On perd notre temps à Nati
Il est 15H30 quand nous arrivons au supermarché de Natitingou. Qu’acheter pour dîner dans la montagne à Koussou chez Maurice ? Est-ce qu’on pourra faire cuire ? On remplit un panier avec un paquet de nouilles, du ketchup, nescafé, lipton…que Michel nous fait remettre en rayon. Kamal ne s’est pas occupé de la lessive comme prévu, il faut retourner la chercher à la Montagne. Les filles veulent des timbres à la Poste. On propose la visite du musée. Tous ces atermoiements m’agacent. Il faudrait au contraire arriver le plus vite possible à Koussou pour avoir le temps de s’installer, de visiter les tatas et de profiter de la beauté de l’endroit ! Dans le groupe, on sent une certaine nervosité.
Qu’allons nous trouver là-haut?
- « C’est quoi le plan ? » demande Damien à la mode djeune.
Michel ne manifeste aucun enthousiasme pour aller chez Maurice.
Personne au Belvédère de Koussou
Nous arrivons là-haut à 18heures. Il reste une petite heure avant la nuit. Il n’y a personne au Belvédère. Tout le village est réuni pour faire une « fête de funérailles ». En attendant que Maurice arrive, nous visitons les 4 cases de ciment destinées aux visiteurs. Elles sont propres, il y a des lits mais pas de matelas encore moins de drap. Pas d’eau dans les « cases de douche ». Nous ne sommes pas attendus. Cela aurait été si simple de déléguer Kamal hier ou ce matin pour prévenir Maurice ! Ou tout simplement de zapper l’étape à Natitingou et d’arriver vers 16heures ici. On aurait eu le temps de s’organiser.
Nous attendions tellement cette nuit dans la tata !
Je suis furieuse. J’ai envoyé plusieurs mails à Sébastien pour lui dire que nous avions très envie de cette étape. Il aurait suffi d’un tout petit peu de bonne volonté de la part de Michel qui visiblement préfère passer la nuit à Natitingou. Dominique, Damien et Michel sont d’accord pour retourner dormir à la Montagne. Laure et moi, pleines d’entrain et adeptes du camping aimerions bien rester ici.
Visite de la tata "pour touristes"
Un jeune homme arrive en moto. Momo est à la fête mais il est saoul. Si nous souhaitons rester il sortira les matelas et les draps. En attendant qu’on se décide, il fait visiter la tata. Sans le cérémonial de Momo, la tata de ciment n’a pas autant de charme. Le jeune nous montre quelques détails qui m’avaient échappés : les petites buttes à l’entrée représentant les grands parents décédés. « Ici », il désigne un petit tas, « la grand-mère », « ici, le grand père », il en montre un autre. La belle poterie traditionnelle renferme les médicaments traditionnels : une graine évidée sert de flacon destiné à renfermer une poudre « pour la vipère ». « Pour le mal de tête,.. », il sort un crâne de chevreau. On fait couler l’eau sur la tête après l’avoir fait glisser sur le crâne ( ???). je grimpe sans problème à l’échelle. J’ai vu exposée, une telle échelle dans une galerie d’art dans le Marais, à Paris,. Proposer un tel objet à la vente m’avait scandalisée. Je ne sais pas bien pourquoi.
Laure monte sur la moto, les autres dans le camion, nous allons au village.
A Koussou,
tout le monde est saoul
Une grande foule est rassemblée. Un petit orchestre de flûtes et de percussions joue. L’odeur d’alcool de mil plane. Le jeune homme ouvre une case où sont entreposées des calebasses de toutes tailles pleines. Nous cherchons Momo. « Il est là-bas, sur la paille » dit quelqu’un de l’assistance. A notre arrivée, il se lève – raide – se met au garde à vous. Il porte un béret rouge enfoncé jusqu’aux oreilles. Il lui reste assez de lucidité pour me reconnaître, me prend la main et ne me lâche plus. L’idée que nous sommes venus pour dormir dans son auberge ne l’effleure pas.
