d’un B&B cosy et intime, d’un bon breakfast écossais, de conversation avec la logeuse. A défaut, j’avais imaginé une vieille auberge, peut être au dessus d’un pub avec une enseigne peinte, des poutres noires, de suspensions fleuries…Le Rob Roy est situé à l’écart d’Aberfoyle après le rond point. Il est composé de plusieurs bâtiments grisâtres, un peu motel, un peu caserne. La chambre s’avère confortable, « en-suite », c’est à dire avec une belle salle de bain, vaste, chauffée, avec plateau et bouilloire pour le thé et télévision. C’est loin de mon Ecosse rêvée, de nos cottages self-catering, mais c’est tout à fait convenable.
On sert le petit déjeuner dans une belle salle moquettée de tartan, décorée d’échantillons de tartan sous verre. Le service est attentif mais les tomates qui accompagnent les petites saucisses sortent d’une boîte tout comme les haricots (pour les haricots c’est moins gênant).
Départ de Milton : le loch Ard
A deux km à l’Ouest d’Aberfoyle, à Milton, autour du lac d’Ard, se trouve le départ de randonnées. Celle qui est balisée en rouge suit le lac sur 3 km sur un bon chemin de graviers. En face, sur la rive opposée sont construites de très belles maisons. Un petit manoir avec des tourelles se reflète sur le miroir lisse de l’eau noire. La caverne de Rob Roy est un amas rocheux. Dommage que je n’ai pas fini le livre commencé à Beauly. D’un « point de vue » on découvre 3 îlots minuscules. Sur le troisième se trouvent les ruines d’un vrai château. Ce dernier doit être bien ruiné parce qu’on ne voit rien ! Dominique fait demi tour pour rester relativement à plat tandis que je boucle le circuit dans la colline qui culmine à 138m seulement mais qui est raide. Avec la végétation de bruyères et ajoncs on serait tenté de parler de montagne. D’ailleurs au sommet (en complétant le circuit rouge avec le jaune), on a une vue très étendue.
Les rapaces du centre d'Interprétation
Le Centre d’Interprétation de la Forêt Elisabeth (parking payant) est aménagé pour l’observation de rapaces (Osprey) et chouette blanche. On a installé des caméras dans les nids. En ce moment je vois trois aiglons qui ont des plumes et la chouette est bien réveillée à 13H30 . je suis moins impressionnée par les écureuils roux. En Grande Bretagne les écureuils gris américains sont en train de faire disparaître les écureuils roux. Une grande campagne s’est engagée pour le sauvetage de l’écureuil roux.
Parking au départ de la "Forest Drive"
Le parking noté N°12 sur le plan, est le départ de la Forest Drive – route payante : on met soi même 2£ dans une boîte. Attention, la route ferme à 18 heures ! Il y a une très belle vue panoramique et des tables de pique-nique et une curieuse installation de dalles de grès sur lesquels on a gravé des poèmes rappelant les lochs voisins ou à la gloire du bouleau. Les tables sont occupées. Nous colonisons un rocher plat. A peine avons-nous déballé le poulet tika et la salade de pomme de terre bios trouvée à la Coop. que des intrus nous dérangent. Un car à impériale rouge immatriculé à Prague s’est aventuré sur la piste de gravier et a déversé sa cargaison de Tchèques qui découvrent un véritable gisement de myrtilles qu’ils cueillent à poignées. Peu attentifs au paysage grandiose, ils ramassent avec enthousiasme les baies.
Un autre car s’arrêtera : des Ecossais des villes beaucoup moins cueilleurs que les Bohémiens. Deux gamines indiennes regardent avec méfiance les petits fruits :
-« comment s’appellent ils ? Peut être sont ils empoisonnés ? »
J’ai jeté le beurre qui ne servira plus, sans frigo, il rancit pour récupérer une petite boite et cueillir des myrtilles. Avec du yaourt et du sucre elles sont délicieuses, toutes seules, ce n’est pas fameux.