Nous quittons Nézérine à 8 heures. Le voyage n’est pas bien long. Nous faisons donc le détour par Ustrine pour photographier les murettes. L’image du soleil brillant dans les interstices nous avait plus malgré nos soucis. Le matin, l’impression est différente, le réseau des murettes dans la montagne est étonnant mais il faudrait une vue d’avion.
Une route latérale va à la mer à un village moderne, plutôt un lotissement de villas avec terrasses. La côte est aménagée avec des escaliers et quelques plates-formes en ciment. A 9h il y a très peu de baigneurs. L’eau est lisse, immobile, limpide. Je suis la côte à la nage d’un côté puis de l’autre. Je ne vais pas bien loin mais cela me paraît être une expédition. Je vois le fond, les paquets de posidonies, les algues rigides un peu roses qui font penser à des coraux, d’autres brun clair en forme d’oreilles ou de pleurotes translucides. Même sans le masque je devine les poissons vif argent.
Arrivée à Cres, jolie petite ville touristique
A 10 h nous rejoignons Cres (qui se prononce Tsres). La route s’élève dans les collines, il y a encore des murettes partout. Plusieurs centaines de mètres à nos pieds : un lac oblong lisse d’un bleu turquoise pastel épais, inaccessible. En haut d’une côte, nous découvrons Cres au creux d’une rade fermée avec ses toits de tuile, son petit port bordé de maisons hautes et étroites. C’est une toute petite ville, nous trouvons facilement le «Turist Biro». Dans la queue, des français nous précèdent : ils rendent la clé d’un appartement. Je leur demande s’ils en sont contents. Sur leur recommandation, nous louons le même. Ils nous invitent à l’apéro sur le port...
Notre studio mansardé
A midi nous sommes installées dans un studio mansardé tout carrelé de neuf et bien équipé. Tout le charme du logement réside dans sa terrasse qui surplombe les toits de tuiles romaines les bâtiments de la vieille cité sont hauts de trois ou. quatre étages extrêmement étroits. Les petits toits s’enchevêtrent sans aucun alignement de rue. Les ruelles sont tortueuses, avec des impasses et des courettes. Il y a des rajouts de terrasses, d’appentis, des cheminées surmontées de toutes sortes de mitres, des antennes, des cordes à linge . Tout cet aimable désordre me donne envie de dessiner. Au delà des maisons on aperçoit deux clochers et une grosse tour ronde et plus loin encore les collines couvertes de maquis ou de pinède formant un amphithéâtre naturel.
Notre immeuble est situé sur la seule avenue de la ville encadrée de larges trottoirs sous une double rangée d’arbres sous lesquels on a disposé des bancs. Aux deux extrémités du cours des arcs de triomphe aux colonnes antiques surmontées du lion de Venise. Au milieu du cours, un monument aux morts moderne à la forme bizarre (peut être une lyre). Cette avenue borde la vieille ville, plus loin les maisons modernes sont clairsemées dans leurs jardins.
Nous sommes conquises et décidons que l’étape sera longue ! Puisque nous pouvons cuisiner nous déjeunons de poisson pané et d’épinards surgelés.
A la recherche d'une plage
Sans se fatiguer nous allons à la plage la plus proche. Cela ne démarre pas trop mal, nous nous garons près de l’hôtel, une corniche fait promenade, quelques tamaris donnent de l’ombre. Nous suivons le bord de mer jusqu’au camping. Là c’est l’horreur : le soleil cogne dur, les caravanes sont installées au ras de la digue.. la courte baignade a un but pratique : éviter l’insolation et ne procure aucun plaisir . Pour sortir de ce guêpier, nous traversons le camping surpeuplé, promenade déprimante. parvenir une FKK)Il y a peu d’accès à la mer sauf aux embarcadères des ferries reliant Cres à l’île de Krk ou au continent.
