le Musée Jacquemart André est installé dans un monumental hôtel particulier Boulevard Haussmann. Les propriétaires, amateurs d'art ont donc conçu leur demeure comme un musée. les pièces de très grande dimension ont gardé leur décor Napoléon III, les plafonds peints et les tentures. Tous les tableaux sont des chefs d'oeuvres : beaucoup de portraits de peintres français mais aussi des Canaletto, Hubert Robert...
on passe ensuite dans la vaste salle de musique sur deux niveaux- une galerie en fait le tour - s'ouvrant sur le boulevard. Puis dans le jardin d'hiver d'où un magnifique escalier mène à l'étage. Une fresque de Tiepolo éclairé par une verrière aux frais coloris orne le niveau supérieur.
On arrive dans un véritable musée consacré à la peinture italienne. je remarque tout de suite les Botticelli, ensuite Ucelli et Mantegna.
la collection d'art Primitif se trouve donc en bonne compagnie!
Eblouissante! on ne sait que louer : les statues des dogons du Mali, l'art Senoufo ou les masques gabonais, l'art Baoulé de côte d'Ivoire est également remarquable. Je retrouve toujours avec autant de plaisir les "objets-force" du Congo hérissés de clous, les chiens à deux têtes, le personnage tenant un miroir sur le ventre planté de ferrailles d'un côté seulement.
Que dire des masques polynésiens? Des savantes compositions de Nouvelle Irlande aux matières variées et colorées. Elles avaient fait l'objet d'une exposition il y a quelques mois au Quai Branly
c'est l'opération de gratuité dans certains musées qui a été l'occasion de cette visite à Ecouen. Je ne connaissais pas cette remeure royale moins bien située que Fontainebleau, Versailles ou Vaux le Vicomte. En bordure de communes de banlieue peu touristiques comme Sarcelles, Gonnesse ou Villiers le Bel, le château est pourtant situé dans un cadre admirable sur une terrasse dominant un vaste paysage et entouré d'un beau parc où fleurissent en ce moment anémones et jacinthes sauvages qui nous rappellent que le printemps a bel et bien commencé.
l'édifice est construit selon un plan carré, en belle pierre claire où les hautes fenêtres Renaissance, cheminées élancées, autour d'une belle cour carrée pavée. On commence la visite dans la chapelle d'Anne de Montmorency. Beau plafond décoré aux motifs italiénisants et copie de la Cène de Léonard de Vinci. L'originalité de ce château réside dans ces décors de grotesques ou de frises de grisailles sous les plafonds ou dans l'encadrement des portes rappelant l'Italie. Autre élément de décor singulier : la peinture du manteau des cheminées (à moins qu'elles ne soient finement sculptée. Sur ces décors de cheminées dans des médaillons richement entourées, on retrouve souvent des épisodes de l'histoire de Joseph - cadet célèbre - le retour de la chasse d'Esaü met en évidence ce caractère - Ecouen est le château des Cadets : Anne de Montmorrency, puuis Henri II, lui aussi cadet qui n'étaiat pas promis à la Royauté. l'emblème d'Henri II, la demi lune orne à plusieurs reprises le château.
Nous avons passé un grand moment à détailler les boiseries, les horloges, et les meubles Renaissances présentés de façon méthodiques au rez de chaussée. Peut être trop de temps parce que le château a fermé ses portes pour la pause de midi pendant que je découvrais à l'étage les appartements royaux ornés de tapisseries extraordinaires. Je suis donc passée trop rapidement devant la tenture de David et de Bethsabée - chef d'oeuvre majeur du château.
C'est une très grosse exposition.
Au début, sans surprise, Hammourabi avec sa célèbre stèle nous accueille. Quelques stèles, quelques personnages en pierre dure noire, des sceaux décoratifs illustrent ce qui est l'essentiel de la présentation : des tablettes d'argiles gravées de textes cunéiformes. Expo très cérébrale, l'oeil a peu d'occasion de se réjouir. En revanche on touche de près toute la mythologie antique, et les légendes fondatrices qu'on retrouve dans les Ecritures : le Déluge, la Loi du Talion, la tour de Babel, la Genèse, Guilgamesh, Nabuchodonosor, Daniel et les Prophètes....Ecrits, sous nos yeux, transcriptions très poétiques, quelquefois simple jurisprudence, quelquefois prières, ou anacdote sur le mal de dents. Les, textes sont tellement passionnants qu'on en oublie le caractère austère de ces petites tablettes de dix centimètres sur sept incisées de signes serrés.
