Ce mot fon désigne les enfants placés hors de leur famille.
Traditionnellement, il est courant que des parents envoient leur enfant chez des tantes, des soeurs, des grand mères, des familles sans enfants... Les parents voient cet éloignement comme un enrichissement pour l'enfant qui sort de sa concession ou de son village et découvre un environnement nouveau. Ce phénomène s'inscrit donc dans le contexte de la solidarité africaine et dans celui de la famille élargie.
Nous avions été très surprises quand toute une bande de garçons s'étaient présentés comme les "frères de Sébastien"..."Même père, même mère" est une expression que nous avons aussi entendue, ce qui signifie qu'on peut être également frère "même père, mais de mère différente" ou même sans lien de sang autre qu'un vague cousinage mais élevés dans la même concession ou tout simplement d'une même classe d'âge.
Malheureusement Vidomegon désigne aussi une réalité beaucoup plus cruelle : les petits enfants esclaves. Ils travaillent au marché, petites bonniches, ou gardent des enfants à peine plus jeunes qu'elles, quand ils ne sont pas des enfants vendus pour aller casser des cailloux dans des carrières au Nigeria. Enfants placés chez des parents peu scrupuleux ou vendus à des patrons. Enfants maltraités, main d'oeuvre quasi gratuite...
C'est le film de Valerio Trufa qui m'a alertée sur ce scandale. "les enfants Esclaves" projeté samedi dernier au cinéma de la Lucarne dans le cadre d'un après midi consacré au cinéma béninois. J'ai découvert une ampleur à cette exploitation que je ne soupçonnais pas. Une émotion et une colère qui en me lâchent pas.
Une culpabilité aussi.
Comment nous, touristes béats, ne nous sommes jamais interrogés au sujet de ces petites filles portant un plateau sur la tête, vendant des boules de pâtes dans des feuilles de bananiers...Comment la petite fille de la Gare Routière de Bohicon qui nous avait rabrouées avec un "Yovo!" énergique parce que nous l'empêchions d'installer le tabouret de bois support de son commerce... les petits garçons maniant de lourdes dame-jeannes d'essence..nous les avions regardés, regrettant qu'ils refusent qu'on les prennent en photo... comment n'avions nous rien soupçonnés?
Réponses facile :
- c'était la période des vacances, nous ne pouvions pas penser que leur travail n'était pas temporaire.
Cela me donne sérieusement à réfléchir à nos observations de voyageuses pourtant attentives au quotidien qui se déroule autour de nous. Nous aurions pu deviner . Cela aurait dérangé nos vacances de découverte enthousiaste.
Personne ne nous a donné d'indice. Jamais ce problème n'a été évoqué. Trop douloureux. Nos guides, nos interlocuteurs, pourtant au courant, ne peuvent donner aux visiteurs une image aussi négative qui ternirait leurs vacances.
Peut être ne voulions-nous pas voir? Ni entendre. Dans l'avion, un Italien, que nous avions pris pour un prêtre, nous avait prévenues à mots couverts.
En plus de présenter cette exploitation indigne, le cinéaste ou la cinéaste puisque le film a été réalisé collectivement, donne la parole aux parents, bien impuissants dans une situation matérielle insoutenable, et aux petites filles qui les interpellent:
- "Pourquoi nous avez vous fait naître puisque vous ne pouviez pas nous élever?"
- "Pourquoi continez vous à porter de nouveaux enfants puisque vous avez placé les aînés"
Pendant le débat qui a suivi la projection, une évidence se fait jour : le sort des enfants découle directement de l'ignorance des femmes et de l'absence de contraception. J'interviens à ce sujet. Apparemment plus tabou que celui de la polygamie qui occupe l'assistance. Je suis effarée que les seules personnes soulevant la question dans le film, soit un curé et un imam. Ces religieux sont ils vraiment qualifiés pour expliquer la contraception aux femmes? Les béninois présents dans la salle me regardent de travers. Ces deux religieux jouissent dans leur pays d'une grande réputation.
Et me re-voilà culpabilisant à nouveau d'avoir l'esprit étroit, de ne pas savoir me déprendre d'un anticléricalisme typique d'une enseignante de l'Ecole de Jules Ferry. Je balaye d'un geste la Methode Ogino. Ai-je l'esprit étroit? Peut ête Ogino est mieux que rien?
Et me voilà encore à me poser des questions sur ma manière d'observer! Faut il se dépouiller de toutes ses convictions à Orly pour arriver, en pays lointain, libre de tout a-priori? Ou au contraire, ces convictions ne devraient elles pas aiguiser mon sens de l'observation.
Pour aborder le pays Somba ou de retour de l'Atakora, voici un ouvrage passionnant décrivant la religion de Batammaribas du Bénin et du Togo.
Publié dans la collection Terre Humaine. C'est un livre d'anthropologie très sérieux et d'une lecture très agréable.
Dominique SEWANE : Le souffle du Mort – les Batammariba (Togo, Bénin) Terre humaine Poche
J’ai trouvé ce gros livre (850p) au Musée du Quai Branly à la sortie de l’exposition Bénin. Si j’avais regardé le titre je ne l’aurais peut être pas acheté, le souffle du Mort m’aurait peut être rebutée. Mais j’ai seulement lu le mot « Batammariba », vu les silhouettes au sommet de la Tata….
