CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

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Turquie

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Egirdir - partie de pêche sur le lac

Publié le : 11 Février 2008
Egirdir - partie de pêche sur le lac

A dix heures du matin le patron de la Pension Fulya nous emmène relever les filets dans une grosse barque à moteur conduite par le grand père. Ils les repèrent à un gros bidon de plastique qui flotte. Le père et le fils enfilent des pantalons cirés. Le père tire à la main le filet. Son fils, assis, ôte les poissons: des carpes et quelques crabes. Ils détestent les crabes qui font des trous dans les mailles. C’est bien long de remonter 1 km de filet ! Une bonne heure pour une trentaine de carpes. Ce sera beaucoup plus court de les jeter à nouveau.

     Après un pique-nique  sur la terrasse, nous cherchons une petite plage tranquille de l’autre côté du lac. Des enfants plongent d’une sorte de ponton métallique, des pompes vrombissent avec un bruit infernal pour l’irrigation des vergers de pommiers. Nous nous installons à l’ombre des saules. En rigolant beaucoup les enfants nous balancent un crabe, nous le surveillons. Après la baignade une vieille femme m’appelle et me jette un crapaud. Je ne sais que penser de ce geste : peut être une bonne blague? peut être une réaction hostile ? Toute une bande de femmes se sont baignées en jupes. L’une d’elle me fait comprendre qu’elle veut être prise en photo, elle me montre qu’elle est enceinte et est très fière.

      La deuxième île d’Egirdir est reliée à la nôtre par une chaussée. Des pensions proprettes des restaurants coquets et modernes donnent une allure de station balnéaire bien différente de notre île. C’est aussi moins « typique ».

Les écrevisses de la Pension Fulya

     Au dîner, on nous sert la carpe pêchée du matin et des écrevisses dont le patron est très fier, avec du boulgour. Les écrevisses sont insipides, il manque de la mayonnaise. Les autres français sont peu amènes et critiquent vertement ce met de choix sans se soucier de peiner notre hôte qui nous avait presque supplié d’écrire au Guide du Routard pour vanter ses spécialités de crustacés. Nous sommes choquées de ce manque de savoir vivre.


Egirdir - dans les alpages

Publié le : 11 Février 2008
Egirdir - dans les alpages

Depuis hier il n‘y a plus d’eau à la Pension Fulya. Heureusement que nous nous baignons dans le lac ! Le vent souffle en tempête. Le lac est agité, les pêcheurs qui relèvent leurs filets sautent sur les vagues.

      Les alentours d’Egirdir sont  plantés de très beaux vergers de pommiers, irrigués, bien taillés, mêlés parfois de pêchers et d’abricotiers. L’arboriculture paraît tout à fait moderne. Plus loin, le Parc national est très boisé. Un petit lac est encaissé entre des montagnes couvertes de grands pins, de vénérables platanes aux troncs creux et de quelques beaux chênes. Le petit lac sauvage, sous la tempête, est gris vert. On ne pourra pas s’y baigner.

Moissons

      Vers le sud, la paysage change : des champs de blé occupent une cuvette. Les blés sont moissonnés, les gerbes forment de curieuses couronnes. Les batteuses sont au travail. Ce sont de petites machines qu’on trouverait chez nous dans les écomusées. Au sol, une grande bâche est étendue pour recueillir le grain. Il est ensuite tamisé à la main par les femmes avec des cribles de bois. Certaines manient des fourches de bois pour rassembler les javelles éparpillées. Nous voyons aussi des glaneuses. Les hommes font les importants près des machines. Nous photographions ces travaux des champs. Les paysans se prêtent avec bonne humeur à la pose.

       Pus loin, une femme tire de l’eau au puits pour remplir un abreuvoir et faire boire ses vaches. Tous les animaux se rassemblent autour du point d’eau. Les ânes viennent seuls avec une démarche boitillante : ils sont entravés ainsi que les mulets. Les vaches et les veaux sont poussés par les paysannes. Nous continuons la route jusqu’à Sücüler, bourg perdu dans la montagne, quand nous repassons à midi, les champs sont désertés, tout le monde, homme et bêtes, est à l’ombre.

