Dimanche 13 Juillet : O Pindo
Nous avons passé la fin de la soirée avec les fenêtres ouvertes, les moustiques sont entrés. Nous aurions pu nous en douter avec le marais ! Depuis trois jours la météo nous promet de la pluie, ce matin nous ne sommes pas déçues de nous lever sous un ciel gris avec un petit crachin. Nous allons explorer la « Côte de la Mort » au delà du Cap Finisterre.
Cee
Nous nous arrêtons à Cee, petite ville très active ce matin : c’est le marché. La fanfare parcourt les rues, on tire des pétards sur la plage (feu d’artifice de jour !) il fait 19°C, nous faisons nos courses sans nous presser.
J’avais imaginé, je ne sais pourquoi, une route qui aurai suivi la côte traversant des landes désolées et désertes. J’aurais mieux fait de consulter la carte. Au Cap, fin de la route, nous repassons pour la quatrième fois à Cee, coupons par l’intérieur découvrons une campagne très boisée : résineux et eucalyptus La campagne est loin d’être déserte. Des petits hameaux sont dispersés partout. Les fermes sont entourées de petits champs de maïs. Il y a partout des horréos, greniers perchés en granite aérés de fentes verticales ornés de croix, très bien entretenus : les Galiciens semblent prendre grand soin de ces construction, même à l’intérieur des petites villes les horréos sont à l’honneur.
La côte de la Mort
Quand nous atteignons la côte, les nuages ont disparu, le ciel est bleu. Le soleil chauffe même s’il souffle un petit vent frais. Je recommence à envisager une baignade. Pique-nique sur une pointe rocheuse face à un petit port. Je sors enfin mes aquarelles. Ce n’est pas une réussite, j’ai toujours du mal à peindre Le port n’est pas si petit que cela : de gros bateaux de pêche y sont amarrés. Le front de mer est bien aménagé. A l’arrière, on aperçoit de jolies rues avec des maisons basses en granite avec des balcons fleuris. Nous montons à une église qui a un curieux clocheton séparé de l’église en haut d’un escalier raide.
Nous trouvons le sanctuaire de la Vierge de la Barque au bout d’un cap près d’un phare. Grand église sur une placette dominant la mer. Le granite massif est lisse comme s’il avait été poli.
Retour à O Pindo
De retour à O Pindo, nous montons au mirador Erzeiro, construit sur la montagne qui domine la ria. Cette montagne est coiffée d’éoliennes, de grosses canalisations aboutissent à une petite centrale électrique située au niveau de la mer. Après avoir grimpé une route en épingles à cheveux nous découvrons un lac . Il se termine par une belle cascade en éventail qui dede barrage, le lit du rio est presque à sec dans le chaos granitique devait être beaucoup plus spectaculaire avant le captage. Elle a creusé un entonnoir énorme dans la roche.
Crique de granite rose
En face de la plage de Pindo, nous découvrons une jolie crique bordée de rochers aux formes contournées comme sur la côte de granite rose bretonne. C’est un endroit ravissant agrémenté de villas fleuries. Dans les jardins : agapanthe, hortensias et lauriers roses. Le sable est très blanc, la mer bleue. De petites barques colorées se balancent. Plus loin, des bâtiments en granite longs et bas comme des maisons de pêcheurs d’un autre âge. Puis une autre crique qui sert de havre à une vingtaine de barques amarrées par deux cordes à des piquets situés sur le haut de la plage. A marée basse elles reposent sur le sable et nous devons enjamber les cordages. C’est vraiment le plus bel endroit de la côte. Tout est harmonieux, parfait, les maisons de pierre, les barques colorées, la mer bleu violent et au loin la ligne embrumée du Cap Finisterre, en face les maisons colorées et la plage du Pindo.
Dîner sur la plage en face de l’hôtel d’une tortilla toute chaude aux pommes de terre.
14 juillet : O Pindo, plage de Carnota
La plage de Carnota
Lever à l’heure espagnole, petit déjeuner au bar, temps couvert. L’employée de l’office de tourisme de Carnota est bien aimable. Elle nous donne une documentation bien complète, sentier, grenier record de longueur. Mais c’est un peu tard, quel dommage que l’Office ait été fermé samedi, lors de notre premier passage.
La plage de Carnota s’étire sur sept km de sable fin derrière un cordon dunaire planté d’oyats qui la sépare d’un marais, un petit rio se jette dans l’océan. Dans le marais poussent les mêmes immortelles bleues que nous avons cueillies au Danemark. Les oiseaux nombreux, se balancent aux herbes sèches et sont très bruyants. Dans les flaques du marais vivent crabes et crevettes ainsi que de petits poissons. Nous parcourons la plage Nous sommes presque seules, seulement deux personnes vers le nord. Cinq vers le sud en comptant les ramasseurs de la marée noire. Au bout d’environ deux km, il nous faut franchir le ruisseau. Avant même d’atteindre le lit où il y a du courant, Dominique s’enfonce jusqu’à mi- cuisse et s’extrait à grand peine, nous rebroussons chemin et elle s’enfonce à nouveau dans le sable mouvant qui l’engloutit jusqu’au short . Panique, on arrive quand même à s’en sortir mais on n’ira pas plus loin ! Peu de temps après un couple en maillot de bain passe sans encombre à un autre endroit où le courant est moins fort et où le ruisseau forme un petit delta. La pluie s’intensifie « un grain » ne nous arrête pas. J’atteins un alignement de rochers. En m’approchant, je constate qu’ils sont tout noirs. Peut être n’aurais je dû pas venir ? Ils sont recouverts de jolies moules bien luisantes, je suis rassurée. je commence à mieux comprendre comment le nettoiement des plages s’opère : de grands panneaux aux couleurs de la Galice et de l’Europe (75°/°) nomment l’entreprise chargée de l’opération, à chaque plage une différente, il semble que ce donc des sous-traitants privés locaux, ce qui explique les méthodes différentes . Ici, un gros tracteur tire une machine ressemblant à une botteleuse de foin, là bas comme des tondeuses à gazon. On dirait du bricolage d’outils agricoles. Je regrette bien que mon Espagnol soit insuffisant pour approfondir mes recherches ? Notre promenade sous la pluie a été bien agréable. Ce n’est pas gênant de marcher les pieds dans l’eau sous le crachin. Le pique-nique est une autre affaire, quand on s’arrête on se refroidit.
Des couples arrivent en maillot de bain, parapluie déployé : ils se baignent et retournent à la voiture.
Nous sommes rentrées à l’hôtel nous sécher. Notre chambre très claire est très agréable et ce n’est pas un malheur de faire une pause une demi-journée. Je guette par la fenêtre les éoliennes. Tant qu’elles sont dans le brouillard, inutile de sortir, pas de visibilité.
Eoliennes et Horreos
4 heures, les éoliennes sortent du brouillard, la grosse pluie a cessé. Nous tentons une sortie en voiture vers un mirador situé dans la montagne au dessus de Carnota. Nous arrivons à un très joli village : à l’entrée de nombreux horreos, un petit calvaire, une fontaine, une tourelle basse des maisons en granite, des fleurs et des chats. Tout cela en granite patiné incrusté de lichen. Sur les toits de tuile, de grosses pierres. Avec un rayon de soleil, j’aurais fait des photos pittoresques. Sous la pluie, c’est tout gris. Du mirador, nous surplombons la dune, le marais, la plage. Le ruisseau serpente, se divise en bras, delta miniature.
