Le Musée des Minéraux de Saint Hernot est intéressant et spectaculaire. Une salle est consacrée à la Géologie de Crozon on y présente des photos très grand format des affleurements intéressants et très variés : pillow lavas d’un volcanisme très ancien, quartzites et schistes relevés à la verticale, une plage fossile avec des ripple-marks et des terriers de vers très anciens, et aussi des fossiles variés et très bien conservés : nombreux trilobites, et brachiopodes, graptolithes, ainsi qu’un lys de mer qui me fait regretter ceux que j’avais essayé de marchander près de Merzouga au Maroc. Une autre salle présente des minéraux de Bretagne de toute beauté, grenats, disthène, staurotide, amphiboles… toutes les séries métamorphiques que j’ai apprises autrefois. Les cristaux les plus spectaculaires viennent de Groix. Il faudra qu’on y aille un jour ! Je révise avec plaisir les cristaux, les macles. Bien sûr j’ai oublié depuis le temps. Une salle est consacrée au verre et à la silice. C’est la dernière salle la plus spectaculaire : de nombreux cristaux fluorescents sont éclairés en lumière noire. Quand nous arrivons, je détaille les différentes variétés de fluorine, d’aragonite, d’autunite, willémite. Tient ! Pas de scheelite, pourtant c’est ce minéral qui m’était revenu à l’esprit quand il a été question de fluorescence. Mais c’est quand les UV ont éclairé des roches grisâtres que le spectacle a été surprenant. La calcite a pris des teintes orange vif la willémite vert très vif. Certaines roches grises sont devenues écossaises, la fluorine violette.
Dernière promenade sur la « Lieue de grève » la plage qui va de Pentrez à Lestrevet.
Quel joli village au centre du Cap Sizun, sur la route de Douarnenez à Audierne !
Sous un brillant soleil, il est tout à son avantage. Maisons de granite du 16ème et 17ème, pavés irréguliers, nous marchons dans les rues tranquilles, arrivons sur la place de la collégiale.
Le porche est surmonté de curieux triangles aux entrelacs élégants. A l’entrée, un bouton de sonnette : sur l’étiquette nous lisons avec étonnement : « Dieu ». Par cette matinée ensoleillée les vitraux projettent des taches colorées sur la pierre claire. Certains sont modernes et très réussis. Comme souvent les plafonds de bois peints sont beaux. De nombreuses statues de bois peints, un retable baroque. Dans une vitrine, une curieuse Cène aux personnages de bois sculpté peints en doré. Les étendards brodés des Pardons sont exposés. Cela manque un peu d’explications. A l’office de tourisme on nous donne un plan de la ville avec un circuit. C’est là que nous aurions dû commencer la visite !
Je découvre donc les rues Chères, pavés et escaliers, qui descendent à la rivière, le Goyen au pied de la ville. C’est d’ailleurs son passage qui a donné son nom à la ville : le Pont du Croisement. Un port actif alors était installé dans l’estuaire. De très belles maisons datant du 18ème sont construites sur une belle promenade qui longe la rivière au pied des remparts. Sur les murs s’accrochent toutes sortes de plantes fleuries. Les feuillages automnaux flamboient. Sur le pont : un moulin à marée. Nous passons le pont pour aller voir les ruelles et les vieilles maisons de Keridueff, découvrons un lavoir caché. Une promenade longe le Goyen jusqu’à Audierne. 12 km aller et retour, dommage qu’on n’ait pas le temps. On se pose sur un banc pour l‘apéro (délicieuses petites crêperolles dentelle fourrées au fromage) et nous reprenons la voiture pour chercher un coin pique nique devant l’Atlantique.
Beuzec
On traverse Beuzec sans s’arrêter malgré le joli enclos paroissial.
Pique-nique:
Nous trouvons sans trop chercher un emplacement magnifique sur le sentier côtier. Il fait très doux au soleil. Nous avons une vue magnifique sur le cap de la Chèvre, j’ai le plaisir de reconnaître tous les lieux où nous nous sommes promenées ces derniers jours. Les falaises du Guen, aux roches très anciennes se détachent.
