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Liban

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Beyrouth

Publié le : 21 Avril 2006

Au-delà des champs d'usines prolifères,
Se dresse l'indomptable regard
D'une ville aux bras mutilés,
De tempêtes
              Balles et obus.

L'écume au bord des lèvres,
Elle tousse, crachote des menaces
              Pesantes
              Lourdes

Encombrée des essences acides et amères
Je ne me rappelle rien,
Sauf du néant innommable de
Cette plaie béante, de cette
Course absurde au temps
Qui passe.


Détour vers Knaissé

Publié le : 21 Avril 2006
Détour vers Knaissé

Knaissé, petit village montagnard au-dessus de Beyrouth, victime lui aussi de la guerre civile libanaise.

Un ciel noir et vitreux. Des gouttes de pluie sur le pare-brise en petits éclats concentriques et maladifs, laissant une empreinte boueuse, voile sur le paysage qui défile.
L’église de Knaissé, et derrière elle, les caveaux bafoués par la guerre, par les hommes.

Trous béants, sombres et engorgés. L’œil n’arrive pas à tout de suite à saisir des détails dans cette pénombre imposante : ossements, brindilles, pierres s’entremêlent dans une indescriptible confusion. Ici, le silence est pesant, l’air lourd et âpre. Les rochers tout autour ont revêtu leur masque mortuaire, à l’image des crânes enfoncés dans la terre.
Il n’y a plus de traces d’horreur, plus l’odeur morbide du crime perpétré, il y a cette tristesse insondable, pénétrante à laquelle on ne réchappe pas.

Le vent s’est levé brusquement, soulevant les feuilles qui volètent, s’arrachant douloureusement du sol. Et ce sifflement plaintif courant lentement le long des murs. La voix de Levon, notre ami libanais, m’arrache violemment à ce lieu, m’enlève le manteau de la mélancolie.

La voiture file. Je ne me retourne pas. J’imagine que ce tableau restera intact tant que les mémoires et la terre n’auront pas oublié.


Détour vers Knaissé

Détour vers Salima

Publié le : 21 Avril 2006
Détour vers Salima

Salima, petit village perché sur le Mont-Liban, à 30 km de Beyrouth,  abritait deux communautés druzes et chrétiennes et fut l'un des villages touché le premier par la guerre civile libanaise.

"C'est parce que les souvenirs des anciennes demeures sont revécus comme des rêveries que les demeures du passé sont en nous impérissables."
                                                                           G. Bachelard, La poétique de l'espace         


La forêt, la route monte et dans une douce langueur, je m’endors, bercée par les soubresauts de la vieille oldsmobile. Parois blanches, luminescentes. Nous pénétrons dans le village de Salima, qui regarde d’un air méfiant ces voyageurs perdus sur les routes exiguës. Nous visitons une immense propriété laissée à l’abandon, dont les ruines portent encore les traces de la douleur et violence passées. Cette bâtisse dont les murs s’effritent peu à peu, lutte dans un douloureux rictus contre l’oubli.
La terre meuble glisse le long des poutres enchevêtrées dans un équilibre précaire. Les murs de pierre s’affaissent, s’étouffent dans un murmure inaudible. Les couleurs bleues et délavées laissent entrevoir un temps heureux, si lointain qu’il en est impalpable. Etat de rêve qui nous est propre, proche, qui fait partie de nous.

Je suis fascinée par cette force, par le caractère de l’endroit qui parle à mon imaginaire, par la vie de la maison qui résiste, qui se dresse pour se rappeler... Ombre passante, fluide et légère qui effleure du bout des doigts la porte.

Le silence n’est soudainement plus silence, et l’on perçoit au loin des rires cristallins, étouffés, des pas feutrés, et la douceur infinie de la nuit. La demeure nous retient quelques instants dans son passé, puis dans un soupir, elle se détourne, lassée.

Dehors, sur un tas de pierre, de briques et de carrelages, se détache un poupon en plastique, les membres démantelés, les yeux crevés ou bien fermés. L’ombre du passé s’envole. Le silence redevient alors notre silence et l’on regarde cette maison se fondre derrière nous, et n’être bientôt plus que notre seul souvenir de Salima.


Détour vers Salima
Détour vers Salima

Arrivée sur Beyrouth

Publié le : 21 Avril 2006
Arrivée sur Beyrouth

Départ pour Beyrouth. Les halls d’aéroports me procurent toujours la même sensation : un étrange calme mêlé à une excitation dissimulée qui grandit au fur et à mesure, au détour d’un couloir, en voyant s’afficher les vols sur un écran télé.

Je somnole pendant tout le trajet, de temps en temps, je regarde les gens autour, j’écoute les bribes de conversation, les langues qui s’entremêlent dans une confusion étouffée. Les pleurs des enfants, les rires des autres, les regards échangés, les sourires. L’avion a atterri à 16 heures, heure locale, j’ai tout de suite senti que je ne retrouverais pas les premières sensations que lorsque j’ai posé un pied en Egypte. Dans les couloirs froids aux lumières néons, les gens sont ordonnés, répondent, parlent en français. Il n’y a pas cette cohue de l’aéroport du Caire, pas ce mélange détonant, la foule, les gens qui hurlent, crient pour rameuter d’éventuels clients dans leur hôtel, leur taxi.
Après avoir récupéré la valise, la sortie : une masse de personnes attend, faisant des signes, certains avec des bouquets, guettant le passage de celui ou celle attendu.

Dans une autre ville, dans un autre monde.

Traversée de Beyrouth, tant de voitures, il y a tant de choses à regarder, des panneaux publicitaires partout : des femmes en soutien-gorges recouvrant des pans entiers d’immeubles. Le champ visuel est rapidement brouillé, submergé par tant d’éléments. Le regard sélectionne : immeubles à l’abandon encore criblés des traces d’obus côtoyant de nouveaux bâtiments flambants neufs, de couleurs vives. Contraste saisissant. Le « neuf » pour étouffer la destruction, comme une disproportion, une volonté d’oublier. Je distingue la mer un peu plus loin. J’adore les premiers instants d’immersion dans une ville, c’est à ce moment là, c’est dans ces premiers moments fugitifs que l’on sait si l’on va aimer regarder la ville et si la ville va se laisser voir. Je crois de plus en plus fortement à cette réciprocité, à l’échange qui se crée, aux premières impressions.

Des fils électriques se croisent, grimpent le long des murs des immeubles, se contorsionnent. Le ciel est lourd et pesant et diffuse une lumière cyanée qui donne un effet presque irréel.

La maison d’Antioche, ancienne demeure de religieuses, une bâtisse blanche où s’entreposent des objets sans vie, sans corps, des icônes attendant d’être restaurées. La chambre : deux petits lits en bois de pin. A l’étage supérieur en plein déménagement : tableaux au sol, posés contre un mur fissuré, vierges multicolores, un matelas. Les objets, même dans ce désert, semblent avoir pris une autre dimension. Ils résistent… simplement. Ils disent tant de choses : ce petit christ en croix, ce portrait de sainte Thérèse touchée par la grâce, ne représentant plus le portrait de quelqu’un, mais un au-delà insoupçonné, une croyance.

La lumière tombe rapidement, les immeubles prennent une couleur rouge, couleur de terre.

Je sais pertinemment que ce premier regard sur Beyrouth demeurera, que j’y revienne bien plus tard ou pas. Beyrouth qui se donne sans se donner, Beyrouth qui panse ses plaies, Beyrouth dans sa foi immuable qui lui a permis de se redresser.


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