Blog de chemin_inca

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Sédentaires et nomades : constellations

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Je vous écris cette lettre

Publié le : 13 Avril 2007
Je vous écris cette lettre

Je vous écris cette lettre sans savoir si elle vous parviendra. Après tout la modernité d’internet ne pourra jamais détrôner l’efficience des Chasquis… et je n’en ai trouvé aucun ici à qui j’aurais pu confier ce message pour vous le faire parvenir.
Je vous écris cette lettre pour vous dire que dans Voix Nomades, autrefois, j’invitais chaleureusement les voyageurs passant à Saint Pétersbourg à se rendre au marché Risskiï où ils trouveraient au bout d’un  étalage que je leur indiquais un merveilleux fromage blanc et un tout aussi merveilleux fromage fumé vendus par une réjouissante géorgienne. Ces deux fromages et quelques autres goûts sont pour moi Saint Pétersbourg.
En passant hier, j’ai vu que la partie de l’étalage de ma vendeuse géorgienne était vide. Et en me renseignant, j’apprends qu’il le resterait. Comme pas mal de ses compatriotes et d’autres venus, comme l’on dit ici des pays du sud de la Russie, ma vendeuse géorgienne a subi la poussée nationaliste qui secoue ce pays depuis quelques mois et qui interdit de travail certaines nationalités.
Jean-Luc


Les lèvres et les mots de ceux qui me paraissent aux abois

Publié le : 13 Avril 2007
Les lèvres et les mots de ceux qui me paraissent aux abois

Je corrige la version française des sous-titres d’un documentaire consacré à la communauté de l’Arche, établie dans la région de Krasnoïarsk en Sibérie. Regroupés autour de celui-ci qui se fait appeler le maître Viassarion, des russes de plus en plus nombreux viennent rejoindre cette communauté où « les uns prennent soin des autres ». Ils sont à la recherche d’une utopie où la vérité d’une vie rude (et c’est peu de dire qu’elle le soit en Sibérie) s’incarne dans la nécessité de se « coltiner » à la nature et à ses vicissitudes comme l’aune permanente de la « vraie » vie. Relisant les dialogues échangés par ceux qui y vivent, je scrute les lèvres et les mots de ceux qui me paraissent aux abois devant la transformation effrénée d’un monde qu’ils ne comprennent plus… les lèvres et les mots de ceux qui pensent comme l’écrivait Anna Politkovskaïa : « nous ne sommes rien… ».
Jean-Luc


Et si tu venais ?

Publié le : 12 Avril 2007

Jean-Luc. Il y a quelques semaines, tu as demandé de nos nouvelles. Une belle façon de lancer un dialogue autour de ce blog. Nous avons essayé de te répondre, chacun à notre façon. Parler plus de nous, ce que nous n'aimons pas beaucoup. Parler des gens que nous rencontrons et qui nous touchent, ce que nous préférons nettement... Tu regrettais l'indifférence et l'impossibilité de communiquer dans nos sociétés contemporaines. Il est maintenant évident que les moyens de télécommunication modernes, - Internet en tête – sont une illusion de ce point de vue. Ils n'aident pas à mieux nous comprendre quand bien même notre propre "constellation" n'arrive pas (toujours) à se donner les nouvelles qu'elle attend via ce blog !

Mais pourquoi ce silence ? Ai-je le droit de demander des nouvelles de Russie ? Malgré le chemin Inca, je conserve l'envie d'entendre parler d'ailleurs, de rêver, de voir d'autres gens que tu aurais rencontré à Saint-Pétersbourg, sur ton chemin. Ta propre constellation, racontée en version slave, et ta trajectoire, mot essentiel que tu évoquais avant notre départ. J'espère que le printemps russe ne t'empêche pas de te maintenir dans un autre imaginaire, celui des terres andines. Les deux ne doivent pas être incompatibles, sauf à supposer que l'on ne peut rêver d'ailleurs que lorsqu'on est chez soi, dans l’enfer du quotidien.

