Nous quittons la Hongrie
Sous un ciel un peu nuageux nous prenons la direction de Barcs et roulons dans des champs de maïs à perte de vue, parfois remplacés par des tournesols. Le ciel se couvre encore . Dire qu’on est en Juillet !près de la frontière, de belles forêts touffues bordent la route . la Drave, large rivière calme, sépare la Hongrie de la Croatie. Avant le pont, une policière soupçonneuse vérifie nos identités et consulte ses registres avant de nous rendre nos papiers.
en montagne
lignes de crêtes, les prés en pente, on se croirait en montagne après la plaine hongroise, si je consulte la carte je suis surprise de découvrir que nous roulons entre 200 et 300m d’altitude et que les sommets au lointain ne dépassent pas 900 m.
les maisons croates
L’habitat change aussi : finies les façades peintes, le stuc, les rues fleuries. Ici, la brique, parfois le parpaing, sont à nu. Certaines très vieilles maisons ont le même style que les maisons hongroises, maisons basses en longueur, perpendiculaires à la route coiffées d’un pignon en bardeaux, le toit peu pentu, mais elles ont l’air en mauvais état. Les maisons plus récentes sont des maisons à étage avec un balcon fleuri et un toit de tuile en double pente. Je ne sais si le crépi a jamais été à la mode ici, peut être autrefois, certaines maisons plus anciennes en portent des lambeaux, mais alors ce sont les trous circulaires des impacts de balles qui mettent la brique à nu. Je m’étonne qu’on trouve des traces de combats si près de la Hongrie.
Virovitica, première ville croate
Virovitica : accueil agréable, en anglais, à l’Office de Tourisme et à la banque. Nous exposons nos desiderata : la mer mais pas la foule. L’employé de l’Office de tourisme nous conseille plutôt Zadar que Rijeka. Pour l’hébergement : les hôtels sont complets, réservés depuis des mois, nous trouverons des chambres chez l’habitant, cela tombe bien. Nousmodifions doncl'itinéraire prévu, à Karlovac au lieu de continuer l’autoroute, nous descendrons plein sud par la route. L'employé nous conseille de nous arrêter en chemin à Plitvice.
70 km séparent Virovitica de l’autoroute, mais la route traverse des villages , ou plutôt des zones habitées, puisqu’il semble que les maisons soient posées le long de la route séparées par la largeur d’un jardin. En revanche il y a très peu de villages avec des magasins des cafés ou des églises. Dans les zones habitées, la limite de vitesse est à 50km/h. Devant chaque maison on voit une table avec un sac de pommes de terres, des tomates ou du miel à vendre. Les cours des maisons sont encombrées de constructions en bois : séchoirs à maïs en palissade à claire-voie, abri pour le puits, cabanons et poulaillers. Les prés sont fauchés et des meules à l’ancienne : cylindriques avec un bâton au centre pour faire tenir le foin. Je m’interroge pourquoi la mécanisation n’est pas encore arrivée ici, est ce la taille des parcelles, ou la pente ?
Autoroute
De Kutina à Zagreb : autoroute payante (15 kuna) même prix de Zagreb à Karlovac. Peu de circulation, pas de camions, des plaques d’immatriculation inconnues SLO (Slovénie) ou BIH (Bosnie Herzegovine, quelques voitures allemandes ou autrichiennes
A partir de Karlovac la route longe la frontière bosniaque et s’enfonce dans la montagne, il y a donc 200 km de route à deux voies encombrée de caravanes de camions chargés de grumes de chêne et de camionnettes. Des aires de repos sont aménagées tout au long de la route des restaurants proposent des poulets et des porcelets rôtis à la broche dans d’énormes barbecues.
Arrêt pique nique sous les tilleuls de la place de l’église sur une petite route à l’écart. le paysage est magnifique. Il nous semble que de nouvelles vacances commencent.
Je suis attentive à tout ce qui rappelle la guerre que nous avons vue il y a dix ans à la télévision. En effet, de nombreuses maisons sont abandonnées, soit complètement ruinées, soit brûlées, soit simplement sans portes ni fenêtres. Un panneau seulement empêche qu’on se promène sur la frontière, sinon rien.
Nous n’avons pas voulu nous arrêter à Plitvice, le souvenir de Swannee sur les petits ponts est trop vif. Quand la route traverse le parc, je guette les cascades.
La route descend dans une cuvette plate sans cultures, seulement de l’herbe, puis on remonte pour redescendre dans une autre cuvette. Au col, j’espère la mer, invisible.
Enfin la mer!
Enfin, nous la découvrons insérée entre les côtes d’une presqu’île formant un étroit canal, il faudra encore aller loin pour découvrir la mer ouverte, après cette presqu’île il y en a une autre puis des îles…
Dominique est fatiguée de conduire, depuis 9 h ce matin seulement avec des pauses très courtes. Il reste encore 40 km pour Zadar.
chez l'habitant
Au premier village venu au bord de mer nous cherchons une chambre. Premier essai : 40DM pour une chambre toute simple mais avec douche et balcon, frigo, cuisine à partager avec les voisins, à moins de 20m de la plage. La maison fleurie avec une balustrade ornée de géraniums d’un bougainvillier mauve, a belle allure .
Le propriétaire, jeans, torse nu, cheveux grisonnants, ressemble un peu à un grec. Il parle très mal Allemand, mais on se débrouille avec l’aide des autres locataires, Polonais ou Tchèques, qui semblent parler le Croate ou tout au moins se faire comprendre dans une langue slave.
Baignade
A cinq heures, nous sommes dans l’eau . Quel bonheur ! Après ces journées pluvieuses, nous retrouvons l’été ; il fait 30°. Même si je n’ai pas été privée de baignades en Hongrie, retrouver la mer est incomparable !Dominique se baigne aussi . Notre plage est une bande étroite de cailloutis. Heureusement, il y a peu de monde, les enfants se baignent plus loin et plongent d’un ponton cimenté . Deux bateaux sont amarrés .
