Petit déjeuner très raffiné : crêpe aux fruits, 2 œufs au plat sur une rôtie, servi sur la terrasse fleurie en plein soleil.
New Richmond est un village très british. On visite les maisons meublées, l’école, l’église, l’épicerie, la poste. Nous avons l’impression d’entrer par effraction dans l’intimité des gens tellement la reconstitution est parfaite ! C’est un voyage dans le temps. La décoration ressemble à celle des gîtes que nous avons occupés Marie Soleil ou le Cap des Rosiers : mansardes aux lambris bleus et blancs et aux meubles peints. C’est l’histoire de la colonisation de cette région par les britanniques qui est racontée ici ;
Quelques dates :-
1755 les Anglais expulsent les Français d’Acadie (Nouvelle Ecosse)
- 1760 les premiers Jersiais commencent l’exploitation de la morue
- 1780 arrivée des Loyalistes après l’Indépendance américaine
- Début du 19ème siècle : installation des Anglais, des Ecossais chassés par la Révolution Industrielle
- 1846 Famine en Irlande
En dehors des églises, les églises anglicanes étant généralement plus simples, plus petites et plus jolies que les églises catholiques, nous trouvons peu de différence avec les maisons des francophones.
Canoë
L’après midi, nous faisons du canoë sur la Rivière Bonaventure, cours d’eau bien large encaissé dans des grès rouges avec des galets très variés – sans doute à cause des glaciations. L’eau est cristalline et le courrant très fort. Jamais je n’ai vu de l’eau aussi transparente. Coucher de soleil magnifique pour terminer la journée.
Les fossiles de Miguasha
En route visite d’un Musée de Paléontologie ultra moderne avec des explications très claires sur l’Evolution des Poissons : Agnathes, Poissons cuirassés ; Actynoptérigiens et apparition des mâchoires portant d’abord des plaques osseuses puis des dents. L’évolution des nageoires s’est fait d’abord par l’apparition de nageoires molles, puis articulées enfin avec des épines puis des rayons. On voit l’évolution de Latiméria vers les tétrapodes et les batraciens.
La plupart des fossiles intéressants retrouvés dans les grès ou les shales sont dévoniens et datent de 370 MA. Ce sont des fougères ou des poissons. Miguasha se trouvait sur un estuaire.
La présentation es lumineuse : assez peu de spécimens, bien mis en valeur, des moulages des fossiles intéressants exposés dans d’autres musées, beaucoup de reconstitutions et des commentaires.
Dalhousie
Après le déjeuner, le traversier nous emmène à Dalhousie en quinze minutes. Dalhousie est très anglo-saxonne, construite de briques rouges comme les maisons anglaises. Nous sommes dépaysées et ravies.
Dans des marais, des hérons. La route suit la côte. Au début, c’est amusant, rapidement cela devient lassant, on n’avance pas et nous reprenons la route principale pour Bathurst.
L'Acadie, pays francophone
Sur le bord de mer, nous revenons en pays francophone, en Acadie. Chaque maison arbore un drapeau tricolore frappé d’une étoile (que nous avons confondu tout d’abord avec le drapeau français. Tout est écrit en français. Les villages sont charmants avec leurs petites maisons toutes simples.
Grande Anse, une bâtisse attire notre attention, blanche avec des bordures vertes et une forme polygonale à 7 côtés. Ce qui est drôle c’est qu’il y en a des répliques de plus en plus petites, même la niche du chien est du même modèle.
Histoire des Acadiens
Avant de commencer la visite, un vidéogramme présente l’histoire des Acadiens. Arrivés avec Champlain vers 1540, les premiers colons venaient principalement du Poitou et s’installèrent en Acadie (Nouvelle Ecosse). Pendant le 17ème siècle la rivalité avec l’Angleterre se fit sentir. C’est en 1755 qu’eut lieu le Grand Dérangement, la déportation des Acadiens qui se réinstallèrent ensuite au Nouveau Brunswick et au Québec, en Gaspésie. Les communautés agricoles vivaient de la pêche, restant à l’écart du développement industriel faute de capitaux dépendant du système d’exploitation de la morue des Jersiais. Fin 19ème siècle (1880), surgit une prise de conscience politique avec bataille scolaire, drapeau et plus tard se développa un mouvement coopératif avec des caisses populaires.