On arrive aux lions et dragons de briques vernissées qui gardaient l'entrée de la ville. Céramiques d'un bleu merveilleux- précurseur des bleus des monuments turcs ou persans de la Route de la Soie? -
On a déjà parcouru toute l'Antiquité. le dernier roi de Babylone Une tête d'Alexandre nous introduit dans la période hellénistique -
jolis tanagras - Hérodote, le premier a décrit en historien et non plus en poéte la ville de Babylone.
Et soudain, on quitte l'archéologie ou l'histoire et on glisse dans une Babylone fantasmée par les religions monothéistes. Babylone se confond avec la ville de la luxure, sorte de monstre dont la catastrophe de l'Apocalypse pourra servir de punition. Illustrations de manuscrits ancien, grimoires, même icones russes ou miniatures de textes musulmans. La ville réelle n'a plus aucune existence face à l'imaginaire. Dadns les pays protestants Babylone se confond avec rome qui a été mise à sac. La tour de Babel prend des allures de Colisée. la punition divine atteint aussi bien la Tour que la ville entière.
Au 18ème siècle, Sémiramis, héroine de Voltaire prend le relais, c'est aussi le début d'une archéologie scientifique. on redessine les plans de la ville : trois des sept merveilles du mondes y figuraient, jardins suspendus, pont sur l'Euphrate et palais dans une triple enceinte...
Enfin l'Exposition se termine par la projection d'Intolérance de Griffith. On a déjà oublié les tablettes d'argile. Une salle présente les fouilles modernes pour nous les rappeler.
Le Musée Dapper est situé à mi-chemin entre l'Etoile et la Place Victor Hugo, dans une rue tranquille : 35 rue Paul Valéry. Consacré à la culture africaine, il est le lieu d'expositions passionnantes dans un espace moderne, bien conçu, une librairie, un café où il est même possible pour les enfants sages (et fortunés du 16ème) d'inviter leurs copains pour un goûter d'aniversaire mémorable.
L'exposition "Animal" présente des sculptures, des masques de différentes provenances du Mali au Cameroun, de la cote d'Ivoire au Congo, objets magnifiques très bien mis en valeur dans la pénombre. C'est une visite charmante, dépaysante ,un souffle d'exotisme et de poésie.
Un soleil voilé invite à la promenade dans les rues calmes des quartiers de mon enfance. Grosses cylindrées ou Swatch restent à quai depuis que le stationnement résidentiel est devenu bon marché. Dépassons les jardins des Orphelins d'Auteuil, montons entre les beaux immeubles de pierre de taille bordés de verdure jusqu'à la place Rodin. Hélas, la statue est bien prisonnière sur on rondpoint cerclé de grilles et de voitures!En face, dans le square, déjà des fleurs - fin janvier!- nous surveillons la croissance d'une bambouseraie qui cache tout un rez de chaussée.
La Rue de l'Assomption mène à la Petite Ceinture : les traverses de bois ont été retirée et le ballast du chemin de fer est maintenant livré à la promenade. Curieux terrain vague! Les défricheurs ont juste dégagé le passage sans qu'un paysagisme moderne ne vienne coloniser les friches.Tant mieux!
A la limite du Jardin de la Muette, les maisons deviennent de plus en plus basses et cossues. Le Musée Marmottan est installé dans un magnifique hôtel particulier. Musée consacré à Monet et à l'Impressionnisme. Le hall du rez de chaussée est orné de tableaux variés, un Sisley, un Gauguin, des Renoir. L'escalier mène à une sorte de crypte très claire à la gloire de Giverny : des séries de Ponts Japonais, de Nymphéas, d'Iris, d'Agapanthes très bien mis en valeur : on s'assoit sur des bancs de pierre blonde et on a une vue d'ensemble sur chacune des série. De près, le flou violet des glycines était presque gênant alors que de loin le tableau donne de l'ampleur....A l'étage, une collection privée - encore des Impressionistes : Berthe Morisot nous enchante : des jeunes filles dans un pommier sont particulièrement charmantes avec une belle capeline jaune qui semble s'envoler.
