[i]Le site archéologique
temples[/i]
Il fait bien gris. Peut être est ce dommage de découvrir le site sous le mauvais temps. Dominique n’a pas envie de reprendre la voiture pour visiter les musées que les dames nous ont recommandés .Nous sommes les premières au guichet, on nous laisse entrer avant l’heure. Le site est à nous !
A trois minute à pied de la maison, sur le plateau de Marinella : trois temples E F G / Cette dénomination paraît un peu rébarbative, nos livres sont peu prolixes en renseignements.
Les fleurs font un décor coloré. Pâques est vraiment la plus belle saison pour les ruines archéologiques, nous pensons à Volubilis et à Paphos, l’an dernier. Même si le beau temps est loin d’être garanti le temple E, (celui d’Héra ?) est le plus complet, ses colonnes ont été relevées. C’est un grand temple dorique assez massif du Vème siècle de pierre jaune très érodé. Pas de décor, les métopes sont à Palerme. Les temples F et G sont des amas de ruines. Les deux colonnes du G attribué à Phébus Apollon) sont colossales.
Au début, difficile de retrouver les temples, d’imaginer leur silhouette. Nous sommes plus sensibles au paysage et aux fleurs.
Une jolie promenade d’une vingtaine de minutes nous mène à l‘Acropole. La silhouette du temple D se détache sur le ciel. Au lointain, des collines bleutées. Au bord de la mer très verte, les cubes jaunes, ocres, blancs du village de Marinella s’étagent au flanc de la colline.
Si le temps avait été plus ensoleillé, nous aurions pu nous arrêter, j’aurais aimé dessiner. Nous nous promettons de revenir par un meilleur jour faire des photos.
Acropole
L’Acropole n’est pas très haute, d’imposantes fortifications l’entourent. Dès notre arrivée sur le site, nous avons la bonne surprise de trouver de nombreux panneaux explicatifs qui animent notre visite. Le jeu de repérage que nous pratiquons toujours, nous amuse toujours autant. Il nous faut identifier 5 temples, la Stoa, les maisons carthaginoises, la grande forteresse au nord.
Je lis avec attention les notices. L’une explique l’évolution de la construction des temples doriques, d’abord à colonnes monolithiques puis à tambours. Les proportions changent avec l’écartement des colonnes .C’est affaire de spécialistes, mais cela aiguise le regard.
D’autres panneaux détaillent l’histoire de cette grande cité. 409, grande bataille contre Hannibal et les Carthaginois. J’essaie de grappiller quelques renseignements des guides cornaquant les groupes de touristes.
L’une d’elle raconte le culte de Baal dans une sorte de labyrinthe à ciel ouvert le Tophet. Une statue de Baal a les bras articulés. On déposait un enfant dans les mains du dieu, actionnées par un mécanisme qui précipitait l’enfant dans le vide. Des études dans la nécropole de Mozia montrent une anomalie, une proportion très basse d’enfants alors que la mortalité infantile était sans doute élevée. Cette observation s’est répétée dans l’étude d’autres sites puniques. Les études récentes des cendres des sacrifiés à Salambô en Tunisie montrent que les enfants sacrifiés étaient très jeunes, parfois des fœtus. L’hypothèse actuelle est que ces « sacrifices humains » seraient plutôt des dons d’enfants morts naturellement. Ce qui expliquerait l’absence d’enfants dans les nécropoles. Je suis contente d’entendre parler des Carthaginois qui semblent très présents dans cette région de la Sicile : à Erice nous avons vu les fondations des murailles, à Trapani, les Phéniciens introduisirent les maris salants. Invités inattendus dans nos vacances.
Malgré un ciel très menaçant nous continuons l’exploration du site en quittant l’acropole pour chercher le temple de Démeter ou le Malephoros.
Le sentier descend dans la vallée du petit fleuve Modione (ou Selinon) occupée par des roseaux. Un petit pont l’enjambe. Les hirondelles, très nombreuses volent au ras de l’eau et offrent un spectacle très animé. Le pont est gardé par deux gros chiens blancs. Le berger, abrité dans son 4x4 nous fait signe de passer. Le troupeau de moutons paît derrière le pont.
Nous découvrons un très joli petit site verdoyant adossé à une pente. Sur le panneau, on signale une fontaine que je cherche en suivant une petite rigole taillée dans les pierres antiques. Malheureusement, le nuage très noir crève. Quand nous rentrons à la maison, nous sommes trempées. Heureusement nous pouvons nous sécher et manger un repas chaud.
Après midi à Castelvetrano sous la pluie
Après midi à Castelvetrano : nous tournons longtemps dans les rues laides désertes et mouillées de cette petite ville. Au centre, une rue animée, un petit quartier piétonnier : une petite place le Vieux Palais, une belle fontaine de la nymphe. La Chiesa Madre a un très beau portail finement décoré. A l’avant du chœur, je remarque une sorte de rideau qui descend du plafond ajouré de sculptures de stucs, angelots blancs.
Le Musée civique de Castelvetrano est composé d’une salle unique bien présentée. L’attraction majeure est une petite sculpture de bronze originale : un ephèbe trouvé à Sélinunte. Autour, dans des vitrines, des céramiques grecques bien présentées. Anachronique mais très belle, une madone de Laurana en marbre très fin.
Nous tournons longtemps à la recherche de la petite église de la Trinité, en vain. Nous revenons à Selinunte avec un très joli paquet, beau papier, faveur dorée contenant de bons gâteaux : les croissants à la crème que Dominique attend depuis le début du séjour. Et des cannoli à la ricotta pour moi. Castelvetrano nous a laissé une mauvaise impression, petite ville mal fichue avec des quartiers pauvres très laids. Dominique la trouve déprimante.
A la Télé, la météo a annoncé beau temps le matin, pluie l’après midi. Nous nous levons très tôt pour arriver à 9h au débarcadère de l’île de Mozia. La pluie nous devance, devant Mozia d’énormes gouttes s’écrasent sur le pare-brise.
Marsala
Nous allons au Musée archéologique de Marsala installé dans une ancienne cave à vin: le Baglio Anselmi, face à la mer. Les salles, très vastes, ont des plafonds en ogive, un peu comme la coque d’un navire inversé. La première salle est consacrée aux fouilles locales à Marsala et à Mozia. Beaucoup de "pots cassés" comme dirait Dominique. Le plus intéressant réside dans les explications, bonne introduction à la visite de la ville phénicienne . Difficile de tout assimiler, j’aurais dû prendre des notes. Je retiens quelques bribes : le nom de la roche jaune et friable pleine de fossiles de coquillage : calcarénite. Aussi l’appareil caractéristique des maisons puniques avec leurs longs blocs levés verticalement comblés par des moellons plus petits .La deuxième salle contient une galère carthaginoise presqu’entière, dans un très beau décor d’amphores de toutes provenances. Cylindriques, venant de Tunisie, plus arrondies, les Grecques, venant de Turquie, d’Espagne, de Gaule …Dans une vitrines, des anses cassées, cela paraît anodin. En regardant mieux, on voit imprimé, le sceau, la provenance, une mine d’information pour les archéologues. Cela fait rêver
Route du Sel…
L’averse a cessé. Nous retournons L sur la Route du Sel sous le ciel bleu. A la sortie de Marsala, un joli port de pêche, plein de petites barques multicolores. Les salines sont bien entretenues, entre les bassins les petites levées sont soignées construites avec de jolis blocs de pierre es tas de sel sont recouverts de tuile, les moulins ont gardé leurs ailes.
Mozia
Nous embarquons pour Mozia devant un beau moulin dans une vedette blanche qui s’engage dans un chenal avant une courte traversée de 5minutes.
Au temps des Phéniciens la ville était reliée au continent par une digue pavée. Le niveau de la mer était plus bas de 50 cm, la grande île de Stagone était une presque île. Mozia était une île au milieu d’un golfe fermé. Pour protéger la ville, la situation insulaire n’était pas suffisante. Tout le pourtour était fortifié d’une épaisse muraille renforcée par de nombreuses tours. Les envahisseurs étaient les Grecs de Syracuse (397 av JC).
Nous négligeons le petit musée pour profiter de l’embellie et parcourons l’île sous un soleil radieux. De nombreux plans et panneaux sont à la disposition des visiteurs. Les fouilles ne sont pas mises en scène pour les touristes. Nous traversons l’île par une belle allée de vieux oliviers et découvrons par hasard le site au nom énigmatique de Cappidazu .les fouilles sont protégées par des tôles et des toiles, les explications sont plutôt destinées aux spécialistes. Nous ne devinons pas ce qui pouvait bien se passer au Cappidazu. Les anthémis jaunes, les épais trèfles aux inflorescences énormes presque des grappes, les chardons bleus, les fenouils fleuris avec leurs grosses boules, jaune acide forment un tapis coloré.
Nous aurons plus de chance à la « cité industrielle » quartier des potiers, des teinturiers et des tanneurs situé à l’extérieur de la ville pour ne pas polluer de leurs fumées et de leurs odeurs les quartiers résidentiels (on pense à Fès ou à Marrakech). Dominique trouve une très belle coquille qu’elle me donne : un murex. Peut être a t il servi à teindre les étoffes de pourpre ? Sans le vouloir, nous ramassons un petit fragment de l’histoire de Mozia.
Nous parvenons à la Porte Nord. On reconnaît bien les tours de garde, la poterne et les traces de roues dans la dalle calcaire.