Le volume n’est pas resté longtemps sur ma table de nuit. Il m’a accompagnée pendant plusieurs semaines et je me suis trouvée fascinée. Il a hanté mes pensées.
La première fois que j‘ai entendu parlé de Bétammaribé, c’était à la sortie du parc de la Pendjari. Etienne, le gérant de l’auberge m’avait demandé comme un service de descendre un de ses hommes, malade. Nous avions trouvé Félix, notre passager, installé sur le toit de la 4X4. Il avait repéré pour nous les lions à proximité de l’hôtel. En revanche, la rencontre avec un gros éléphant menaçant l’avait effrayé, il s’était glissé dans l’habitacle par la fenêtre arrière quand l’éléphant avait secoué ses oreilles. Je lui avais fait cadeau du lait en poudre que nous transportions avec nous depuis Cotonou pour sa petite sœur et il nous avait quitté à la cascade de Tanougou. C’est lui qui nous avait montré les campements démontables des Peuls et leurs troupeaux. J’avais senti une nuance de mépris de ce sédentaire pour les nomades. « Je suis Bétammaribé » avait il affirmé. C’est ensuite, en lisant Hampâté Bâ que j’avais rencontré l’immense fierté et la noblesse des Peuls.
Quelques jours plus tard, dans la 4X4 de Duran, nous avions visité le pays Somba de Natitingou à Boukoumbé. Curieuse expérience que cette expédition à la recherche des Tatas Sombas, ces magnifiques forteresses de terre dans l’Atakora. La beauté de l’architecture nous incitait à prendre photo sur photo malgré l’opposition des habitants. Une femme s’était précipitée sur la 4x4 et j’avais cru qu’elle allait gifler Dominique ou lui arracher l’appareil photo.
Pourquoi étions nous si mal perçues ?
C’est seulement après l’intercession de Maurice que nous avions été invitées dans une tata et chaleureusement accueillies. L’ »auberge » de Maurice nous avait aussi beaucoup plu. Lorsque nous sommes revenues l’année suivant, notre seule exigence dans le circuit était de dormir une nuit dans la tata en ciment de Maurice.
Malheureusement Maurice n’avait pas fait le nécessaire et nous l’avons trouvé complètement saoul à une cérémonie dont nous n’avons pas élucidé le sens. Nous sommes redescendus dormir à Natitingou.
Sentiment d’inachevé de cette visite.... Comprendre ce qui s’était passé ce soir là… Comprendre pourquoi nous étions si étrangères…
Ce livre devait donner l’explication.
Dès l’introduction, j’ai été attirée on seulement par le sujet mais aussi par l’auteur. Dominique étant un prénom mixte, je n’avais pas pensé que l’anthropologue serait une femme. Et une femme dont je me sens très proche par la génération post soixanthuitarde et les racines. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle se met en scène dans son étude. L’observateur n’est jamais neutre dans une telle enquête. Cela m’a plu que ce soit le regard d’une femme. J’ai aussi apprécié son ambition de faire paraître ses travaux dans cette collection Terre Humaine en compagnie en Jacques Lacarrière dont l’Eté Grec m’a servi de guide en Grèce ou de Dominique Fernandez et de Mahmout Makal. Ambition d’être un écrivain avant tout plutôt qu’une universitaire publiant sa thèse. Et de ce fait, la lecture est très agréable.
Je n’imaginais pas la complexité de la religion animiste des Batammaribas. Chez ces hommes restés longtemps nus et considérés comme « primitifs » le respect du savoir non écrit des anciens est fondamentale. Importance du nom, nom prononcé ou interdit, complexité des généalogies et des réincarnations. Extrême sophistication des cérémonies et en même temps tolérance inimaginable. Poésie. Alors que toute mystique me rebute habituellement j’ai lu jusqu’au bout cette analyse très fine de leur religion.
Impossible de quitter ce livre pourtant si gros. Je l’ai lu avec attention jusqu’au bout. Il na pas répondu aux questions que je me posais sur nos aventures béninoises. Pourquoi tous ces villageois étaient ils si alcoolisés ? Etait ce la condition pour entrer en transe ? Ou était ce une corruption moderne de leurs traditions, l’alcool comme compagnon de l’irruption des fripes, des mobylettes et de la modernité. Dominique Sewane fait peu allusion à cette imprégnation lors des cérémonies auxquelles elle a assisté.
Un départ un peu mouvementé
Nous n’aurions jamais pensé que les manifestations anti-CPE auraient pu avoir une incidence sur notre voyage. Hier, invasion des rails de la Gare du Nord. Je panique, téléphone à Yvette pour qu’elle nous prenne plus tôt et nous arrivons sans encombre à 9h45 à Roissy 2. L’enregistrement des bagages ne commence qu’à 10h20. Nous sommes les premières, piaffant derrière le chariot. Bernique ! Il ne reste plus de place-hublot. Nous sommes furieuses ! Oubliée la peur d’être bloquées par les manifestants! Formalités de sécurité très tatillonnes, dix fois, il faut montrer le passeport. L’embarquement prend du retard, j’en profite pour demander comment réserver les sièges par Internet. L’hôtesse nous fait une nouvelle carte d’embarquement avec les sièges 22A et B. Nous pourrons voir le Sahara et l’Afrique du ciel !
