J'avais lu tous les avertissements dans les guides, j'avais écouté tous les conseils de mes amis : il fallait arriver avec au moins une heure d'avance par rapport à l'ouverture de musées du Vatican pour être parmi les premiers (milliers?) à entrer. Ainsi vous pourriez avoir l'espoir de profiter de la chapelle Sixtine et d'apercevoir ne serait-ce que le pied de la Sybille de Delphes (ma préférée!).
Et voilà que je suis arrivée juste à l'heure et qu'il y avait déjà deux kilomètres de queue soit, après calcul, quelque dix mille personnes avant moi! Plus de vingt cinq mille touristes allaient défiler dans ces lieux en cette journée de Septembre. Rien d'extraordinaire, la banalité quotidienne! Alors j'y ai renoncé.
J'ai eu la chance de voir la chapelle Sixtine (et les stanze de Raphaël) quatre fois dans ma vie et je ne voulais pas gâcher le souvenir que j'en avais. Chaque fois que je suis venue à Rome, en effet, je suis allée la voir. Je me souviens de l'émerveillement de la première fois, je me souviens que l'on pouvait alors rester dans la chapelle le temps qu'il fallait pour être ivre d'images, de couleurs, de formes, d'histoires.
Même alors il n'était pas facile de la visiter car, s'il y avait peu de visiteurs (relativement) , être face à ces milliers de personnages peints au plafond et qui vous dominent dans un mouvement tumultueux donne le tournis. Au bout d'un moment le cou, les épaules, les yeux deviennent douloureux. Mais on pouvait se servir d'un miroir pour regarder le plafond sans se tordre le cou et des gardiens pleins de sollicitude en procuraient à ceux qui n'en avaient pas. j'ai même vu une personne étendue de tout son long sur le sol, d'autres assises par terre pour contempler à leur aise la Création du Monde.
2007 : Je comprends bien que l'on puisse désirer entrer à tout prix dans les musées du Vatican si on ne les connaît pas et je ferai de même dans ce cas! Mais je ne verrai plus jamais la chapelle Sixtine.
Entendu cette conversation entre deux américains de Boston.
-Vous avez vu la Sixtine?
-Oui c'était awful (horrible) j'ai fait plus d'une heure de queue!
- Et ça vous a plu?
-Quand je suis arrivé à y pénétrer, je me suis senti poussé à l'extérieur en ayant eu à peine le temps de lever la tête! Je n'ai rien vu!
-Oui! it's awful! Et dire que chez nous non seulement les musées sont gratuits mais encore on peut y rester toute la journée.
- Ici, on vous fait payer bien cher et on vous met à la porte!
- It's Awful !
-Yes, awful! mais enfin c'était beau?
-Perphaps! Peut-être!
La grande place de Santa Maria in Trastevere à laquelle semble aboutir inexorablement toutes les ruelles du quartier est accueillante avec sa grande fontaine entourée d'escaliers sur lesquelles se perchent, comme une volée de pigeons, les visiteurs fatigués. Elle semble offrir un spectacle toujours renouvelé à la clientèle des terrasses de restaurants, même si ce spectale est, pour l'heure, quand nous arrivons sur la place, le déroulement dun cortège funèbre entrant dans l'église.
Santa Maria in Trastevere est à l'origine un sanctuaire primitif fondé par le pape Calixte au IIIème siècle sur l'emplacement d'un miracle : une source d'huile se serait déversée ici annonçant le triomphe d'une religion encore balbutiante, le Christianisme.
Reconstruite au XIIème siècle, elle offre un aspect médiéval avec son joli campanile de briques roses, son fronton triangulaire sous lequel court une mosaïque représentant la Vierge entourée de saintes portant une lampe symbolisant la virginité. Le portique à arcades qui la précède a été ajouté à l'époque baroque, au début du XVIIIème siècle par l'architecte Carlo Fontana. Il est surmonté de statues de papes.
L'intérieur a gardé son plan basilical à trois nefs et la coupole de l'abside, merveilleuse, présente des mosaïques de Pietro Cavallini. L'ensemble rutilant montre le Christ et la Vierge dans la coupole et conte, dans la partie inférieure, des histoires de la vie de la Vierge. C'est vraiment très beau et à ne pas manquer si vous êtes dans le quartier.
Le Trastevere qui est "de l'autre côté" du Tibre est connu pour son pittoresque et son charme. Sa réputation n'est pas usurpée même si le quartier après avoir été populaire, occupé jadis par une population de syriens et de juifs, est devenu semble-t-il de nos jours le quartier "branché" et touristique de Rome.
En fait, il semble qu'il y ait une frontière délimitée par la large Viale Trastevere entre la partie ouest en direction du Vatican plus touristique et la partie est, du côté de l'île Tiberina, plus préservée.
Cest là que nous logions, à l'hôtel Antico Borgho di Trastevere, vicolo del Buco, maison du XVIII ème siècle cachée dans les petites rues tortueuses du Vieux Trastevere. Tout est minuscule dans cet hôtel pelotonné sur une placette à l'ombre d'une église à laquelle il est adossé, à commencer par la façade ocre jaune où grimpent des rosiers, par les chambres où l'on vous sert le matin (en l'absence d'une salle ) votre petit déjeuner au lit, sur un plateau...et oui!. C'est ce qui fait son charme ainsi, bien sûr, que sa situation dans ce beau quartier.