Dominique se prend au jeu du repérage mais s’intéresse moyennement aux explications historiques. Nous commençons à nous sentir moins désorientées. Nous suivons un sentier côtier trouvons une curieuse nécropole avec de petites urnes de pierre rectangulaires avec leurs couvercles, noyées dans les fleurs pas de stèles, elles sont au Musée.
Le Tophet, lieu de culte et des sacrifices d’animaux et d’enfants gardera ses secrets.
Nous trouvons un joli endroit pour manger de délicieux arancine aux épinards et à la ricotta.
Enfin, nous arrivons au Cothon, petit bassin rectangulaire relié à la mer par un chenal du côté de la porte sud. D’après nos sources il servait de débarquement des marchandises, le chenal peu profond ne laissant entrer que de petites barques. Pourtant la galère de Marsala était de bonne taille.
Devant la maison des mosaïques, nous avons ramassé de l’aloès. La tempête de vendredi a fait des dégâts de magnifiques pins sont déracinés et les aloès décapités.
Le Musée ouvre en principe à 15h, mais comme nous sommes les seules visiteuses on nous laisse entrer avant>. A l’entrée se trouve l’Ephèbe de marbre que je connais déjà par la lecture de Fernandez. Il imagine qu’il s’agit d’un androgyne à cause de sa robe légère plissée féminine. Les ephébes étaient représentés nus et les femmes habillées. Dans les autres salles beaucoup de « pots cassés ». Plus intéressantes :les stèles qui montrent des personnages originaux très différents des Grecs avec des coiffures plutôt égyptiennes A côté de ce musée moderne, les collections Whitaker . Le personnage de Whitaker fait penser à Schliemann.
Nous quittons Mozia sous une pluie battante, le retour se fait par les itinéraires connus sous un ciel bien gris.
Au réveil, le ciel est bleu, déjà à 8h30, des nuages se bousculent sur les montagnes. De chaque côté de l’autoroute, les blés verts ondulent comme les vagues d’une mer verte. Dominique se cramponne au volant se la Punto. Ces autoroutes sur pilotis offrent un paysage magnifique sur les collines mais les rafales y sont dangereuses. A la fourchette nous prenons la direction de Trapani et découvrons Ségeste après un long tunnel.
Ségeste
Le temple perché sur un petit plateau encadré par des falaises et des pentes boisées apparaît de loin dans sa splendeur.
Nous grimpons un chemin pentu bordé d’agaves. Le soleil éclaire la pierre blonde. Le temple est entier, intact ; Construit en 408 il est inachevé, pas de toit ni de dallage. Comment s’est il si bien conservé ? A l’arrière une petite rivière a creusé un canon dans le calcaire blanc. Le site est splendide.
Des cars déversent des écoliers coiffés de casquettes rouges. Nous avons profité du calme des premières minutes du matin.
Pour parvenir au théâtre, il faut monter une vingtaine de minutes. Des cars bleus assurent la navette sur une route en lacets. Ce n’est pas très agréable de marcher sur une route. Heureusement nous trouvons des raccourcis dans les fleurs ? Au premier tournant, le Temple apparaît derrière un massif d’anthémis jaune éclatant taches bleues et oranges des soucis. Je ne peux pas résister à prendre photo sur photo. Plus nous montons, plus les fleurs se diversifient. Jolie image que celle d’un troupeau de moutons sur cette pente fleurie.
Au sommet du Monte Barbaro des ruines plus récentes : les fondation d’une mosquée rectangulaire et un fort normand. Le théâtre grec curieusement ne s’adosse pas à la colline mais il est complètement construit. Il paraît tout petit et pourtant contient 4000 spectateurs. Comme à Epidaure, il s’intègre dans le paysage de montagnes splendides. Une rénovation récente, (2001) a relevé tous les gradins ? Nous ne profiterons pas du calme longtemps .les scolaires remplissent les gradins, se photographient. Finalement, dans un théâtre, des spectateurs, rien que de très normal !
A mi pente, un peintre a installé son chevalet, il porte u béret et des gants.
Autour de la ville basse, nous observons les fortifications antiques et même un tas de boulet destiné aux catapultes.
Calatafimi
Calatafimi, perchée sur une colline, étagée en cubes multicolores, ocre, jaune, gris, est une très jolie ville . rien de spécial à visiter « les églises sont fermées » dit la dame du bar qui nous réchauffe deux panini au jambon. Nous montons au château normand par une belle rampe pavée de galets. Nous déjeunons à l’abri du vent de petits pains de sésame encore chauds et e canoli à la ricotta cadeau ainsi que de petits croissants feuilletés achetés au poids (8euros/kg) emballés dans un papier vert ressemblant à un papier cadeau .
En route vers Salemi
Quitter Calatafimi est toute une aventure ! Les rues étroites sont à sens unique. On se perd le sens de l’orientation dans les épingles à cheveux, nous ne savons plus quelle direction prendre à la sortie du village. LES panneaux n’indiquent que Palerme ou Trapani, les deux directions à éviter, Salémi n’est pas fléchée. Nous arrivons dans une sorte de ville fantôme – ville dortoir- invisible sur la carte, sans doute un quartier neuf de Calatafimi à l’étroit sur sa butte. Retour en arrière sur une route en zigzag qui traverse une très belle campagne plantée de vignes .pas une voiture, pas un village. Une belle montagne pointue ressemble à la butte d’Erice. Allons nous parvenir à Trapani ? Les maisons sont très rares dans les vignes, tout juste une remise pour les outils. Un groupe de maison mérite bien la photo.
Nous aboutissons à la voie ferrée, un groupe de maisons crépies de rouge foncé ressemble à une coopérative vinicole.
Nous demandons à un homme « où sommes nous ? » « Stazione de Alcamo «. Je lui tends la carte, je ne suis pas sûre qu’il sache lire, il cherche beaucoup trop au sud, vers Castelvetrano. « Pour arriver à Salémi, prendre à droite la route en haut là-bas, puis encore à droite jusqu’à Gallitello" ». Il me prend par le bras pour me montrer la route qui court au dessus de l’autoroute. A mes pieds un adorable chiot marron glacé me mordille le pied, tout dodu . Je le soulève pour le caresser. Il avait raison, la S119 reliant Alcamo à Castelvetrano passe dans les blés à perte de vue.
Les ruines de Gibellina
Les ruines de Gibellina sont fléchées en marron comme tous les sites touristiques. La route tortille, franchit un petit col, on se croirait en montagne (Gibellina viendrait il de djebel ?)Nous arrivons dans un véritable désert. Gibellina a été anéantie par le séisme de 1968, il ne reste plus une maison debout. Les décombres ont été « vitrifiées », cimentées dans des dalles de béton. La colline porte ces écailles blanches comme une carapace de tortue.
Drôle d’endroit pour du tourisme, voyeurisme du malheur. Cette chape de béton, énorme monument aux morts du sinistre a été conçue par un artiste plasticien. Toute curiosité paraît déplacée.
Partanna
Nous renonçons à visiter Salémi qui rallongerait la route et trouvons un raccourci passant par Partanna que nous traversons à l’heure de la sieste, donc vide .la Chiesa Madre est ouverte, baroque . L’orgue de bois sculpté est beau ainsi que le plafond. Deux chapelles sont kitsch : angelots et religieux grimpent au plafond. Par chance, nous, trouvons facilement la via Selinunte qui nous ramène directement sans passer par Castelvetrano, la honnie.
La Réserve de Belice
La réserve du Fiume Belice se trouve à quelques centaines de mètres du port. Une guérite de planche fermée en garde l’entrée, la route est barrée aux autos. Nous sommes un peu déçues, nous nous attendions à l’équivalent de Zingaro avec des promenades balisées et des panneaux explicatifs. Une belle plage de sable brun orangé est bordée d’une petite dune et d’une pinède. A l’extrémité de la plage, un restaurant, pavillon de bois carré, des tables recouvertes de nappes bleues en terrasse. On dirait une taverne grecque.
La plage est vide, il y a seulement une famille de Hollandais. Le vent a construit de jolies petites rides sur le sable sec. Le ciel est nettoyé de ses nuages. Je fais ma promenade rituelle le long de la plage au bord de l’eau, pieds nus dans le sable sec, le sable mouillé est trop froid. Le vent d’Ouest dans mon dos me pousse, je redoute le retour face au vent.
Comme tous les soirs, vers 7 heures nous envoyons nos SMS. C’est un nouveau jeu qui m’amuse : résumer la journée en moins de 160 caractères. C’est aussi un jeu de hasard. Pile, Maman répond, face non. Le message d’hier sur les Phéniciens a eu une réponse immédiate. Avant le départ, Papa m’avait demandé si nous allions chez les Grecs ou chez les Phéniciens.
soirée télé
Le soir, je m’installe devant la télé pour guetter la météo sur RAI3. J’écoute distraitement les infos en écrivant. C'’st l’affaire des otages italiens qui occupe la majeure partie du journal, ainsi que le retrait des troupes espagnoles d’Irak ? C’est amusant de comparer le traitement de l’information avec le journal télévisé français. La télé française insiste sur les pertes américaines et les actions de rébellion irakienne. La RAI montre beaucoup d’images de revues militaires, les soldats italiens, américains ? On voit peu les irakiens. De la politique française, pas un mot. Seule info de France, la rénovation de Pigalle.
Dominique fait griller des courgettes à l’huile avec de fines tranches de veau.
La météo a enfin promis un beau jour que nous passerons dans « notre » site de Sélinunte.