L’avion a perdu son créneau et décolle avec une heure de retard.
Deuxième panique : les 500€ ne sont pas dans la pochette. Je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi. C’est le tiers du budget des vacances. Pourvu qu’ils soient dans la valise !
En vol
L’A 330 est une merveille d’électronique : chaque siège est pourvu d’un petit écran et d’une télécommande. 17 programmes s’offrent à notre choix, plusieurs films mais aussi des jeux et de la musique. Surtout, une caméra embarquée filme le paysage. Excitées comme des enfants, nous nous promettons d’essayer tous ces divertissements. Déjeuner luxueux, menus imprimés : entrée, salade de pâtes, maïs, tomates avec un pavé de chèvre frais, puis poisson au cresson aux trois riz .
J’essaie de suivre le voyage, vexée de ne rien reconnaître dans la mosaïque de bocage et de bois. Survol de montagnes encore enneigées, lesquelles? Nous arrivons au bord de la mer. La caméra embarquée n’est d’aucune aide. Sur la côte, des lagunes, on dirait Gruissan ! Mais peut être est ce l’Espagne ? Traversons-nous la Méditerranée ? Sommes nous sur l’Atlantique ? A nouveau le rivage. J’hésite : Algérie ou Maroc ? C’est beaucoup plus tard que le pilote viendra en personne nous détailler l’itinéraire : Paris –Perpignan- l’Algérie puis le Niger.
Le Sahara est rose, irréel, flou. Je n’ai jamais vu un environnement aussi rose. Sur le petit écran rose, parfois, des dunes. Plus tard, du rocher noirâtre émergent, des oueds à sec : des nombreuses ramifications forment des dendrites. Le manque de netteté m’étonne : nébulosité ou tempête de sable, peut être ? Le Niger, à la tombée de la nuit, dans une sorte de brouillard. L’Afrique se dérobe. Au dernier moment : la frange blanche de la plage. Cotonou illuminée, des rues très encombrées, mais les lumières ne brillent pas autant que dans les villes où nous sommes arrivées de nuit : Funchal ou aux Canaries.
Cotonou la nuit, chaleur africaine
La chaleur lourde s’abat sur nous. L’aéroport est sans charme particulier, sans bousculade ni impatience malgré la longueur du vol. Un officier de santé, vêtu de blanc, contrôle avec beaucoup de conscience notre carnet de santé. La délivrance de bagages est laborieuse. Des caisses monstrueuses se présentent sur le tapis roulant. Les valises arrivent après, au compte-gouttes. Tout le monde est bien patient. Je guette la valise verte en espérant très fort que notre fortune s’y trouve. Des porteurs se proposent, sans insister, les chariots sont gratuits. A la douane, seuls les Africains sont contrôlés.
Deux hommes brandissent un plateau de bois peint artistement de blanc, rouge, vert : les couleurs du Jardin Helvetia. L’un d’eux est le porteur, l’autre, le chauffeur. Le taxi jaune et vert est d’une marque indéterminée, son pare-brise fêlé. Toutes vitres baissées, la température est agréable. Au rond-point, le chauffeur nous prévient qu’il va emprunter un « chemin de terre » qui longe la mer. Des piétons surgissent dans l’obscurité. Ils marchent tranquillement sans que rien ne les signale. Sur les bords de la piste, des cabanes de bois éclairées par une bougie ou, luxe, par une lampe à pétrole. On devine la misère dans le noir, sans la voir.
Lorsqu’on s’éloigne de l’aéroport, la mer se fait plus présente. Les cocotiers, les paillotes de plage et des restaurants illuminés évoquent des plaisirs balnéaires. Je n’arrive pas à distinguer les constructions de plage des paillotes habitées. Nulle part, lors de nos précédents voyages, nous n’avons vu un habitat si précaire. Les bidonvilles de Bangkok les maisons des Acas de Thaïlande étaient luxueux à côté de ces huttes de palmes. Le taxi fait de grandes embardées pour éviter les nids de poules. Après une dizaine de kilomètres, la cocoteraie devient plus belle, la mer plus proche. Le taxi fait demi-tour pour emprunter un chemin de traverse.
Installation au jardin Helvétia
Heiner, le patron nous accueille. Suisse, aux cheveux blancs fournis, et à la barbe blanche, vêtu d’une chemisette africaine aux manches courtes. Il ouvre un bungalow. Nous posons nos affaires sans nous installer et continuons la soirée au restaurant situé sous une vaste paillote ronde, au toit très haut très aérée fermée seulement sur un arc de cercle par un bar peint. Les nombreuses tables sont habillées de nappes en batik vert.
La carte SIM avec notre numéro de téléphone béninois, nous attend. Dominique va chercher le mobile au bungalow. Elle tarde : la porte ne veut plus s’ouvrir. Et nos affaires sont enfermées à l’intérieur !
Nous faisons connaissance avec Moronikê, la très jolie et très jeune femme d’Heiner : visage rond aux traits très fins, dents blanches dans son rire si fréquent. Leur fille, métisse, coiffée à l’africaine, avec des couettes dressées, a un visage clair délié. A six ans, elle parle français, fon, allemand et suisse allemand. Elle a un petit air malin mais très conscient de sa valeur.