L'aventure!
je reprends le sentier. C’est vraiment l’aventure, nous n’avons ni topo ni carte. Est-ce que nous arriverons à nous retrouver? A défaut de carte, nous avons le téléphone ! Je passe une première pointe et découvre toute une rangée d’éoliennes. Nous nous donnons rendez vous au pied des éoliennes. Après cette première pointe, le sentier s’engage dans une vallée que je n’avais pas devinée, puis dans une deuxième anse. Les éoliennes semblent s’éloigner. Le sentier court dans des fougères roussies. Il est envahi de ronces. Les buissons sont aussi hauts que moi. D ne peut pas me voir. Je sens le téléphone vibrer dans ma poche. Elle a enfin trouvé son chemin vers la mer, je la vois de loin avec le sweat rouge. Après ce premier rendez vous nous reprenons l’aventure. Le sentier monte et descend il est de plus en plus enfoui sous les fougères. Je regrette de ne pas avoir pris mon bâton de marche. Après plusieurs coups de téléphone nous nous retrouvons enfin.
Mercredi, c’est marché à Crozon, au lieu de contourner la ville nous allons sur la place principale. Trois maraîchers, un poissonnier une camionnette de boucherie seulement. Les légumes sont très bien présentés, je photographie les choux : choux frisés, choux pommés, choux rouge de toute taille, choux fleurs miniatures, romanesco verts décoratifs. On vend des citrouilles mais encore des fraises de Plougastel. J’espère que tous ces produits sont bio, ou tout au moins excellents si on se réfère aux prix.
L’église de Crozon renferme un retable tout à fait curieux avec de très nombreux personnages sculptés et peints, 10 000 martyrs romains partis en campagne contre les Arméniens et devant la victoire à un ange, refusant de sacrifier aux dieux romains ils sont poussés, battus et pour finir crucifiés…Les vitraux sont aussi colorés mais aujourd’hui, il n’y a pas de soleil et ils ne sont pas mis en valeur.
D me laisse à la plage de Goulien, nous nous donnons rendez vous à la Pointe de Dinan. La presqu’île de Crozon est terminée par trois caps formant une croix, je suis donc le sentier qui longe la face Ouest du cap qui se termine vers le sud au cap de la Chèvre. Je marche dans le brouillard. J’entends mer sans la voir, une vingtaine de mètres plus bas. Des rochers fantomatiques apparaissent et disparaissent, de temps en temps la nappe se déchire et je vois la plage en dessous de moi…Trois quarts d’heure plus tard je trouve Dominique sur le sentier en face du rocher du Korrigan signalé par le topoguide. Estompé par la brume il se profile devant nous, je devine une arche à sa base. Le château de Dinan, en revanche restera obstinément caché. Il y a bien un gros îlot mais jamais je ne le verrai en entier.
Nous déjeunons sous la surveillance d’un goéland qui se perche sur le rocher le plus proche. Il fait semblant de regarder ailleurs. L’intelligence d’un animal doit pouvoir se mesurer à la capacité de feindre…On lui lance des carapaces, des têtes de belles crevettes roses qu’il dédaigne d’abord puis qu’il saisit en plein vol. Après avoir attendu, il nous survole en rase-mottes. Pour nous impressionner ? Ou nous chasser ? Dès que nous levons le camp il rapplique à notre emplacement pour terminer les carapaces. Dominique a la moitié de la tête, côté mer, trempée par les embruns ou la brume.
Je continue le sentier vers le cap de la Chèvre toujours dans la grisaille. Jusqu’à présent je n’avais qu’à me féliciter de l’entretien du GR34 dans la presqu’île de Crozon, faisant partie du Parc Régional d’Armorique. Le tronçon entre la Pointe de Dinan et la plage de la Palud, est fort mal balisé. Les promeneurs ont fait des chemins dans la lande si bien que je perds le bon chemin, je cherche les balises, c’est agaçant parce que Dominique m’attend de l’autre côté sur le sentier balisé. De plus la falaise en schiste s’effondre, des petits écriteaux préviennent du danger. Il vaut mieux donc éviter de prendre un mauvais chemin. Nous nous retrouvons près des alignements mégalithiques de Lost March : un beau menhir et de gros blocs moins reconnaissables. Un autre site protohistorique se trouve à proximité : ancienne citadelle celte – il n’en reste pas grand-chose. Le sentier descend dans la dune de Lost March le long d’une petite plage. Cela fait plaisir, une dune ! La plage de la Palud est une grande plage de sable. Les surfeurs ont investi la plage. Sur la plage des silhouettes fantomatiques se déplacent sur la plage.