Nous partons visiter le village en compagnie du jeune. Damien et Stéphanie s’abîment dans la contemplation des cochons, une truie allaite ses petits. On a égorgé un bœuf dans la tata qu’on propose de nous faire voir. Il faut passer devant la mare de sang et la bouse avant d’accéder par l’étable à la cuisine fermée (en saison pluvieuse). Sur une banquette à l’entrée divers accessoires dont la « planche » en pierre où sont moulus le mil ou la moutarde (graine de néré). L’étable est dans une pièce très sombre au rez de chaussée. On monte ensuite sur la terrasse. Cette tata est habitée par deux vieilles personnes. Sur la terrasse il n’y a pas de foyer ni de graines qui sèchent. C’est un peu triste.
Petit dispensaire
Dominique a préparé les médicaments pour le petit dispensaire que nous avions visité l’an dernier. Le même infirmier est en poste. Il accepte avec joie les médicaments et les petites couvertures mais il est très déçu que nous n’ayons pas apporté ses photos. Il nous fait visiter la salle de pansement meublée d’une table de bois à clair voie qui évoque plus l’établi de menuiserie ou la boucherie que l’hôpital.
Orage sur l’Atakora
Nous reprenons la piste de nuit. Des éclairs déchirent les nuages. La proximité de l’orage me fait oublier mes regrets de ne pas dormir à la montagne. A la Montagne, il reste des chambres. Nous retournons au restaurant du frère de Michel. Le dîner est immangeable, heureusement qu’il y a les mangues de Pobé.
Journée de route, pas de tourisme.
Nous devons nous lever à 8 heures, cela fait bien longtemps que nous n’avons pas fait la « grasse matinée » si bien que je m’éveille à 6h 30 après avoir dormi d’un sommeil si lourd que je n’ai entendu ni l’orage violent qui a refroidi l’atmosphère ni le muezzin à 5heures.
Le Cours de Tata de Marcelline
Petit déjeuner à l’auberge Taneka. On nous sert des viennoiseries et les mangues de Pobé. La dame qui nous sert porte une étrange coiffure en tulle orange, mi-turban à volants mi-charlotte. Son opulente poitrine est moulée dans un T-shirt noir court. Ne pas se fier aux apparences, ce n’est pas la serveuse. C’est la dame qui devait nous monter le repas à Koussou hier soir. Elle y est d’ailleurs montée « avec un très bon repas et de la moutarde de Dijon ». Dès qu’elle a vu la fête et l’état d’imprégnation alcoolique de Momo et de tous, elle a compris. Même le jeune homme qui nous avait fait visiter la tata a été incapable d’expliquer notre défection.
- « J’ai tout arrangé ! » lâche Michel avec un petit sourire,
- « Comment ?
- « J’ai payé ! »
Marcelline nous fait un cours sur les tatas. Tous les tatas ne sont pas des tatas d’habitation. Il existe aussi des tatas rituels. Selon elle, le bœuf a été égorgé dans un tata rituel. Avec le sang du sacrifice on a arrosé tous les points consacrés à l’âme des défunts que la fête honorait.
Le but de cette fête est, pour nous, très flou. Tout d’abord, on nous a dit qu’il s’agissait d’un enterrement. Comme nous voulions savoir qui était mort (seul le décès d’une très vieille personne donne lieu à une fête joyeuse), il nous a été répondu que la personne était décédée il y a 35 ans. Marcelline nous livre une nouvelle version : il s’agit d’une commémoration de tous les morts d’une classe d’âge décédés il y a 35 ans. Marcelline s’occupe d’une agence pour la promotion du tourisme dans les Tatas Somba. Elle déplore la mauvaise tenue de l’auberge de Koussou. Maurice devrait aérer les matelas et les retourner tous les jours.
- « Il ne le fait jamais ! » soupire t elle
Elle est également professeur d’anglais. Demain c’est la reprise des cours. Je lui laisse mon adresse électronique. Elle écrira. Nous verrons bien.
En route !
L’orage a lavé le paysage. A Djougou, je cherche les enseignes qui m’avaient amusée l’an passé. Le minibus roule trop vite pour des photos. Nous traversons Savalou vers 13 heures nous commençons à avoir faim. Michel décide que l’on déjeunera à Dassa.