Nous partons explorer le village, quelques maisons de vacances entourées de jardins sur des rues poussiéreuses, sur la grande route deux restaurants et une boutique, des étals de légumes aussi et un kiosque. Au bout de la digue une très jolie église minuscule.
la panne
Après le dîner, curieuse panne d’électricité, nous n’avons plus de lumière dans la chambre, mais le frigo fonctionne, je descends pour demander qu’on change l’ampoule, on me montre la moitié du village plongé dans le noir. L’électricité n’est pas suffisante, les gens ont l’air habitués, la fille du propriétaire est un peu inquiète, allons nous quand même rester ?
Nous descendons donc sur la digue et passons une soirée trtès agréable sous les étoiles. L’électricité revient, nous remontons.
Zadar, la ville la plus proche est à une vingtaine de km de l’autre côté d’une péninsule plate et assez sèche. La ville moderne est assez étendue, mais la ville ancienne enclose dans ses remparts est petite. Rues étroites pavées de calcaire gris clair poli très glissant, occupées par de nombreuses terrasses de cafés. Les commerces sont luxueux, surtout des boutiques de fringues de marques. Il y a beaucoup de monde. Nous cherchons comme à l’accoutumée, l’Office de Tourisme, qu’on finit par trouver après de grands efforts, caché à l’étage dans un bâtiment à l’écart. De toutes façons il ne nous est pas d’un grand secours.
Forum
Un forum romain avec une unique colonne corinthienne fait une jolie place.
Eglise Saint Donat
Juste derrière, l’église Saint Donat a une curieuse forme cylindrique très haute avec son campanile un peu plus loin. L’intérieur est très sobre :un plafond de bois une galerie d’arcades romanes, en dessous une belle colonnade entoure la nef – sans doute des colonnes antiques réutilisées –l’autel est abrité par une sorte de baldaquin très simple Renaissance. Les stalles du chœur sont en beau bois sculpté.
Eglise baroque
De l’autre côté du forum nous visitons également une église baroque toute peinte de blanc et relativement sobre pour du baroque, ce qui est très curieux, ce sont les grillages ondulants en ferronneries, formant une sorte de galerie fermée.
Musée archéologique
Je visite à la hâte le musée archéologique, regrettant de ne pas pouvoir y consacrer plus de temps,parcmètre oblige.
courses au supermarché
A l’entrée de la ville un énorme supermarché Billa .On achète de la viande. Cela fait un mois qu’on n’a pas mangé de steak avec des pâtes. pour dîner.
Nous remontons vers le nord pour découvrir les plages des environs, nous avons l’embarras du choix . la côte est rocheuse mais les plages accessibles. Très peu de monde. Nous trouvons un coin délicieux derrière un camping. Nous sommes seules sur le cailloutis, des pins nous donnent de l’ombre.
Nous regardons la nuit tomber en nous promenant comme tout le monde ici sur la digue. Puis on se pose pour voir les étoiles et les lumières se refléter dans la mer.
12 km plus loin vers le nord, à Starigrad, se trouve l’entrée du Parc National de Paklenica.
Entrée payante, 30 Kunas, parking 2 km plus loin dans une vallée très profonde entaillant la montagne.
un canyon ente de hautes falaises
Nous marchons ensuite dans un canyon entre de très hautes falaises. Des voies d’escalades sont aménagées et les grimpeurs sont nombreux.
A 8h il fait encore frais, le sentier est bien aménagé mais il commence très raide par des marches glissantes (Il faudra marcher avec précaution au retour). Cette rampe s’élève dans une vallée sèche. Bientôt la végétation devient dense d’Elat mastic(pistachiers éléanus), de charmes, noisetiers, hêtres et figuiers. Cette forêt est inattendue. Quand on regarde de la mer, les montagnes sont pelées couvertes d’un maquis ras. Les crêtes déchiquetées en calcaire nu.
Le sentier devient plus large, bien entretenu en petits cailloux avec des fontaines. Nous suivons un petit torrent.
la grotte
Un écriteau indique la grotte à 40 minutes.
Dominique reste. Je grimpe le sentier en lacets large d’une soixantaines de cm, en pente pas trop raide, dans une forêt clairsemée, ombragée à cette heure matinale. Je fonce pour respecter le minutage. La grotte est aménagée pour la visite. Nous descendons l’équivalent de cinq étages dans une salle immense avec de très belles draperies.
Dominique qui a attendu 1h45 et vu passer des dizaines de randonneurs commence à s’impatienter.
le ruisseau
La promenade continue le loin du ruisseau à l’ombre. Nous déjeunons les pieds dans l’eau près d’une maison forestière puis rentrons dans la chaleur de l’après midi.
après midi à la plage de Rovaniska
Plage chez nous, très calme nous sommes seules. Des vieilles arrivent vers 17h30 .
courses à Starigrad
Nous retournons à Starigrad changer de l’argent à la banque et visitons les supermarchés. Il y a pourtant plusieurs campings, mais nous ne trouvons rien à notre goût. Il faut croire que les campeurs ne mangent que des saucisses et du saucisson. Rien de bien appétissant ! On se contentera de spaghettis.
Nous terminons la soirée par la traditionnelle passeggiatta sur le remblais. Comme c’est le week end, c’est très animé et le vendeur de glaces ne chôme pas.
Presqu’île de Zadar vers le nord. Des troupeaux traversent la route. Les villages ne sont pas plus pittoresques que ceux de la côte ; les maisons de pierre sont écroulées, les maisons de brique et de ciment quelconques dominent. Il y a deux modèles : un premier à toile de tuiles en pente, généralement un étage, raffinement : des arcades en ciment, pas de crépi. L’autre modèle à terrasse qu’on rehausse pour construire un deuxième étage avec un escalier extérieur sans rampe débouchant parfois sur rien du tout. Pas de crépi mais de tonnelles de vigne.
