Les chrétiens en Egypte représenteraient environ 6 à 10 % de la population, avec une grande variété de confessions (coptes orthodoxes, grecs catholiques etc...). La très grande majorité d'entre-eux sont évidemment coptes, mot venant du grec dont la racine signifie "égyptien". Dire "église copte" équivaut donc à prononcer "église égyptienne" ! C'est dire l'importance des chrétiens d'Egypte dans l'histoire du pays. Les coptes représentent le trait d'union entre la fin de la civilisation égyptienne pharaonique et l'émergence, quelques siècles plus tard, de la religion musulmane. Leur langue, notamment, est la seule héritière de la langue égyptienne classique.
Il ne faut pas pour autant croire que les relations sont faciles ou stables entre les différentes communautés religieuses en Egypte. Les heurts sont fréquents. Les chrétiens ne vivent pas reclus dans les appartements bourgeois d'Heliopolis ! Au contraire, de très nombreux chrétiens sont issus des classes populaires et vivent dans les régions les plus traditionnelles : oasis du Fayoum, la Nubie, ou encore Assiout, en Moyenne Egypte, région fermée aux touristes. L'un explique peut-être l'autre. Dans les zones où la concentration des chrétiens reste forte, les conflits perdurent.
Le "fait" chrétien en Orient est une des facettes incontournables de ces pays, même s'ils sont en majorité musulmans. Les chrétiens témoignent de la permanence, en dépit de tous les clichés et de tous les aléas de l'histoire, de l'imbrication extrème des cultures et des religions dans cette région du monde. Dans les pays musulmans de Méditerranée, la diversité religieuse, plus ou moins acceptée, introduit une vision moins uniforme que celle que les médias véhiculent le plus souvent.
L'Egypte témoigne tous les jours de cette réalité : cathédrales d'Héliopolis ou bien celle d'Assouan, en Nubie, monastères prestigieux de Sainte Catherine, de Saint Paul ou du Wadi Natrun.
L'histoire des chrétiens est aussi liée étroitement à celle des ermitages et monastères. Certains sont encore aujourd'hui méconnus, à l'image des ermitages abandonnés quelque part au dessus de Aïn Soukna, datant des tous premiers siècles de notre ère, sur les bords de la mère rouge (voir photos). Seuls quelques archéologues les connaissent, grâce à des écrits de pères chrétiens datant du milieu du 20ème siècle. Avec une carte et un GPS, nous les avons retrouvés. Vestiges humbles certes, mais ces croix peintes sont si émouvantes...
Enfin il y a les monastères isolés, tel que celui de Saint Siméon dans le Fayoum, ou bien encore plus retiré, celui de Saint Macaire, aux alentours du wadi Ryan. Perdu au milieu d'un décor somptueux, sans accès direct à aucune route asphaltée, nous l'avons découvert par hasard. Créé au 4ème siècle, abandonné pendant bien longtemps, puis finalement remis en activité depuis le renouveau copte de ces dernières années : accueil, thé, palabres gestuelles avec quelques mots d'arabe, visite de l'Eglise, cadeaux... La ferveur religieuse et le sens de l'accueil en Egypte, comme partout ailleurs en Orient, sont des réalités partagées par tous les habitants... et par toutes les religions.
Rares sont les régions aussi marquées par leurs monuments : de la mosquée de Cordoue à l'Alhambra, sans omettre cette architecture si originale qu'est l'Art mudéjar, d'inspiration islamique, inititiée par les rois catholiques après la reconquista.
A chaque fois que je parcours les rues du Caire, je reste toujours étonné par cette frénésie de vie sociale qui caractérise cette ville, notamment dans ses quartiers les plus populaires : commerçants, artisans, cafés, marchés... toutes ces activités se mèlent et se mélangent dans un tableau d'une unité parfaite. Il ne manque plus que l''appel à la prière, en début de soirée, vers 18h00, pour compléter toute la palette de nos sens : Le Caire bouillonne. Ces milles métiers que l'on peut voir ça et là, - vendeurs de gaz ou de patates douces, porteurs de pain, surveilleurs de voitures -, ne cessent de me fasciner...
Je pense aux ambiances de l'impasse Mortier, décrites par Naguib Mahfouz dans son livre le Passage des miracles, et je me dis qu'elles n'ont guère changé. Dans ces quartiers du Caire, le monde semble loin. Ici, ni mondialisation, ni CNN, ni francophonie. Nous sommes dans un univers qui semble mener sa vie de façon autonome.
Il y a aussi les cafés. Il n'en faut pas beaucoup pour assouvir le plaisir de la rencontre et de la palabre des cairotes : quelques chaises, des narguilés, des jeux, et le tour est joué ! On trouve des cafés absolument partout, et de toutes les tailles, y compris dans les lieux les plus improbables : sous de lugubres autoponts, au coeur d'un marché de poisson, dans des immeubles abandonnés...
Le Caire n'existerait pas sans les cafés. Ils font la ville depuis trois siècles.
Les "Diwan-I-Am" (salle des audiences publiques), les jardins moghols d'inspirations persanes, les appartements des maharadjas et de leurs épouses, témoignent avec force d'un art original, mélange d'influences extérieures et indiennes...
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