Maisons acadiennes
Les maisons représentent différentes époques. Elles sont meublées et chauffées par un bon feu. Le matin la « maîtresse de maison » prépare le repas de midi ou s’affaire à différentes tâches domestiques en nous commentant aussi bien la disposition de la maison que l’histoire de la famille (véridique).
la maison de Martin
La maison la plus ancienne (1770) fut celle du coureur des bois Martin qui portait le courrier des Anglais aux français. Sa maison était très rudimentaire faite de rondins avec une palissade autour d’une cour. Pas de jardin, ce qui traduit le découragement. Il n’avait pas envie de se réinstaller pour la 3ème fois après le Grand Dérangement où il avait perdu femme et enfants.
maison Mazerolle
A la maison Mazerolle, la dame cuit le pain pour le village. Elle nous explique comment elle mesure la température du four : quand il est chauffé à blanc, elle retire les braises, le laisse refroidir et introduit son bras. Quand elle peut le laisser à l’intérieur et compter jusqu’à 10 et la température est correcte…
Maison Gaudin
Chez les Gaudin, on cuit la soupe avec des pommes de terre « L’important c’est que ce soit soutenant.. »
Dans les autres maisons, nous verrons le travail de la laine, cardée, filée, teinte, tissée. Nous retrouvons l’Entrepôt Robin (c’est une histoire à épisodes, commencée à Forillon, Paspébiac et à Percé). Quand arrive l’heure de midi, les villageois sont à table. Ils mangent de la morue avec des pommes de terre.
Le travail des hommes, l'Ouvrage des femmes
Les hommes chassent et pêchent. Les femmes restent à la maison, font le ménage, le jardin, du tissage et élèvent 11 ou 12 enfants. Elles ont bien de l’ouvrage mais elles ne travaillent pas…On fait ici la distinction entre l’ouvrage et le travail. Le Dimanche, c’est péché de travailler. Les hommes ne vont pas aux champs tandis que les femmes sont à leur ouvrage : cuisine et ménage. L’ouvrage, on peut le faire le Dimanche. Le Travail est productif, pas l’ouvrage !
Entre ces deux notions, vient le travail de l’artisan : le cordonnier ou le forgeron boiteux incapable de courir après la charrue. Ce travail était rémunéré en nature. Les Acadiens n’avaient pas d’argent.
la langue acadienne
Dans chaque maison on nous accueille avec « ça va bien ? » comme formule de bienvenue. « Bienvenue » a un sens différent « je vous en prie » ou « de rien » (c’est un anglicisme qui traduit « you are welcome »). Je me régale à écouter leur parler imagé. Tourner se dit « virer de bord », les roseaux des « quenouilles », les voitures des « chars » et parler « jaser » ;
Je ne sais pas si les « habitants » du village ont eu une formation d’acteur ou si ce sont des gens ordinaires qui jouent leur propre rôle, mais ne suis impressionnée par leur performance. On sent en eux une énorme force de conviction, l’importance de transmettre cette culture acadienne qui a survécu à la Déportation, la grande pauvreté, la domination anglaise pendant près de trois siècles.
Identité acadienne, drapeau
L’importance de l’identité acadienne est visible dès notre arrivée en acadie. Chaque maison hisse fièrement le drapeau tricolore avec son étoile jaune. A l’entrée de chaque village, un panneau annonce la fierté d’appartenir à la francophonie. Les premiers drapeaux acadiens, nous les avons vus en Gaspésie vers le Cap Forillon, mais dispersés. Nous n’avions pas remarqué l’étoile nous les avions confondus avec les drapeaux français. C’est à Bonaventure qu’on a eu l’explication pour le drapeau acadien. C’est aussi à partir de Bonaventure que les drapeaux tricolores ont concurrencé les drapeaux québécois bleu avec une croix blanche et quatre fleurs de lys.