      A la recherche d’un coin pour déjeuner, nous nous engageons sur une route forestière qui ne fait pas du tout le tour du lac comme nous l’espérions mais qui grimpe vers des fermes isolées. Nous faisons souffrir la SAHIN avant de faire demi tour. Nous nous installons  à l’ombre de petits saules sur le bord de l’eau boueuse et peu engageante pour la baignade.

      Nous nagerons tranquillement en bas de la pension. Finalement, c’est la plage la plus facile d’accès et la moins bondée, nous sommes presque seules jusqu’à ce que nous rejoigne un couple de Grenoble.

     Ce soir, nous dînons seules, au calme, nous commencions à nous lasser des histoires de pognon des routards venus non pas pour visiter la Turquie mais pour « négocier »des bonnes affaires. Puis nous profitons de la terrasse, des étoiles et des lumières de la ville qui se reflètent sur le lac. L’île des pensions « chics » est illuminée comme par des lampions. Il fait tellement bon que Dominique décide de dormir à la belle étoile.


A travers l'Anatolie - Beysehir - caravansérail

Publié le : 11 Février 2008
A travers l'Anatolie - Beysehir - caravansérail

En quittant Egirdir, nous cherchons nos amis Rafik et Djemila pour leur donner leurs photos. Hors de la route principale, nous rencontrons tous les animaux qui sortent : un troupeau de jolies chèvres noires à poil long, des vaches, des ânes, les paysans sur leurs tracteurs.  Dans le champ  de Rafik, d’autres travaillent. Nous leur montrons les photos qui les amusent. Ils les leur transmettront.

     Autour du lac, monoculture des pommiers. Dès que nous nous élevons sur le plateau, les champs de blés  sont dorés, la moisson bat son plein.
La route est bonne. Nous doublons  quelques camions. Plus nous allons vers l’est, plus les charrettes tirées par des ânes sont nombreuses,  chargées quelquefois de nombreux passagers. Nous voyons quelques champs de pavots, la floraison est terminée,  les capsules jaunissent.

Puits à balanciers

     Avant Beysehir des puits avec de grands balanciers attirent le regard. Ils ne sont plus là pour longtemps. Des chantiers d’installation de canalisation d’irrigation automatique sont en cours d’installation avec de gros tubes de ciment.

Site hittite

     Le Guide Bleu signale à 17 km avant Beysehir un site hittite : Eflatum Pinar. Un discret panneau jaune l’indique sur la route principale, ensuite rien. Nous aboutissons dans un village de belles maisons de pierres blanches avec des balcons couverts de bois bleu et des toits plats de boue et de branchages. Un jeune tractoriste nous guide jusqu’au site. Monument vraiment curieux noyé dans une sorte de mare avec du cresson et d’autres végétaux aquatiques dans une eau limpide. Des blocs géants délimitent un quadrilatère (reste d’un palais ?) au fond un bas relief étrange sort de l’eau, malheureusement enlaidi par une tôle du plus mauvais effet.