Nin
A l’entrée de Nin, des marais salants. Un vieux pont de pierre relie l’îlot à la terre. La ville est entourée de ses murailles. La porte qui fait face au pont est élégante. Il est neuf heures et il fait déjà chaud. La petite basilique blanche toute ramassée en croix autour de sa coupole chaulée est isolée par un champ de fouilles. Les objets provenant des tombes sont visibles dans un petit musée archéologique qui abrite aussi deux barques trouvées dans la mer dans un état de conservation extraordinaire.
Nin est assez fréquentée par les touristes, j’achète l’unique Monde sur le présentoir. Nous faisons le tour de la ville, découvrons de plages de sable formant une langue émergeant de la lagune. Des baigneurs y accèdent en traversant à pied la lagune.
Au café
Nous nous attablons à la terrasse d’un café. C’est un plaisir méditerranéen que de boire un expresso bien tassé en regardant l’animation de la rue. En Grèce et en Turquie, ce plaisir est presque défendu aux femmes seules, pas ici, des familles entières consomment. Certains boivent des cafés surmontés de crème fouettée bien appétissante.
Musée archéologique
Je regrette que nous soyons parties sans guide. J’aime bien connaître l’histoire et ne pas passer étourdiment à côté d’une merveille trop discrète . Le musée archéologique présente des panneaux bien documentés. J’y découvre que les Croates étaient allié aux Francs contre Byzance. Cette toute petite ville était alliée à Charlemagne par la paix d’Aix la Chapelle en 812 tandis que Zadar toute proche était byzantine.
Ile de Vir
Nous quittons Nin pour aborder l’île de Vir reliée au continent par un pont moderne bombé.
Près du pont l’île est très construite, et se construit présentement, chantier de grandes maisons destinées aux touristes. A mesure que nous nous enfonçons dans l’intérieur, les constructions se raréfient .Il y a un bois de pin et de chênes, des vignes. Des panneaux proposent du vin et de la rakija à la ferme. Nous poursuivons la route pour trouver une plage. Quelques voitures stationnent sur un parking. La côte est rocheuse/ Le calcaire raviné est fendillé et coupant. Difficile d’atteindre l’eau transparente sans risquer de se blesser . Il n’y a pas d’ombre non plus et se promener avec le parasol est hasardeux . Nous quittons à regret cet endroit magnifique, sauvage et désert où pousse seulement un maquis ras. Le sentier côtier est tracé mais impraticable en sandales.
Nous retournons vers les dernières habitations (encore en construction mais déjà habitées). Tandis que je vais dans un petit supermarché acheter de l’eau fraîche, Dominique repère une « plage » ; des petites terrasses cimentées en escalier avec un accès facile à l’eau et un trou pour piquer le parasol que nous adossons à un muret. Comble de luxe, le rocher lisse est incliné pour faire un dossier.
Nous resterons toute l’après midi sur notre terrasse. Le supermarché vend des masques de plongée. J’en achète u un bon marché(pas très étanche) et j’ai le plaisir d’observer des tas de poissons. Certains sont minuscules, transparents et nagent en groupe en surface. D’autres plus gros broutent les algues. Je crois même reconnaître des rascasses. Heureusement que nous nous baignons chaussées. Notre parasol fournit une belle ombre, le vent souffle de la mer, il fait une température délicieuse. Dominique surveille les évolutions d’un groupe de jeunes : 3 jeunes filles jolies et agréables, 3 petites filles adorables en deux pièces. Puis arrive une allumeuse qui attire tous les garçons. Avec mon masque je ne me lasse pas de retourner à l’eau. Nous levons le camp à 17h30. Nous faisons un crochet par Zadar pour nous approvisionner à Billa.
Après le dîner promenade rituelle. La digue est vide, tous les jeunes doivent être à Zadar .Nous regardons les lueurs du village qui se reflètent en guirlandes roses, vertes rouges.
Pag est une très longue île parallèle au continent. On y accède par un pont bombé en ciment.
Les vieilles, habillées en noir en jupe froncée et en grand fichu noir qui leur cache le visage à la mode turque, vont à pied à la messe. Nous avons déjà vu les mêmes vieilles à Harkany aux bains, peut être étaient elles Croates ?
Lapiez
L’île est désertique : le calcaire est nu ; de loin les falaises sont blanches, de près la patine est grise comme à Superdévoluy .Des figures d’érosion en lapiez font des arêtes pointues.
la saline
Une petite dépression occupe le centre de l’île, remplie de roseaux géants. Sur la carte un lac est indiqué : c’est une saline en activité avec des bacs rectangulaires. Une usine immense l’exploite, mais curieusement , en cette saison tous les rectangles sont remplis d’eau et on ne voit pas de tas de sel ni même ne croûte de sel à la surface.
la petite ville de Pag
Au milieu de l’île, la petite ville de Pag est ancienne ;comme Zadar ou Nin, elle est enclose dans ses murs de pierre gardés par de jolies portes. A l’intérieur, les ruelles sont si étroites que le soleil ne pénètre pas. Certaines maisons portent de jolies sculptures, des balcons de pierre. Les dalles sont glissantes comme
à Zadar.
dimanche : la messe
Sur la place de l’église nous prenons un pot. C’est l’heure de la messe, il y a affluence, l’église est peine, le portail ouvert, certains assistent debout .Impossible de visiter l’intérieur. pas de photos de l’extérieur de l’église romane : des échafaudages cachent la façade. De jolis anges se détachent sur le ciel bleu. Nous achetons Le Monde –encore un luxe appréciable- et des beureks comme en Turquie -et un feuilleté à la cerise.
Trouver une plage!