A 8h, j’achète chez « notre » épicier deux panini, la bouchère, dans la boutique d’ à côté, tranche du salami et du fromage « per fare degli panini ».
les temples
A 9h, nous sommes les premières pour photographier le temple E. Les coquelicots explosent après la pluie. Un corbeau rigolo essaie de faire entrer un grand morceau de sopalin dans un trou. J’aimerais bien cadrer les colonnes écroulées du temple F avec les tambours décalés. Sans premier plan, ce n’est que de la pierraille. Quant à l’énorme G, le chaos est indescriptible, la taille des blocs, énorme. L’unique colonne fait plutôt penser à une cheminée d’usine. J’essaie de comparer ses dimensions à celles des colonnes de Karnak (les plus grosses que je connaisse). Elle semble monstrueuse au milieu de la montagne de blocs. Quel séisme a fait tout écrouler N ? S’est il effondré seul sous son propre poids ?
De l'autre côté du fleuve Modione
Nous négligeons l’Acropole, étudiée en détail dimanche, et allons droit au Melophoros de l’autre côté du fleuve Modione. La promenade est toujours aussi agréable. La mer a pris une jolie teinte turquoise. Passant le fleuve, au dessus des roseaux, nous ne retrouvons pas les hirondelles. Elles rasaient l’eau sous la pluie. Par beau temps elles se sont dispersées ? Les moutons ne sont pas au rendez vous non plus.
Sous le soleil, le sanctuaire de Mélophoros ne correspond pas à l’image que je m’en étais faite. L’herbe me semblait plus verte, plus drue. Dans mon souvenir, l’endroit était frais, humide, plus verdoyant.
Je m’installe pour dessiner tandis que Dominique explore le site méthodiquement. Le petit édifice de 4 colonnes que j’avais pris pour le temple, n’en est que les propylées. Le temple est situé derrière, très différent de ceux de l’Acropole : rectangulaire fermé par des murs, sans colonnade. La notice parle de mégaron. Bien conservés, ses murs sont hauts. Sur le dallage : deux demi cercles, empreinte de la lourde porte. Dominique découvre un enclos avec des pierres levées, des stèles et des urnes. Une nécropole ?Autant que les vestiges, je dessine le paysage de collines molles plantées d’oliveraies bien entretenues, rangées d’arbres régulières et aussi de rases prairies. Du côté de l’Acropole des lentisques et autres buissons .le long du chemin, un vieux tamaris et une rangée de roseaux. Brusquement, le troupeau envahit le site. Dominique a l’Olympus. Encore une photo spectaculaire ratée ! J’essaie de dessiner les moutons. Dominique a découvert la fontaine que j’avais cherchée Dimanche et un autre site envahi par les herbes.
Déjeuner à l'Acropole
Pour déjeuner, nous remontons une belle allée de cyprès le long d’une vigne qui monte à l’Acropole. Nous nous installons sur la muraille qui encercle la ville. Nous entrons ensuite par une rue perpendiculaire à la rue principale. Ce « quartier » est envahi de lentisques. Nous reconnaissons les maisons, les boutiques. La ville nous semble familière. Nous remontons la rue principale,- remarquons les trottoirs, les façades - jusqu’à la porte Nord et à la forteresse de trois étages.
Nous continuons hors de la ville sur un plateau. Des terrassiers armés de pioches font des fouilles au loin.
Nous rentrons à 4 heures à la maison avec des coups de soleil.
Nous espérons trouver le marchand de poissons sur le port. Les bateaux de pêche sont sortis par ce beau temps, trois rentrent sous nos yeux. Mais toujours pas de poisson !
La Réserve de Belice
A la recherche d’une nouvelle plage, nous entrons par l’entrée Est de la Réserve de Belice à l’arrière de la dune. Des chemins de planches dans les roseaux rejoignent la plage et l’embouchure du fleuve Belice. Ils sont en bien mauvais état, par endroit, les planches ont été enlevées et même les poteaux brûlés (malveillance ?) Cette Réserve est bien petite et peu organisée. Elle est nécessaire pour contenir la pression des promoteurs. Au bout de la plage, un hôtel énorme se vante de la proximité de la réserve ; du côté de Sélinunte on a construit un lotissement de petits cubes de ciment, tous pareils, serrés au bord du marais, et il y a encore d’autres chantiers…
Dominique rebrousse chemin sur les planches, je la retrouverai à notre endroit sur la plage près du restaurant. Comme il fait beaucoup plus chaud, je peux marcher dans l’eau jusqu’à mi mollets.
Sciacca est une ville en pente!
Sciacca est une ville en pente ! Nous descendons au port, très actif. Il y a, en fait, trois ports : un port de pêche pour les petits bateaux, un port de plaisance, petit, un dernier pour les gros bateaux. Les digues avancent dans la mer en dessinant des triangles. L’eau est d’un bleu magnifique, lisse. Le ciel, sans nuages. C’est une belle journée !
Contrairement à nos supputations, le centre-ville est situé en hauteur. Nous remontons par des rampes contournant la ville, arrivons à l’établissement thermal et finalement trouvons une place de parking sur la Plazza Triscia.
Malheureusement, les itinéraires des guides partent des portes de la vieille ville. Nous nous dirigeons au hasard, remontons des ruelles très raides entre des maisons hautes de deux ou trois étages. Les voitures ne peuvent pas passer ! Comme il fait beau, nous apprécions cette promenade. Sauf qu’il était complètement inutile de grimper ainsi. Les édifices remarquables sont construits en enfilade sur une même rue au niveau de la place où est garée la voiture.
monuments gothiques et baroques
Nous trouvons la Porte de Palerme, puis la Porte del Salvator, arcs de triomphe, en face la Chiesa Santa Margherita et la Chiesa del Carmine. La première est un musée baroque avec un orgue peint extrêmement travaillé, des fresques et des angelots de stuc sur des nuages qui s’empilent. La façade de Santa Margherita est beaucoup plus sobre avec son porche gothique catalan. Sur le côté, un poche de marbre de Laurana. J’ai découvert ce sculpteur au palazzo Abatellis. Malheureusement sur le crépi crème, le marbre blanc ne se détache pas assez.
L’autre église del Carmine a une façade bizarre. Sur l’abbaye normande en pierre blanche très simple, décorée d’une jolie rosace, on a plaqué la moitié dune lourde colonnade baroque de pierre grise. La façade n’a pas l’air terminée. A t on changé d’avis ? L’a t on démontée plus tard ?
Sur la même rue, le Palazzo Steripinto avec sadécoration en pointe de diamant et ses fenêtres gothiques puis l’escalier gothique dans une cour. Nous suivons les indications des guides comme un jeu de piste.
Tout est plus accueillant quand il fait beau
Rien d’extraordinaire, la ville sous le soleil est vivante, les boutiques sont jolie. Les retraités sont assis sur les bancs de la place. Tout est plus accueillant quand il fait beau ! L’odeur de la fleur d’oranger nous fait sursauter. Depuis Trappeto, nous n’avons plus vu d’orangeraies, des vignes, du blé mais pas d’agrume dans les alentours de Sélinunte .L’oranger en fleur est planté dans un petit jardin public avec une fontaine blanche, quelques palmiers où nous nous reposons pour une courte pause. Dominique cueille deux fleurs, les étamines sont dures, le stigmate collant, le parfum très fort.
Majolique
La majolique est la spécialité de Sciacca. De nombreuses boutiques proposent des assiettes décorées de grenades ou de citrons, des vases et autres céramiques. Curieusement un motif répandu est le portrait de Soliman le Magnifique ( ?) Nous aimerions rapporter à la maison des coquetiers et des cadeaux pour nos parents. Nous entrons dans une échoppe qui est aussi l’atelier du céramiste. Celui ci est jeune et parle français. Il emballe avec soin la marchandise fragile et insiste : « les plats doivent servir. Ils sont faits pour être utilisés et pas seulement pour décorer. »
château enchanté
Midi moins cinq - il reste peu de temps pour arriver au jardin du Château Enchanté. Le gardien, très aimable nous laisse entrer. Au flanc de la colline, le verger d’olivier a été aménagé avec des murettes de briques rouges très incongrues. Les herbes folles ont été coupées. Les têtes alignées font penser aux monstres de la Villa Palagonia. C’est uniquement l’accumulation de sculpture qui fait l’originalité de l'oeuvre. « Individuellement » les têtes seraient affreuses Le plus horrible : les agglomérations de têtes cimentées qui sortent d’un magma sont une vision infernale que Dominique refuse même de regarder.
Vers l'intérieur : route de Caltabelotta
La route de Caltabellotta est spectaculaire. Elle grimpe dans la montagne, très verte en cette saison, couverte de blé. Comment cultive t on sur de pareilles pentes ? Dans les herbages, en altitude, nous rencontrons nos premières vaches siciliennes. A droite, la mer, d’un bleu profond est bordée par une large bande turquoise ? Aux heures chaudes, une brume estompe l’horizon qui grisaille les couleurs : l’ennemie des photographe !
Une caravane de cycliste pédale vaillament : des touristes allemands ou hollandais, souvent à l’âge de la retraite. Ils ne semblent pas peiner malgré le dénivelé (950 m pour 18 km). Comme toujours, en Sicile, impossible d’arrêter la voiture. Aucune aire panoramique n’est aménagée. Dommage pour Dominique qui ne peut pas relâcher son attention de la conduite pour profiter de la vue.
