]les criques rocheuses de San Isodoro
Dernier jour à La Fortuna, nous n’avons pas de visite prévue et souhaitons seulement profiter des environs immédiats, de Manduria où nous avons nos habitudes le supermarché, le photographe.
Nous nous étions promises de retourner à San Isodoro dans les criques rocheuses pour profiter de la transparence de l’eau et de l’abondance de la faune.
Cette journée de pause est nécessaire pour étiqueter les photos lire les guides pour préparer les visites dans le secteur de San Vito dei Normanni. Nous avons besoin de ces respirations avant d’aborder un nouvel endroit.
Envie de profiter du domaine où nous nous sentons comme chez nous. Ce matin, j’ai dessiné la grande cour comprise entre les écuries sous les arcades et notre maison, d’un côté, un grand bâtiment bas et voûté abritant des salles de réception et des cuisines (le club house du ranch ?) cet endroit paraît un peu désaffecté. C’est le domaine des chevaux et des cochons. En regardant bien, on voit que, dans une roue de charrette, on a fait un massif de plantes grasses, aloès, sedum, et autres succulentes que je ne sais pas nommer. Les jeunes ont balayé, passé le jet. Ce matin l’endroit parait pimpant. Ils attendent des visiteurs pour demain Samedi. Ettore et Fortunato construisent une estrade pour un orchestre près de la piscine. Samedi, nous serons ailleurs. Nous ne verrons pas les mondanités et la foule. Pour nous, le charme des lieux est justement le calme de l’avant saison. Le domaine est immense : la Masseria a trois étages, le camping avec ses huit emplacements très bien installés, notre maison et ses quatre appartements. Si tout était complet, La Fortuna fourmillerait de monde, il leur faudrait rentrer les animaux…
Comme les autres jours, nous passons les heures chaudes à la piscine. Je profite des 16m de longueur pour expérimenter des nages sur le dos.
Le soir nous allons nous promener dans la campagne autour de la Fortuna dans les vignes qui grimpent en hauteur sur des fils soutenus par de hauts poteaux. Les grappes sont encore vertes mais elles sont de taille impressionnante. Les vignerons en éliminent une partie qui se dessèche au pied des ceps. Plus loin des oliveraies. Cette promenade dans le calme, loin des foules balnéaires nous ravit.
Je dessine la ferme abandonnée qu’on voit sur le bord de la route. Comme les fermes ici, elle est en tufo beige clair. Ce tufo est un calcaire qui se taille très bien. On en fait des blocs sciés régulièrement. Encore maintenant, au lieu d’utiliser les affreux parpaings gris, on construit les maisons modernes en pierre de taille ainsi que les murs et les portails monumentaux .Il arrive qu’on commence même à enfermer la propriété d’un magnifique mur sans construire la maison.
L’architecture locale comprend des éléments originaux tels que des escaliers extérieurs qui grimpent plus haut que la plus haute terrasse, ne conduisant nulle part, autre caractéristique : les créneaux coiffant les murs, deux blocs surmontés d’un petit au milieu donnant un cachet moyen âgeux. Certains angles sont adoucis de créneaux qu’on a arrondi en une courbe gracieuse. On utilise aussi les arcades arrondies ou gothiques en arc brisé y compris dans les maisons neuves. Des contreforts posés à l’oblique complètent cette série d’ornementation. Sans oublier les cheminées hautes et souvent coiffées d’une pointe.
La grosse ferme abandonnée combine tous ces éléments. De nombreux bâtiments s’imbriquent, se superposent composant des volumes compliqués soulignés par les ombres du cocher du soleil. D’autres fermes plus basses avec des palmiers qui dépassent de leurs murs crénelés ont un air africain, surtout sous le soleil de midi.
Jour de déménagement, nous n’allons pas bien loin, une cinquantaine de kilomètres à peine dans la direction de Brindisi. Dès les premières heures de la matinée nous bouclons les valises défaisons les lits et tâchons de rendre l’appartement impeccable. Fortunato a eu la gentillesse de nous permettre de rester jusqu’au début de l’après midi. Ils attendent de nombreux clients, nous voulons leur faciliter la tâche.
concentration de motards
Nous passons la matinée à la piscine. Ce soir deux cent Harley Davidson en provenance de toute l’Italie et la Sicile vont converger ici. L’avant-garde arrive dès 11h du matin : quatre malabars de noir vêtus, anneau d’argent à l’oreille, crâne rasé, muscles débordant des gilets sans manche et des débardeurs. Ettore et Fortunato s’agitent derrière le nouveau bar qu’ils viennent de construire avec des grosses planches sur des tonneaux. Ils charrient des tonnelets de bière. Cette arrivée met fin à mes regrets. J’ai toujours du mal à quitter une maison, en une semaine j’ai déjà mes habitudes, nous nous sommes liés d’amitié avec Marianna, Fortunato et sa mère. Cette dernière nage avec moi dans la piscine.
-« Heureusement que mes fils n’ont pas cette allure ! » soupire – t elle.
L’idée de voir le domaine envahi par les hordes chromées et pétaradantes ne lui sourit guère
- « il faut bien encaisser quelque argent ! »
On ne peut que souhaiter de voir leur affaire prospérer.
Voyage en plein midi
Nous traversons des oliveraies, des vignes, des villages morts sous un soleil de plomb. Le ciel embrumé de chaleur paraît gris. Cette lumière écrasante m’endort je refreine des bâillements intempestifs. Nous sommes seules sur la route à braver une telle chaleur.
Sur la carte, la route parait droite. Dès qu’on pénètre dans un village c’est un labyrinthe de sens interdits. Dès qu’un panneau indicateur manque impossible de trouver la bonne direction.
Tenuta Deserto
A 15h20 nous découvrons le domaine de Tenuta Deserto : la route serpente dans les champs, les oliviers entre des chênes magnifiques passe par trois portails. Nous nous arrêtons devant un grand bâtiment de pierre grise »club house » quatre portes-fenêtres arrondies vitrées éclairent une grande pièce voûtée, au dessus un étage avec une loggia avec de très hautes arcades. Les six premières rangées de blocs de pierre et tous les accessoires sont blanchis à la chaux.
Un homme se précipite à notre rencontre nous ouvre ne porte métallique peinte en vert, petite entrée puis une porte en bois : nous sommes chez nous : c’est il Rosmarino .
Il Rosmarino, une bombonnière sans cuisine
Dans l’entrée minuscule, un frigo, un mini four pour réchauffer un panino pas trop grand ; une plaque électrique d’un genre antique. Même pas d’évier pour faire la vaisselle, pas de table. Quelques jolies étagères encombrées de bibelots inutiles, une série de pots à épice ! Des porte torchons sans torchons ! On soulève un léger rideau de gaze et on découvre un beau lit de fer forgé qui occupe tout l’espace, à part cela un minuscule secrétaire et une armoire vitrée avec un rideau retenu par un ruban- armoire de curé ?deux chaises, un ventilateur, toujours pas de table deux étagères légères fer forgé et rotin en guise de table de nuit. Les murs sont couverts de minuscules aquarelles encadrées de très bon goût. Le ventilateur sur pied est très efficace, il faut dire que le volume est réduit. De belles voûtes de pierre au plafond, en calcaire dur découpé en moellons irréguliers, un peu bosselés avec des éclats, qui semble vernissé.
A San vito dei Normanni, il n'y a pas grand chose!
Nous allons en ville chercher les commerçants. San Vito, comme toutes les villes italiennes est un cauchemar pour la circulation : centre historique piétonnier autour des petites rues à sens unique. Nous découvrons un supermarché bien achalandé mais rien qui pourrait nous dépanner : pas de pizzas à emporter pas de traiteur qui fait des plats cuisinés, pas de Tavola Calda. Le système Tavola Calda aurait été idéal mais il ne semble exister que dans les grandes villes.
Tout problème trouve sa solution!!