Nous laissons sans regret le motel pareil à toUs les motels, impersonnel fonctionnel, prévisible, confortable mais sinistre et surtout cher 74$ + 5$ de petit déjeuner.
Forêt humide
Dans le Parc de Kouchibouguac nous faisons deux promenades sur des planches dans différents milieux. « Les cèdres » : forêt humide de thuyas qu’on appelle ici cèdres. Au sol, une grande variété de mousses et de fougères dont les frondes très vertes partent en bouquet comme des palmiers.
Marais salé.
« Marais salé » les explications concernent la zonation des végétaux surtout différentes variétés de spartine.
Dernier circuit sur la dune et la plage. Entre les différents circuits on peut utiliser la piste cyclable doublé d’un chemin piétonnier. Dominique reprend la voiture et nous nous donnons rendez vous sur le parking une demi-heure plus tard. En additionnant tous les tronçons cela fait une rando d’une dizaine de kilomètres.
La forêt est différente de celle de Gaspésie. Les essences sont plus variées : aux bouleaux, trembles épinettes, sapins et mélèzes qui forment la forêt boréale, s’ajoutent les érables (normal nous sommes au Canada !) mais aussi les thuyas, les pins cde plusieurs espèces dont un à tronc lisse et deux sortes de chênes. Je n’avais pas vu de chênes depuis Atlanta.
Au niveau de la strate herbacée je constate aussi des changement dans les floraisons : épilobes et verges d’or sont très fleuris mais c’est la fin des églantines et il n’y a pas de rosiers sauvages. Framboises et myrtilles sont en fruits.
Pique-nique en plein vent. Il faut protéger nos salades pour ne pas croquer de sable. Comme nous sommes restées longtemps immobiles, nous pouvons observer les oiseaux de près : sternes qui plongent pour gober de minuscules poissons et trois jolis oiseaux à pattes rouges, ventre blanc et collier noir, les ailes marron noir et blanc mélangés et un long bec fin. J’espérais un pluvier siffleur mais ce sont des tourne-pierre (sortes de bécasseaux).
Le Gîte : l'Oasis Acadienne
Installation au gîte l’Oasis Acadienne : chambre mansardée toute blanche, placards blanc literie à fleurs, une jolie aquarelle. A l’étage, il y a un salon bibliothèque avec une majorité de livres scientifiques, la télé, une bouilloire pour le thé.
Animaux
Après la pluie nous retournons pour une courte promenade dans le parc de Kouchibouguac à un barrage à castors, sans castors, mais avec une petite marmotte. Des parulines jaunes très vif volent de chardons en chardons, un geai gris.
Actualités télévisées
Rigolade en regardant la télé : le curé de Bonaventure n’a toujours pas été retrouvé et voici que maintenant c’est un frère de 70 ans qui disparaît à son tour. Canada, tes ecclésiastiques foutent le camp !
Marie-Jeanne qui a préparé le petit déjeuner a un fort accent acadien : dès la première phrase, on ne comprend rien. Nous étions habituées à l’accent québécois. Ils se moquent de nous gentiment.