Bien qu’on n’ait pas dépassé 1000m, le paysage est celui de la haute montagne : herbages et buissons d’euphorbes, petits pics rocheux comme des chicots. Me rappelant la route entre le Dévoluy et Valence. A l’entrée de Caltabellotta des cavités sont creusées dans une falaise, on dirait un pigeonnier cappadocien. Ce sont les nécropoles sicanes, les premiers occupants de la Sicile.
Caltabelotta
Caltabellota surgit au dernier moment, blottie sous trois éperons rocheux. Les maisons sont tassées les unes contre les autres. Les toits de tuile s’enchevêtrent. Je pense à Moulay Idriss et à ses deux collines avec la différence qu’au Maroc les maisons étaient d’un blanc éclatant tandis qu’ici elles forment un camaïeu beige rosé, ocre et jaune.
Je descends de voiture pour prendre photo sur photo. La route dépasse un plateau herbu où est plantée une grande croix qui s’avance dans le vide ? En face : les reste d’une construction gothique, normande sans doute. Après bien des lacets, nous parvenons sur une esplanade ? Il faut continuer à pied et grimper les marches herbues pour atteindre une petite église San Pellegrino : portail baroque délicat avec d’étranges nymphes nues. Accolé, un bâtiment plus fruste, tout en longueur, avec des ouvertures régulières est adossé à la montagne. Il me fait penser à ces monastères grecs inaccessibles qu’on ravitaille avec des paniers suspendus à de longues cordes ? Est ce un monastère ou le château où se réfugia Sibylle, femme de Tancrède de Hauteville à la suite de la guerre entre Souabes et Angevins déclenché par les Vêpres siciliennes ? Dans ce château, en 1302, le traité de paix fut signé. Lequel est le château ? Peut être les ruines près de la croix ?
Nous pique-niquons au pied de la croix pour jouir d’un panorama à 360 °
Au dessus du village, à la base de chacun des énormes cônes rocheux, une église. L’une d’elle, très petite presque miniature a un joli petit clocher ? Comment y parvenir ? Aucune route ne semble y conduire .Sans doute des escaliers.
De l’autre côté de Caltabellotta, symétriquement sur un autre plateau vert, la massive silhouette de la Chiesa Madre, abbaye normande de pierres blanches domine une vaste place. Plus bas, encore une église, encore au dessous, un massif couvent baroque.
Sur le plateau de La Chiesa Madre, rencontre insolite : des chèvres sont juchées sur un rocher. Un vieillard à la longue chevelure blanche, à la silhouette cassée s’appuie sur un curieux bâton au pommeau rouge vif bariolé entouré bizarrement de chiffons. Le chevrier ? Non, il se dirige vers l’église. Comme je lui demande si l’église est fermée, il lève la main d’un geste d’impuissance sans me répondre et détourne la tête .On dirait un pèlerin qui a fait vœu de silence jusqu’à la fin de son ascension.
Dans la ville, des panneaux destinés aux touristes expliquent que Caltabellotta fut peuplée depuis plus de 6000ans /les nécropoles sicanes sont les premières que nous voyons. Caltabellotta fut le siège de nombreux mouvements de résistance : les guerres Serviles sous les Romains, les Angevins et Souabes, et jusqu’à la 2ème guerre mondiale. Un adjectif peut résumer sa position géographique INEXPUGNABLE !
courses au rayon salumeria
Avant de rentrer à Sélinunte : courses au supermarché de Menfi. J’étais tentée par des tomates confites au rayon fromages et salumeria. Le supermarché vient d’ouvrir, je suis la troisième dans la queue La première, une dame, prétend acheter du parmesan en promotion, c’est du Grana, cela ne lui convient pas. Elle demande à goûter les deux qualités, choisit, puis demande à ce qu’on lui râpe le morceau bien choisi. Le monsieur suivant examine longtemps les salamis puis préfère la saucisse sèche enroulée sur un bâton suspendu au dessus du comptoir. Au bout de dix minutes, je renonce à mes tomates. Si chacun goûte, discute avant d’acheter cela risque de prendre des heures. Ce doit être la coutume : dans notre supérette de Sélinunte, des touristes n’arrivent pas à se décider. La vendeuse leur propose d’essayer les différentes variétés de fromages siciliens. Quand je commande les tomates confites fourrées qui restent, elle me dit d’attendre d’en préparer des fraîches. Celles du comptoirs son d’hier. La marchande les roule sous mes yeux et me donne la recette. Pecorino râpé (je mettrai du parmesan, plus facile à trouver à Créteil) chapelure, ail persil, piment séché. Mélanger le tout avec un peu d’huile d’olive et fourrer les tomates ou les olives dénoyautées.
En 1997, à Sorrente faire ses courses à l’épicerie était une expérience folklorique. La marchande allait chercher les marchandises perchées dans les rayons, café ou sucre invisible par le client. Aucun prix affiché. L’addition, une mauvaise surprise ? La seconde fois, j’avais protesté « Je ne suis pas américaine, je suis française et vos prix sont exagérés ! Après cela nous sommes devenues amies, elle avait réduit de moitié ses prétentions et m’avais sonné des conseils de visites et signalé les événements intéressants et les processions. Maintenant, c’est fini. Les prix sont affichés. Est ce l’Union Européennes ou Berlusconi, ou le modernisme ? L’addition est électronique. On vous inflige le scontrino. Si j’oublie de le prendre je me fais rappeler à l’ordre. Le règne du ticket de caisse a t il remplacé l’arbitraire ? Rien n’est moins sûr. Le panino qui coûtait 0.40 c hier est descendu à 20 c ce matin. A la pâtisserie c’est encore plus bizarre : la caisse facture 1.60 euros, le vendeur annonce 1.50E. Croyant avoir mal compris, je tends 2 euros. Il me rend 50 centimes. Pourquoi ce cadeau à moi, la cliente de passage ?
A la plage
Nous terminons cette belle journée à la grande plage de la Réserve. Le restaurant « la Pineta » organise sa plage privée : parasols, lits pliants mais aussi chemin de dalles en plastique. On peut aller bronzer à la plage sans se salir avec le sable !
Dominique s’installe dans la dune. Je recommence ma promenade favorite à la limite des vagues. Comme je suis en short, je me mouille jusque aux genoux. On se croirait en été.
De retour à la maison, le telefonino a disparu. Course à la plage à la nuit tombante, je suis nos empreintes, retrouve l’endroit et même les pétales de la fleur d’oranger cueillie à Sciacca, mais c’est tout. Dominique va au supermarché. Toujours pas de téléphone. Il était au fond du sac. Cela m’a tellement contrariée que j’en ai perdu l’appétit. Incapable d’avaler une miette de l’espadon.
Lungo mare
La pluie a laissé sur la voiture de vilaines taches de poussière. Quand nous arrivons à Mazzara del Vallo, le temps est couvert. Nous laissons la voiture sur le Lungomare Mazzini qui est une jolie promenade plantée de platanes qu’on est en train d’élaguer sur le bord de la mer ; sur l’autre trottoir, des ficus et des palmiers donnent un air exotique.
L’Arco Romano est un vestige normand ! Un mur percé d’une belle porte gothique se trouve dans un jardin avec un bassin où nagent d’énormes poissons rouges. Rien d’autre ne subsiste du château du XIème siècle.
Duomo
Le Duomo avec sa coupole vernissée se trouve à proximité. A l’entrée, le bas-relief du roi Roger Ier terrassant un sarrasin figurera dans l’album à titre historique. Je n’aime pas du tout ces chevaliers qui piétinent les Maures comme Saint Jacques de Compostelle. L’intérieur de la cathédrale est très, très décoré, très très baroque. Je la trouve belle. Elle n’a pas la magnificence des incrustations de marbre de Santa Catarina ou de l’Annunziata de Trapani. Le plafond est entièrement peint de jolies fresques pastel J’oublie que je suis dans une église. Au fond du chœur, des statues de marbre blanc se détachent sur une sorte de rocher brun formant une composition. Si on pouvait s’approcher, je serais peut être sensible aux travaux de Gagini que j’ai apprécié à Palerme. Sur ce fond qui ressemble au papier kraft de certaines crèches, l’ensemble de la composition est plutôt incongru. . Au dessus du chœur, un baldaquin marron est décoré d’angelots de stucs très réussis, très baroque, très kitsch qui m’amuse.
la kasbah
Dominique se faisait une fête de se promener dans les ruelles de la kasbah. Nos guides étaient très prometteurs « des enfants interpellant les passants en arabe, des vieux fumant le narguilé … » Un petit voyage, en raccourci dans la Tunisie toute proche…Ce matin, il fait frais, les vieux n’ont pas envie de sortir leur chaise pour fumer dehors, les enfants sont à l’école. Deux femmes voilées sortent prestement, un cabas à la main. Rien de bien exceptionnel ! Dominique est déçue. Il aurait suffi d’un peu de soleil pour que la rue soit animée .Les ruelles ne sont pas bien différentes de celles de Sciacca ou de Trapani : murs beiges, jaunes, linge aux fenêtres. Parfois un balcon soutenu par des volutes baroques, avec une ferronnerie renflée pour les élégantes et leurs robes à panier, parfois un mur décoré en pointe de diamant, une belle porte…
La Piazza Santa Veneranda est calme. Assises sur les marches de la Chiesa S Veneranda nous levons les yeux dé découvrons un de ces balcons renflés qui paraît déplacé à la façade d’une église. Quelle élégante viendra se pavaner là ?