Je suis certains que d'une certaine façon, le Qhapac ñan passe par la gare de Vostonia....

Alors, quand et oú nos trajectoires vont-elles se rejoindre ?

Sébastien


Le ciel d'avril en Equateur

Publié le : 03 Avril 2007
Le ciel d'avril en Equateur

Il s'est écoulé une lunaison depuis l'éclipse de Lune du 3-4 mars. La pleine Lune qui a eu lieu lundi 2 avril est la pleine Lune pascale : c'est la pleine Lune qui tombe après l'équinoxe de printemps, celle donc qui fixe Pâques.
Dans le ciel de l'Equateur, Vénus est toujours bien visible le soir à l'Ouest, peu de temps après le coucher du Soleil. Saturne, très haute dans le ciel, est aussi bien visible, tout comme Jupiter qui se lève de plus en plus tôt vers le Sud-Est, aux confins du Scorpion. Et puis Mercure fait son apparition le matin, vers l'Est, dans l'aube, une heure avant le lever du Soleil. On peut voir la planète Mars à l'oeil nu, mais elle est plutôt faiblarde !
Quant au Soleil, il est maintenant bien au-dessus de l'équateur, à presque 6° au Nord. Donc à midi solaire, les ombres de nos chers globe-trotter sont bien allongées vers le Sud, alors qu'en France nos ombres sont allongées vers le Nord.
Si l'épopée de Bouger, La Condamine et Godin vers 1735-1740 est bien connue, on sait moins qu'en 1901-1906, une mission française est retournée à Quito mesurer un arc de méridien. Le commandant de l'expédition raconte : "destruction continuelle des mires par les Indiens et même par les Blancs... s'imaginent que ces signaux sont placés là pour marquer l'emplacement d'un trésor...". En fait les conditions en Equateur au début du XX siècle ne sont pas très différentes de celles de 1740 ! Les pauvres géodésiens ont rencontré presque les mêmes problèmes !

Denis Savoie


Confrérie

Publié le : 30 Mars 2007
Confrérie

Felipe, surnommé le "chasqui" par ses amis péruviens, a déjà parcouru deux fois le Qhapac ñan dans son intégralité. Il vit la grande route Inca de façon physique, dans l'action. Il abat 30 à 40 kilomètres par jour sur ces sentiers de montagne avec son sac à dos de 30 kilos.

Antonio, dit "tutto", guide passionné d'avifaune, nous raconte avec la précision du marcheur naturaliste les 700 kilomètres de chemins qu’il a déjà découvert. Le Qhapac ñan dans la région de Cajamarca n´à plus aucun secret pour lui : ponts, tronçons de voies, murs, sites cérémoniels... mais aussi invertébrés, oiseaux, couches géologiques, routes sacrées...

Carlos, professeur d'équitation, s'en va dans 15 jours de Cajamarca à Puno, sur les rives du lac Titicaca. Il passera par Lima, Ayacucho et Cuzco, reproduisant ainsi le chemin parcouru par Hernando Pizarro, le frère du conquistador.

Notre tête tourne. Il y en a trop. Nous sommes là sans trop y croire, assis autour d’un verre (Trapiche Malbec, Mendoza, Argentine...) avec ces gens qui vivent la route Inca tous les jours et qui partagent leur passion avec nous.

Confrérie.

Antonio s’en va chez lui chercher sa bible. C'est un ouvrage Français traduit en Espagnol : « Pérou et Bolivie », récit de voyage de Charles Wiener (Paris, 1880) d'une expédition ethnologique et archéologique financée par la France au 19ème siècle. Tout y est sur plus de 1200 pages : dessins de visages ou de costumes, plans de sites archéologiques, notes anthropologiques et historiques, réflexions personnelles, carnets de route. Le Qhapac Nan dans tous ses états...
Malgré la sécheresse du texte, - très descriptif -, nous souhaiterions instantanément tous posséder ce livre, le détenir avec soi comme on dispose d'un vieux manuscrit si peu diffusé que ses lignes valent autant que d'autres secrets bien mieux gardés.