Gastromomie sur la route
Le restaurant situé sur le bord de la route est composé de plusieurs paillotes rondes. On choisit les plats dans de grosses boîtes isothermes : riz ou semoule de maïs que l’on accompagne d’épinards, ou de poulet ou de fromage baignant dans une sauce rouge. C’est délicieux, surtout les épinards très parfumés et relevés. Le fromage est bizarre, tout rouge avec une texture spongieuse. Nous partageons l’addition 700CFA, boissons comprises. Je regrette notre méfiance vis-à-vis de la nourriture africaine. Au lieu de chercher désespérément des beignets et des bananes nous aurions pu nous régaler à peu de frais !
dans la chaleur de midi
Dassa- Bohicon : je somnole après le repas dans la chaleur écrasante de midi. A Bohicon, nous partons plein est dans une campagne très verte et plus ordonnée que celle que nous connaissons au Bénin. Les palmiers à huile sont bien alignés. Michel fait arrêter le véhicule pour nous montrer les plants de coton (après la cueillette). Deux rangées d’une vingtaine de mètres. On ne peut pas appeler cela un champ ! Que font ils donc de la petite quantité récoltée ?je fais la remarque à Michel que la campagne me paraît plus entretenue. Il acquiesce, selon lui, la pénétration des Blancs en est la cause.
La Cité du Bonheur
Nous arrivons bientôt à Cové, gros bourg commerçant aligné le long de la route. Aucune trace d’un hôtel. Le minibus sort de la ville. Michel hèle un passant.
- « En arrière ! »
Kamal fait demi-tour. Pas plus de panneaux. Chaque fois qu’on demande à quelqu’un l’avis est différent. C’est amusant de les voir pointer des directions opposées d’autant plus que les Béninois utilisent beaucoup leurs mains pour parler.
La Cité du Bonheur est un hôtel qui appartient à un douanier devenu ensuite député (dixit Michel). L’établissement regroupe plusieurs bâtiments bas, une salle de conférence, un restaurant rond tout cela dans une verdure bien entretenue. De gros climatiseurs dépassent à l’extérieur. Nos trois chambres occupent un édifice circulaire caché derrière un gros manguier. On découvre des chambres biscornues peintes jusqu’à mi-hauteur d’un marron assez repoussant. Moustiquaire. Ventilateur au plafond à grandes pales, une salle de bains carrelée pimpante. « il y a coupû(r)e ! ». Nous ne pensons qu’à une chose : la douche ! On nous assure que l’eau reviendra d’ici un quart d’heure. Un énorme seau (une poubelle de 30 L) recouvert d’un couvercle plein à ras bord nous fait penser le contraire. Nous nous rinçons à l’écuelle comme au village.
Pour dîner : de l’agouti
Nous traînons à la terrasse du restaurant en buvant des pots. Pas de visites. Pour une fois, nous apprécions bien cette détente. Michel a fait installer des chaises sous le manguier.
Pour dîner : de l’agouti, une sauce délicieuse et du couscous. L’agouti ressemble à un ragondin, on l’appelle aussi rat palmiste. Sa chair est ferme rappelant celle du lapin, en plus ferme (tout est plus ferme au Bénin, souvent trop cuit et coriace). Michel avait proposé une bouteille de vin rouge qui n’est jamais venue. Pendant le dîner « il y a coupu(r)e ! ». Nous dînons à la bougie. Moins plaisant : l’arrêt des ventilateurs, les chambres seront des fournaises. On dormirait volontiers dehors sans les moustiques.
Bonne assise !
Nous terminons la soirée sous les étoiles innombrables. Une femme passe et nous souhaite : « Bonne assise ! ». Douceur de la nuit africaine. Retour du courant : le ventilateur brasse de l’air chaud. Dernière douche au seau. Si on ne bouge pas un orteil la chaleur sera supportable !
La transparence des élections au Nigeria
A 7 h du matin, un employé frappe à notre porte, un lourd seau à la main.
Il justifie :
- « Il y a des élections au Nigeria. Quand il y a eu des élections au Bénin, le Nigeria a prêté beaucoup de courant pour qu’elles se déroulent dans la transparence… »
- « Quel rapport avec l’eau ? »
- « quand il n’y a pas de courant, l’eau ne monte pas à la pompe. C’est pareil dans tout le Bénin, à Porto novo ou à Cotonou… »
C’est vrai, le Bénin subit une grave crise énergétique. Le Ghana, son fournisseur principal, ne peut plus fournir la demande car le barrage est à sec. On est parfois obligé de faire appel à la Côte d’Ivoire. En tout cas, aucun rapport avec le manque d’eau ici.