La serveuse nous sert une salade de tomates et concombres. Est-ce prudent ? La présence des enfants nous rassure. C’est rafraîchissant. Nous ne faisons pas honneur au plat principal de poisson frit et haricots verts. On s’excuse :
-« le repas d’Air France était si copieux et si tardif… ».
Je termine avec bonheur de l’ananas frais « tendre, pas une pierre comme en Europe… ».
Heiner installe la puce dans son téléphone mobile et la recharge. Dominique pourra ainsi appeler sa mère.
Plutôt que de réparer la serrure on a transféré nos affaires dans un autre bungalow. Nous nous couchons presque à minuit dans la fraîcheur du ventilo.
Première nuit africaine
3 heures du matin, arrêt du ventilo et extinction de toutes les lumières.
L’électricité ne revient que vers 7 heures, fournie par un générateur qui fonctionne de 18 h à 24h, de 7 à 10 et vers midi. Exprès pour nous, ils ont laissé le courant plus longtemps cette nuit. Les générateurs supportent mal l’air marin saturé en humidité et en sel qui corrode tout ce qui est métallique. Ce qui explique aussi la mésaventure de la serrure. L’eau est également salée. On se lave les dents à l’eau minérale Potossomé.
notre bungalow
Notre bungalow est très vaste, haut de plafond avec son toit à double pente doublé de bois. Le lit, couvert de batik brun est surmonté d’un baldaquin de mousseline posé sur deux fils tendus à travers la pièce : la moustiquaire. Le vent de la mer a chassé les insectes, elle est donc inutile cette nuit et sert de décoration.
Face au lit, une sorte de salon en bois exotique : le bois lourd est sculpté avec des motifs de lions aux accoudoirs mais aussi aux pieds, le dossier est à clair voie. La matière est belle, la sculpture très réussie. Au dessus, un tableau naïf représente deux tambours mâle et femelle (attributs très explicites) joués par trois tambourineurs chacun armés de sorte de crosses. Plus lion un village de cases rondes. Dans le ciel, un avion. Sous la fenêtre, un grande table rectangulaire recouverte d’un tissu à grands ramages avec un jeu d’awalé. En face, une armoire de bois contient notre « trésor », coffre-fort tout à fait indispensable puisque nous transportons tout l’argent du voyage en espèces.
Nous avons très bien dormi. En déballant nos sacs, nous ne retrouvons plus rien, nous ne savons quels habits choisir. Y a –t- il des moustiques le matin ? Où avons-nous mis les passeports ? Comment téléphoner ? Mon portable n’accepte pas la carte SIM. Il proteste, « insérer une carte Sim correcte". Il faut trouver une autre solution. Heiner propose de louer un appareil à un Africain.
la plage
Avant le petit déjeuner, nous avons traversé le jardin pour découvrir la plage, magnifique, bordée d’une rangée de très beaux parasols de paille surmontés d’un pinacle rond, abritants des lits de bois. Le sable est très propre et la vague pas trop effrayante, ce matin. Une femme vêtue seulement d’un pagne long enroulé, les seins pendants, vient à notre rencontre. A l’aide d’un balai en palme de cocotier, elle a nettoyé la plage.
Conversation à bâtons rompus pendant le petit déjeuner
Le petit déjeuner est somptueux : un grand verre de jus de fruit frais, ananas-orange, une mangue découpée en hérisson, délicieuse, à point, fondante. On nous propose müesli ou omelette. L’omelette aux fines herbes est parfumée, avec des morceaux de tomate.
Gruyère ou Brie complètent le menu ainsi que de la confiture confectionnée par des moines au nord du pays.
Heiner nous tient compagnie. Il a travaillé pour un institut de recherche sur la Cécité du Fleuve, maladie parasitaire véhiculée par de petites mouches qui pondent sur la peau des paysans. Des milliers de vers microscopiques s’attaquent au système nerveux, provoquant la cécité. Maladie de pauvres, peu rentable. Si jamais on développait un remède, les pauvres paysans n’auraient pas de quoi payer le médicament.
Au Bénin depuis 16 ans, il ne voit pas le développement du pays décoller, au contraire ! Il nous montre les aberrations du système : le café qu’on fait venir d’Europe, alors qu’il pousse ici. Les confitures françaises que les expatriés préfèrent, puisque les produits locaux ne se vendent pas meilleur marché. L’indolence de la population a fini par l’irriter : la banque de l’aéroport est ouverte l’après midi quand il n’y a pas d’avion mais elle ferme à 20heures même si le vol d’Air France est retardé. Pour digérer la Malarone, Dominique s’inquiète du lait : il faudra acheter Nestlé ou hollandais, condensé ou en poudre. Heiner essaie de mener son affaire « à la suisse » il est contrarié par l’indolence des béninois.