Beysehir

     Nous trouvons  la mosquée de Beysehir sans encombre. Pendant que D gare la SAHIN à l’ombre, je suis accueillie par des vieilles femmes offrant des chaussettes tricotées en jacquard. Je me débarrasse d’elles facilement. Pour la visite de la mosquée, j’ai revêtu la jupe thaïlandaise sans poches. J’ai les mains vides :
- « no money ! » j’annonce
– « money monsieur ! » Me répondent elles
Dominique n’arrive pas. Je m’inquiète. De son côté, elle cherche dans les valises le foulard indispensable. Elle se trouve, elle aussi assaillie par les autres sorcières qui assistent au déballage de la valise. Nous voilà escortées jusqu’à l’entrée de la mosquée, et prêtes  à la visite, ou presque ! Puisqu’elles nous apprennent à nouer nos foulards à la turque. Avec nos lunettes de soleil, nous semblons sorties d’un sketch des vamps.
Cette mosquée est très ancienne. Elle date du XIIIème siècle, période Seldjoukide.
L’imam a libéré une classe de fillettes pour nous faire l’honneur de la visite Il est très jeune  et fier de sa mosquée - avec raison - elle est magnifique. A l’entrée, une très belle mosaïque de faïence bleue à motifs géométriques et une porte sculptée. La mosquée est très claire, des piliers de cèdre aux chapiteaux décorés la soutiennent, au milieu un puits de lumière. L’imam commente, nous lui demandons comment le muezzin  appelle à la prière. Il nous montre l’installation : pas de cassettes, un micro. Au centre, un bassin recueillait autrefois les eaux de pluie ; maintenant une verrière éclaire la pièce.

     A la sortie, nous achetons des chaussettes et un voile blanc brodé de petites perles aux vieilles qui nous ont attendu. Les prix sont dérisoires. Elles se disputent. L’imam préside aux marchandages.

Caravansérail

      90 km séparent Konya de Beysehir. Nous découvrons notre premier caravansérail à quelques mètres de la route.  Les grandes arcades et le portail sont encore en bon état. Au puits, il manque juste le seau au bout de la chaîne.  A l’abreuvoir, nous imaginons les caravanes des marchands, leurs chameaux et les chevaux.

Montagnes

     Le col est à plus de 1500 m d’altitude, le paysage change encore. Un ruisseau bordé d’une rangée de peupliers serait une halte idéale pour le pique-nique, frais et ombragé. Nous ne nous arrêtons pas, il est encore trop tôt. Des conifères plantés récemment couvrent les sommets. Plus loin le maquis peu dense devient clairsemé. Il fait place à la steppe. Un barrage retient un petit lac turquoise, Les montagnes sont maintenant complètement désertiques, roche blanche, herbe pelée très rase et sèche. Je connais ce paysage. Il ressemble aux les collines de Judée autour de Jérusalem, à la différence près que nous sommes à 1500m et que les sommets sont des formes coniques.

     Repas de midi frugal, une boite de feuilles de vigne sous un bel arbre isolé.


Konya

Publié le : 11 Février 2008
Konya

Konya se trouve dans une cuvette très verte rongée par les immeubles. A l’entrée de la ville, on vend des abricots très appétissants. Nous suivons le fléchage « tekke de Mevlana ». Nous voici encore égarées. Nous perdons notre chemin à un carrefour. Hüseyn, notre hôtelier d’Egirdir, nous a donné sa carte de visite nous recommandant  de sa part à un hôtel. Je montre la carte aux passants qui se mettent à plusieurs pour déchiffrer lentement. Inutile de demander aux femmes ou aux vieux, ils ne savent pas lire.
Au centre, les hôtels sont nombreux mais la circulation est infernale. Nous voici piégées dans des ruelles à sens unique comme à Bursa, bouchées par des véhicules stationnés au beau milieu de la rue. D me débarque en pleine rue devant un hôtel. Je visite une chambre, une sorte de cagibi avec quand même une douche. Dominique a garé la Sahin devant l’Office de Tourisme. Elle est en conversation avec un jeune homme qui propose ses services. Il nous conduit dans un hôtel situé à deux pas. Pour 12 millions, la chambre est vaste, bien meublée, claire et très tranquille. Les fenêtres donnent sur le parking à quelques pas des coupoles du tekke de Mevlana. Il prend le volant pour contourner le pâté de maison, puis propose d’être notre guide.

      Après une douche, nous voilà prêtes, foulard de rigueur, et appareil photo en bandoulière !

      Omer nous mène au pas de course, sa présence nous rassure dans ce lieu de pèlerinage où les foulards et même les voiles noirs sont beaucoup plus nombreux que dans le reste de la Turquie.

