Première soirée à Sao Felipe
Nous trouvons enfin le Bistro, tenu par une Hollandaise, qui nous fait des sandwichs au poisson froid et aux oignons. Nous faisons connaissance avec une famille française (Roots aussi) et échangeons nos impressions. Ils ont été ravis de la Pensao Alternativa à Sal où nous passerons la dernière nuit du séjour.
Comme il fait nuit, nous rentrons à la Pousada. C’est à cette heure-ci que la ville s’éveille. De la musique sort de toutes les fenêtres ouvertes, une circulation d’enfer s’est emparée des rues. Des 4x4 étincelants vrombissent, appuis-tête aux couleurs américaines, stéréo à plein volume. Nous ressortons faire un tour, mais il faut se garer des voitures, cela écourte la promenade.
Vendredi 12 juillet : sous le volcan
Réveil à Sao Felipe
La belle endormie s’est éveillée tôt. Dès 6h, je m’installe sur la terrasse pour profiter du spectacle de notre petite placette triangulaire très animée. C’est ici que s’arrêtent taxis et aluguers venant de la campagne.
Tout le monde est beaucoup plus soigné qu’à Santiago. Quatre femmes en grand deuil vont avec leurs sac la main (à la messe ?). Deux d’entre elles ont grande allure avec leurs longues robes noires fendues. Elles pourraient assister à un spectacle à l’opéra dans cette tenue ! Les jeans ne sont pas les contrefaçons de Sucupira. Ils arrivent de Boston. Les aluguers affichent les couleurs américaines.
Peu à peu, les rues se peuplent de marchands. Des femmes portent des bananes dans des cuvettes. Il existe deux marchés à Sao Felipe, l’un ne vend que des vêtements pour les Capverdiens, de bien meilleure qualité qu’à Sucupira à Praia, l’autre est un joli marché aux légumes. Devant ce marché, on décharge des paniers couverts de toile colorée. Je fonce chercher l’appareil photo. Dans les panier, le raisin de Fogo.
Le petit déjeuner est très classe comme la chambre. Jolie vaisselle, une belle papaye, sous une petite cloche de verre : du fromage de chèvre et de la pâte de coing.
En minibus, nous montons au volcan
A 9h20, le minibus d’Ecoutour vient nous chercher. Albino, le chauffeur, est polyglotte : anglais parfait, accent américain, il se débrouille également en français et en espagnol. A bord, le jeune couple qui a fait le voyage en avion en même temps que nous et deux garçons espagnols. Les français rencontrés au bistro nous suivent dans une Jeep de location.
La route pavée fait le tour de l’île (ou presque). Nous traversons des villages. La route est animée par le va et vient des ânes qui portent de grosses chambres à air de camion remplies d’eau. Les villageois n’ont pas l’eau courante et l’achètent à la fontaine publique. Une maison gigantesque avec une énorme niche est entourée par un grillage. La bannière étoilée flotte fièrement. Elle appartient au propriétaire de l’hôtel Las Vegas.
Le minibus s’engage sur une chaussée très escarpée qui grimpe tout droit vers le sommet du volcan. Il peine à la montée et personne n’ose demander d’arrêt photo.
Premier arrêt devant la coulée de 1995, très fine langue noire qui barre le paysage. Cette coulée de lave visqueuse était assez lente pour ne faire que des dégâts matériels. Il nous montre aussi la coulée de 1951.
Un village est construit sur une coulée ancienne, les maisons sont perchées sur la surface irrégulière. Nous voyons aussi des petits cratères anciens boursouflant le flanc de la montagne. Près des villages, les cultures sont irriguées, les papayers magnifiques, du maïs, de beaux bananiers et des légumes, choux et épinards.
A la montée au flanc du volcan, les acacias de belle taille sont dispersés. Mais, si on regarde plus attentivement, on distingue les lignes parallèles des terrasses de la reforestation. Ici les plantes ne s’installent pas par hasard. La main de l’homme est nécessaire, travail titanesque que ce terrassement, pour planter des acacias qui ne produisent rien d’économiquement vendable, ni même rien de mangeable, en dehors du bois de chauffage. La reforestation a pour principale vocation de lutter contre l’érosion. D’après Patrick, notre hôtelier, ces grands travaux date de l’époque marxiste d’après l’Indépendance.
Albino arrête le véhicule dans des endroits intéressants. Au-dessus de 1300 m, la vue est dégagée et nous pouvons photographier tout un alignement de petits cratères, la mer et une grosse coulée. Au premier plan, un petit enclos pour les chèvres, protégé par un toit de paille. C’est émouvant : on dirait la crèche de Noël.
Dans ce que nous aurions pu prendre pour un désert, Albino désigne des plantations d’arbustes : les haricots-congos, véritables haricots aux fleurs jaune-oranger avec les gousses. Des ricins ont également été plantés. Ce sont des plantes toxiques mais certaines feuilles peuvent servir de fourrage aux chèvres. Les petits maniocs sont minuscules, faute d’eau. Des arbres ont aussi été plantés là, une variété d’eucalyptus à grosses feuilles larges ressemblant à des oreilles, orelhadas, des arbres à curieuses fleurs jaunes en plumet et du sisal (sorte d’agave). Si Albino ne nous avait pas expliqué tout cela, je n’aurais vu que de la broussaille sèche inutile.
Après une montée pénible pour le moteur, nous parvenons sur le rebord de la caldeira.
La caldeira
Cette caldeira est vraiment impressionnante : fer à cheval bordé de murailles verticales parcourues par de fines failles verticales sur plusieurs centaines de mètres. L’intérieur de la caldeira est tapissé par des coulées noires à la surface irrégulière et tourmentée. La route pavée fait comme une digue surélevée au dessus des coulées de 1951 (la plus grande éruption). Celle de 1995 a coupé la route autrefois, mais il n’y paraît plus. Près du rebord de la caldeira, c’est tout vert. Cette végétation est tout à fait insolite.
Arrivée chez Patrick : auberge dans la caldeira
Chez Patrick, les chambres et la salle à manger sont installées sous des arcades en pierre de lave rouge soulignée par un parement clair. On pense à un cloître roman avec un jardin fleuri d’hibiscus de laurier rose, ricin et d’autres arbustes.
Nous commandons des sandwiches pour aller pique-niquer dans la forêt.
Le village de Cha da Caldeira, 500 habitants, est bâti de maisons basses de lave noire, parfois de parpaing, parallélépipède d’un seul étage. Devant les maisons, je remarque un cadre avec un fin grillage. J’avais pensé à une moustiquaire, c’est un tamis pour les cendres volcaniques... Quand nous arrivons, un groupe d’hommes coule la dalle en béton du toit. Un drapeau américain flotte. Les maisons sont dispersées dans la caldeira, il y a de la place ! Nous passons devant leurs petits champs : dans les lapillii, ils creusent des trous et installent des pommiers minuscules qui portent de petites pommes – combien émouvantes – et partout, des buissons de haricots congos. Au sol, des haricots ressemblant aux nôtres rampants, sont en fleur en ce moment. Dispersée sur les petits cratères, la vigne s’étale en pieds également rampants portant du raisin noir. C’est la saison de la vendange. Le raisin est ramassé dans des paniers ronds d’une quarantaine de centimètres de diamètre. Un peu plus loin, la coopérative vinicole est en pleine activité. Des enfants blonds aux yeux bleus mais à la peau foncée réclament des stylos ou de l’argent. Comme on ne leur donne rien, le plus petit nous balance une pierre. Patrick en a été très surpris.
Nous nous installons sur une banquette pour déjeuner. A l’ombre. Des arbres à très fines feuilles très découpées portant de curieuses fleurs jaunes en brosse horizontale. De l’autre côté de la piste, la coulée s’est arrêtée net en formes déchiquetées et tourmentées. Je cherche quelques surfaces cordées pour la photo.
Nous sortons de la caldeira vers le nord, au dessus de Mosteiros.
La forêt luxuriante
C’est là que commence la forêt luxuriante et combien surprenante, qui pousse au flanc du volcan. Le gardien qui devrait percevoir le péage nous demande une cigarette et nous laisse entrer. De toute façon, nous n’irons pas loin. La forêt est plantée sur une pente très raide. Les arbres sont magnifiques. Les eucalyptus ont un fût épais; des cyprès sont très fournis (on n’en avait pas encore rencontrés au Cap Vert). Les sisals bornent la route, leurs flèches piquantes sont vertes très vif et bien fournies.
Le retour est agréable. Le soleil est passé de l’autre côté de la muraille qui borde le cratère. Je marche à l’ombre. Dominique a pris de l’avance. Je pense la rattraper mais ne la retrouve qu’à l’hôtel. En chemin, j’achète du raisin à une petite fille qui m’offre une jolie grenade de belle taille.
Soirée agréable
Un couple d’allemands lit un guide en anglais que j’emprunte. Ils sont vraiment charmants avec la politesse germanique un peu formelle dont ils sourient eux-même. Nous dînons ensemble et partageons une bouteille de vin blanc de Fogo que Dominique compare à du Gewürztraminer... Patrick termine la soirée avec nous. Il raconte la vie facile au Cap Vert sans tension ni sociale ni raciale. D’après lui, le Cap Vert est plutôt bien parti pour sortir du sous développement. Extinction des feux à dix heures, le groupe électrogène est stoppé.
Samedi 13 juillet : ascension au volcan
Nous avons rendez vous avec le guide à 6H30. je suis un peu inquiète : 1200m de dénivelé dans les scories, cela doit être quelque chose ! Je ne suis pas sûre de parvenir au sommet. Je suis aussi très excitée. Après le Pic de Bure et l’Obiou, je n’avais plus de sommet à vaincre en perspective. Le Pico Fogo est impressionnant, 2900m c’est haut. Je suis toujours fascinée par les volcans qui sont chargés d’un mystère supplémentaire. A ma collection de volcans, le Puy de Dôme, l’Etna, l’Erceyes en Cappadoce. Je joins un grand volcan en activité. Serais-je capable de terminer la randonnée ?
José paraît très jeune et ne fait pas ses 20 ans. Il est plutôt timide, -petit pour un Capverdien-, chemise à manches longues, pieds nus dans ses baskets et les mains vides. Il parle un peu français. Je profite de l’occasion pour prendre une leçon de Portugais. Il s’y prête avec beaucoup de bonne volonté pendant la marche d’approche, dans les vignes sur des petits lapillii noirs très brillants, presque du sable. Dès que nous entamons la montée, je garde mon souffle. Très rapidement, le sentier grimpe tout droit selon la plus grande pente. Je ralentis l’allure et raccourcis mon pas. Mais déjà nos pieds s’enfoncent comme dans une dune. Je m’essouffle sur ce substrat qui ne donne aucun appui.
José, très patient, propose «une petite pause». Le soleil vient de se lever, la mer de nuages cache l’océan et le rivage. A 8h00 l’ascension est à peine entamée.
Rapidement, cela se complique, nous sommes censés gravir une arête rocheuse. Les rochers ne sont pas stables, j’essaie de m’aider des mains, mon sac me déséquilibre. Heureusement, Olivier porte un énorme sac à dos vide et propose de me débarrasser. Sans le sac, je suis plus légère et je peux monter à quatre pattes «style macaque» . On n’avance pas, José multiplie les pauses pour souffler. La cime au dessus de nous est énorme. La progression très lente. A nouveau, on s’enfonce dans le sable noir. J’ai l’impression qu’on ne parviendra jamais. En haut pourtant, à la dernière pause, nous sommes à 50 m du sommet. Encore à quatre pattes, j’y arrive.
Sur la crête, nous découvrons le cratère : quelle surprise ! Le vent souffle, on a presque froid. Les nuages se sont dispersés, Santiago sort des nuages. Dans le cratère profond, très noir, des traînées jaunes de soufre. Des fumerolles se dégagent avec leur odeur infecte. Nous sommes bien sur un volcan actif !
