Nous sommes dans une petite maison en rondins de bois, sans fenêtres, avec un sol en terre battue. Il est environ 19H, il fait nuit, et le feu qui crépite dans la pièce éclaire à peine nos visages. Herminia, notre hôte, fait chauffer de l'eau. Sa fille la regarde.
Il nous a fallu 5 jours de marche pour arriver dans ce petit village coupé du monde. Seule une radio à pile capte par intermittence des résidus sonores venus d'un autre monde, et la fatigue s'empare de nos conversations...
Stéphane
Un soir de pleine lune, la folie chamanique s'est emparée de nos corps... Aurélia, Xavier, Stéphane et Sébastien.
Dictionnaire de survie franco-péruvien (et espagnol) (5)
«¡ Te quiero !» – Littéralement : « Je t'aime ». Expression certes compréhensible par tous mais hélas inadaptée dans des situations de voyage cocasses et imprévues...
Pour certains membres du voyage, l'espagnol est une découverte. Les « faux-amis » sont légions entre le Français et l'Espagnol, sans compter les bourdes linguistiques potentielles liées à l'apprentissage d'une langue. Les dérapages incontrôlés ont été nombreux !
Au chapitre des réussites, Aurélia a gratifié un jour une personne d'un magnifique « Je t'aime une bière » (Te quiero une cerveza). Confusion classique entre « yo quiero » (« je veux ») et « te quiero » (« je t'aime »). Heureusement pour Yannick, il s'agissait d'une gentille dame... Les bons en grammaire objecteront qu'il ne s'agit pas là d'un faux ami. C'est effectivement vrai, mais je ne pouvais pas résister à la tentation de commencer cet article sans raconter cette histoire.
Pour ce qui est des faux amis donc, je m'amuse souvent du registre affectif de certains mots en Espagnol, qui pourraient apparaître désuets aux yeux des Français et qui ont créé bien des confusions sur le chemin inca !
Ainsi le mot « embarazada » ne veut pas dire « embarrassée » mais bien « enceinte ». De même, « comprometido » ne signifie pas « compromis » mais bien « fiancé ». Enfin, il semblerait que les Espagnols envisagent mal la vie de couple en dehors du mariage. En effet, un grand lit dans un hôtel ne sera jamais « double ». Il ne pourra être que « matrimonial ». Allez savoir pourquoi !
Sébastien
Fin de mi-temps dans une communauté rurale andine. Ce match de football fut l'unique évènement social du village de la semaine... (Tarmatambo, mai 2007)
Sébastien
Solitude d'une petite épicerie de village sur la grande route Inca (Tarmatambo, Mai 2007).
Sébastien
Loin du tourisme de masse Inca de la région de Cuzco, loin de la capitale, - Lima - et des plages de la côte Pacifique, les Andes centrales péruviennes restent étrangement isolées. Culture populaire et solitude de villages perdus d'un Pérou qui ne se donne pas à voir artificiellement.
Parfois, les ambiances musicales des cafés réservent d'étranges surprises... (Tarma, Mai 2007).
Sébastien
On aurait pu croire que le Pérou est un pays où la culture du café est omniprésente... Mais alors, que penser de cette petite fiole d'huile de vidange que l'on verse dans une tasse d'eau chaude pour se réveiller le matin ? Méfions nous des idées reçues...
Stéphane
Dictionnaire de survie franco-péruvien (3)
"Ocucaje" – "Tacama" - Expression qu'il n'a pas lieu d’expliquer, mais plutôt d’expérimenter ! (à consommer avec modération tout de même...)
Voici deux des vins les plus réputés du Pérou. Produits par des bodegas nationales, ils sont appréciés des connaisseurs, notamment pour les rouges... Il faut savoir que le Pérou est loin d'être un pays novice en matière de vignobles. Le pisco, boisson nationale s'il en est, avec ses infinies variétés de qualité, est un alcool produit à base de raisin. Le Pérou s'est lancé dans la production de vins rouge et blancs, avec une certaine réussite...
Pour les amateurs de rouge, nous avons testé pour vous... :
Ocucaje Fond de cave (Malbec, Cabernet Sauvignon)
Tacama Gran Tinto (Malbec, Tannat)
Tabernero Gran Tinto (Malbec, Merlot)
Sébastien
La toponymie des villes andines et des lieux que nous traversons est un magnifique jeu de piste linguistique, historique et culturel. Cette géographie de l'imaginaire est la plus belle, - et, avouons-le - souvent la seule des lectures qui nous est donnée en voyage !
