Blog de chemin_inca

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Portraits : les messagers des Andes

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Les Huaris

Publié le : 29 Avril 2007
Les Huaris

La visite de la cité forteresse de Markahuamachuco nous a fait prendre conscience à quel point des cultures pré-incas méconnues du grand public ont, un temps, dominé les Andes. Les Huaris (650 - 1000 ap. JC) ont façonné un Empire guerrier qui s'imposera militairement sur toute la région correspondant à l'actuel Pérou, au détriment des Mochicas au Nord et des cultures du Sud, à l'exception de Tiwanaku (actuelle Bolivie – Lac Titicaca). Cette civilisation représente une synthèse entre les traditions artistiques des cultures précédentes, alliant les motifs géométriques et les couleurs du Sud et les motifs anthropomorphiques du Nord. Les influences les plus fortes viendront évidemment de la civilisation Tiwanaku et de celle des Mochicas. Quelques pièces magnifiques sont exposées dans les musées de Lima et permettent de faire sortir un peu de l'oubli cette civilisation guerrière dans un pays où peu de de vestiges archéologiques permettent d'en maintenir la mémoire.

Sébastien


Comme un petit air de kena...

Publié le : 25 Avril 2007

Guido nous parle de sa musique. Longuement. Il nous joue de la kena, cette flûte traditionnelle la plus complète que les incas connaissaient : 7 notes, 3 octaves, des demi-tons. Cet instrument, le plus souvent en bambou, produisait des sonorités très douces. Avec le pinkuyllu, une flûte rudimentaire de forme plus longue, la kena accompagne encore aujourd'hui les fêtes religieuses andines dans tout le Sud du Pérou et la Bolivie. Elle existe toujours car c'est un instrument d'accompagnement des danses rituelles et traditionnelles. Surtout, ses airs tristes ont été adoptés dans les lithurgies de l'église coloniale espagnole : seuls des textes en adoration au Christ ou à la Vierge y on été ajoutés. Mais c'est ainsi que des airs précolombiens non écrits ont été conservés. D'autres musiques sont en voie de disparition, de moins en moins pratiquées. Les "huaynos (Wayñus)", plus joyeux et festifs, ou les "harawis", mélodies très tristes accompagnant des rituels spécifiques, comme des funérailles ou des travaux des champs.

Guido pourrait continuer ainsi longtemps tant il semble animé par sa passion. Il évoque à de nombreuses reprises le pélerinage du Qollor Rit'i, le "Seigneur de la neige resplendissante", où nous nous rendrons en Juin. Etrange rendez-vous qui se dessine entre nous trois, à 5000 mètres de hauteur, sous les cîmes d'un glacier sacré ! Nos chances sont minces de nous rencontrer parmi les 300 000 pélerins, mais retrouver une connaissance, aussi brêve soit-elle, lors de cet évènement unique dans les Andes nous parait soudainement essentiel. Connexion importante dans notre constellation andine, sous un air de Kena.

Sébastien


Semaine sainte

Publié le : 12 Avril 2007

Un prêtre déchaîné en animateur de foule, une statue processionnelle de Vierge qui frimousse, une autre représentant le Christ qui swing dans une rencontre étonnante, comme un face à face nocturne d'amoureux transis ! Cette scène se passe lors de la semaine sainte de Huamachuco.
Les péruviens aiment les processions, à fortiori lorsque qu'ils déambulent sur la plaza de armas avec leurs effigies géantes. Dans toutes les Andes, ce qu'il y a de plus beaux dans les musées, ce sont souvent ces statues processionnelles. Je suis certains que cette passion pour la ritualisation et la mise en scène du sacré a des racines profondes. Les cultures précolombiennes devaient aimer les parades, les pèlerinages, la musique... et la danse !

Sébastien


Guaman Poma et la fin de la civilisation Inca

Publié le : 30 Mars 2007
Guaman Poma et la fin de la civilisation Inca

Guaman Poma (1534–1616) peut être considéré comme le premier écrivain andin. Il est notamment l'auteur du "Traité sur la bonne gouvernance", texte social et politique qu'il voulait destiner au roi d’Espagne.

Baptisé et éduqué par son demi frère Martin de Ayala, Guaman Poma savait donc lire et écrire, ce qui était rare dans les débuts de l'époque coloniale espagnole (l'écrit n'existait pas chez les Incas). Il fut ainsi un des témoins privilégié du changement brutal de civilisation qu'ont connu les Andes à cette époque. Son travail, et notamment certaines de ses pièces de théâtre, font partie des très rares témoignages d'auteurs ayant connus intimement la culture Inca.

Ce sont surtout les magnifiques dessins de Guaman Poma qui font de lui un personnage à part. On les retrouve sur la plupart de ses manuscrits et ils symbolisent une certaine esthétique de l'imaginaire Inca, à l'image de ceux relatant la capture puis l'exécution d'Atahualpa. Au travers de ses innombrables illustrations, c'est tout un univers qui nous est donné à voir et à rêver...

