L’Egypte sans l’égyptologie ! Les guides touristiques oublient souvent que l’Egypte n’est ni un musée ni un parc aquatique mais un pays peuplé de 72 millions d’habitants qui ne sont plus tous des paysans vivant comme dans l’antiquité, mais aussi des hommes d’affaires rêvant de villes nouvelles à l’américaine dans le désert, ou revenant du Golfe ou d’Irak important un islam wahabite rigoriste. Un pays qui a voulu jouer un rôle central dans le monde arabe au temps de Nasser mais qui se trouve dans une position ambiguë vis-à-vis de l’allié américain comme des islamistes.
Analyse récente : de nombreux chiffres datent de 2007 tenant en compte des évènements actuels et des tendances économiques comme sociales de la fin de l’ère Moubarak. Quand on pense que l’excellent guide Clio expédie Sadate et Moubarak en 5 pages. Sans parler des introductions des divers guides qui détaillent les dynasties de l’Ancien Empire sans grande considération pour l’Egypte des Egyptiens.
J’ai dévoré ce livre en rentrant d’un voyage que j’avais cru hors circuits touristiques et je suis prête à repartir pour découvrir ces villes du désert insoupçonnées, ce centre commercial pharaonique, les bâtiments administratifs du Midan Tahrih devvant lesquels je suis passée sans un regard…
Etre attentive aux vivants plus qu’aux morts.
Joseph CONFAVREUX – Alexandra ROMANO : Egypte histoire – Société – culture Les Guides de l’état du monde, La Découverte
Comment appeler cette saga familiale – un cycle ? – qui commence par la naissance de l’ancêtre glorieux Ashur an- Nagi, à l’orée de la Cité des Morts, sur une rue menant à la Mosquée el Husein, qui, par sa force singulière, sa droiture, l’aide des miséreux, devint chef de clan. De ces chefs qui font la loi sur le quartier. Ashur disparaît mystérieusement. A Ashur succède Shams Eddine, puis Sulayman, Khidr… et tous les descendants de la famille An Nagi ont donné des chefs de clans. Au fil des générations, ils ont perdu la droiture et le soutien des miséreux. Ils se sont embourgeoisés se sont mariés aux filles des plus grandes familles, pensent plus à s’enrichir qu’à protéger les faibles. A chaque génération naît un espoir. Un successeur de Shams Eddine ou d’Ashur ? On voit s’élever un homme exceptionnel qui au fil du temps se corrompt, se laisse tenter par l’alcool ou tombe sous l’influence d’une femme de mauvaise vie. Le plus splendide, Galal, croit arriver à l’immortalité en construisant un minaret monstrueux sans mosquée meurt fou. Chaque génération voit aussi une disparition, des crimes, des enrichissements et des faillites. Mais toujours demeure le souvenir d’Ashur et la gloire des An Nagi même quand ils sont redescendus au rang des plus miséreux. Dix générations (100 ans dit le 4ème de couverture), beaucoup plus il me semble, se déroulent jusqu’à ce qu’un nouvel Ashur se lève et par sa force extraordinaire reprend le combat des faibles pour la justice. Cette saga se déroule dans un Caire intemporel. Grainetiers, charretiers, patrons de café, usuriers maintiennent leurs boutiques et leurs petits métiers sans aucune évolution technique. Après 10 générations le nouvel Ashur retrouve le mur de la tekkyia, la fontaine, l’abreuvoir…où le premier Ashur a disparu.
Le génie de Mahfouz est de faire vivre le quartier du Caire qu’il connaît si bien, d’inventer des personnages complexes et jamais manichéens, jamais à l’abri de la faiblesse ou de la déconfiture, si humains. Les femmes sont aussi très présentes, tentatrices intrigantes souvent mais aussi courageuses, fortes, mères exemplaires ou indignes, courtisanes qui deviennent des bourgeoises…
Livre de chevet de retour d’Egypte dont j’ai savouré la lecture pendant que dans ma tête se déroulait le film de notre voyage en Moyenne Egypte où les paysans vivent encore comme dans ce livre.
Lecture lente, je goûte l’humour et la tendresse de l’auteur pour ces paysans misérables qui ne comprennent pour la plupart du temps pas ce qu’ils font au tribunal : celui qui a égorgé son mouton comme l’ont fait ses ancêtres avant lui, après tout c’était son animal, ceux qui ont trouvé des nippes dans le canal, ils étaient nus Allah les a habillés.. celui qui « pêchaient » les poules avec un hameçon…La misère est si grande, si grande aussi leur ignorance. Ils ne se rebellent même pas devant la sentence qu’ils prennent comme une calamité naturelle.