Sur la route du retour, la pluie redouble, nous essayons une autre petite route qui monte dans la colline : encore une petite route, de petits champs de maïs, pinède, horréos, calvaire, joli village en granite …encore un joli village d’un autre âge ! Ce qui est contemporain, c’est le camion du marchand de légumes ambulant qui nous barre la route. Il s’écarte pour nous laisser emprunter un chemin qui serpente dans les jardins pour nous mener dans une ruelle en cul de sac. Dominique doit refaire tout le chemin à reculons ; heureusement que c’est la championne de la marche arrière ! Ce sera notre dernière exploration sous la pluie, horréos, calvaires, maïs …se ressemblent tous, continuer serait juste bon à abîmer la voiture.
Nunca mais !
Je retourne faire le tour du petit promontoire face à l’hôtel. J’ai enfin compris le sens de la fresque peinte sur le terrain de handball : le grenier traditionnel dégoulinant de mazout (jalipote ou chalipote) NUNCA MAIS sur le drapeau noir barré d’une diagonale bleue se rapporte à la marée noire. Mes promenades solitaires sont toujours alimentées de pensées sur la marée noire. Il semble que c’est le fil conducteur du voyage. J'ai toujours besoin d’une idée, d'un’ événement pour entrer en sympathie avec la contrée visitée. En aucun cas ce ne pourrait être le pèlerinage de Compostelle. J’aime bien visiter les églises en tant qu’œuvres d’art mais je ressens de la méfiance pour le pays de l’Inquisition. La Reconquête m’est une histoire éminemment antipathique. Quant aux celtes, aux druides et aux cornemuses …. Cette souillure de la mer me préoccupe vraiment. Devant l’immensité de la tâche j’ai envie de m’impliquer. je marche le long des rochers aux formes étranges, sculptures naturelles spectaculaires. Certains sont coiffés de noir. Personne ne peut venir gratter chacune de ces roches.
Mardi 15 juillet : Santiago
Muros
Nous quittons O Pindo sous une pluie battante, 16°C.
La côte est très sauvage jusqu’à Muros. La mer est grise, de belles vagues déferlent sur les rochers.
A Muros, le front de mer est aménagé avec des restaurants et des magasins sous des arcades de granite. Je trouve Le Monde. Depuis plus d’une semaine, je ne l’ai pas lu. La télévision espagnole donne des nouvelles insuffisantes : le Tour de France, beaucoup de sport, des faits divers, accidents, scandales politico-financiers, quelques images d’Irak…
Muros est adossé à la montagne, les maisons de granite ornées de vérandas s’alignent dans des petites ruelles tortueuses coupées d’escaliers. Nous parvenons à un petit marché à étage en beau granite gris. Les paysannes du coin y apportent des paniers avec quelques salades, oignons, des prunes de leurs jardins. Dans l’estuaire à marée basse, des dizaines de pêcheurs à pied avec râteaux et seaux ramassent des coquillages, cela fait plaisir de voir ramasser autre chose que du mazout. L’estuaire s’est vidé presque jusqu’à Noia. Que nous évitons.
L’hôtel Boa Vista
La dame de Sol y Mar du Pindo a réservé par téléphone un hôtel recommandé par le Routard. Pour une fois, nous savons où nous allons. L’hôtel Boa Vista se trouve à Costoïa, petit village perché sur les collines à l’écart de la route de Noia à l’ouest de Santiago. C’est une grande bâtisse carrée recouverte sur deux côté par une galerie vitrée blanche à petits carreaux .Nous sonnons, une dame nous ouvre et ne nous laisse pas entrer . Pourtant, nous avions réservé ! Arrive une dame toute vieille et toute petite qui nous montre notre chambre à l’étage. Comme toujours en Espagne, murs crème, mobilier en bois foncé. Aux quatre coins des lits, des torsades de bois pointues donnent un air « espagnol », les meubles et les portes sont rehaussés de losanges et de pointes diamant. Un très joli lustre à pendeloques de verre ajoute une touche raffinée, couvre-lits jaunes très sobres. La salle de bain est petite, une cabine de douche, impeccable ?
Dans la galerie sont installées de petites tables et des chaises. On peut y jouir de la vue sur le jardin planté de quatre rangs de vigne, de deux houx sur un côté, une pelouse avec un magnolia et des thuyas de l’autre ? Comme il se doit, il y a un bel horréo couvert de lichen avec une croix en granite et deux colombes en terracotta. Aux alentours, les maisons aux toits de tuile sont dispersées dans les vignes et les vergers. Dommage qu’il pleuve ! On aurait pu s’installer sur la table de pierre et les bancs du jardin. Notre chambre donne sur les ruelles du village. Des fougères poussent sur le toit à la jointure de deux maisons mitoyennes.
Après une rapide installation, nous partons pour Saint Jacques de Compostelle toute proche. On peut vraiment féliciter le Routard pour ce choix !
Saint Jacques de Compostelle
Parking saint Clément en bordure de la vieille ville interdite aux voitures.
Les rues étroites sont bordées de maisons à deux ou trois étages. Au rez de chaussée restaurants et bars abondent. Nous entrons dans la Cafétéria Paradiso (recommandée par le Guide Vert, décor 19ème siècle) et commandons des bocadillos que nous mangeons sur la place des Orfèvres (Praza das Platerias) sur le côté de la cathédrale. Très beau porche sculpté, portail roman 12ème donnant sur le transept. Sur le côté, la Tour de l’Horloge baroque.
Pélerins
Au milieu de la place, une fontaine ornée de chevaux. La foule qui passe est aussi amusante à observer. Dominique est très critique, elle n’a jamais vu autant de gens aussi mal habillés ! Il pleut, les pèlerins sont affublés de pèlerines en plastiques. Normal, la pèlerine pour un pèlerinage ! Il y a des scouts, des groupes de jeunes en shorts mais aussi toute une faune de vrais ou faux pèlerins, bâtons et coquilles, sacs à dos, gros godillots. L’un d’eux est particulièrement folklorique : cheveux longs et barbe grise déployée, habits de clodo, assis jambes écartées, il téléphone longuement avec son appareil mobile. Tout ce monde a sorti appareil photo numérique et camescope.
La place de l’Obradoiro et la Cathédrale
Nous faisons le tour de la cathédrale et découvrons l’immense place de l’Obradoiro pour admirer la façade baroque.
Il me revient une expression à la mode il y a une quinzaine d’années « il est trop ». Cette cathédrale est vraiment « trop ».
Trop grande, trop baroque, trop pèlerinage, trop décorée, trop catho …
On ne peut qu’admirer l’escalier monumental qui la précède avec ses ferronneries compliquées, puis en entrant : le Portail de la Gloire (c’est ce que j’ai préféré). Puis être impressionnées par les dimensions de la nef, les dorures de l’autel baroque.