Nous roulons dans une montagne très sauvage . Près de Cres les murettes enclosent des vignes toutes petites et il y a quelques oliviers. Ensuite le maquis tombe en pente escarpée vers la mer. De la route qui surplombe on découvre une petite anse où mouillent des voiliers – inaccessibles – des îlots rocheux et les côtes des îles voisines . Puis la route s’arrête net sans prévenir au débarcadère les voitures font la queue. Nous voyons une toute petite route menant à un petit village au lin. Bien difficile d’y accéder, les voitures attendant leur bateau ont formé deux files. Heureusement ils reculent pour nous laisser passer.
Nous découvrons le plus petit port qui soit :un quai de ciment forme une rade rectangulaire, sur les bords un petit coin cimenté. Une femme se bronze allongée sur le ponton . Nous sommes seules à l’eau. l’eau est tiède presqu’aussi chaude que dans les piscines thermales. Je vais vers le large pour trouver la fraîcheur habituelle . mais j’ai peur de m’éloigner, nous sommes tellement seules que je crains un piège. Plus loin, la montagne descend en formant des falaises, on se dirait à Madère, notre plage est vraiment la seule plage de cette côte ! Dominique nage avec moi jusqu’à une jolie grotte où des papillons volettent tels des chauve souris.
Vers 4h30 deux jeunes gens descendent des maisons perchées au dessus de nous, puis une petite fille, puis une femme …A cinq heures toute la famille est en bas. Ces gens ne nous dérangent pas, ils nous rassurent. Ici, pour éviter la foule mieux vaudra se baigner le matin tôt ou à l’heure de la sieste. Jusqu’à 4 h tout le monde ferme volets et persiennes.
En soirée
En revanche, le soir on vit dehors, dans les ruelles on a installé des chaises et des tabourets sur le pas des portes, certains dînent ainsi devant leur maison dans la rue, des femmes tricotent ou font de la broderie ?
Toute la jeunesse et les badauds des campings convergent sur la place de l’horloge devant le port où un petit orchestre sur un podium fait une animation musicale (la danse des canards en Croate Macarena) On fait la queue devant les glaciers, toutes les tables des restaurants sont occupées. La foule est si dense qu’il faut que je m’accroche au sac à dos de Dominique pour ne pas la perdre. Nous filons vers des rues plus tranquilles. Je constate le même désordre dans les volumes et les formes, que dans les toitures : lacis de ruelles, passages inattendus sous des arches, escaliers dérobés, immeuble surplombant toute une rue. Si on observe bien, on découvre de merveilles sculptées : ici une fine colonne, là un blason, ou un porche, deux lions usés par le temps… Il est temps de rentrer si on veut jouir de la terrasse.
au marché
A la poissonnerie du petit marché, nous achetons des darnes de poisson, si la poêle avait été plus grande, nous aurions eu le choix entre plusieurs sortes de petits poissons tout frais pêchés . Pour midi, nous emportons un pique-nique à la plage que nous ont recommandé les français.
le chemin pour aller à la "plage déserte"dans les terrasses
Après la marina, nous contournons les tennis, puis une route de terre monte dans la colline. Des petites terrasses entourées de murettes à claire-voie ont été soigneusement construites par des générations et des générations de paysans. Sur certaines terrasses poussent trois ou quatre oliviers, sur les plus petites, parfois un seul. Je n’arrive pas à imaginer que tout ce travail a été fait uniquement pour des arbres, peut être sous leur ombre y avait il des jardins ? En tout cas ;elles sont soigneusement entretenues, les arbres sont jeunes, bien taillés et, dans de grosses cages, on protège des plants récents de l’appétit des moutons ou des chèvres. Quelques figuiers sont couverts de figues presque mûres. Aux branches des oliviers pendent des pièges à insectes en plastique .Les oliviers sont chargés de tout un mythe, il me semble qu’ils portent toute la civilisation méditerranéenne immuable depuis des siècles. Ainsi les Crétois recelaient l’huile précieuse dans leurs gigantesques pithoï . Cette huile est symbole de vie, richesse de cette terre sèche et brûlée de soleil. La vue sur la rade est somptueuse : au premier plan, les oliviers verts un peu poussiéreux, puis une langue de mer bleu marine éclatant et, resserrée autour de son port, la ville aux toits rouges et aux façades multicolores, comme des jouets, les beaux bateaux blancs.
