Jour 5
Levé avant le soleil dans le froid sec et glacial du petit matin. La montée se poursuit dans la végétation de cette jungle folle où se côtoyent lianes, branches moussues, sol de boue où les pieds s'enfoncent, absorbés. Des rochers jalonnent ce trajet. Les heures passent, le soleil a du mal à percer cette végétation dense et touffue et fort heureusement car la montée à elle seule est déjà une épreuve !!! Soudainement au détour d'un tournant la jungle n'est plus et c'est un paysage de puna qui lui succède, paysage tant affectionné qui indique les hauteurs andines. Il faut passer le col situé à 4200 mètres d'altitude. Et là magie de l'instant. Oui, indéniablement cela en vaut la chandelle. Nous sommes entourés par les glaciers : dans les brumes de chaleur d'après-midi. Des kerns ici et là, des cactus et des monts blancs, somptueux. D'ici quelques années ils ne seront plus, réchauffement planétaire oblige. Nous avons quitté l'enfer vert et boueux de la jungle pour un paysage idyllique où fleurissent les arbres de lupin. L'herbe est grasse, les rayons du soleil dans les arbres créent de magnifiques contre-jours. Nous passons près des mines incas, creusées dans les parois de la falaise. Pierres blanches et petits chemins étroits en bordure du précipice. Il ne faut pas avoir froid aux yeux. La descente est une promenade en comparaison de ce que nous avons vécu les jours précédents. Une promenade qui nous mène tout doucement vers Yanama, petit village heureux et paisible des Andes. Nous sommes accueillis par Herminia qui nous offre l'hospitalité. Nous nous retrouvons au coin du feu dans sa cuisine en terre battue. Dans le noir, nous entendons d'étranges petits cris. A la lueur des bougies, nous découvrons une dizaine de petits cuys, autrement dit des cochons d'inde qui n'attendent que d'être mangés. Nous dormons tôt. Demain, nous restons sur Yanama.
Aurélia
Jour 4
Après avoir encore déambulé dans le site de Choquequirao, nous partons pour une longue et rude journée de marche, toujours accompagné par notre soleil imperturbable. De descentes en montées, nous arrivons enfin au sommet d'une falaise d'où nous apercevons le Rio Blanco, rivière inatteignable nichée entre les montagnes. Si pour Xavier et Sébastien la marche se fait sans trop de difficultés, il n'en est pas de même pour Stéphane et Aurélia. Il faut toujours forcer le pas et les corps craquent véritablement avant d'atteindre la rivière. Cheval obligatoire pour Stéphane.
Quelques heures de repos au bord de l'eau mais le mal est fait, les genoux flanchent. Pourtant il nous faut remonter l'autre versant de la montagne pour atteindre le lieu-dit de Maizal, promontoire qui surplombe la vallée.
Aurélia
L'étymologie de Choquequirao est à elle seule une histoire... pleine de questions. Cette expression voudrait dire «le berceau doré» ou «le berceau de l'or», le mot «quri» signifiant «or» en quechua. Mais est-ce bien le cas ? Le sens des mots peut varier dans le temps. Pour désigner la grande route inca, les quechuas ne disaient-ils pas «qhapaq nan», traduit par «le chemin du chef» ? Or aujourd'hui, «qhapaq» veut dire «riche»... On utilisait donc le mot «riche» pour désigner le chemin de l'empereur à l'époque précolombienne. Peut-on imaginer un pareil glissement étymologique pour Choquequirao, où le mot «or» évoquerait plus l’empereur inca que le métal jaune... ? Choquequirao, «le Berceau du chef» ? Difficile à croire ! Je me garderai bien d'une telle affirmation. Les sources scientifiques sur l'origine de ce nom sont si difficiles à trouver....
Ce que l'on sait, c'est que Choquequirao fut un refuge des Incas à l'arrivée des espagnols. A la limite du département du Cuzco, sur un site magnifique surplombant la rivière Apurimac (affluent de l’Amazone), à 3000 mètres d'altitude, des vestiges archéologiques gisent là, au trois quarts enfouis sous la jungle, sur un site de plus de 200 hectares ! Seuls 20% des édifices ont été dégagés. Partout, y compris sur l'autre versant de la montagne, à 1h30 de marche et un col plus loin, on retrouve des terrasses (andenes) oubliées. Peu à peu des archéologues français fouillent Choquequirao et le font sortir de l'oubli, à la suite d'Eugène de Sartiges, qui redécouvrit le site en 1834...
Aurélia, Stéphane et Sébastien
Nous sommes dans une petite maison en rondins de bois, sans fenêtres, avec un sol en terre battue. Il est environ 19H, il fait nuit, et le feu qui crépite dans la pièce éclaire à peine nos visages. Herminia, notre hôte, fait chauffer de l'eau. Sa fille la regarde.