Nous parcourons la nef en tout sens(enfin pas tout à fait, il y a des cordons comme dans les aéroports pour canaliser les files d’attentes et la circulation des pèlerins)A l’entrée, longue file (on croyait qu’il y avait un guichet pour des tickets d’entrée), les gens vont mettre leur main dans des mains creuses et se tapent la tête sur le saint aux bosses . Ils viennent en famille et se prennent mutuellement en photo ou au camescope. Une autre file permet de rentrer derrière l’autel embrasser la statue de Saint Jacques. De devant, on les voit poser leurs mains sur les épaules de la statue de bois.
La religiosité, la bondieuserie ou l’obscurantisme (qu’on nomme cela comme on veut) imprègne le lieu. Dominique ne décolère pas devant ces débordements. Chez moi, comme toujours, la curiosité l’emporte. Nous sommes bien décalées par rapport à tous ces gens. Il y a sûrement des touristes dans notre genre qui visitent l’église comme n’importe quel monument historique, mais ils ne se comportent pas « en touriste » (heureusement, les japonaises de Konya m’avaient exaspérée).
Baroque ! Toujours baroque !
Nous déambulons au hasard dans les ruelles et les places. De l’autre côté de la Cathédrale, la place Immacolada nous fournit l’occasion d’une pause goûter dans un joli jardin. Les tours de l’horloge sont visibles, au dessus de tout un enchevêtrement de toits, de coupoles, de balustres, de volumes de sculptures baroques. Encore du baroque, toujours du baroque. L’ensemble est homogène. Le baroque a tout phagocyté : la cathédrale romane, les ruelles moyenâgeuses …le granite rend ce baroque lourd par rapport à celui de Noto en Sicile.
Il tombe toujours une pluie fine. Les ruelles se sont vidées, les magasins sont fermés à l’heure de la sieste.
Musée des Pèlerinages
Après l’Université, nous trouvons le petit musée des Pèlerinages (gratuit) installé dans les trois étages d’une belle maison du 15ème siècle. L’exposition, très moderne, très didactique ne laisse rien deviner de l’ambiance du 15ème siècle. Au premier étage, des maquettes de la cathédrale montrent des vestiges romains, la petite église romane qui a brûlé vers l’an Mil et la construction de la grande nef romane avant l’ajout de la façade et des tours baroques. Au second étage, exposition très moderne sur les routes de Pèlerinages au Bas Moyen Age sous le portrait de Constantin : le pèlerinage de Sainte Hélène à Jérusalem et toutes les routes romaines vers Jérusalem et vers Rome. Au troisième étage : des objets se rapportant aux pèlerins (leur habit, besace, coquille…) et des sculptures de bois. On nous donne un petit livret en français si fourni qu’on ne peut pas le lire sur place.
Musée du Baroque
L’église San Martin Pinario est transformée en musée du baroque. L’escalier qui descend vers l’entrée est encore très baroque et très compliqué. A l’intérieur, c’est un musée des retables. La visite est guidée, ce qui permet d’observer mieux les détails. Dans la nef, le peuple suivait la messe debout (on a ajouté des bancs). De chaque côté, une série de chapelles fermées permettaient aux familles nobles de suivre une messe privée. Certaines chapelles avaient la dimension d’une véritable église avec des coupoles. Le bâtiment, comme tout ici, est en granite, mais il a été peint de manière à imiter le bois dans des plafonds à caissons, en trompe l’œil ou en faux marbre. Certains autels sont baroque italien avec des colonnes droites peintes en faux marbre, des statues installées sur des nuages qui rappellent ce qu’on a vu à Vienne ou en Hongrie. D’autres sont baroques espagnols avec des colonnes torsadées recouvertes de dorures avec des pampres des grappes de raisin, les statues sont aussi pleines de dorures.
Le maître-autel est tout à fait impressionnant, conçu comme un grand baldaquin surmonté de baldaquins empilés (il y en a trois) formant une sorte de pyramide creuse, toute dorée. Au dessus, deux statues équestres, l’une de Saint Jacques Matamore –c’est à dire tuant des Maures. L’autre est un autre saint écrasant sous son cheval un Maure grimaçant. Les écussons de l’Espagne s’entremêlent avec les symboles religieux. On contourne l’autel pour trouver une salle toute de boiseries avec les stalles des moines et trois registres de bas reliefs sculptés dans du bois foncé. Au dessus l’orgue monumental est une étrange scène masquant l’organiste. Enfin le guide nous mène dans la sacristie où sont alignés des angelots blancs (putti) tenant les objets de la passion. Ils sont très nombreux, de bois recouvert de stuc, et ressemblent aux putti siciliens, sauf qu’ici ils sont en rang d’oignon ayant perdu leur emplacement original.
Nous avons acheté u poulet et une salade que nous mangeons en nous cachant un peu sur la table de la galerie. Un couple d’allemand fait de même sans aucune discrétion. Nous avions bien tort de nous sentir coupables de ne pas manger le dîner de l’hôtel, tout le monde fait ainsi.
Mercredi 16 Juillet : Santiago
Le comedor est agréablement décoré : très belle glace avec des boiseries peintes et dorées, lustre à pendeloques, jolis bougeoirs en ferronnerie.
Musée de la Cathédrale
Crypte
Nous commençons la visite du Musée de la cathédrale par la Crypte où le chœur roman de Maître Matéo (1165-1211) a été reconstitué. C’est une très jolie représentation de la « Nouvelle Jérusalem qui descend du ciel », à l’extérieur, une frise de châteaux montre les apôtres, les Prophètes… à l’intérieur, sur les maisons de la ville alternent avec des scènes d’enfants de la Schola Cantorum chantant le « vrai et nouveau cantique ». la musique est vraiment très représentée dans toute la partie romane de la Cathédrale. Nous avions déjà remarqué les vieux musiciens du Portique de la Gloire faisant un demi cercle autour du Christ et des Evangélistes.
Comme hier a été une journée baroque, aujourd’hui c’est une matinée romane .Il me semblait que le Baroque avait tout écrasé. Cette visite à la crypte fait réapparaître la cathédrale romane sous son écrasant baroque. Une statue romane d’une tour et de quatre chevaux me plaît particulièrement. Nous sommes seules dans la crypte . Nous pouvons observer à loisir les chapiteaux et le bestiaire fantastique dans les petits tympans trilobés que je peux photographier.
Etoffe almoravides et panneaux mudejars
En montant, nous remontons dans le temps. Des salles présentent de très belles statues de bois peintes et dorées venant de divers ateliers du 15èùe siècle ainsi que des étoffes almoravides et même venant d’Asie centrale, des panneaux mudejar (le monde arabe n’est pas loin !)
Cloître plateresque
Au troisième niveau, nous arrivons au cloître plateresque (1521-1590) et nous trouvons au niveau de la cathédrale actuelle .Le cloître est vaste et offre de jolies échappées sur les tours de la Cathédrale (cinq en tout, hier, je n’en avais compté que quatre)Des salles présentent des trésors d’argenterie, des croix qui ne nous passionnent guère. Petite déception, j’attendais l’encensoir fameux mobilisant huit hommes quand il est balancé dans la nef. J’imaginais un objet gigantesque, finalement il m’arrive tout juste à la taille et les ciselures me paraissent grossières.