Le substitut ne se fait guère d’illusion sur sa fonction : une fois il perd le fil du procès, ou bien il raconte comment deux juges prennent des sanctions différentes seulement parce que l’un d’eux doit prendre son train. La misère ne frappe pas que les paysans. Fonctionnaires de la justice, policiers vivent aussi d’expédients.
La justice comme un théâtre ! Et El Hakim consacre un chapitre à sa rencontre avec un acteur qu’il avait connu autrefois.
Grande humanité dans cet ouvrage. Comme dans tous ceux de la collection Terre Humaine qui m’on laissé des souvenirs inoubliables. Malheureusement celui-ci est épuisé. Comment faire pour persuader l’éditeur de le sortir à nouveau ?
Tewfik EL HAKIM : Un substitut de campagne en Egypte Coll Terre Humaine
Convocation pour 4H35.
Le guichet de Swiss Airline n’ouvre qu’à 5H05. L’aérogare est déserte à 4H20 quand nous arrivons.
A 5H30 nous enregistrons les bagages. Tout le monde a réservé son siège par Internet.
7H05, une petite heure nous sépare de Zurich. La barre montagneuse des Alpes dépasse la couverture nuageuse. C'est une Suisse de carte postale, sommets pointus enneigés, chalets aux toits pentus, colombages comme en Alsace. L’aéroport de Zurich est tout neuf, design, impeccable. Escalators qui fonctionnent, sièges en similicuir confortables, boutiques grand luxe…Nous sommes en Suisse ! Une navette souterraine relie l’aéroport international : métro dans un tube sonorisé, clarines des troupeaux, meuglements. Les touristes sourient, les Suisses sont habitués.
La côte égyptienne rectiligne et sableuse ourle les petits champs allongés du Delta. Je ne sais pourquoi ces bandes vertes étroites perpendiculaires aux canaux d’irrigation me font penser à du papyrus. Certains sont rectilignes, coupés d’écluses ou de digues, d’autres, plus sinueux. J’essaie de deviner quel cours d'eau est une branche du Nil. Finalement je le reconnais avec ses îles, ses roseaux, ses barges très plates. Le désert n’est pas loin. L’avion survole Le Caire avant d’atterrir sous les applaudissements.
D’autres avions ont atterri de concert, il y a foule aux guichets. Des policiers, très consciencieux, tournent et retournent les passeports avant de les tamponner. J’avais craint une chaleur torride. Il fait 29°C – température très agréable –je supporte stoïquement jean et pull-over en lambswool.
En 2002, nous étions arrivées au Caire en pleine nuit. Nous avions traversé très rapidement Héliopolis et Le Caire. Aujourd’hui le trafic est très dense. Le voyagiste de Sylvia Tours venu nous accueillir se plaint des embouteillages
- « savez vous qu’il y a 3 millions de voitures au Caire ? »
- « pour combien d’habitants ? »
- « 19 millions »
- « C’est énorme ! »
On ressent physiquement cette pression démographique avec la horde de voitures qui n’avancent pas et la foule compacte sur le trottoir. Et encore, nous sommes Vendredi, 14 heures ! La prière vient de se terminer et c’est l’heure de la sieste.
Dominique reconnaît les boutiques de chaussures et de vêtements de Kasr en Nil. On soulève pour nous les chaînes de la rue piétonnière qui mène à l’Hôtel Cosmopolitan. Extérieurement, l'hotel a vraiment très belle allure avec ses mosaïques Art Déco, ses corniches et ses colonnes. Le porche a perdu sa belle porte à tambour. Les vitraux sont tapissés de papier journal. Le lobby a gardé son lustre de cristal et sa belle glace. Avec la poussière qui s’accumule sur les fleurs de tissu des bouquets, il semble en voie de tiers-mondisation avancée. A la place des grands chasseurs nubiens en veste rouge, des ouvriers coiffés d’une calotte blanche se prélassent dans les fauteuils du lobby au milieu des perceuses et des fils électriques. L’ascenseur d’époque est essoufflé. Il ménage des arrêts inattendus avant d’atteindre le 4ème. La chambre est toujours belle, haute de plafond meublé de bois très foncé avec des lampes de laiton ciselé et ses grandes tentures vertes. Le petit frigo fonctionne, la télé aussi ainsi que la clim. La literie est parfaite.
Que visiter cette après midi ?