Une autre visite du Musée Marmottan est possible : l'aménagement intérieur Empire est tout à fait délirant : moulures et corniches, lustres dorés ou appliques, un bureau soutenu par des lions -monumental.
La Muette est délicieusement désuète avec son manège hors d'âge aux mécanisme métallique apparent. Des enfants sages, sur les chevaux de bois sont armés d'une pique pointue pour cueillir des anneaux qui donneront peut être un tour supplémentaire gratuit. le vieux Guignol n'a pas changé depuis plus de cinquante ans. Même les ânes sont les même ddans leur odeur de crottin...Un peu trop de routes livrées à la circulation des autos sectionnent ce parc, un peu trop poussiéreux mais très animé ce dimanche après midi de beau temps.
Nous avons poursuivi la promenade tranquillement jusqu'au Trocadéro par l'Avenue Henri Martin, essayant de deviner l'origine des drapeaux ornant ambassades et délégations étrangères qui se sont installées dans les beaux quartiers.
Périodiquement, je retourne au Jardin des Plantes avec un grand bonheur. Chaque fois je fais des petites découvertes,détails que par inattention, je n'avais pas remarqués.
A l'entrée de la Galerie de Paléontologie, le stégosaure a été entouré de végétaux archaïques, prêles et fougères, un araucaria... qui formaient sans doute son décor naturel...La galerie de Paléontologie et d'Anatomie Comparée est un lieu hors du temps, que fossiles d'animaux disparus, ou squelettes de contemporains y soient présentés n'est qu'un aspect de cette impression d'éternité. la poussière s'est accumulée sur les os, les organes conservés dans le formol ont blanchi, les modèles en plâtre ou en papier mâché donnent cette illusion d'abandon romantique. Les chercheurs actuels viennent ils consulter les ossements? Le charme opère encore chez les tout petits qui viennent en rang avec la maîtresse voir la baleine ou le mammouth. A grand renforts de "Chut...chut..." la conférencière explique que les hommes préhistoriques devaient avoir bien du mal à chasser un tel animal.
J'avais oublié mon appareil photo - il est permis de photographier si on débraie le flash - et je l'ai regretté. les ferronneries à motifs végétaux des balcons et des escaliers méritent à elles seules le voyage.
le prétexte de ma visite était l'exposition temporaire Abysses. Le dernier numéro de Thalassa m'avait apâtée. Certes, les animaux des grands fonds qu'on n'a jamais vus, naturalisés avec talent ont excité ma curiosité. Sur le petit écran, ils étaient des monstres effrayants. La taille du Grandgousier et d'autres redoutables prédateurs à la denture aussi pointue que proéminente, m'a un peu surprise. Les monstres sont tout petits, quelques décimètres à peine!Le reste de l'exposition consiste en belles photographies. c'étit plus spectaculaire à la télévision!
En revanche les Cristaux Géants de la Galerie de Minéralogie, dans la salle voisine exercent toujours sur moi la même fascination. Cette collection est splendide!
Je n'ai pas pris le temps de retourner à la Grande Galerie de l'Evolution qui est aussi somptueuse. La procession des animaux empaillées est de toute beauté. On peut contempler l'ensemble des animaux ou s'attacher à un seul. Aucune impression de démodé. la muséographie est modrne, esthétique et tout à fait pédagogique. J'y retourne toujours avec le même plaisir.
Ne pas oublier de visiter la Serre, et en saison les Jardins, le Jardin Alpin (payant) mais aussi les collections de roses...Et le parc zoologique...
Le Sénat en arrivant de l'Odéon, avec ses lourds bossages m'évoque le Palais Pitti. Il ne me déplait pas d'aller voir de la peinture italienne dans ce palais médicéen.
Peinture italienne? Voire.
Arcimboldo est né à Milan d'une famille de peintre et a subi l'influence du grand Leonardo et plus tard des Maniéristes italiens . Mais c'est au service des Habsbourg qu'il a passé l'essentiel de sa carrière, Ferdinand de Bohème lui commanda les dessins de vitraux de la cathédrale de Milan avant de le faire venir à sa cour à Prague. C'est donc à Vienne et à Prague qu'il fut le peintrre officiel de Maximilien II puis de Rodolphe qui lui accorda en 1587 la permission de retourner en Italie. Toujours avoir à l'esprit la géographie politique d'une Europe où les descendants de Charles Quint, autrichiens étaient sous influence espagnole, flamande ou lombarde aussi bien qu'allemande!