Tapisseries
Au dernier étage, s’ouvrant sur la galerie, se trouvent les salles des tapisseries, l’étiquetage laisse à désirer, c’est seulement au bout d’un couloir que je découvre celles qui sont tissées à partir de cartons de Goya avec leurs couleurs chatoyantes, les rouges vif. Les visages sont presque des caricatures. Toute une Espagne folklorique de joueurs de guitare, de Carmen telle qu’on l’imagine en France. En repassant devant les tapisseries, Dominique découvre une fête villageoise : des enfants jouant à saute mouton, l’un d’eux se casse la figue, les autres rigolent. Scènes de jeu de boules, de quilles. Beuveries : un personnage pisse contre un mur, une femme expulse un ivrogne à coups de balai. Le balai figure aussi sur d’autres tapisseries pleines d’anecdotes rigolotes. C’est un véritable plaisir de dénicher tous les détails marrants autrement plus amusants que le »s sujets antiques : Guerres Puniques ou mythologiques représentés sur les autres tapisseries. Les plus drôles ne sont pas de Goya mais de Téniers (17ème siècle) et de Luis Miguel Van Loo. Le fascicule précise qu’il s’agit de la vie champêtre aux Pays Bas (mais les Pays Bas étaient encore espagnols au 17ème siècle).
Le pèlerinage des motards
Pendant que nous visitions le musée, un grondement a fait trembler toute la place : c’est l’arrivée de plusieurs dizaines de grosses motos chevauchées par des motards folkloriques (un personnage est même costumé en moine avec un chapeau de pèlerin, bâton, besace et coquille) est ce le pèlerinage des motard ou simplement un rallye ? La télévision galicienne filme l’événement. En bonnes touristes nous faisons quelques clichés de ces pèlerins inédits.
Portail de la Gloire
Nous visitons une autre crypte située juste sous le Portail de la Gloire ? Encore des statues romanes des anges musiciens. C’est aussi l’œuvre de maître Matéo. Dans les vitrines, des reproductions des instruments musicaux des 24 anciens du livre de l’Apocalypse u Portail de la Gloire. Des photos donnent des détails sur la position des doits des musiciens sur leurs instruments. Notre visite romane continue… aux clé de voûte, un ange tient le soleil, un autre la lune.
Palais Gemirez
Dernière visite : la Palais Gemirez qui possède une salle magnifique où se sont déroulées les noces d’Alphonse IX ( ?) Cette fois ci nous avons une meilleure vision d’ensemble.
Nous retournons à la Place de l’Immacolada pour pique-niquer dans le très joli jardin à la française de buis taillés coloré par des œillets d’Inde jaunes et oranges. Malheureusement, une grosse averse nous expédie dans la Cathédrale, le temps de traverser, la pluie a cessé.
Musée du peuple Galicien
Nous devons attendre 16h l’ouverture du Musée du peuple Galicien situé dans le couvent Santo Domingo un eu à l’écart de la Vieille Ville, dans un parc magnifique. Les vieux arbres, thuyas extraordinaires et chênes sont si touffus que les bancs sont secs après la pluie ? Encore une rangée de magnifiques hortensias ! J’en profite pour écrire le compte rendu des visites de la matinée pendant qu’un pèlerin joue d’une lyre en bois.
A l’ouverture du musée, le ciel s’est dégagé et nous avons plus envie de profiter du soleil que de nous enfermer dans un musée. Ce sera donc une visite rapide. Le plus extraordinaire : l’escalier hélicoïdal, trois escaliers s’enroulent en spirale. Le cloître du 18ème est plutôt sobre dans tout le baroque exubérant de la ville.. Nous parcourons à grands pas les salles des instruments de musique celtique (castagnettes en forme de coquilles Saint Jacques) celles des costumes s’attardant un peu plus devant les maquettes des maisons galiciennes.
Nous passons la foin de l’après midi à l’hôtel. Enfin, nous pouvons profiter du paysage de collines, des vignes ensoleillées autour de l’hôtel Boa Vista. Pendant qu’on se promenait dans les ruelles de Costoia entre les belles maisons de pierre aux jardins fleuris d’hortensias, fuchsias abutylons dahlias et belles tonnelles de vigne, nous rencontrons un monsieur qui promène sa vache marron gris.
Nous dînons dans la galerie avec le coucher de soleil en prime.
17 Juillet : Pazo de Oca, Rias Baixas, Oia
A la recherche de Pazo de Oca
Dans le guide Vert, une photo du jardin de Pazo de Oca, l’un des quatre plus beaux jardins d’Espagne a attiré notre attention. Selon ce guide, il se trouverait dans la région de Padrone, sans autre indication. Dominique a loupé l’entrée de l’autoroute pour Pontevedra, la route passe à Padrone où nous nous arrêtons pour demander notre chemin à un camionneur. Selon lui, ce serait à 5 km après Calda de Reis si la route de Lugo en direction de la Estrada. Après la Estrada, toujours aucun panneau, nous avons parcouru 21 km au lieu de 5. La route est belle, elle monte dans des collines riantes sous le soleil. Les maisons sont entourées de vignes qui grimpent en espaliers soutenus par de beaux poteaux de granite. Nous traversons des forêts d’eucalyptus qui embaument. Nous nous arrêtons souvent pour demander notre chemin. Je montre la photo du guide Vert. Les gens connaissent, ce n’est pas loin « après la rotonda », « après la courbe », toujours pas de panneaux. Nous finissons par douter de l’existence de ce jardin. Peut être n’est il pas ouvert au public ? Si c’était la quatrième merveille d’Espagne, cela devrait bien être fléché !
Un joli manoir
Finalement nous aboutissons sur une belle place carrée : au fond, un très joli manoir avec des tourelles baroques, un mur décoré de croisillons. Perpendiculairement, un beau bâtiment terminé par une tour carrée. Au milieu, une pelouse. En face de très folie maisons bases en granite derrière des tonnelles de vigne. Au bout, un petit calvaire. Toujours pas de panneaux ! Des filles sont assises sur les marches du calvaire. Je leur demande si on peut entrer « il y a une sonnette ».
Le plus joli jardin
Nous pénétrons donc dans le plus joli jardin secret par un porche. Nous découvrons une vasque remplie de lentilles vertes. L’eau s’écoule de quatre jets creusant la nappe verte des lentilles. Tout autour, des massifs de buis taillés en boule. Sur les bordures les buis sont sculptés en forme de vagues. En contrebas, un labyrinthe de buis, un appentis aux tuiles anciennes occupe un côté, en face, des bancs. Des potiches de faïence blanche et bleue contiennent des pétunias violets. Nous descendons un escalier de pierres moussues et passons sous les plus grands thuyas que nous n’avons jamais vus. Des buissons fleuris de gardénias, des touffes d’agapanthes
. Plus bas, une jolie pièce d’eau est bordée d’une haie très fournie d’hortensias bleus aux têtes énormes qui se reflètent dans l’eau. Une île en forme de bateau est décorée des mêmes urnes de faïence contenant de petits orangers. Les figures de proue sont des personnages de pierre patinée aux allures grotesques. Un pont ombragé par une tonnelle enjambe l’eau, on pense à Giverny. De là, nous découvrons la plus belle vue sur le château dont les tourelles se détachent sur le bleu du ciel. A l’extrémité du lac, un mur en pierre moussu est surmonté d’un kiosque au toit légèrement incurvé en pagode. De ‘autre côté du pont : une autre île aux statues encore plus grotesques, des potiches et quatre oies menaçantes. Sous le pont une barque est amarrée dans un petit abri. Dominique imagine les jardiniers venant en barque rafraîchir les hortensias et enlever les têtes fanées. Ici, toute sont d’une fraîcheur inhabituelle, dans les autres jardins ils commencent à se faner.