Le sentier s’engage dans un pierrier inconfortable, il serpente entre murettes, cabanes de pierres sèches écroulées. Heureusement il est bien balisé à la peinture !on ne saurait deviner le passage parmi tous ces cailloux.. J’imagine que nous allons trouver un vrai sentier, non nous poursuivons d’abord entre les jolies terrasses plates où les oliviers adoucissent la descente en fournissant de l’ombre. La pente devient encore plus escarpée, quelquefois la terre ocre donne l’illusion d’un chemin plus facile, ne pas s’y fier, elle est glissante. Nous progressons lentement en s’accrochant aux troncs quand ils sont proches .En s’approchant de la mer nous percevons des éclats de voix : notre plage ne sera pas déserte !
les envahisseurs viennent de la mer!
En effet, dans la petite crique, trois gros bateaux blancs ont jeté l’ancre. Leurs occupants viennent de se lever, une fille se lave les dents à l’eau de mer, une famille prend tranquillement le petit déjeuner à bord, un Apollon bronzé mais complètement nu s’exhibe en figure de proue.. Tandis que nous descendions péniblement notre raidillon, d’autres se sont payé les services d’un bateau taxi : trois italiennes arrivent avec matelas de plage et tout le saint frusquin, et font du bronzage intégral sur un ponton ;nous désertons le notre pour réserver un coin à l’ombre sous un olivier.Pressentant que d’autres peuvent arriver.
Les bateaux arrivent tous en même temps, un beau rouge et blanc, danois, un voilier italien (à moteur). Ces belles embarcations n’ôtent rien au paysage, au contraire, c’est plutôt amusant de les regarder manœuvrer. L’équipe italienne n’a pas l’air dégourdie, à cinq, ils installent à grand peine une sorte de vélum destiné à leur faire de l’ombre, ils ne doivent pas souvent hisser les voiles, ceux là ! D’ailleurs, depuis que nous sommes sur l’île, nous n’avons vu personne naviguer à la voiles, les mats sont là pour la décoration .
Notre plage déserte se peuple rapidement, une famille slovène est descendue comme nous par le chemin de chèvres avec bébé, parasol bouée et bateau gonflable, rejointe par le reste de la troupe en canot à moteur. Les hommes enlèvent leurs slips en descendant du voilier. Dominique est furieuse surtout quand un gros lard s’étale sur la table, tout à l’air, cela lui coupe l’envie de se baigner, elle fulmine. Moi, cela ne me gêne pas, je suis bien trop occupée par mes baignades avec ou sans masque, la lecture du Monde et le spectacle des arrivées et des départs.
Un nouveau groupe arrive par mer avec glacière, grill, trois bouteilles de vin et même une guitare. Nous avalons en vitesse notre salade de concombres.
Sauve qui peut
Vers deux heures Dominique qui veut fuir le naturisme commence la remontée seule. J e prends un dernier bain, me rhabille sans acrobaties, puisque tout le monde est à poil, inutile de se cacher ! Je remonte quatre à quatre le sentier, c’est une erreur, après la baignade, je n’ai plus de jambes et. j’arrive en haut de la côte complètement à bout de souffle . Après une pause je continue sur la route à pied pour goûter mieux du panorama et des oliviers.
De retour à l’appartement, le propriétaire et la femme de ménage sont là, il faut patienter pour se doucher. Après la douche, sieste dans l’air conditionné, nous profitons bien de notre joli studio !
C’est un privilège d’avoir une terrasse, je n’en compte que trois aux alentours, la voisine a installé son matelas de plage sur les tuiles. Dès que le soleil baise, il fait bon . nous y dînons et lisons en écoutant la musique venant du restaurant de l’autre côté de l’avenue.