Se promener dans l'exposition est un véritable jeu : chaque tableau se découvre avec joie. On cherche les légumes, les fruits. Contemplant un animal, on oublie un insttant le visage auquel il appartient. On cherche des correspondances. Les séries des Saisons et des éléments sont mêlées : l'Eau , l'air ou la Terre trouvent leurs correspondances. Autre série : celle des métiers. doit on regarder le tableau à l'endroit ou à l'envers? Les fruits sont ils de saison? Tiens, il a représenté un épi de maïs! Les végétaux venant des Amériques font leur apparition: Quand la tomate deviendra t elle Italienne? Je n'en ai pas vu ....On resterait infiniement à détailler chaque tableau à retourner de l'un à l'autre. si ce nétait la foule qui proteste losque nous piétinons un peu trop longtemps devant le Cuisinier.
Si on n'a pas eu le loisir de bien voir les 4 saisons elles retourneront au Louvre une fois l'exposition démontée!!!
Formidable étude de la nature sous toute ses formes. La mythologie cède le pas à la modernité dans l'étude de la Sériciculture...
Premier Dimanche du mois : le Louvre est gratuit!
Je me précipite. je ne suis pas seule : sous la pluie, la queue s'enroule autour du bassin où se reflèterait, par meilleur temps, la Pyramide.Impressionnnant! Curieusement elle avance très vite et je suis bien seule à la caisse pour payer 9.5€, prix de l'Exposition, "Le Chant du Monde" , L'art de l'Iran Safavide 1501-1736
La sélection par l'argent a fait son oeuvre : il y a très peu de visiteurs à l'heure du déjeuner. Heureusement! Les miniatures sont petites requièrent toute l'attention du spectateur pendant de longues minutes: tout l'art réside dans le détail, la finesse du trait, l'humour caché de l'artiste qui a donné des profils de caricatures aux rochers des montagnes. J'aimerais mieux connaître les histoires contées dans les ouvrages richement illustrés. Au passage je croise Alexandre, plus loin le Siborgh de la conférence des Oiseaux :souvenir d'une pièce magnifique mise en scène par Peter Brook aux bouffes du Nord il y a bientôt 30 ans...
En plus des miniatures, dans des vitrines des objets somptueux: Plats blancs et bleus, noirs et verts... bassins de bronze et d'étain ciselés et ornés de poèmes, hanaps et aiguières, coupes pour des libations de vin - qui le croirait? -.
Pour compléter cette visite - hasard ou mode? - les collections de l'Agha Khan seront présentées dans le futur musée islamiques de Toronto sont en visites libres dans les collections du musées. encore de belles miniatures mais aussi des objets de culte, des bois sculptés. L'ensemble des collections est plus éclectique.
De retour à la maison, j'ai repris Rouge d'Orhan Pamuk, lu récemment.
Orhan PAMUK : Mon Nom est Rouge (10/18)
Orhan Pamuk a été distingué cette année, lauréat du Prix Nobel de Littérature. Il a aussi fait l’objet d’un procès en Turquie pour insulte à la nation en évoquant le génocide arménien. Personnage tout à fait sympathique.De cet auteur, j’ai déjà lu La Vie Nouvelle qui ne m’a laissé qu’un souvenir mitigé.
Mon Nom est Rouge est un très gros bouquin de près de 800 pages, se situant en 1591 dans le milieu des peintres miniaturistes turcs. C’est un roman polyphonique donnant tour à tour la parole aux peintres, au Maître de l’atelier du Sultan, ainsi qu’à un mystérieux commanditaire d’un ouvrage sulfureux, Monsieur L’Oncle amateur d’art et diplomate, à sa fille Shékuré et à Esther une marieuse Juive.
Un enlumineur est assassiné puis Monsieur l’Oncle. Qui est l’assassin ? Pour quel motif ? Le drame se déroule à l’ombre d’une secte intégriste iconoclaste qui s’oppose bien sûr à la représentation figurée et même à la consommation du café. Ces fanatiques ne reculent pas devant la violence et le meurtre. En sera la victime, un conteur, dans le café où les peintres ont coutume de se rencontrer.