Nous avions prévu une ballade sur le Nil en ferry public
– « l’autobus », selon Magdy de Sylvia.
Le service s’arrête à 18heures et l’arrêt n’est plus à Maspero. Trop juste !
En remplacement on se décide pour un tour au Khan Khalili.
Taxi « ten pounds ». Le chauffeur nous commente les statues équestres des places « Ibrahim Bacha » (qui est ce ?). Après avoir dépassé El Azhar, le taximan stoppe le véhicule au milieu de la circulation et arrête le flot des voitures pour nous permettre de traverser. Nous avons eu un certain entraînement à Naples et à Saïgon mais au Caire, c’est pire. Les feux ne sont là que pour la décoration, les très nombreux policiers n’esquissent pas un geste.
Mosquée Sayedna el Hussein
Devant la Mosquée Sayedna El Hussein, le jardin public et la place sont bondés aujourd’hui vendredi. Sur les pelouses, les femmes sont assises par groupes. Les enfants jouent. Les terrasses des cafés sont pleines : des touristes – bien sûr – mais pas tellement. Des femmes en famille, voilées pour la plupart, mais assises, au café, avec leurs enfants. Nous avons du mal à trouver une place assise pour lire Gallimard et Voir. La mosquée El Hussein paraît trop neuve pour nous attirer. D’ailleurs, elle est interdite aux non -musulmans. Par les fenêtres nous voyons lampes, colonnes et ventilos. Nous contournons la Mosquées à l’opposé du souk par une rue tranquille.
Passant sous une arche nous découvrons un monument magnifique rouge avec des arcades et des ornements. La pancarte est en arabe : nous ne saurons pas ce que c’est.
Même le vendredi les échoppes sont ouvertes et les artisans, à leur ouvrage. Dans les boutiques, se vendent des balances de toutes sortes, modernes pour la plupart. Dans les ateliers, on travaille le cuivre. Sur le trottoir, d’imposants pinacles de mosquées avec pointes et croissant se tiennent, en cours d’exécution. Nous voyons aussi des étalages de cylindres de laiton ou de cuivre, des rondelles de diamètres et d’épaisseurs variées.
Puisqu’on ne vend pas de souvenirs pour les touristes nous déambulons sans être importunées et débouchons face au complexe du sultan Qalaoun facile à reconnaître avec son portail gothique normand rue Cham Mouizz el Din.
Collection de minarets
Dans cette rue, l’œil est sollicité par une foule d’éléments architecturaux. Les minarets présentent des variétés incroyables. Nous nous appliquons à les photographier. Dans le contre-jour, ce n’est pas facile. L’un d’eux est hérissé de bâtons, à quelle mosquée appartient il ? Un autre est de style fatimide, plus trapu, aux volumes compliqués. Ceux d’El Hussein sont très hauts. Au loin, on reconnaît ceux d’El Azhar, si travaillés, si élégants.
Visite guidée au Palais Bechtak
Les yeux vers le ciel, on oublierait de regarder les murs couverts de calligraphie, les colonnes antiques qui bordent le bâtiment. Est-ce une madrasa ? Un hôpital ? Où est le mausolée ?
Il faudrait un guide pour retrouver le fil au milieu de toutes ces splendeurs. Justement, il s’en présente un : un homme plutôt gras, en chemisette bleue collée à sa bedaine, parlant Français :
- « J’ai la clé ! »
Il brandit sous mon nez un trousseau, ouvre notre guide Gallimard et nous montre le Palais Bechtaq. Pourquoi pas ? Je le suis tandis qu’il arpente à grand pas la rue. Dominique peine à le suivre, elle nous attendra sur les marches d’une construction turque : le Sabil Koutab Abd El Rahman 1744. Le guide autoproclamé a une très haute opinion de lui-même :
- « mon Français, formidable ! »
Comme je lui demande son prix, il hésite :
- « 30, 40 livres »
C’est beaucoup! je ne suis pas tellement en mesure de marchander, il aurait fallu le faire avant de le suivre. Je n’ai qu’un gros billet de 50
- « je suis honnête » affirme-t-il.
Il me rend 20LE. Mais quand je sortirai l’appareil photo il invente un supplément…tout le billet y passera.
Le Palais Bechtak date de 1334 à 1339. Autour d’une très haute salle on voit les galeries des femmes avec de beaux moucharabiehs. Les plafonds – à caissons ou à stalactites sont remarquables. 0 l’étage, je soulève un panneau de bois tourné et découvre une chambre au plafond de cèdre du Liban encore peint. Je suis mon guide sur les toits. Il me montre les maisons écroulées lors du séisme de 1992, partout minarets et coupoles mais aussi ruines et paraboles. Visite magique, pour moi seule, on a ouvert un palais fermé. Il suffit d’ouvrir les yeux et son porte-monnaie !
