La pointe nord-ouest de l’île est très montagneuse : le sommet ne culmine qu’à 650 m mais les pentes sont si raides qu’on ne peut plus parler de collines. Une belle forêt de chênes immenses la recouvre : les arbres sont magnifiques, quelques châtaigniers se mêlent aux chênes. Des villages minuscules sont perchés.
Le camping de Béli
Au dessous de Béli, la route descend à un petit camping installé sous des oliviers, une jolie plage de galets et son petit port.
Bien sûr, la plage est occupée par les estivants avec parasols et divers équipements, mais ce n’est pas la foule. Le problème est de se faire de l’ombre. Nous avisons des rochers en gradins avec de larges marches bien plates. Nous occupons l’espace avec serviettes, chaussures, sacs pour dissuader les importuns. Après cette première étape stratégique, il faut suivre le cours du soleil pour obtenir deux places confortables à l’ombre, Dominique déplace quatre fois le parasol : au début nous sommes confortablement installées, mais on ne voit plus la mer, enfin, la vue est dégagée, mais il n’y a plus qu’une place à l’ombre . Finalement sous avons le meilleur emplacement de la plage, en hauteur, à l’écart .
Cela me fait un peu penser aux fous de bassan ou aux cormorans défendant leur nid sur le rocher.
Poissons et mouettes
Spectacle : les campeurs viennent nettoyer des caisses entières de poisson à quelques mètres de notre rocher. Par principe, au début on râle un peu : la mer va être pleine d’écailles et de boyaux. Très vite les goélands rappliquent. Ils saisissent les morceaux que le pêcheur leur lancent, attendent en se disputant, tirent à deux ou à trois sur le même lambeau de peau de raie. On prévoie les prises de bec en regardant l’homme dépecer son poisson. C’est un spectacle bien plaisant.
Comme d’habitude, je passe plus de temps dans l’eau que dehors. Je m’enhardis à nager plus loin puisque je ne suis plus seule. Les viscères de poissons ont attiré toute une flottille de poissons vivants. Certains nagent complètement à la surface. Ce qui est étrange c’ est que les goélands les négligent complètement préférant les morceaux tout coupés aux proies vivantes.
Béli
Nous déjeunons d’un sandwich au beurre de sardines de la Belliloise, puis remontons à Béli, petit village ancien ayant gardé son crépis vieillot grisâtre et attaqué par le sel . Les rénovations n’ont pas encore donné l’aspect pimpant et touristique du reste de l’île. Les rues en pente sont pavées de galets glissants. Curiosité locale : le nombre de puits de pierre avec leurs gracieuses ferronneries peintes en vert.
au café
Nous nous arrêtons dans un café à l’entrée du village. Une bande de Croates boit des bocks impressionnants de bière, puis du vin blanc. Les hommes chantent tandis qu’on installe les corbeilles de pain et les amuse-gueules. Ils sont presque tous blonds. Curieux mélange : un paysage très méditerranéen qui fait penser à l’Italie est peuplé de gens qui ressemblent à des Russes.
KRK
Ce matin, nous avions le soleil dans les yeux, les brumes noyaient le paysage. Au retour les côtes de l’île de Krk sont bien visibles avec un liseré clair délimitant le vert des forêts et le bleu violent de la mer sillonnée par les nombreux bateaux, voiliers ou ferries. A la sortie de la forêt, nous traversons une lande de plantes sèches qui embaument.
le 45ème parallèle
Une grosse borne signale le 45ème parallèle. De retour au studio je regarde le petit atlas : le 45ème parallèle traverse Grenoble, St Flour, Bordeaux. …..Encore un sujet d’étonnement : ces oliviers, cette chaleur, cette sécheresse m’auraient fait penser à une position beaucoup méridionale . Alors que les petits nuages passent le soir et se désagrègent sans donner de pluie, qu’il fait une chaleur comme en Grèce ou en Turquie je me demande si nous n’avons pas simplement de la chance ou si c’est le climat normal au début Août ?
Encore une belle journée pour terminer notre séjour balnéaire sur une jolie plage.
Trois jolie plages aménagées à Valun
Valun est un petit hameau de quelques maisons et de plusieurs restaurants pimpants au fond d’une crique avec un petit port .Trois belles plages de galets sont aménagées, on loue même des lits. Pour terminer les vacances en beauté, j’essaie d’en louer un, ils sont réservés, on me propose d’en retenir un pour le lendemain.