Au retour à la Masseria, avec le propriétaire. Pour nous être agréable, ils nous permettent d’utiliser leur cuisine. Il suffit de traverser la route et le club house. Pour que nous nous sentions plus à l’aise il nous fait découvrir des endroits insoupçonnés. Derrière le bâtiment bas tout en longueur où se trouve notre petit Rosmarino il y a un dédale de courettes de ruelles de maisons de vergers, une tour moyenâgeuse du XVème siècle, un four à pain, un puits, un verger tout à fait extraordinaire dans une cour pavée. Les petits arbres sont installés en creux dans des trous carrés. Je n’arrive pas à comprendre si on leur apporté de la terre ou si on a dallé au dessus du sol. On s’attendrait à voir des pots de terracotta sur le dallage. Non, ici, les arbres sont en creux : petits agrumes, magnifiques pruniers, cerisiers, kakis, abricotiers – jardin sophistiqué comme les jardins des ryads marocains, là où la végétation est un luxe qu’on entretient savamment.
Trulli.
3 étoiles sur le Guide Bleu : Alberobello est le village des trulli, emblèmes des Pouilles. Le trullo est la première image qui vient à l’esprit quand on parle des Pouilles. Ce sera donc notre première visite.
Itinéraire
Une quarantaine de km séparent Alberobello de San Vito dei Normanni, route par Ceglie Messapica, Martina Franca, LocroRotondo, très agréable dans des collines au relief beaucoup plus marqué que du côté de Taranto, terre rouge, oliviers, petite murettes. C’est une campagne très aménagée, les oliveraies sont extrêmement soignées, la terre a été labourée. Les maisons sont nombreuses, souvent chaulées. On fait grand usage de la chaux, les bordures de pierre sont également blanchies ainsi que les murs, les poteaux des portails.
Premiers trulli en chemin
A peine avons nous quitté Tenuta Deserto que nous découvrons les premiers trulli. A côté de la Masseria, il y a également un petit groupe de trulli qui m’avait semblé artificiel. Je ne sais pourquoi, j’avais imaginé cette construction solitaire, un peu hutte de berger. Telle n’est pas ma surprise de voir des groupes de cônes regroupés derrière une façade rectangulaire reliés entre eux. Certains sont entièrement cimentés. Il y a même des escaliers extérieurs, parfois une sorte de chemin de ronde. D’autres sont en pierre sèche sans aucun liant. Le plus souvent la base est cimentée et chaulée ainsi que la pointe portant un curieux volume : le pinacle. Sur les toits en pierre on a dessiné à la chaux de curieux dessins: des croix, symboles astrologiques, même un cœur percé d’une flèche. Renseignements pris, il ne s’agit pas d’une déclaration d’amour profane, c’est l’amour de la Vierge Marie. Je m’exclame à chaque trouvaille : trulli perdus dans une oliveraie ou entouré d’un jardin luxuriant.
Nous traversons Ceglie Messapica et Martina Franca sans autre souci que de suivre les flèches. Il faudra revenir en semaine, le dimanche c’est mort !
Locrorotondo attire notre regard : perchée sur la colline, ses maisons parfaitement blanches font une couronne éblouissante, les toits en V renversés comme à MonteSantAngelo soulignent cette couronne avec les pointes. Dômes et campaniles dépassent.
Alberobello : patrimoine de l'Humanité
Alberobello est un village inscrit au patrimoine de l’Humanité à cause de l’homogénéité de la construction : deux quartiers sont construits uniquement de trulli très bien préservés. C’est donc un site touristique très fréquenté. Parking payant, pas d’horodateur, les cartes de parking sont en vente dans les magasins de souvenirs qui pullulent 4.5€ c’est bien cher mais cela correspond à un droit d’entrée.
Nous remontons une des petites rues du quartier des trulli blanchis à la chaux, éblouissants sous le soleil du matin, fleuris agrémentés de tonnelles de vignes passiflores chargés de fruits oranges de la passion .Les maisons rondes sont regroupées autour de minuscules ours. Les habitants ont sorti les chaises. Les femmes tricotent de magnifiques liseuses, des châles et des pulls qu’elles vendent. S’il ne faisait pas si chaud, si les valises étaient moins pleines, j’aurais bien acheté une liseuse. En Turquie, j’avais regretté d’avoir laissé passer une occasion similaire. Les gens nous invitent avec beaucoup de gentillesse à entrer chez eux : joailliers, épiciers de luxe, vendeurs de cartes postales et même mini brocante ? Tous les trulli sont de minuscules boutiques de souvenirs. On ne se lasse pas de prendre en photo les toits amusants, les girouettes en forme de guerrier casqué, les pinacles en boule, diamant, disque…Dominique est inspirée. Je me censure.
Ecomusée
Le Musée se trouve sur la colline d’en face qui porte un autre quartier de trulli et la ville moderne. Il est installé dans une dizaine de cônes qui communiquent entre eux sans qu’on ne s’en rende compte. Comme dans tous les écomusées l’intérieur d’une maison ancienne a été reconstitué avec son mobilier. Des outils des différents corps de métiers sont exposés dans des vitrines : boutique du coiffeur, tailleur de pierre, vigneron… Ce qui me surprend ce sont les dates qui figurent sur les étiquettes : » XXème siècle », froidement, vaguement, comme il serait écrit « XIVème » ou « XVIIIème ». Le XXème siècle est bien terminé avec les machines singer à pédale, les peignes-rasoirs et les vases de nuit en grès. Jolie exposition-photos du Japon : Alberobello est jumelée avec un village japonais. Les panneaux explicatifs sont très détaillés. Il me faut du temps pour déchiffrer l’Italien et les lire. La plupart des documents datent du XIXème siècle. Le témoignage le plus ancien est de 1790. Des statistiques de 1850 dénombrent 439 chefs de familles journaliers pour 41 fermiers et 11 bourgeois et hommes de bien. A cette époque ces derniers construisaient des maisons vastes et carrées. Le phylloxera qui a tué la vigne en France marqué l’essor du vignoble dans cette région des Pouilles. Les paysans ont alors planté sur de petites surfaces disponibles et se sont enrichis.
Avant de quitter Alberobello je m’offre une glace au lait d’amande, spécialité locale, délicieuse avec des amandes pilées.
Locrorotondo
Notre visite de Locrorotondo se limite à la recherche des boutiques encore ouvertes ce dimanche midi. Dans le Centre Historique, près d’une jolie église toute simple décorée d’une rosace très fine, une pâtisserie vend ses derniers gâteaux. J’achète deux cornets feuilletés et deux canoli à la ricotta. Nous n’avons pas le courage de nous promener dans les rues en pente d’un blanc éblouissant sous le soleil.
Le retour s’effectue donc à cette heure sans ombres où le ciel paraît gris même en l’absence de tout nuage. Le vent soulève des tourbillons de feuilles et de poussière. L’air est beaucoup plus sec qu’à Manduria. Il doit faire moins chaud sur les hauteurs des collines.
J'ai perdu mes lunettes
Je suis pressée de passer devant la grande poubelle métallique « il bidone » pour retrouver mes lunettes qui ont dû tomber quand nous avons jeté nos ordures ce matin. A notre passage je ne vois rien. De retour au gîte, je déballe tout, toujours pas de lunettes. Dominique se propose pour y retourner pendant que je prépare la salade ;
la châtelaine dans sa cuisine
Il me faut emprunter un saladier dans la grande cuisine. Sveva, la patronne, est en train de confectionner une crème caramel. C’est une très grande femme blonde aux abords un peu brusques et revêches. Habillée très simplement, elle a l’assurance de la noblesse campagnarde, ici, pas de chichis ! Je l’imaginerais facilement à cheval. Sous ses dehors intimidants, elle est très bavarde et charmante. Nous conversons en français qu’elle parle parfaitement. Elle a étudié au Lycée français de Rome puis chez des Dominicaines françaises. Ce matin elle a fait un tour à Lecce (70km) où elle espérait trouver une brocante. Nous évoquons les villes baroques de Sicile : Syracuse, Noto…La Toscane l’agace : trop de tourisme lui a fait perdre son authenticité. Sur ces entrefaites, Dominique, entre dans la cuisine ; mon saladier est vide.
piscine
La piscine permet de supporter la chaleur – alternative à la sieste. Nous avons pris des goûts de luxe à La Fortuna avec la grande piscine à l’ombre des pins pour nous seules. Ici, il faut conquérir de haute lutte sa chaise longue et son parasol. Les enfants occupent la surface de l’eau juchés sur un trôle rose ou des bateaux gonflables violets ; ils contrarient mes longueurs. L’eau est tiède et moins rafraîchissante qu’à Manduria. Je m’isole dans la lecture des Derniers Jours de Pompéi.
un vaste domaine
Vers le soir, nous allons faire un tour dans l’immense domaine. Au-delà de la maison, une barrière retenue à une magnifique poterne avec 4 piliers de pierre s’ouvre sur une allée blanche très large bordée de deux murets. Cette route plate est construite sur une sorte de digue très haute dominant des vallons de prairies en pente dans les quelles paissent des chevaux et des moutons. Près de la maison, sont plantés des eucalyptus et des pins, à 150m, un magnifique chêne séculaire aussi beau que le chêne d’Humière. La route blanche, toujours égale, passe sur un pont de pierre. Malheureusement, une autre grille cadenassée interdit de poursuivre notre chemin. Revenant sur nos pas, nous empruntons la route d’accès des voitures, cancello énorme entre des poternes de pierre, puis un chemin poussiéreux qui nous conduit dans les oliviers.