Au petit déjeuner, la dame arrive :
- « Bonjour à table ! »
-
De Cové à Pobé par Kétou
Une cinquantaine de kilomètre séparent Cové de Pobé par la route. Par la piste, c’est plus court (36km) mais la piste est mauvaise. Nous traversons Ketou qui se vante de posséder des sites historiques que nous ne visiterons pas. Nous passons le fleuve Ouémé qui prend sa source dans l’Atakora. C’est un cours d’eau tranquille. Les champs de maïs sont soignés. Nous passons devant la grosse usine de ciment Lafarge. De gros camions ont défoncé la voie. Une poussière rouge enveloppe tout sur leur passage.
Pobé s’étale le long de la route, comme à Cové comme à Kétou. Nous passons devant un gros collège islamique tout neuf et bien peint.
Mozart à la récré
Nous arrivons au CEG1 pendant la récréation. La cour est pleine. Une musique sonorise la récré. Nous reconnaissons Nana Mouskouri. C’est le surveillant général qui choisit le CD. on nous fait entrer dans le bureau du Principal aussi jovial qu’à la première rencontre mais très affairé. La fin de la récré est annoncée par Mozart.
En classe
Romain nous introduit dans la classe des 4ème1 où se déroule le cours d’Anglais. Les élèves se lèvent et chantent la chanson qu’ils ont écrit pour nous : « Nous sommes les élèves du CEG Pobé, soyez les bienvenus. Chers Cristoliens, chers gens de Fefa, soyez les bienvenus ! ». Comme nous, ils portent le T-shirt orange avec l’Aigle Bleu, leur tenue de sport.
Aux murs de la salle
La salle est nue comme toutes les salles du collège, colorée par la poussière rouge.Seules quelques feuilles blanches ont été collées:
La maxime de la semaine est affichée :
« N’ATTENDS RIEN DE PERSONNE, COMPTE SUR TI-MÊME CAR SI LE PARTAGE DEVAIT ÊTRE FAIT PAR L’HOMME TU N’AURAS JAMAIS TA PART. »
Sur une poutre, à la craie :
« L’ECHEC N’EST PAS AU PROGRAMME CETTE ANNEE ! ».
D’autres inscriptions sibyllines : « CONGO ! CONGOLAIS ! » (???)
La feuille avec la liste des élèves pour la corvée de balayage.
Pédagogie expérimentale
Les tables sont en nombre suffisant mais on les a regroupées par paquets. 4 à 6 élèves ssont assis perpendiculairement au tableau. L’effectif est à peine(!) d’une trentaine d’élèves, silencieux et calmes. mais ils se déplacent parfois et se parlent doucement en suivant à plusieurs sur le même polycopié. Je suis assez étonnée de ce fonctionnement. Romain nous expliquera plus tard que la 4ème M1 est une classe expérimentale où l’on met en œuvre une pédagogie active. Les enfants travaillent en groupe. La disposition des tables et le « petit effectif » doivent favoriser les échanges entre les élèves « un peu comme chez les scouts » précise Romain qui me regarde, se souvenant que j’ai, moi aussi, été éclaireuse dans ma jeunesse.
Cours d’anglais
Le jeune professeur d’Anglais est imperturbable. Notre arrivée ne modifie en rien le déroulement du cours qui est la correction des compositions semestrielles. Mariette, une élève volontaire, écrit la correction au tableau que l’enseignant a soigneusement divisé en trois colonnes. Un élève lit le texte d’une dizaine de ligne. Sa voix est inaudible, son accent africain est étrange à nos oreilles. Je n’y comprends rien ! Je m’intègre donc à un groupe d’enfants pour pouvoir suivre sur le polycopié.
Deux exercices de compréhension de texte, rien de bien méchant ! Les élèves sont volontaires pour répondre « Moi ! Monsieur ! », Ils lèvent la main vers l’avant. L’élève désigné pour répondre se lève.