Thierry, le chauffeur de taxi, vient à 9heures nous chercher avec son taxi jaune (toujours marque non identifiée). Il nous conduit à Cotonou. Moronikê nous accompagne jusqu’à l’entrée de la ville elle prendra un zemidjan.
la route des Pêches
De jour, la route paraît moins misérable : les cocotiers sont magnifiques. Sur la plage, une dizaine de pêcheurs tirent un filet. Ce sont eux qui vivent dans les huttes de palmes tressées. Des nattes tressées délimitent des enclos. Dans les cours, on voit les femmes ; du linge sèche. Tant qu’il y a des cocotiers et de la verdure, ces villages sont jolis, pittoresques. A l’approche de l’aéroport, des terrains vagues séparent les groupes de bicoques. Des hommes errent sans but apparent. L’un d’eux « cherche du papier pour se mettre à l‘aise » selon Thierry.
maraîchers
A l’entrée de la ville : les lopins des maraîchers, parcelles de 5x3m environ, avec des plants de carottes, oignons, salades. Des hommes passent portant un arrosoir dans chaque main.
quartiers officiels
Sans transition, l’hôtel Sheraton en face du Siège de la Banque Mondiale, puis la Présidence – en chantier- des bâtiments officiels, l’Ambassade de France. Nous retrouvons ensuite des rues encombrées de mobylettes, les trottoirs occupés par de petits étals de fruits soigneusement empilés, des cabines téléphoniques dans une baraque de bois, des pièces de voitures à même le sol. Nous approchons du marché.
Supermarché de la Pointe
Supermarché (pour le lait), je vérifie les dire d’Heiner : conserves de pois chiches et de tomates venant de Provence, grand rayon de vins fins : on peut trouver du Sauterne ou des grands Bourgogne.
Cartes postales à la Librairie Notre Dame où nous reviendrons pour les fournitures scolaires. En plus des manuels scolaires et universitaires, sur des tables, de la littérature africaine francophone. Mention spéciale pour Aimé Césaire, qui n’est pas africain mais qui semble très lu ici. Si nous restions plus longtemps, si nous étions plus riches, j’achèterais des piles de bouquins.
cathédrale et moquées
Nous passons sans nous arrêter devant la cathédrale carrelée de rouge et blanc. les rayures horizontales me font penser au style pisan, le carrelage aux azulejos portugais. L’ensemble est original sinon beau. Des mosquées aux minarets neufs lui font concurrence. Les rues principales Clozel et Steinmetz sont noires de mobylettes, motos et pollution. La cause de cette pollution monstrueuse est clairement identifiée : c’est l’essence qui se vend dans des dames-jeannes, des bouteilles d’huile ou de pastis bouchées ou non. C’est de l’essence de contrebande venant du Nigéria très peu raffinée vendue 350 CFA alors qu’à la pompe c’est 450.
Dankopa, poissons, légumes et gris-gris. Tout va changer !
Le marché Dantokpa est célèbre. C’est un des plus gros de l’Afrique de l’Ouest. Un homme nous prend en charge :
- « Voulez vous voir les animaux pour les fétiches ?
- Bien sûr ! »
Le Vaudoun et la sorcellerie excitent ma curiosité. Il sera un guide précieux qui nous pilotera dans les ruelles encombrées, nous montrant les passages à l’ombre où il fait plus frais.
pagnes
Nous traversons d’abord le quartier des tissus africains en étoffes colorées roulées et empilées tandis que des vêtements pendent à des cintres. Il y a même des vendeurs qui portent un plateau avec des cintres, suspendus autour de leur tête. Chaussures à talon entassées, nous retrouvons l’atmosphère des souks marocains ou égyptiens.
limaçons
Plus loin, dans des bassines, des plateaux de vannerie, des paniers ronds, d’étranges escargots à la coquille pointue évoquent plus la limnée que le petit-gris. Dans des écuelles : des escargots sans coquille ou des cadavres de limaces ?
légumes
De toutes petites tomates ; des piments très rouges, des bassines remplies de toutes sortes de haricots, de la farine ou du sucre dans des cylindres en sachets de plastique transparent artistiquement disposés.
Sous un toit de tôle ondulée, une sorte d’atelier : des moteurs bruyants actionnent des moulins. Ce n’est pas le café qui est moulu, mais les haricots et le maïs « pour faire la pâte ». Des dizaines de personnes sont occupées dans le vrombissement infernal.
Faire des photos?
J’essaie de faire une photo – refus systématique de l’homme servant la machine.
Pourquoi ? Est-ce par peur qu’on utilise son image dans quelque sorcellerie ? On m’assure énergiquement que non. Charles, le guide, Thierry, le chauffeur Heiner, ont une autre théorie : ils veulent seulement faire monter les enchères pour le « cadeau » qu’on leur fera en l’échange de la photo. D’ailleurs nombreux sont ceux qui veulent qu’on « paye d’abord ». Il me vient une autre idée, si c’était une réaction de dignité ? Refus qu’on considère leur misère comme du folklore, refus d’être perçus comme des curiosités.
la lagune
Charles nous emmène sur le bord de la lagune, là où les femmes vendent des petits poissons argentés dans des paniers ronds. Là où débarquent les pirogues qui transbordent les piétons d’une rive à l’autre. Dans la cohue, on peut faire une photo d’ensemble. Certaines femmes sont abritées sous d’énormes chapeaux, certains sont aussi grands que des bassines renversées, d’autres pointus à la manière asiatique. Elles ne refusent pas la photo, se rendant invisibles sous le fameux couvre-chef.
fétiches
Les animaux morts utilisés pour les fétiches forment un alignement de crânes dénudés, des têtes portant encore la fourrure. On identifie même une petite panthère, des moitiés de crocodile, peaux étalées par terre, fourrures poussiéreuses, serpents séchés, grenouilles aplaties. Tout un assortiment macabre dont je renonce à faire l’inventaire exhaustif. Nous avons plutôt envie de fuir.