Naturiste ou textile?
Dominique s’est bien organisée pendant que je suis partie nager. La première plage était déjà bien peuplée, heureusement des pins donnent de l’ombre. De l’autre côté des rochers, je lorgne une belle plage bordée par une pinède touffue, complètement vide à part quelques nudistes. Entre 20 personnes à poil et 200 habillés, je n’hésite pas. Dominique non plus! Mais elle ne fait pas le même choix. Je suis furieuse de tant de pudibonderie ! Je pars à la nage vers la plage naturiste et fais un record de longueur.
Coloniser un territoire:
Quand je reviens, je ne trouve plus Dominique sous son arbre. Elle me fait signe : elle a colonisé un rocher. Elle met toute son énergie à conquérir le meilleur territoire possible en tenant compte de plusieurs critères : d’abord l’ombre, puis l’accès à l’eau puis vient la délimitation des frontières.
Après la conquête, il faut toute une stratégie pour ne pas laisser l’ennemi nous assiéger. Nous étalons donc rabanes et serviettes, chaussures et sacs pour occuper le terrain . La troisième étape est une veille permanente pour dissuader les intrus. Dominique ne va même pas se baigner et cette occupation quasi-militaire la mobilise. Elle me fait penser à un fou de Bassan défendant son nid. Cette fois l’emplacement en vaut la peine. Nous passons de longues heures au frais. Il fait si bon à l’ombre et au vent que je me demande si la température n’a pas baissé.
snorkelling
Pour ma part, j’ai l’intention de profiter au maximum de ces dernières baignades. Je parcours de grandes longueurs sans aucune peine. Sécurisée par les nombreux baigneurs, je m’aventure loin de notre base sans être isolée. L’eau est si claire que je peux voir le fond sans le masque. A la limite d’un talus la couleur change, au delà c’est le bleu marine des profondeurs, en deçà, la mer est verte. Les poissons affectionnent cette zone, je vois aussi des éponges. J’essaie de nager avec une économie de gestes pour ne pas troubler la surface de l’eau .
Je maîtrise mieux l’usage de mon masque bon marché et défectueux, dès qu’il se remplit d’eau je le vide sans poser le pied, ce qui me permet de nager plus loin du bord, pas trop, c’est inutile, il n’y a plus personne. Un banc de tout petits poissons argentés m’accompagne, ils n’ont pas l’air dérangés par ma présence, je suis ravie.
Les villages
Vers 15 h nous quittons la plage pour visiter les villages.
La petite route court entre deux murs de gros rognons de calcaire. Il me vient l’idée que ces murs rassemblent les pierres gênantes comme à saint Etienne en dévoluy, en gros tas, les clapiers. Ici, au lieu de les jeter en tas, ils les empileraient pour construire des murs.
Deux voitures peuvent à peine se croiser. Il faut reculer quand les grosses berlines germaniques arrivent en face.
Pernat, vin ou ail?
Pernat est un village perdu, pas touristique du tout. Les anciens, rassemblés autour d’une table, nous proposent en italien d’acheter du vin ou de l’ail puis nous découragent de visiter le village .
Lubenice, un peu plus touristique
Lubenice, perché sur les hauteurs, possède un parking payant très cher (15 Kuna), un plan à l’entrée indique toutes les curiosités. Le touriste est attendu : de belles peaux de mouton bien blanches sont étalées pour tenter les passants ? Des femmes pétrissent le pain dans une sorte d’auge rectangulaire en bois. Dans le four, les braises sont rouges, la pelle traditionnelle noircie attend les prochaines miches.
Nous rentrons vers six heures, la lumière est belle. Notre mansarde est écrasée de chaleur, après la douche on s’étend sur les lits : bouger le moins possible.
Ce n’est qu’à sept heures qu’on commence à revivre. Je sors chercher le Monde chez la marchand de journaux qui me le garde sous le comptoir. Dans les rues étroites à l’ombre il fait maintenant meilleur qu’à l’intérieur ?Tous les bancs de notre avenue sont occupés. Les magasins ouvrent à 18h30 aujourd’hui dimanche.
passeggiatta
Après le dîner, passeggiatta comme tout le monde ici, je choisis une glace au tiramisu . Nous préférons nous perdre dans les petites rues
Nous serions bien restées quelques jours de plus à la mer.