La pointe nord-ouest de l’île est très montagneuse : le sommet ne culmine qu’à 650 m mais les pentes sont si raides qu’on ne peut plus parler de collines. Une belle forêt de chênes immenses la recouvre : les arbres sont magnifiques, quelques châtaigniers se mêlent aux chênes. Des villages minuscules sont perchés.
Le camping de Béli
Au dessous de Béli, la route descend à un petit camping installé sous des oliviers, une jolie plage de galets et son petit port.
Bien sûr, la plage est occupée par les estivants avec parasols et divers équipements, mais ce n’est pas la foule. Le problème est de se faire de l’ombre. Nous avisons des rochers en gradins avec de larges marches bien plates. Nous occupons l’espace avec serviettes, chaussures, sacs pour dissuader les importuns. Après cette première étape stratégique, il faut suivre le cours du soleil pour obtenir deux places confortables à l’ombre, Dominique déplace quatre fois le parasol : au début nous sommes confortablement installées, mais on ne voit plus la mer, enfin, la vue est dégagée, mais il n’y a plus qu’une place à l’ombre . Finalement sous avons le meilleur emplacement de la plage, en hauteur, à l’écart .
Cela me fait un peu penser aux fous de bassan ou aux cormorans défendant leur nid sur le rocher.
Poissons et mouettes
Spectacle : les campeurs viennent nettoyer des caisses entières de poisson à quelques mètres de notre rocher. Par principe, au début on râle un peu : la mer va être pleine d’écailles et de boyaux. Très vite les goélands rappliquent. Ils saisissent les morceaux que le pêcheur leur lancent, attendent en se disputant, tirent à deux ou à trois sur le même lambeau de peau de raie. On prévoie les prises de bec en regardant l’homme dépecer son poisson. C’est un spectacle bien plaisant.
Comme d’habitude, je passe plus de temps dans l’eau que dehors. Je m’enhardis à nager plus loin puisque je ne suis plus seule. Les viscères de poissons ont attiré toute une flottille de poissons vivants. Certains nagent complètement à la surface. Ce qui est étrange c’ est que les goélands les négligent complètement préférant les morceaux tout coupés aux proies vivantes.
Béli
Nous déjeunons d’un sandwich au beurre de sardines de la Belliloise, puis remontons à Béli, petit village ancien ayant gardé son crépis vieillot grisâtre et attaqué par le sel . Les rénovations n’ont pas encore donné l’aspect pimpant et touristique du reste de l’île. Les rues en pente sont pavées de galets glissants. Curiosité locale : le nombre de puits de pierre avec leurs gracieuses ferronneries peintes en vert.
au café
Nous nous arrêtons dans un café à l’entrée du village. Une bande de Croates boit des bocks impressionnants de bière, puis du vin blanc. Les hommes chantent tandis qu’on installe les corbeilles de pain et les amuse-gueules. Ils sont presque tous blonds. Curieux mélange : un paysage très méditerranéen qui fait penser à l’Italie est peuplé de gens qui ressemblent à des Russes.
KRK
Ce matin, nous avions le soleil dans les yeux, les brumes noyaient le paysage. Au retour les côtes de l’île de Krk sont bien visibles avec un liseré clair délimitant le vert des forêts et le bleu violent de la mer sillonnée par les nombreux bateaux, voiliers ou ferries. A la sortie de la forêt, nous traversons une lande de plantes sèches qui embaument.
le 45ème parallèle
Une grosse borne signale le 45ème parallèle. De retour au studio je regarde le petit atlas : le 45ème parallèle traverse Grenoble, St Flour, Bordeaux. …..Encore un sujet d’étonnement : ces oliviers, cette chaleur, cette sécheresse m’auraient fait penser à une position beaucoup méridionale . Alors que les petits nuages passent le soir et se désagrègent sans donner de pluie, qu’il fait une chaleur comme en Grèce ou en Turquie je me demande si nous n’avons pas simplement de la chance ou si c’est le climat normal au début Août ?
Encore une belle journée pour terminer notre séjour balnéaire sur une jolie plage.