Une femme tient une herboristerie : elle nous montre l’écorce qui guérit la malaria, les bottes d’herbes médicinales destinées à d’autres affections. Encore une fois, impossible de faire des photos. Dominique n’en peut plus de piétiner ainsi. Nous rentrons par le plus court chemin, évitant de bousculer une petite fille assise au milieu de la rue des tissus.
Le Nouveau Président!
Un ULM (aile delta motorisée) survole la ville tirant une banderole à la gloire du nouveau président. Tout le marché l’acclame. Des femmes se mettent à danser. Fait exceptionnel, elles me demandent de les prendre en photo pour témoigner leur joie. Je m’exécute bien volontiers. Pour une fois qu’une photo n’est ni volée ni achetée !
Dernière étape à Cotonou : la Galerie des Arts et de l’Artisanat,
sorte de village reconstitué avec un grand nombre de magasins de souvenirs. Je suis frappée par la qualité de la menuiserie et de la sculpture sur bois. Nous nous promettons de revenir avec Thierry pour marchander un batik « je vous casserai les prix », promet un marchand.
Pour déjeuner, nous achetons des avocats, des mangues, une papaye et des oranges. Je suis surprise par le prix : 1100CFA, nous en aurons pour plusieurs jours.
Devant une grande église, une foule est massée, la chemise jaune des zemidjans ressort. Les taxis et motos sont à l’arrêt. Le nouveau Président est à l’église. Sous un crucifix, perches sur les marche on voit une troupe, officiels ou sécurité ? Le cortège de voitures noires s’ébranle. Celle du Président est immatriculée « PR ». Dominique essaie de faire la photo. Le couvercle de l’Olympus lui reste dans la main. C’est une panne que je connais : il suffit de le faire coulisser avec précaution et de bien appuyer sur les contacteurs.
Cocos
Sur le chemin des Pêches qui nous ramène à Helvetia, Thierry arrête la voiture devant l’auvent d’un vendeur de noix de coco : il a soif. Je l’invite. Pas de paille comme en Thaïlande. Il faut se débrouiller à boire par le trou fait à la machette. Ensuite, on rend la noix au vendeur qui fait quatre quartiers de son coupe-coupe. A l’aide d’une écorce, il racle la pulpe et la présente sur un quartier : c’est délicieux mais tellement calorique qu’il ne faudra pas en abuser.
Nous mangeons nos avocats sur la terrasse. Moronikê nous a proposé une assiette et des couverts, à la vue de nos sacs plastiques noirs, sans doute. La papaye est décevante, fade. Je l’ai choisie moi-même. Je n’y connais rien. Je n’avais jamais remarqué l’étoile à cinq branches au creux du fruit. La symétrie d’ordre 5 est rare dans la nature.
Une après-midi à la plage
Après la douche, je me tartine de biafine. Même à l’intérieur de la voiture le soleil cogne dur. Nous sommes bien sous notre auvent mais il fait encore plus frais sous les paillotes de la plage. A notre intention Diane vient installer un matelas sur les lits de bois. Deux fois, je vais me tremper. J’attends que la vague m’éclabousse puis se retire dans un grand bruit de succion. Les vagues ne sont pas très puissantes. Si Dominique m’accompagnait, nous pourrions nager. Seule, j’ai peur de ne pas ressortir de l’eau.
Promenade dans la cocoteraie
Vers 18heures, nous continuons le chemin de Pêches très tranquille et atteignons un curieux « Temple de la Lumière » vaudoun : bâtiment neuf au toit de chaume imposant. Le portail est très décoré, les portes de bois sont sculptées, les colonnes historiées. Deux éléphants de bois gardent l’entrée. Sous un petit auvent, une jarre. Sous un autre un étrange monticule en forme d’étron( ?).
Le troupeau de bovins rentre, mené par un tout petit berger, qui chantonne. Il n’a pas huit ans et ne semble pas comprendre le français, ou peut être est il trop timide.
menu suisse!
Au dîner : Rostli zurichoise. L’assiette est occupée par la moitié d’une galette de pommes de terre râpées et grillées, l’autre moitié d’une « sauce » avec de petits morceaux de bœuf extrêmement parfumée au persil.
Je termine la soirée sur notre terrasse à écrire. La première impression est qu’il n’y a pas de moustiques. Je reste en T-shirt. Dominique se fait piquer. Je prends les mesures qui s’impose : crème à la citronnelle et tortillon à brûler. Vers 21h30, j’écrase un moustique sur on coude. Il faut passer à l’alerte supérieure : chemise à manche longues imprégnée et produit plus efficace.
On se couche tôt et on éteint à 22heures. C’est une erreur. On se réveille à cinq heurs avant le lever du jour et sans électricité.