Au creux du cratère, un groupe de touristes ramasse des pierres pour écrire leurs prénoms, - c’est la tradition-. Nous y renonçons à l’idée de descendre pour avoir encore à remonter ! C’est tellement plus beau vu d'en haut ! J’ai oublié la monté pénible (beaucoup plus dure que l’Obiou). Nous sommes récompensés. Des petites plantes sont en fleurs des langues de lézards. J’ai réussi ! Je suis fière de moi mais je me garde bien de parader. Il est onze heures. Nous avons mis quatre heures et demie au lieu des trois heures annoncées.
A la pause, le pique-nique manque, nous avons seulement un bonbon pour reprendre des forces.
Godille dans les cendres
La descente est un plaisir. Nous contournons le cratère sur une arête vertigineuse. Je regrette d’avoir des tennis lisses peu sécurisantes. Puis un peu d’escalade sur des rochers bruns et enfin la récompense : la descente dans le sable noir... On se dirait sur une immense piste de ski. On plante les talons, écarte les bras et on se laisse porter par une coulée de gravillons qui dévale sous nos pas. Le piège, ce sont les grosses pierres cachées sous les cendres. Tout le monde ramasse des gadins, les uns après les autres, puis la pente devient très lisse. On se laisse entraîner en courant, les gravillons arrivent nettement au dessus des chevilles, mais c’est très doux. José se déchausse et fera les trois quarts de la descente pieds nus, chaussures à la main. Nous arrivons directement sur le petit cratère de 1995 «le petit pic» qui est un enchantement pour les yeux, avec toutes ses couleurs, nuances de rouge orangé, noir, traînées de soufre jaune, dépôts blanchâtres...
Enfin, nous nous retrouvons dans les vignes. José cueille une grappe pour chacun. Le raisin noir à petits grains est très sucré, quelques grains desséchés ont le goût de raisins de corinthe. C’est délicieux et réconfortant.
Pour déjeuner, je me contente de trois bananes. Après-midi, tout le monde dort ou se traîne, crevé par l’ascension.
Dominique ne va pas bien. Elle est même très inquiète et a peur d’avoir l’appendicite. Elle reste au lit toute l’après midi.
Le jardin enclos par les arcades ombragées est un lieu clos pour établir des liens avec les autres visiteurs. Nous sommes montées avec un couple de médecins très classe, un peu méprisants, qui nous avait paru antipathiques à l’aéroport et que Dominique avait pris en grippe parce qu’ils avaient profité de notre taxi et des services d’Ecotour. Elle les avait classés dans la catégorie des culottés et des profiteurs. Ils avaient également emprunté la Jeep d’André et Régine avec le même naturel. «Fastoche !» était leur expression favorite. Ne pas se fier aux apparences, ils ont été charmants ce matin, en grimpant le volcan. Elle, Ullriikke (finnoise), médecin, fait un stage à l’hôpital de Dakar. Lui est orthopédiste. Nous faisons appel à leurs services et Ullriikke donne une consultation à Dominique : ce n’est pas l’appendicite, heureusement. En revanche, elle n’est pas en faveur de l’Immodium et lui donne un autre médicament.
Je dîne avec les deux allemands avec qui je m’exerce à parler allemand. Cela commence à revenir. Ils me félicitent pour mon accent, même si le vocabulaire est enfoui loin dans ma mémoire.
Tout le monde a appris à jouer à l’awalé.
Le dîner est fameux : magnifique plat de poisson, daurade coryphèle (cela ne ressemble en rien à la daurade) sur un lit de bâtonnets de carottes avec quatre flans de courgettes et quatre beignets de purée. C’est très joliment présenté, très nouvelle cuisine, la sauce à la crème et au vin blanc est délicieuse.
Patrick, pour terminer la soirée, nous raconte Fogo, l’immigration vers l’Amérique avec les allers et retours des immigrants qui irriguent l’économie de l’île en dollars. Aussi le trafic des «bidons» dans lesquels ils envoient hors taxe des vêtements de marques qu’ils revendent pour trois fois rien sur l’île. Ensuite les bidons servent à tout, à aller chercher de l’eau, à faire des échafaudages, construire des tables ou des armoires : «civilisation du bidon»
C’est la fête au village. Nous entendons de la musique partout. J’irais bien en compagnie des allemands ou des médecins, mais Patrick nous encourage très mollement. Seuls les hommes y seront, cela serait peut-être gênant pour les filles.
Dimanche 14 Juillet Retour à Sao Felipe
Retour à sao Felipe
Patrick nous prend à bord de son pick up à 9h30. Toute la nuit, le village a dansé. A 4h10, on entendait encore la musique des bals populaires.
Nous retraversons la caldeira. Je comprends mieux l’ordonnancement des coulées, la plus récente qui sort du cratère de 1995, très épaisse, ressemble à un champ labouré par une gigantesque charrue où les mottes auraient plusieurs mètres de haut. Elle se superpose à des coulées plus anciennes recouvertes d’une pellicule de cendres ou de scories plus fines.
Aluguers, pick up et camions bondés viennent à notre rencontre pour déposer les villageois venus pour la fête. Un camion surpeuplé ne peut pas croiser le pick up sur la piste étroite. Patrick se gare sur le bas côté ensablé par les scories fines. Je me demande si nous n’allons pas rester coincés, enlisés. Les passagers du camion, debout, entassés, sont hilares et me font signe de les prendre en photo. Tôle contre tôle, ça finit par se décoincer. Nous croiserons encore voitures, minibus et camion : il semble que toute l’île converge vers Cha da Caldeira. Le village va être bondé. Nous avons peut être loupé quelque chose.
Patrick conduit vite en descente, - cela secoue -, et je me suspends à deux mains aux ferrailles sur lesquelles on pourrait accrocher une bâche. Les villages sont désertés, il n’y a plus personne aux fontaines si animées vendredi. Tout le monde est dans la caldeira !
A la descente, une épaisse couche de nuages cache le sommet. Un pick up stoppe à notre hauteur, le conducteur annonce à Patrick qu’il pleut dans le nord de l’île. Cela paraît étrange. Il faisait un temps magnifique là haut.
Pour déjeuner, difficile de trouver une loja ouverte. On achète des yaourts aux fraises. L’épicière nous indique le supermarché à la station service près de la poste. La supérette moderne vend des pizzas, des gâteaux et des croquettes.
Après la sieste nous parcourons Sao Felipe en suivant le plan à la recherche des sobredos, maisons à étage avec balcons datant de l’époque de l’esclavage. Les maisons sont souvent rénovées et repeintes. Une rue en pente avec des façades de guingois attire mon regard. J’ai envie de la peindre. Mais je m’y prends mal, tout est coincé en bas de la feuille. A la Pousada Bela Vista, je recommence en agrandissant. C’est la première fois que je refais une peinture à la maison.
Pour dîner, nous retournons au Bistro. Soirée épouvantable.
Dernière matinée à la plage
5h52, les passerinhas ont poussé des cris affreux qui m’ont tiré du sommeil. Perchée sur la terrasse, j’observe une dernière fois l’animation qui règne sur la plage.
Dans le kiosque de pierre hexagonal couvert de palmes, un homme seul s’échauffe, s’étire et fait un véritable ballet (karaté ou capoeira ?). Hier, c’était un groupe de jeunes filles qui dansaient. Les barques sont poussées par une foule de pêcheurs. L’une d’elles est peinte stars and stripes. Les joggers montent en couple le sentier qui grimpe devant le bungalow. Une femme arpente la plage en nombreux allers et retours d’une marche sportive.
Des enfants se baignent. Vers sept heures, tous ces sportifs quittent la plage. J’irais bien me tremper aussi. J’hésite, le temps est couvert et surtout j’attends les macaques.
Les macaques ne sont pas venus nous voir, ils sont autour de la salle du petit déjeuner.
Dernière baignade.
Les petits porteurs, l’allumeur de réverbère et son frère, se chargent de nos valises. Ils les trouvent bien lourdes (18kg). Ils ont 14 et 16 ans, vont au lycée et travaillent, après les cours, à l’hôtel. Ils parlent assez bien le français appris à l’école.
Retour à Praia en minibus par la côte est
Nous voyageons dans le minibus de l’hôtel qui emprunte la route de la côte est. Des rochers émergent et sont battus de très grosses vagues. Dans chaque faille formant un canyon de véritables oasis prospèrent. Une éolienne monte l’eau pour irriguer des bananeraies, des vergers d’orangers et des cocotiers.
Des femmes portent de très hautes charges de branches sèches, sorte de fourrage entassé sur les terrasses des maisons basses. Quelques fois, c’est un âne qui les transporte. Dans les collines des feux sont allumés au mépris de la sécheresse et du vent. De grandes colonnes de fumée s’élèvent. Prépare-t-on les champs pour la saison des pluies qui s’annonce ? A quoi servent les brûlis au pied des petits acacias de la reforestation, bien alignés mais bien desséchés ? Certains sont squelettiques, la plupart ont perdu toutes leurs feuilles. J’ai bon espoir pour eux. S’ils étaient morts, ils seraient ébranchés depuis longtemps. Nous rencontrons souvent des hommes portant des machettes ou des scies. La forme bizarre des arbres résulte de la force des vents mais aussi des élagages sauvages avec des instruments peu tranchants. Des moignons partent du tronc à hauteur d’homme.
Les villages sont misérables. Les maisons sont presque toutes en parpaing brut, très peu sont badigeonnées. Il y a affluence aux fontaines, les animaux domestiques furètent comme à Cidade Velha. Les petits cochons à fourrure épaisse, brune ou grise, sont assez malins pour traverser la route quand il le faut. Ce n’est pas le cas des poules avec leurs poussins, que le taxi évite avec des embardées.
Praia,aéroport
Le temps, couvert ce matin se dégage. A midi, à Praia, le ciel est bleu sans un nuage.
L’avion, programmé pour 13h45, ne partira qu’à 15h30. En attendant, nous nous distrayons au spectacle des autres passagers. Deux couples de touristes, le reste de Capverdiens, trois familles d’émigrés américains tout en GAP et en Nike neufs, très américains, avec des monceaux de bagages. Un gâteau à la crème tout enguirlandé bleu fleuri de rose est aussi du voyage. Les gens se reconnaissent, se parlent. Personne n’a l’air de se soucier des annonces qui périodiquement font état du retard de l’avion. Au Cap Vert, il ne faut pas être pressé, personne ne l’est.
Nous survolons Cidade Velha, reconnaissons les fortifications, notre église. Je cherche le flamboyant. A peine sommes-nous au dessus de l’océan qu’on voit déjà la silhouette du volcan..
L'île-volcan : Fogo
A l’arrivée sur Fogo, des petits cratères secondaires font des boursouflures au flanc de l’appareil principal. Les coulées récentes sont noires. Tout est désertique. Le ruissellement a creusé des rigoles sinueuses.
A l’aéroport, Lou nous attend sous un panneau de bois. C’est une très jolie métisse habillée avec recherche. En route, elle nous signale les points de repère dans Sao Felipe, la poste, la banque, les restaurants, avant de nous déposer devant une belle bâtisse à étage peinte en beige orangé, portes et volets marrons avec un balcon et une terrasse à fins balustres blancs :
la Pousada Bela Vista
La Pousada Bela Vista a vraiment fière allure. Notre chambre est vraiment magnifique, très vaste, haute de plafond. L’ameublement est classique, raffiné, les meubles en bois foncé portugais. Sur les tables de nuit, des petits bouquets de roses artificielles. Ce qui donne le charme particulier à la pièce, ce sont les rideaux blancs éblouissants masquant la fenêtre et l’entrée de la grande salle de bain. Avant de déballer les valise, photo.
Vers six heures nous sommes prêtes, douchées, pour l’exploration de Sao Félipe.
Une jolie ville coloniale
C’est (en dehors de Praia, la capitale) la première fois que nous sommes dans une ville et non un village. Les rues sont toutes pavées avec un soin extrême avec des motifs en mosaïques comme au Portugal. Balayées, bordées de trottoirs plantés de petits arbres, les flamboyants donnent de l’ombre. Plusieurs places sont fleuries de massifs avec même du gazon. On y a disposé des bancs, luxe, il y a des fontaines.