Pour découvrir le Trastevere, il faut flâner, le nez en l'air dans ses rues aux pavés inégaux, bordées de hautes maisons aux crépis rouges, jaunes ou verts. Le linge qui pend aux fenêtres, les plantes que les habitants disposent à même la rue, devant leur porte, l'abondance de petites églises, de palais, les fontaines, les places avec leurs cafés, leurs restaurants, tout contribue à faire du quartier un lieu agréable et typique. Il est dominé par la colline du Janicule qui, avec ses parcs, ses monuments, est lui aussi une promenade plaisante.
Nous avons aperçu au cours de notre flânerie mais sans avoir le temps d'y entrer, la belle Villa Farnesina construite pour le banquier Agostino Chigi en 1508 par l'architecte Baldassare Peruzzi.. Elle est décorée de fresques de Raphaël et du Sodome que j'aurais bien aimé voir mais il est vrai que l'on ne peut tout visiter quand il y a tant de richesses.
Tout près, se trouve la maison de la Fornarina, la fille du boulanger, la belle maîtresse de Raphaël qu'il a immortalisée sous les traits de la Vierge ou de Sainte Marie Madeleine.
Sur la Piazza della Minerva dans le quartier animé du Panthéon, l'éléphant du Bernin porte toujours son obélisque de pierre qui vient du temple d'Isis du champ de Mars. Il est l'attraction amusante, un peu insolite, de cette petite place dominée par la façade de l'église Santa Maria Sopra Minerva, la seule église gothique de Rome.
Construite, comme son nom l'indique, sur les vestiges dun temple dédiée à la déesse, elle appartient à l'ordre des Dominicains et offre un intérieur remanié au XIXème siècle.
Là, se trouve le tombeau de Catherine de Sienne et surtout, dans la chapelle consacrée à Saint Thomas d'Aquin, les fresques de Filippino Lippi qui ne sont pas sans rappeler celles du Duomo de Spolete que l'artiste a exécutées à l'âge de 14 ans, à la mort de son père Filippo Lippi, d'après les cartons de celui-ci.
La filiation artistique est plus qu'évidente, comme apparaît aussi les ressemblances avec Boticelli qui fut l'élève de Filippo et marqua de son influence Filippino.
La chapelle de Filippino Lippi présente sur le mur de droite des épisodes de la vie de Saint Thomas d'Aquin. Sur le mur du fond, l'Annoncation avec, à gauche, un groupe devant le tombeau ouvert de la Vierge, à droite un autre admirant l'élévation de la Vierge et au-dessus l'Assomption.
La Vierge au joli visage, couronnée d'étoiles, repose sur un nuage et est entourée d'anges musiciens.
Ce sont ces anges qui retiennent mon attention. Ils ont chacun dans les mains l'instrument de leur choix et je ne me lasse pas d'observer le moindre aspect de leurs parures, robes, rubans, chaussures, coiffures, une foule de détails extraordinaires, précis, réalistes mais aussi inventifs et fantaisistes, un plaisir pour les yeux, une fête chatoyante des étoffes et des couleurs, un paradis de la peinture sur fresque.
Les églises de Rome sont des musées. Toutes, même celles qui vous paraissent les plus modestes vous réservent des surprises : rencontres parfois impromptues avec les chefs d'oeuvre des plus grands maîtres!
L'église renaissance de Santa Maria dei Popolo, sur la vaste place du même nom, ne déroge pas à la règle et regorge de richesses artistiques. Parmi elles, deux peintures du Caravage, dans la chapelle Cerasi, sont des oeuvres majeures de l'artiste. Elles témoignent non seulement de la perfection de sa technique, de l'art savant qu'il déploie dans le traitement de la lumière mais aussi de la force et de l'originalité dans le traitement du sujet.
Le premier tableau sur le mur de droite est La Conversion de Saul qui deviendra l'Apôtre Paul. Le jeune homme vêtu d'une cuirasse romaine est tombé à terre sous les pieds de son cheval, terrassé par la lumière qui semble provenir de plusieurs sources. Il a les deux bras levés dans un geste d'acceptation ou de terreur? Il y a une violence dans la révélation qu'il est en train de vivre qui est bien proche de la mort. Le vieillard, un homme du peuple, qui tient le cheval par la bride semble indifférent. Peut-être ne voit-il rien de cette lumière divine comme semble l'indiquer la demi pénombre qui l'enveloppe?
Le deuxième, sur le mur de gauche représente la Crucifixion de Saint Pierre. Le Caravage a peint deux des bourreaux de dos, le troisième dont on distingue à peine le visage est de trois quart. Ils sont ainsi rendus anonymes, devenus de simples instruments de la crucifixion, absorbés par leur tâche qui consiste à retourner la croix de Saint Pierre, préoccupés seulement par la difficulté qu'ils rencontrent. Il s'agit pour eux, on le sent, d'un travail purement matériel qui leur demande des efforts considérables. Leur indifférence envers l'acte qu'ils accomplissent, leur absence de haine voire de sentiments, soulignent la violence et l'horreur du martyre. Le saint, un homme âgé mais encore plein de force, cloué sur la croix, relève la tête. Son regard exprime l'horreur et la souffrance. Pourtant, on ne sent en lui aucune résignation. La tête en bas, il se soulève à moitié sur la croix, malgré la douleur, pour faire face à son supplice dans un geste qui montre qu'il n'a pas renoncé.
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