Mosquée ???
Devant chaque édifice des hommes stationnent et nous invitent. J’entre dans une mosquée après m’être déchaussée. Des hommes allongés y dorment dans l’entrée, plus loin le mihrab et deux sarcophages. Au dessus du plus ancien : une coupole fatimide. Où suis- je ? Quelle mosquée ? Quelle date ? L’homme qui m’a entraînée ne parle guère anglais. Il me montre des euros, je lui en donne deux –cela fait 17LE c’est bien suffisant ! Ce n’est pas ce qu’il voulait. Il voulait simplement les changer.
bijoutiers
La foule s’épaissit aux abords du souk des bijoutiers. Curieusement, peu de touristes. Des familles égyptiennes viennent acheter de l’or et font la queue dans les boutiques.
Ensemble El ghouri
Au bout de la rue El Mouizz on devine les grands bâtiments rayés rouge et blanc dominant les maisons basses du souk. C’est le but de notre promenade. Il faut d’abord traverser la grande avenue d’El Azhar au trafic terrifiant que nous n’avions pas osé franchir lors de notre voyage en 2002. Justement, elle est enjambée par une passerelle devant l’ensemble El Ghouri que nousnous proposons de visiter. Un groupe d’hommes nous invite à entrer dans la mosquée, nous proférons le caravansérail transformé en galerie d’Art vide. Des derviches tourneurs s’y produisent. Malheureusement dimanche nous aurons déjà quitté Le Caire.
El Azhar
A la nuit tombée, nous traversons un marché alimentaire pour arriver à El Azhar. Des femmes nous invitent dans l’aile qui leur est réservée. Je me déchausse, déploie les voiles. Une femme nous chaperonne parmi celles qui prient puis elle nous congédient trouvant mon obole trop mesquine.
Retour et dîner
Devant El Azhar, pour traverser, il y a un tunnel. Un jeune policier nous arrête un taxi. Nous convenons du prix avec lui :
- « Talaat Harb, ten bounds ».
Lorsqu’ on monte, le chauffeur grommelle. Le prix monte à 15LE. Un billet prestement roulé passe d’une main à l’autre. Sans doute nos 5LE supplémentaires. Le chauffeur joue les guides et nous montre le parking construit sur l’emplacement de l’Opéra, la foule grouillant dans le quartier Ataba. Sur Talaat Harb, je reconnais la bonne pâtisserie Ard.
Pour dîner j’achète du shwarma chez Felfela, poulet et mouton, des yaourts et des bananes chez le petit épicier de la rue piétonnière occupée par des tables de plastique coloré. On y fume la chicha en buvant jus de fruits et milk shakes. Les filles sont aussi nombreuses que les garçons. Avancées en dent de scie de la condition féminine. Les voilées sont bien plus nombreuses qu’en 2002, les voiles plus couvrants. Je m’amuse à compter les « filles en cheveux sur Kasr en Nil, peut être 4 sur 10, beaucoup moins que vers El Azhar.
Les oiseaux me réveillent à 5h15. Où nichent ils donc ? Il n’y a pas un arbre dans le pâté de maison.
Le petit déjeuner est décevant. Les omelettes ont disparu, avec elles les fèves et les légumes. Comme nous sommes les seules clientes le personnel est aux petits soins. Le maître d’hôtel remplit nos verres de kerkadé bien chimique et nos assiettes de viennoiseries dès qu’ils sont vides. On n’ose pas embarquer les œufs durs pour le pique nique comme prévu !
En bas de l’hôtel un taxi attend, un gros break 504 avec une galerie sur le toit. Le chauffeur a belle prestance, une chemise bleue bien repassée et il parle bien l’anglais. J’avance mon prix habituel :
- « ten pounds ».
Il proteste que la citadelle, c’est loin. 10 pounds c’est pour Khan Khalili. Le samedi matin les cairotes ne travaillent pas et le trafic est fluide. Les cars de touristes sont arrivés avant nous et nous devons faire la queue. Entrée chère : 40LE. Contrôle de sécurité très pointilleux. A la radio ils détectent une bouteille qu’il faudra laisser à la consigne.