Il est temps de trouver une plage. Ce n’est pas facile sur cette île rocheuse. La route domine la mer à 100 m d’altitude, nous roulons dans une colline pierreuse où seuls dépassent des murets de pierres sèches délimitant d’improbables parcelles désertes. Nous descendons dans un village. Surprise ! les chênes verts bordent la côte. Miracle ! l’eau est accessible. Une famille vient tout juste de libérer un emplacement bien plat à l’ombre d’un magnifique chêne vert. Je suis enchantée ! des naturistes se baladent à poil, bon augure ! les plages naturistes sont toujours moins fréquentées que les autres !
Dominique voit tout cela d’un autre œil :les naturistes lui gâchent la baignades. Elle se retranche sous notre chêne et y restera toute l’après midi sans bouger en observant les aller et venues des hommes et des femmes à poil.
Pourtant on aurait pu passer une très belle journée : l’eau est délicieuse. Je passe des heures avec mon masque à observer dans les rochers une faune très intéressante .Dominique a une idée géniale : elle découvre dans nos prospectus une liaison maritime entre Zadar et une île près de Rijeka qui shunterait toute la route à camions en corniche. Au lieu de s’énerver en conduisant nous allons faire une croisière!
barrage de police
Le retour est retardé par une péripétie : au pont, les policiers ont monté un barrage et vérifient les identités et ouvrent les coffres des voitures. Nous n’avons pas nos papiers. Que va-t-il arriver ? Rien, quand vient notre tour, on dit au policier « Papir, Zimmer,Rovanijska » de l’air le plus bête possible et il nous laisse passer.
Le soir sur la digue, nous envisageons avec enthousiasme notre nouveau projet. Dominique souhaite tellement le réaliser qu’elle est prête à allumer un cierge à notre petite chapelle de la plage. Malheureusement, il y a du monde
Aux premières heures de la matinée nous filons aux bureaux de la compagnie de navigation. Le ferry pour Mali Losinj n’est pas quotidien mais hebdomadaire, seulement le mardi. Justement, nous projetions de partir mardi ! Reste t il de la place ? L’employée téléphone, demande la longueur de la voiture. Evidemment, je ne la connais pas mais je lui assure que la voiture est petite. C’est bon ! je passe à la caisse : 211 Kunas seulement ; je tombe des nues, j’avais calculé 4 fois plus ,avec les prix du prospectus .Ce mystère s’éclaire facilement : le montant était indiqué en Lires italiennes, ce qui expliquait le nombre inquiétant de zéros.
la réserve ornithologique
Nous allons ensuite explorer un lac 30 km au sud de Zadar qui est aussi une Réserve ornithologique.La route côtiere est toujours aussi fréquentée, ce qui nous confirme que la croisière est une idée de génie ! Elle traverse une zone industrielle très laide puis longe une mince pinède. Les stations balnéaires se succèdent ensuite, les campings, le club Med …
Au feu!
Juste avant d’arriver le trafic se ralentit et s’arrête. Un barrage ? ou le feu ? En effet une épaisse colonne de fumée s’élève de la gauche. Ce ne sont que des travaux. Encore une bonne raison de remonter la côte en ferry !
le lac
Le lac a une belle couleur vert pastel un peu laiteux, il se trouve dans un écrin (un écran !) de roseaux qui interdisent l’approche. la Réserve Ornithologique a prévu quelques sentiers d’accès pour l’observation, mais la promenade tourne court après quelques dizaines de mètres. Il n’est pas encore midi, trop tôt pour le pique-nique.
la plage du club Med
Nous reprenons la route à la A sortie d’une pinède nous trouvons une jolie anse rocheuse enfermant une minuscule plage de sable avec l’eau la plus transparente qui soit .Bien sûr, on n’est pas seules ! Sur le sable et dans l’eau peu profonde jouent des enfants. Dominique se pose sur un rocher tandis que je pars à la nage vers le large pour explorer les environs. Des gens arrivent par le haut de la pinède sur des rochers abordables. Il faut convaincre Dominique !
Je n’ose pas insister trop. L’expérience de la plage nudiste me fait adopter un profil bas, je ne veux pas deux jours de suite prendre des initiatives qui ne conviennent qu’à moi. C’est vraiment dommage, l’endroit est magnifique, le plus beau depuis notre arrivée en Croatie.
Nous retournons à l’étroite pinède coincée entre la mer et la route. Il y a du monde, mais pas trop. Nous y passons un bon moment à nager, nous sécher au soleil puis à lire à l’ombre. Nous observons aussi les évolutions d’un petit hydravion qui vient pomper l’eau pour éteindre un incendie de forêt.
Dernière soirée à Rovinjska : bon dîner avec de la viande et des épinards, dernière lessive. Puis encore une fois, la digue illuminée. Le vent s’est levé, de gros nuages menaçants viennent de la montagne.
la tempête,
La tempête a secoué notre pin toute la nuit, lui arrachant des craquements inquiétants. Nous avons peu dormi. Nous regardons la mer avec inquiétude. Dans le creux de notre baie tranquille, abritée par la presqu’île, la surface de l’eau est toute creusée de vagues. Comment sera la pleine mer ?
Par hasard, j’ai justement retrouvé dans la poche de ma polaire le Mercalm du voyage en Auvergne et je l’ai rangé, bien accessible, dans le filet extérieur de mon sac à dos.
Embarquement
Sur le quai, plusieurs files de voitures attendent l’embarquement. Bien sûr, nous nous trompons de queue. C’est la foire d’empoigne, personne n’est capable de nous renseigner, finalement nous montons avant tout le monde dans le ferry, dépassant par la droite une imposante caravane tirée par une imposante berline immatriculée en Allemagne, sous l’œil furibard du conducteur et les vives protestations de sa femme.
A 8h10 nous avons choisi nos sièges, le départ est prévu pour 9h. J’ai donc le temps de chercher Le Monde et de boire un café. Je fais un tour au pas de course dans la citadelle, pas de Monde.