Je m'en abreuve régulièrement, recherchant non pas l'exactitude d’une courbe de niveau dûment répertoriée par l'oeuvre méthodique de générations de géographes, mais bien un mot nouveau, un lieu de mémoire qui aurait échappé à mes précédentes lectures...
Le premier étage de la toponymie andine est avant tout pragmatique. Véritable cartographie de lieux-dits, c'est le territoire des Hommes, le monde d'en bas ! Pas d'imaginaire dans ces noms-là, sauf peut être dans l'exotisme des sonorités Quechua. Pour nommer leur ville ou leurs alentours immédiats, les sociétés précolombiennes restent dans le registre du descriptif : Ayacucho (le coin des morts), Rumichaca (le pont de pierre), Cajabamba (la plaine des épines)... Dans le registre des mots les plus utilisés on trouve « bamba » (ou « pampa »), qui signifie « plaine », ou bien encore « marca », qui signifie « ville », sans compter « tambo » (ou « tumpu »), signifiant « l’auberge ». Des milliers de noms de villes et villages peuvent être déclinés ainsi : Tomebamba (la plaine des tumis), Cajamarca (la ville des épines), Huaritambo (l’auberge des Huari, nom du premier grand Empire guerrier des Andes, autour de l’an mil). Je vous laisse trouver la traduction de Bambamarca, ville d'où nos chevaux sont originaires. Elle est un grand classique de la toponymie sans imagination des Incas !
Au second étage de la toponymie, nous entrons dans le domaine des légendes, des contes populaires et des histoires profanes : le lac de la couleuvre, la lagune des trois croix, les « escalerillas » de Huaylillas... Ce blog vous dévoilera petit à petit toutes ces histoires... Territoires frontières, en marge, objets de convoitises et de fantasmes. Nature méconnue ou hostile. Les Hommes expliquent l'incompréhensible par le surnaturel, le danger par la croyance ou la superstition, la beauté par la légende... Prenons garde cependant à ne pas généraliser : « Muyuna » (le lieux où l’on fait demi-tour) aurait pu exciter votre imagination... Et bien, sachez qu’ils ne s’agit que du denier pâturage avant un col infranchissable pour le bétail de la région d’Achupallas !
Enfin, avec l'altitude s'élève la pensée et la force poétique. L'imagination s'emballe ! Aux dernières sphères de la toponymie, celles qui frisent avec les sommets andins, la nature joue à jeu égal avec les Dieux. Nous entrons dans le domaine du sacré et des légendes. L'Ausangate, le célèbre glacier situé à 5000 mètres, est aussi un lieu de culte, ancien « apu », montagne sacrée des Incas où chaque année des milliers de fidèles se rendent en pèlerinage. Souvenez-vous des volcans équatoriens, la « transe de glace » (Chimborazo), le « cou de la lune » (Cotopaxi) ou « la bouche de l'enfer » (Tungurahua)...
Impossible de terminer ce manifeste en faveur de la toponymie sans évoquer le destin d'un savoyard qui, encore aujourd'hui, à « le pouvoir de nommer ». Dans son livre, "L'arche des Kerguelen" (Flammarion 1993), Jean-Paul Kaufmann raconte l'histoire fascinante de cet homme dont la passion consiste à se rendre dans cet archipel perdu des Terres Australes et Antarctiques Françaises pour y parcourir parmi les derniers espaces non répertoriés de la planète. A chacun de ses retours, il confie à la commission de la toponymie française, - qui transmet ensuite à l'ONU – ses dernières « inventions » : le nom d'une ancienne amie pour un lac, celui d'une passion littéraire pour une colline... Privilège hors norme d'un monde presque fini...
Sébastien
Dictionnaire de survie franco-péruvien (2)
Caballos de halka - Littéralement : "Chevaux de la montagne" ou "chevaux de charge".
Voici une belle expression péruvienne pour désigner les chevaux capables de résister aux altitudes andines. Petits et robustes, durs à la marche, ces chevaux nécessitent une sérieuse remise en question, surtout pour ceux qui sont passés par des écoles européennes d'équitation. Ici, pas de fers sous les sabots, les rênes se tiennent d'une main, la gauche de préférence, et on laisse faire... Un homme, c'est un peu comme une charge, il suffit d'avancer tout droit ! La plupart de ces chevaux n'ont jamais eu de nom.
La marche devenant chevauchée, - et magie de la langue oblige -, voici quelques mots en guise de préambule à nos projets.
Montura (selle)
Riendas (rênes)
Estribos (étriers)
Pellón (tapis de laine pour nos fessiers délicats !).
Hakimón (licol)
Filete (mors)
Sinchas (sangle)
Alforjas (sacs en toile destinés à placer du matériel)
Sébastien
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