Trois jolie plages aménagées à Valun
Valun est un petit hameau de quelques maisons et de plusieurs restaurants pimpants au fond d’une crique avec un petit port .Trois belles plages de galets sont aménagées, on loue même des lits. Pour terminer les vacances en beauté, j’essaie d’en louer un, ils sont réservés, on me propose d’en retenir un pour le lendemain.
Naturiste ou textile?
Dominique s’est bien organisée pendant que je suis partie nager. La première plage était déjà bien peuplée, heureusement des pins donnent de l’ombre. De l’autre côté des rochers, je lorgne une belle plage bordée par une pinède touffue, complètement vide à part quelques nudistes. Entre 20 personnes à poil et 200 habillés, je n’hésite pas. Dominique non plus! Mais elle ne fait pas le même choix. Je suis furieuse de tant de pudibonderie ! Je pars à la nage vers la plage naturiste et fais un record de longueur.
Coloniser un territoire:
Quand je reviens, je ne trouve plus Dominique sous son arbre. Elle me fait signe : elle a colonisé un rocher. Elle met toute son énergie à conquérir le meilleur territoire possible en tenant compte de plusieurs critères : d’abord l’ombre, puis l’accès à l’eau puis vient la délimitation des frontières.
Après la conquête, il faut toute une stratégie pour ne pas laisser l’ennemi nous assiéger. Nous étalons donc rabanes et serviettes, chaussures et sacs pour occuper le terrain . La troisième étape est une veille permanente pour dissuader les intrus. Dominique ne va même pas se baigner et cette occupation quasi-militaire la mobilise. Elle me fait penser à un fou de Bassan défendant son nid. Cette fois l’emplacement en vaut la peine. Nous passons de longues heures au frais. Il fait si bon à l’ombre et au vent que je me demande si la température n’a pas baissé.
snorkelling
Pour ma part, j’ai l’intention de profiter au maximum de ces dernières baignades. Je parcours de grandes longueurs sans aucune peine. Sécurisée par les nombreux baigneurs, je m’aventure loin de notre base sans être isolée. L’eau est si claire que je peux voir le fond sans le masque. A la limite d’un talus la couleur change, au delà c’est le bleu marine des profondeurs, en deçà, la mer est verte. Les poissons affectionnent cette zone, je vois aussi des éponges. J’essaie de nager avec une économie de gestes pour ne pas troubler la surface de l’eau .
Je maîtrise mieux l’usage de mon masque bon marché et défectueux, dès qu’il se remplit d’eau je le vide sans poser le pied, ce qui me permet de nager plus loin du bord, pas trop, c’est inutile, il n’y a plus personne. Un banc de tout petits poissons argentés m’accompagne, ils n’ont pas l’air dérangés par ma présence, je suis ravie.
Les villages
Vers 15 h nous quittons la plage pour visiter les villages.
La petite route court entre deux murs de gros rognons de calcaire. Il me vient l’idée que ces murs rassemblent les pierres gênantes comme à saint Etienne en dévoluy, en gros tas, les clapiers. Ici, au lieu de les jeter en tas, ils les empileraient pour construire des murs.
Deux voitures peuvent à peine se croiser. Il faut reculer quand les grosses berlines germaniques arrivent en face.
Pernat, vin ou ail?
Pernat est un village perdu, pas touristique du tout. Les anciens, rassemblés autour d’une table, nous proposent en italien d’acheter du vin ou de l’ail puis nous découragent de visiter le village .
Lubenice, un peu plus touristique
Lubenice, perché sur les hauteurs, possède un parking payant très cher (15 Kuna), un plan à l’entrée indique toutes les curiosités. Le touriste est attendu : de belles peaux de mouton bien blanches sont étalées pour tenter les passants ? Des femmes pétrissent le pain dans une sorte d’auge rectangulaire en bois. Dans le four, les braises sont rouges, la pelle traditionnelle noircie attend les prochaines miches.
Nous rentrons vers six heures, la lumière est belle. Notre mansarde est écrasée de chaleur, après la douche on s’étend sur les lits : bouger le moins possible.