Nous louons un canot à la journée et remontons le courant contre le vent en peinant beaucoup. Déjà pour sortir du port, c’est du sport ! Première pause sur une petite plage : des oiseaux ressemblant à des bécasseaux, gris, grands becs, grandes pattes. Nous n’avons aucune idée des distances, forcément, on navigue en zigzag. Pour éviter de lutter contre le courant nous choisissons des zones tranquilles où l’eau fait comme un miroir et évitons les endroits où la surface de l’eau est ridée. Ce n’est peut être pas une bonne politique : les endroits lisses correspondent à des prairies marines de posidonies qui font de belles franges vertes ondulant dans l’eau. Dans ces plantes, des dizaines de minuscules poissons et des mollusques évoluent, amusants à regarder. Tout compte fait, ce n’est peut être pas le meilleur chemin : le canoë est freiné par la végétation et les pagaies remontent des kilos de plantes aquatiques. Le retour est beaucoup plus facile et donne l’occasion d’admirer quatre merveilleux hérons gris.
L’après midi, nous sortons de la lagune à la recherche d’une plage tranquille pour un peu de bronzette et éventuellement une baignade mais les plages sont occupées par une douzaine de personnes sur 500mètres, nous espérions un endroit complètement désert !
La promenade au coucher du soleil sur un chemin de planches aurait été grandiose sans l’intervention des maringouins bien agaçant.
Préparatifs
Départ 6h50 à l’embouchure de la rivière. Dans le petit port, les pêcheurs de homards avec leurs casiers rangés sur le quai et leurs cabanes toutes pareilles de vieux bois patiné, attendent l’ouverture de la pêche le 8 Août. Au débarcadère des kayaks, on distribue le matériel : gilets de sauvetages, pagaie puis jupe. Cours théorique d’un quart d’heure. N’importe qui devine comment utiliser un canoë. Le kayak exige une technique plus sophistiquée. Le kayak de mer est équipé d’un gouvernail à pédales. La jupe sert à boucher le trou d’homme pour le tenir au sec en toute circonstance. La pagaie double nécessite aussi des explications. A 7h30, nous voilà à l’eau pour la grande aventure. Nous avons des difficultés à nous synchroniser mais le vent de terre nous pousse. Nous arrivons bonnes dernières au premier arrêt malgré nos efforts.
Phoques et sternes
Le guide double la randonnée sportive d’un commentaire biologique et historique. Les animaux sont l’attrait principal : les sternes qui nichent par milliers et les phoques que nous approchons à quelques dizaines de mètres. On ne voit que les grosses têtes qui sortent et se cachent, on entend leur souffle et des hurlements comme des pleurs. Les sternes nichent sur les îles du cordon littoral, peu stables. Nous ne les approchons pas.
Episode humiliant
Episode humiliant : nous avons pris du retard sur le reste de la troupe. Notre kayak n’avance pas. Plusieurs fois je demande des conseils pour améliorer nos performances et la réponse : « c’est correct » ne nous aide pas. Le guide décide alors de nous faire remorquer. Nous sommes vexées. Le remorquage est toute une affaire : la corde est trop courte. Il faut la rallonger. Le jeune moniteur s’y prend mal. On tourne en rond. Pas question de se reposer il faut pagayer « de même ». on s’applique. Finalement nous dépassons notre guide et c’est même nous qui le tirons. Le chef décide de nous délier et nous rejoignons les autres à vive allure. A la fin nous arriverons le premières, piquées au vif !
Gîte Vautour
Dans l’après midi nous emménageons dans le nouveau gîte : Gîte Vautour.
Tourbière
Nous promenons le long de la rivière Koutchibouguac (de la langue micmac : rivière aux grandes marées) puis sur des planches dans la tourbière- intéressant commentaire - de l’extension de la tourbière au dépend de la forêt, sa forme lenticulaire : au centre la sphaigne croît plus vite que les autres plantes et élève le niveau.
100% de soleil ! Nous traversons Richibouctou et suivons la route 11 jusqu’à Bouctouche. Station touristique avec un golfe, une belle plage, le Musée du Kent, le Dune et son Centre d’Interprétation et surtout le Village de la Sagouine.