Lorsque vient l’exercice de conjugaison avec des difficultés dans la concordance des temps, les réponses se font plus rares. Enfin, une fille trouve la solution. Le professeur d'un geste déclenche des applaudissements et un ban sonore retentit accompagnés de gestes éloquents. L’élève félicitée se contente de sa gloire. Le calme revient immédiatement dans la classe.
La correction achevée à l’oral, le professeur s’assied à une minuscule table dans un coin et laisse le temps aux élèves pour recopier. Nous sommes tous admiratifs devant le calme des enfants. Nous n’avons jamais entendu l’enseignant forcer sa voix. Tous paraissent bien motivés même pendant cette correction aride.
Il y a quand même un puni. Seul, juché sur une table de côté. Pourquoi l’a-t-on isolé ? Il est arrivé en retard.
Nous aimerions récolter les lettres et aller voir la 4èmeM2 dans la salle voisine. Le professeur distribue ses copies sans se soucier de nous, puis permet, seulement ensuite, aux élèves de nous remettre ce qu’ils ont préparé.
70 élèves au cours de maths
En 4ème M2, c’est très différent. Près de 70 élèves sont assis face au tableau. Certains se tassent à 3 sur un banc de 2. Ce n’est pas une classe expérimentale c’est de la pédagogie traditionnelle. Ici, aussi correction de l’examen, mais en maths. Le tableau est couvert de factorisations et de fractions. Je ne suis pas sûre que les 3èmes de chez nous arriveraient à calculer aussi vite que les béninois. Nous attendons en compagnie de Romain, parmi les enfants sages, la fin de l’heure pour emporter nos lettres.
Le Père Noël à l’envers
A ma grande confusion, les enfants ont préparé de gros paquets emballés dans du papier cadeau métallisé. Nous ressemblons à des Pères Noël à l’envers. Dans le cliché, ce sont les « gentils riches blancs » qui apportent des cadeaux aux « pauvres africains ». Aujourd'hui, c’est le contraire qui se passe. Les 4èmeA de chez nous, n’ont rien donné pour leurs correspondants. Nous distribuons les bics cristal et les crayons. Je me sens plutôt honteuse de cette pitoyable distribution. D’autant plus, que j’ai bien peur que les enfants gâtés français n’apprécient pas leurs cadeaux à leur juste valeur.
Cuisine et couture
Dominique vient me cherche :
- « Marcelle te cherche ! Elle a apporté plein de paquets ! »
C’est le déjeuner dans des boites isothermes et des faitouts et nos tenues. Le menu est le même que lundi, je me sers avec modération de hors d’œuvre pour pouvoir apprécier le poulet et les légumes au gingembre.
Les trois robes nous vont parfaitement. La couturière a beaucoup travaillé. Les encolures sont toutes piquées de « nervures » très fines qui ont du prendre des heures de travail. C’est habillée à l’africaine que je vais parapher le protocole de coopération entre le CEG1 de Pobé et le Collège Simone de Beauvoir avec aussi la Fefa dont Thimoléon est le Président.
Protocole
Thimoléon m’avait assuré au téléphone qu’il rédigerait le papier à Cotonou. Il est venu les mains vides. Nous improvisons quelque chose de court mettant en avant l’échange de correspondance et la Réhabilitation de la Bibliothèque. Thimoléon et le Directeur veulent ajouter un paragraphe concernant une coopération informatique. L’informatique n’est pas mon domaine. Je n’ai pas envie d’engager la participation du collège sur ce plan. Thimoléon et le Directeur font valoir que ce n’est qu’une intention sans aucune obligation.
Le Directeur rédige dans un style plus imagé et plus emphatique, souhaitant « fouetter le goût de la lecture ». Il confie le texte à son secrétaire qui le dactylographie sur le champ. Dans une chemise cartonnée : le devis des travaux projetés. Notre petit paquet de billets couvrira tout juste la première tranche des travaux : le gros œuvre : tôles, plafonds en contreplaqué. Saurons nous trouver le financement des rayonnages ? Sans parler du sol qu’il faudrait cimenter !
Derniers cadeaux :
Marcelle a confectionné des biscuits apéritifs croquants et anisés présentés dans des flacons de verre.