Il nous a fallu 5 jours de marche pour arriver dans ce petit village coupé du monde. Seule une radio à pile capte par intermittence des résidus sonores venus d'un autre monde, et la fatigue s'empare de nos conversations...
Stéphane
Jour 3
Un réveil en fanfare : chants du coq à qui l'on aimerait tordre le cou. Se laver succintement à l'eau froide. Xavier prépare sa mixture matinale : avoine, quinoa, lait en poudre. Energie assurée. Nous partons pour rejoindre le site de Choquequirao. Nous qui maudissions la pluie, nous en venons presque à la souhaiter tant la chaleur est insoutenable.
Nos pieds et ceux des bêtes soulèvent la poussière qui aveugle, pénètre dans la bouche, dans les cheveux. Nous arrivons au camping de Choquequirao où sont consignés tous les touristes venus pour ce trek. Différentes formes de voyage. Il y a ceux et celles, les moins nombreux, qui sont comme nous venus par leur propre moyen, ou d'autres qui voyagent en grand luxe avec agences : cuisinier, eau chaude, tentes et matériels derniers cris.
Un luxe que nous n'avons pas mais qui ne nous fait pas envie. A part peut-être l'apéro au pop-corn !!!!
Découverte l'après-midi du site inca, perché sur ses hauteurs imprenables. Nous nous allongeons dans l'enceinte de l'Ushnu, lieu cérémoniel et sacrificiel, profitant de la douceur de fin d'après-midi. Peut-être aurons-nous la chance d'être visités par un condor...
Aurélia
Jour 2
Les préparatifs durent plus longtemps que prévu. Il fait très chaud, et pas d'ombre sur ce flanc de montagne. Chemins escarpés, chemins qui montent, se perdent sans espoir qu'ils ne se terminent. De la montagne aride, dure avec des paysages changeant sans arrêt.
Kilomètres 18, 19.... La descente en zig-zag se termine et il nous faut traverser un immense pont qui surplombe la rivière de l'Apurimac en furie. A l'entrée du pont une croix, marquée du 16 mai 2007, rappelant la mort d'une jeune péruvienne ayant voulu traverser la rivière à la nage. Le soleil se couche, avalé par les flots bouillonnants. Il nous faut remonter pour atteindre le petit hameau de Santa Rosa, au kilomètres 24. Nous établissons notre campement devant la maison des frères Cubarubio. Marmite de pâtes au thon et cabillaud qui seront désormais notre pain quotidien. Stéphane et Sébastien s'endorment à la belle étoile sous le ciel étoilé et lacté.
Aurélia
Jour 1
Arrivée sur Cachora, petit village aux maisons blanchies par la chaux. Lumière de fin d'après-midi. Des chiens jouent dans la poussière. Des enfants dessinent à la craie d'étranges personnages sur les trottoirs ou sur le bas des murs des maisons. Un arbre centenaire au milieu de la plaza de Armas. Un silence de cathédrale. Nous dormons dans la maison de Celestino Peña, grand propriétaire de mules et de chevaux du village qui nous serviront pour le trek.
Installation dans les petites chambres rudimentaires mais propres. Couvertures criardes à motifs floraux.
Nous partons demain pour sept jours de marche de Cachora à Aguas Calientes.
Il est encore tôt, la nuit vient à peine de tomber mais nous mangeons déjà : une soupe délicieuse et brûlante, histoire de réchauffer les corps.
Aurélia
Un soir de pleine lune, la folie chamanique s'est emparée de nos corps... Aurélia, Xavier, Stéphane et Sébastien.
Ce soir, j'ai eu l'impression de revoir de vieux amis. L'histoire est vieille. C'était il y a 15 ans. Los kjarkas était déjà un symbole de la « pop andine » populaire bolivienne. Les mélodies renouvelaient le genre sans le dénaturer. Les paroles - histoires d'amour évidemment - faisaient des kjarkas le groupe populaire à la mode. Pendant longtemps, j'ai sillonné les routes de France en les écoutant avec mon vieux passe-cassette... Je pensais qu'ils avaient disparu tant cette musique réinventée fait aujourd'hui office de produit à la mode, joué par tous les groupes « traditionnels » dans les métros de nos contrées (surtout en hiver, allez savoir pourquoi)...
Et bien non ! Les radios les diffusent encore et ces boliviens sont devenus la fierté du Pérou. Magie du hasard - curieuses retrouvailles avec 15 ans de distance - nous sommes allés les voir en concert à Cusco. Ils n'étaient là que pour un soir et nous ne l’avons pas regretté. Stéphane a effectué un petit enregistrement (2 heures !) du concert, rien que pour vous. En voici un petit extrait...
Sébastien
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