Le Village de la Sagouine
Le Village de la Sagouine est une reconstitution de l’univers des personnages d’Antonine Maillet autour des années 1930 / maisons de bois colorées sur une petite île autour d’une scène de théâtre, ou plutôt de deux scènes. (J’avais déjà vu ce procédé chez Ariane Mnouchkine). D’un côté, un petit orchestre composé d’une chanteuse, un violoniste et un guitariste, de l’autre sur la scène quelques objets ménagers.
Les maisons sont meublées mais la visite est rapide. Elles ne sont qu’un élément du décor. L’essentiel ce sont les personnages de la Sagouine, vieille laveuse de plancher, Citrouille, un simplet de Vingt ans, le fils de la Sainte, Maria à Gélas, « femme émancipée ». Trois acteurs jouent des monologues. A l’entracte, la chanteuse chante « Troupiaux, troupiaux.. » ou des balades de sa façon.
gastronomie : la Poutine
Le restaurant est plutôt une cantine où on sert des mets acadiens : poutine râpée (sorte de boule de pâte gélatineuse en pomme de terre râpée avec du porc bouilli à l’intérieur) et aussi une autre poutine grillée. Nous accompagnons la poutine d’une salade verte assaisonnée de fromage râpé de lardons et de croûtons.
Antonine maillet écrivaine de langue acadienne
Je me souviens d’un passage d’Antonine Maillet chez Bernard Pivot. Sa personnalité m’avait frappée mais je n’avais rien lu d’elle. Les monologues nous ont bien fait rire ! Au début, dominique avait peur de ne rien comprendre. On loupe de temps en temps une allusion, quelques fois une phrase entière. C’est un régal d’écouter le parler acadien, mélange de français paysan parlé au Poitou au 17ème siècle. Certains mots écrits dans Molière, LaFontaine ou les contes anciens, ne s’entendent plus. Qui utilise le mot de Quenouille (roseaux), icite ou itou ? En plus : des mots anglais prononcés à l’anglaise parfaitement ou déformés. Le plus pittoresque est la Bécosse : les cabinets au fond du jardin (back house). Le plus drôle c’est l’autocar qui a une bécosse ! Nous étions mortes de rire d’entendre la Sagouine raconter la « Buick- à- Dominique » (prononcer la Biouick).
La Dune de Bouctouche
Promenade sur le chemin de planches sur la Dune de Bouctouche et retour par la plage de sable rose. L’eau n’est pas froide mais c’est le fond de l’air qui n’est pas assez chaud pour m’inciter à me tremper. Je longe la plage les pieds dans l’eau.
Nous dînons d’un beau homard au débarcadère des kayaks. Nous le disséquons consciencieusement pour que rien ne se perde en face d’un coucher de soleil éblouissant. Arrivée d’un héron.
promenade dans la pinède
Jolie promenade au Cap Black Point (5,1 km) dans une pinède de très hauts pins plantés serrés. Au sol, fougères et champignons. Dans la lagune plein d’oiseaux, 5 ou 6 hérons, des cormorans alignés chacun sur son piquet, sur le sable mouillé des dizaines de sternes. Un héron se pose sur le banc de sable, les sternes s’envolent puis le harcèlent en piqué pour le faire déguerpir.
Bénédiction des bateaux
A 2 heures, le prêtre bénit les bateaux qui vont partir pour la campagne du homard qui commence jeudi. Nous avons rendez vous avec la sœur dus propriétaires du gîte Vautour et son mari qui nous emmènent à la pêche au maquereau. Notre embarcation a déjà été bénie dimanche dernier à Richibouctou où le curé était sur une barque et bénissait chaque bateau séparément. Ici, la bénédiction est rapide, collective, et en anglais. Le prêtre est juché sur un grand bateau, habillé comme tout le monde sauf son col dur de clergyman anglais. Il se présente « Ca va bien, je suis le prêtre de Rexton et je suis content de venir bénir les bateaux. » Sans transition « Let us pray…. » Suite très courte en anglais « amen! ». Il risque une plaisanterie en français “quand le homard sera dehors envoyez en un à Rexton!”