[i]Retour à Cotonou[/i]
Nous quittons Pobé sans avoir revu les enfants. Les cours ne reprennent qu’à 15 heures. Thimoléon, Michel et Kamal sont pressés de rentrer à Cotonou. En chemin Thimoléon propose de construire un site INTERNET pour nous avec l’aide de Clotaire. L’idée est séduisante. Mais je ne sais pas construire un site, c’est Clotaire qui devra tout faire. Le contrôle m’échappera cela me plait moins.
En sens inverse de la circulation, nous voyons des caravanes de voitures luxueuses, neuves ou presque, en route vers le Nigeria. Cotonou est la plaque tourante du commerce de la voiture d’occasion en Afrique de l’Ouest. Les Libanais y jouent un rôle important.Pobé n’est qu’à quelques kilomètres de la frontière nigériane.
Les occupants du minibus sont accablés de chaleur. A partir de Porto Novo le trafic devient très dense. Les camions sont très nombreux. Nous arrivons à 16heures à Cotonou. La pollution est à son sommet. L’embouteillage est complet. Kamal cherche des chemins de traverse pour se dégager de la grande route saturée. Seulement trois ponts enjambent la lagune. Il faut obligatoirement passer par ces goulots d’étranglement.
Les adieux
Le camion s’engage dans un quartier plus calme aux rues sablonneuses où les enfants jouent dans la rue. Je reconnais le manguier qui pousse sur la voie devant le bureau de Sébastien. Ce dernier arrive, vêtu d’un magnifique costume bleu avec de grands motifs jaunes : prise électrique, fil ampoule. Sébastien fait la bise. Il ne lâche pas sèchement la main d’une personne. Il l’accompagne encore quelques pas. Pour garçons ou filles, il a des attentions affectueuses, il me prend par le bras puis manipule très délicatement le col de la chemise de Damien pour découvrir le collier en os qu’il s’est acheté. Nous ne tarissons pas d’éloges sur son village et sur ses frères. « Même père, même mère », ils ne sont que 4 frères. Symplice et Hyacinthe ne sont que des cousins si on applique le schéma de parenté européen. Elevés ensembles sur une même concession, ils se disent tous frères et ne savent même pas combien ils sont !
Sébastien et Michel nous raccompagnent jusqu’au Jardin Helvetia ou nous buvons un dernier verre ensemble. Même Kamal, pour une fois, veut bien se joindre à nous. Nous avons fini par comprendre pourquoi il prenait ses distances : il est musulman pieux et rattrape les prières qu’il n’a pas pu faire pendant la journée.
Helvetia
Le voyage en minibus est terminé. Nous sommes heureuses de retrouver Helvetia et Moronikê. Nos avons l’impression de rentrer chez nous. Nous avons juste le temps d’aller à la plage. Les vagues sont puissantes. Après s’être fait rouler dans le sable je n’insiste pas. Pour dîner je revêts ma belle tenue africaine tout en me tartinant abondamment le dos décolleté pour ne pas me faire dévorer. Merci à Insect Ecran : cela marche !
Premier voyage en Afrique occidentale et peu de références bibliographiques. J'ai pioché au hasard de mes flâneries à la bibliothèque de mon quartier, d'une visite au musée Dapper....
Voici la moisson:
Bénin
Laurent GAUDE : "La mort du roi Tsongor"
Hasard de nos voyages et de mes découvertes littéraires. J’ai rencontré Gaudé très récemment avec le soleil des Scorta, à la suite de notre voyage dans les Pouilles. Et justement, le premier livre qui évoque l’Afrique où nous partirons dans un mois est celui-ci. Alors que le Gargano était précisément localisé, l’Afrique de Gaudé est vague, sans doute imaginaire mais si poétique. Tragédie encore. L’auteur est un homme de théâtre, même dans un roman, cela se sent. Le 4ème de couverture évoque la guerre de Troie, Thèbes livrée à la haine…Afrique de tragédie, cavaliers du déserts, maisons de terre, continent désert…J’ai dévoré en un week end ce récit..