La promenade m’a fait voir la propriété sous des angles différents. Je dessine la Masseria vue de la digue et découvre un escalier monumental qui tourne sur de hautes arcades.
Quand je rentre au Rosmarino, Dominique est très contente : elle a parlé avec Sveva qui lui a recommandé le Novotel à Naples pour les deux dernières nuits avant de reprendre l’avion. J’avais imaginé une étape dans le Basilicate, une autre en Campanie dans la campagne. Dominique s’angoisse : un long voyage ne l’engage pas à la visite. Le Novotel se trouve à Caserta, juste à la sortie de l’autoroute, facile à trouver. Il offre le confort d’une belle piscine, un petit déjeuner copieux, le tout pour un prix de 107€ le week end au lieu de 175. On pourra visiter Caserta, l’équivalent napolitain de Versailles. Sveva y descend quand elle va à Naples à l’hippodrome.
Les chevaux du domaine sont des purs-sangs. Sur le haut buffet de la cuisine s’entassent des dizaines de coupes gagnées par son mari à cheval. L’entrée du Rosmarino est décorée de sous verre sur le thème équestre, des gravures anciennes mais aussi des photographies de départ de courses signées par les participants. J’avais pensé qu’elles étaient là pour donner un genre, non c’est tout à fait authentique.
Lorsque nous explorons la géographie d’un pays, nous visitons musées, châteaux et églises, mais nous découvrons aussi la personnalité de nos hôtes. A l’hôtel l’accueil est standardisé. En Agritourisme, nous pénétrons dan s les maisons des gens. Nous côtoyons les propriétaires des grands domaines que nous ne fréquenterions jamais dans notre vie quotidienne. Dans cette découverte, il faut être prudente, ne pas se laisser aveugler par des préjugés. Sveva avait annoncé à Dominique qu »elle préparait un « petit dîner ». Nous avions imaginé l’arrivée de leurs amis en tenue de soirée. C’est le couple qui occupe la maison voisine. Le gros monsieur en maillot de bain croisé à la piscine a revêtu une chemise bien repassée. Point de nappe, de bougie ou de mise en scène. Nous nous sommes emballées victimes de notre imagination.
Sveva, complimentée par Dominique pour son excellent français, nous révèle qu’elle possède la nationalité française ainsi que ses enfants. Elle est petite fille d’un ambassadeur français près du Saint Siège, a passé le baccalauréat français et possède la double culture.
Finalement, je commence à voir les avantages de notre Rosmarino sans cuisine. Partager la cuisine du château ne sera plus une corvée, plutôt une occasion de bavarder ! Pour frire mes escalopes panées, j’ai oublié l’huile et je demande à Sveva la permission d’utiliser la sienne. C’est celle de ses oliviers. Je tiens ainsi les réponses aux questions que je me posais quand nous nous promenions dans les oliviers.
les olives et les oliviers
-« Combien donne un olivier ?
– de 13 à 20% : un quintal d’olives peut donner de 13 à 20 litres selon la qualité des olives et selon la taille de l’arbre. 100kg représente la récolte d’un bel arbre ».
Ici, les arbres sont gigantesques, je n’imagine pas qu’on puisse secouer à la machine ces troncs énormes, ni battre les feuillages si hauts. Pas de filets enroulés comme je l’ai vu en Grèce.
« Quand les arbres sont trop grands on attend que les olives tombent toutes seules sur des filets ou tout simplement au sol »
D’où l’intérêt de bien désherber l’oliveraie et de tenir le sol propre.
Ravie de ces explications, je rapporte mes escalopes au Rosmarino et nous dînons devant la maison dans le « salon de jardin ». Vers 10heures, le vieux fermier, allumeur de réverbères, poussera la porte de notre entrée pour accéder à l’armoire électrique
Vers la Grotte..
Pour arriver plus vite, autoroute Bari-Brindisi qui longe la mer par la plaine côtière jusqu’à Monopoli, puis nous montons dans la colline recouverte de forêts. Parking extérieur obligatoire. Ce n’est pas par souci de préserver les abords immédiats de la grotte comme à Castel del Monte, il y a toute une foire artisanale en plus des hôtels, restaurants, magasins de souvenirs, boutiques qui cachent un petit musée très bien fait.
Visite accompagnée de la Grotte
La visite accompagnée est chère 13€. Ce prix s’explique par toute l’armada de guides, l’éclairage et toutes les installations du site. Pas d’aventure ici ! Un groupe d’une centaine de touristes encadrés par trois guides suit un cheminement cimenté entre des barrières en aluminium. La guide présente les concrétions amusantes : la civette, la jambe de la ballerine chaussée d’escarpins, la Madone en prière, le dromadaire…Les explications scientifiques sont plus sommaires. Le rôle des Guides se borne à la surveillance « attention à la marche… » « Eteignez votre caméscope ! »
Malgré la foule, malgré les aménagements, la magie opère. Nous marchons trois kilomètres tantôt dans des salles immenses où l’on pourrait loger une cathédrale, tantôt dans un long et étroit canyon, tantôt dans des couloirs ornés de stalactites, stalagmites, colonnes très bien éclairés.
Je marche en tête du groupe, j’oublie mes compagnons et me laisse séduire par toute cette splendeur. La salle blanche est une merveille, colonnes, concrétions de calcite très pure, draperies translucides diffusant une lumière très douce.
A la sortie de l’ascenseur, je retrouve la chaleur et la lumière. Dominique a été déçue par la petite ville de Castellamare, elle a hâte de déguerpir.
Plage sur l'Adriatique au sud de Monopoli
Nous continuons la journée à la plage au sud de Monopoli : plage de sable, eau transparente, parasols bleus et lettini en plastique blanc- 5€ chaque objet. La plage payante jouxte la plage libre bondée. Sous les parasols, très peu de monde. Nos voisins parlent très bien le français mais ils ne sont ni discrets ni malins .Etonnés de notre présence :
-« vous n’avez pas d’origines italienne ? »
-» Comment êtes vous arrivées ici ? »
-« Créteil, on connaît, on n’aime pas»
-»on avait remarqué que vous n’étiez pas jeunes »
insiste le gros balourd
-»Ce n’est pas une gaffe quand même ! »
Mais, en bon Italien, il a des références antiques :
-« Nous sommes sur la Via Appienne, ici on changeait les chevaux ! »
Renseignements pris, c’est faux, la Via Appienne arrive à Brindisi mais passe plus à l’ouest.
Concert Théodorakis ?
Je passe mon temps dans l’eau. Peu de poissons pas de vagues.
A cinq heures, on remballe. Nous sommes près du site archéologique d’Egnazia où aura lieu un concert de Paganini ( ?) au programme Theodorakis et Azzola. Theodorakis dans les ruines antiques me plait beaucoup. C’est un de mes grands souvenirs : Theodorakis à Césarée en 1971 ou 1972, nous avions rempli un camion pour aller l’entendre dans le théâtre antique. Les billets se vendent au musée. Nous n’avons plus envie d’entreprendre la visite d’un site ce soir, de toutes façons nous reviendrons pour le spectacle.
Oliviers
Sous la belle lumière du soir, de gros oliviers isolés dans un champ labouré, ratissé et roulé attirent notre regard. Un peu plus loin, on arrose par aspersion : cela fera de belles photos !
