Elle a un rire joyeux, un de ces rires qui fend l'air, qui fend le silence et le fait danser. Un rire qui fait du bien. Avec ses beaux yeux qui pétillent.
Elle semble sortie de nulle part, tellement en décalage avec les visages burinés et fermés d'ici. Une femme féminine aux allures d'homme. Comme si c'était le seul moyen de résister. Les gens ici sont fuyants comme la brume qui monte et remonte le long de la vallée. Des sourires discrets, des regards méfiants et leurs paroles comme avalées par le brouillard : étouffées.
Lybia, elle, rit, de toutes ses dents, de toute sa beauté encore juvénile malgré ses 34 ans.
Les gens sont adossés aux murs des ruelles quasiment désertes, caméléons au couleur du temps.
Lybia, elle, habite la rue, l'illumine.
Elle vit avec sa soeur et sa mère dans une grande maison du village. Elle vit seule, sans homme. Pourquoi sans homme, alors que toutes les femmes ici sont mariées dès leur plus jeune âge ??
A dire vrai, il suffit de la regarder. Lybia a soif de liberté.
Aurélia
C'est une rencontre rare, à 3500 mètres d'altitude, dans une communauté rurale andine équatorienne. Un professeur de théâtre vient ici enseigner sa passion. Il est beau, charismatique. Un sage plein de cette sérénité qui caractérise les Hommes libres et engagés. Des enfants marchent plusieurs heures des vallées voisines pour venir le voir. Parfois, dans d'autres régions d'Equateur, c'est lui, - Wolf -, qui parcourt ce même chemin, loin de toute route, vers des communautés isolées. Il enseigne son Art par le corps, le mouvement, la méditation. Des rituels appris aux quatre coins du globe, de Corée aux Etats-Unis.
Il est revenu au pays. A Tigua, les membres de la communauté utilisent leurs masques et jouent des contes traditionnels avec une chorégraphie moderne, dans l'église de ce hameau de quelques dizaines d'habitants. A sa façon, Wolf donne de nouvelles clefs pour perpétuer la mémoire de cette communauté. Se réapproprier un imaginaire sans se folkloriser, signe définitif d'une acculturation. Il parcourt son pays ainsi.
Recemment, dans une communauté autochtone du Canada oú il se trouvait, une vieille dame lui dit : « Pour nous, wolf (le loup), c'est l'animal sacré qui enseigne ».
Oui, Wolf, dit « Sinué », c'est un peu tout cela, un passeur contemporain, un messager andin.
Sébastien
Messe donnée par le père Luis Eduardo Rodrigues, à qui nous avons tant parlé. 1000 enfants des écoles voisines assistent à l'office.
1er mars 2007
Sébastien
Eglise de la Merced, dimanche 25 février 2007 (fichier audio).
L'Equateur et ses messes, chaque jour et à toutes heures. Foi partagée dans la religion chrétienne, communion collective envers une appartenance commune : églises combles, attentives. Musique pop en hommage à la vierge. La communauté est soudée autour de son ciment. Dès la fin de la messe, la salle s'élance vers l'autel et cherche le contact avec cette eau bénite projetée sur la foule par le prêtre. Dévotion presque païenne...
Un office à l'église de San Francisco
Je m'agace toujours de ces sermons moralisateurs, autoritaires et archaïques, qui ont tant marqué l'histoire de l'église en Amérique latine. Évangélisation accusatoire. Mise à l'index. Suspicion de la Faute. A San Francisco, l'ancienneté de l'église - la plus vieille de Quito – et la patine décrépite de cette nef tout en bois, semblent avoir déteint sur la messe de ce dimanche matin :
" Ne tombez pas dans la tentation ! Il est autorisé d'apprendre sur d'autres cultures, d'autres siècles, mais attention à l'égarement. Nous sommes dans un monde de tentation : et vous? Votre race? Vos valeurs ? La nation équatorienne est intelligente mais si dispersée... Elle est si peu persévérante. De l'orgueil, de la fierté, de la foi (sic) !
La curiosité serait-elle encore, chez certains prêtres d'Amérique latine, un acte païen?
Sébastien
Señor Presidente !
Place de l'indépendance à Quito. Devant le palais présidentiel. Une femme interpelle, seule avec son microphone, le Président... Il n'est hélas pas venu...
(La feuille de coca, un terroir andin ?)
C'est vrai, un voyage en avion interdit à l'imaginaire de jouer son rôle. Téléscopage obligé avec le réel, à l'arrivée. Et pourtant... En plein vol, première immersion dans le quotidien « El tiempo ». Je suis surpris. Le mot « démocratie » me vient à l'esprit. Ce journal montre l'Amérique latine telle qu'elle est, avec ses travers (nombreux...), sa corruption (1800 dollars pour un visa de résident...), ses revendications (la feuille de coca, produit identitaire ?), ses aspirations et ses rêves (Amérique toujours, mais celle du Nord, et Miami pour fantasme d'une vie réussie)... Je découvre un pays tel qu'il se donne à voir, avec cette vitalité d'une « nation » ancienne mais où l'exercice du débat démocratique « apaisé » reste récent. Nous sommes loin de cette presse censurée des pays malchanceux où un journal est si ennuyeux à lire. Impossible de rester insensible à cela.
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