Je voulais aller à New York ou à Buesnos-Aires
connaître la neige de Moscou
partir un soir à bord d'un paquebot
pour Madagascar ou Shangaï
remonter le Misssipi
je suis allé à Barbizon
et j'ai relu les voyages du capitaine Cook
je me suis couché sur la mousse élastique
j'ai écrit des poèmes près d'une anémone sylvie
en cueillant les mots qui pendaient aux branches...
Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche,
ses coquillages et l'iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont
luisants d'eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras
comme pour se partager le ciel,
Et les cafés qui enfantent sur le trottoir hommes et femmes
de maintenant avec leurs yeux de phosphore,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs
alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétil-
lantes.
Ici le soleil pense tout haut, c'est une grande lumière
qui se mêle à la conversation,
Et réjouit la gorge des femmes comme celle des
torrents de montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un
peu dans la rue,
Et les pousse sans arrêt du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d'un
marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la
nuit.
Marseille, écoute-moi, je t'en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec
douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regar-
dions un peu
O toi toujours en partance
Et qui ne peux t'en aller,
A cause de toutes ces ancres qui te mordillent sous
la mer.
Débarcadères : Marseille (1927)
Iles
Iles
Iles où l'on ne prendra jamais terre
Iles ou l'on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais
bien aller jusqu'à vous
Blaise Cendrars Feuilles de Route
Un paquebot dans sa chaudière
Brûle les chaînes de la terre.
Mille émigrants sur les trois ponts
N'ont qu'un petit accordéon.
On hisse l'ancre, dans ses bras
une sirène se débat
Et plonge en mer si offensée
Qu'elle ne se voit pas blessée.
Grandit la voix de l'Océan
Qui rend les désirs transparents.
Les mouettes font diligence
Pour qu'on avance, qu'on avance;
Le large monte à bord, pareil
A un aveugle aux yeux de sel.
Dans l'espace avide, il s'élève
Lentement au mât de misaine.
Jules Supervielle Gravitations : Le large
O Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre!
Ce pays nous ennuie, ô Mort! Appareillons!
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte!
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe?
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau!
Charles Baudelaire (les Fleurs du Mal. La Mort : Voyage)
"O Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre..." J'aime ces mots qui éveillent en moi la vision d'une grande nef aux voiles noires levant l'ancre pour un dernier voyage, une image si belle que curieusement elle provoque en moi ni crainte ni angoisse mais simplement une douce nostalgie.. Pourtant, ce n'est pas ce sentiment que je veux retenir à propos de ce poème mais plutôt celui que j'ai éprouvé en lisant le livre de Georges Semprun : "Un beau dimanche"
"O Mort, vieux capitaine.." C'est par ces mots que Georges Semprun accompagne et réconforte son ancien maître et ami mourant dans un camp de concentration. Et ces mots qui éclairent les derniers instants du vieux professeur sont comme une mince trouée d'espoir dans les ténèbres. Ils sont une petite flamme vacillante, toujours prête à s'éteindre mais pourtant tenace et courageuse, perçant l'obscurité. Ils sont la réponse athée, pleine de tendresse et de beauté, au sentiment de dérilection qui s'empare de l'homme face à la mort. Ils affirment, face aux bourreaux qui le leur dénient, l'humanité des victimes et leur volonté de préserver intact ce qui les rattache à l'humain : amitié, respect, attention à l'autre.. La poésie répond ainsi à un monde barbare et sa force est telle qu'elle est comme un coup de tonnerre dans le ciel noir d'orage de l'enfer nazi.
Plus loin ! Plus loin ! sur les versants de crépon vert,
Plus bas, plus bas, et face à l'ouest ! dans tout cet épanchement du sol,
Par grandes chutes et paliers - vers d'autres pentes, plus propices, et d'autres rives, charitables (...)
St J. Perse, "Vents"
C'est bien en vain que, par l'orgueil séduits,
Huet, Calvet dans leur savante audace,
du paradis ont recherché la place :
le paradis terrestre est où je suis.
Voltaire, Le mondain
DEPART
Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeur des villes, le soir, et au soleil, et
toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô rumeurs et
Visions !
Départ dans l'affection et le bruit neufs !
Arthur Rimbaud
Y avait une fois un taxi
taxi taxi taximètre
qui circulait dans Paris
taxi taxi taxi cuit
il aimait tant les voyages
taxi taxi taximètre
qu'il allait jusqu'en Hongrie
taxi taxi taxi cuit
et qu'il traversait la Manche
taxi taxi taximètre
en empruntant le ferry
taxi taxi taxi cuit
un beau jour il arriva
taxi taxi taximètre
dans les déserts d'Arabie
taxi taxi taxi cuit
il y faisait tellement chaud
taxi taxi taximètre
que sa carrosserie fondit
taxi taxi cuit
et de même le châssis
taxi taxi taximètre
et tous les pneus y compris
taxi taxi taxi cuit
Raymond Queneau
Par les soirs bleus d'été, j'irai par les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, - heureux comme avec une femme.
Arthur Rimbaud, mars 1870
Adieu voyages lents, bruits lointains qu'on écoute,
Le rire du passant, les retards de l'essieu,
Les détours imprévus des pentes variées
Un ami rencontré, les larmes oubliées,
L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu.
(...)
Alfred de Vigny
[i]"L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu..." Tu as donné ce titre à notre recueil, à notre voyage en poésies..
Chaque poésie n'est-elle pas un voyage? un départ vers l'imaginaire, un lâcher de ballons vers des cieux mystérieux?