Miroir de ce que nous sommes venus chercher ici, à l'autre bout du monde, avec 126 ans de décalage. Décidément, le chemin Inca, ce soir, relie les gens malgré les différences de langue et d'époque....

Sébastien


Confrérie

"Donnez-moi de vos nouvelles, s'il vous plaît !" (Jean-Luc)

Publié le : 24 Mars 2007

Des nouvelles, des brèves, des histoires... Il me semblait en écrire, en donner. Mais peut-être ce "Donnez-moi de vos nouvelles" contient autre chose que nous n'avons pas su atteindre? Peut-être est-ce parce que nous restons parfois à la surface des choses, des sentiments? Peut-être parce que les nouvelles restent justement des nouvelles ? Peut-être faut-il aller chercher plus loin et dire les questionnements, les absences, les chagrins, les contentements ? Se livrer, se dévoiler plus pour avoir l'impression d'atteindre ce passage, cet au-delà du miroir, au-delà des apparences...
Peut-être dire ce qu'on ne dit pas par pudeur ?
"Donnez-moi de vos nouvelles" reste encore pour moi en forme de point d'interrogation. J'entends ce cri de l'autre côté du bout du monde. Nous est-il seulement destiné ? Est-il le cri destiné à une humanité plus large. Un "Donnez-moi de vos nouvelles" de ras le bol des médias, du temps qui passe et des gens qui passent sans se regarder, de l'indifférence générale dont nous faisons tous partie. La réalité d'au-dessus du miroir ?
Incapacité de communiquer. Constellation d'étoiles, connections d'au-delà des bouts du monde... Se répondre ? Répondre alors en point d'interrogation.
Donne-moi de tes nouvelles.

Aurélia


Maria de Cajamarca

Publié le : 23 Mars 2007
Maria de Cajamarca

C'est ainsi qu'elle a griffonné son nom sur mon carnet: Maria de Cajamarca pour que l'on se souvienne où nous l'avons rencontrée, où nous avons passé du temps ensemble. Maria est entrée dans le bus en même temps que nous, pour notre première destination péruvienne : Cajamarca. Elle est grande, belle et canadienne.
Elle a seulement 24 ans, et le courage de partir seule sur les routes durant 8 mois, loin de ses attaches, solitaire, nomade et ouverte aux rencontres. Elle fait partie de ces personnes que l'on découvre avec plaisir, avec qui l'on partage un bout de vie, dans la simplicité de l'échange, autour d'une table d'un restaurant populaire ou au sommet de la colline qui domine la ville. Il n'y a aucun effort à faire, juste être soi-même. Pas de précipitations, ni de promesses dans la rencontre, seulement les minutes qui s'écoulent avec leurs paroles ou leurs silences.
Elle est partie le lendemain pour une autre destination avec ses yeux bleus lumineux et vivants.
Dans ces instants-là, je me demande toujours si nos routes se recroiseront un jour. Qui sait ? Peut-être jamais ou peut-être bientôt.
Elle restera quoi qu'il en soit Maria de Cajamarca.

Aurélia


Constellation andine

Publié le : 23 Mars 2007

Jean-Luc - "Donnez-moi de vos nouvelles, s’il vous plait !"

Jean-Luc. Tu nous parles de constellation, de quartier, pour expliquer ces improbables rencontres qui peuvent surgir à l'autre bout du monde ou dans des contextes improbables. Des gens qui nous ressemblent malgré nos différences de langue et de culture…

C’est vrai, de nouvelles connexions apparaissent chaque jour et nous donnent parfois l'impression de rencontrer notre voisin dans un coin perdu des Andes. Un « je ne sais quoi » fait de temps (volontairement) perdu et d'écoute nous ouvre toujours de nouvelles portes. Nous partons loger demain chez un professeur d’équitation que nous ne connaissions pas la veille. Nous venons de dire au revoir à la mère Lucia de Cristo, dont la gentillesse nous fait aimer cette bonne ville de Cajamarca.