Dans la cuisine du château
Dominique a acheté des légumes pour faire une ratatouille. Je ne peux pas laisser la casserole sur le gaz sans surveillance dans la grande cuisine de la Masseria. J’emporte Les Derniers Jours de Pompéi. Sveva arrive en coup de vent, prend les fax (dans la cuisine !). Elle doit aller voir ses paysans qui lui ont préparé un certain fromage qu’elle aime particulièrement et doit ensuite procéder à l’échange des poulets (garder les poules pour les œufs et vendre les mâles). Quand elle parle de ses fermiers on se croirait revenus cent ans en arrière.
la leçon d'histoire de Ricardo
Son mari se fait réchauffe un panino. Il offre un verre de vin blanc à dominique. Très en verve, - peut être à cause du vin blanc ? – il a envie de bavarder. Il a beaucoup voyagé et effectué de nombreuses missions en Roumanie et en Ukraine. Je crois comprendre qu’il est agronome ou économiste – ou les deux –expert pour l’Union européenne. Sa passion, c’est l’histoire. Il fulmine contre le Pape qui fait des déclarations, selon lui, à contre-courant de l’histoire ; -puis se désole de l’inculture des jeunes italiens. Il trouve sur ces sujets une oreille très complaisante chez Dominique. D’après lui, une cassure s’est opérée dans les années 70-80 . Il soutient qu’à 64 ans, sa génération est beaucoup plus proche de celle de son père et même de celle de son grand père qui est né en 1864 que de celle de son fils qui a 29 ans. Il disserte sur l’accélération du changement et du progrès technique.
- "Pendant plus de 2000 ans tout le monde se déplaçait à cheval, en carrosse ou en charrette. Le paysan comme le Roi !"
Dominique s’étonne de l’intervention du roi. C’est qu’en Italie, le dernier roi a abdiqué en 1946 ! Riccardo énumère tous les rois d’Italie à partir de Victor Emmanuele II ; Je le remercie pour la leçon d’histoire, il est temps de se coucher
Ostuni n’est distante de Tenuta Deserto que de 11 km. En chemin, nous faisons un crochet pour découvrir de jolis trulli cachés dans les oliviers .Cette campagne est très habitée : maisons soignées avec une allée bornée de bornes et créneaux chaulés de blanc, jardins pimpants.
La route d’Ostuni est très agréable à travers oliveraies et vergers d’amandiers.
une ville blanche couronnant une colline
Ostuni est une ville blanche couronnant une colline. Les quartiers modernes qui l’entourent ne sont pas déplaisants : immeubles blancs peu élevés, commerces d’accès facile. C’est ici que nous ferons nos courses au lieu de nous perdre dans le dédale de San Vito pour ne rien acheter !
La circulation dans la vieille ville est impossible. Il ne faut pas s’y aventurer, même là où cela est permis : les rues très étroites se coupent à angle droit, un camion suffit pour bloquer le trafic. Nous nous promenons donc à pied guidées par un plan offert par la dame de l’
Office de Tourisme.
Cathédrale
Nous montons au sommet de la colline pour trouver la Cathédrale : façade dépouillée, elle rosace de pierre, joli porche sculpté, une frise en feston fins. Hélas, l’intérieur est baroque ! Faux marbres et rompe l’œil, baroque solennel et ennuyeux sans aucun délire ni aucun humour. Le baroque n’est acceptable que dans la démesure. Contenu, il est sans intérêt. Le couvent baroque est plus intéressant : grillages bombés de la clôture, les bonnes sœurs avaient elles des robes à panier ? Une bonne soeur peinte prend son envol ! Les grilles peintes ressortent sur le décor blanc. Le musée installé dans le couvent présente des découvertes archéologiques locales : sépultures néolithiques reconstituées. Le commentaire extrêmement détaillé est accessible uniquement aux italiénisants et rebutant le touriste moyen, même de bonne volonté.
Palazzo vescovile
Une jolie placette fait face à la cathédrale. La gracieuse loggia du palazzo Vescovile l’enjambe en une arche de pierre blonde tranchant sur le blanc éblouissant. Tous les palazzi sont chaulés de blanc. La pierre sculptée se détache.
Castello
Le vicolo castello nous conduit à une vaste terrasse d’où l’on voit la mer bleu foncée et le moutonnement des oliviers. Du Castello, il ne reste plus que des murailles blanchies .
Ruelles blanches, collection de portes
Les ruelles blanches nous inspirent beaucoup. Comme à Rabat, nous faisons une collection de portes : porte rococo découverte au hasard dans une impasse, beaux portails 17ème se faisant face dans une ruelle. Il n’y a aucun recul pour cadrer la photo. La porte sera tronquée mais on aura la jolie plante verte des voisins !Jeu des ombres bleutées des arches multiples sur la blancheur des rues, volumes compliqués des escaliers soulignés par une rangée de pots de fleurs contenant des géraniums ou du basilic. Ici un jasmin grimpe, là un citronnier ou un olivier en pot se détachent. Les volets verts ou bleus donnent un air de Rabat ou de Cyclades. Pourtant la mer est distante d’une bonne dizaine de kilomètres. Nous ne nous lassons pas de faire des photos. Je dessine une ruelle où trois arches se superposent, deux escaliers se contrarient, un yucca darde ses pointes acérées qui se dédoublent avec les ombres. Sans parler des marches du pas des portes ! La ruelle est large d’un mètre cinquante. Aucun véhicule ne viendra me déranger. Je m’assieds par terre.
Le photographe s’est trompé de paquet : il a donné nos photos à un autre client. Heureusement, c’est une voisine qui viendra les rapporter une heure plus tard quand elle aura constaté la méprise. Cela ne nous était encore jamais arrivé !
Nous rentrons pour déjeuner au gîte au plus chaud de la journée – ciel gris, atmosphère humide. Si nous étions en France, il y aurait de l’orage.
Après midi en piscine
La piscine est bien calme. Les anglais, rouquins au corps laiteux lisent alignés sous les parasols, le Monsieur italien très distingué a commencé un nouveau roman. Dominique est seule dans l’eau quand j’arrive. On entend les oiseaux. L’arrivée des enfants belges avec leurs bateaux violets, leurs palmes et leurs tubas rompra le silence.
Réserve du WWF, sur la dune
En face de San Vito dei Normanni il y a une réserve du WWF, refuge pour les oiseaux. Quand nous arrivons vers 18h 30 les autres remballent les ombrelles et les sièges mais la plage est encore bien occupée. Nous avions imaginé un site désert, des sentiers de randonnée, des oiseaux… Mais cela c’est à Pâques. Fin Juillet, le moindre accès à la mer est fleuri de parasols et de serviettes colorées.
Pas de sentier côtier, c’est la dune. Nous marchons sur la plage. Dominique peste qu’elle » s‘est fait piéger ». Nous atteignons des rochers Une palette de bois échouée sans doute d’un cargo du port de Brindisi tout proche lui sert de siège. Je continue seule, 30 minutes dans un sens autant dans l’autre, montre en main (ou plutôt téléphone portable). Je marche à la limite de l’eau sur le sable. Sur la dune poussent de très belles fleurs blanches que je n’arrive pas à identifier : pétales plus découpés que les iris ou que des narcisses, longues feuilles en ruban. Des immortelles violettes, les mêmes qu’au Danemark ou qu’aux Canaries, ubiquistes. Nous sommes venues « pour les oiseaux », aucun ne se présente, pas même un goéland ou une hirondelle. Je croise de rares baigneurs qui ont choisi un endroit tranquille. Le soir tombe. Le ciel est rose. L’eau reflète des teintes rares, du rose saumon au jaune paille en passant par l’orange ou le gris argenté.
Au loin, de très gros bateaux partent et arrivent à Brindisi. Des rochers plats et piquants délimitent les petites criques. Je remets mes sandales. Le sentier passe par la dune jusqu’à la plage suivante où je me trempe les pieds avec délice. C’est la plus belle promenade des vacances.
Je retrouve Dominique juste avant le coucher du soleil ici, sur l’adriatique, il se couche dans les collines mais teinte joliment la mer. Dernier bain de mer, la grosse boule rouge est barrée d’un banc de nuages.