Nous nous dirigeons vers le fleuve pour voir le port. Et passons devant la Chiesa San Nicolo Regale : église cubique avec une coupole, plus grecque que normande. A l’arrière, l’abside forme de gros cylindres un peu comme en Croatie.
Musée du Satire
Le Musée du Satire est ouvert depuis peu (2003) dans une belle église à la façade très sobre. La statue est installée dans une enceinte noire, seule sur un piédestal. C’est une belle statue de bronze. Dans le reste du Musée des objets ayant un rapport avec la mer et l’archéologie marine sont très bien présentés dans des vitrines accompagnées de panneaux explicatifs très intéressants commentant le commerce en Méditerranée. En exergue : une citation de Braudel. Une vidéo raconte la découverte et la restauration du Satire. Tout le Musée est conçu pour mettre en valeur une seule statue. Plus je la regarde, plus je la trouve belle, si attachante que j’ai du mal à quitter le musée. C’est un éphèbe dansant en extase, comparé à un derviche tourneur. Son visage est tourné vers le ciel, ses cheveux aux longues mèches sont entraînés dans le mouvement tournant. Tout suggère le mouvement. Le bronze, patiné en mer a un aspect irréel. Après cette visite, nous rentrons au gîte. Pas envie de voir d’autres images qui brouilleraient celle de la statue.
Déjeuner à la maison, espadon et épinards (avec du parmesan, c’est encore meilleur).
Cave di Cusa
La pluie nous a laissé un répit d’une bonne heure pour visiter les Cave di Cusa, carrière près de Campobello d’ou a été extrait le tuf des temples de Selinunte. Les colonnes les plus anciennes monolithes font penser à l’obélisque inachevé d’Assouan .Promenade agréable dans un site agreste au milieu des vergers d’oliviers. je suis impressionnée par le soin apporté aux oliveraies impeccables : pas de mauvaises herbes taille d’oliviers petits, irrigation au goutte à goutte :les oliviers portent un collier de caoutchouc noir . Je m’étonne : irriguer des oliviers alors qu’ils poussent depuis des temps immémoriaux dans ce climat méditerranéen ! Le site est planté d’amandiers, de caroubiers et de chênes verts. Des graminées portent de gros épis barbus. Les coquelicots rouges tranchent sur le vert. De l’ail aux délicates inflorescences blanches. Promenade romantique : les tambours gisent sous les arbres, abandonnés. D’autres sont encore en place dans les profondes entailles circulaires.
Mauvais temps.
Dernières photos sur le port de Marinella de Selinunte.
Nous connaissons le trajet sur l’autoroute vers Palerme, sous la pluie, rien à ajouter. Nous quittons l’autoroute à Alcamo pour la SS113 jusqu’à Partinico puis la S186 par Monreale. Nous arrivons à Palerme par la via Calatafimi toujours aussi encombrée, la circulation est toujours aussi infernale. Les voitures font toujours n’importe quoi. Une voiture grille un feu, se repent et recule en pleine circulation manquant une moto juste derrière. Une autre s’arrête en pleine circulation, le chauffeur prend tout son temps pour choisir ses tomates …
Catacombes des Capuccini
Les Catacombes des Capuccini sont situées à côté du cimetière. Le gardien du parking nous trouve une place. Je lui donne un Euro. Il a l’air content. La voiture sera bien gardée. Heureusement : toutes nos affaires sont dans le coffre. A l’entrée des catacombes, pas de billetterie mais l « offrande » est tarifée : 1.5€ par personne. Un vieux moine en robe de bure encaisse. Des panneaux incitent au respect « lieu sacré ». Par un couloir puis un escalier nous arrivons à une porte vitrée : nous voici dans le domaine des morts. Si nous étions seules ce serait plutôt terrifiant. Des groupes de touristes parlent à haute voix, rient même très fort. Ce manque de respect aux défunts est choquant mais tempère l’aspect macabre de la visite. Debout, alignés sur plusieurs étages, dans des alvéoles verticales ou arrondies en haut, ou couchés dans des loges horizontales, certains dans des cercueils ouverts. En rang habillés de leurs beaux habits fanés. Leur crâne est le plus souvent dénudé. Quelquefois la peau est restée. Certains ont encore une physionomie qui permet d’imaginer le personnage vivant. Les enfants portent des robes fines décorées de petits plis et de dentelles. Des hommes sont habillés de redingotes ou portent des imperméables. Ce qui m’étonne le plus, ce sont les dates sur les étiquettes. Tous sont morts au 19ème siècle entre 1850 et 1890. L’idée de la momification est liée dans mon imagination à l’Antiquité ou aux civilisations incas. En 1870, les gens n’étaient pas bien différents de maintenant. Ils vivaient une vie moderne, peut être connaissaient déjà le téléphone ? Qui a eu l’idée de cette momification ? Le défunt ? Sa famille ? Comment a t on livré ces morts aux visites touristiques ?
La Ziza chateau arabonormand
Comme la voiture est bien garée et que sur le plan cela paraît près, nous décidons d’aller à pied à la Ziza. Il faut contourner le cimetière. Nous parvenons dans une zone bizarre avec des petits jardins potagers puis d’énormes immeubles d’habitations en hautes barres peintes d’ocre foncé et de vert. Nous demandons notre chemin à une dame qui porte un parapluie. Très gentille, elle propose de nous accompagner et m’offre la moitié de son ombrelle. Justement, son fils passe en voiture et nous emmène jusqu’au Palais de la Ziza.
Le château arabo-normand est un édifice cubique. Seules quelques ogives trahissent son origine normande. On dirait un palais arabe ? Maintenant, il est situé dans un quartier d’habitations. Dans sa splendeur première il était entouré de jardins, de vergers. Une pièce d’eau rectangulaires et d’autres pavillons cubiques en faisait un palais oriental de rêve. Les poètes arabes le vantent dans tout l’Orient comme un lieu paradisiaque. Derrière des tôles de chantier, on s’affaire à restaurer le parc initial. Le palais a subi bien des vicissitudes :la dernière en date fut un écroulement d’un bon quart. La restauration récente, béton brut et brique est très sobre. Les voûtes arabes en nid d’abeille ont été conservées.
Deux salles d’apparat sont superposées. Celle du bas s’ouvre sur un arc en fer à cheval, en face une niche en nid d’abeille. Une fontaine de marbre avec un bassin s’écoule vers l’extérieur. Au fond trois mosaïques byzantines, des frises arabes comme celles de la chapelle Palatine dans du marbre blanc. Au dessus la salle de réception est ornée de colonnes romaines en granite avec des chapiteaux corinthiens. Au centre, un impluvium était relié à un système sophistiqué d’écoulement des eaux. Bien sûr, le Palais est vide. Il sert de lieu pour des expositions. Objets décoratifs islamiques : faïences, cuivres et moucharabiehs sont anachroniques mais bien mis en valeur. Des panneaux racontent l’art de vivre dans les palais normands. Ils sont illustrés par les reproductions de peintures du plafond de la Chapelle Palatine. C’est une excellente idée. Dans la foule des visiteurs et dans la pénombre je n’avais pas vu les scènes peintes. Il aurait fallu d’excellentes jumelles.
Cela me donne l’idée de retourner à la Chapelle Palatine.
Rose et noir
Le retour, sous la pluie, est plus court que prévu. Les rues sont pavoisées de rose et noir, les couleurs de l’équipe de foot de Palerme ?
Chiuso!
Nous nous installons dans la voiture devant l’entrée de la Chapelle Palatine pour surveiller l’entrée. Curieusement, il n’y a que de rares touristes qui ne s’attardent pas. A 14h45, je vais me poster à la grille. Elle ne s’ouvrira pas. Fermé le samedi après midi !
Comme c’est l’heure de la sieste, il y a peu de voitures. Nous prenons Vittore Emmanuele jusqu’au Quattro Canti puis la Maqueda. Nous retrouverons notre Palais, l’escalier de marbre rouge, l’entrée avec son blason, les plantes vertes et le parking dans la cour. Mais nous n’avons plus la belle chambre donnant sur le patio.
marionettes
La pluie a cessé, nous nous promenons dans les rues de notre quartier et allons à la Cathédrale pour chercher le spectacle de marionnettes « Opera degli Pupi ». La salle est toute petite, deux pièces d’habitations en rez de chaussée réunies. De simples bancs, un castelet de guignol. La pièce : Orlando Rinaldo et la belle Angelica. Nous arrivons en même temps que deux groupes de touristes allemands. Le marionnettiste raconte l’histoire avant le début du spectacle ? Orlando (Roland) part à Paris se marier avec la belle Angelica. Rinaldo (Renaud) prétend enlever Angelica. Duel entre les deux prétendants que Charlemagne sépare. Il veut leur couper la tête et promet Angelica à celui qui tuera le plus de Sarrasins. Tous les Sarrasins sont tués mais Charlemagne garde Angelica auprès de lui pour que Rinaldo et Orlando, les preuxs paladins (qui sont mariés par ailleurs) continuent à tuer des Sarrasins.
Les marionnettes hautes de 80 à90 cm sont en bois articulées. Elles pèsent 10 kg habillées de leurs armures et de leurs armes avec des panaches emplumés. Les morceaux de bravoure sont les batailles. Les Sarrasins sont découpés dans le sens de la longueur ou décapités.
Nous rentrons par le marché qui occupe le quartier derrière l’hôtel. par hasard nous passons devant l’église du Gesu bien cachée dans le dédale des ruelles de l’Albergheria avec les étals du marché qui cache les perspectives. Cette église très réputée est très belle, très baroque. Mais elle est pleine, il y a un mariage comme dans toutes les églises que nous avons visitées aujourd’hui. Le samedi d’après Pâques doit être un jour faste pour se marier ! Nous nous promettons de revenir demain matin.