La traversée
La traversée est un enchantement . le vent a molli.Il souffle juste assez pour nous rafraîchir. Nous naviguons entre les îles allongées, certaines sont plus pelées, la plupart recouvertes d’une végétation très verte. Pins ou chênes verts? On ne distingue pas toujours. Les habitations sont rares. Il nous semble être dans un paradis d’îles désertes. J’avais craint la tempête et le soleil, je suis à l’ombre, tranquille et regarde défiler les voiliers.
les petites îles
Notre ferry ravitaille trois petites îles : Olib, Silba et Prémuda. Il est attendu à quai par des petites remorques attelées à de minuscules tracteurs qui montent sur le bateau et chargent des caisses d’eau minérales, de bière, de boissons diverses quelques caisses de tomates(on doit plus boire que manger dans ces îles !), Chaque fois les véhicules garés à la poupe doivent libérer le passage aux livraisons. Heureusement que nous sommes garées à l’avant de la cale. Le spectacle est divertissant. On imagine comme le bateau doit être attendu dans ces villages perdus .Des passagers descendent à pied, d’autres montent.
Arrivée à Mali Losinj
Les six heures ont passé par enchantement quand n nous parvenons à Mali Losinj , jolie petite ville dans une rade étroite où stationnent de gros bateaux.
Il nous faut trouver une banque puis une agence de Tourisme. Là tout se complique. L’employé nous fait comprendre qu’il a peu de chambres à notre disposition. De plus nous souhaitons être en dehors de la ville près de la mer.
Il nous fait un plan, derrière l’aéroport, sur un chemin de terre dans les champs « poljé » rajoute-t-il.
"Tout est complet!"
Nous trouvons l’aéroport, de minuscules avions privés sont posés là, un hangar un bar perdu. Il n’y a même pas une cabine téléphonique. Nous nous engageons dans un chemin et sommes accueillies par une femme, la soixantaine, en maillot de bain qui sort d’une très vieille maison perdue et délabrée ? Elle est désolée : tout est complet.
Une cahute sans eau ni électricité
Pour nous dépanner, elle propose , au dessus de chez elle une cahute sans eau ni électricité et téléphone à son amie Ivana qui loue un appartement moderne près de la mer. Ivana doit venir nous chercher ci.
En attendant, on nous offre un verre d’eau et nous faisons la conversation en italien. La dame nous explique qu’ici c’est le calme « pace » avec la compagnie des chats du chien et des brebis. L’endroit est magnifique, la table est à l’ombre des grenades en fruit, d’un amandier. Autour, de l’herbe sèche, des oliviers, plus loin le maquis et le chemin qui mène à la plage. Je resterais bien ici, même sans confort.
L'appartement d'Ivana
Le mari d’Ivana arrive au volant d’un Alfa rouge, retour à la civilisation. L’appartement est luxueux, la cuisine grande et très bien équipée On arrive à la question des prix 85 DM, c’est raisonnable, mais tout se complique, elle ne prend pas de locataires pour 3 ou4 jours, une semaine c’est le minimum. Nous lui expliquons que nous ne pourrons pas rester aussi longtemps, elle reste ferme.
Il est passé six heures et nous n’avons toujours pas de gîte.
Nous poursuivons vers le nord. Nous sommes très mal accueillies dans un village de vacances.
Tout est complet.(refrain)
Nous repérons des chambres à louer. Ici pas d’écriteaux voyants, dans toutes les langues dépassant sur le bord de la route. Ici, on ne racole pas, on n’attend pas le client. Un discret panneau avec 4 lettres SOBE. Il faut rouler doucement pour les découvrir.
Nous frappons à la première porte : oui, il y a une chambre avec une salle de bain et usage de la cuisine. C’est très bien situé dans une maison ancienne, devant la maison, une table et des bancs sous une tonnelle. L’endroit est pittoresque, je vais sortir mes aquarelles. Nous déchargeons les valises, ravies. Je descends pour payer et là tout se complique. La dame m’a montré un panneau en Croate où le prix figurait : 92 kuna, maintenant c’est 120 parce que nous restons moins de 4 jours, j’essaie d’expliquer que nous resterons peut être plus longtemps si l’endroit nous plaît, mais elle ne comprend rien. Je prépare donc 240 kuna pour deux nuits. La dame fait deux tas de 120 kuna et m’explique en allemand rudimentaire que cette somme c’est pour une nuit seulement, 120 par personnes. Là, je me fâche, cette somme qui monte à chaque discussion m’agace. Jusqu’où vont ils monter ? j’appelle Dominique et nous descendons les valises.
A l’agence de tourisme « Turist Biro » de Nézerine, on nous propose une chambre pour 260 kuna avec salle de bain à partager assez loin de la mer.
Nous dédaignons cette offre et continuons vers le nord.
A Osor Dominique s’exclame « ici nous allons trouver ! » rien du tout, tout est complet. Il est 8heures passées, la situation devient critique .Les rayons du soleil traversent les murettes de pierre sèche, cela rappelle le Conémara, mais nous ne sommes pas d’humeur à faire de la photo.
Nous retournons à Nézérine avec le papier de l’agence et la trouille que la chambre ne soit plus disponible.
Enfin nous montons les bagages dans une chambre blanche toute entière occupée par un lit immense, une grande armoire en bois clair, genre chambre d’un hôtel un peu vieillot .Le balcon a une jolie vue. Nous n’avons pas l’usage de la cuisine, la dame sert des petits déjeuner payants .
Je tire les leçons de notre aventure, je me suis emballée trop vite au petit port ? Le prix était seulement de 120kuna avec l’usage de la cuisine et la salle de bain et il y avait surtout la belle tonnelle. La dame n’était pas une « voleuse ». Simplement, elle parlait trop mal l’allemand et moi je comprends pas le Croate. Les prix sont officiels, affichés, l’augmentation tout à fait légale.