Nous rentrons à la nuit au gîte. Je fais une omelette. Riccardo regarde une émission stupide dont la RAI UNO a le secret. Il n’a pas envie de bavarder comme hier. Sveva est à Naples à l’hippodrome. Elle est juge et arbitre les courses. Nous profitons encore un bon moment de la douceur de la nuit assises devant il Rosmarino.
Martina c’est à cause de Saint Martin, celui qui a partagé son manteau
Franca indique une ville franche.
Martina Franca est distante de moins de 40km du gîte. Nous connaissons déjà la route que nous avons prise dimanche pour aller à Alberobello. Nous passons dans les collines dans la zone des trulli qui nous sont devenus familiers.
Nous abordons la ville par les quartiers modernes : les rues sont occupées par le marché : débordement de melons jaunes et verts, de pastèques (angurie), caisses de toutes petites tomates bien rouges. Celles d’ici sont en grappe, plus rarement des olivettes. Haricots verts, aubergines violettes et blanches, poivrons verts, rouges et jaunes. Foisonnement de couleurs. Nous nous promettons d’y retourner après la visite touristique.
La vieille ville
Nous entrons dans la vieille ville par une arche toute simple signalée par une plaque. A l’intérieur de la ville close c’est un dédale de ruelles et d’impasses. Maisons blanches comme à Ostuni en moins éblouissant, plus poussiéreux. Peut être l’éloignement de la mer ? En revanche les ornements des portes et des balcons sont un régal pour les yeux. Les palazzi bordent la Via Mazzini. S. Vito dei Greci (XVème) s’ouvre par une porte à bossage en pointes de diamant surmonté d’une balustrade. En face, d’autres palais aux portes ouvragées aux fenêtres encadrées royalement, volutes baroques découpées et évidées toutes en courbes, ferronneries bombées compliquées. Certaines façades blanches sobres sont seulement soulignées d’une porte monumentale. Il faut être attentive à tous les détails. La belle église San Domenico est cachée derrière des bâches, grâce au Guide Bleu, je découvre les sirènes cachées de la corniche. A l’intérieur, une décoration de baldaquins et de drapés en l’honneur de Sainte Anne du 23 au 26 juillet, tissus bleu blanc et rouge du pire effet occultent les peintures et les fresques nautiques.
Basilique San Martino
Nous arrivons rapidement au cœur de la vieille ville : la basilique S Martino sur la place du Plébiscite. Enorme édifice à façade baroque tardif (1747 1775) finalement assez sobre par comparaison avec les églises de Lecce. Un haut relief au dessus du portail : Saint Martin partage son manteau. Je savais que saint Martin était un soldat romain. Je ne l’imaginais pas chevalier casqué fougueux découpant le manteau à l’épée.
L’intérieur de l’église est très clair, marbres et dorures, angelots. Finalement très élégant.
Au moment où nous quittons l’église, un groupe de français avec conférencière s’approche. Je leur emboîte le pas. La Guide fait un subtil distinguo entre le baroque de Rome, ses fastes et ses pompes et le « barroquet » ou « barroquin » de Naples, plus proche de l’artisanat, insolent avec ses putti, petits garçons sexués plutôt qu’anges. Il faudra que je retrouve ces distinctions dans la littérature.
Une très jolie place succède à la place du Plébiscite : bordée d’un côté par une colonnade en hémicycle occupée par des cafés. De là partent des rues étroites toujours bordées de palais magnifiques débordant de balcons en ferronnerie torsadée, de fenêtres encadrées de volutes élégantes, d’armoiries…Nous ne savons plus où donner de la tête.
La Via Vittore Emmanuelle II est bordée de boutiques présentant des soldes mirobolants. Je craque pour un pantacourt bouffant avec des lacets partout : 8€ c’est donné. La formule pantacourt me plait : pas de problème pour entrer dans les églises et se promener en ville, on a l’air habillé.
palais ducal
La Piazza Roma est triangulaire, en son centre : un jardin public avec une fontaine ornée de dauphins. Un côté de la place est occupé par le Palais Ducal immense bâtisse de 380 pièces construit en 1668 par Petracone Caracciolo. Un jeune homme se présente : il fait bénévolement visiter le palais aux étrangers. Petit cours d’architecture : le palais est maniériste. Le Maniérisme se distingue du Baroque par les lignes droites, les colonnes doriques, encadrement des fenêtres et des portes souligné par des cannelures verticales. A l’étage, deux enfilades de pièces : encadrements des portes doré très baroques. Dans la première salle série de portraits des ducs qui présentent toujours la même figure (celle du duc qui a construit le palais). Puis salle du confessionnal : le duc séduisait des jeunes filles et les tuait, genre Barbe bleue ! Puis la chapelle et des magnifiques fresques dans les trois salles suivantes à thèmes mythologiques ou bibliques.
Théâtre Verdi
Je retrouve Dominique sur la grande place rectangulaire moderne passé la Porte Saint Martin qui relie la ville close à la ville moderne. Dans le Théâtre Verdi, l’Orchestre de la vallée d’Itria répète toutes portes ouvertes à cause de la chaleur : Bellini Montecchi et Capulete. Les cuivres sont près de la porte, plus loin les bois. J’ai l’impression d’être au milieu des musiciens. En face, chœurs de Verdi (un disque ? ou une répétition au Plais Ducal ?)Cette musique nous donne des envies de concert.
Granité
Pause dans un café luxueux devant l’arc de triomphe où Saint Martin est perché, se détachant sur le bleu du ciel. Je commande le granité de café qui me faisait très envie depuis notre arrivée en Italie. On l’apporte dans une très jolie coupe remplie à ras bord de ce sorbet au café très fort les morceaux de glace pilée donnent la consistance du granité. Sur la plage, j’avais essayé le granité de limone, chimique et trop acide venant des machines transparentes sur le comptoir des cafés et j’avais été déçue. Le cadre de la terrasse, le mobilier en fer forgé blanc, le joli parasol, tout contribue à rendre ce granité délicieux. Nous réservons des places pour le concert de jeudi soir : Farinelli Roi et Empereur.
piscine
Après midi sur le bord de la piscine. Il faut user de stratégie pour avoir deux chaises longues. Dominique réserve les places avant le déjeuner, tout le monde fait ainsi, les imprévoyants n’ont plus qu’à étaler une serviette par terre au soleil tandis que les bateaux pneumatiques violets des enfants belges trônent sur des fauteuils ombragés. Cet état d’esprit m’agace ainsi que les cris des enfants et tous ces objets gonflables qui encombrent la piscine. J’ai trouvé le Monde ce matin, je me concentre dans ma lecture tandis que Dominique fulmine contre les enfants belges, les enfants anglais, es ados néerlandais…
sur la route d'Egnazia,
A 5heures il est temps de partir à Egnazia pour visiter le site archéologique et pique-niquer avant le spectacle ; à 6h, la lumière est très belle, Dominique a l’intuition de quitter la route côtière et de prendre un chemin de traverse. Nous découvrons une masseria carrée, compacte, ornée de créneaux et de tourelles et de hautes cheminées carrées ressemblant à un château fort orange dans la lumière du soleil déclinant. Derrière l’énorme portail fermé par des grilles, un chien dissuasif, on ne s’arrêtera pas !
Les oliviers sont énormes, centenaires, torturés, tortueux. Il semble qu’une main de géant les a empoignés et tordus. Certains troncs sont formés de plusieurs rejets comme des cordes tressées. D’autres sont creux, un vide sépare leurs racines comme deux jambes d’un monstrueux bipède. Il y en a des têtards, troncs boursouflés, feuillage rare hirsute. D’autres croulent sous leur ramure déjà lourde de leur promesse de récolte.
Je m’installe sur une murette pour dessiner. Dominique photographie. Elle trouve une ferme abandonnée aux longs murs bas dont le crépi blanc s’efface. Deux blocs nous font un banc pour le melon au jambon du dîner. Pique-nique parfait !