Au coin d’une ruelle : une banderole. Une manifestation ? Ce sont les Ivoiriens de Palerme qui se réunissent. Musique et ambiance africaine. Une femme en boubou remplit un jerrican d’eau à une borne fontaine d’une placette. Pendant que les hommes palabrent, les femmes vont à l’eau comme en Afrique. Sauf qu’ici, ils habitent dans des palais. Palais bien délabrés avec des colonnes, des balcons renflés des moulures mais pas l’eau
Nous ne sommes pas logées au piano nobile mais à l’étage au dessus, dans les chambres des domestiques ? Point de balcon ni haut plafond ni moulures. La fenêtre donne sur la rue. Du reste, une très jolie vue sur les toits, les coupoles, les jardins suspendus en terrasse. A quelle église appartient la belle coupole vernissée ?
Malgré des prévisions météo désastreuses le ciel de l’aube a de belles teintes mauves et roses.
Cappuccino et beignet à ma cantine habituelle.
Quartier Capo, poissonneries
Nous avons fixé comme programme de visite l’exploration du quartier Capo vers le bord de mer avec le marché au poisson, le Castello .A 8h30 la rue Roma est bien vide et ennuyeuse. Les rideaux de fer sont baissés. La Vucceria, marché renommé n’a pas encore déballé ses étals. Seul un vendeur de coquillage régale les commerçants voisins en ouvrant des huîtres ? Mercredi, ces rues étaient très animées ? Les rues en ruine conduisent au port. Une placette harmonieuse accroche le regard. Parfois la vue est bouchée par les étais de bois qui soutiennent les façades à moitié écroulées. Résultat des bombardements ou d’un tremblement de terre ? Les voiliers de la marina se balancent doucement sous un pâle soleil. Le marché aux poissons, 1ère étape du programme, est fermé le dimanche. C’est un bâtiment de ciment ressemblant à n’importe quelle criée .Le poisson a été pour nous une déception. En vacances au bord de la mer, nous pensons trouver du poisson frais. Dans les petits village, impossible de trouver un poissonnier. Paraît il que le poisson se vendrait sur les quais ? A Terrasini les pêcheurs étaient au café, nous avons acheté de l’espadon surgelé. A Palerme, le marché regorge de poisson de toute fraîcheur. Les sardines toutes raides. Nous avons l’impression que tout le poisson de l’île est arrivé à Palerme ;
Santa Merda!
Du Castello, il ne reste que les fondations au milieu d’un terrain vague grillagé dans un décor de bâtiments modernes laids reconstruits après la guerre . Des écoles bien taguées : »Santa Merda » . Comme cela doit être bien d’enseigner à sainte Merde !
Nous négligeons deux églises : l’Oratorio del Rosario et la Chiesa di S Maria en Valverde.
L'oratoire San Lorenzo, putti de Serpotta
A l’ombre de l’énorme église S Domenico, dans une ruelle, se trouve le petit oratoire de San Lorenzo dont j’avais cherché la clé en vain. Un groupe d’Américains attend la conférencière qui revient accompagnée d’un monsieur en veste rouge qui ouvre l’oratoire et allume les lumières. Nous avons de la chance ! Il vient d’être restauré. Est ce encore une église ou un musée de Serpotta ? Sans un regard pour les grandes toiles peintes, nous nous occupons d’abord des grandes statues représentant les Vertus : l’Humilité porte un oiseau sur la tête, le Courage, Fortitude prend une pose alanguie, on s’attendrait à une attitude plus martiale . Rien à dire de la Charité et la Justice .les putti avec toute leur malice, leurs jeux, leur fantaisie, n’apportent toute leur grâce. Sans eux, les Vertus auraient été ennuyeuses. Fernandez les a si bien décrits que je trouve rien à ajouter. Nous cherchons les plus amusants pour les photos. Ce n’est pas évident. Ceux qui se détachent sur le fond or de l’orgue ressortiront mieux. Sur un fond blanc, ce sera plus difficile. Je suis ravie. J’attendais avec impatience de les voir après mes lectures. C’est une aubaine d’être arrivées en même temps que le groupe, le dernier jour. Nous leur emboîtons donc le pas pour profiter de notre sésame. L’Oratoire del Rosario est beaucoup plus classique.
San Domenico
Visite éclair à San Domenico, grande église ennuyeuse, un regard au chien portant la bougie sur la façade. Domine cani rappelle Dominique.
panini
Il est temps de rentrer. Nous vient l’idée de nous faire nous même les panini au marché. J’entre dans une salumeria qui vend également du pain. C’est une mauvaise adresse. Le charcutier est un malappris qui nous fait lanterner, ne pèse même pas le salami et évalue sa marchandise à 4 €. Nous aurions pu trouver bien moins cher et meilleur dans un bar !
route vers l'aéroport
Pour éviter l’embouteillage inévitable de la Circonvallazione et ses travaux, j’ai l’idée de rendre la route qui longe le port puis qui mène à Mondello. Il fait beau. La côte est découpée. La route se faufile entre le rocher abrupt et nu du Mont Pellegrino et la mer. Nous retrouvons les bouchons en traversant Addaura. Arrivées à Mondello, Dominique est très inquiète. Nous ne nous arrêterons pas pour fouler le sable une dernière fois. De toutes façons le parking est impossible. On se contentera de regarder une sorte de casino aux toitures de pagode Belle Epoque ornée de flèches et de pointes construit sur pilotis dans la mer, ainsi que les très belles villas Liberty qui ressemblent à celles du Vedado.
Midi, nous posons la voiture sur le parking des voitures de location. L’entrée de l’aéroport est très mal conçue : le parking est séparé de l’aérogare par une route infranchissable avec les bagages. Il faudrait abandonner le caddie et prendre un escalier puis un ascenseur. Enregistrement à 13h10 et attente interminable dans le hall d’embarquement. Notre avion est en panne. Nous devons attendre près de trois heures qu’un autre le remplace.
En vol
Les nuages nous cachent les côtes siciliennes, nous ne reverrons pas Trappeto. Au dessus de la Sardaigne, les nuages se dissipent, nous survolons la Corse et reconnaissons l’aéroport de Nice. Dominique cherche Menton. A partir de Serre Ponçon, je connais toutes les montagnes. J’arrive à identifier tous mes sommets, Bure et son observatoire, le Grand Ferrand, l’Obiou et même le Rocher de Garnesier et le vallon des Aiguilles. L’avion fait cap vers le nord survolant des régions inconnues. Je ne retrouve mes repères qu’en Sein et Marne. Le cercle parfait d’Eurodisney, les pistes de Roissy. Comme l’avion ne peut pas atterrir, on nous offre un merveilleux survol de Paris. Nous nous amusons beaucoup à trouver Villeneuve et la gare de triage, Choisy et nos tennis, Mondor, le Montaigut…puis Notre Dame, les Invalides, la tour Eiffel ! Nous avons oublié l’attente. Plaisir du voyage en avion.
Voici une liste de mes lectures autour d'un voyage en Toscane.
STENDHAL : Chroniques italiennes
J’avais cru trouver une relation de voyage. Voici que ces chroniques sont des traductions de manuscrits anciens relatant des « faits divers » arrivés à diverses périodes de l’histoire italienne. Véritables manuscrits ? Traductions fidèles ? Sortes de nouvelles écrites dans un style italiénisant relatant des histoires de couvents, de bandits, d’amour voire d’inceste. Extrême violence de ces meurtres parfois d’honneur, parfois gratuits. Curieuse vie de couvents où les nobles jeunes filles enfermées par leurs familles ne voulaient renoncer ni à leur vie mondaine, ni à leurs amants. Chaque voyage est prétexte à une rencontre littéraire avec un grand écrivain. Stendhal sera-t-il celui de notre prochain voyage ?
AUTREMENT : Toscane
Recueil d’articles très divers sur le thème de la Toscane. Interviews avec des personnalités extrêmement diverses : des amateurs d’art, un éditeur de livres anciens, un industriel collectionneur d’art moderne qui décrit la passion de la découverte de talents nouveaux, un paysan original qui a construit un hélicoptère sur le modèle de Léonard de Vinci, vote communiste mais regrette le temps de Mussolini, Léo Ferré, bergers sardes et bandits, avocat et juges… des interviews et des récits d’écrivains. Étonnante diversité mais toujours une méditation sur la place de la beauté, de l’art. Permanence de personnages toujours présents comme Dante ou Machiavel. Il me faudra rendre ce livre avant les vacances, j’aimerais bien pourtant relire ces courts textes;
Frances MAYES : Sous le soleil de Toscane
C’est le livre qui a donné à Dominique l’envie de Toscane. Elle l’avait acheté pour lire en Sicile. Carnet de bord d’une universitaire américaine qui rénove une villa près de Cortona dans le sud de la Toscane près du lac Trasimène. Chronique de leur découverte de la Toscane et de leurs travaux de rénovation. Aussi un livre de cuisine italienne.
Lecture facile et très agréable. L’Italie vue par une Américaine, littérature de journal féminin de décoration. Les démêlés avec les artisans italiens sont très divertissants, les ouvriers les plus fiables sont des Polonais ! Découvertes naïves d’une américaine des fruits mûrs achetés chez le fruitier qui ne se conservent pas comme aux Etats-Unis dans des frigos immenses. Mieux qu’un guide touristique, elle nous promène dans cette région un peu ignorée des guides touristiques qui se bornent à la région de Florence, Sienne ou Pise. Nous découvrons la Maremme, les Etrusques et de nombreux petits villages.
