Si vous vous rendez à Alep, ne manquez pas d’aller visiter le bimaristân Arghun al Kamili. Bimaristân, mot d’origine perse ("bimar" signifie malades et "stan" maison) désigne la maison des malades. Cet hôpital destiné à accueillir des patients fragiles psychologiquement a été construit en 1354 par un émir du nom de Arghun Al Kamili.
Il est étonnant de voir à quel point les malades souffrant de troubles psychiatriques étaient bien traités, dans cet édifice entièrement conçu pour apporter aux patients le calme et la sérénité par un ingénieux parcours entre fontaines d’eau dont le doux bruit constitue un apaisement, fleurs et lumière. Les patients pouvaient se promener, isolés dans le silence absolu.
Les individus plus gravement malades et représentant un danger pour la société étaient enfermés quant à eux dans des cellules derrière des barreaux, toujours avec le son de l’eau.
Dans l’ensemble, on se croirait plutôt dans un beau palais. Difficile d’imaginer des gens reclus dans cet endroit. Fugacement apparaissent les photographies de l’asile psychiatrique San Clemente de Raymond Depardon et le décalage est saisissant. Des siècles et des siècles auparavant, les Arabes avaient déjà une approche de la maladie psychiatrique beaucoup plus évoluée.
Les informations que je vais donner ici remontent à quelques temps déjà, lors de mon dernier séjour à Alep, en 2001, mais j’ai envie de parler de cet hôtel toujours en fonction et dont je garde un merveilleux souvenir. Je sais que c’est un lieu assez controversé qui suscite de nombreuses réactions : certains adorent, d’autres détestent...
Beaucoup en tous les cas s'accordent à dire que l'endroit est vétuste et n'a plus le charme et la prestance d'antan. Je fais partie de ces gens qui ont été touchés par son charme désuet et qui s’attachent dès la porte d’entrée franchie. On a la sensation de pénétrer dans un monde où le temps s’est figé il y a des années. L’appréhension du monde n’est plus la même, on se sent "participant" à un roman en train de s’écrire. Ce lieu est une histoire mouvante où l’on ne peut s'empêcher de voir des "fantômes", de repartir dans un flash back... Théâtre, cinéma, on est très vite poursuivi par les romans d’Agatha Christie, qui y écrivit d'ailleurs son très fameux Le crime de l'Orient-Express.
Il y a du mystérieux ici, dans ces longs couloirs, ces salons aux ambiances tamisées dans lesquels on s’imagine surprendre des conversations à demi-étouffées. Chacun de ses habitants de passage écrit l’histoire. Même les gens qui tiennent l’hôtel ont leur rôle (peut-être y servent–ils encore, peut-être ont ils disparu depuis 2001 ?) et lui prêtent un peu de leur vie, de leur âme. Monsieur Jean, l’Arménien, le cireur de chaussures, hante le hall, la main tremblante, les yeux tristes et bienfaisants. Monsieur Samir passe de salle en salle pour aller ensuite s’enfermer dans sa loge, propre sur lui, le crâne dégarni, s’exprimant dans un langage châtié, les yeux grands ouverts même s’il n’en paraît rien. Les garçons de café sont dans l’ombre des personnages clefs. Un téléphone noir posé au milieu de nulle part, dans le hall du premier étage totalement déserté... Il ne doit plus fonctionner depuis longtemps, vieux modèle des années 50, je suppose.
Voilà, ce sont toutes ces raisons qui me font aimer cet endroit si particulier, et même si le petit déjeuner laisse parfois à désirer, c’est un voyage à lui tout seul que cet hôtel. Et si vous décidez de ne pas y loger, allez tout de même prendre un verre dans le bar de type colonial.
Le krak des chevaliers, dérivé du syriaque karak, signifie littéralement forteresse. Il s'agit d'un château fort datant de l'époque des croisés, à l'ouest de la Syrie sur les contreforts du djebel Ansariyya.
C'est un lieu incontournable et malgré la densité de monde qui se presse aux pieds des remparts pour entrer dans l'immense citadelle, il suffit de passer la porte d'entrée pour faire un voyage dans les siècles. Très rapidement, on oublie les touristes, les groupes qui cheminent, on est seul face aux murs recouverts de mousse, aux fenêtres sans vitre, béantes, ouvertes sur les précipices. Très vite, si on tend bien l'oreille, il nous semble entendre le cliquetis d'une armure, puis le bruit s'intensifie : dans la salle du réfectoire s'étendent les larges tables, les rires enivrés des soldats, prêts à la bataille... Encore plus loin le silence du baptistère... Les ombres remontent lentement, le soleil est vif, le mirage apparaît facilement... Dans les sombres couloirs, on peut se reposer, laisser les fantômes défiler au son de musiques imaginaires. Le temps passe, file à tout allure, les masses de touristes s'en vont... Le jour décline et aucunement l'envie de partir... Vous venez de faire un voyage des siècles en arrière, c'est un lieu qui pousse à la romance, aux visions, à la contemplation et que l'on n'est jamais prêt d'oublier...