William BOYD : "Brazzaville Plage"
C’est Roberte qui m’avait parlé d’Un Anglais sous les Tropiques, je crois que je l’ai lu. J’ai le souvenir de l’humour anglais, mais pas de l’histoire. Je dois lire trop et trop vite, j’oublie…En tout cas Brazzaville plage a traîné longtemps sur les étagères. L’ai-je lu ? Là encore, aucun souvenir. C’est pourtant un roman bien agréable. Ce sera le premier de la série de la « biblio africaine » qui devrait précéder et suivre notre voyage au Bénin. Une Afrique troublée de guerres civiles entre des factions désignée par des acronymes mystérieux, une réserve et un centre de primatologie. Des blancs qui vivent en vase clos, des mercenaires. Des chimpanzés étonnamment humains entretenant des guerres tribales… Le personnage principal est une éthologue écologiste qui, en Angleterre, datait les haies remontant au Moyen Age et qui, en Afrique étudie un groupe de Chimpanzés. Son mari, mathématicien génial et fou, ses collègues… nous plongeons dans le monde de la recherche scientifique, observé avec plus d’acuité que cette Afrique restant dans le vague. Elle a également un amant égyptien, pilote de Mig mercenaire, dont la fin restera un peu louche. Personnage attachant, intéressant.
Mary KINGSLEY : "Une Odyssée Africaine"
Un de mes coups de coeur! Une exploratrice victorienne chez les mangeurs d’hommes (1893-1895). Quel régal ce récit l’aventure d’une Anglaise érudite, autodidacte mais fille d’un médecin explorateur, spécialisée en ichtyologie, qui part en Afrique de l’Ouest explorer les fleuves en pirogue, remonte des rapides, fait l’ascension du Mont Cameroun. Roman d’aventure, description précise des coutumes (5 chapitres sont intitulés « Fétichisme ») Elle raconte aussi bien ses rencontres avec les blancs, Anglais, français et Allemands au Cameroun que ses expéditions avec ses porteurs. Administrateurs ou missionnaires, commerçants des factoreries et des comptoirs perdus le long des fleuves, bateliers, porteurs tous sont décrits avec sympathie. L’humour très british avec lequel elle se dépeint dans les circonstances les plus invraisemblables et les plus cocasses, rend le récit délicieux. Jamais elle ne semble se prendre au sérieux. Très british aussi, la cérémonie du thé avant même de prendre un bain alors qu’elle doit arriver couverte de boue !
Jocelyn SAVARD : "Lettres d’Afrique" (Syros)
Jolie édition, jolie couverture colorée. Des récits poétiques mais plutôt destinés aux enfants. Plein de bons sentiments, un peu trop même.
Christian DEDET / Au Royaume d’Abomey
The livre à lire avant de partir et au retour du Bénin !!
Ce n’est pas un récit historique mais plutôt des carnets de voyage d’un écrivain qui est aussi médecin et qui connaît bien le Bénin. Livre écrit comme j’aimerais les écrire moi-même. L’auteur se trouve à Grand Popo au moment de Ouidah 92. Il insiste beaucoup sur les cérémonies vaudoun. J’ai commencé la lecture avant de partir et j’avais été étonnée de ce que je prenais pour un parti pris. Je ne mesurais pas l’importance de cette culture animiste. Les expériences de transes observées par Dedet sont bien différentes des cérémonies auxquelles nous avons assisté. Maintenant je comprends l’intérêt d’un anthropologue pour le vaudoun. Les cérémonies d’Abomey auxquelles nous avons assisté ont sûrement été des éléments majeurs du voyage.
Abomey, ses cérémonies et ses palais. Parfait livre de chevet pendant notre voyage
Bruce CHATWYN /Le Vice Roi d’Ouidah
De la vraie littérature !
Bruce Chatwyn est un véritable écrivain. Pas seulement un écrivain voyageur. D’ailleurs, son voyage au Bénin a été écourté pour cause politique. Le Vice roi d’Ouidah est un vrai roman d’aventure historique. Je ressens la chaleur de la petite ville de Ouidah actuelle. J’ai vibré aux aventures du marchand d’esclave venu du Brésil.
Ousmane DIARRA : "Vieux Lézard"
Pas de lézard, ni jeune ni vieux ! Une histoire d’amour un peu banale entre un bibliothécaire et une jeune fille dans une ville africaine, peut être Bamako ? bien écrit, très africain. Agréable à lire
BEYROUK : "Et le ciel a oublié de pleuvoir"
Encore un livre court se déroulant sans doute au Mali, un livre qui raconte les traces de l’esclavage. Pas l’esclavage transatlantique. L’esclavage des tribus du Sahel bien après que la Traite Atlantique soit terminée. Enfants esclaves dans les tribus nomades, qui prennent une revanche en utilisant le pouvoir politique qui s’est installé après la décolonisation. Livre dur.