Dominique FERNANDEZ : La Course à l’abîme
En préparation de notre voyage en Toscane, Dominique Fernandez est encore la meilleure référence culturelle. Biographie du Carravage. L’Italie, 1600, Milan, Rome, Naples, La Valette, la Sicile... Rivalités entre les clans français et espagnols dans les Etats du Pape. Leçon d’histoire et de géographie, mais pas seulement. C’est surtout une leçon magistrale d’histoire de l’art et de lecture d’un tableau. Le Carravage est un peintre que je ne connaissais que de nom. C’est donc une découverte. Découverte d’autant plus importante que la peinture du 17ème siècle me laissait indifférente. Alors que je me prépare à visiter les Offices je me suis passionnée par la description des tableaux. Importance des symboles dans la peinture religieuse, genèse d’un tableau, le peintre y place son imaginaire, ses amours, sa vision des personnages qui l’entourent. Les prêtres y lisent tout autre chose. Exégèse biblique de tous les détails. Symbolique des fruits, ceux qui indiquent le péché m’ont surprises : les cerises analogues des couilles, des fraises au contraire image positive de la vigne, raisins noirs et raisins blancs. Analogie du Christ et de Dyonisos… Détails sur l’éclairage, le clair obscur : typique du Carravage mais aussi commande en fonction de l’emplacement prévu du tableau dans l’église. L’auteur montre comment dès cette époque l’artiste sert de faire valoir à ses mécènes et joue un rôle politique de premier plan.
C’est aussi un roman d’amour, amours homosexuelles curieusement tolérées dans la société des cardinaux et des princes d’Eglise et en même temps flétries par l’Inquisition. Le peintre marqué d’un chardon tatoué dans sa peau par l’Inquisition est poursuivi pour meurtre à Rome et provoque la vindicte du Grand Maître de l’Ordre de Malte en lui ravissant son favori. Malgré une certaine tolérance, le peintre provoque la tragédie et la met en scène. Analogie avec son personnage de Pasolini dans son roman que j’ai beaucoup aimé.
Marcel BRION : Laurent le Magnifique
Personnage clé de Florence, homme de cette Renaissance florentine du Quattrocento. Pas seulement homme politique mais aussi homme de culture, mécène, incarnant cette Renaissance des Belles Lettres, des villas à la campagnes ainsi que l’initiateur d’une certaine idée de l’unité italienne faisant alliance avec Milan où il installa Sforza, amis du roi de Naples, jouant des alliances avec Venise et le Pape contre les prétentions des rois de France sur le Milanais et le Royaume de Naples. Curieusement, les prétentions espagnoles ne sont pas évoquées dans ce livre alors qu’elles sont mises en évidence plus tard dans le livre de Fernandez.
Analyse de cette démocratie florentine où la noblesse était tenue à l’écart par les syndicats bourgeois mais où l’autorité réelle était aux mains ce quelques familles de banquiers puis enfin concentrée par les Medici. Roi sans en avoir le titre dans cette ville prétendant à la démocratie. Brion dresse un portrait idéalisé de Laurent de Médicis.
Autre personnages passionnants : Giovanni Medici, le banquier, initiateur du pouvoir des Médicis, puis Cosimo, Pietro et enfin Savonarole. Le personnage de Savonarole met fin au règne de Laurent le Magnifique et à cette renaissance du Quattrocento où comment l’obscurantisme le plus moyenâgeux et la démagogie vient à bout de l’Humanisme de la Renaissance.
Dominique FERNANDEZ : Le dernier des Médicis
Fin d’une dynastie, fin de règne, le dernier des Médicis est un personnage décadent. Comme le Caravage, il vit son homosexualité de manière tragique cherchant plus la déchéance que le plaisir. Mais dans la Florence des Médicis, l’amour des garçons est presqu’aussi admise qu’aux temps des Grecs. Il plonge dans l’ivrognerie, la goinfrerie et l’abjection pour déchoir encore. Il en résulte une fin pénible et une lecture assez pénible. J’ai terminé avec peine ce livre pourtant intéressant.
Les jours brillants de la Renaissance sont terminés, l’histoire se termine au milieu du 18ème siècle. L’Italie est dominée par l’impérialisme des Habsbourg avec un déferlement de touristes allemands sur Florence. Les Médicis se sont alliés aux Bourbons, influences françaises. Bien sûr, Florence est toujours la ville des peintres. Gian Gaston, le dernier des Médicis a une préférence pour Andrea del Sarto. Je fais donc la connaissance de ce peintre que j’ignorais. Description de la vie dans les villas médicéenes et au Palais Pitti.
Clin d’œil à Stendhal : le livre se présente comme la traduction d’un manuscrit écrit par le médecin de Cosimo III et de Gian Gaston. Ce parti pris médical autorise une analyse d’un « fléau », épidémie vénérienne qui ressemble au développement du Sida, autres anachronismes, une « analyse viennoise » de l’homosexualité, et une description assez plaisante du tourisme, touristes allemands étrangement contemporains qui aurait pu être drôle dans un contexte plus léger.
Ian PEARS Le Comité Tiziano
Roman policier se déroulant à Venise dans les milieux des historiens de l’art. Enquête un peu embrouillée, mais qui utilise les tableaux anciens comme des indices à part entière de l’énigme. Regarder un tableau avec l’œil du policier ou du spécialiste ? En tout cas plaisant.
Vincent Engel : Retour à Montechiaro
Saga familiale se déroulant pendant trois période critiques de l’histoire de l’Italie. L’histoire commence à la veille de l’unité italienne. Peu de renseignement sur cette période du point de vue politique. En revanche c’est intéressant de voir comment la noblesse terrienne perd de son influence au profit de la bourgeoisie commerçante. Début de l’industrialisation de la Toscane. Irruption du monde moderne, du chemin de fer, de la scolarisation, des intrigues des notables... Toujours au sein de la même famille, installation du fascisme. Les nobles ont complètement perdu la partie, période sombre personnages grossiers, la tragédie couve et éclate avec la guerre. Troisième période troublée : les brigades rouges. Période évoquée en filigrane point d’orgue à la tragédie nouée pendant la guerre. La partie la moins réussie du point de vue documentaire. Un peu artificiel.
STENDHAL : la Chartreuse de Parme
J’étais passée à côté de la Chartreuse de Parme, fausse impression de déjà-lu, crainte devant un monument de la littérature, intimidation... Cela aurait été vraiment dommage : elle se lit comme n’importe quel roman. Léger pétillant, invraisemblable et romanesque. En tout cas j’ai occupé de façon agréable cet arrêt maladie de presque une semaine.
Vie de MichelAnge
J’ai malheureusement oublié le nom de l’auteur et rendu le livre à la bibliothèque de SuperDévoluy. Biographie extrêmement bien documentée. Le personnage de MichelAnge n’est pas toujours sympathique mais il est toujours intéressant. De plus il a vécu tellement longtemps qu’en cheminant dans ses pas on rencontre une foule de personnages passionnants et essentiels aussi bien les peintres et sculpteurs : Leonardo da Vinci, Raphaël, Le Pérugin... que de personnages historiques à commencer par les Médicis, les papes et les intrigues aussi bien des papes que des rois de France ou des Espagnols. MichelAnge, en plus d’être un peintre, un sculpteur et un architecte, fut aussi la maître d’œuvre des défenses de Florence pendant le siège de la ville. Dans ce livre on passe insensiblement de l’esprit de la Renaissance au début du Baroque. Dommage que ce livre ne fasse pas partie de ma propre bibliothèque.
Magdalen NABB : Mort d’un orfèvre 10/18
Roman policier se déroulant à Florence. Mais ce n’est pas la Florence des touristes, plutôt celle d’un commissariat près du palais Pitti. Le commissaire est sicilien, ce qui permet de critiquer ironiquement les florentins. Un personnage inattendu : une vieille dame de quatre vingt dix ans qui vit recluse !
Mary McCARTHY : les pierres de Florence
Trouvé trop tard dans la section voyage de la bibliothèque de la Mac. C’est exactement le livre qu’il faut emporter en voyage, un peu ancien toutefois. Il donne une image de Florence polluée et encombrée de circulation automobile qui ne correspond pas à ce que nous avons vu.
Au fil des années la biblio s'accumule...
J'aimerais remercier un auteur, qui est le meilleur des guides de voyage : Dominique Fernandez, qui m'a fait découvrir la Sicile et dont les livres m'ont servi de livre de chevet pendant ces quatre semaines.
Et puis conseiller à tous ceux qui me lisent tous ces bouquins :
1. Andréa CAMILLERI, Le Roi Zozimo
C’est Roberte qui me l’a recommandé, et je fais circuler, Catherine Ruze, Geneviève… Voilà une vraie découverte jubilatoire ! Malgré son nom de comédie, le roi Zozimo a vraiment régné au 18ème siècle à Girgenti, roi paysan couronné à la suite d’une révolte paysanne. Mais ce n’est pas seulement un roman historique comme j’en lis souvent (voir Marek Halter). Camilleri est un véritable écrivain et le traducteur est aussi à louer ! Le jeu entre l’italien classique, le dialecte sicilien et l’espagnol, langue de la noblesse (les maîtres de la Sicile sont Espagnols), donne une truculence au livre. La nécessité de recourir au glossaire en fin de livre, traduction d’ancien français mais aussi de patois régional lyonnais, donne de la lenteur à la lecture et décuple le plaisir de savourer les jeux de langage. Mais le plaisir de la lecture ne se résume pas à un exercice langagier. Les épisodes sont hilarants, les personnages sont attachants, fouillés. Livre extraordinairement dense. C’est à cette densité que d’instinct, je me dis, voilà enfin un livre !
