Émerveillement. Il suffit de Croire et cela vient presque tout seul, comme un cadeau. Il faut aimer les belles histoires, les mythes, les mystères et les contes pour enfant. Chaque rencontre en amène de nouvelles, encore plus inattendues. Et avec elles des histoires et croyances populaires spécifiques.
La planète est un champ d'expérimentation magnifique pour l'imaginaire, l'irrationnel, les incertitudes, les différences.
Parler de cosmovision andine n'est pas un tropisme confortable de voyageur naïf et pressé. Je ne sais pas pourquoi les gens nous font confiance ainsi. Peut-être parce que nous aimons croire au merveilleux ?
Le voyage comme antidote à notre univers d'adulte.
Pour moi, oui, cela ne fait aucun doute. A 18 ans, mon imaginaire est passé d'un dé à 20 faces à la planète, de Tolkien au fantasme géographique. Mon imaginaire fantastique sur une table à jouer s'est tari lors de mon premier voyage d'adulte, en Equateur, il y a 15 ans. Retour aux sources...
Pour voyager, nous devons (ré)apprendre à être idiot, spontané, déraisonnable. Croire aux fables auxquelles nous n'avons jamais crues. Il nous faut apprendre à écouter. L'écoute sensible disait René Barbier, une personne que j'admire. C'est un vagabondage assumé, sans jugement, où les croyances d'ici peuvent apparaître comme ridicules ou inutiles ailleurs. Accepter les Hommes et les événements tels qu'ils sont, avec fatalité et naïveté, même feinte. C'est un jeu indispensable sans lequel on ne fera qu'effleurer quelques ruines et rêver un pays incompris. C'est un pari, un antidote vis à vis de nos civilisations blasées.
Sébastien
Elle a un rire joyeux, un de ces rires qui fend l'air, qui fend le silence et le fait danser. Un rire qui fait du bien. Avec ses beaux yeux qui pétillent.
Elle semble sortie de nulle part, tellement en décalage avec les visages burinés et fermés d'ici. Une femme féminine aux allures d'homme. Comme si c'était le seul moyen de résister. Les gens ici sont fuyants comme la brume qui monte et remonte le long de la vallée. Des sourires discrets, des regards méfiants et leurs paroles comme avalées par le brouillard : étouffées.
Lybia, elle, rit, de toutes ses dents, de toute sa beauté encore juvénile malgré ses 34 ans.
Les gens sont adossés aux murs des ruelles quasiment désertes, caméléons au couleur du temps.
Lybia, elle, habite la rue, l'illumine.
Elle vit avec sa soeur et sa mère dans une grande maison du village. Elle vit seule, sans homme. Pourquoi sans homme, alors que toutes les femmes ici sont mariées dès leur plus jeune âge ??
A dire vrai, il suffit de la regarder. Lybia a soif de liberté.
Aurélia
Inès, née à Achupallas, petit village situé à 3500 mètres d'altitude dans la province du volcan de Chimborazo, nous raconte son enfance au village. Elle nous ouvre les portes des anciennes maisons historiques du village ainsi que des jardins où gisent abandonnés des vestiges incas : un puits du bain de l'Inca, des marches, une meule, une fontaine utilisée aujourd'hui pour baptiser les enfants d'Achupallas et des pierres ça et là.
Achupallas est surnommé le premier repos des Incas sur la route du Nord. C'était en effet un tambo royal (il y en avait tous les 7 jours de marche sur le Qhapac Nan pour accueillir l'Inca contre un jour de marche pour un tambo classique qui servait aux chasquis)
Pendant quatre jours, l'accueil d'Inès nous a fait apprécier le village et nous la fait regarder différemment. Les brumes andines, le lac de Mapahuyna, la chapelle perchée, la vie paysanne et des personnes rencontrées (Lybia et Julio Silva).
Aurélia et Sébastien
Jean-Luc nous fait aimer les musiques populaires (Russe...) des pays qu'il traverse, celles qu'on écoute dans les taxis, les simples troquets ou par hasard, dans un bus ou à la radio. Voici donc une chanson pour lui, celle de Cholo Juanito (album : Osito Pardo), musique andine péruvienne écoutée dans les contrées équatoriennes (village de Tigua, province du Cotopaxi).
Aurélia et Sébastien
« Tienes frio ? »
Une parole se perd dans le vent froid qui balaie les flancs de la montagne de Tigua.
« Tienes frio ? »
Une deuxième fois, plus haut, plus fort.
Deux enfants me regardent avec leurs billes rondes, allongés dans les champs sur terre battue. Deux petites voix qui viennent rompre le silence venteux. Le ciel est bas et lourd.
Tendre la main pour toucher les nuages.
Personne aux champs, en ce milieu d'après-midi, un dimanche. L'odeur de terre humide remonte. Du silence à perte de vue : l'heure des siestes, du repos, l'heure de ne rien faire.