Les maisons sont sagement alignées. La plupart sont peintes de couleurs pastel, beige, rose, vert amande, jaune, mais aussi certaines tranchent avec des teintes vives bleu et vert. De nombreuses maisons ont un étage avec un balcon. Ce sont les sobredos, les maisons coloniales. Parfois la peinture écaillée part en grandes plaques. Certains balcons tombent de guingois. La richesse de Sao Felipe appartient à un passé bien révolu. L’argent des émigrés américains a permis de repeindre les façades.
A six heures, Sao Felipe est une belle endormie. Nous sommes seules dans les rues et croisons au hasard deux couples de touristes. Comment allons-nous dîner ? Pas de terrasse de restaurant sur le front de mer (ou plutôt si, une ruine). Les mercerias vendent les conserves habituelles. Le pain est introuvable.
Le soleil va se coucher près de l’île de Brava dans les brumes, la lumière est très douce.
Traversée Sud-Nord de l'île
Nous avions prévu d’emprunter les transports collectifs pour aller à Tarrafal. Selon Abel, il nous faudra payer deux places supplémentaires, soit 4x300$, nos bagages occupant deux places assises, alors que le tarif des taxis privés est de 5000$. Au moment des adieux, Mama organise avec le voisin de la maison verte de la rua Banana, un passage jusqu’à Praia. Nous sommes ravies de charger la valise devant la maison.
Le chauffeur propose de nous emmener jusqu’à Tarrafal pour 4000$ et de faire des arrêts pour les photos. Le voyage commence mal. Le Toyota crève avant d’arriver à Praia. Le pneu était complètement lisse et bien déchiré sur plusieurs endroits. Il emprunte un cric à un aluguer qui passait par là et nous voilà reparties !
courses à Praia
Arrêt à Cabo Verde Telecom. D’après eux, la carte Telefacil achetée mercredi dernier fonctionne bien. On a fait 20 minutes de queue pour obtenir le numéro des réclamations au cas où nous aurions un autre problème !
La plus grande banque de Praia possède bien un distributeur de billets mais il n’accepte pas les cartes bleues étrangères. Il me faut donc faire une longue queue au comptoir. Au bout d’une demi-heure Dominique vient me dire que le chauffeur s’impatiente. Heureusement que les Capverdiens sont cools ! Nous quittons Praia à 10h45. Je n’ose plus penser aux arrêts photos.
Paysage
Les acacias plantés en rangs serrés à la sortie de Praia sont tout défeuillés. Sont-ils morts ou attendent-ils patiemment la saison des pluies pour reverdir ? Le paysage est ocre rouge avec ces arbres squelettiques gris. Au fond les premiers sommets se détachent en mauve. La campagne devient plus riante. Nous traversons une vallée cultivée, les champs sont irrigués. Dans les villages, flamboyants et bougainvillées rehaussent de leurs couleurs les façades peintes. Sao Domingos est le plus joli village. L'éclairage était meilleur jeudi dernier. Aujourd’hui, le ciel est couvert. Après Sao Jorge, la route s’élève de plus en plus et nous passons des cols impressionnants. A l’entrée d’Assomada, un curieux piton rocheux se détache. Assomada est une grosse agglomération plutôt une bourgade de campagne, avec quelques immeubles bas.
A une fontaine publique, de nombreuses femmes remplissent des bidons, un âne attend. Dans la montagne les ânes sont de plus en plus nombreux (Hier, j’avais échafaudé une théorie autour de l’absence de bourricots).
Une levada conduit l’eau. Je l’attendais dans ce paysage évoquant Madère.
Sommets dans les nuages
Les nuages sont accrochés sur les sommets. Nous traversons des nappes de brouillards. Après un dernier col le ciel se dégage. Il fait même très beau près de la mer. Les montagnes sont à nouveau désertiques comme autour de Praia.
Notre chauffeur a mis RFI à midi pour les informations. Rien de nouveau sous le soleil ! La moitié du journal est consacré à l’amnistie des contraventions, aux vacances de Chirac, à un pique-nique des socialistes et à des T-shirts vendus par les pompiers de Paris... Le monde doit tourner rond. Je regrette moins l’absence de journaux !
L'hôtel Baia Verde
Enfin nous arrivons à Tarrafal à midi et demie.
L’hôtel Baia Verde est un village de bungalows situé dans un endroit de rêve le long d’une belle plage de sable blanc. Une rareté dans cette région volcanique ! Une curieuse lentille de roche blanche – sable ou grès ? – est intercalée entre deux coulées. C’est elle qui a nourri la plage à une extrémité de la plage. Le petit port de pêche, dans le creux de l’anse une cocoteraie où sont installées des maisonnettes en pierre noire, à flanc de colline nos bungalows peints en vert avec des terrasses cimentées d’où l’on domine la baie.
Notre bungalow possède deux pièces, un grand frigo et la télévision, en panne. On nous explique que c’est la faute aux macaques. Nous sommes sceptiques. Verrons nous les macaques ?
Nous partons au marché à la recherche du déjeuner. C’est Byzance ! On y trouve des fruits des beignets et des ailes de poulet grillées.
Une plage de rêve
Une petite avancée rocheuse, coiffée d’un kiosque couvert de palmes, divise la plage en deux. Sur la grande plage, les Capverdiens se baignent. Sur la petite devant Bahia Verde, les touristes à l’ombre des cocotiers.
Comme il n’y avait que des blancs (6) sur la petite plage, Dominique avait conclu qu’elle était privée et réservée à l’hôtel. Elle trouvait que cela faisait un peu apartheid. La raison de cette ségrégation est plus pratique. Les Capverdiens pieds nus préfèrent la plage de sable fin. Sur la petite plage, il y a des rochers pointus et des oursins. Avec nos sandalettes, nous nous baignons du côté des rochers pour observer la vie sous-marine.
Enfin ! La baignade... Dont nous rêvions ! Nous nageons avec lunettes; je vois des poissons et des coraux.
Je ne me lasse pas de regarder les frondes des cocotiers : leurs franges se balancent sous le vent.
Spectacle inattendu : une bande de gamins fait une démonstration brillante de galipettes, roues saltos et sauts périlleux. En prenant tout simplement appui sur la plante de leurs pieds, ils peuvent faire toute une série de sauts et terminer par une roulade.
Le marché
Nous allons voir le marché hebdomadaire. C’est un marché local, misérable, où l’on vend un bric à brac de montres, lotion capillaire, quincaillerie et sous vêtements féminins, quelques vêtements africains en batik. Rien de bien alléchant ! Pourtant les femmes portent des jupes colorées et imprimées à grand motifs avec des coloris très vifs et j’aimerais m’acheter un pagne. Elles retiennent leur pagne avec une ceinture très large en tissu à rayure fine qu’elles replient en enfermant leur porte-monnaie (un sachet en plastique contenant les billets ou leurs papiers). Cette ceinture sert aussi à porter les bébés sur le dos.
Nous explorons Tarafal, de belles villas très grandes mais souvent inachevées sont construites en bord de mer. A l’arrière, un chantier de petits immeubles en construction. Ce n’est pas intéressant, un désordre complet, pas de voirie.
Attroupement près de la falaise. Les badauds regardent des garçons plonger d’au moins 6 ou7 m de haut. Habillés de short et maillot de foot, ils s’élancent, certains les pieds en avant, d’autres plongent la tête la première. Ces derniers sont vivement encouragés «cabeica». Quelques-uns réussissent des figues et des sauts périlleux. Applaudissements !
Nous passons la soirée sur la terrasse du bungalow. Un allumeur de réverbère, garçon de 14 ou 15 ans, monte sur une chaise et visse l’ampoule extérieure à la tombée de la nuit. Les ampoules des bungalows tiennent lieu d’éclairage public.
Il faut s’organiser pour que les moustiques n’envahissent pas la chambre. Heureusement, les moustiquaires nous permettront de dormir fenêtres ouvertes. A Cidade Velha, il fallait tout fermer et il faisait bien chaud.
Vers 8 heures, je vais chercher un plat à emporter au restaurant. Je n’ai commandé qu’une seule portion (900$). L’assiette est très bien garnie et suffit pour deux largement.
Mardi 9 juillet : Macaques, plage
Petit matin
Les cris stridents des passerinhas m’ont tirée du lit. Il fait très frais et j’ai mis ma chemise à manches longues pour rester à l’extérieur.
Sur les câbles en file indienne, se balançant, avancent les macaques. L’un d’eux s’assied tranquillement au milieu du fil pour faire sa crotte, les autres sautent sur le toit du bungalow et font un raffut d’enfer qui réveille Dominique... Ce sont de très jolies petites bêtes avec un dos fauve, la face claire, de grands yeux bruns. Leur fourrure sur le dessus du crâne leur fait une sorte de casquette avec une visière. Ils sont peu farouches et cherchent même à entrer par la porte ouverte. Toute la famille campe sur la terrasse. Je vais chercher une banane que je partage. Très surprise, je m’attendais à ce qu’ils attrapent les morceaux avec leurs dents à la manière des chiens ou des chats. Ils saisissent délicatement la banane avec leurs mains qui ressemblent aux nôtres. Dominique n’en mène pas large, après avoir pris les photos, elle se replie à l’intérieur de la maison. Je suis fascinée et ne veux pas perdre une seconde du spectacle. Après la distribution, la troupe file dans le petit bois d’acacias. Certains reviennent quand même ramasser les pelures qu’ils avaient dédaignées. L’un d’eux joue à sauter de la rambarde, rebondit sur le mur puis saute l’allée pour s’accrocher au grillage et contourner les barbelés, qui ne les gênent nullement.
L’allumeur de réverbère nous avait prévenu de ne rien laisser traîner sur le balcon. Nous avions conclu qu’il y avait des voleurs et avions construit une théorie sur la perversion du tourisme et son influence néfaste sur les capverdiens. Nous n’avions pas pensé aux singes !
Le petit déjeuner est servi dans une curieuse construction ronde en pierre surmontée d’une sorte de cône. L’aménagement intérieur est un peu décevant : longues table de cantine et toile cirée. Le buffet est délicieux, quartiers de papaye, jus de mangue, confitures-maison, œufs et petits pains.
Promenade sur le sentier côtier
Suivant les conseils du Guide Olizane, nous partons à pied de l’hôtel, traversons le petit bois d’acacias bien verts, avant d’emprunter un sentier en corniche qui passe sur les roches blanches que j’avais remarquées hier. Ce n’est pas du sable ou du grès mais une sorte de brèche argileuse intercalée entre deux coulées. Provient-elle de la décomposition du substrat volcanique ? Quelles pluies, quelle rivière explique la formation de cette brèche ? D’où vient alors le sable blanc ? L’observation rapprochée me pose plus de question qu’elle n’y répond.
C’est une jolie promenade en balcon au dessus de l’eau transparente avec une vue très étendue sur la baie de Tarrafal, ville dominée par son éolienne et au loin par les crêtes découpées des montagnes de l’intérieur de l’île.
Le sentier conduit à une petite plage de sable noir très noir, étincelant sous le soleil. L’eau est limpide, verte, les rochers noirs, pas une ride, pas une vague ce matin. J’ai hâte de me baigner.
Baignade : la photo sous marine, c'est difficile !!
La baignade du matin dans cette eau calme est délicieuse. Je vois des poissons colorés. Le spectacle des poissons est encore plus intéressant qu’en Méditerranée mais la nage est moins tranquille : l’eau bouge plus, on n’arrive pas à faire du surplace, il faut nager tout le temps pour ne pas se laisser embarquer.
Nous faisons connaissance avec un marchand sénégalais, Oumar, qui propose de nous organiser une ballade en bateau jusqu’au phare. En zodiac, cela coûte 1000$ mais avec les «pirogues» ce sera moins cher...
Dominique retourne au marché tandis que je retourne à l’eau. Mauvais jour, il n’y a plus rien, ni brochettes ni même des bananes mûres. On se contentera des beignets au poisson (genre anchois) et les restes d’hier soir.