Ce n’est qu’à sept heures qu’on commence à revivre. Je sors chercher le Monde chez la marchand de journaux qui me le garde sous le comptoir. Dans les rues étroites à l’ombre il fait maintenant meilleur qu’à l’intérieur ?Tous les bancs de notre avenue sont occupés. Les magasins ouvrent à 18h30 aujourd’hui dimanche.
passeggiatta
Après le dîner, passeggiatta comme tout le monde ici, je choisis une glace au tiramisu . Nous préférons nous perdre dans les petites rues
Nous serions bien restées quelques jours de plus à la mer.
Réveil à l'aube, derniers regards de la terrasse
Ce matin, je me suis levée, comme chaque jour, dès l’aube. le ciel est rose à l’horizon, une énorme lune brille encore. Autour de la ville les collines s’éclairent progressivement tandis que les toits restent dans l’ombre . Camaïeu de tuiles romaines plus ou moins patinées, toits neufs uniformes, toits rapiécés, fatras d’antennes, râteaux, grilles, quelques paraboles si laides. La lessive sur la terrasse voisine attire le regard avec ses couleurs vives : un maillot fluo, la robe rose bonbon d’une petite fille, des shorts oranges et les robes noires de la grand mère. Je m’amuse à noter la fantaisie des mitres surmontant les cheminées. 6H30 la cloche se déchaîne pour sonner l’angélus. Bientôt nous allons quitter ce paysage et je m’efforce de l’observer avec l’acuité maximale.
8heures, « Turist Biro » nous rendons les clés.
En route à travers l'île jusqu'au ferry
La route de Porozina serpente dans une partie très montagneuse de l’île. Cela nous fait bien rire : les virage sont notés sur les panneaux triangulaires SERPENTINA. Puis nous traversons un bois de chênes. Le vent s’est levé cette nuit et a chassé la brume, les couleurs sont intenses et la mer est agité de petites vagues
9h le ferry quitte l’île pour la côte de l’Istrie toute proche, la traversée ne dure qu’un quart d’heure.
Istrie, la corniche
Nous remontons vers le nord et Rijeka sur une corniche très haute . il y a peu de plages, de jolis villages et surtout des stations balnéaires aux belles villas 1900 et aux grands hôtels Belle Epoque plutôt italiens. Les plages sont aménagées : restaurants, cafés et parasols. Dominique me propose de prendre un dernier bain mais cela ne me dit rien, trop de monde, la mer trop agitée, rien à voir avec l’eau calme et limpide de notre île.
la montagne et la Slovénie
Juste avant Rijeka, la route quitte la côte et monte dans la montagne. Nous arrivons rapidement en Slovénie, très verte . les maisons sont soignées très fleuries, transition entre la Croatie et l’Autriche. je ne comprends toujours pas l’éclatement de la Yougoslavie. Les Slovènes étaient très nombreux à Cres, peut être plus que les Croates. Ils parlent la même langue, pratiquent la même religion. Quel besoin d’avoir une nouvelle frontière, une autre monnaie à l’heure où on abolit les douanes à l’intérieur de la Communauté Européenne et où on passe à l’Euro ?En attendant, les prix dans la boutique « hors taxe » sont exprimés en DM.
Arrivée en Italie
Nous arrivons en Italie avec 3000 lires, à peine de quoi payer un café. La carte de crédit sera bien utile pour les péages.
Trieste, nous longeons, sans la voir Venise sous la chaleur de midi. La plaine est monotone, grise sous le soleil. Il y a beaucoup de camions. Padoue, puis Vérone, près des villes des paysages industriels, des aciéries, des usines énormes.Au lointain, le paysage devient intéressant . Nous ne perdons pas de vue les Alpes . Plus près de nous, un paysage de collines avec des villages perchés et des clochers qui ressemblent à des tableaux de la Renaissance.