Téléphone mobile
La sonnerie du portable de Willy nous a réveillées. Un message ? Non c’est seulement le réveil. Jusqu’à présent tout se déroule à merveille, sauf les SMS. Dominique peste contre le modernisme qu’elle rejette en bloc. Heiner, au contraire s’amuse avec son mobile comme un enfant avec un jouet. Il change les cartes SIM, enregistre en mémoire, modifie, jongle avec la technique en allemand ce qui ne facilite pas la transmission des connaissances.
Willy, très noir de peau aux traits très fins, vient aux nouvelles avec le chargeur du téléphone. Tous les deux cliquent, naviguent… Le portable a une fonction de prestige et de statut social pour Willy plutôt que de nécessité. Il nous le loue volontiers. Il me faut apprivoiser l’appareil, défi qui ne me déplait pas.
l'école primaire de la fille de Thierry
Thierry nous attend déjà lorsque nous arrivons sous la grande paillote pour le petit déjeuner. Nous retrouvons avec plaisir la Route des Pêches. Dominique lui demande de nous montrer sa maison : c’est une cahute en bord de mer – bien située sur la plage – mais très petite. Il a deux enfants. Sa fille fréquente l’école primaire. Dominique demande à voir l’école. Elle préfèrerait acheter les fournitures scolaires aux enfants de notre village plutôt que d’aller à Lokossa où nous sommes si peu attendues. N Kodjoh a appelé, peu aimablement sans aucune intention de nous véhiculer. Il n’était pas loin de nous engueuler de ne pas avoir pris contact nous même avec le collège.
Carburant
Arrêt carburant devant un étal où sont posées 4 dames-jeannes. Le soleil du petit matin éclaire l’essence couleur caramel qu’on verse par un entonnoir en zinc.
Cotonou, le dimanche
Cotonou est moins animée qu’hier, nombreuses boutiques sont fermées le dimanche. Sur la plage, on joue au foot avec des mini-cages mais avec de vrais maillots de vraies chaussettes. La rue est barrée par des plots qui servent de but. Des théories de femmes et enfants portent des palmes : ce sont les Rameaux, les palmes sont pour l’église.
la radio : le nouveau Président
L’embarcadère pour Ganvié se trouve à Abomey-Calavi. Après les informations sur RFI (nouvelles de France, de Palestine, mais aussi nombreux conflits en Afrique, Casamance, Tchad, un séisme à Kivu…). Thierry écoute un débat sur la formation du nouveau gouvernement. Le Président Boni Yayi a été élu avec le mot d’ordre « Tout va changer ! ». Il mécontente la classe politique s’il ne choisit pas les ministres parmi la classe politique (anciens ministres ou candidats malheureux). En revanche, il est plus populaire.
Ganvié : notre équipage
Un fonctionnaire assis à une table enregistre les touristes et leur attribue un guide. Ce dernier fait les présentations dans la pirogue :
- « Je suis Grégoire, votre guide, et voici Bienvenu, votre capitaine ».
Grégoire est habillé à l’africaine en satin rose broché de fils d’or. Il s’exprime très bien.
- « Le voyage durera 35 minutes à voile et le retour 45 minutes à la rame. ».
Puis il installe une perche et la voile rectangulaire, une sorte de drap imprimé avec Snoopy, qui nous fait de l’ombre ce qui est très agréable. Craignant la réflexion du soleil sur l’eau, j’ai pris mes précautions : écran total, chapeau, et je me voile à la turque avec le voile blanc acheté aux femmes devant la mosquée de Besehir. La Biafine a fait des miracles après les coups de soleil d’hier mais il ne faut pas recommencer.
La légende de Ganvié : épervier et crocodile
La pirogue glisse sur l’eau en silence. Grégoire nous raconte l’histoire de Ganvié et de ses habitants, les Hommes de l’Eau ou Toffinous originaires du Togo (les Adjakedos). Par suite de guerres tribales, ils sont arrivés avec leur roi Agbogdobé en 1717 . C’était alors la brousse. Ce roi, puissant en Vaudoun, se métamorphosa en épervier, survola la lagune et découvrit l’île de Ganvié. Ses gens restés sur la rive ne pouvaient pas passer. Il fit alors une autre magie qui le transforma en crocodile, transportant ainsi ses collaborateurs sur son dos. Depuis, le crocodile est sacré à Ganvié. Le nom Ganvié vient de Gan=sauvé et de vié=collectivité. Toutes les activités des habitants de Ganvié sont liées à l’eau : principalement la pêche, accessoirement la contrebande d’essence avec le Nigeria.
Pêche à l’épervier et pêche à l’akadja
Deux techniques de pêche sont pratiquées ici : la pêche à l’épervier, de la pirogue, seul ou à deux. Le pêcheur lance un filet circulaire d’un beau mouvement tournant. Il remonte ensuite sa nasse en essorant les bords et en les repliant. Le poisson se concentre au fond comme dans un sac. Un jeune garçon nous en fait une belle démonstration, pour la photo et 100CFA.L’autre pêche est plus élaborée : les pêcheurs piquent des branchages portant encore leurs feuilles, des bambous ou des palmes et les attachent. Dans ces rideaux, sur de grandes étendues la vie se développe : microorganismes, plancton, crevettes ou mollusques. Les poissons attirés par toute cette nourriture prospèrent. Les pêcheurs entourent cette « pisciculture » de filets et piègent ainsi daurades et tilapias. Le problème est qu’ils coupent parfis les chenaux de navigation et qu’il s’en suit des bagarres. Un autre problème moins immédiat est que la lagune se comble ainsi.