Nous aurions gagné une soirée agréable, en plus de tout le reste.
En voyage, rester cool !
Nous avons dîné sur le bord de la mer à la nuit tombante , puis nous nous promenons dans le village. Juste en face de chez nous une belle maison à la façade rouge sombre arbore le lion de Venise sculpté au dessus du porche . Des ruelles en pente conduisent à une placette occupée par deux terrasses de café et un placier . toutes les tables sont occupées. On se croirait en Italie . sur le bord de mer, l’animation est encore plus grande : tout le monde déambule, le port est occupé par de gros bateaux . Les restaurants chics sont pleins.
Cette île est vraiment très différente de celles que nous avons vues dans la région de Zadar. Elle est ravissante. La moindre maison mérite une photographie, soit pour ses bougainvilliers, ses balcons ou ses vieilles tuiles romaines. Le tourisme est très « haut de gamme » : peu de campeurs, des yachts, pas de fast food ou de supermarchés, de jolis restaurants de poisson, des pizzerias. Les touristes de l’Est, Tchèques, Polonais et Hongrois ont disparu, les Allemands sont plus discrets. Ici, les touristes sont Slovènes et Italiens. Ici tout le monde parle Italien. L’Italie est une garantie de bon goût, mais aussi de vie chère. Plus de saucisses immondes ni de pâtés horribles, au supermarché : du salami et du jambon cru. Plus d’indice non plus de conflit récent , des grosses voitures . Ile privilégiée, tourisme de longue date. Dommage que notre budget soit un peu serré pour y rester longtemps..
Nezerine
Le soleil se lève sur la montagne, au même moment la cloche de l’église sonne 6 heures, coïncidence « frappante » . Très vite il fait très chaud sur le balcon. Je me replie à l’intérieur quand les cloches carillonnent l’angélus à 6h30.
A 8heures nous partons faire des photos dans les rues de Nézérine, découvrons de nouvelles ruelles en pente qui nous conduisent chez la « voleuse » je regrette mon mouvement d’humeur, nous aurions été si bien !En face un bateau tout rouillé remplace une digue, de l’autre côté : la plage, si j’avais été en tenue, je me serais bien baignée.
Osor, ville enclose
Osor est une ville enclose, comme Nin on y entre par un pont (ici il est en fer). Sur la place une curieuse église à façade festonnée en trèfle porte des statues de pierre très blanche tandis qu’au dessus du porche la madone se détache sur du marbre rose. Le campanile est ici aussi érigé à l’écart.. les voitures ne pénètrent pas dans la ville, il y règne une sérénité appréciable. Nous photographions les maisons fleuries.
Baignade dans le port, cela m’amuse de longer les murailles à la nage. Dominique se baigne aussi ;
Pour déjeuner, nous préférons la place tranquille d’Osor à la recherche d’un emplacement problématique dans la campagne. Après un café en terrasse, nous nous installons sous un tilleul bien fourni sur une sorte d’estrade en pierre. Entourée de bancs de pierre autour du puits, pas de fontaine, elles sont rares en Croatie. Il est midi, chacun est chez soi, le « turist biro » est fermé .Il se dégage une impression de calme, nous mangeons un pique nique simple :œufs durs, dolmas et yaourt.
ustrine, village perché
Sur la carte, une route va à la mer à Ustrine : village perché sur le rebord de la colline. Nous y sommes déjà passées hier soir à la tombée de la nuit ; des murettes de pierre empilées délimitant des parcelles arrondies, laissaient passer les rayons obliques du soleil couchant . Nous pensons à l’Irlande ;sous le soleil de midi, il est urgent de trouver de l’ombre !
A la recherche d'un coin pour se baigner
Une route, avec un panneau interdisant la circulation automobile descend la pente raide. C’est impressionnant : pas de lacets, un schuss. On retient son souffle, la 205 a de bons freins. Enfin, il le faut ! en bas d’autre véhicules sont garés faisant foi de la carrossibilité de la route. Un petit escalier, une plate-forme cimentée : un accès facile à l’eau, l’endroit rêvé. Bien sûr déjà occupé Des jeunes ont tendu une bâche sur le ponton et jouent tranquillement aux cartes. Des hollandaises très replètes lisent et plongent. Nous trouvons même un arbre qui nous donne de l’ombre. La baignade est merveilleuse, l’eau bleu profond. J’explore à la nage la rive pour chercher un meilleur emplacement, mais il faudrait escalader les rochers avec le parasol. Cette nage à l’aventure me plaît beaucoup. Dominique m’accompagne de l’autre côté, nous découvrons des maisons cachées sous les chênes verts, aucun accès par la route, elles ne sont accessibles qu’en bateau : une jolie plage avec des barques, des zodiaques et un magnifique voilier aux couleurs italiennes. Je fais des essais avec le masque . C’est une des plus belles baignades depuis la Grèce.
Une barque accoste au ponton , soleil a tourné nous n’avons presque plus d’ombre sous notre arbre, il est 4h et il est temps de rentrer. La montée est aussi impressionnante que la descente, je retiens mon souffle ;
6h30, les cloches sonnent, nous commençons à sentir la fraîcheur. Une barre de montagnes sur le continent apparaît dans le lointain : les sommets de calcaire nu semblent couverts de neige . La vue est merveilleuse. Au premier plan : une rangée de cyprès et un prunier couvert de prunes jaunes, plus loin de beaux toits de tuile ;
nous dînons sur la plage, des femmes se baignent à poil, si j’avais eu une serviette, je les aurais bien imité.
Tour en ville : j’achète une glace et prends en photo les maisons qui se reflètent dans l’eau du port. Au retour, nous nous égarons et découvrons de jolies maisons aux balcons fleuris enfouis sous les lauriers roses et les figuiers.