Les allées de vieilles pierres humides et vertes de mousse conduisent à des vergers de kiwis, pêchers, poiriers. Les carrés de camélias doivent être magnifiques au début du printemps. Le charme du jardin réside dans la présence de l’eau, l’exubérance des mousses et des fougères. La pente est découpée de terrasses qui communiquent par des marches moussues. Absence de symétrie, fantaisie des plans. Des rigoles d’eau divergent pour alimenter les différents jardins. Un aloès géant évoque la Méditerranée, une fougère arborescente, les Tropiques. Fraîcheur de l’eau qui court, qui jaillit dans des vasques, qui fait tourner les meules du petit moulin caché dans la pagode.
La rigidité des jardins à la française, du labyrinthe, est atténuée par la juxtaposition fantaisiste des différents plans. L’utilité des vergers est masquée par les carrés.
Bosquets de camélias. Surprise ! Une petite statue trône au centre d’une place ombreuse.
J’aimerais peindre, nous avons peu de temps, j’ai perdu la main. Je me promets de le faire d’après photographie. Je n’économise pas la pellicule.
Il nous faut quitter notre jardin secret et magique pour rejoindre la prochaine étape. Le chemin du retour semblera bien plus court puisque nous sommes libérées du souci de chercher. Nous passons rapidement Pontevedra : un pont autoroutier, les quais le long de la Ria sont aménagés en marinas de bateaux de plaisance. C’est la première fois qu’on en voit tant. C’est marée basse. Une armée de pêcheurs à pied ramasse des palourdes. La marée noire n’est pas arrivée ici.
Entre la ria de Pontevedra et la Ria de Vigo
Nous contournons la presqu’île séparant la Ria de Pontevedra de celle de Vigo, passant par Marin, Bueu, Hio et Ganges. L’eau des Rias est bleu profond, de nombreux bateaux colorés naviguent. On voit aussi des plates-formes d’aquaculture (moules ou huîtres ?)si les panoramas au détour de la route sont magnifiques avec ces côtes découpées, de près c’est autre chose. La presqu’île est très urbanisée, nous passons d’un village à l’autre sans nous en rendre compte. Les petites plages sont en contrebas, difficiles d’accès.
Nous pique-niquons devant un club nautique. Difficile de savoir si les maisons sont des résidences secondaires, des pavillons de banlieue ou des maisons d’agriculteurs. L’ensemble est assez coquet, sans caractère, fleuri et pimpant. Cela ne correspond pas du tout à ce que nous cherchons pour passer une semaine.
A l’entrée de Vigo, immeubles, nous prenons l’autoroute pour éviter la ville et rejoignons au plus vite Baiona.
La côte est très sauvage ; à quelques dizaines de mètre de la route nous longeons des rochers déchiquetés, battus par les vagues. Entre la route et la mer, de la pelouse sèche, des ajoncs, des fougères. C’est la côte la plus déserte qu’on puisse imaginer. Très peu de constructions.
Nous nous arrêtons devant un camping qui loue des mobile homes très chers (75 Euros), collés les uns aux autres comme sur un parking.
Un hôtel perdu sur la côte sauvage
500 m plus loin : un hôtel peint en rose foncé, deux étages, un grand restaurant, une cafétéria. Je suis très bien accueillie. Pour 30 Euros, le petit déjeuner est compris. La chambre donne sur la mer, la salle de bain aussi. Si bien que nous avons une vue panoramique sur la côte rocheuse ? Il y a même un petit îlet en face. Jamais nous n’aurions rêvé une aussi belle vue !
La chambre est peinte en rose orangé sans aucune recherche de décoration. Tout son charme réside dans la vue. Les jeunes qui tiennent l’hôtel sont très gentils, la fille comprend le français.
Nous avons donc trouvé un gîte avec vue.. Allons nous rester sept jours dans cet endroit désert ?
La Guardia
Nous reprenons donc la voiture pour explorer les environs en direction du sud. A une vingtaine de km, nous arrivons à La Guardia, en face du Portugal. Cette petite cité n’est pas belle. Les plages que nous trouvons sont petites et bondées. Nous nous installons, le temps d’une baignade sur la plus petite des deux, occupée par des grands mères et des enfants qui n’ont pas l’air de vacanciers.
Visite au port : un vrai port de pêche, actif. L’Office de Tourisme me fournit toute une série de prospectus : il y a plein de visites à faire. La petite ville ne manque pas de ressources. Nous revenons gonflées à bloc ! Nous pouvons rester ici sans craindre de nous ennuyer ;
Au dîner, poulpes et calmars. Coucher de soleil magnifique.
Vendredi 18 Juillet : La Guardia
Ce matin à 7 heures, le ciel est couvert. Le beau temps d’hier n’a pas duré. Les mouettes traversent le champ de la fenêtre, tantôt proches tantôt au lointain, en file de six, toujours dans le même sens, vers le nord. Où vont elles ?
Je lis « Pour qui sonne le Glas » d’Hemingway. L’évocation de la Guerre d’Espagne est une antidote à l’excès de curés de Santiago. Je crois l’avoir lu, adolescente, je n’en ai plus aucun souvenir.
Monte Santa Tecla : village « galico-romano »
Nous montons au Monte Santa Tecla (Tegra en Galicien), 340 m de pente aide, aménagé en une sorte de parc. Une très bonne route, des aires de pique-nique, des sentiers pavés, un péage minime. Près du sommet, un village « galico-romano » a été dégagé et très bien reconstitué. Deux huttes rondes de pierre au toit de paille ont été remontées pour mieux imaginer l’ensemble. Les maisons étaient donc circulaires ; un grand cercle pour ‘habitation principale avec une petite cour, une dalle sur des montants (un banc ? une cuisine ? accolées, d’autres constructions circulaires plus petites (des granges pour les animaux ou les récoltes ?)Les huttes étaient vraiment très roches les unes des autres, les ruelles pavées, très étroites et très rares. Quelques marches sont creusées dans la pierre ? Ce plan circulaire est le même que celui du village néolithique chypriote visité à Pâques.
Non loin d’ici, près de Guimaraes, au Portugal, nous avions visité un autre site archéologique contemporain de la colonisation romaine. J’ai oublié les habitations, en revanche, je me souviens bien des rues pavées, larges et bien tracées. Galico vient de Galice, bien sûr, mais je ne peux m’empêcher de penser aux Gaulois.