Réveil à l'aube, derniers regards de la terrasse
Ce matin, je me suis levée, comme chaque jour, dès l’aube. le ciel est rose à l’horizon, une énorme lune brille encore. Autour de la ville les collines s’éclairent progressivement tandis que les toits restent dans l’ombre . Camaïeu de tuiles romaines plus ou moins patinées, toits neufs uniformes, toits rapiécés, fatras d’antennes, râteaux, grilles, quelques paraboles si laides. La lessive sur la terrasse voisine attire le regard avec ses couleurs vives : un maillot fluo, la robe rose bonbon d’une petite fille, des shorts oranges et les robes noires de la grand mère. Je m’amuse à noter la fantaisie des mitres surmontant les cheminées. 6H30 la cloche se déchaîne pour sonner l’angélus. Bientôt nous allons quitter ce paysage et je m’efforce de l’observer avec l’acuité maximale.
8heures, « Turist Biro » nous rendons les clés.
En route à travers l'île jusqu'au ferry
La route de Porozina serpente dans une partie très montagneuse de l’île. Cela nous fait bien rire : les virage sont notés sur les panneaux triangulaires SERPENTINA. Puis nous traversons un bois de chênes. Le vent s’est levé cette nuit et a chassé la brume, les couleurs sont intenses et la mer est agité de petites vagues
9h le ferry quitte l’île pour la côte de l’Istrie toute proche, la traversée ne dure qu’un quart d’heure.
Istrie, la corniche
Nous remontons vers le nord et Rijeka sur une corniche très haute . il y a peu de plages, de jolis villages et surtout des stations balnéaires aux belles villas 1900 et aux grands hôtels Belle Epoque plutôt italiens. Les plages sont aménagées : restaurants, cafés et parasols. Dominique me propose de prendre un dernier bain mais cela ne me dit rien, trop de monde, la mer trop agitée, rien à voir avec l’eau calme et limpide de notre île.
la montagne et la Slovénie
Juste avant Rijeka, la route quitte la côte et monte dans la montagne. Nous arrivons rapidement en Slovénie, très verte . les maisons sont soignées très fleuries, transition entre la Croatie et l’Autriche. je ne comprends toujours pas l’éclatement de la Yougoslavie. Les Slovènes étaient très nombreux à Cres, peut être plus que les Croates. Ils parlent la même langue, pratiquent la même religion. Quel besoin d’avoir une nouvelle frontière, une autre monnaie à l’heure où on abolit les douanes à l’intérieur de la Communauté Européenne et où on passe à l’Euro ?En attendant, les prix dans la boutique « hors taxe » sont exprimés en DM.
Arrivée en Italie
Nous arrivons en Italie avec 3000 lires, à peine de quoi payer un café. La carte de crédit sera bien utile pour les péages.
Trieste, nous longeons, sans la voir Venise sous la chaleur de midi. La plaine est monotone, grise sous le soleil. Il y a beaucoup de camions. Padoue, puis Vérone, près des villes des paysages industriels, des aciéries, des usines énormes.Au lointain, le paysage devient intéressant . Nous ne perdons pas de vue les Alpes . Plus près de nous, un paysage de collines avec des villages perchés et des clochers qui ressemblent à des tableaux de la Renaissance.
Brescia, les panneaux annoncent Turin par une autre autoroute, nous suivons le fléchage et évitons Milan. L’autoroute est moins chargée, mais elle n’a que deux voies. Nous passons devant Crémone, Piacenza, la plaine du Pô couverte de maïs, un peu monotone. De temps en temps, pour varier, des tournesols fanés .
Turin, 17h45 : la tangentielle . Il faut être attentives pour ne pas louper notre sortie .l’autoroute qui conduit au Fréjus est spectaculaire. Dès la sortie dela ville, elle s’engage dans une étroite vallée bordée de montagnes gigantesques, il semble qu’il n’y a que l’autoroute, ni village ni maisons .Le soleil bas donne un éclairage étrange . A travers des nappes diffuses de brumes certains sommets apparaissent un instant pour disparaître aussitôt. Nous sommes privées de paysage dans les très longs tunnels. L’un d’eux est si long que je crains d’arriver en France par le Fréjus. A la sortie nous sommes complètement éblouies. Les villages ont des noms français mais nous sommes toujours en Italie. Dernier effort pour la voiture : le col de Montgenèvre.
Dès que nous avons passé la frontière, nous nous arrêtons pour chercher une chambre. Au premier hôtel nous trouvons. Il est 19 heures.