Pêche au Maquereau
Le bateau est assez gros. Nous sommes une dizaine à bord. Nous passons le cordon dunaire et le bateau s’immobilise en haute mer. On nous donne une ligne et un gros hameçon. Il faut secouer la ligne sans arrêt et éviter de « fesser la boat » avec le hameçon ou la cuiller. Très rapidement nous remontons deux magnifiques maquereaux, après plus rien. D’un autre bateau on nous en lance un troisième. Pendant ce temps là, les patates cuisent dans un grand « chaudron »(un faitout), on ajoute les maquereaux vidés et coupés en tronçons. C’est délicieux.
Recherche des castors, on trouve les barrages, la hutte mais pas les castors. Nous achetons au restaurant une salade César aux fruits de mer qu’on mange au coucher de soleil.
Adieux à l'Acadie
Nous quittons à contrecoeur le Gîte Vautour où nous serions volontiers restées mais il est complet pour ce soir. Monsieur Vautour propose d’aller s’installer chez sa mère. Ces gens sont la gentillesse même. Au petit déjeuner, la conversation est générale. Ils paraissent heureux de recevoir du monde. Chacun raconte son pays. On nous parle de la vie au Parc. M. Vautour a revêtu son uniforme de Garde Forestier.Sa femme est plus timide mais enthousiaste à l’idée de venir nous visiter plus tard.
En route à travers le Nouveau Brunswick
Nous traversons d’Est en Ouest le Nouveau Brunswick. 137km sans voir un village, rien que la forêt. Le voyage n’est pas monotone. Les essences varient. Les pins font place aux épinettes et aux mélèzes. C’est l’érable qui a le plus bel aspect. Par endroit, de grandes coupes ont ravagé de vastes espaces. Le plus moche, c’est quand il ne repousse que des taillis et des trembles. Trop de tremble, cela n’a pas d’allure ! Les fûts sont trop souples, les cimes trop clairsemées. Vers les Appalaches, le relief devient plus vigoureux. Pas la haute montagne ! La Buick peine dans les côtes.
Grand Falls/grands Sauts
Grand Falls/Grands Sauts : le long d’une large rivière encaissée dans les collines. La campagne cultivée a remplacé la forêt. Les foins sont terminés. Le blé est juste mûr, légumes et patates. Cela fait longtemps que nous n’avons pas traversé de cultures aussi prospères. La Gaspésie et l’Acadie ont une mince façade cultivée adossée à la forêt sauvage. Nous sommes toujours en pays francophone. Le Nouveau Brunswick est à 65% anglophone mais j’aurais eu seulement deux fois l’occasion de parler Anglais, une fois à Dalhousie pour demander le chemin, une fois pour acheter des légumes.
A l’Office de Tourisme, rien ne nous tente vraiment. Motels et campings pullulent le long de la Route Transcanadienne, la brochure est mal faite, l’hôtesse peu convaincante…Nous nous retrouvons au Québec. Les gîtes sont complets autour du Lac Temiscouata on nous en réserve un à Saint Louis du Haha.
Saint Louis du Haha
Le gîte est isolé en pleine campagne C’est une maison ancienne, assez vaste, coiffée d’un toit bleu vif à la charpente compliquée. A l’étage, 4 belles chambres et 2 salons bien aménagés avec frigo, télévision cafetière et même le téléphone. Notre chambre est très belle : mur et plafond de frisette gris fer/gris vert relevée par une peinture rouille sur la plinthe autour de la fenêtre et sur une étroite porte de placard mural. Store à lamelle de bois. Décoration très sobre : un bouquet sec et un rameau de fleurs en tissus géantes toujours dans les mêmes tons, une petite aquarelle. Plancher clair et verni beige. Nous avons accès au BBQ et pour l’occasion nous achetons de minces grillades de porc.
Chats et chiens nous font bon accueil. Les attraits de la campagne sont moins spectaculaires. Nous sommes un peu désorientées.