2. SCIASCIA, Portes ouvertes
Chronique judiciaire : réquisitoire contre le fascisme et contre la peine de mort rétablie par le fascisme. L’histoire est exemplaire. le meurtrier est inexcusable. Le châtiment est inéluctable. Le juge a été prévenu qu’il doit requérir la peine capitale contre l’homme qui a tué un dignitaire fasciste. Pourtant sa conscience lui interdit d’obéir. Sa conviction de l’iniquité de la peine de mort convainc le jury. La peine de mort est évitée. Le tribunal siège dans l’ancien palais de l’Inquisition. Peu de folklore. Sciascia maintient le récit dans la sobriété du discours du droit. Et pourtant cette introduction à notre voyage en Sicile est tout à fait à propos. Le voyage est prétexte à la rencontre avec un auteur. Sciascia a été pour moi la rencontre de notre premier voyage. Je le retrouve avec toujours autant de bonheur.
3. Andréa CAMILLERI : La démission de Montalbano
Après la rigueur du tribunal de Palerme, Camilleri nous emmène dans le commissariat provincial de la petite ville imaginaire de Vigata. Roman policier, donc, mais atypique : nous suivons de courtes enquêtes, des faits divers ordinaires, sortes de nouvelles dans la Sicile rurale où les vieilles femme assistent à la messe quotidienne plus par ennui que par piété, où les bergers vivent dans des masures mais possèdent des téléphones portables. Ruralité de la Sicile de toujours mais aussi arrivée du modernisme. Un meurtre maquillé en accident de voiture organisé par une femme adepte de l’escalade et de la gymnastique. Crimes passionnels et jalousies bien siciliennes mais pas d’affaire politique, pas de mafia comme on pourrait s’y attendre dans une telle région. En revanche pour la couleur locale, patois sicilien traduit comme le peut le traducteur, puisque l’effet comique est garanti. Montalbano est un commissaire sympathique qui aime lire les polars mais aussi Montaigne. Je ne peux pas m’empêcher de penser à son presque homonyme Montalban, inventeur de Pepe Carvahlo, lui aussi policier lecteur et gourmand. En tout cas la meilleure introduction à la Sicile ordinaire, pas si ordinaire que cela puisqu’elle ne manque pas de saveur.
4. Dominique FERNANDEZ : L’Ecole du Sud
Avant le départ à Palerme, immersion totale dans l’univers de la Sicile du début du siècle : Dominique Fernandez conte la vie dans un palais sicilien, vie de cette noblesse encore bourbonienne où règnent trois femmes un peu originales, les trois tantes du héros. On y «châtie la poussière», le «salotto», pièce d’apparat qui n’est utilisé que pour les mariages et les deuils. Les servantes cuisinent et mettent la table dans un charmant désordre désuet. L’enfant est élevé dans une totale liberté sans contrainte. Les coutumes de la Sicile du début du siècle sont décrites avec précision : surtout les fêtes de Pâques que nous pourrons observer pendant notre séjour. Importance de l’Opéra dans la culture sicilienne. Mines de soufre et évocation de la fortune des Florio et de la villa Igiea.
Fils d’un diplomate sicilien et d’une mère française, il est élevé à la sicilienne jusqu’à son adolescence. En parallèle, dans la deuxième partie du livre, il raconte la vie de sa femme, auvergnate, brillant professeur de lettre disciple de Pascal, et d’un philosophe mentor que je n’ai pas identifié. L’opposition entre le jansénisme et le baroque sicilien.
5. Dominique FERNANDEZ : le Radeau de la Gorgone. Promenades en Sicile
Quel guide ! J’avais déjà emprunté ce livre lors de notre précédent voyage. j’avais eu la surprise d’avoir la même expérience à Agrigente au couvent où j’avais acheté des gâteaux exactement comme raconté dans le livre. J’ai attendu d’être à Palerme pour le lire et j’ai lu chaque chapitre comme préparation à chaque visite. La villa Pelargonia, les catacombes, et surtout les putti de Serpotta .
6. Andréa CAMILLERI. La voix du violon
Roman policier avec le commissaire Montalbano et son équipe dans la ville imaginaire de Vigata. Toujours aussi sympathique, le roman est plus classique que le précédent autour d’une enquête bien ficelée.
7. Simonetta ,AGNELLO HORNBY : l’Amandière
L’Amandière est une forte personnalité qui se découvre pendant les trente jours suivant son décès à travers les ragots et les racontars d’un village. Servante dans une famille noble d’une petite ville elle avait acquis un statu tout à fait étonnant. De la petite fille qui ramassait les amandes pour nourrir ses parents et sa sœur tuberculeux à la femme de tête administrant les richesses de ses maîtres et distribuant pensions aux héritiers désargentés, le parcours est énigmatique. le fantôme de la mafia apparaît dès l’enterrement. L’auteur nous présente toutes les couches de la société, des nobles aux domestiques en passant par les paysans, les notables, le curé, le médecin et le notaire .
Au début j’ai été un réticente à l’écriture qui me paraissait manquer de souffle. Les personnages très nombreux me déroutaient. Au fur et à mesure, je me suis prise à l’univers de cette ville. De retour de Sicile, j’ai dévoré ce roman avec des images de petites villes que nous avons traversées
8. Andréa CAMILLERI : le coup du Cavalier
Depuis le Roi Zozimo, le meilleur Camilleri que j’ai lu. Basé sur un fait divers authentique, comme pour Zozimo, Camilleri a construit un roman hilarant en jouant également sur les registres de langue, entre le dialecte sicilien, l’Italien et le Génois. l’intrigue met en scène un inspecteur des Moulins qui vient surveiller le recouvrement sur la taxe sur le grain moulu à Montelusa. Montelusa, d’après de nombreux indice peut ici être identifiée à Agrigente. Evidemment, la mafia locale trempe dans le recouvrement de l’impôt. Deux inspecteurs des moulins ont été exécutés. Mais l’intrigue est compliquée par le meurtre d’un prêtre que l’on impute à l’inspecteur pour le perdre et le faire passer pour fou. Le plus étonnant c’est que l’inspecteur s’en tire miraculeusement alors que tout l’accuse. Le dénouement de l’intrigue étant un jeu de langage utilisant l’emploi du dialecte sicilien. Ici encore le génie du traducteur est de parvenir à faire passer le jeu de langage malgré la traduction.
9. Dominique FERNANDEZ : Le Radeau de la Gorgone
J’ai utilisé ce livre que j’avais lu auparavant comme un guide au hasard des visites. La première fois que je l’avais lu, il m’avait donné des leçons de Baroque et d’histoire de la Sicile. La Sicile comme un palimpseste. Cette fois ci, je ne l’ai pas lu d’une traite mais avant une visite programmée le lendemain puis encore au retour . Avant pour avoir envie de découvrir, après, pour expliquer les détails, donner du sens caché. Quel plaisir de voyager avec un tel écrivain pour guide. Et enfin, en faisant l’album, j’ai pillé des phrases entières. Rien à rajouter, rien à enlever.
10. Giuseppe Tomasi di LAMPEDUSA, le Guépard
J’ai attendu avec impatience que Dominique trouve le Guépard. Enfin, je vais trouver des renseignements sur l’époque de Garibaldi !
J’ai d’abord vu le film. Etonnant de retrouver déjà dans le livre les plans cinématographiques dont j’avais attribué le génie à Visconti. Visconti est un grand cinéaste mais cela a dû être facile d’adapter le roman : les plans les plus spectaculaires sont écrits dans le livre. Même chose pour la musique de Verdi. Verdi s’imposait bien sûr ! Mais il était déjà inscrit dans le roman.
Très beau livre ! J’y retrouve des thèmes chers à Fernandez. Nonchalance de ces nobles siciliens qui ont une si haute opinion d’eux-mêmes et que n’importe quelle révolution n’y changera rien. Immuabilité et immobilisme d’une société considérée comme parfaite. Grandeur et noblesse dans un monde qui ignore ces valeurs dans la construction d’un état nation italien et moderne. Puisque rien ne changera, autant prendre le parti d’accompagner le sens de l’histoire et de Garibaldi ! Quant aux paysans, leur monde est si différent de celui des nobles que toute idée de démocratie est bien loin même si on parle de construction d’un état moderne.
11 Andrea CAMILLERI : Le cours des choses
Le premier roman de Camilleri. Dans une postface, il raconte ses hésitations à utiliser le dialecte plus que l’Italien et les péripéties qui ont retardé la publication. Le roman policier se situe toujours dans une Agrigente des années 50 jamais nommée et le policier n’est pas Montalbano mais l’adjudant Corbo. On retrouve la Sicile des paysans et des bergers, celle des notables, du cercle où l’on disserte sur Pirandello avant de passer aux commérages, le silence concernant la mafia. Ici on ne tue que pour des histoires de fesses ! Le morceau de bravoure est la narration de la procession de saint Calogero en 1946 portée par des dockers communistes. La guerre et la période du fascisme sont encore proches. Et toujours cet humour qui me fait rire aux larmes toute seule !