Retour des pêcheurs
Les pêcheurs rentrent vers 1 heure de l’après midi et remontent leurs barques sur le sable de la plage du côté du village. Un bouquet de très grands arbres abrite le marché au poisson. Un petit bâtiment peint en bleu sert de criée. Hier j’ai raté la pesée des thons par manque de rapidité. Je laisse à Dominique le soin de prendre les photos. Nous guettons l’arrivée des gros poissons et attendons qu’une femme les charge sur sa tête dans une bassine en plastique. Elles mettent trois gros poissons côte à côte, la porteuse ne peut pas soulever seule la charge et se fait donc aider pour remonter la bassine jusqu’à la hauteur de sa tête. Parfois tout s’écroule. Ils vont laver le poisson dans la mer. Des femmes assistent au marché au poisson, les grattent, nettoient, dépècent, les vendent, les hommes aident à la pesée. Aujourd’hui, on a pêché deux espadons avec leurs longs rostres pointus, l’un deux est déjà coupé en deux quand nous arrivons. L’autre est couché sur la plage. On étend sa nageoire dorsale pour y placer de plus petits poissons. Nous attendons avec impatience la femme qui va les transporter. L’espadon est beaucoup trop grand pour tenir dans une bassine. Deux garçons vont le hisser sur la plage en l’attrapant par la tête. Les thons sont des poissons magnifiques, leur peau bleutée brille, vers la queue une rangée d’étranges triangles jaunes arrive jusqu’à la queue. Les petits poissons sont centralisés au fond d’une grande barque entourée de plusieurs dizaines de femmes qui discutent, crient, trient les poissons et remplissent les cuvettes multicolores. Rien ne permet de deviner comment se négocient les ventes. Parfois on voit des liasses de billets. Il faudrait comprendre le créole !
Après midi à la plage
Beaucoup mieux que des parasols, les cocotiers donnent une très jolie ombre qui bouge quand le vent passe dans leurs palmes. On peut rester toute l’après midi à condition de se déplacer avec la course du soleil. Omar vient me tenir compagnie. Avec d’autres sénégalais, il tient un étal de souvenirs. Ils ont tendu un fil entre deux cocotiers où sont suspendus des pantalons de batiks et quelques bricoles. Les autres vendeurs jouent à l’awelé avec des touristes. Mais les acheteurs potentiels sont peu nombreux. Omar nous donne de précieux conseils. il nous explique que nos cartes postales ne partiront pour la France que le lundi de Sal, jour du vol TACV, quel que soit le jour où on les poste. Il raconte aussi ses expériences de vendeur en Afrique et en Europe. Ces vendeurs ambulants sont débrouillards, agréables et parlent français. Comme je manifeste l’envie de lire, Omar part jouer seul avec son ballon de foot.
Ce matin la plage était presque vide. Vers six heures du matin, quelques coureurs font leur jogging matinal en survêtement, des gamins jouent au foot. Pendant la journée les Capverdiens sont à l’école ou travaillent. Ce n’est que dans l’après midi que la plage se peuple. Les Européens sous les cocotiers, les capverdiens n’ont pas l’air de rechercher l’ombre. Au bord de l’eau, il ne fait pas chaud, il faut être vigilante pour ne prendre des coups de soleil.
Soirée tranquille, lessive et cartes postales. De notre terrasse, nous contemplons l’animation sur la plage : pendant que nous nous prélassions les capverdiens sont arrivés par vagues d’enfants et d’adolescents. Ils jouent dans l’eau et se roulent sur le sable. Vers cinq heures, la plage est pleine de monde, mais pas comme chez nous... où les gens s’installent sur des serviettes avec des parasols et des sacs de plage... les seuls accessoires sont des ballons et de rares bouée. Les groupes sont mobiles. Les jeunes se poursuivent, s’éclaboussent. Le soir, des jeux s’organisent : concours de pirouettes, de plongeons, football, évidemment. Un filet de volley est monté près des cocotiers. Des fillettes arrivent avec leur professeur et des cours de gymnastique se déroulent sur la plage.
Le soir tombe. Nous avons manqué de peu le coucher du soleil, un banc de nuages l’a avalé avant qu’il ne rougisse.
Au restaurant Baia Verde, on ne sert que du sar pêché aujourd’hui, même avec une jardinière de légumes. C’est un poisson à chair ferme blanche découpée en fines darnes et cuisinée avec une sauce tomate. Au goût cela fait penser un peu au congre ou à l’espadon.
Mercredi 10 Juillet: plage
Le village de Tarafal
Petit tour au village de Tarrafal. Coup d’œil à l’école maternelle. Les enfants ont des petits tabliers en pied de poule vert et blanc. Ils sourient en nous voyant sans bouger de leur table.
Dans l’épicerie ancienne, les étagères en bois ciré contiennent des boites de conserves et des bouteilles. Sur le comptoir, une balance roberval. L’épicière est très contente qu’on la photographie. Elle nous montre la photo encadrée de l’ancien propriétaire. Cette épicerie a plus de cent ans explique-t elle.
A l’entrée du marché une petite échoppe vend des tissus au mètre. Je choisis un tissu africain pour faire un turban, la dame m’en coupe un mètre «e melhor !». Au marché, les vendeuses nous reconnaissent et nous proposent des citrons verts, l’une d’elle pose fièrement pour la photo derrière son étalage.
Encore une baignade somptueuse!
La baignade est somptueuse, dans de l’eau lisse, très limpide. Sur un fond sableux, je découvre un poisson étonnant que je prends d’abord pour une pieuvre. Son corps n’a pas la forme fuselée des poissons. Il est massif, presque rectangulaire, décoré d’ocelles. On dirait une tête de vache ou de chèvre avec ses orbites le museau. Je suis toute émerveillée de cette découverte.
Dominique me rejoint avec l’appareil photo étanche. Le maniement est beaucoup plus compliqué que prévu : d’abord, ce n’est pas simple de nager avec. Ensuite, sans tuba, Dominique doit remonter respirer, retrouver le sujet puis appuyer sur le déclencheur. Nous traversons à la nage notre petite anse pour aller vers les rochers juste là où plongent les plongeurs qui pêchent au fusil. Cette expédition a été sportive. Je dois toujours ramer à contre-courant pour faire du surplace, même si je m’accroche à un rocher.
Dominique a trouvé un pantalon léger en batik chez les marchands sénégalais qui la laisse l’emporter pour l’essayer au bungalow et demandent qu’on leur prête un «bic»
Nous retournons voir le retour des pêcheurs mais leurs prises sont moins spectaculaires qu’hier, sauf un thon de 17 kg pesé sous nos yeux.
Je me dépêche d’avaler le déjeuner pour réserver notre place sous le cocotier habituel. L’hôtel Baia Verde s’est rempli hier soir et la plage aussi. J’emporte un bloc pour dessiner les frondes de palmiers et le livre sur le Cap Vert.
La baignade de l’après midi est rafraîchissante mais beaucoup moins intéressante. Le vent s’est levé, l’eau est agitée et plus trouble .
En soirée, j’essaie de peindre les barques sur le sable. Elles sont vraiment très jolies, très colorées avec un gros effort pour les motifs peints dessus. Le résultat n’est pas à la hauteur mais cela me donne l’occasion de bavarder en portugais avec les enfants qui m’entourent. Ils s’indignent parce que je ne dessine pas les moteurs et me dictent les numéros d’immatriculation.
Le matin au village
Pour atteindre la forteresse, nous traversons tout le village. Au passage, on se salue «bom dia». C’est tranquille, nous sommes connues ici. Les petits cochons bruns sont lâchés et cherchent la nourriture comme les poules et les poussins qui picorent n’importe quoi, y compris les crottes de chien. Vers le haut du village, c’est le domaine des chèvres, des chevreaux minuscules et des boucs perchés qui ne se dérangent pas à notre passage.
Les femmes sont toujours actives, des seaux de lessive, d’eau ou même du sable sur la tête. Nous avons élucidé le mystère de la caravane des fillettes qui descendaient à la plage la nuit. Elles volent du sable pour faire du ciment. Comme c’est interdit, elles le ramassent la nuit. Le matin les hommes font le ciment pendant que les femmes portent les charges. Ici il y a peu d’ânes, ce sont les femmes qui sont les bêtes de somme.
Dans une cour, on pile le manioc et le maïs avec des pilons de bois dans des mortiers en bois ; les hommes assis regardent faire.
Visite de la forteresse
Une rampe en pavés en mauvais état, parfois complètement écroulée monte vers le plateau. Il est encore tôt et le ciel est couvert, la montée est facile. La forteresse intacte, possède encore ses canons rouillés qui pointent dans toutes les directions. Nous regardons une vidéo en portugais dans un petit centre d’interprétation présentant des gravures anciennes et des cartes marines...
A l’intérieur : des hauts murs en bloc bien taillés, une belle cour avec une curieuse citerne recouverte d’un dôme sur le modèle des citernes andalouses Arabes. Des explications détaillées permettent de retrouver la maison du gouverneur, artistiquement dallée de petits galets, comme les Portugais savent le faire, et la petite chapelle carrelée. Les salles des casernes et les magasins sont aussi reconnaissables.
Le panorama vu des remparts
Nous restons un bon moment à l’ombre des remparts à contempler le panorama très étendu. En bas, le village, à l’opposé les crêtes et les pics se détachent en silhouettes déchiquetées dans la brume. Une photo ne donnerait sûrement rien de bien, il me vient l’envie de les dessiner.
Le plateau est fendu d’un canyon très vert : une oasis de cocotiers, de canne à sucre et de jardins, qui s’étire profondément ; ce paysage nous rappelle le sud Marocain. La culture en terrasses est limitée. L’agriculture se concentre au fond de la vallée. Des citernes carrées retiennent l’eau d’irrigation. L’alambic fume encore. La côte découpée est frangée d’écume blanche sur les rochers noirs ?
Je dessine deux esquisses au crayon noir. Je peux tricher un peu et resserrer le cadrage. Je ne suis pas très habile, mais en m’exerçant tous les jours, j’espère progresser.
Dominique explore pendant ce temps les fortifications et trouve une porte et le chemin du retour.
Dimanche, foot et fête
Comme c’est Dimanche, Abel et Joseph tiennent le bar. Abel me sert un jus de bassap confectionné par Mama. C’est rouge, acidulé cela ressemble un peu au kerkadé mais c’est fait à partir d’un fruit qui vient de Dakar.
Dominique est assise sur le rebord cimenté de la rivière à sec. Il s’y déroule un match de foot avec spectateurs, arbitres et applaudissements. Les gamins jouent très sérieusement.
Dimanche à la plage
Après un déjeuner de sandwichs sur le pas de notre porte et une sieste, nous retournons à la plage de Canisse. Le dimanche, elle est envahie par les familles, véritables tribus et des bandes de jeunes. Certains ont apporté des glacières et même une guitare. Les Capverdiens se tassent à l’ombre des rochers. Les femmes se baignent en short et en Tshirt. Seules les petites filles sont en bikini. Dans l’eau ils jouent au ballon. Dominique fait des essais de lunettes de plongée. Elle est la seule à s’éloigner un peu du bord de la plage ; L’essai est concluant, les lunettes sont bien à sa vue et ne se mouillent pas, mais il n’y a rien à voir, que du sable.
Avec l’affluence nous nous relayons pour garder les sacs. La mer monte, il faut déménager sur les galets. C’est moins confortable. L’aluguer vient spécialement chercher les clients à la plage...
Il semble que les gens sont venus de Praia pour le dimanche, la place est pleine de voitures. Un petit orchestre anime le restaurant, devant la mer. Les instruments sont électrifiés et le synthétiseur pas très typique fait surtout beaucoup de bruit.. Des hommes dansent seuls, même les vieux. Nous y cherchons Papa et Mama. Nous voulons leur offrir un verre avant notre départ. Nous les trouvons à leur bar avec Joseph. Je reprends un verre de calabaceira, Joseph et Abel de la bière et Mama une glace.