Nous quittons Nézérine à 8 heures. Le voyage n’est pas bien long. Nous faisons donc le détour par Ustrine pour photographier les murettes. L’image du soleil brillant dans les interstices nous avait plus malgré nos soucis. Le matin, l’impression est différente, le réseau des murettes dans la montagne est étonnant mais il faudrait une vue d’avion.
Une route latérale va à la mer à un village moderne, plutôt un lotissement de villas avec terrasses. La côte est aménagée avec des escaliers et quelques plates-formes en ciment. A 9h il y a très peu de baigneurs. L’eau est lisse, immobile, limpide. Je suis la côte à la nage d’un côté puis de l’autre. Je ne vais pas bien loin mais cela me paraît être une expédition. Je vois le fond, les paquets de posidonies, les algues rigides un peu roses qui font penser à des coraux, d’autres brun clair en forme d’oreilles ou de pleurotes translucides. Même sans le masque je devine les poissons vif argent.
Arrivée à Cres, jolie petite ville touristique
A 10 h nous rejoignons Cres (qui se prononce Tsres). La route s’élève dans les collines, il y a encore des murettes partout. Plusieurs centaines de mètres à nos pieds : un lac oblong lisse d’un bleu turquoise pastel épais, inaccessible. En haut d’une côte, nous découvrons Cres au creux d’une rade fermée avec ses toits de tuile, son petit port bordé de maisons hautes et étroites. C’est une toute petite ville, nous trouvons facilement le «Turist Biro». Dans la queue, des français nous précèdent : ils rendent la clé d’un appartement. Je leur demande s’ils en sont contents. Sur leur recommandation, nous louons le même. Ils nous invitent à l’apéro sur le port...
Notre studio mansardé
A midi nous sommes installées dans un studio mansardé tout carrelé de neuf et bien équipé. Tout le charme du logement réside dans sa terrasse qui surplombe les toits de tuiles romaines les bâtiments de la vieille cité sont hauts de trois ou. quatre étages extrêmement étroits. Les petits toits s’enchevêtrent sans aucun alignement de rue. Les ruelles sont tortueuses, avec des impasses et des courettes. Il y a des rajouts de terrasses, d’appentis, des cheminées surmontées de toutes sortes de mitres, des antennes, des cordes à linge . Tout cet aimable désordre me donne envie de dessiner. Au delà des maisons on aperçoit deux clochers et une grosse tour ronde et plus loin encore les collines couvertes de maquis ou de pinède formant un amphithéâtre naturel.
Notre immeuble est situé sur la seule avenue de la ville encadrée de larges trottoirs sous une double rangée d’arbres sous lesquels on a disposé des bancs. Aux deux extrémités du cours des arcs de triomphe aux colonnes antiques surmontées du lion de Venise. Au milieu du cours, un monument aux morts moderne à la forme bizarre (peut être une lyre). Cette avenue borde la vieille ville, plus loin les maisons modernes sont clairsemées dans leurs jardins.
Nous sommes conquises et décidons que l’étape sera longue ! Puisque nous pouvons cuisiner nous déjeunons de poisson pané et d’épinards surgelés.
A la recherche d'une plage
Sans se fatiguer nous allons à la plage la plus proche. Cela ne démarre pas trop mal, nous nous garons près de l’hôtel, une corniche fait promenade, quelques tamaris donnent de l’ombre. Nous suivons le bord de mer jusqu’au camping. Là c’est l’horreur : le soleil cogne dur, les caravanes sont installées au ras de la digue.. la courte baignade a un but pratique : éviter l’insolation et ne procure aucun plaisir . Pour sortir de ce guêpier, nous traversons le camping surpeuplé, promenade déprimante. parvenir une FKK)Il y a peu d’accès à la mer sauf aux embarcadères des ferries reliant Cres à l’île de Krk ou au continent.
Nous roulons dans une montagne très sauvage . Près de Cres les murettes enclosent des vignes toutes petites et il y a quelques oliviers. Ensuite le maquis tombe en pente escarpée vers la mer. De la route qui surplombe on découvre une petite anse où mouillent des voiliers – inaccessibles – des îlots rocheux et les côtes des îles voisines . Puis la route s’arrête net sans prévenir au débarcadère les voitures font la queue. Nous voyons une toute petite route menant à un petit village au lin. Bien difficile d’y accéder, les voitures attendant leur bateau ont formé deux files. Heureusement ils reculent pour nous laisser passer.
Nous découvrons le plus petit port qui soit :un quai de ciment forme une rade rectangulaire, sur les bords un petit coin cimenté. Une femme se bronze allongée sur le ponton . Nous sommes seules à l’eau. l’eau est tiède presqu’aussi chaude que dans les piscines thermales. Je vais vers le large pour trouver la fraîcheur habituelle . mais j’ai peur de m’éloigner, nous sommes tellement seules que je crains un piège. Plus loin, la montagne descend en formant des falaises, on se dirait à Madère, notre plage est vraiment la seule plage de cette côte ! Dominique nage avec moi jusqu’à une jolie grotte où des papillons volettent tels des chauve souris.
Vers 4h30 deux jeunes gens descendent des maisons perchées au dessus de nous, puis une petite fille, puis une femme …A cinq heures toute la famille est en bas. Ces gens ne nous dérangent pas, ils nous rassurent. Ici, pour éviter la foule mieux vaudra se baigner le matin tôt ou à l’heure de la sieste. Jusqu’à 4 h tout le monde ferme volets et persiennes.
En soirée
En revanche, le soir on vit dehors, dans les ruelles on a installé des chaises et des tabourets sur le pas des portes, certains dînent ainsi devant leur maison dans la rue, des femmes tricotent ou font de la broderie ?