Mosquée d’Albâtre
De la terrasse de la Mosquée de Mohamed Ali, le panorama est extraordinaire. Nous cherchons le quadrilatère d’Ibn Touloun, les minarets d’El Azhar. La pollution noie les édifices sous un voile gris. Un militaire garde une gloriette en saillie d’où il est commode de faire les photos. Il abaisse la cordelette puis demande un bakchich sans trop insister.
Un escalier d’albâtre descend vers l’entrée cachée du palais des Hôtes du sultan. Une glace à encadrement doré reflète les motifs de l’albâtre. Le pavillon lui-même n’offre que peu d’intérêt : dans la salle du trône une galerie de portrait des rois d’Egypte: Mohamed Ali, Tewfik, son fils, Fouad et Farouk jeune. Des commentaires dactylographiés rappellent l’ouverture du Canal de Suez et d’autres anecdotes vivantes.
En 2002, Zenab nous avait conduites à la mosquée de Mohamed Ali. Nous venions de visiter les mosquées d’Istanbul et nous avions trouvé que celle-ci ne soutenait pas la comparaison avec la mosquée bleue. Avec le recul, nous étions sévères. Cette mosquée est nommée parfois la mosquée d’albâtre. Ce minéral translucide miel aux dessins étranges donne un grand charme à l’édifice et surtout à la galerie entourant la cour. La fontaine des ablutions est très finement ciselée. L’horloge offerte par Louis Philippe, sorte de beffroi turquoise est un bon sujet de photo.
Cette fois ci, nous prenons notre temps pour flâner à l’intérieur de la mosquée, d’aller voir le tombeau de Mohamed Ali, le Minbar, les lustres. Sur les tapis, sagement assis en rond, les touristes écoutent leurs guides.
Plus que les deux minarets turcs, effilés comme des crayons, deux minarets plus trapus m’attirent. Leur cylindre est cannelé avec des chevrons penchés sur leur bulbe bleu coiffant un balcon ouvragé. La coupole voisine est très simple, vernissée de vert, lisse étincelante au soleil. Ils appartiennent à la mosquée El Nasser Ibn Kalaoun datée de 1335 de l’époque mamelouke. Des arcades bicolores rouge et noires reposent sur de belles colonnes antiques ou byzantines soutenant une galerie à étage. Les marbres ont été emportés à Istanbul. La mosquée donne une impression de sobriété, de majesté et de calme. Une tourterelle a fait son nid dans une lampe de verre opaline décorée d’une belle calligraphie bleue. Le mihrab est finement ouvragé : mosaïque de marbres de différentes couleurs évoquant Palerme ou Florence. Cette visite me ravit : c’est une belle découverte !
Courte incursion au Musée de la Police à a recherche d’un point de vue sur le Mokkatam.
Ibn Touloun
C’est encore un policier qui nous aide à trouver le taxi qui nous emmène à Ibn Touloun. Nous avions vu cette mosquée en compagnie de Zeinab mais elle était en cours de restauration. Des bâches vertes cachaient la colonnade. Les travaux sont finis. La mosquée est très vaste et très calme. Je grimpe au minaret par sa rampe hélicoïdale extérieure. Le dernier étage est une plateforme de bois qu’on atteint par des marches lisses glissantes et très hautes. A peine me suis-je hissée que partout résonne l’appel à la prière. Je n’ai qu’une peur : que le haut-parleur tout proche ne m’assourdisse et me déséquilibre.
Musée Gayer Anderson
Quand j’arrive au musée Gayer Anderson qui jouxte la mosquée les gardiens prient sur des nattes étendues à l’ombre des bâtiments. Je suis un peu gênée. L’un d’eux se lève pour me vendre un ticket. Je suis la seule visiteuse de cette belle maison meublée. Gayer Anderson est un médecin qui l’a occupée jusqu‘en 1940. C’est la maison d’un collectionneur. Les pièces d’apparat traditionnelles ont été reconstituées ainsi qu’un salon syrien aux meubles incrustés de nacre, un « salon turc » une pièce « chinoise ». Ce que je préfère ce sont les moucharabiehs qui tamisent la lumière. On peut jouer avec les ombres en ouvrant de minuscules panneaux. Les plafonds peints sont de toute beauté ainsi que les panneaux perses peints de personnages des miniatures. Les terrasses sont aussi ombragées par des moucharabiehs.
Le taxi nous conduit à la grande place Midan Tahrir ou nous achetons des nuggets chez KFC. Degré zéro de la gastronomie mais pratique, pas cher et sûr. Ensuite douche et sieste. Il fait 35°C d’après le chauffeur de taxi. Cela nous surprend après le printemps glacial en Europe.