Le fils d'Abel et de Mama : Joseph
Joseph a 37 ans. Il a fait des études d’économie. C’est un type intelligent et bavard, un peu agaçant parce qu’il prend des airs importants. C’est intéressant de bavarder avec lui. Il y a trois jours, il était venu avec un agronome fin saoul, ce qui rendait la conversation pénible. Samedi, c’était un avocat très gentil et timide. J’essaie d’apprendre le plus possible de ces conversations de bar. Un thème : le Cap Vert est il africain ? Pour eux qui ont vécu à Dakar, c’est une évidence. Ils se sentent africains (d’autant plus qu’ils parlent français entre eux). Joseph me fait un résumé de l’histoire des îles de l’archipel. Elle est plus compliquée que je le soupçonnais. Le Portugal n’a pas toujours été le seul colonisateur. Mindelo était anglaise, une île a même été allemande un moment.
Une caravane d’aluguers chargés de tous les jeunes de la région rentre bruyamment de Tarrafal où a eu lieu un festival de musique. Ce matin Mama nous en avait parlé mais nous n’avions pas bien compris et cru qu’il s’agissait d’un pèlerinage.
Nous devions manger du poisson grillé au restaurant du bord de mer mais l’affluence nous rebute. Dominique demande si Mama peut nous cuisiner des nouilles. Elle nous les sert dans notre chambre avec du poulet.
Après dîner, nous tenons compagnie à Mama qui déballe les photos de ses enfants restés en France. Elle nous parle aussi des autres touristes. L’entreprise de Joseph a pour but de gagner de l’argent mais elle a aussi l’avantage de distraire ses parents qui ont laissé leur famille en France.
L'aluguer jusqu'à Praia
Bab nous a fait des sandwichs au jambon et à l’omelette. L’aluguer nous emmène à Praia pour 100$. Nous traversons le plateau désertique, - désertique quant à la végétation mais pas du tout pour la population, 4 gros villages sont desservis en route -. Le plus important est dominé par une grosse église rose. Des femmes font le signe de croix en l’apercevant. D’autres se signent en montant dans le Hiace. Il monte sans cesse d’autres passagers. Au coin de Terra Branca à l’entrée de Praia, arrêt devant un marché. Trois femmes très grosses d’âge mûr s’installent, deux devant nous et une à côté de moi. Celle ci est furieuse. Elle pince sa copine et pouffe puis chatouille l’autre.
A Sucupira, nous trouvons un autre aluguer pour sao Domingos
A peine descendues à Sucupira, un homme maigre métis nous appelle. Il cherche à remplir l’aluguer pour Assomada. Sao Domingos est sur sa route. Nous le suivons. Il décrit le taxi « Hiace 12 places », dit-il. D’autres chauffeurs nous entourent : «Montez avec nous, cet homme ment, son taxi va à Calheta !». On est proche de l’échauffourée. Nous suivons le premier qui proteste que ce sont tous des fous et que nous avons fait affaire avec lui en premier.
Le minibus garé plus loin n’attend plus que nous pour démarrer. L’homme qui nous a recrutées n’est pas du tout le chauffeur. Il descendra juste à la sortie de Praia. Une femme prétend monter avec une table de nuit, deux grosses lampes dorées et encore d’autres paquets. Les sacs atterrissent sur les genoux des passagers qui n’ont rien demandé. Le meuble est coincé.
Les aluguers se doublent les uns les autres pour charger les clients avant le collègue. Il semble que leur devise est de ne jamais laisser personne sur le bord de la route. Nous sommes 18 entassés, les enfants sur les genoux des adultes. Dominique se plaint des odeurs corporelles. Juste avant Sao Domingos, changement de voisin. Ce dernier demande d’où nous venons. Il est de saint Maur et se trouve ravi de rencontrer des voisines.
Avec toute cette animation, on oublierait presque de regarder le paysage qui devient de plus en plus accidenté. Les pics déchiquetés se rapprochent. Au creux des vallées poussent toutes sortes de légumes. Sur les pentes s’accrochent des cannes à sucre. La topographie évoque tout à fait Madère. Les sommets hérissés sont les mêmes mais il manque l’eau pour verdir les pentes. Sans eau on ne s’est pas donné la peine de construire des terrasses soignées et de nombreux espaces restent en friche L’agriculture se trouve dans les plaines - inexistantes à Madère.
Jardin botanique
J’explique à mes voisins que nous nous rendons au jardin botanique. Ils nous indiquent où descendre. A l’intersection de la route de Sao Jorge, un autre aluguer nous ramasse aussitôt. Le trajet est si court que c’est gratuit. Nous découvrons une jolie église bleue entourée de flamboyants magnifiques. Le Jacaranda porte encore quelques clochettes bleues, les bougainvillées roses, orange, violets rajoutent de la couleur. Nous montons à pied jusqu’à la grille du jardin botanique. Rien de comparable avec celui de Funchal ! Un endroit fleuri, ombragé pour nous toutes seules ! Je reconnais des crotons, des coléus et des plantes qui poussent chez nous à l’intérieur dans des pots. Cela manque d’étiquetage !
Les maisons accrochées dans la montagne
Nous continuons la promenade dans la montagne. Les eucalyptus donnent une ombre légère, les manguiers sont beaucoup plus fournis. Des maisons sont accrochées à la pente. Certaines sont desservies par une route carrossable dont les virages sont empierrés, d’autres sont complètement isolées. Les petits champs de canne à sucre sont dispersés sur des terrasses. Des femmes portent l’eau sur la tête dans des bidons et des seaux qu’elles remplissent à la source dans la montagne. Nous croisons aussi des hommes, machette et scie à la main, à la recherche de bois. Au loin fume un alambic.
Installées sous un manguier, nous lisons les guides et regrettons de ne pas avoir apporté de la lecture et mon matériel à dessin.
une petite fille
Nous déjeunons en compagnie d’une petite fille collante qui nous donne mauvaise conscience. Peut être a-t-elle faim ?
Chorale
Une chorale religieuse s’est installée sous les flamboyants. C’est un patronage de Tarrafal qui a passé ce jour férié à la campagne.
Nous attendons l’aluguer du retour en compagnie de vendeuses de bonbons à l’unité, de T-shirts et même de chaussures, installées sur le bord de la route.
Une femme descend portant sur sa tête une bassine remplie de plantes vertes. Elle prend le minibus avec nous. Je commence à mieux comprendre le fonctionnement de l’aluguer. Le passager près de la porte se charge de l’ouvrir, de placer les passagers, de répartir les paquets, de recruter de nouveaux passagers et d’encaisser le prix du passage. Le chauffeur n’a plus qu’à s’occuper de la conduite. Comment ces receveurs se recrutent-ils ? Est ce que ce sont des habitués de la ligne ? Des amis du chauffeur ? Des passagers plus débrouillards ? La question reste en suspens.
Retour rua Banana
De retour rua Banana, je fais la lessive et installe ma chaise au milieu de la rue pour une autre aquarelle. Les petites filles m’entourent. Pendant le dessin, elles me laissent à peu près la paix. Dès que j’utilise la couleur, elles reconnaissent les différentes maisons : « casa Nono » commentent les couleurs, l’une d’elles veut me tenir le gobelet.
Pendant ce temps Dominique court le village à la recherche de notre dîner, cherche des yaourts (sans succès), va trouver les femmes qui font des grillades sur un barbecue sur la place (trop tard) et finalement commande à Bab un poulet grillé que nous mangerons sur la plage.
Joseph, le fils d’Abel, me trouve entourée des petites filles. Il a l’ai ravi que nous nous liions d’amitié avec les enfants.
Coucher de soleil sur la plage
Nous dînons assises sur le parapet à la limite de la plage... Les pêcheurs poussent leurs barques à l’eau pour aller pêcher de nuit. Cinq petits jouent sur les rochers. Leurs silhouettes noires se détachent sur le ciel. Ce serait un beau sujet de photo. Dominique raffole de contre-jours.
Nous observons le manège des fillettes qui descendent en chantant et en dansant en file indienne portant des seaux sur la tête, les plus petites des boîtes de conserve. Tout le monde pose le chargement, elles s’accroupissent les fesses en l’air. Que font elles ? La vaisselle ? La lessive ? Remontent elles de l’eau de mer ? Du sable ? La caravane revient à maintes reprises, toujours en chansons. Elles peuvent danser avec leur chargement qui ne s’écroule pas. Un petit garçon en T-shirt rayé se mêle à elles mais lui ne porte rien.
En rentrant nous croisons Joseph qui téléphone en français. Il nous annonce qu’il s’est fâché avec «son cuisinier» et que nous mangerons à la maison de ses parents. Nous plaidons pour Bap qui est charmant, serviable et gentil.
Samedi 6 Juillet : Cidade Velha Levada
Abel et Mama nous ont apporté le petit déjeuner sur des plateaux dans notre chambre. Il a fallu débarrasser et balayer les miettes. C’était mieux sur la terrasse ! Abel nous a expliqué que Pap, qui avait travaillé le jour de la fête, avait réclamé son week-end. Joseph voulait, le forcer à travailler.
Premier baobab
Derrière l’église, au détour de la route il y a un très vieux baobab. Comme en Asie, ce vieil arbre fait l’objet de la vénération du village : un autel y est installé avec des fleurs artificielles, des images de la Vierge et une croix blanche cloué sur le tronc. Je suis très excitée : c’est notre premier baobab ! Pour moi, c’est un symbole de l’Afrique. Malheureusement, les caisses formant un autel défigurent la photo que je prends quand même.
Promenade le long de la levada
Au dessus du baobab, nous découvrons une levada. La libellule rouge qui était venue nous visiter pendant le petit déjeuner était l’annonciatrice de la promenade le long de l’eau. Nous suivons le ruisselet en marchant sur le rebord cimenté de la levada.
Nous surplombons tout le village et voyons nos toits de chaume, notre cour. Nous marchons à l’ombre des manguiers. En contrebas, de petites terrasses sont aménagées avec soin. Pour l’instant rien n’y pousse. Les semis attendent la saison des pluies qui ne vont pas tarder (?). Plus loin, des ouvriers travaillent à rehausser d’un étage une maison au milieu des terrasses. La maison, les murettes en basalte, même les troncs des arbres sont chaulés... Drôle d’idée de chauler le basalte... C’est courant ici. Notre maisonnette de la Rua Banana, en belles pierres taillées, est aussi blanche ainsi que d’autres dans la rue. Cela donne un air de richesse, les maisons misérables n’ont pas eu de badigeon depuis longtemps. La levada irrigue en cascade, les terrasses en aval. Elle sort d’une piscine rectangulaire, citerne qui retient l’eau... Avant d’arriver à la source captée, nous trouvons plusieurs citernes pleines. La source est invisible, enfermée dans un bloc cubique en ciment. Une série de tuyaux conduisent l’eau vers d’autres champs.
Au dessus de nous, tout proche, le bloc épais de la coulée basaltique forme une falaise où seules les chèvres grimpent. Leurs bêlements sont presque humains. Au retour nous suivons la levada dans une autre vallée qui fait une encoche dans la falaise mais la promenade tourne court : la levada enjambe un précipice sur un pont étroit d’un trentaine de cm. Pas téméraires, nous n’osons pas nous y aventurer.
En chemin, nous croisons un couple assis près de l’eau. Dans leur seau : un téléphone portable, une brosse à dents et du savon. L’homme se lave nu ignorant notre présence. Un peu plus loin ce sont trois enfants qui se baignent dans un petit bac en ciment. Nous regardons les oiseaux aux ailes bleues métalliques. Dans le petit canyon se trouvent des fermes, les porcs sont installés en terrasse sur le toit. On élève aussi des vaches, un âne est attaché à un arbre à l’ombre ainsi qu’un chien qui aboie à notre passage.
Assises sur le rebord de la lévada, nous contemplons la mer : une plage de galets est bien tentante. Les ouvriers qui gâchent du ciment à l’entrée du chemin qui y descend nous interdisent l’entrée : c’est privé.
Ruines de la vieille cité portugaise
Cidade Velha s’étend aussi sur la colline près des ruines de l’ancienne cathédrale ruinée. Les hauts murs de basalte noirs sont décorés de grès jaune finement travaillé autour des portes et des fenêtres, la plupart des blocs gisent puzzle pour archéologues en attendant d’être remontés.