Tekke de Mevlana

     Nous commençons la visite par le Mausolée où repose Mevlana, le fondateur de l’ordre des derviches tourneurs. Heureusement que j’ai potassé le Guide Bleu ! Omer n’est pas un guide professionnel. Il nous indique la conduite à tenir et traduit les explications écrites en turc. Les tombeaux recouverts de brocard sont impressionnants avec les turbans qui les coiffent. La décoration est éblouissante. Ces tombeaux avec leurs turbans évoquent des hommes assis.  Dans des vitrines, des Corans anciens des miniatures, les noms d’Allah inscrits sur un grain de riz. Les calligraphies sont éblouissantes. Une vitrine conserve un poil de la barbe du Prophète dans une boite contenant des essences parfumées. Omer nous fait renifler le parfum exhalé de la boite miraculeuse. Nous essayons d’être les plus respectueuses possibles avec nos foulards noués à la turque cachant les cheveux et le haut du visage tandis que des japonaises se font photographier dans le mirhab à la place de l’imam.

      On a reconstitué les cellules des derviches et leurs objets usuels avec des mannequins de taille humaine. Nous voyons le bol servant à la quête de la nourriture, et de curieuses cannes soutenant le menton pendant les jours de jeûne.

      Puis nous visitons d’autres mosquées, de la plus baroque à la plus simple. Omer nous explique comment utiliser un chapelet, comment prier sur le tapis de prière, nous montre les horloges pour le muezzin.

      La visite se termine chez un marchand de tapis qui nous offre à boire et déballe toute sa marchandise. Je prends mon air d’expert et repousse tous les tapis mécaniques, explique que depuis mon enfance j’ai appris à reconnaître les tapis anciens, que seuls les très beaux m’intéressent. On se sépare bons amis. Dominique glisse 5 millions à Omer qui finit par les accepter. Il nous donne son numéro de portable pour le lendemain.


En ville

D, épuisée par toute cette marche forcée, se couche. Je  pars explorer les autres monuments autour du parc Aladin.

     Le boulevard est très animé, beaucoup d’hommes mais aussi des femmes - voilées ou non. Quelques fois des mélanges bizarres : une élégante maquillée et enfoulardée arbore une robe fendue jusqu’aux cuisses, une autre voilée porte un gilet en jeans sur un jeans.

Konya by night

    Nous faisons un tour de la Mevlana à la nuit tombante avant de nous asseoir en terrasse d’un restaurant qui propose des chichkebabs.A la fin du repas D sort une bouteille de raki. Je sens la présence menaçante de la Mevlana et de l’intégrisme. Peut être ai-je mangé trop et trop vite ? Ou ai-je abusé de mes forces ? En tout cas me voici victime d’un malaise. Cela gâche complètement ce qui avait été une journée bien remplie.


la route de la steppe de Konya en Cappadoce

Publié le : 11 Février 2008
la route de la steppe de Konya en Cappadoce

Musée Büyük Karatay Medresi

      Pressées de quitter Konya, arrivons dès l’ouverture au musée Büyük Karatay Medresi. C’est un ravissement ! Le mausolée, vide, est  transformé en musée de la céramique seldjoukide. Il est surmonté d’une coupole émaillée de faïence bleu turquoise. Les carreaux proviennent du Palais de Beysehir. Les motifs représentent des animaux très gracieux, paons ou des cygnes - cous enlacés, des gazelles et même des personnages humains au type très asiatique. Nous renonçons à la visite de la mosquée Alatin fermée à cette heure matinale, Dominique a hâte de quitter cette ville détestée pour cause d’intégrisme, un peu, et beaucoup à cause de mon malaise.

Caravansérail de Saddedin

       D’interminables zones industrielles s’étalent dans la steppe jusqu’aux portes du caravansérail de Saddedin. L’entrée est magnifique. L’intérieur est le domaine des oiseaux. Nous dérangeons un couple de faucons qui se vengent en piquant sur Dominique qui bat retraite dans la voiture. Ils sont beaucoup plus colorés que les faucons européens avec de l’orange et du bleu .Je pense aux faucons de Yachar Kémal.