Les Rameaux
Nous croisons de nombreuses embarcations chargées de Béninois en route pour l’église, en habits de fête, portant des palmes. A Ganvié, on ne se déplace qu’en pirogue, dès 6 ou 7 ans. Certains pêchent, d’autres plantent les branchages. Une femme allaite son bébé, des petites filles traversent le chenal.
Des sternes se posent sur les piquets des filets. Elles ressemblent à des hirondelles.
le village sur pilotis
Le village est construit sur pilotis. Certaines maisons sont couvertes de chaume, d’autres plus modernes sont peintes en couleur et couvertes de tôle ondulée. Quelques unes partent complètement de guingois, les poteaux de travers. Des enfants nagent dans les canaux. Peu de terre ferme : un arbre donne de l’ombre à une place. Plus loin, une statue énorme : le monument du roi légendaire peint en blanc et en doré ressemble à un bouddha Thaïlandais. D’ailleurs, tout ce village et son marché flottant, évoquent le Siam : les chapeaux pointus et évases, les marchandes…
Cité lacustre
Premier arrêt : la Maison de la Francophonie qui a accueilli Chirac au sommet de la Francophonie en 1995. Maintenant bien délabrée, elle abrite un peintre d’acryliques naïfs et stéréotypés, un vendeur de batiks (grossiers).
Deuxième arrêt : terrasse d’un hôtel-restaurant-souvenirs où nous invitons Grégoire et Bienvenu à boire un coca. Au dessus du marché flottant, nous avons une très bonne place pour prendre des photos. En face, dans une église évangélique, les fidèles habillés de blanc répondent bruyamment au prêtre. Il est passé midi, l’heure de rentrer. Nous quittons le village sur la vision de cochons aquatiques qui nagent. L’épervier (l’oiseau, celui du roi de la légende) nous survole. Le téléphone portable sonne, je suis ravie c’est le premier appel sur notre numéro béninois : Sébastien, le guide que nous a recommandé Danielle.
Thierry nous attend, il nous donne la clé d’une énigme : des barques étaient remplies d’une vingtaine d’hommes et de femmes habillés tous du même tissu imprimé vert à grands ramages. Il s’agissait sûrement, d’après lui, d’une cérémonie mortuaire. Les proches du défunt choisissent un tissu et manifestent ainsi leur deuil.
Margouillats
13H30, collation au bungalow : avocat, mangue et yaourt. J’attends la visite de Sébastien. Deux margouillats font leur apparition sur la terrasse. La femelle, grise et gracile, le mâle avec sa curieuse tête orange greffée sur un corps noir. Ils sont très amusants : on dirait qu’ils font des pompes, leurs épaules sont presque humaines.
Une visite
Je suis un peu gênée de la visite de Sébastien, nous ne ferons pas appel à ses services. Je prépare les photos de Danielle et sa lettre. Il n’arrive pas seul : il est accompagné par une touriste française qui souhaite partager le 4X4 de Natitingou. Financièrement, c’est une bonne affaire. Dominique est furieuse, elle a l’impression qu’on lui impose des équipières qu’elle n’a pas choisies. Sébastien et Laurence s’incrustent. Nous aimerions bien aller à la plage. Je leur offre un Possotomé plat sous la grande paillote.
A la plage
Je n’arrive qu’à 18heures à la plage. Les parasols se sont vidés. Les 4X4 énormes et les grosses voitures rutilantes des européens expatriés quittent le parking. Diane et le jeune serveur ont traversé à nombreuses reprises la route, portant des plateaux avec des bières, des cafés et autres rafraîchissements. Quand je vais à l’eau, une française se baigne. J’espère qu’elle va plonger dans la vague et me montrer le chemin. Elle se contente d’attendre la vague et de reculer quand l’onde est trop haute. Maintenant que le soir tombe, je peux reprendre ma promenade sur le sable mouillé à la limite de l’eau, là où l’écume mousseuse arrive et se retire avec force. Le ciel est gris opalescent. Les cocotiers au loin, sont noyés dans une sorte de brouillard. Des petits crabes presque transparents courent de côté et sont balayés parla vague suivante.
Un rapace plane, puis deux. Encore l’épervier ? Plutôt une buse. Les tortues viennent pondre en avril et en mai sur cette plage. Deux carapaces sont exposées au restaurant, portant des slogans pour leur protection. Heiner et Moronikê se désolent : ici on mange les œufs. L’espèce est pourtant protégée. La misère est si grande ! Ils mangent aussi les chats.
Dîner
Au dîner : salade carottes maïs et salade verte, poisson en papillotes accompagné de courgettes sautées au persil très parfumé, bananes plantain caramélisées épinards délicieux. Pour dessert une part de tarte avec une boule de glace moka maison. Nous mangeons à la table voisine de nos hôtes et bavardons familièrement d’une table à l’autre. La politesse commande que nous restions à discuter encore un peu avant de nous coucher. Nous faisons bien : Heiner nous explique le déroulement de l’excursion à Ouidah.