Le site d'Egtnazia au coucher du soleil
Cette découverte nous a fait renoncer à la visite du site et du musée d’Egnazia, nous y arrivons donc au coucher du soleil – somptueux, belles photos. En attendant le début du spectacle il me reste une heure pour découvrir la ville romaine sur la Via Trajana, ses rues son forum, l’amphithéâtre, les basiliques chrétiennes…
Spectacle dédié à Théodorakis
Déception ! Pas de théâtre antique ! Pas de vieux gradins de pierre ! Un podium de poutres métalliques, planches et toile installé au milieu d’une pelouse et des chaises en plastique, aucun rapport avec Theodorakis à Césarée !
A 9heures, l’assistance n’est pas installée. Des élégantes en robes brillantes emperlousées aux savants brushings, sont debout dans l’allée centrale. On s’embrasse, on se congratule. Sur le podium les électriciens règlent les projos. A 9h3O, nous commençons à nous impatienter.
Pas d’orchestre, de la musique enregistrée. C’est un spectacle de danse. Danse moderne assez convenue. Pas d’audace chorégraphique. Une bonne technique, le spectacle est au point. La première partie présente des tangos sur une musique d’Astor Piazzola .La deuxième est une espèce de pièce dansée autour du personnage de Zorba interprété par le anseur étoile Raffaele Paganini. Zorba va se marier, les jeunes filles brodent le voile de la fiancée qui s’élance à la poursuite de son amoureux. C’est très niais. Ensuite : scènes de danses masculines, seules référence à Zorba, puis des femmes en costume oriental. Un peu de couleur, cela s’améliore. Fin à 11heures et retour par l’autoroute Bari Brindisi en passant par Ostuni. Nous sommes un peu déçues
Retour à la mer.
Je me réjouis de retourner à la Réserve de Torre Guaraco. En passant à San Vito, nous observons une curieuse scène : l’inauguration d’une boucherie avec la bénédiction de la boutique par un curé en étole.
J’imaginais que le matin, nous retrouverions le calme de l’autre soir. Malheureusement, le parking est bondé, la plage couverte de parasols. Dominique ne veut pas s’éloigner de la voiture. L’eau est très transparente, un peu agitée mais pas trop.
Une baignade agréable
C’est l’occasion d’une belle baignade au dessus de petits rochers plats velus d’algues que broutent les poissons/ Dominique se laisse tenter et me rejoint. Sans parasol, impossible de rester hors de l’eau.
Courses à Ostuni
Nous reprenons la voiture pour Ostuni : donner les pellicules à développer chez le photographe et acheter des cadeaux pour toutes celles qui prennent soin de nos plantes. Ostuni est notre métropole, nous y avons nos habitudes, nos places de parkings, ma marchande de journaux qui vend le Monde, notre supermarché…Nous gravissons avec plaisir la rue qui monte à la Cathédrale bordée de magasins de souvenirs où je trouve un paréo. Nous rapporterons à Dominique Rétif des pâtes multicolores à Nathalie et à Jacqueline des objets en verre peint. En attendant que les photos soient prêtes, je commande un granité au café sur la plus jolie terrasse face à la Cathédrale sous l’arche Renaissance du palais Vescovile. L’appareil ne fonctionne pas on m’apporte un café frappé mousseux dans une coupe.
Encore un après midi tranquille au bord de la piscine.
Concert à Martina Franca
Pour le spectacle à Martina Franca, je décide de m’habiller : l’ensemble blanc très léger venant de Cuba est tout à fait adapté à la circonstance, le paréo pourra servir d’étole en cas de fraîcheur.
Le spectacle n’a pas lieu dans la cour du Palais Ducal comme nous le pensions mais dans le Cloître de l’église S. Domenico.
Il nous faut traverser toute l’enfilade des places : la moderne grande et rectangulaire bordée de cafés et de boutiques chics, passer sous l’arc de triomphe, puis la triangulaire avec son bassin devant le Palais Ducal enfin la place du Plébiscite et la basilique San Martino et la plus belle place, bordée d’arcades, en hémicycle, avant de trouver l’église dans les petites rues.
Animation en soirée
La vieille ville est éclairée. Toute une foule se presse. A près de 9 heures du soir les boutiques sont encore ouvertes. La petite ville endormie le matin est débordante d’activité. Les gens sont habillés pour sortir, cafés et restaurants sont pleins. Il semble que toute la ville soit en fête.
Farinelli Ré e Imperator
Le cloître est très simple chaulé de blanc entouré de grosses colonnes au fût rond ou carré. Un piano à queue des chaises alignées. Un monsieur âgé me donne son programme. Le titre Farinelli Re e Imperatore chapeaute un récital : des pièces commençant à Monteverdi (Couronnement de Poppée), Vivaldi, Mozart, Meyerbeer et Rossini . Les interprètes ne sont pas déguisés en Farinelli mais en costume sombre : deux hommes : un contretenor binoclard et un sopraniste jeune qui a l’air très timide, une femme mezzo-soprano également vêtue d’un costume d’homme. Au premier morceau du sopraniste on est un peu mal à l’aise, le chanteur déraille un peu. Cela fait plus penser à une performance sportive plutôt qu’au plaisir du chant. Puis, à mesure que la soirée avance, je m’habitue à la voix inhabituelle, l’artiste prend confiance et je me laisse séduire. La soirée passe très vite, variété des morceaux, beauté du cloître. Le bis est une surprise : Massimo, le sopraniste, est caché sous une arcade du cloître. Ensuite le contre-ténor chante « j’ai perdu mon Eurydice » tout le monde est debout. On quitte à regret le cloître.
Illuminations
Dans la rue, il y a toujours autant de monde, la plupart des magasins sont fermés mais restaurants et cafés sont pleins. Sur les marches de la Basilique San Martino, des jeunes sont assis. Nous entrons. Les illuminations sont surprenantes : la lumière semble tomber des fausses fenêtres. Au dessus de l’autel, la statue d’un évêque (Saint Martin ?) est illuminée toute seule, c’est assez kitch. Finalement cet intérieur clair est très beau . Nous nous joignons à la passeggiatta, peu pressées de rentrer. Il fait si bon dehors. On revit après la chaleur de la journée. Dans toute la ville des groupes se tiennent, assis ou debout : des jeunes, des femmes qui tricotent, des vieux…Le thermomètre d’une pharmacie marque 30°C .
Le vendredi est le jour des révisions : veille de voyage, nous ne voulons pas faire de la route. Profiter de la Masseria et de ses environs. Paresser au bord de la piscine.
masserie des environs : visiter un frantoio?
Un joli opuscule présente les masserie des alentours. Pourquoi ne pas y faire un tour, visiter un frantoio ? Nous faisons un, crochet par San Michele qui est le village le plus proche à deux kilomètres. Sa « banlieue » avec les halls d’exposition de voiture et de véhicules divers se trouve sur notre route mais nous n’avons pas eu l’occasion de visiter le centre du village. Quadrillage de rues à angle droit, maisons basses, peu de commerces, une place vide, une église quelconque. Par les journées chaudes on déroule un store à lames devant chaque ouverture pour aérer sans que la lumière ne pénètre. Le village ainsi obscurci, semble plongé dans la torpeur. D’Ostuni en direction de Cisterno, suivant la carte de la « Route de l’Huile », nous devrions découvrir des masserie intéressantes surtout Carestia (une étoile au Guide Bleu). Jusqu’au sanctuaire de San Oronzo – encore lui !- sur sa colonne, il prêchait sur la place de Lecce, il a également sa flèche à Ostuni en remerciement de sa protection contre la peste de 1657 – donc jusqu’au sanctuaire, tout va bien. La route grimpe sur l’arête des collines, en balcon dominant la plaine côtière cultivée d’oliviers, traversant un maquis. Ce n’est pas là que nous trouverons les belles masserie. Puis, la route tourne, encadrée par deux murettes dans une campagne quadrillée de murs de pierre sèche parsemée de trulli dans les jardins et parmi les amandiers et les figuiers. La terre est rouge. L’ensemble des couleurs est charmant. Nous arrivons dans les faubourgs de Cisterno, nous retrouvons les panneaux balisant la « Route de l’Huile » qui nous mène dans la cour d’une exploitation moderne avec des hangars métalliques et des murets cimentés. De retour vers Ostuni sur la route principale nous nous détourons pour découvrir des contrade, petits hameaux cachés par les oliviers touffus. Cette campagne est beaucoup plus habitée qu’il n’y paraît. Partout des panneaux « vendesi », toute la campagne est à vendre. Exode rural ? ou afflux des touristes ?