Nilomètre
14h30, le chauffeur de ce matin nous emmène à l’île de Rhoda. Le palais Manyal que nous avions choisi est fermé. A la place, il nous propose le Nilomètre. Pour 80 livres il nous attendra. La promenade le long du Nil est embouteillée. Les berges sont bien aménagées et plantées. Elles seraient agréables sans cette circulation infernale. Le taxi traverse l’île par une avenue centrale bordée d’atelier de mécanique. Brusquement la route est barrée il faut continuer à pied à travers un parc en passant devant le petit musée consacré à Oum Kalthoum. Le Nilomètre est abrité sous une tour au toit de zinc pointu à l’extrémité du Nil dans les jardins d’un ancien palais. Nous y parvenons par une allée couverte de bougainvilliers roses et blancs en pleine floraison. Le sol est jonché de fleurs. On se retrouve dans une sorte de citerne creuse et vide de trois étages:en son centre une colonne gravée d’encoches
- « au dessous de ce niveau et au dessus de celui là, pas de taxes »
Les encoches représentent les impôts proportionnels à la crue. Evidemment, je ne veux pas rater la descente dans la citerne pour voir le canal de communication avec le Nil à mi hauteur. Depuis qu’il y a un barrage à Assouan il n’y a plus de crue ni d’eau dans la citerne. Une rangée de fenêtres éclaire le puits. Les murs et les plafonds sont décorés de peintures élégantes de triangles colorés. Une série de gravure des savants de Bonaparte décrit l’installation avec la précision de dessin d’architecte.
Musée d'Oum Kalthoum
La visite au musée d’Oum Kalthoum est écourtée : nous ne disposons que d’un petit quart d’heure avant la fermeture. Je suis déçue. Je pensais que la musique nous accompagnerait. Le bâtiment est muet. Nous passons dans le silence devant des vitrines contenant les robes de scènes de la chanteuse, ses bijoux, des diplômes, des disques noirs et des vieux phonos. Sur le mur opposé : une mosaïque de photos. Sans musique cela n’offre que peu d’intérêt. 5 ordinateurs et des écouteurs permettent de visionner des documentaires d’époques mais cela manque de poésie et en plus cela bugue !
Nous prolongeons notre séjour à la pointe de l’île de Rhoda sur une petite terrasse à l’ombre d’un mur face au Nil. La température est délicieuse, le calme reposant. En face de nous, un bateau restaurant peint en violet est amarré. De petites barques passent. Des pêcheurs nous font signe de leurs embarcation.Les gros bateaux de touristes ont des formes extravagantes. L'un d’eux, « cristal du Nil », est une sorte de pyramide en verre fumé aux vitres taillées en triangles. Un autre imite les barques solaires des pharaons avec des lotus énormes en figure de proue. Les immeubles très hauts sont noyés dans la brume et se font oublier. Des palmiers forment des touffes gracieuses. Nous nous arrachons avec peine de tant de douceur.
Quartier Copte
Le quartier copte est juste de l’autre côté du fleuve. Le taxi attendra trois quarts d’heures. Un barrage militaire boucle le quartier. Seul un passage très étroit permet de passer à pied. Il n’y a pas une voiture. La promenade est donc très calme. Il faut descendre quelques marches pour rejoindre les rues anciennes à un niveau plus bas. On nous prévient :
-« Saint Serge est fermé, l’Eglise Suspendue aussi ainsi que la Synagogue, seule Sainte Barbara est ouverte !»
Les rues sont lavées à grande eau ce qui n’empêche pas un vent tourbillonnant de m’envoyer une poussière dans l’œil. Partout : des palmes et des roseaux tressés. Demain c’est le Dimanche des Rameaux. A Sainte Barbara on prépare fébrilement la fête, on accroche des feuilles tressées. On trimballe des échelles, des planches peintes en rose. Dans ce désordre bon enfant j’ai peu le loisir d’admirer les icônes. Nous passons entre des grands murs aveugles : églises ? Monastères ? Mausolées ? Rien ne vient nous éclairer si ce n’est une sculpture de Saint Georges combattant le dragon.
Où sont les habitants ? Vivent ils là ? Une femme, à l’ombre d’un porche tresse de lourds épis de blé vert pour en faire des croix. Un jeune garçon prétend vendre des motifs de laine en forme de croix jaune et blanc 1 €.
Pour rentrer nous traversons Garden City – plus de jardins ! A 17H30 nous sommes rentrées. J’ai laissé 100LE au taximan qui a l’air content