A voir et à revoir absolument...
Pour des renseignements historiques précis, vous pouvez consulter d'innombrables sites internet dont celui de l'encyclopédie wikipédia, histoire de vous préparer à plonger dans l'Histoire :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Krak_des_Chevaliers
Au-dessus du bourg de Qâra, situé à une centaine de kilomètres au Nord de Damas, domine le monastère de Saint-Jacques le Mutilé.
Entouré par le désert et les montagnes, ce monastère date du 6ème siècle. Longtemps laissé à l’abandon et tombé en ruines, il a fallu attendre 1994 pour que Mère Agnès Mariam De la Croix, carmélite, tombe amoureuse de ce lieu et décide de se battre pour le reconstruire.
Aujourd’hui, le monastère revit et une nouvelle communauté monastique féminine y a vu le jour : les "moniales de l’Unité d’Antioche", rattachée au diocèse grec-melkite catholique de Homs en Syrie. Cette communauté religieuse a pour but principal de travailler à l’unité et au dialogue entre les différentes Eglises d’Orient ainsi qu’ à la restauration de leur patrimoine spirituel, monastique et culturel.
Au sein du monastère, des religieuses venues d’horizons et d’Eglises différentes, vivent en clôture, en consacrant leur temps à la prière (oraison, messe, lecture spirituelle) et au travail manuel et intellectuel (notamment la restauration d’icônes). Peu à peu de nouvelles vocations se créent et le monastère va acceuillir de nouvelles moniales.
Le monastère acceuille des visiteurs ou des groupes désirant se ressourcer à travers une retraite spirituelle ou simplement venir goûter au silence qui résonne un peu partout dans les couloirs, les salles de vie commune ou encore dans les petites cellules.
Un petit détour à ne pas manquer...
Site Internet : http://www.maryakub.com
Après avoir parcouru la Syrie, de Alep à Damas, rien ne vaut un petit détour vers des lieux moins explorés. Et pour cela il y a les monastères, isolés où le temps semble figé. S'y arrêter, que ce soit pour une journée, deux jours ou plus, c'est effectivement prendre le temps d'observer, de goûter au calme et de faire un petit voyage en soi.
Ainsi, à 80 km au nord de Damas, près de la petite ville de Nebek, se dresse le monastère syriaque Dar mar Musa, Saint Moïse l'Abyssin, perché sur des monts escarpés à 1320 mètres d'altitude. Sous un soleil de plomb, la montée semble parfois bien difficile pour des personnes, comme moi, peu entraînées, mais une fois en haut, quel spectacle : à nos pieds s'étend une des vallées désertiques du massif montagneux de Qalamoun.
Le monastère date du milieu du 6ème siècle, et l'église, quant à elle, fut construite au 11ème siècle et l'on y découvre de magnifiques fresques : remarquable scène du jugement dernier, le Paradis avec la Vierge Marie, Abraham, Isaac et Jacob... de l'autre coté l'Enfer, avec les pécheurs pleurant sous une pluie de feu... On peut rester des heures dans cette église d'où s'échappent des vapeurs d'encens, pieds nus sur les tapis au côté des moines, ou des visiteurs de passage.
Ce monastère avait été abandonné au 19ème siècle et il tomba peu à peu en ruine. En 1984 de grands travaux de restauration débutèrent et la restauration prit fin en 1994. Depuis 1991, une communauté religieuse s'y est installée, grâce à un jésuite, Paolo Dall'Oglio. Les moines et les visiteurs masculins logent dans un bâtiment annexe, et un édifice de l'autre côté du wadi acceuillera les moniales et les femmes.
Vous pourrez manger autour d'un repas, dans la chaleur et la bonne humeur. Une fois là-haut, difficile de redescendre et de quitter ce lieu sans avoir un petit pincement au coeur... On n'aurait qu'une envie : y remonter, histoire de vivre encore un petit bout d'éternité...
Pour plus de renseignements sur l'architecture de l'église, la communauté religieuse etc.. vous pouvez consulter le site internet de Deir Mar Musa : http://www.deirmarmusa.org
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