Toute la jeunesse et les badauds des campings convergent sur la place de l’horloge devant le port où un petit orchestre sur un podium fait une animation musicale (la danse des canards en Croate Macarena) On fait la queue devant les glaciers, toutes les tables des restaurants sont occupées. La foule est si dense qu’il faut que je m’accroche au sac à dos de Dominique pour ne pas la perdre. Nous filons vers des rues plus tranquilles. Je constate le même désordre dans les volumes et les formes, que dans les toitures : lacis de ruelles, passages inattendus sous des arches, escaliers dérobés, immeuble surplombant toute une rue. Si on observe bien, on découvre de merveilles sculptées : ici une fine colonne, là un blason, ou un porche, deux lions usés par le temps… Il est temps de rentrer si on veut jouir de la terrasse.
au marché
A la poissonnerie du petit marché, nous achetons des darnes de poisson, si la poêle avait été plus grande, nous aurions eu le choix entre plusieurs sortes de petits poissons tout frais pêchés . Pour midi, nous emportons un pique-nique à la plage que nous ont recommandé les français.
le chemin pour aller à la "plage déserte"dans les terrasses
Après la marina, nous contournons les tennis, puis une route de terre monte dans la colline. Des petites terrasses entourées de murettes à claire-voie ont été soigneusement construites par des générations et des générations de paysans. Sur certaines terrasses poussent trois ou quatre oliviers, sur les plus petites, parfois un seul. Je n’arrive pas à imaginer que tout ce travail a été fait uniquement pour des arbres, peut être sous leur ombre y avait il des jardins ? En tout cas ;elles sont soigneusement entretenues, les arbres sont jeunes, bien taillés et, dans de grosses cages, on protège des plants récents de l’appétit des moutons ou des chèvres. Quelques figuiers sont couverts de figues presque mûres. Aux branches des oliviers pendent des pièges à insectes en plastique .Les oliviers sont chargés de tout un mythe, il me semble qu’ils portent toute la civilisation méditerranéenne immuable depuis des siècles. Ainsi les Crétois recelaient l’huile précieuse dans leurs gigantesques pithoï . Cette huile est symbole de vie, richesse de cette terre sèche et brûlée de soleil. La vue sur la rade est somptueuse : au premier plan, les oliviers verts un peu poussiéreux, puis une langue de mer bleu marine éclatant et, resserrée autour de son port, la ville aux toits rouges et aux façades multicolores, comme des jouets, les beaux bateaux blancs.
Le sentier s’engage dans un pierrier inconfortable, il serpente entre murettes, cabanes de pierres sèches écroulées. Heureusement il est bien balisé à la peinture !on ne saurait deviner le passage parmi tous ces cailloux.. J’imagine que nous allons trouver un vrai sentier, non nous poursuivons d’abord entre les jolies terrasses plates où les oliviers adoucissent la descente en fournissant de l’ombre. La pente devient encore plus escarpée, quelquefois la terre ocre donne l’illusion d’un chemin plus facile, ne pas s’y fier, elle est glissante. Nous progressons lentement en s’accrochant aux troncs quand ils sont proches .En s’approchant de la mer nous percevons des éclats de voix : notre plage ne sera pas déserte !
les envahisseurs viennent de la mer!
En effet, dans la petite crique, trois gros bateaux blancs ont jeté l’ancre. Leurs occupants viennent de se lever, une fille se lave les dents à l’eau de mer, une famille prend tranquillement le petit déjeuner à bord, un Apollon bronzé mais complètement nu s’exhibe en figure de proue.. Tandis que nous descendions péniblement notre raidillon, d’autres se sont payé les services d’un bateau taxi : trois italiennes arrivent avec matelas de plage et tout le saint frusquin, et font du bronzage intégral sur un ponton ;nous désertons le notre pour réserver un coin à l’ombre sous un olivier.Pressentant que d’autres peuvent arriver.
Les bateaux arrivent tous en même temps, un beau rouge et blanc, danois, un voilier italien (à moteur). Ces belles embarcations n’ôtent rien au paysage, au contraire, c’est plutôt amusant de les regarder manœuvrer. L’équipe italienne n’a pas l’air dégourdie, à cinq, ils installent à grand peine une sorte de vélum destiné à leur faire de l’ombre, ils ne doivent pas souvent hisser les voiles, ceux là ! D’ailleurs, depuis que nous sommes sur l’île, nous n’avons vu personne naviguer à la voiles, les mats sont là pour la décoration .
Notre plage déserte se peuple rapidement, une famille slovène est descendue comme nous par le chemin de chèvres avec bébé, parasol bouée et bateau gonflable, rejointe par le reste de la troupe en canot à moteur. Les hommes enlèvent leurs slips en descendant du voilier. Dominique est furieuse surtout quand un gros lard s’étale sur la table, tout à l’air, cela lui coupe l’envie de se baigner, elle fulmine. Moi, cela ne me gêne pas, je suis bien trop occupée par mes baignades avec ou sans masque, la lecture du Monde et le spectacle des arrivées et des départs.
Un nouveau groupe arrive par mer avec glacière, grill, trois bouteilles de vin et même une guitare. Nous avalons en vitesse notre salade de concombres.
Sauve qui peut
Vers deux heures Dominique qui veut fuir le naturisme commence la remontée seule. J e prends un dernier bain, me rhabille sans acrobaties, puisque tout le monde est à poil, inutile de se cacher ! Je remonte quatre à quatre le sentier, c’est une erreur, après la baignade, je n’ai plus de jambes et. j’arrive en haut de la côte complètement à bout de souffle . Après une pause je continue sur la route à pied pour goûter mieux du panorama et des oliviers.
De retour à l’appartement, le propriétaire et la femme de ménage sont là, il faut patienter pour se doucher. Après la douche, sieste dans l’air conditionné, nous profitons bien de notre joli studio !
C’est un privilège d’avoir une terrasse, je n’en compte que trois aux alentours, la voisine a installé son matelas de plage sur les tuiles. Dès que le soleil baise, il fait bon . nous y dînons et lisons en écoutant la musique venant du restaurant de l’autre côté de l’avenue.