Brescia, les panneaux annoncent Turin par une autre autoroute, nous suivons le fléchage et évitons Milan. L’autoroute est moins chargée, mais elle n’a que deux voies. Nous passons devant Crémone, Piacenza, la plaine du Pô couverte de maïs, un peu monotone. De temps en temps, pour varier, des tournesols fanés .
Turin, 17h45 : la tangentielle . Il faut être attentives pour ne pas louper notre sortie .l’autoroute qui conduit au Fréjus est spectaculaire. Dès la sortie dela ville, elle s’engage dans une étroite vallée bordée de montagnes gigantesques, il semble qu’il n’y a que l’autoroute, ni village ni maisons .Le soleil bas donne un éclairage étrange . A travers des nappes diffuses de brumes certains sommets apparaissent un instant pour disparaître aussitôt. Nous sommes privées de paysage dans les très longs tunnels. L’un d’eux est si long que je crains d’arriver en France par le Fréjus. A la sortie nous sommes complètement éblouies. Les villages ont des noms français mais nous sommes toujours en Italie. Dernier effort pour la voiture : le col de Montgenèvre.
Dès que nous avons passé la frontière, nous nous arrêtons pour chercher une chambre. Au premier hôtel nous trouvons. Il est 19 heures.
Avant de me consacrer à un autre sujet, envie de classer le chapitre lectures
Avant le départ difficile de faire une bibliographie, je ne sais pas ce que nous cherchons ni ce que nous allons trouver, j’emprunte des livres au hasard
Un roman sur le fils de Mozart, j’ai oublié le titre exact et le nom de l’auteur, ce n’est pas très grave, ce n’est pas un chef d’œuvre impérissable. Je pressens que nous croiserons Mozart au cours de notre voyage. A Vienne, bien sûr, mais là où nous l’attendons moins, à Eger dans la bibliothèque du Lyceum, une lettre manuscrite à sa sœur Nannerl après la mort de leur père
Schnitzler : Vienne au Crépuscule, le titre bien sûr mais aussi l’écrivain m’interpellent. je suis un peu déçue, Schnitzler est trop bavard à mon goût, ses personnages passent leur temps à bavarder. Si je le relisais au retour, je serais peut être plus sensible à la poésie des lieux, le personnage masculin et assez antipathique, musicien sans grand talent, séducteur sans charme particulier. Cette morale où la femme, même assez libérée se trouve toujours dans la problématique du « séduite-abandonnée » m’agace ; même si, le personnage féminin a assez de consistance
Joseph Roth : la marche Radeztski j’avais lu autrefois ce livre et il ne m’avait pas laissé de souvenir précis. Je l’ai ouvert en Croatie, alors que nous n’avions plus de guide pour préparer la suite du voyage et plus de temps libre pour la lecture. J’ai été très fortement impressionnée par cette histoire qui couvre trois génération presque quatre, entre la bataille de Solférino et le début de la guerre de 1914. Le grand père, paysan slovène entré au service de l’empereur, sous officier de l’armée autrichienne personnage obscur fondateur de la lignée. Le père, Le « héros de Solférino » qui sauve François Joseph et se trouve anobli, type de l’officier, raide, son fils qui ne sera pas militaire mais préfet, presque sosie de l’Empereur, le petit fils, militaire, velléitaire et peu glorieux qui finit par sombrer dans l’alcoolisme cantonné sur les marches orientales ukrainiennes attendant que la guerre improbable se déclenche, donnant sa démission la veille de Sarajevo. Fresque de tout un règne, de toute une géographie de l’Europe centrale, entre la Slovénie, vienne, Prague, l’Ukraine , avec en filigrane l’invasion de la Bosnie …
Elias Canetti le flambeau dans l’Oreille ce flambeau est le journal de Karl Kraus, que j’ignorais. Ce récit autobiographique me promène dans une période plus récente principalement à la fin de la première guerre mondiale, on y fait la connaissance avec toute l’intelligentsia viennoise et aussi berlinoise.
Stefan Zweig : Clarissa je n’avais rien lu de Zweig, je suis enthousiasmée, voilà un écrivain !