Au sommet du Mt Sta Tecla, un petit musée vieillot montre les vestiges découverts par les archéologues. Des pierres décorées de triskells ou de motifs géométriques genre celtiques, une petite idole à forme humaine, des têtes d’animaux, une pièce romaine, des reliefs de nourriture(coquillages, os de chèvre, de vache …) tout est présenté dans des vitrines à l’ancienne sans commentaires.
Petroglyphes
Des pétroglyphes sont photographiés, je demande à la dame de m’indiquer les sites, ce qu’elle fait obligeamment. Je finis par les trouver. Ils ne sont pas spectaculaires, un peu comme les empreintes des dinosaures, passionnants pour le spécialiste, introuvables pour le profane Ce sont des graffitis gravés, cercles, spirales indéchiffrables, cupules …
Sur le Mt Tecla, il y a bien sûr, un calvaire, une chapelle et deux chemins de croix très photographiées par les touristes.
Nous pique-niquons près des huttes préhistoriques. Le ciel s’est dégagé, il fait même très beau. Le panorama est étendu : magnifique vue sur l’estuaire du Mino. La marée basse laisse apparaître des bancs de sable. Un petit ferry fait ses aller retour entre l’Espagne et le Portugal. Nous nous promettons de le prendre. Nous découvrons des plages magnifiques au Portugal. J’essaie de dessiner les méandres, les chenaux, les îles et les marais de l’estuaire. Le résultat est plutôt raté.
Plage de sable
Comme il fait beau, nous descendons à la belle plage de sable dans l’estuaire. Quelques oyats fixent une petite dune. Nous nous y abritons du grand vent qui vient de l’Atlantique. Dominique installe le parasol. Nous sommes bien mais il fait frais pour une baignade. A six heures il nous faut partir, il nous reste beaucoup à faire ; courses, shampooings, lessives …
Arrabal
Le petit village d’Arrabal se trouve niché entre la route et l’océan à 8 km de l’hôtel. Seul le couvent se voyait de la route. Le village est caché. Il est très joli avec ses maisons anciennes en granite ses balcons, les escaliers extérieurs. Il est out petit très calme pittoresque. Un petit port est aménagé. Des enfants nagent. Une digue protège des grosses vagues et l’eau est calme. Nous nous promettons de revenir.
De notre chambre, nous observons la colonie de mouettes installée sur le gros rocher qui fait comme une digue plate. Elles ont l’air de dormir, à la jumelle, je les observe se toiletter, se gratter, lisser leurs plumes et marcher tranquillement.
Pas de coucher de soleil : des barres grises l’engloutissent.
19 juillet Baiona
Nous vivons vraiment à l’heure espagnole : petit déjeuner passé 9 heures et demie ce matin ! Les brumes du matin se sont levées. Il fait un soleil magnifique quand nous arrivons à Baiona.
Baiona est une station balnéaire un peu chic. Sur le front de mer, de Belles maisons anciennes à vérandas vitrée blanches de petits carreaux, balcons en ferronnerie, au rez de chaussé »e jolies boutiques et restaurants. Nous trouvons Le Monde introuvable même à Saint Jacques de Compostelle.
La Pinta, caravelle de Christophe Colomb
Le port de pêche est surtout une marina avec beaucoup de beaux bateaux à moteur. Amarrée au milieu des bateaux de plaisance, la réplique de la Pinta, une des trois caravelles de Christophe Colomb. C’est ici que Pinzon le second du Navigateur est rentré d’Amérique. Evidemment, je la visite. C’est sa taille qui me surprend : elle est vraiment petite ! Combien y avait il d’hommes à bord ? J’imaginais une embarcation beaucoup plus imposante. Baiona commémore cet événement avec des statues, un panneau d’azulejos, une sorte de menhir taillé. Sa plus belle plage s’appelle la plage des Américains.
La ville ancienne
La ville ancienne de Baiona a gardé beaucoup de cachet. L’office de tourisme a publié un plan avec des itinéraires que nous suivons scrupuleusement. Nous découvrons une église baroque attenant au couvent dominicain. La clôture est impressionnante. Puis visitons deux autres églises, la Collégiale romane, massive comme une église fortifiée, une autre église baroque, deux fontaines et un calvaire affreux.
C’est une promenade agréable à l’ombre sans voitures pour cause d’escaliers. Les maisons ont un à deux étages, certaines ont des colonnes au rez de chaussée d’autres comportent des blasons. Rien de très extraordinaire, un joli ensemble ancien.
Chemin de ronde
Nous faisons ensuite le tour du chemin de ronde de la forteresse. A l’intérieur, un parc et un parador. Du haut du chemin de ronde nous découvrons des plages de sable, déjà bien occupées à 11 heures du matin. Des gens nagent dans l’eau claire et tranquille du port.
La Baie de Baiona
Baiona occupe le creux d’une baie arrondie, un peu comme Saint Jean de Luz. Cette rade est protégée de l’agitation de la haute mer. Les plages sont très fréquentées. C’est le première fois que nous voyons autant de monde depuis notre arrivée en Espagne. Cette affluence s’explique peut être parce que c’est samedi et qu’on avance dans le mois de Juillet. Comme il fait chaud, (c’est la première fois depuis Santillana del Mar ),j’ai bien envie de me baigner.
Nous poursuivons la route vers Vigo qui est très urbanisée : immeubles neufs, maisons individuelles de grande taille et plages aménagées. Heureusement nous trouvons un cap montagneux recouvert d’une belle forêt de pins et d’eucalyptus et nous installons à un mirador pour déjeuner. La vue est magnifique sur les îles. C’est très calme. En remontant en voiture nous verrons plusieurs familles déjeunant sous les arbres. Heureusement que nous sommes décalées par rapport aux Espagnols.
Plage de Panxon
Nous passons le reste de l’après midi à la plage de Panxon orientée sur l’Atlantique : sable et rochers. Le parasol orange près d’un rocher nous préserve un petit domaine privé. Les surfeurs profitent des rouleaux puissants de l’Atlantique. Enfin, une belle baignade dans l’écume des vagues. J’attends la vague, estime sa force pour ne pas me laisser déséquilibrer. Aucune comparaison avec le Cap Vert ! La présence de nombreux baigneurs me sécurise. Nous observons les surfeurs, très peu font des démonstrations convainquantes, la plupart reste couchés sur la planche à l’arrière de la vague. De temps en temps l’un d’eux se lève et glisse sur quelques mètres mais c’est rare.
Nous rentrons vers 7 h pour profiter de notre belle chambre avec vue. Un pêcheur se tient debout sur le gros rocher, silhouette à contre-jour. Les rouleaux déferlent, explosent projetant des gerbes magnifiques un véritable feu d’artifice !
Dimanche 20 juillet : Tuy, Portugal
9h30, la cafétéria est fermée. J’imagine un petit déjeuner sur le port chocolate con churros à La Guardia . Déconvenue : tout est fermé, je me contente de café et madeleine dans un coin sombre d’un bar désert.
Mte Tecla
Nous nous faisons une fête d’aller voir les oiseaux des marais. Du haut de Mte Tecla, nous avion repéré les cabanes d’affût. Seuls quelques corbeaux et goélands sont au rendez vous, cet endroit doit être une halte pour les migrateurs et ce n’est pas la saison. En été, le marais est déserté. Néanmoins, nous faisons une courte promenade tranquille.