Un retour en arrière. La Lozère, dans la maison familiale, Louis, mon grand-oncle est attablé. Il ne dit rien. Seul le bruit de son couteau qui épluche une de ces petites pommes fripées est perceptible.Toutes paroles seraient malvenues. Il est de ces silences qui portent en eux l'explication de toutes choses.
Par le fenêtre de la cuisine s'égare un rayon de soleil timide qui éclaire le journal posé devant lui. Les murs de granit. La pièce en clair-obscur. Le visage buriné de Louis, modelé par la lumière.
Sur le poële, un verre de vin qui chauffe. Louis rajoutera un sucre.
Ici, Daniel peint, à la lueur d'une fenêtre. Sans voir le paysage, enfermé dans son établi qui lui sert aussi de chambre, il peint des paysages de Tigua, des scènes de vie, des femmes en tenues traditionnelles. Une palette de couleur dans cette chambre terne qui tamise tous les bruits.
Il garde son chapeau comme Louis gardait sa casquette.
Il ne parle pas ou très peu seulement quand on le presse de le faire.
Ses yeux parlent pour lui. Il regarde, il observe, retranché dans son mur de silence. Louis regardait avec son oeil unique qui riait, qui parlait.
Toujours l'odeur de la terre, de la pierre humide dès que l'on franchit le seuil de la maison.
La chienne vous regarde partir sans détacher ses yeux sombres de votre silhouette qui s'éloigne. Soulagée de votre départ. Elle reste avec son maître dans l'enclos protégé de son territoire. Tous deux enfin seuls, en cette fin d'après-midi.
Aurélia
C'est une rencontre rare, à 3500 mètres d'altitude, dans une communauté rurale andine équatorienne. Un professeur de théâtre vient ici enseigner sa passion. Il est beau, charismatique. Un sage plein de cette sérénité qui caractérise les Hommes libres et engagés. Des enfants marchent plusieurs heures des vallées voisines pour venir le voir. Parfois, dans d'autres régions d'Equateur, c'est lui, - Wolf -, qui parcourt ce même chemin, loin de toute route, vers des communautés isolées. Il enseigne son Art par le corps, le mouvement, la méditation. Des rituels appris aux quatre coins du globe, de Corée aux Etats-Unis.
Il est revenu au pays. A Tigua, les membres de la communauté utilisent leurs masques et jouent des contes traditionnels avec une chorégraphie moderne, dans l'église de ce hameau de quelques dizaines d'habitants. A sa façon, Wolf donne de nouvelles clefs pour perpétuer la mémoire de cette communauté. Se réapproprier un imaginaire sans se folkloriser, signe définitif d'une acculturation. Il parcourt son pays ainsi.
Recemment, dans une communauté autochtone du Canada oú il se trouvait, une vieille dame lui dit : « Pour nous, wolf (le loup), c'est l'animal sacré qui enseigne ».
Oui, Wolf, dit « Sinué », c'est un peu tout cela, un passeur contemporain, un messager andin.
Sébastien
Un jour, nous avons été invités dans une classe de Tigua... et nous avons reçu une déclaration d'amitié pour le moins surprenante !
Sébastien
Pour traverser l'Equateur, il n'y a d'autre voie possible que de descendre vers le Sud le long du « couloir andin », entre les deux chaînes de volcans. De cette plaine centrale, il suffit alors de prendre une route transversale. On change d'univers pour accéder aux altitudes andines où les communautés rurales « autochtones » vivent dans des conditions difficiles et enclavées. Les « indigenas » appellent leur univers le « paramo » : des alpages, des champs et des steppes de montagne, où la rudesse du climat et les conditions de vie guident une façon de vivre et de penser.
Tigua, petite communauté de quelques centaines d'habitants à 2 heures de route de Latacunga. Nous y sommes restés 4 jours à rencontrer les habitants et nous immerger dans la vie de ce village. Nous avons découvert un univers à part à la mesure de nos espérances : les luttes politiques du passé, les contestations indigènes, le mode d'organisation du village, la place considérable de l'Art (théâtre, musique, peinture) dans la vie des habitants. Nous avons pu photographier les ateliers des peintres les plus célèbres, interroger des paysans, le président de la communauté, le directeur et le professeur de l'école...
Aurélia et Sébastien
Entre Otavalo et Quito se trouve Cochasqui, sur les flancs du volcan Fuya Fuya. Près de 15 pyramides construites bien avant les Incas, probablement par les Quitucaras, originaires d'Amérique centrale. Est-ce là l'explication de ces étranges architecture, dont les formes sont inédites en Equateur ? Difficile d'en savoir plus. La nature de ce site fait débat. Destin étonnant, car c'est ici que la Condamine disposa une de ses stations pour les mesure astronomiques de sa mission, sans rien savoir de tout cela.
Quelques centaines de mètres plus bas, on distingue des restes de routes incas... Cochasqui est évidemment un point de passage de l'ancienne route Inca reliant Otavalo à Quito.
Aurélia et Sébastien
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