Nous trouvons des yaourts dans une épicerie. Une femme portant sur la tête un plateau de fruits et de légumes, nous choisit ses plus belles bananes. Il nous reste la moitié du poulet du dîner. A la manière des Capverdiens nous déjeunons assises sur le pas de la porte rua Banana.
La plage des Canisses
Après une sieste nous partons à la plage de Canisse. Aux heures chaudes les aluguers sont rares. Enfin un accepte de faire un détour pour nous conduire à la Praia Canisse, belle plage de sable noir dans une anse à 2km de Cidade Velha. Une femme et sa fille se baignent, une autre famille arrivera plus tard ainsi qu’un 4x4 avec deux blancs et trois noirs. C’est donc un endroit très tranquille.
Enfin une belle baignade ! Je reste longtemps dans l’eau, rejointe par Dominique. Puis lecture sur la plage. Il fait maintenant frais et nous avons presque froid après le bain. Trop tard pour commencer une aquarelle, d’ailleurs nous avons de la lessive à faire.
Dans notre maisonnette de la rua Banana, il fait bien noir la nuit. Je n’avais pas prévu que la campagne serait si bruyante. Au lever du jour, nous sommes réveillées par un vacarme incroyable : aboiement des chiens qui se répondent, puis les coqs donnent de la voix. Grondement des vagues, imperceptibles le jour. Quelle heure peut-il être ? A six heures, je sors dans la cour sous le regard suppliant de Croquette, le chien, qui gémit pour réclamer des caresses.
Il fait très beau, encore frais. Sur l’antenne de télé la plus proche, un couple de très beaux oiseaux s’est posé. Ils ont le bec rouge, la tête et le cou blanc les ailes noires sur le dessus et bleu métallique vers l’arrière. Ce sont les Passerinhos, oiseaux endémiques de trois îles du Cap Vert : Santiago, Fogo et Brava.
Petit déjeuner - Bab kader, notre cuisinier
A sept heures et demie, petit déjeuner sur la terrasse du magasin de souvenirs. Notre cuisinier écoute RFI. Il est sénégalais et a habité Neuilly. Comme il ne comprend pas le créole, il écoute la radio en français. Nous découvrons que le propriétaire ne se nomme pas Joseph mais Abel. On lui demande pourquoi il se fait appeler Joseph. Ici, c’est la coutume d’appeler le père du nom de son fils. Je lui demande comment il s’y retrouve, cela le fait sourire. Lui s’appelle Bab Kader.
Praia
Abel-Joseph, en plus d’accueillir des touristes, est chauffeur d’aluguer. Il nous conduit à Praia dans son minibus et nous débarque au pied du Plateau construit sur une épaisse coulée de basalte. On y accède par un escalier. Sur les murs, des fresques colorées à la gloire de l’amitié des peuples, une carte d’Afrique avec des symboles de la paix : « tous égaux, tous différents ». Les beaux quartiers de Praia occupent le plateau quadrillé de rues qui se coupent à angle droit. Deux jolies places sont aménagées avec des jardins publics. Les bâtiments officiels ont deux ou trois étages et datent du début du XXème ou fin du XIXème et ressemblent à leurs homologues portugais. Cela forme un ensemble charmant, propret, coloré et animé, évoquant plus une sous préfecture qu’une capitale. Le palais présidentiel forme un bel ensemble de bâtiments peints en jaune entourés de jardins fleuris de bougainvilliers ; à l’arrière une caserne est installée dans un petit fort jaune avec une tourelle carrée plus kitsch que militaire. Moins kitsch, les tanks garés au dehors.
Nous avons vite exploré le Plateau avec une attention particulière pour les supermarchés. Nous comparons les prix avec ceux des petites épiceries : deux fois moins cher. On finit par trouver une bouteille de Pernod hors de prix dans une boutique de spiritueux. Pour les journaux français, il faudra renoncer, ceux-ci sont en consultation au centre culturel français, mais pas en vente. Le marché est la curiosité particulièrement recommandée par les guides. Sur un très petit périmètre sont installés de nombreux étals où on vend toutes sortes de légumes : carottes, oignons, choux de toutes sortes, pommes de terre, patates douces, betteraves, haricots verts, tomates, poivrons courgettes. L’exotisme vient plutôt des fruits : mangues, papayes, anones, amis, aussi, raisins, oranges, pommes, poires... Nous achetons 4 avocats. Le sac en plastique coûte aussi cher qu’un avocat (40$). Ici, les sacs plastiques sont récupérés, lavés et sèchent sur les cordes à linge du village. Cela n’empêche pas le désert d’en être jonché.
A 10h30, nous avons fini la visite et nous installons devant le palais présidentiel pour écrire les cartes postales qui arriveront dans une semaine. Nous sommes à l’ombre, sur le rebord de la corniche qui domine la mer : les plages, le port et les quartiers de Praia construits sur les collines et en bas un stade monumental.
Le Musée (minuscule) est fermé quand nous y parvenons à midi, nous passons devant le lycée et descendons une rampe pour arriver à Sucupira, le marché africain. Je m’attendais à plus pittoresque. Des fripes, vraies marques ou contrefaçons de jeans, sont suspendues. Monceaux de baskets, Nikes ou imitations, des sous vêtement de couleurs violentes. Oh, le beau soutien gorge vert pomme ! Et le string orange ! Je voulais acheter un chapeau et un paréo. Ils proviennent tous d’Indonésie, batik avec trois couleurs au choix. Les beaux tissus africains sont vendus au mètre à l’intérieur des petites échoppes. Quant au chapeau qui remplacerait celui que j’ai perdu à Sal, je ne vois que des casquettes de base ball ou des bandanas... Les plus beaux articles sont de belles chemises colorées à larges motifs, mais réservées aux hommes. Nous ne nous attardons pas dans Sucupira, finalement déçues.
Retour en aluguer
L’aluguer nous conduira « chez nous » à Cidade Velha.
Le trajet est plus long que prévu. L’aluguer part quand il est plein, et même bourré. C’est la sortie de l’école. Les lycéens forment l’essentiel des passagers. Il part donc rapidement, mais ce qui n’était pas prévu, c’est qu’il s’arrête au sommet de la côte pour permettre aux femmes de terminer leurs emplettes. Elles descendent toutes et s’en suit un va et vient de bassines de poissons. Chacune a du mal à caser ses paquets. Comment ferons nous avec nos valises pour aller à Tarrafal ? Au bout d’un quart d’heure, le Hiace reprend la route et dépose ses passagers à tour de rôle. Chacun va à la fenêtre avec ses pièces. Dominique fait passer la monnaie.
On achète une boite de thon au village et déjeunons sur le pas de notre porte d’anone et de thon.
C’est le premier jour ensoleillé, beaucoup plus chaud (28°C) que les premiers jours. Nous préférons faire la sieste avant de nous baigner..
La baignade tourne court. La plage sert de terrain de foot. Seuls se baignent de très petits gamins. Le plus vieux doit avoir sept ans. Je suis gênée de m’exhiber devant tout le village.
Après-midi rua Banana, aquarelle en compagnie des enfants
Retour donc rua Banana, je sors mes aquarelles. J’aurais aimé peindre la rue elle même mais je commence par la montagne dominant le paysage encadrée par les hauts cocotiers et quand je dessine les maisons il n’y a plus la place que pour trois. Je travaille sous l’œil attentif de deux petites filles, surtout de Sarita qui m’indique les couleurs en créole.
Peindre n’est pas photographier.
Avec les photos j’engrange des souvenirs, des preuves, et parfois il sort quelque chose de beau. Je conçois la photo comme du reportage. J’essaie de faire un cliché même si l’endroit visité s’y prête mal. Comme ce matin à Praia. Mes panoramas, les vues dégagées sur les lointains, font rarement de belles photos. Dominique réussit mieux les siennes parce qu’elle n’a pas le souci du témoignage. Elle ne prend la photo que lorsqu’elle a un bon sujet ; en ce moment elle fait uniquement des portraits d’enfants.
Pour la peinture, la fidélité est secondaire. On peut élaguer, recadrer, recomposer. Mais il faut compter avec ma maladresse !
Promenade dans la campagne
Promenade dans le lit sec de la rivière. Nous découvrons toute une vallée cultivée entre deux falaises. Les arbres sont immenses, magnifiques manguiers et cocotiers. A l’ombre poussent canne à sucre, bananiers et légumes. Les cannes à sucre s’étagent dans la montagne sur des terrasses minuscules et assez rudimentaires. On restaure les vestiges de l’ancienne ville de Cidade Velha, son ancien couvent, la Pousada.
La promenade ombragée est très agréable sauf quand on passe à côté d’une distillerie de grogue : l’odeur est pestilentielle. Sur les rochers les chèvres se battent et poussent des cris humains. Les passerinhos volent au dessus de nos têtes avec leur éclat bleu métallique.
Joseph, le fils d’Abel, est le véritable patron de l’entreprise familiale de tourisme. Il a fait des études d’économie en France où il a vécu longtemps, il s’exprime plus facilement en français qu’en créole et prend ses grands airs de jeune cadre dynamique. Ce soir, il est venu avec un ami ingénieur agronome qui aurait pu nous raconter des choses intéressantes s’il avait été en meilleure forme. Il est saoul.
Le dîner se termine mal : la feijoada est mal passée.
Vol pour Praia
Nous nous levons sous un beau soleil. C’est le premier beau jour depuis la tempête de sable de dimanche. La mer est calme.
Le taxi est ponctuel. Assise dans le taxi, je me rends compte que mon chapeau a disparu.
Le vol pour Praia est prévu à 11h50 .Nous sommes largement en avance, à 10h15. On nous annonce que nous avons raté l’avion qui embarque ses derniers passagers sous nos yeux. Il faudra patienter 3 h à l’aéroport pour attendre le suivant. Nous prenons ce contretemps avec philosophie.
L’avion survole les nuages. Nous n’apercevons Santiago qu’au dernier moment à la descente sur Praia, rivage découpé. D’épaisses falaises surplombent la mer.
Arrivée à Praia
Episode curieux à la réception des bagages : les chauffeurs monopolisent les chariots. Pas de taxi, pas de chariot. Je commence à marchander avec les chauffeurs qui se disputent entre eux. Pendant ce temps là, Dominique aperçoit un panneau à nos noms. Un taxi envoyé par l’agence. Un moment, j’espère que ce transfert est compris dans le forfait payé à Destination Cap Vert. Ce n’est pas le cas. Il faudra débourser 2600$. Sabino, notre chauffeur, parle très bien le français. Il nous présente sa ville, très sale et très misérable. Le Caire, par comparaison, c’est Neuilly ! La « rivière », à sec, est jonchée d’ordures. Les rues sont défoncées. Des cahutes en parpaing sont dispersées dans les collines. Les constructions sont anarchiques. On a du mal a imaginer l’existence même d’une ville dans le chantier des routes défoncées, des bidonvilles des buildings en ciment plantés sans logique apparente. La concentration de camions et la foule sur le bord de la route témoignent de la présence d’une ville quelque part.
Sabino arrête le taxi à la station Shell. Ce n’est pas pour faire le plein d’essence, c’est pour que j’aille au ravitaillement. Je ne sais pas trop qu’acheter : deux bouteilles d’eau et des yaourts. Qu’allons nous trouver au village ?
L’université Jean Piaget est en construction au bord de la route. Le choix de Piaget m’apparaît sympathique.
Cidade Velha, vieille ville portugaise
La route pavée nous mène rapidement à Cidade Velha, la première ville fondée par les Portugais au XVème siècle, malheureusement ruinée par les pirates. La forteresse domine la falaise. Au village, il reste peu de chose de l’ancienne ville à part le beau pilori où on attachait les esclaves.
Chez papa et mama
Le taxi emprunte une ruelle. Nous sommes arrivées. Sabino s’adresse à nos hôtes en les appelant Papa et Mama. Pourtant il ne les connaît pas.