Florent COUAO-ZOTTI : "L’Homme dit fou et la mauvaise foi des hommes"
Enfin, un écrivain béninois !
Mais quel Bénin tragique et noir ! Histoires qui se déroulent dans la nuit sans éclairage des quartiers fangeux de Cotonou. Ce recueil de nouvelle commence par l’histoire d’un amant qui fait l’amour à une morte assassinée. La nouvelle suivante n’est pas plus optimiste. Une très jeune fille avorte de l’enfant d’un viol. Le violeur est son oncle qui l’a contaminée par le virus du SIDA. L’Homme dit fou et la mauvaise foi des Hommes qui donne le titre au livre, est à peine moins triste. Que dire de celui qui a perdu son bébé et qui veut se venger de la sorcière qui aurait causé la mort de son enfant ? Et de la fin d’un enfant-adulte voleur qui avale le pendentif en or qu’il a chapardé au marché, qui se fait poursuivre dans le marché, manque de se noyer, et finit par se faire écraser par une voiture en traversant la voie dans sa fuite éperdue ?
Amadou Hampâté BÂ : "Amkoullel, l’enfant Peul"
A chaque voyage je découvre un grand écrivain
Les mémoires d’enfance de l’écrivain remontent au début du 20ème siècle, à la colonisation française. La vie dans une ville du Mali est décrite dans les moindres détails. C’est un très beau livre, très fort.
Nous avons vu un campement Peul en sortant de la Réserve de la Pendjari. Huttes démontables de paille. Les commentaires de Duran nous laissaient penser que les nomades peuls « qui n’aiment pas se mêler aux autres », « qui ne s’intéressent qu’à leurs bœufs », étaient des sortes de gitans, nomades pauvres et déshérités. Rien ne laissait soupçonner la noblesse et la fierté des peuls.
Richesse de cette culture orale, influencée par l’Islam mais aussi par l’animisme ! L’enfant Peul apprend à lire dans le Coran, mais il apprend à vivre dans les contes des griots à la veillée. Le maître de l’école coranique trace des lettres sur la planchette de bois puis la rince et fait boire à l’enfant l’encre qui a servi à écrire le texte sacré. Tout un symbole. Tandis que la circoncision est racontée comme une initiation de passage d’âge et non pas comme un cérémonie musulmane.
Moussa KONATE : "L’empreinte du renard"
Le commissaire Habib, vieux flic de Bamako est appelé pour une enquête en pays dogon. Occasion de rencontrer les traditions des dogons. C’est justement les empreintes des renards qui permettent au sorcier de prédire l’avenir. Meurtres étranges sur fond de trafics des promoteurs immobiliers, dissolution des traditions remises en causes par les jeunes plus attirés par l’argent facile que par la morale traditionnelle. J’aime bien ces polars ethnologiques, dans la mouvance d’Hillermann, ou de Camilleri, plus proche de chez nous. L’enquête est prétexte à raconter le quotidien d’un pays inconnu.
La route des Pêches est une jolie piste qui part près de d'aéroport, longe la mer en traversant la cocoteraie, toute proche la plage. Je vous propose de vous arrêter au jardin Helvetia pour du farniente sous les parasols de paille, pour un déjeuner délicieux mi suisse mi africain à un prix très raisonnable ou simplement pour un café ou une bière sur la plage, que vous apportera Diane ou une autre...
On peut aussi résider dans les bungalows très agréables ventilés dans le parc ombragé. Toute l'équipe sympathique se mettra en quatre pour que vous profitiez de votre séjour : visites touristiques, baignades ou courses à Cotonou, distante d'une dizaine de km. Thierry, le chauffeur, ou le zemidjan...
J'ai peur d'ébruiter trop cette excellente adresse. C'est familial, amical, quelle catastrophe si le tourisme de masse gâchait tout !!!
En tout cas , l'adresse Internet : www.jardin-Helvetia.com