Toujours San Oronzo!
On s’entête, tout un grand tour sans même voir une seule masseria ! Nous reprenons le circuit à Ostuni jusqu’à San Oronzo. Tout de suite à droite, un bâtiment coiffé d’évêques et de saints émerge de la végétation correspond à la description du Guide Bleu. Pas un panneau ! Dominique fait une curieuse manœuvre pour trouver le chemin caché. A côté de la Masseria, une usine de conserves alimentaires. Deux employés, coiffe blanche sur la tête font une pause. Je les interroge : « pas de visite ». Nous passons devant le porche .Deux chiens sont couchés. Nous ne verrons pas les arcades ni la cour paysagée ni la loggia .
Ostuni, commerçants..
Retour à Ostuni chez le photographe, « ma » marchande de journaux n’a pas reçu le Monde.
Après midi en piscine
Il est midi quand nous rentrons à Tenuta Deserto. Je me fais une fête de plonger à la piscine. Bondée, même pas une chaise disponible et les objets gonflables qui encombrent l’eau. L’après midi la situation empire. Dominique préfère se coucher pour une sieste à la fraîcheur du ventilateur. Il fait vraiment très chaud : 35° . Enfin, avec force diplomatie, j’enlève deux sièges aux anglais et déniche une place à l’ombre je vais chercher Dominique et nous terminons ainsi l’après midi.
Même mon téléfonino sent la fin du voyage et refuse d’expédier sans préavis mes minimessages. Ordinairement je suis prévenue par SMS de l’épuisement de la mobicarte.
la stèle
Notre séjour à Tenuta Deserto se termine en douceur. Sveva et Riccardo sont assez distants ils attendent les nouveaux arrivants demain qui sera une lourde journée pour eux. J’aurais pourtant aimé compléter le puzzle. Je les vois comme des personnages de roman. Hier, au lieu de nous raconter l’histoire de la maison, elle nous a suggéré d’aller lire sur la « colonne ». Ce soir Riccardo nous y conduit.
C’est plutôt une stèle qu’une colonne à l’entrée de l’allée monumentale encadrée par deux murettes sur un remblai surélevé entre les deux prés et fermée par deux portails ; nous n’avions pas lu l’inscription : « VIA ALICIA HIGGINS » sur les deux poteaux « MARIA » sur l’un et « LANCELLOTTI » de l’autre côté. L’inscription relate l’histoire d’Alicia Higgins née en Irlande et arrivée à Naples en 1802 à l’âge de 21ans pour épouser Vicento Minutolo San Valentino qui mourut à 35 ans la laissant veuve avec ses deux fils qui seraient tombés dans l’indigence si la propriété ne leur avait pas fourni ses fruits. Cette aïeule irlandaise confirme l’impression diffuse que j’ai depuis notre arrivée d’un « air anglais » au manoir XIXème avec ses gravures de chevaux, le club house, les purs-sangs… Sveva est l’héritière du château, pourtant elle avait affirmé que son père était français et sa mère italienne. Riccardo est il son mari ? sur la facture était écrit Riccardo Delfino. Riccardo énumère les générations des ancêtres de Sveva comme il nous avait récité l’autre soir la succession des rois d’Italie. Je n’ai retenu que le nom de Fernando que j’ai lu sur la plaque appliquée sur la chapelle. Le samedi de notre arrivée, la chapelle était ouverte, une nappe brodée sur l’autel, les bougies allumées. Aujourd’hui Sveva y a passé un long moment. Dans la poubelle de la cuisine il y avait les boites de conserve des bougies. Mystérieuse chapelle : pour le décor, le souvenir ou la dévotion de Sveva ? Riccardo manifeste pour sa part des opinions contestatrices envers le pape qui « marche à contresens de l’histoire », à ce propos Sveva le coupe « il ne faut pas l’écouter, il fait de la provocation » Qui provoque t il ? Elle ?
Nous avons rendu « Il Rosemarino » à 10 heures comme prévu et avons passé un bon moment à la piscine. Inutile d’arriver trop tôt à Naples.
Dernières photos. De nombreuses maisons sont en cours de nettoyage, nous nous y aventurons par curiosité. Elles sont luxueuses et très vastes. Cela aurait été beaucoup trop grand pour nous. Nous avons été très bien au Rosemarino. Les préparations des repas dans la grande cuisine du château ont été l’occasion de mieux connaître les maîtres de maison.
dernières anecdotes de la Masseria
Nous découvrons dans une remise toutes sortes de chariots hippomobiles, charrettes sulkies calèches. Deux sont très belles surtout celle en osier tressé et vernis ;
Riccardo vient de rentrer sur son antique et très belle moto rouge pleine de chromes. J’essaie de lui faire raconter encore une fois la maison.
Notre bâtiment était le logement des fermiers. Nous connaissons les fermiers, c’est le vieux monsieur qui vient allumer la lumière et la dame qui fait le ménage le samedi ? Les autres maisons sont de construction ancienne, sans autre précision.
Je l’interroge également sur la « fontaine » de pierre finement sculptée sur laquelle il a installé son bureau au fond du club house. Ce n’est pas une fontaine mais le pressoir à vin. En dessous se trouve une cuve carrée entourée de marches de pierre où l’on foulait aux pieds le raisin, le jus s’écoulait par un trou qu’il me montre. Le « club- house » était le cellier rempli de tonneaux. Encore récemment, ils avaient des vignes et faisaient du vin. Les pièces de réception devaient se trouver au dessus là où mène l’escalier de pierre. J’aurais bien aimé les visiter mais elles sont louées. La maison garde donc encore beaucoup de mystères.
En route vers Naples
Nous passons à midi et demie à Ostuni encombrée par le marché. La route traverse les oliviers jusqu’à Fasano. Des grilles monumentales, des allées plantées de pins et de cyprès annoncent des masserie aussi grandes que des châteaux, celles que nous cherchions hier !Autoroute sous un soleil de plomb. Après Bari et Andria nous traversons de grandes étendues cultivées de blé. On a brûlé les chaumes ce qui donne un aspect noirâtre peu engageant. Un panneau lumineux nous signale un incendie vers Candela (ce mot de candela me fait penser à la chanson cubaine). Nous passons sans rien voir. Je m’étonne qu’on puisse allumer des feux par un tems pareil. Il n’a pas plu depuis des semaines. Après Candela, nous arrivons en Campanie, la route traverse les Apennins : campagne boisée, villages perché pittoresques. Enfin : la silhouette du Vésuve ! Caserte est située sur la bretelle d’autoroute en direction de Rome. Nous évitons Naples.
Caserte : arrivée à Novotel
Novotel se trouve à l’arrière de Carrefour. Nous voici presque revenues à Créteil ! Publicité amusante de Leroy Merlin : construction d’un trullo en sable.
Novotel a une entrée couverte d’un dais, une réception en granite éblouissant. Le réceptionniste est pointilleux. Pas de service inutile : pour les bagages, un caddie est à la disposition des clients. Cela dispense du pourboire !
La chambre est exactement ce qu’on imagine d’une chambre Novotel, la même qu’à Chiang Mai ! Une grande télévision avec TV5, un grand bureau, du papier à lettres, des rideaux bien opaques, une climatisation glaciale et bruyante qu’il faudra couper…toutes sortes de paquets dans la salle de bain : produit à douche, shampoing, nécessaire de couture, huit grandes serviettes, le luxe ! Le gadget que je préfère ne se trouve pas dans la chambre mais près des ascenseurs : c’est une machine à reluire les chaussures avec des brosses tournantes qui a donné un aspect rénové à mes vieilles sandales noires.
On accède par un passage dérobé (en costume de bain) à la piscine. Habillé, on traverse le restaurant. La belle piscine est carrelée on s’y rafraîchit une bonne heure. Décidément, le samedi est jour de voyage mais aussi jour de natation.
Caserta Vecchia
A six heures et demie nous partons à la découverte de Caserta Vecchia que nous avons du mal à trouver.
Novotel est situé sur un une grande avenue : le « stradone » barré par la Reggia, le château : Versailles au bout de la rue !. Il nous faut le contourner pour nous retrouver dans la ville moderne de Caserta où nous galèrons dans le dédale des sens interdits.