Route dans la steppe

       La route est droite à perte de vue. A la lecture de la carte, la conduite paraissait facile, ce n’est pas le cas. La chaussée est bombée. L’œil n’a rien pour se raccrocher. Les montagnes sont loin, baignées dans la brume, on les devine sans les voir. Pas un arbre pendant des dizaines de kilomètres. Le plateau est couvert de steppe herbeuse, un camaïeu de brun kaki avec des champs de blé dorés ou jaune paille selon que la récolte a été faite ou non. Seul élément pour accrocher le regard : la ligne électrique et ses pylônes. La route est étroite et encombrée de camions.  Sans repère visuel, l’estimation des vitesses et des distances devient impossible, les dépassements, hasardeux, on ne sait même plus si le camion roule dans le même sens que nous ou s’il vient à notre rencontre. Le vent souffle de côté, il rend la conduite fatigante.
Les villages sont rares, les maisons basses de torchis avec leurs toits plats de boue séchée parfois couverts d’herbe se fondent dans le paysage. Un minaret effilé dépasse, c’est tout. Enfin pour l’instant ! Le monde moderne nous rattrape. De grosses canalisations pour irriguer les cultures sont en cours d’installation. Des maisons modernes à étages se construisent, colorées et parfois couvertes de tuiles. Les stations-service, modernes caravansérails, se détachent. Parfois un champ vert vif tranche sur le jaune  de la steppe: des betteraves.

       Nous entrons dans un de ces villages traditionnels pour prendre des photos. Il paraissait vide. Notre arrivée ne passe pas inaperçue. Des enfants sortent, quémandent des bonbons. Un jeune  homme, Murât, pose puis nous laisse son adresse pour qu’on lui envoie la photo, il embarque mon stylo à bille, un bic-cristal. Nous prenons la fuite.

Sultanhani

       Sultanhani est un caravansérail restauré (un peu trop). Les chambres, le hammam, les fontaines des ablutions sont intacts, mais il a moins de charme pour nous  que les ruines. C’est trop vaste, trop neuf, trop vide.


Cappadoce - Ushisar - Göreme

Publié le : 11 Février 2008
Cappadoce - Ushisar - Göreme

Arrivée en Cappadoce

     Après Aksaray, un changement de paysage. La route tourne, grimpe dans les montagnes. La végétation redevient verdoyante avec des arbres fruitiers. Les montagnes sont très présentes. Cônes volcaniques et des coulées épaisses : des murets de lave limitent les parcelles. Nous arrivons en Cappadoce !

     Au premier village, arrêt-courses : j’entre par erreur dans une « pizzeria » turque, salonu pide, que j’avais prise pour une boulangerie. On cuit une étrange pizza allongée  avec de la tomate, du piment et de la viande hachée servie avec du citron. On l’emballe dans du papier journal. Nous nous installons à l’ombre d’un abricotier dans les vignes, face à un joli cratère. La pizza est très épicée. Heureusement, nous avons du yaourt pour faire couler.
Les reliefs étranges de Cappadoce apparaissent par surprise à Ushisar, notre destination.

Hébergement à Ushisar

    La pension recommandée à Egirdir par les français, a des chambres ravissantes, voûtées, bien meublées donnant sur un jardinet. Mais, pour cette dernière étape nous avons des goûts de luxe et des envies de piscine. Détour par le Club Méditerranée, très cher, très bien situé, très chic, trop cher pour nous 420 FF la nuit.
Le Pasa Motel a lui, aussi une jolie piscine, et il est à moitié prix. Les chambres sont très simples : murs blancs meubles peints en caramel, une seule décoration : une reproduction de miniature ancienne. Notre terrasse a une vue étendue. Nous n’hésitons pas.

    Nous profitons donc de la piscine. L’eau est très fraîche et  il y a un petit vent. Nous y passons une bonne partie de l’après midi avant de filer à Göreme, centre touristique. La route très spectaculaire longe la vallée des pigeons, un petit canyon.