" L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu... " Dans quel pays arrives-tu ainsi le soir, lorsque les dernières lueurs du soleil disparaissent à l'horizon? Quel est ton lieu sauvage et de quoi est-il fait? Te retrouves-tu dans un bois sombre, sur une lande déserte ou au bord d'une falaise déchiquetée?.. Et si je lis ce vers en même temps que toi, près de toi, es-tu sûre que nous nous retrouvions au même endroit à la fin de notre lecture ou à des mondes de distance?
Ton sentiment est-il le mien? Eprouves-tu l'envie d'arriver vite au bout de ton voyage, d'atteindre le château, la chaumière qui t'attend pour délasser tes membres, remettre de l'ordre dans ta toilette et ton esprit? Désires-tu au contraire prolonger ce moment, goûter le soir qui tombe sur ce sauvage lieu?
Tu vois, nous voyageons dans le mystère de la poésie.
"Est-il besoin d'île lointaine?"
Lorsque Louis VII répudie Aliénor d'Aquitaine, il perd du même coup la propriété du Limousin. Aliénor se remarie ensuite avec Henri II, roi d'Angleterre, et cette région tombe alors sous domination anglaise.
En 1199, les barons et Vicomtes du Limousin sont donc vassaux de Richard Coeur de Lion... mais témoignent un peu trop de sympathie au roi français. Qui plus est, ces vassaux semblent lui dissimuler un trésor (un bas-relief en or) conservé au château de Châlus. Le (bon?) roi Richard se lance alors, le 16 avril 1199 à l'assaut de Châlus. Erreur fatale ! Il y sera atteint d'une flèche mortelle... Bien qu'ayant gagné la bataille; il succombera à cette blessure à l'épaule 13 jours plus tard.
Châlus fut défendu par Pierre Brun, seigneur du château de Montbrun, situé non loin de là et que Richard assiégea également. Certains prétendent d'ailleurs que ce fut pendant ce siège et non à Châlus que Richard fut blessé. Mauvaises langues ! Montbrun est un si joli château, déjà auréolé de sa propre légende... laissons donc à Châlus la gloire que lui confère l'évocation de Richard Coeur de Lion.
Aujourd'hui il n'en reste que quelques ruines et un donjon dressé comme emblème de cet épisode de l'histoire. C'est une visite intéressante mais à coupler à mon avis avec une autre ( Brie, Montbrun), sous peine d'être un peu déçu.
Que se passa-t-il après la mort de Richard ? Jean Sans Terre (le méchant) hérita du Limousin mais ne tarda pas à le perdre face au roi français. Mais l'histoire avec l'Angleterre n'était pas encore terminée...
Pour se rendre à Châlus : à partir de Limoges, prendre la direction d'Aixe sur Vienne et la traverser, continuer sur la N21 jusqu'à Châlus via Sereilhac. Un conseil : évitez si vous pouvez la traversée (pénible) d'Aixe aux heures de sortie du travail.
Voici une adresse pour ceux qui veulent de la cuisine traditionnelle mais accompagnée d'un peu d'originalité. On pourra y déguster, selon le menu du jour, un magret de canard aux groseilles (recommandé !), une hampe à l'échalotte, une joue des porc aux pruneaux ou peut-être encore salades,tartes et cakes salés, avant de s'attaquer aux bons petits desserts maison avec en vedette la tarte Germaine.
La cuisine y est vraiment bonne et les prix peu élevés, duo plutôt sympatique ! Le midi, le menu est à 10,80 euros (entrée, plat,café ou plat, dessert, café) et le soir de 13 à 18 euros.
L'endroit est petit et apprécié, ce qui fait qu'il vaut mieux réserver.
Attention aux jours d'ouverture si on veut y aller le soir : la Germaine en soirée c'est uniquement du jeudi au samedi inclus. Les autres jours, ce n'est ouvert qu'à midi.
Aujourd'hui l'ancien "Château" est devenu le centre ville autour de la Place de la Motte et de l'Eglise St Pierre, à quelques pas de la Place de la République.
Mais on n'a pas une organisation de la ville autour de ce centre comme c'est souvent le cas ailleurs. Il continue d'y avoir plusieurs pôles annexes et le quartier de la Cité en est un, héritage de cette séparation du pouvoir au Moyen-âge.
De la prestigieuse abbaye, hormis la crypte, ne reste que le nom de St Martial donné à un centre commercial... et des petites coquilles St jacques fixées sur le sol de certaines rues, témoignant que la route de St Jacques de Compostelle passait par là et que Limoges joua un rôle important dans ce pélerinage.
Au Moyen-âge, trois pouvoirs s'exercent à Limoges : celui de l'abbé, de l'évêque et enfin celui du Vicomte.
Au IXème siècle en effet, une abbaye est fondée autour du tombeau de St Martial, premier évêque de Limoges. Entièrement détruite, il n'en reste aujourd'hui que la crypte (qui se visite) sous l'actuelle place de la République.
Le quartier de la Cité, lui, est le siège de l'évêque. La cathédrale St Etienne (en photo) en est le symbole. De style gothique - mis à part quelques vestiges romans intégrés dans la construction - la cathédrale telle que nous la voyons aujourd'hui fut commencée en 1273 et achevée seulement entre 1876 et 1888. Elle est adossée au palais épiscopal du XVIIIème siècle, actuellement devenu Musée de l'évêché.
Vers le Xème siècle émerge un troisième pôle à côté de l'Eglise St-Michel-des-lions constitué par la motte castrale du Vicomte de Limoges (aujourd'hui l'emplacement porte le nom de Place de la Motte).
Celui-ci sera rapidement relié à St Martial, faisant ainsi partie de l'ensemble du "Château St Martial".
Les relations entre "la Cité" et "le Château" sont loin d'être amicales au cours des siècles (à titre d'exemple le Vicomte incendie la Cité en 1105)et il faudra atteindre les suites de la révolution française, en 1792 pour que ces deux entités n'en fassent plus qu'une.
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