Guaman Poma livre, à sa manière, un émouvant regard sur l'histoire Inca.

Sébastien

Pour l'Histoire :
Kasha Marca (la « ville des épines » en Quechua) fut la première ville andine traversée par les conquistadores. Ancienne forteresse avancée sur la grande route Inca, c'est aussi la ville de la chute d'Atahualpa. Les conditions de sa capture furent par ailleurs rocambolesques. Venant de Baños del Inca, un village baigné d'eaux thermales volcaniques où il résidait non loin de là, Atahualpa entra dans Kasha Marca accompagné d'un cortège de 6000 hommes. Les 160 soldats espagnols, qui attendaient en embuscade accompagnés de leurs chevaux et fusils, créèrent une panique générale dans l'escorte de l'Inca, qui fut arrêté. Sans la récente guerre civile entre Huascar et Atahualpa et cette capture surprise, jamais les espagnols n'auraient pu conquérir cette région aussi facilement. Le pouvoir théocratique et extrêmement centralisé Inca ne résista pas à cet emprisonnement. La suite est une longue agonie : rançon, conversion forcée, exécution, rebellions réprimées. Aujourd’hui, il ne reste de ces évènements qu’un seul monument (très laid). Depuis la plaza de armas à Cajamarca, il suffit de quelques pas pour se rendre au "cuarto del rescate", la prison d'Atahualpa, elle-même enfermée dans une petite cour. Au milieu de ces murs Incas, Pizarro a exigé une rançon en or équivalente à la taille de l'empereur additionnée à la longueur de son bras. Son voeu fut exaucé... puis Atahualpa assassiné !


Guaman Poma et la fin de la civilisation Inca
Guaman Poma et la fin de la civilisation Inca

Carlos, portrait d'un Don Juan

Publié le : 29 Mars 2007
Carlos, portrait d'un Don Juan

Nous avons traversé le pré du centre hippique et nous l'avons vu portant fièrement cravache au poignet, et guêtres serrées. Un homme élégant, souriant qui vient à vous d'un air avenant. Carlos a 54 ans, un port altier, monte à cheval divinement. La moustache et le bouc bien taillé, un petit air de parfum qui flotte autour de lui la journée durant, les yeux qui pétillent, vivants et espiègles.
Courtois, le geste agile, les ongles taillés de près. Carlos est d'une politesse exquise, a le verbe léger. Tout droit sorti d'un tableau, un de ces nobles à la Goya montant sur son cheval de jaie.
Les jours passent auprès de lui, il nous invite chez lui dans son « domaine », petite maison ou tanière, je ne sais trop (car une maison de célibataire endurci est difficile à raconter), que nous avons baptisé en apprenant à le connaître : Le monastère de l'Immaculée Tentation. Et pour cause! Sous ses allures de prince, Carlos est en réalité un Don Juan des temps modernes. Laissant tomber le masque des premières heures de la rencontre, Carlos regarde sans vergogne les femmes, l'oeil envieux et qu'elles soient laides ou belles, vieilles ou jeunes il a toujours un mot charmant qui fait rougir les unes ou sourire les autres. Mais avec quelle délicatesse... On ne saurait le dénier, je vous l'accorde. Carlos se promène dans la ville, rencontre l'un ou l'autre, toujours un mot affable, le sourire au bord des lèvres. Il se retourne sur son passage soudainement. Il ne faut pas chercher à comprendre. Vous savez pertinemment qu'une femme aux allures de gazelle vient de passer dans son sillage... Et sa voisine si belle et si jeune. Carlos se pâme !
Au début, un peu surprise, je me suis bien habituée à ce compagnon de route,  qui sait malgré son libertinage affirmé, rester dans les limites latines de la politesse et qui n'en a pas perdu son humour ravageur !!!
Aurélia


Synchrétisme andin

Publié le : 28 Mars 2007
Synchrétisme andin

Histoire : une église, Bélen, construite dans les premiers temps du christianisme en Amérique latine. Un architecte espagnol qui ne travaille qu'avec des artistes et des ouvriers "indigenas". Un Dieu unique et des anges.

Cela donne cette coupole étonnante, fruit de l'imaginaire des peuples conquis et d'une religion conquérante.

Synchrétisme andin à Cajamarca, au Pérou.

Aurélia et Sébastien


"Tu seras la Mère de beaucoup d’enfants..."

Publié le : 26 Mars 2007

Lucia de Cristo a le visage d’une femme qui a choisi sa vie de recluse et l’a vécue pleinement, avec bonheur. Abbesse du monastère de l'Immaculée Conception de Cajamarca, elle nous a ouvert sa porte comme on accueille un membre de sa propre famille. Sa spontanéité désarmante nous a fait aimer cette ville. De sa petite voix pétillante et de son regard malicieux, elle nous a chuchoté, presque en secret, l’histoire de Sainte Béatrice de Silva Meneses.

On ne photographie pas une soeur recluse. Il nous reste sa voix...