Nos propriétaires Joseph et sa femme sont des personnes âgées ayant vécu 29 ans à Chalons-en-Champagne. Notre gîte se trouve au fond d’une courette cimentée dans une maison basse en basalte chaulée recouverte d’un beau toit de chaume de canne à sucre refait à neuf. A l’intérieur, un grand lit métallique orné de boules en cuivre, une table, une tapisserie avec des chevaux. Au sol le carrelage étincelant imite le parquet. Il fait très sombre. Une petite fenêtre donne sur la rue Banana ainsi que la porte Joseph nous donne les clés : « vous les gardez, vous êtes chez vous ! ». la salle de bain est dans la cour décorée par quatre bananiers qui poussent en pleine terre ainsi qu’un petit rectangle de canne à sucre. Dans les seaux et des bidons, toutes sortes de plantes tropicales, des impatiens, de la misère, du pourpier du basilic et du romarin.
La femme de Joseph est assise sur le banc contre le mur. Elle trie tranquillement des haricots pour la fejoada de demain d'un mélange de haricots divers et de graines de maïs.
Après une bonne douche, Joseph nous emmène faire le tour du village. Le prétexte est de nous montrer la cabine téléphonique. Il nous fait entrer dans les deux épiceries, nous présente à tous les villageois, à l’instituteur. Il nous montre aussi les maisons dans lesquelles il loue des chambres quand les siennes sont complètes. Il nous mène au petit port qui est aussi la plage, un peu de sable noir sur lequel reposent des barques et des filets. Les enfants viennent se baigner là.
Promenade sur la route pavée
Enfin, il nous explique comment accéder à une plus belle plage à 1.5km du village.
Nous sommes ravies de nous échapper et prenons la route pavée qui passe d’abord par des jardins en terrasses un peu anarchiques sous les manguiers portant des mangues, les goyaviers, citronniers cocotiers et flamboyants. Un peu plus loin, les cultures sont irriguées en goutte à goutte : le manioc pousse avec divers légumes courges ou concombres (?) en feuilles, tomates et poivrons. Les gens qui travaillent dans les jardins nous saluent au passage : « boa tarde ! ». Rapidement nous parvenons dans un désert de pierraille, coulées volcaniques presque à nu. Curieusement, de grands bâtiments modernes sont dispersés dans la campagne (des restaurants, des résidences secondaires, des maisons d’immigrés ???)
En bas, la mer se brise en écume blanche sur les rochers. Il me semble sentir les embruns 15 m au dessus.
Soirée tranquille au village
Retour à 7h au village. Tout le monde est dehors, les enfants jouent au ballon, les femmes font du crochet, certains dînent dans un bol sur le pas de leur porte. Je redoute surtout les moustiques. Santiago n’est pas exempt de paludisme comme l’ont rappelé les panneaux à l’aéroport. Il faut donc éviter de se faire piquer. On s’habille de la tête aux pieds, manches longues, causse et se passe sur le cou, les avant-bras, le visage de la citronnelle. Précaution inutile ! Rien ne vole ! En revanche, il y a des araignées, pas dangereuses, mais qui me répugnent. Dominique les écrase sans façon.
Nous dînons chez le fils de Joseph sur la terrasse, protégée de canisses où il y a trois tables et un bar à jus de fruits. Notre table est « réservée » avec un papier plié à la manière des élèves de sixième à la rentrée, collé sur la toile cirée. Nous sommes les seules clientes. On nous sort salière et piment, moutarde et ketchup.
Près du bar, des adolescents boivent des jus de fruit en écoutant à la radio des variétés internationales : Bob Marley, Céline Dion...
C’est le meilleur endroit pour passer la soirée : il fait frais, c’est bien éclairé et nous sommes installées confortablement sur des tables. J’apporte nos guides pour préparer notre exploration de Santiago. Joseph se joint à nous. Dans ses mains un livre relié (livre de prière,). Il est ravi de nous conseiller. Nous commandons dès maintenant le menu pour le lendemain.
La propriétaire de l’hôtel, française, rentrée de vacances, prodigue ses conseils. Nous sommes moins perdues qu’hier mais je n’ai plus l’obligation de pratiquer le Portugais.
Après avoir acheté deux bananes (40 $) aux femmes assises sur le rebord du trottoir, nous essayons de trouver un taxi collectif pour Espargos à 100$. Les taxis attendent mais pratiquent les tarifs « privés ». Finalement, nous marchandons avec le chauffeur – maillot brésilien, parlant français-. Nous nous asseyons à l’arrière du pick up pour mieux voir le paysage.
Le vent souffle très fort. Le taxi traverse un véritable désert avec ses petits oueds et même une petite palmeraie. Le ciel est couvert, au loin la mer très agitée est blanche d’écume. Après l’aéroport, la ville d’Espargos n’est pas très attirante avec des buildings et des chantiers en parpaing. Elle est construite sur une colline hérissée d’antennes et de paraboles.
Pedra de Lume, saline abandonnée
Pédra de Lume est pittoresque avec les maisons basses, des ouvriers des salines autrefois, l’église blanche, et sur la colline le téléphérique en bois délabré allant du port abandonné à la montagne. Le taxi nous dépose à l’entrée du tunnel creusé pour accéder au cratère. Au bout de la galerie nous découvrons un damier dans un cercle presque parfait. Certains rectangles rose saumon, d’autres verts, d’autres recouverts par une pellicule de sel. Un paludier creuse avec une pelle, un tractoriste est au travail. Nous sommes les seules touristes et nous nous promenons tranquillement sur les petites digues qui séparent les bassins.
Je cherche des trémies de sel ou de gros cristaux cubiques et suis un peu déçue de ne pas en trouver. La nature ne fait pas toujours les choses comme l’enseignent les livres.
La géologue en moi vibre : le volcan qui a construit cet immense cratère circulaire a disparu, les cendres accumulées ne me racontent pas l’éruption. La saline, en revanche, me rappelle toutes les autres que j’ai visitées : Guérande, salins de Giraud, Gruissan, celles du Portugal, ainsi que le temps de ma thèse. Chaque fois que nous découvrons une nouvelle contrée, je cherche les liens avec mon histoire personnelle pour apprivoiser les lieux, y trouver des marques, m’y sentir moins étrangère.
Sur la rive diamétralement opposée poussent des plantes grasses très vertes. Des lits de plage sont installés. J’hésite à me baigner, nous ne savons pas comment nous allons rentrer. Il faudra peut être marcher 7 km jusqu’à Espargos, je n’ai pas envie d’être raide de sel. Plus tard deux jeunes touristes iront à l’eau. Je les envie.
Nous descendons à pied sous le téléphérique de bois et parvenons à un port fantôme. Trois barges rouillent sur des rails, les quais construits pour l’embarquement du sel sont presque abandonnés, quelques barques de pêcheurs sont amarrées. Les bâtiments des ouvriers sont encore habités mais plus aucune trace de l’activité d’autrefois.
Retour en aluguer
Le soleil revient vers midi. Nous pique-niquons face à la mer devant un restaurant vide où j’espérais trouver un taxi ou un aluguer. Rien. Nous marchons sur la route dans le désert. Espargos se profile bien plus proche que les 7 km annoncés. Est ce un mirage ? Nous n’aurons pas le temps de le vérifier. Un taxi, déjà occupé, nous charge à son bord pour 800 $ et à 14h30 nous sommes aux Alizés pour la sieste.
Aquarelles sur la terrasse
Je m’installe sur la terrasse pour peindre.
Vers 5h Dominique se met en quête d’une location de voiture pour demain et d’un restaurant pour dîner.
Aujourd’hui Lundi, Cultural Café est fermé ainsi que l’Aquarium et la moitié des établissements que nous recommande la propriétaire des Alizés.
Nous partons explorer les nouveaux quartiers construits pour les touristes italiens en majorité. Les pizzerias sont légions mais c’est la morte saison, les restaurateurs ne font aucun effort pour attirer les rares consommateurs.
NhaTerra, un dîner en musique
Finalement, je dégotte l’endroit idéal, Nha Terra : un hôtel avec une minuscule piscine dans un jardin entourée de jolis palmiers aux larges frondes bien fournies. On peut dîner sur le bord de la piscine et ce soir, il y a même des musiciens.
Dominique trouve des croquettes de morues vendues dans un boui-boui. Je dîne donc seule, les musiciens me tiennent compagnie. Ils cassent souvent des cordes et passent plus de temps à accorder leurs instruments qu’à jouer. Ambiance sympathique !
Promenade de nuit sur la plage. De retour aux Alizés, la fête bat son plein, au bar Cocorico au rez de chaussée de la pension, il y a de la musique ainsi que dans une boîte en face. Allons nous dormir ?
Au dessus de mon lit, un tableau de Tchâlé, femme portant un enfant, nous fait penser aux peintures de Robert Bombezy.
Mardi 2 Juillet : Espargos Palmeira Baignade
Espagos
Nous avons renoncé à louer une voiture et préférons essayer l’aluguer : un minibus qui part de la station devant la pharmacie quand il est plein (100$ chacune pour Espargos). Le chauffeur met une chouette musique capverdienne à tue tête, cela fait couleur locale. Nous traversons 17 km de désert : du sable blanc, près de Sal puis une étendue caillouteuse ocre rouge. L’île n’est pas aussi plate que je le pensais.
Espargos est un gros bourg avec des maisons peintes, une placette cimentées avec des volumes colorés avec soin, quelques supermarchés modernes et bien achalandés. Le tourisme n’a pas envahi les boutiques comme à Santa Maria.
Après une promenade tranquille dans les rues animées nous montons sur la butte qui domine le village pour découvrir le panorama, reconnaissons Pedra do Lume, l’aéroport et Palmeira.
Au supermarché nous trouvons du concombre, de la charcuterie et des yaourts, la caissière parle français.
Palmeira, le port de commerce, les pêcheurs
Un chauffeur de taxi propose de nous emmener pour 230$ à Palmeira et nous conduit au port de commerce. Les abords sont gâchés par les citernes de carburant. Autour des docks de nombreux containers viennent du monde entier. De grosses caisses de bois sont empilées, rangées par destinataires : les complexes hôteliers de Santa Maria. Un gros bateau est à quai.
Un peu plus loin, le port de pêche est plus intéressant. Des pêcheurs portent des maquereaux en bouquets dans chaque main. Une petite fille armée d’un gros couteau vide les poissons et tranche les têtes. Des hommes calfatent une barque avec une sorte de toile en tissu blanc. Nous photographions tranquillement un homme qui pose complaisamment avec ses poissons.
Nous flânons dans le village aux maisons basses aux façades multicolores. Certaines sont fleuries avec des mimosas, des hibiscus ou des lauriers roses. Nous entrons dans plusieurs épiceries bien cachées dans les maisons à la recherche de pain. Il n’y en a pas mais une petite fille nous emmène chez une amie qui pourra peu être nous dépanner.
De très petits enfants jouent seuls dans la rue. Un chien dort sur la chaussée. La voiture de la sécurité de l’aéroport le heurte. Le pauvre chien pousse un petit cri et se lève en boitant. Impuissantes et désolées, nous préférons décamper.
Reour à Santa Maria
Retour en taxi : 800 $ jusqu’à Santa Maria. Je n’ai pas de monnaie, le chauffeur non plus. Il propose de faire le change au Cocorico, le bar situé sous les Alizés.
Au dessus de la boulangerie Dado, la voisine fait grand ménage au jet, elle arrose les clients. La boulangère pousse grands cris.
Plage des surfeurs
Nous avons repéré une plage équipée de parasols en feuilles de palmiers au bout du village à l’opposé des complexes touristiques. C’est la plage des surfeurs, déserte en cette saison. Nous installons deux lits sous un parasol en l’absence de plagiste. Je vais me baigner à l’avant d’un beau rouleau qui se brise quelques mètres devant moi. C’est amusant : il faut guetter la vague et ne pas la quitter des yeux. Elle est assez forte pour me soulever mais pas assez puissante pour m’emporter. Dominique me fait la leçon et réussit pour un moment à me faire peur.
Une plage déserte, c’est merveilleux pour se reposer mais la baignade est hasardeuse. Je ne retournerai à l’eau que quand un groupe de touristes s’arrêtera..