En Espagne, le long du Mino
Nous suivons la route Espagnole le long du Mino. Malheureusement le fleuve est loin. Nous prenons une déviation « route du vin » qui chemine dans les vignes plantées en hauteur en formant des tonnelles. C’est vert tendre, riant.
Tuy
Nous arrivons vers midi à Tuy. A l’entrée de la ville, la cathédrale coiffant la colline a fière allure. Nous nous promenons sur un paseo bordé de belles maisons bourgeoises du début du XXème, granite, vérandas, vérandas blanches, balcons, belle pâtisserie, sortie de messe de toute la bourgeoisie locale.
Tuy a l’ai bien cléricale : deux statues d’évêques nous accueillent, l’un d’eaux est assis dans les bégonias. Un séminaire fait face à la Guardia Civile. La vieille ville est construite de belles maisons de granite un peu austères .L’impression d’austérité est renforcée par le fait qu’aujourd’hui dimanche tout est fermé. Courte visite à la cathédrale, la messe va commencer, l’église est pleine. On admire l’orgue baroque peint et doré et on s’éclipse. Pour cause de messe, encore, le musée est fermé ainsi que le chemin de ronde. On se contentera de regarder le porche curieusement carré. On dirait une église fortifiée : tour carrée, façade plate et nue, créneaux, qui hésite entre roman et gothique, le portail est roman mais les ogives de la nef annoncent le gothique.
Pique-nique dans un joli jardin public à l’arrière d’un ancien couvent. Le cloître est envahi d’une jungle d’herbes folles mais le parc est très bien tenu. Tulipiers énormes, châtaigniers, une pièce d’eau rectangulaire avec des nymphéas, une pergola sur la terrasse dominant le fleuve avec vue sur la cathédrale et le fameux pont Eiffel.
Nous passons le pont pour arriver au Portugal. Le temps s’est gâté, il tombe quelques gouttes.
Au Portugal, le long du Minho
Au Portugal, la route est pavée comme il se doit. La ville frontière est fortifiée avec des bastions dignes de Vauban. Nous sommes contentes de retrouver le Portugal, ses pavés, ses poulets aplatis, les églises peintes en blanc et les azulejos blancs et bleus. . Comme à chaque frontière, des magasins de spécialités locales bordent la route : textiles, vanneries et meubles de bois blanc. La route portugaise longe le fleuve de plus près, nous avons de belles échappées. Nous voulons nous arrêter dans un soi-disant parc naturel : coin pique-nique avec les barbecues dominicaux des portugais bien typiques attablés en famille.
A la plage, beaux rouleaux pour les surfeurs
Nous cherchons la plage que nous avions repérée du haut du Mte Tecla et nous y passons une agréable après midi. Avec notre parasol et nos coussins gonflables nous sommes confortablement installées. Le beau temps est revenu mais l’océan est bien agité. Beaux rouleaux pour les surfeurs ! On assiste à un cours de surf pour les enfants, un peu plus loin, les surfeurs expérimentés font de belles démonstrations. Je commence mon exploration à pied, dépasse la flèche de sable qui borde l’estuaire. la limite entre estuaire et océan est bien marquée : on voit des trains de vagues s’affronter de biais, puis l’eau se calme, la plage se creuse le long du fleuve, tout près du bord l’eau est profonde. Je préfère me baigner dans l’océan et jouer avec les vagues. Pour me sentir sécurisée, je choisis des compagnons de baignades raisonnables : une petite fille d’environ sept ans(pas d’incisives) et un couple d’âge certain . je fais face aux rouleaux sans les quitter des yeux pour élaborer une stratégie : me camper fermement quand l’écume blanche se déverse, présenter mon dos à la gifle de la vague qui explose ou sauter dans l’ondulation de celle qui n’a’ pas encore craqué. A la fin, je plonge sous la crête? Toute cette variété de vagues m’amuse. Elles sont plus puissantes qu’hier.
Nous rentrons par le ferry (3e09 et dix minutes de traversée.
Magnifique coucher de soleil qui traverse des barres nuageuses, ourle les nuages d’or et réapparaît juste avant de plonger sous l’horizon.
Lundi 21juillet Rosal, Moulins de Picon et Fulon
Inconnus dans les guides les Moulins de Picon et Fulon ! Nous évitons La Guardia en passant par la montagne . La route côtière de Baiona à La Guardia est droite sur un petit replat entre la montagne très abrupte recouverte d’un maquis touffu ou de forêts d’eucalyptus et de résineux.
Oia
Nous tournons donc à Oia et son monastère dans le creux de la route et son petit port. Des maisons s’étagent dans la colline. Finalement, Oia est un assez gros bourg, plus nous le traversons, plus nous remarquons les boutiques et même une petite usine cachée dans la forêt. Nous grimpons par une petite route très raide qui nous emmène à Sanxian (à prononcer, cela fait un peu chinois), hameau invisible de la route côtière. Encore des horreos, une petite chapelle, une fontaine très fraîche avec un grand bac de pierre qui ressemble à un lavoir, on a dû y écailler du poisson. Il est recouvert par une tonnelle de vigne qui se reflète dans l’eau, très jolie image. Un âne bâté avec une bizarre monture métallique est attaché devant des monceaux de fougères coupées et du foin. Les terrasses sont occupées par des jardins et des vignes, elles ont un air riant.
Rosal
Après un petit col occupé par un mirador, nous entrons dans la large vallée du Mino et dans le canton de Rosal. D’innombrables hameaux et domaines viticoles sont dispersés dans les collines. Les maisons sont recouvertes de tuiles romaines qui leur donnent un petit air de Charente. A chaque carrefour, un calvaire (cruceiro). Les calvaires sont tous différents. L’un d’eux représente un pèlerin de Saint Jacques de Compostelle avec son bâton, sa gourde et son chapeau.
Arrêt à Rosal. Hier, c’était la fête du vin : on remballe les barriques et les guinguettes.
Les Moulins de Picon et Fulon
La visite aux moulins est une des plus jolies promenades des vacances. Un circuit de 125 m de dénivelée, le long d’un petit ruisseau domestiqué dans un petit canal qui ressemble à une levada. Les moulins sont alignés le long de ce petit canal. Ils ont tous la même forme : un cube de guingois couvert d’un toit de tuiles. Certains sont ouverts : il reste la grosse meule et une espèce d’entonnoir carré pour le grain. Le plus extraordinaire c’est l’accumulation de ces moulins alignés le long de la pente en escalier. L’axe d’alignement se décale, la perspective est étonnante : 36 moulins dans la série de Foulon et 25 pour Picon.
J’imagine les paysans et leurs ânes qui montent leurs sacs de maïs à moudre. On peut imaginer toute une vie sociale. Les bavardages, les nouvelles qu’on s’échange entre les hameaux dispersés dans la montagne. Dans les dalles de granite du chemin, les traces des roues sont creusées. Sans doute des charrettes arrivaient par le haut de la colline.