Ententes immédiates. Envie de partager le plus possible en quelques heures seulement. Echanges, histoires entrecroisées, compréhension instinctive. Fascination aussi. Et frustration enfin. Il faudrait renoncer à soi et à ses projets pour découvrir tous les inconnus de son « village ». Notre quartier est si grand. La constellation de nos connexions est si vaste.

Tous les jours fermer des portes et en ouvrir d'autres ? Oui, mais lesquelles ?
Tous les jours parler de soi et raconter quelqu’un. Oui, mais comment ?

Sébastien


Mise en scène : un mois en Equateur

Publié le : 23 Mars 2007
Mise en scène : un mois en Equateur

Sous la pression amicale et parentale, nous avons décidé de nous mettre en scène de manière parfois outrancière au travers de photos posées ou prises sur le vif. Vous pourrez suivre la chronologie du trajet à la barbe qui pousse! Aurélia et Sébastien


Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur
Mise en scène : un mois en Equateur

Donnez-moi de vos nouvelles, s’il vous plait !

Publié le : 23 Mars 2007

(Raconter la constellation, c'est-à-dire les gens auxquels etc.). Je ne sais pas pourquoi malgré les textes, les photos, les objet sonores déposés massivement sur le blog, je demeure dans l’envie d’avoir de vos nouvelles…
Alors qu’Ici nous avons hérité définitivement de douze candidats à l’élection présidentielle et je ne pourrais pas vous dire précisément pourquoi aucun d’eux (elles) ne m’emballent suffisamment pour avoir envie simplement de voter pour lui (elle)… et pas seulement parce que je crois depuis longtemps (au moins depuis un certain soir du 10 mai 1981 où nous étions quelques uns à Tours à nous retrouver pour réclamer une cinquième République), qu’il n’est pas décidément pas très moderne d’élire le Président de la République au suffrage universel direct.
Alors qu’Ici, Lucie Aubrac est morte. Lucie Aubrac, vous savez cette grande résistante et cette grande amoureuse surtout, qui a sauvé trois fois son Raymond (un des dirigeants du mouvement Libération) de la mort allemande, pendant le seconde guerre mondiale. Et elle, déjà, âgée, visitant les collèges, les lycées. Racontant la première fois où elle a vu l’étoile jaune sur la poitrine d’un de ces élèves de six ans : la certitude qui lui est venue qu’il fallait résister. Montrant l’étoile jaune aux collégiens et lycéens et disant : imaginez peut-être un jour, un croissant sur la poitrine de vos camarades de classe musulmans… L’étoile jaune, je vous l’ai montrée, maintenant c’est à vous de jouer, je vous transmets la nécessité de rester vigilant. C’est votre tour désormais, faites ce que vous croyez devoir faire. Lucie Aubrac, une femme debout !
Alors qu’Ici, aujourd’hui, une journée passée entre Paris (matinal), Amiens pour finir à Caen (nuitamment). Le sentiment que les mendiants sont de plus en plus nombreux. Cette journée, ce fut le défilé des visages de ceux qui m’ont interpellé pour me demander une pièce et des corps de ceux qui attendent, la main tendue ou non, que je leur attribue une pièce. Ce matin, Le Figaro publie un supplément spécial de 32 pages, intitulé « le grand audit de la France », qui ne nous dit rien sur la réalité de l’augmentation des mendiants, Ici…
Comprenez-vous pourquoi, malgré vos textes, vos photos, vos objets audio, j’ai envie d’avoir de vos nouvelles ? Au détour de vos trajets, le preneur d’images, de mots, de sons, passe aussi par Ici. Ce pourquoi, je demande au preneur d’images, de sons, de mots : est cela que l’on appelle la vie ? Répondez-moi. Donnez-moi de vos nouvelles, s’il vous plait !

Jean-Luc


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