Sébastien

(Pour ceux qui ne comprennent pas l’Espagnol : à l'âge de vingt ans, Béatrice de Silva Meneses entra à la cour de Castille en tant que dame de compagnie de la reine Isabelle. Sa beauté finit par attiser la jalousie de la reine, qui voulu la faire emprisonner. C’est alors que la Vierge apparut à Béatrice et lui déclara : "Tu seras la Mère de beaucoup d’enfants qui s’habilleront comme je m’habille".
Voulant cacher à jamais son visage, Béatrice se retira dans un monastère de dominicaines où elle vivra pendant trente ans. Religieuse à Tolède en 1450, elle fonda alors Ordre de l'Immaculée-Conception, approuvé par Innocent VIII en 1489).


" ¡ Dale Corea ! "

Publié le : 23 Mars 2007

Je regarde toujours avec un certain étonnement les manifestations en Amérique latine. Question de décalage sans doute. Dans mon enfance, j'ai plus entendu parler sur ce continent de disparitions, de populisme nauséabond et de dictature que de liberté d'expression... De la mémoire familiale, je garde celle d'un grand-père qui ne trouve plus sa place dans la société parce qu'il refuse d'adhérer au bon syndicat (péroniste). Je me souviens d'amis de la famille, tous intellectuels, souvent Juifs, qui ont préféré quitter un pays qu'ils aimaient pour refuser une dictature où Pinochet passerait pour un enfant de coeur.

Une manifestation sociale comme celle d'aujourd'hui, à Cuenca, en Equateur, me procure donc un vrai plaisir. J'y trouve que la manière de défiler, l'énergie des slogans et des banderoles militantes nous sont étonnements proches. Les initiales de certains syndicats sont restés les mêmes que ceux de leurs homologues des pays latins d'Europe. Il est heureux de constater que les régimes les plus idiots, aussi longs furent-ils, n'ont pas brisé cette tradition militante. Un beau leg en somme, qui s'exprime sur le continent américain, dans sa frange Sud, à rebours de la tradition de son voisin du Nord. Mais ici, les visages sont ceux des  "mestizos" et des  "indigenas" d'Equateur.

Aujourd'hui, partout dans le pays, les murs des maisons et des bords de route sont couverts de consignes de vote, de déclaration d'intention, de soutiens partisans : les "Dale Corea !" ("Vas-y Corea !"), du nom du nouveau président de gauche anti-libéral équatorien, gagnent haut la main. Viennent ensuite les députés, les maires... Des chiffres aussi : "Pour bien voter, coche le numéro 5 !". Même dans les communautés "indigenas", l'esprit civique est une valeur partagée. Le soulèvement pacifique des populations indiennes dans les années 1990 a porté ses fruits. De citoyens de second plan, les "indios" des communautés participent aujourd'hui à la vie politique du pays.
Je me remémore la fierté avec laquelle les habitants de Tigua évoquaient Corea. Le président équatorien a été le professeur de mathématique de nombre d'entre eux, dans cette minuscule communauté. Militant pour la cause indigène depuis de nombreuses années, Corea préférait l'arrière cour des écoles rurales du paramo andin plutôt que les lycées de blancs ou métisses de Quito. Les habitants des Andes s'en sont souvenus... Ils ont voté en masse pour lui et contre "le roi de la banane", l'homme le plus riche d'Equateur, vivant sur la côte Pacifique...

Et oui, autre vertu de cet extrême occident qu'est l'Amérique latine, les clivages politiques y ont encore un sens (parfois)...

Sébastien


Comme un écho de chaskis

Publié le : 15 Mars 2007

Chaque matin, dans de nombreuses vallées des Andes, un étrange ballet tient lieu de spectacle au chant du coq. Nul besoin d'ouvrir les yeux. Il suffit de tendre l'oreille. A cette heure, semble-t-il, les voix portent loin. A moins que les longues nuits de ces altitudes andines ne soient un moment de solitude telle qu'à l'aube, chacun éprouve le besoin de parler, ou plutôt de crier ses sentiments à son voisin. Rires, mariage, fêtes, un rendez-vous quelconque... L'intimité dévoilée par l'échos de la montagne, à toute la vallée, de ferme en ferme. Des messages simples véhiculés par le vent.

Ingénieux. Troublant.

Je m'amuse à penser à la frustration du bout de la chaîne. Et lui, le dernier maillon de ce fil télégraphique du paramo andin, à qui pourra-t-il bien faire suivre ce message ?

Sébastien


La légende du lac de Culebrillas

Publié le : 14 Mars 2007

Dans le village d'Achupallas, chaque personne vous racontera sa version de l'histoire. La vraie, intimement melée à leur propre vie. L'enfant vous parlera de l'Indien de la montagne tuant les touristes. Le muletier vous contera une légende de mules et de chevaux... et Inès, celle du trésor d'Atahualpa, qui fut englouti sous le lac de Culebrillas, et dont on dévia le cours pour le cacher...

Sébastien


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