Göreme

    Göreme est très touristique : agences de voyages, restaurants, échoppes de souvenirs et marchands de tapis. Les tapis sont suspendus sur deux étages et couvrent les maisons, les trottoirs. Autant je détestais les pendillocheries grecques qui masquaient les jolies maisons blanches, autant j’apprécie les tapis de tous motifs et de toutes couleurs. C’est sans doute la qualité du matériau qui me séduit. Je serais très tentée d’en acheter. Cette exploitation touristique n’est pas déplaisante, pas de harcèlement, peu d’objets de mauvais goût, mais l’authenticité du lieu y perd.

    A la tombée du soir, vers 7 heures, les carrioles rentrent. Des paysannes en fichu sont assises sur le pas de leurs portes. Le village est très paisible. Progressivement, les pensions touristiques remplacent les habitants. Nous visitons des chambres troglodytiques, je suis saisie par la fraîcheur. Nous dormirions si bien dans l’obscurité de la caverne, alors que nous serons réveillées par la lumière chaque matin ! J’en oublie presque les joies de la piscine du motel !

     En descendant, une jolie scène : des vaches sont attachées devant une étable troglodyte, une vigne court sur le mur blanc, chaud éclairage du couchant. Ma pellicule est terminée. Les plus belles photos sont sans doute celle que je n’ai pas pu saisir.

    Le gérant a installé une table et des chaises sur notre terrasse à notre demande, nous y dînons d’une omelette. Après le dîner, il nous invite à écouter de la musique turque dans la salle à manger. Izzet joue d’instruments traditionnels et chante devant Méhmet, le propriétaire du motel, et trois clients. L’un d’eux chante avec eux. Le spectacle n’a rien de touristique, ils chantent pour le plaisir, des mélopées orientales un peu lancinantes qui nous bercent. Sur les tables, du raki et des pistaches.


Cappadoce - Vallée des Pigeons

Publié le : 11 Février 2008
Cappadoce - Vallée des Pigeons

Ce n’est pas le muezzin qui nous réveille comme chaque matin depuis trois semaines, ce sont les oiseaux, tout aussi matinaux, bruyants, et contrairement à la prière, cela ne s’arrête pas .Je ne résiste pas à cet appel, je suis très excitée à l’idée de l’exploration pédestre à la vallée des pigeons prévue ce matin. Je sors voir le soleil se lever, la chambre est plein est. Je suis éblouie et saisie par la fraîcheur. Surprise : des montgolfières s’élèvent sur la Cappadoce !

La vallée des Pigeons

      Le sentier part du Club Med, il n’est pas indiqué et le départ est loin d’être évident. Nous demandons donc à un jeune homme qui balaye devant une pension. Il propose de me guider pour 3 millions. J’accepte sans hésitation, et je fais bien. Mon guide Yachar s’engage tout droit sur une pente raide de cendres volcaniques glissantes à souhait. Jamais je n’aurais osé descendre seule. Yachar est un drôle de guide. Il ne suit pas un sentier précis. Quelques fois, c’est moi qui trouve le passage. En revanche, il parle très bien l’anglais et cherche à apprendre le français avec des cassettes. Il est donc très disert. Il me raconte sa vie : il n’est pas d’Ushisar, est marié, père de deux enfants. Il s’amuse comme un gosse sur le sentier. Nous descendons sur les fesses d’une terrasse cultivée de haricots à un champ de piments.

     La promenade dans les jardins est fraîche, ombragée par les abricotiers chargés de fruits, les pruniers aux fruits verts, les cognassiers, les pommiers et les noyers. L’eau court dans de petits ruisseaux qui passent dans des tunnels. Les cheminées de fée sont spectaculaires. Les habitations sont troglodytiques. Les pigeonniers creusés dans la paroi donnent de l’engrais aux jardins. Je fais photo sur photo. Au bout d’un certain temps je m’applique plus à soigner les cadrages, introduisant une fleur au premier plan, rose trémière ou tournesol.