Dès que nous quittons la côte, le brouillard disparaît le ciel est bleu. Nous regrettons d’être restées si longtemps sur cette côte. De l’autre côté à Morgat sur la plage il fait très beau. Je me lance dans des théories fumeuses sur la côte « au vent » où sévit le mauvais temps… Mais sur le Cap Sizun, de l’autre côté de la Baie de Douarnenez, une bande ouatée masque les falaises, seul émerge un clocher. Ma théorie sombre ! La Lieu de Grève à Pentrez est ensoleillée, je termine la journée en marchant à la lisère de l’eau autour de moi des goélands mais aussi des dizaines de petits limicoles qui piquent le sable après le passage des pêcheurs à pied.
Halloween à Intermarché
Cette fête exotique et commerciale n’a pas pris racine. On aurait oublié sa date si dans la queue au stand du poisson elle n’avait pas entendu la patronne du bazar protester :
- « Trois petites filles sont venues frapper à ma porte. Je leur ai dit : « vous n’avez donc pas de morts dans votre famille. Allez donc à l’église ! » »
Temps gris, temps de Toussaint, nous décidons de faire des visites.
Nous n’avions même pas pensé qu’à la Toussaint les gens vont à l’abbaye pour aller à la messe. Le parking est plein. Les familles endimanchées se pressent vers l’église. En Bretagne, c’est un peu comme en Espagne ou au Portugal, on ne doit pas oublier la composante catholique. On traverse le cimetière fleuri de cyclamens, chrysanthèmes et bruyères, passe sous le porche des apôtres sculpté. Je choisis une crèche avec l’âne et le bœuf au dessus de l’arche, comme sujet de photos. De l’autre côté de l’enclos, une chapelle avec un clocher à claire-voie, on vit les petites cloches qui ont un son aigrelet.
L’Exposition Primitifs se trouve dans un bâtiment moderne en contrebas. C’est vraiment une exposition majeure. Le parti pris est de ne pas fractionner géographiquement les collections mais de regrouper les figures autour des grands thèmes de la vie. Nous entrons donc dans la salle « L’humanité, une histoire de couple », fécondité – symbole de vie. Nous découvrons avec plaisir les masques africains en compagnie de masques océaniens. Je m’attache plutôt aux statues Nago, Yorouba et Ewé et Fon que je photographie pour le club Bénin. Dans une vitrine on présente des statues des jumeaux ; ce serait bien si les élèves pouvaient faire une recherche avec le livre acheté à Ouidah qui raconte les traditions des Jumeaux et s’ils l’illustraient avec ces photos ! Les masques congolais, burkinabés ou maliens sont aussi très spectaculaires. Il faut revenir plusieurs fois à chaque masque pour découvrir des détails de la vie quotidienne, l’enfant sur le dos de sa mère sur un fétiche fon, le bureau sur un cimier Guédelé. Sur les murs sont projetés en noir et blanc des films ethnographiques : un curieux mariage au Kurdistan : ce sont les ethnologues européens qui se marient. Les femmes kurdes parent la mariée, les hommes du village procéderont au rapt traditionnel à cheval. C’est un beau documentaire qui semble quand même un peu déplacé – histoire de couple, oui, mais si loin des masques !
Le thème suivant « Affaire de famille », rites de passage – symbole du pouvoir. Au murs encore des films décalés, l’un d’une procession mortuaire à Ouessant, l’autre de l’Afrique de années 1950. Nous préférons nous consacrer aux statues africaines, souvent en groupe de personnages. Nous reconnaissons les récades des rois d’Abomey. Une curieuse barque emmène six esclaves enchaînés par le cou. Est-ce la barque de Charon ? Ou celle de la Traite négrière ?
Les autres salles « L’homme en son Milieu » rites agraires – culte de l’eau, « Dieux, génies et démons » _ rituels d’exorcisme – dialogue avec les esprits sont aussi très intéressantes. On reconnaît une statue vietnamienne Joraï dont on avait vu une homologue au musée de Hanoi. Une vitrine présente des poupées chamaniques d’Amérique du Nord habillées avec des plumes et des habits de peau nous a bien plu.
Les « Œuvres de Beauté » font une conclusion et présente des masques provenant de collections de Picasso ainsi que des peintures s’en inspirant.