L’allusion politique n’est pas le propos principal du roman. L’essentiel de la réflexion porte plutôt sur l' esthétique : qu’est ce que le style ? Le miniaturiste a-t-il le droit de revendiquer un style personnel ? Ne doit il pas s’inspirer fidèlement des maîtres miniaturistes et des traditions de son atelier.
Un grand vent d’est souffle sur le roman quand Pamuk évoque les traditions miniaturistes venant de Perse, mais aussi du Khorasan, de Mongolie, de Chine. L’école fameuse d’Afghanistan de Herat et même d’Inde.
Le débat porte justement sur l’introduction de la manière occidentale dans la miniature. Monsieur l’Oncle a visité l'Italie. Il a été impressionné par les portraits italiens. Il veut représenter le portrait du Sultan à l’occidentale. Pas question de suspendre son portrait au mur comme une idole. Le portrait sera donc caché dans un livre extraordinaire éxécuté en grand secret par les peintres les plus fameux de l’époque.
En plus du thème du portrait vient aussi l’introduction de la perspective. La perspective ne serait pas seulement une technique de dessin mais plutôt une révolution radicale de point de vue. Les miniaturistes peignant, vu de dessus, vu du haut d’un minaret, le point de vue de Dieu. Les Italiens, vu au ras de la terre, du point de vue de l’homme. De même l’occidental peint le modèle qu’il voit tandis que le miniaturiste peint l’idéal vu par Dieu. Le meilleur miniaturiste étant le peintre aveugle.
Diversité des points de vue, polyphonie, et harmonies de couleurs, diversité des styles quand des contes se mêlent au récit ou aux dialogues. Contes et paraboles des aveugles.
les Phéniciens, je les croisés en Sicile, à Motia, à Chypre et accidentellement en Italie quand étaientt évoquées les guerres Puniques. Phéniciens, Carthaginois? Comme les Etrusques, peuples méconnus, dont je soupçonne l'importance plus que je ne la connais.
Je me suis donc précipitée à l'Institut du Monde Arabe pour cette grande exposition.
Affiche étrange, énigmatique tête surmontant un voile vide fantômatique. je n'avais pas reconnu le tridacne, coquillage finement ciselé.
La plus grande gloire des Phéniciens, c'est de nous avoir donné l'alphabet, alphabet primitif de 22 consonnes, s'écrivant de droite à gauche, proche de l'alphabet hébraïque, même ordre des lettres. Les Grecs rajoutèrent par la suite les voyelles.
Les premières salles de cette grande exposition sont donc consacrés à cette découverte majeure.
Les salles suivantes présentent les différentes villes-comptoirs s'étendant de la Mésopotamie à Mogador au Maroc mais aussi au Portugal. Les plus nombreuses villes Phéniciennes se trouvent au Liban mais aussi dans les îles de Chypre, de Sicile, de Sardaigne même aux Baléares. les Phéniciens étaient des navigateurs experts et des commerçants.
Les différentes productions artistiques sont extrêmement variées, synthèses d'influences égyptiennes, grecques mais aussi pièces originales que je n'ai jamais rencontrées : masques, Dea Gravida, déesse enceinte ou accouchant, Astarté...oeufs d'Autruches et coqillages décorés. Pièces de verre.
Enfin, un audiovisuel nous présente les Phéniciens à travers les fantasmes des artistes de tous les temps, Salambô, bien sûr, mais aussi un Voltaire moins connu et des tableaux de différenttes époques.
Un regret, cependant, la présentation un peu triste dans un environnement très sombre, grenant et marine et des photos des sites archéologiques .manquant de recherche. Je reste encore sur ma faim et les phéniciens gardent ne part de leur mystère.
Bénin : Cinq siècles d'art royal
Le Royaume du Bénin ne se trouve pas du tout en république du Bénin mais au Nigéria. Depuis le 13ème siècle, les rois, les Obas, règnent sur Edo (Benin city) jusquà nos jours.
Cet art, tout à fait officiel, utilise presque exclusivement le bronze coulé en figures de bonne taille. L'ivoire, privilège royal,matériau noble et précieux figure en moindre proportion. Les occidentaux apportèrent le corail rouge méditerranéen réservé au souverain.
Les têtes des rois, les groupes de statuettes, les panneaux de bronze racontent la vie à la cours. J'ai la naïveté d'aimer qu' on me raconte une histoire.Et les bronzes béninois sont très expressifs.