Fortes femmes
Du côté de Picon, des femmes débroussaillent à la machine et à la faucille. Pantalon vert et T-shirt blanc, d’autres maçonnent, recouvrent les toits. Je suis à moitié étonnée. Nous avons rencontré des jardinières à Pazo de Oca et surtout les femmes qui ramassent le mazout. Ces espagnoles font des travaux de force. Un écriteau explique qu’il s’agit d’une association locale de femmes agissant pour la promotion des femmes. La promenade se termine dans une forêt d’eucalyptus où il y aussi de très vieux chênes lièges ?
Mirador do Corvo
Pour déjeuner nous choisissons un très bel endroit : le mirador Nino do Corvo. Pour y parvenir la route traverse des vignes et des bois de pin puis parvient au sommet d’une colline (340 m) dominant la vallée . la vue est extraordinaire : vers l’est , la vallée du Mino, es vignes, les petites maisons aux toits rouges dispersées dans la campagne, les îles vert foncé au milieu du fleuve argenté miroitant et reflétant un ciel bleu pâle. On devine au loin Tuy et le pont Eiffel. Au sud, les collines du Portugal, maisons et vignes ? Vers l’ouest : l’estuaire et ses flèches de sable, la mer bleu cobalt violent. Sur les collines, les nuages s’accumulent tandis que sur la mer, le ciel est comme lavé.
Plage Fluviale
Nous terminons l’après midi sur la « plage fluviale ». Quand je vais me baigner, je me rends compte que’ l’eau est douce à marée basse.
Magnifique coucher de soleil à l’hôtel, la mer est haute, très calme.
Mercredi 23 juillet : las Medulas
Traversée de la Galice
La Galice que nous traversons ressemble d’abord à une Bretagne accidentée : granite, forêts, genets, ajoncs et bruyères. Nous trouvons autour d’Ourense une vallée occupée par du vignoble. La route tortille ensuite dans des montagnes très arides dévastées par des incendies de forêts, les torrents forment des gorges. Nous sommes en moyenne montagne. Nous nous arrêtons pour le déjeuner sur le bord d’un petit lac de barrage dans un joli jardin public à Petin.
Dominique a trouvé dans Nelles las Medulas à 35km de la route principale. Allons nous nous rallonger comme à Pazo de Oca ?
Un pays minier
La route s’engage encore dans des montagnes : bonne surprise ! C’est la route de Ponferrada, donc pas de km supplémentaires ! Le long de la route : des carrières d’ardoise. Nous avons quitté le granite. Puis d’autres carrières, nous sommes en pays minier.
Sommets bizarres
Au loin, une montagne est coiffée de rouge-ocre : las Médulas ? Quand on s’approche, les sommets deviennent bizarres, ruiniformes, de petits pics pointus qui font penser à la Cappadoce. Sur le parking, un minibus est immatriculé à Angers, croyant avoir à faire avec un groupe de randonneurs organisés, je m’adresse à eux. Ils nous proposent de les accompagner. Ce sont simplement des touristes français en vacance chez leurs amis espagnols à Oviedo. C’est sympathique !
Châtaigniers
Nous traversons le village où on vend des châtaignes, du miel, des bocaux de cerises, des noix, les productions locales. Une maison est très fleurie : c’est une petite auberge, nous nous y arrêterions volontiers. Nous nous engageons par un sentier ombragé sous des châtaigniers spectaculaires, de très vieux arbres aux troncs énormes, torturés creux .Nelles les traite de « rabougris », c’est plutôt « têtards » qu’il faudrait employé, à la manière des saules. Les troncs creux sont souvent calcinés à l’intérieur. Peut être les incendies de forêts les ont ainsi modelés ?
Géologie
Nous nous approchons des pointes ocres. De près, je remarque de gros galets et des stratifications entrecroisées. Peut on parler de pouddingues ? Ou simplement d’une couche d’alluvions apportées par quel gigantesque torrent, en tout cas, cette accumulation d’alluvions explique le gisement aurifère. A quelle époque ce fleuve a-t il lessivé le granite et concentré l’or ?
Les mines d’Or des romains
Curieusement, la semaine dernière, le Monde avait consacré un article aux garimpeiros exploitant l’or du Brésil. Tout ce paysage ruiniforme n’est pas un « caprice » de la nature. Il résulte de l’exploitation humaine. Les Romains ont éventré la montagne. Ils ont creusé de profondes galeries sur plusieurs niveaux. L’érosion de l’eau a fait effondrer des pans entiers de la montagne creusée comme un gruyère. La hauteur de la couche rouge est de 145 m, au dessous, se trouvent les schistes paléozoïques. Les sédiments mal consolidés se sont effondrés en laissant des pics verticaux. Certaines galeries sont encore visitables, d’autres ont disparu, laissant des fontis, cloches et entonnoirs. Nous nous promenons dans les énormes cavernes, découvrons des couloirs.
Le petit musée m’apprend beaucoup de choses. De très jolies maquettes montrent l’aspect de la région avant l’exploitation romaine, puis pendant. Non loin d’ici, on a retrouvé un site romain, des habitations mais aussi les ateliers des fondeurs d’or et de fer. Il y avait également des mines de fer. Les châtaigniers et les noyers ont été introduits par les romains. D’après ce musée, l’extraction de l’or des Médulas représentait une très grande part de l’or de l’empire romain. Le lavage des sédiments dans des canaux et des auges de bois a aussi été représenté.
Du mirador Orellan, on découvre toute la région. Les pics et les murs ont un aspect fantastique. Près du mirador, une galerie se visite. On m’équipe d’un casque de chantier, d’une lampe électrique. Je débouche sur le vide.
Randonnée
Dominique rentre en voiture je me propose de descendre un sentier qui arrive à une fontaine et rejoint l’auberge par les bois. Le sentier est introuvable, je fais tout un circuit sur les crêtes par un chemin qui descend doucement offrant des points de vue dégagés sur toutes les crêtes et, dans le lointain, un petit lac de barrage.
Nous avons rendez vous à 8h30, et je ne dispose que d’une heure dix pour parcourir les 7 km . Dans les descentes, je cours et je suis très fière d’arriver à 8h25. Hélas, Dominique a déjà alerté les populations !
Notre jolie auberge
La petite auberge au jardin fleuri a trois chambres. La notre est mansardée, très jolie, toute jaune avec une salle de bains carrelée de blanc, impeccable. Le jardin est vraiment merveilleux. On y entre par une petite guérite de pierre au toit pointu d’ou un massif de clématite dégouline. Une petite allée pavée conduit à la terrasse dallée d’ardoises et occupée par de lourdes tables d’ardoise. Une tonnelle de passiflore donne de l’ombre. Deux gros hortensias à têtes roses encadrent les marches de l’estrade. Des petits murets délimitent les parterres. A gauche, un triangle d’herbe est entouré de rosiers, trois petits poivriers occupent le fond. A droite, les rosiers forment un cercle sur le pourtour, le milieu est planté d’arbres fruitiers. Au centre une pièce d’eau en forme de huit avec un petit pont de pierre, deux fontaines aux jets fantaisistes, l’un retombant en rond, l’autre ruisselant sur un bloc de quartz blanc. Partout des pots de pétunias. C’est le jardin le plus fantaisiste qui soit ! Nous y dînons tandis que le soir tombe, j’écris devant le jardin illuminé.