Nous sommes éblouies par une exposition si dense. Comme d’habitude nous faisons un tour pour revoir les pièces qui nous ont le plus plu.
Dans les jardins
Il nous reste encore beaucoup de choses à voir à Daoulas : les jardins d’abord des plantes médicinales formant des carrés entourés de buis, étiquetées à la pyrogravure , nom mais aussi utilisation médicinale. Un autre jardin toujours agencé avec des carrés de buis présente des plantes par aires géographiques, il ne doit pas geler à Daoulas, cela me fait penser aux jardins de l’Ouest de l’Ecosse ou du sud de Skye.
Le cloître roman est aussi tout à fait charmant quoique trop « rénové » au 19ème siècle. La vasque est tout à fait originale.
Une exposition de sculpture contemporaine « Grotesques Humains » de Jean-Jacques Petton est bien mise en valeur dans le parc de l’abbaye. Curieuse procession de personnages fil de fer qui se relèvent : on dirait la Résurrection avec la sortie du tombeau. Des groupes à têtes de souches ou de bois flotté aux yeux de coquillages. Malheureusement ces sculptures ne sont pas mises en valeur à côté de l’Expo Primitifs. Elles paraissent mineures dénuées de spiritualité et de toute charge symbolique.
Le village de Daoulas
Le village est tout à fait harmonieux et charmant avec une belle rue en pente construite de belles demeures bourgeoises. Des affichettes sur le thème de l’eau commentent la promenade. Deux ruisseaux se jettent dans l’estuaire à Daoulas, l’un d’eux se nomme la Mignonne, c’est charmant. Un Moulin utilise la force motrice de l’eau on y a installé un Musée de la Meunerie – fermé hors saison. A l’arrière un joli plan d’eau.
L’estuaire de l’Aulne
Pour rejoindre Landevennec – encore une abbaye – nous traversons le Faou, jolie petite ville, sans nous arrêter. Le haut pont suspendu au dessus de l’Aulne de Châteaulin offre un beau point de vue. L’estuaire de l’Aulne qui déroule ses méandres dans un site très encaissé avec les couleurs de l’automne, est très pittoresque. Nous descendons à travers la Forêt de Landevennec sur une toute petite route avec une petite incertitude : mène t elle quelque part ? On arrive d’abord à une cale : cul de sac. Puis à un très charmant moulin de la mer sur une digue qui barre presque la rivière. Une jolie chapelle. Et finalement à l’Abbaye de Landevennec.
Surprise : il y a deux abbayes, la vieille et la neuve. On commence par la neuve. Pas de visite. C’est une vraie abbaye avec des moines. La Vieille Abbaye fondée par Saint Guénolé est une très belle ruine. On se gare devant un beau portail de bois dans un mur de pierre – celui de la nouvelle abbaye ? – de beaux palmiers très hauts s’élèvent devant le mur. Une maison basse aux fenêtres bleues est blottie derrière de gros massifs d’hortensias. Jolie image.
Le musée présente le travail des archéologues, la stratigraphie des différents peuplements, les incendies destructeurs, les niveaux d’ardoises des toits On nous raconte le peuplement de la Bretagne, les troupes bretonnes dans les légions romaines, puis la christianisation grâce aux moines irlandais - St Columba. Histoire de Saint Guénolé. Les manuscrits et le travail du scriptorium nous ont le plus intéressées. Les manuscrits sont illustrés de figures très intéressantes. Je croyais retrouver une parenté avec ce que nous avons vu en Ecosse ; mais non, c’est bien différent. D me montre les neumes, notation musicale sous forme de petits signes avant qu’on ne commence à tracer une ligne à partir du 6ème siècle alors que seulement au 11ème siècle on a remplacé les neumes par les notes (Guy d’Arezzo).
Des explications très détaillées rendent très vivante la visite des vieilles pierres. De l’abbaye, il ne reste plus que les fondations. Mais les textes racontent l’attente du visiteur à la porte, les qualités requises pour un bon cellérier, les menus servis au réfectoire ou la recette du pain à la cendre. La nef de l’église est encore bien reconnaissable. Au 19ème siècle le propriétaire a eu l’idée de remonter des piliers pour y installer une végétation exotique qui s’intègre très bien dans les ruines.