Nous arrivons au coucher du soleil à Caserta Vecchia perchée sur une colline. Des habitants louent leurs prés pour faire des parkings, les prix varient de 0.5€ à 2.5€ plus ‘est loin moins c’est cher. Ils ont aussi installé des attractions : promenades à âne, tables de pique-nique et barbecue. Nous arrivons donc dans une atmosphère de kermesse. Pas de banderole, pas d’affiche. Ce n’est pas une fête spéciale, c’est ainsi tous les week ends. Une gamine vend des bracelets, la mère des montres géantes (ils ressemblent à des gitans) Un homme a apporté des aspirateurs-miracles et propose une démonstration au milieu de la place.
Un château fort du 9ème siècle
Nous grimpons dans une pinède puis arrivons au château fort fondé par les lombards au 9ème siècle puis fortifié par les angevins puis les aragonais. Du château, les derniers feux d’un pâle soleil éclairent deux très jolies tours : le haut campanile roman(14ème) de pierre foncée décoré de colonnettes blanches un peu comme à Arezzo, à côté, une tour ronde, moins haute que le campanile, de toute beau té : des pierres de différentes couleurs forment comme une marqueterie à motifs variés lombards, byzantins, arabes et normands. Ce syncrétisme ne m’étonne pas, je l’ai rencontré à Palerme. Dans une chapelle, une chorale répète le concert gratuit, dommage que nous n’ayons pas le temps de nous attarder.
cathédrale
La ruelle aux gros pavés inégaux très pittoresque contourne la cathédrale. Sa façade est surprenante : des animaux de marbre blanc surgissent du mur nu .A la tombée de la nuit elle est ouverte : à l’intérieur de très belles colonnes de marbre antique blanc aux chapiteaux corinthiens soutiennent un plafond très simple. Près de l’autel, une belle mosaïque. La chaire est en marbre travaillé à la manière de Palerme. Je suis éblouie. C’est la plus belle église que nous avons visitée cet été.
le village en fête
Nous nous attardons dans le village en fête composé principalement de restaurants et de boutiques. Il semble que ce soit un lieu de sortie des napolitains le samedi soir. Nous commandons une pizza margharita pour seulement 3.5€ qu’on ira manger dans la pinède.
Quelle surprise ! Il m’avait semblé en quittant la Masseria que le voyage était fini.
Verrons nous le Vésuve?
A six heures moins le quart, je tire les rideaux : le ciel est couvert, la Vésuve dans la brume. Quelle malchance ! Déjà, il y a huit ans, le brouillard avait complètement caché le volcan, on n’y voyait pas à trois mètres. C’était alors en février, juillet ne nous sera donc pas plus favorable ? On se rendort ; Une heure et demie plus tard, les nuages se sont dissipés, la brume a disparu. On part.
Tout d’abord, crochet par Capodicchino, l’aéroport pour repérer les lieux, Dominique dormira tranquille cette nuit !
En route
Autoroute de Salerne, sortie Ercolano, des flèches marron indiquent la route qui grimpe jusqu’au sommet. Le Vésuve est dans un parc naturel.
Le Vésuve est bien sale!
Comme partout, en Italie du sud ou en Sicile, on a la manie du grillage. Les papiers gras, sacs plastiques s’accumulent le long de grillage rouillé. Le Vésuve est bien sale ! Des genêts embaument, je n’aurais jamais pensé qu’ils seraient en fleurs en plein été ! J’avais oublié que nous sommes à 1000m d’altitude.
au sommet
Parking gardé, buvettes, magasins de souvenirs. L’eau en petite bouteille se vend 1€. Entrée payante, bien sûr ! La montée s’effectue dans les scories par un bon chemin. Un vieux et une vieille, à l’air de paysans proposent des bâtons de leur fabrication tout simples, taillés au couteau, solides et sans fioritures. Ils ont dû les fabriquer par centaines. « Ne payez pas tout de suite, vous donnerez la mancia au retour. Industrie simple et lucrative. Le bâton est indispensable, la montée est raide et les scories glissantes à la descente.
Ciel très pur de montagne tandis que Naples est encore noyée dans la brume – ou peut être la pollution ? –Si la visibilité avait été meilleure nous aurions pu faire nos « révisions », je devine les docks et les grues géantes les plus proches, le château S Elmo sur le Vomero mais j’ai du mal à distinguer le Château de l’œuf, quant au Pausilippe et aux îles, je les cherche en vain. A nos pieds, une coulée encore fraîche, n’a pas encore été colonisée par la végétation.
Cette excursion tient plus du pèlerinage que de l’exploit sportif. Malgré la foule, les buvettes, les stands d’agates et d’hématites peintes en bleu, la fascination demeure. La vision fugace de l’avion Catane Milan m’avait impressionnée avec le cratère profond. J’ai envie de le toucher.
présence du volcan
Depuis l’atterrissage à l’aéroport j’ai été frappée par la permanence de sa silhouette à Naples, sa présence insistante. Même dans les ruelles étroites du Vieux Naples on réussit à l’apercevoir. Dès que l’horizon se dégage, il est présent. Ce n’est pas le plus haut ni le plus beau des volcans de ma collection mais c’est celui qui est le plus chargé d’histoire, le plus familier. J’ai lu et relu les lettres de Pline le jeune. Les derniers jours de Pompéi ont été le livre de chevet de ces vacances.
Ascension?
La montée a été beaucoup moins pénible que nous ne le craignions, deux rampes et nous voici au bord du cratère. Les chères provisions d’eau n’étaient pas nécessaires !J’aimerais photographier le trou énorme avec ses murailles verticales. C’est impossible avec un objectif de 28 peut être en jouant avec les ombres projetées ? Nous avons fait tellement de photos de volcans au Teide que ce que je prends ici ne peut que décevoir. A Fogo, le souffle coupé par la pénible ascension, je n’avais même pas regretté d’avoir oublié l’appareil. Nous aurions pu descendre dans le cratère fumant, les parois étaient moins abruptes qu’au Vésuve. Un chemin de crêtes permet de faire la moitié de la circonférence. Des fumerolles se dégagent encore. Le Vésuve s’est endormi en 1944 quand il a perdu son panache. Je détaille les couches de scories et de lave compacte. De temps en temps une roche de lave grise procure un banc au promeneur fatigué, une cassure au marteau permet de distinguer des cristaux blancs et noirs.
Entre temps, la brume se lève, les ports au pied du volcan apparaissent : Torre del Greco, Torre Annunziata. Je reconnais Herculanum. J’aimerais voir Pompéi, un marchand de souvenirs la montre à Dominique.
Piscine
En retournant à Novotel par l’autoroute nous retrouvons la chaleur accablante et profitons bien de la belle piscine.
la Reggia, réplique de Versailles
A cinq heures bien rafraîchies, nous repartons visiter un ultime site : la Reggia de Caserta – réplique de Versailles, dessinée par Vanvitelli au 18ème siècle terminée au 19ème. Il faut choisir entre le palais et les jardins. Ce sera les jardins. Grande promenade de trois kilomètres sur l’axe perpendiculaire au palais qui divise le parc en deux, rafraîchie par une série de bassins de jets d’eau, de cascades. Le parc est si grand qu’on propose des vélos et des calèches pour s’y promener. A sept heures les gardiens en voiture, chassent les visiteurs, promeneurs, amoureux et adolescents qui jouent au ballon.
Dernière promenade italienne
Dominique a beaucoup marché aujourd’hui et souffre à chaque pas. Pourtant nous ne rentrons pas directement à l’hôtel. Dernière promenade italienne dans Caserta qui s’est animée avec la fraîcheur. Les cafés, fermés tout à l’heure, sont bondés. Une procession passe, nous la suivons. C’est une paroisse qui fête la Sainte Anne, tous habillés de jaune et de vert, ils ressemblent aux supporters du Brésil.
Les sandwichs et gâteaux achetés à Caserta, dont rassis, durs ou élastiques, immangeables. Demain le buffet du petit déjeuner de Novotel nous fera patienter. Demain, nous serons à la maison. Nous regardons les actualités en français sur TV5. Le retour se fera en douceur.