En attendant, nous faisons un beau pique-nique, lisons. Le ciel est couvert, il fait presque trop frais. Dominique se cache sous la grande serviette de plage. Etonnant d’être sous les tropiques au mois de Juillet et d’avoir la chair de poule ! Le vent est moins fort que les autres jours, les nuages se dissipent un peu un faible soleil apparaît. Je vais à la recherche de coquillages. C’est un plaisir de m’enfoncer dans le sable fin, pieds nus. La récolte est maigre : des patelles très aplaties, quelques bigorneaux, des oursins cassés (mangés par les estivants) un morceau d’écaille de tortue. Les détritus, mégots, chaussures ne manquent pas. C’est attristant d’être dans une île du bout du monde et d’y trouver des saletés.
Une Capverdienne en combinaison très élégante orange se baigne toute habillée avec sa fille en short par dessus le maillot. Elles jouent à ramasser des galets dans l’écume de la vague.
Le vent est tombé, les vagues mollissent, je retourne à l’eau pour une deuxième baignade.
La plus belle photo est toujours celle qu'on n'arrive pas à prendre !
C’est notre dernier jour à Sal. Nous partons faire les photos. La plage est très animée : une partie de foot endiablée se déroule sur le sable près du ponton. Des pêcheurs laissent pendre leurs lignes entre les planches disjointes. Dominique a le vertige. Entre les planches disjointes du ponton, on voit l’eau. Je vais seule au bout de la jetée emportant l’olympus. Sur la plage une curieuse scène se déroule : onze hommes poussent une barque à l’eau : un petit garçon préside à l’opération. Cela aurait pu être La photo des vacances. Dominique est furieuse d’avoir raté cette occasion.
Du balcon des Alizés
De retour aux Alizés, je dessine sur le balcon notre jolie placette entre le centre culturel orange et le café Matéus bleu vif. Au milieu de la place, des volumes géométriques variés, alignement de cubes aux couleurs vives : jaune, vert orange, bleu soulignés par une bande colorée. Un bizarre édifice en gradins et quelques plantations donnent un effet pittoresque. Pendant que je dessine, le rasta m’interpelle Il me demande de passer le bonjour à son ami : Patrick de Fogo. Je lui demande alors son nom : « Cubano ». Est ce vraiment son nom ? Ou une référence au Castrisme, à Che Guevarra, honoré ici ? C’est un personnage curieux et un artiste. Ses sculptures à la plage sont très originales. Le soir tombe. Je suis forcée de finir ma peinture à l’intérieur.
Nha terra, notre cantine
Nous terminons la soirée au restaurant Nhéa Terra près de la piscine sous les frondes des palmiers.
Voyage Roissy/Lisbonne/Sal
Surprise : nous sommes en 1ère classe!!
Notre vol pour Lisbonne est à 20 heures. Avec les nouvelles exigences de sécurité, nous arrivons au comptoir de la TAP en avance, à 17h05, où un employé nous hèle : les passagers pour Sal doivent embarquer immédiatement. Le personnel au sol d’Orly est en grève, nous risquons de rater la correspondance si nous prenons l’avion de 20h. L’hôtesse enregistre nos bagages immédiatement, mais plante son ordinateur et ne parvient pas à imprimer nos cartes d’embarcation.
Je suis ravie, cette correspondance à Lisbonne me souciait, récemment André est resté en rade à Rome ainsi que Cati et Pierre à Funchal. Dominique ne l’entend pas de la même oreille, elle comptait téléphoner à ses parents pour avoir des nouvelles de Florian dont nous venons d’apprendre l’accident et aussi faire des courses hors taxe. Elle est donc furieuse d’être bousculée et s’en prend au steward qui tente de lui expliquer rationnellement qu’elle devrait au contraire être contente. Depuis les accords de Schengen, il n’y a plus de boutique hors taxe à Orly Ouest. Elle aura tout son temps à Lisbonne. Mais quand Dominique ne veut rien comprendre... J’écoute la discussion, m’énerve et oublie de réclamer la carte d’embarcation. Je ne m’en rends compte qu’au niveau des portiques de sécurité. Dans l’urgence et la pagaille on nous laisse quand même passer. Mais l’hôtesse de la TAP nous bloque.
Nous embarquons les dernières, en première classe, dans de larges fauteuils de cuir. L’avion tarde à décoller. Rumeurs, les grévistes auraient piqué les clés … finalement nous décollons à 18h30.
Lisbonne : 3 heures d’attente.
Dominique glisse 2 euros dans la fente du téléphone public et appelle Servon. Miracle, il nous rend même la monnaie. Nous n’achèterons pas nos Royales hors taxe, tant pis !
En première classe, il y a du papier à lettre et des cartes postales. Mais il faut affranchir le courrier. La recherche du timbre va meubler le temps mort. Je sais comment cela se dit en Portugais. On me laisse quitter la zone de transit et sortir à la poste.
23h20 l’avion est rempli de CapVerdiens chargés de paquets volumineux qui ont tous l’air de se connaître.
Vol de nuit, je dors.
Dimanche 30 Juin : Sal
Réveil à 7h après une bonne nuit dans notre chambre de la pension des Alizés. Très simple et moderne. Luxe : un frigo et le ventilateur un peu bruyant mais efficace. Les volets blancs s’ouvrent sur un balcon qui donne sur une jolie placette. En face, le centre culturel crépi d’orange et des maisons basses jaune pâle. Le village de Santa Maria semble endormi. Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse qui domine le quartier. Les acacias aux troncs torturés se balancent. Il fait tellement frais que je mets une chemise à manches longues.
Première exploration de Santa Maria
Trois rues parallèles à la plage, pavées de basalte, bordées de maisons basses. Deux clochers blancs et une éolienne géante dominent les toits en pente douce recouverts le plus souvent de tôle ondulée gris orangé. Les plus belles maisons sont couvertes de tuiles romaines et arborent de petites tourelles carrées. Volets, gouttières et tour des fenêtres sont peints de couleurs vives contrastant avec les tons pastels des crépis bleus sur orange, vert sur jaune. Dans les courettes intérieures poussent des papayers, quelques palmiers parfois de bougainvilliers.
Sur le trottoir des femmes vendent des bananes et des mangues dans des seaux ou des bassines qu’elles portent sur la tête. Les petites épiceries proposent quelques conserves des haricots et des nouilles en vrac.
Il y a peu de circulation automobile, quelques taxis rôdent attendant le client.
Après avoir revêtu des maillots nous longeons la plage. D’immenses complexes touristiques de bungalows, assez jolis d’ailleurs, à la sortie de la ville, ont aménagé sur la plage des lits et des parasols bien tentants. Nous prévoyons de nous y installer pour un bon moment.
Mais d’abord première baignade :
la mer est bleue turquoise, un beau rouleau d’écume blanche déferle sur le sable blanc. L’eau est très fraîche, les vagues me font peur, je reste en avant de la barre. Dominique s’est installée sur le sable sec. La mer monte, une vague plus puissante l’atteint et j’ai tout juste le temps de courir pour sauver sac et sandales de la noyade.
Je goûte au plaisir de fouler le sable les pieds nus. Je l’avais craint brûlant, il est tiède, merveilleuse sensation ! Nous marchons le vent de face. Je dois maintenir fermement mon chapeau de paille qui s’échappe, roule et est happé par la vague. Je l’attrape de justesse avant le reflux. Le sable nous fouette les jambes si bien que nous renonçons au projet de location de chaises longues et de parasol.
Près du ponton de bois, des barques sont alignées sur la plage. Nous trouvons l’ombre sous la coque d’une barque du nom de Banana, peinte en marron rouge, qui nous abrite aussi du vent. Je retourne me tremper.
Finale de la Coupe du Monde de foot : le Brésil gagne
Si la ville est déserte et la plage abandonnée, c’est que ce matin se déroule la finale de la Coupe du Monde de football Brésil - Allemagne. Dans les hôtels, les restaurants, les cafés tout le monde s’est rassemblé devant le poste de télévision. De temps en temps nous percevons des clameurs, un but ! Nous devinons que le Brésil a gagné : 2 :0. Des voitures klaxonnent joyeusement en sillonnant les rues pavoisées aux couleurs du Brésil, décorées de drapeaux et de ballons de baudruche, des enfants avec un djembé suivent la voiture en courant. Nombreux sont ceux qui revêtent le maillot de l’équipe brésilienne, ou qui sont habillés de jaune et de vert. Sont-ils des supporters fidèles ? Possèdent-ils des collections de maillots ? En tout cas cet épisode de liesse cadre bien avec le décor et nous sommes sincèrement heureuses de la victoire brésilienne. Que ce serait-il passé si le Portugal ou le Sénégal avaient été en finale ? Je me promets de poser cette question dès que nous en aurons l’occasion...
Maintenant que le match est fini, la plage s’anime, les enfants arrivent, un garçon d’une dizaine d’années très noir fait vrombir un cerf volant multicolore. Je me baigne en compagnie d’une fillette et de son frère qui jouent dans les vagues. Un jeune homme se roule dans le sable en chahutant avec son chien. Le sable blanc reste collé sur sa peau foncée lui faisant un étrange maquillage de folie. Une belle photo ? Dominique préfère éviter son regard pensant qu’il se donne en spectacle exprès.
Un Africain s’approche de nous et propose ses services : « je suis commerçant massagiste ». Vers 1h l’ombre de la barque a complètement disparu et d’ailleurs nous avons faim.
Nous mangeons deux sandwiches au thon, attablées à l’ombre d’un acacia, devant le « glacier ». La serveuse parle très bien le français, avec seulement un soupçon d’accent portugais. Elle s’excuse. Dans le sandwich il n’y aura pas de tomates. A cause du match, les boutiques sont restées fermées (c’est faux).
Sieste à l’hôtel. Nous nous installons à l’ombre sur la terrasse sur des chaises longues.
Rencontre avec le "rasta", le campeur sculpteur de la plage
Nous nous renseignons sur les arrêts des aluguers auprès du « Rasta », personnage pittoresque de Santa Maria que nous avons remarqué ce matin. Sonorisant toute la rue un gros radiocassette sur l’épaule, il tenait compagnie aux peintres qui badigeonnent le restaurant Piscador en face de notre balcon. Il parle parfaitement français. Sur la plage nous avons trouvé sa tente entourée de ses sculptures. Torse nu sur son jeans, il porte colliers et tatouages et un sac à dos délavé. Dreadlocks courts mais décolorés, raybans. Il a belle allure.
Le look rasta est ici bien représenté sous diverses variantes ; surtout les couleurs vert jaune et noir en bonnets, pantalons. Mais la simplicité prédomine.
Ce soir tout le monde est dans la rue. La jeunesse s’est réunie sur le terrain de Hand où s’affrontent les juniors (beaux maillots et arbitrage sérieux) les églises sont pleines, (l’horaire de la messe a été repoussé à 18 h pour cause de foot). A la sortie de l’église, des fillettes habillées de blanc et un homme portant une guitare.
Bandes d’adolescentes en jeans et haut très court, même mode que chez nous. Elles pourraient être nos élèves.
Diner au cultural café
Nous dînons au Cultural Café sur la jolie placette. Le restaurant est un peu sophistiqué : à l’extérieur, les tables en contre-plaqué ont été découpées à la forme des îles de l’archipel. Elles sont éclairées par des lampes à pétrole. Un faux palmier décore la salle tandis qu’un ruban lumineux électrique clignote sur la façade. Le serveur est charmant. Il ne ménage pas ses efforts pour nous faire patienter, mais l’attente se prolonge. Il nous fait une blague, - « le gaz est fini » -, cela ne fait pas rire Dominique. Il demande alors si elle est fâchée ou si elle a faim. Il ne faut pas être pressé « ici ce n’est pas l’Europe ». Heureusement, la musique capverdienne est très agréable, plutôt jazz, un peu brésilienne. Enfin, les deux assiettes arrivent, très bien garnies. Du thon grillé pour moi, une omelette pour Dominique. Le thon est délicieux, fine tranche passée à l’huile d’olive et grillée et le riz a un goût original.