    Yachar tient à me faire faire un détour pour visiter deux églises : elles sont très différentes et très jolies. La première est en roche nue, sans décoration mais avec des colonnes taillées dans la roche, la chaire très bien conservée, l’autel et des tombes. La seconde taillée dans une cheminée de fée en forme de chapelle est décorée avec des lettres grecques.

D est attablée avec Luc et Hélène, les deux routards d’Egirdir, à la terrasse d’un café. Je commande un jus de cerise.


Cappadoce - Avanos

Publié le : 11 Février 2008
Cappadoce - Avanos

Marché d’Avanos :

     un champ de foire est occupé par des camions décorés, chargés de montagnes de pastèques. Nous sommes un peu déçues. Ne vend-on que des pastèques ? Au fond, des moutons et des petites chèvres vivants. De l’autre côté de la rue, sous une halle, se trouve le vrai marché aux légumes, à l’extérieur des bricoles, des balais, de la quincaillerie. Nous achetons du maïs bouilli, des pêches et des pains au sésame en anneaux.


potiers d'Avanos

     A la recherche des potiers, nous  demandons notre chemin à de vieilles femmes près d’une fontaine. Une petite fille nous y conduit. Nous sommes très bien accueillies. Notre hôtesse s’étonne que nous ne soyons que deux personnes. Puis elle nous fait les honneurs de la visite comme à un groupe. On nous montre le travail de l’argile blanche et de la terre rouge. Je m’essaie même au tour. De vrais artistes exécutent des copies de faïences anciennes, d’Iznik ou seldjoukides, exposées dans des musées. On nous offre du thé avant de passer dans la caverne d’Ali Baba. Les assiettes et les plats sont hors de prix. Après une telle visite il faudra bien acheter quelque chose ! De toutes les façons nous avons besoin d’un vase… Le choix est difficile parmi tous les modèles, nous voulons du bleu et blanc. La jeune fille nous explique les symboles des fleurs : la tulipe, l’œillet.


Cappadoce - Zelve - Ushisar

Publié le : 11 Février 2008
Cappadoce - Zelve - Ushisar

Zelve

    Pique-nique sous un abricotier à Zelve, adossées à une cheminée de fées. Il fait bien chaud. Encore un détour par deux églises Saint Simon et Saint Basile. Pour y accéder, il faut grimper à des échelles métalliques bien arrimées mais un peu vertigineuses.  Les fresques sont belles mais un peu abîmées. Nous avons hâte de plonger dans la piscine.

Ushisar

    Pendant ma randonnée, D a trouvé le Monde que j’aime beaucoup lire à l’étranger quand nous sommes coupées de tout sans radio ni télévision.

     A la fraîche, nous partons explorer notre village d’Ushisar dominé par un très gros rocher, ressemblant à un chicot et taillé de nombreuses loges. Il est haut comme le Montaigut. Citadelle veillant sur toute la région.

     Avant l’ascension, un jeune marchand de tapis nous interpelle en français. Il nous invite à passer à son magasin. Il nous indiquera les promenades. Il n’insiste pas pour vendre. A la descente, au moment de reprendre la voiture, le propriétaire d’une boutique de souvenirs nous parle aussi en français, il connaît Créteil et même le Mont Mesly – « le marché des arabes » – Il nous invite à boire du thé à la cerise dans sa boutique. Lui non plus ne cherche pas à écouler sa camelote, il vante son village, sa simplicité et son mode de vie préservé.

    Au coucher du soleil, l’air est très clair, derrière la forteresse d’Ushisar, se profile une montagne pointue dans le lointain : c’est un immense volcan haut de 4000 m près de Kayseri : l’Erceiyes.