Cérémonies de cours, scènes de chasses, musiciens, ou culte du dieu marin Olokun, de Ogun, dieu du fer, ou d'Osun(plantes médicinales), tout est raconté avec un maximum de détails. Luxe de précision dans les coiffures, les parures, les armes...Omniprésence des animaux : Léopards, symboles de la royauté,oiseaux, serpents, poissons, grenouilles ou caméléons, antilopes. On ne chasse pas l'aigle comme les fauves. Une confrérie d'acrobates se suspendait à des cordes et se balançais.
Présence récurrente des Blancs : les Portugais, d'abord quui apportaient verroterie et manilles - gros bracelets de laiton - la matière première des plaques et figures sculptées? - des armes ensuite, fusils et canons pour ramener en Europe de l'Ivoire et des objets finement sculptés. Les échanges n'étaient pas du tout ce que j'imaginais. Les Portugais servirent même comme mercenaires pour les Obas! Aucune allusion à l'esclavage, pourtant la traite existait!
par la suite les commerçants laissèrent leur empreinte : sur un coffre de bois, des Européens bottés et casqués se reposent dans des chaises longues!
Déjà, à Ouidah et à Abomey, j'avais découvert des Royaumes hierarchisés très structurés, très organisés. Le royaume de Bénin qui s'étendit dans sa période faste jusqu'à Allada était aussi de première importance. Quand on pense que l'imagerie des colons et des missionnaires faisait croire que le Blanc apportait la civilisation! Ils arrivaient pourtant dans des terres civilisées!
Et même maintenant, qui connaît ces royaumes, ces empires, cet art sophistiqué? En arrivant à Cotonou, je pensais trouver des cases, des bidonvilles, mais pas des palais!
Diaspora , de la cinéaste Claire Denis, m'a un peu déçue. Installation très moderne, très sophistiquée, m'a paru vide. Sur de petits écrans le visage de Lilian Thuram qui tient un discours bien sympathique mais peu original - sauf quand il parle du rôle du père aux Antilles - héritage de l'esclavage, le père n'a que le rôle du géniteur.La mère détient l'autorité et la responsabilité de l'élevage des enfants.
Sur le quai, des baraques de contreplaqué abritent une exposition de photos : Photoquai. Les promeneurs sont nombreux, familles en patins à roulette, en vélib ou en skate, touristes et badauds. Certains aussi sont armés d'appareils photos ultraperfectionnés qui photographient...des photos!
Le président du musée du quai Branly est à l'initiative de cette manifestation : Le monde regarde le monde et qui privilégie le regard de non-occidentaux sur la photo. Bizarre que j'emploie cette expression. Cela me fait penser à la conférence de Lecointre, le pape de la nouvelle classification, critiquant la position anthropocentriste de la classification de Linnée. Invertébré, ne veut rien dire en soi - sauf pour l'homme - qui, lui, est vertébré! Pour mieux se faire comprendre, Leconintre avait fait une analogie avec la World Music - classification qui ne veut rien dire - sauf pour la musique occidentale qui est la musique "classique"...
Nous nous promenons donc dans le "non-occidental" passant sans transition de Russie au Congo, de Chine en Syrie... en Argentine, en Alaska..
Une Iranienne parvient à pénétrer un des hauts lieux du machisme, la salle d'entrainement des lutteurs, elle se met astucieusement en scène avec ses objectifs dans les miroirs. Un Congolais découpe des photos ethnographiques anciennes d'africains nus et les colle sur un paysage de terrils et de chevalets de mines. Un Argentin réussit si bien en technicolor qu'on ne sait plus qui sont les personnages de la fresque, ceux de la publicité ou les consommateurs d'un fast food! Un Combodgien a choisi de photographier des fourmis en grand format. Une Egyptienne, des balcons. Un Grec, des modèles de "mode islamique"....On en a plein les yeux! L'exposition continue sur la passerelle qui relie la Rive Gauche au Musée d'Art Moderne juste en face du Musée d'Art Moderne. La biennale de Photo se tient en intérieur dans le Musée de la Marine et au Centre d'Architecture au Trocadéro.
Pour rentrer, je chemine le long des quais déserts sous une petite pluie fine de plus en plus insistante. Passerelle devant le Musée d'Orsay, je traverse les Tuileries pour reprendre le métro à Palais Royal.