La Puce, un grand Labrador noir, nous conduit au barrage à castors, avec une fougue indescriptible. En telle compagnie, on ne verra la de castor, juste l’envol d’un héron.
Nous nous installons sur la terrasse pour trier brochures et prospectus qui s’accumulent. On enchaîne sur le dîner. Nous avons à peine commencé qu’un couple de Québécois s’invite à notre table pour bavarder en toute simplicité. Nous passons un des heures très agréables sous les étoiles et dans la fraîcheur à parler voyages.
L'Observatoire
Ils nous conduisent à l’observatoire d’astronomie. Nous avons bien fait d’attendre dix heures. La nuit est noire et surtout, Jupiter est visible. Au télescope, on observe une nébuleuse annulaire, un anneau de gaz autour d’une naine invisible, un amas d’étoiles : petit feu d’artifice. Cratères de la lune. Jupiter et ses satellites : Io, Ganymède, Callisto et Europe. Je suis ravie de pouvoir enfin observer directement. Au Mont Mégantic, le télescope professionnel était enfermé dans une cage de verre. Ici, nous sommes assis sur le tour de la couple qui pivote. Seule une portion de ciel est visible. L’animateur cherche l’objet à observer avec une facilité qui me déconcerte. Pour orienter le télescope, il actionne un petit moteur dont le bruit rappelle la fraise du dentiste. J’ai du mal à imaginer que le télescope n’est pas une lunette. La position de l’oculaire me surprend. La lune est très brillante. Les gens redescendent de l’escabeau tout éblouis.
Visite du Fort Ingall
Fort Ingall : fort en bois reconstruit, les villageois ayant récupéré tout le bois, une fois la guerre finie. Visite mise en scène : deux guides portent l’uniforme rouge d’époque, ils battent le rappel au tambour et voici les visiteurs dans le rôle des recrues, le guide étant le sergent. A l’Intendance on nous distribue des uniformes à endosser. Tout le monde se prête au jeu même si le déguisement est un peu puéril, on apprend des choses intéressantes. Le Fort Ingall était le 3ème fort sur le chemin du Portage : sentier du courrier entre Halifax (capitale militaire) et Québec (capitale administrative). C’était aussi u e place stratégique importante sur la voie d’eau. Après l’Indépendance Américaine, la frontière entre les Etats-Unis et le Canada était floue. Les USA revendiquaient des territoires au nord du Maine selon les lignes de partage des eaux. Curieuse impression. C’était l’Armée britannique : drapeau anglais, vaisselle anglaise. Chaque fois que je me retourne dans la pièce je tombe sur Elisabeth II. On a tendance à se croire dans une dépendance de la France ou en Amérique, en tout cas pas en Angleterre.
Roseraie
Roseraie : les roses sont un peu passées sous la chaleur mais encore très parfumées, très différentes de celles que nous connaissons chez nous.
Lac Temiscouata
Nous avons trouvé une petite plage à l’ombre au bout du lac Temiscouata. Des bancs de minuscules poissons se défont puis se regroupent près du bord sous à peine 2cm d’eau très claire et tiède. Il fait tellement bon sur les bords du lac que nous renonçons à nous promener.
l'Observatoire d'Aster
Nous retournons à Aster à l‘Observatoire où nous assistons à des démonstrations : cadran solaire, le bâton toujours dirigé vers l’étoile polaire. Réplique du Pendule de Foucault. Calcul de la circonférence de la Terre par Eristotenes. Vu un sismographe en opération .Je suis bien incapable de retrouver les ondes P et les ondes S. je n’arrive pas à mettre en application ce que j’enseigne à mes élèves. Je suis étonnée par la curieuse abondance de séisme dans Charlevoix alors que nous sommes loin de toute frontière de, plaque. Hypothèse intéressante de l’impact d’une météorite il y a 390 MA qui ferait « vibrer » le sous sol.