Cappadoce - Les Eglises de Göreme

Publié le : 11 Février 2008
Cappadoce - Les Eglises de Göreme

Dès six heures je pars explorer les abords du motel. Je tente une descente dans le canyon de tuf rose tout proche. Tant qu’on marche dans les épines, le sol accroche et je descends sans peine, la traversée latérale sur le tuf est plus dangereuse, je renonce. Dans le creux poussent des buissons bien verts et un cognassier. Je suis un chemin de « charrette » que l’on voit du balcon, il traverse des champs de courges et des abricotiers. Un vieux paysan retourne ses abricots qui sèchent sur une bâche rectangulaire, formant un tapis orange, jaune, mordoré. Encore une photo que j’aurais aimé prendre !

     Il fait déjà chaud alors qu’il n’est pas sept heures. Un plongeon dans la piscine avant le petit déjeuner me rafraîchit.

Göreme

     Le musée de plein air de Göreme ouvre à 8 heures. 9 cars sont déjà sur le parking une demi heure après l’ouverture. La foule gâche le plaisir de la découverte. Le site est très organisé : bazar à souvenirs, banque, allées pavées,  panneaux d’interdictions et échelles confortables. Malgré tout cela, la visite est un émerveillement. Le nombre d’églises sur un si petit périmètre étonne. Les communautés devaient être très petites quand on se base sur la taille du réfectoire. Elles devaient être très différentes si on compare les décorations des églises. L’occupation du site a duré très longtemps, peut être un millénaire ou même plus. Les fresques datent pour la plupart du X° ou du XI° siècle, sans doute l’iconoclasme a détruit les décors antérieurs.

     Dans les cavernes creusées dans le tuf on retrouve le plan des basiliques byzantines, mais pas toujours,  la taille du rocher ne le permet pas dans tous les cas.

Première visite : Saint Basile est la plus simple. Les tombes occupent le narthex et deux cavaliers sont finement peints : Saint Georges et Saint Théodore. Seconde église, Sainte Barbara est plus élaborée avec des colonnes et un décor plus varié. Nous retrouvons les cavaliers, la Vierge et le Christ Pancrator dans l’abside à l’Est. Nous profitons du commentaire du conférencier d’un groupe arrivé avant nous. Il nous montre les Croix de Malte. L’ordre de Malte était tout d’abord établi à Rhodes - cela je le savais par la biographie de Soliman le Magnifique -. Le guide  montre les lettres grecques : I pour Jésus, le sigma et le X pour le Christ. De curieux dessins naïfs présentés dans le Guide Bleu comme une scène d’exorcisme, sont interprétés autrement : la Poule représente le Saint Esprit et en dessous il y a un monstre (  ?). Avec l’arrivée d’un second groupe de Français , nouvelles hypothèses : les fonds baptismaux deviennent une cuve à vin, la poule, un coq qui chante au lever du soleil, et le monstre, une sauterelle. Toutes ces histoires sont jolies et rendent la visite plus vivante, mais nous sommes édifiées sur la confiance à donner aux guides et préférons visiter seules avec notre Guide Bleu.

    A l‘entrée du monastère, au milieu de l’échelle une touriste italienne bloque le passage, en grande conversation téléphonique. Comme je fais une réflexion désagréable sur le telefonino, il m’est répondu qu’il s’agit d’une urgence et qu’on ne peut pas l’empêcher de sonner.

     D’église en église, nous nous familiarisons avec les fresques reconnaissons Saint Georges et Saint Théodore avec leurs épées et le dragon, sainte Hélène tenant la vraie Croix et Constantin. Nous retrouvons l’Est grâce au Christ (important dans une ville troglodytique !)

     Les peintures primitives varient, souvent des croix de Malte et toujours l’imitation des joints de ciment à la peinture ocre.
Deux églises contiennent des fresques remarquables. Un supplément de 6 millions est demandé - peut être pour limiter le nombre des visiteurs - Je ne regrette pas la dépense, ce sont les plus belles fresques !  Plus belles qu’à Mistra. Peut être celles de la petite église de Crète étaient plus touchantes.

    Maintenant, je reconnais les différentes scènes de la vie de Jésus et j’arrive même à déchiffrer les noms en grec. Une dernière église contient des fresques à dominante bleue en lapis-lazuli


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