CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

Blog de miriam

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Créteil/Pobé , Bénin, correspondance scolaire, échanges et tourisme...

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Vidomegon

Publié le : 22 Janvier 2008
Vidomegon

Ce mot fon désigne les enfants placés hors de leur famille.

      Traditionnellement, il est courant que des parents envoient leur enfant chez des tantes, des soeurs, des grand mères, des familles sans enfants... Les parents voient cet éloignement comme un enrichissement pour l'enfant qui sort de sa concession ou de son village et découvre un environnement nouveau. Ce phénomène s'inscrit donc dans le contexte de la solidarité africaine et dans celui de la famille élargie.

     Nous avions été très surprises quand toute une bande de garçons s'étaient présentés comme les "frères de Sébastien"..."Même père, même mère" est une expression que nous avons aussi entendue, ce qui signifie qu'on peut être également frère "même père, mais de mère différente" ou même sans lien de sang autre qu'un vague cousinage mais élevés dans la même concession ou tout simplement d'une même classe d'âge.

   Malheureusement Vidomegon désigne aussi une réalité beaucoup plus cruelle : les petits enfants esclaves. Ils travaillent au marché, petites bonniches, ou gardent des enfants à peine plus jeunes qu'elles, quand ils ne sont pas des enfants vendus pour aller casser des cailloux dans des carrières au Nigeria. Enfants placés chez des parents peu scrupuleux ou vendus à des patrons. Enfants maltraités, main d'oeuvre quasi gratuite...

     C'est le film de Valerio Trufa qui m'a alertée sur ce scandale. "les enfants Esclaves" projeté samedi dernier au cinéma de la Lucarne dans le cadre d'un après midi consacré au cinéma béninois. J'ai découvert une ampleur à cette exploitation que je ne soupçonnais pas. Une émotion et une colère qui en me lâchent pas.

Une culpabilité aussi.

     Comment nous, touristes béats, ne nous sommes jamais interrogés au sujet de ces petites filles portant un plateau sur la tête, vendant des boules de pâtes dans des feuilles de bananiers...Comment la petite fille de la Gare Routière de Bohicon qui nous avait rabrouées avec un "Yovo!" énergique parce que nous l'empêchions d'installer le tabouret de bois support de son commerce... les petits garçons maniant de lourdes dame-jeannes d'essence..nous les avions regardés, regrettant qu'ils refusent qu'on les prennent en photo... comment n'avions nous rien soupçonnés?

      Réponses facile :
- c'était la période des vacances, nous ne pouvions pas penser que leur travail n'était pas temporaire.

    Cela me donne sérieusement à réfléchir à nos observations de voyageuses pourtant attentives au quotidien qui se déroule autour de nous. Nous aurions pu deviner . Cela aurait dérangé nos vacances de découverte enthousiaste.

     Personne ne nous a donné d'indice. Jamais ce problème n'a été évoqué. Trop douloureux. Nos guides, nos interlocuteurs, pourtant au courant, ne peuvent donner aux visiteurs une image aussi négative qui ternirait  leurs vacances.

     Peut être ne voulions-nous pas voir? Ni entendre. Dans l'avion, un Italien, que nous avions pris pour un prêtre, nous avait prévenues à mots couverts.

      En plus de présenter cette exploitation indigne, le cinéaste ou la cinéaste puisque le film a été réalisé collectivement, donne la parole aux parents, bien impuissants dans une situation matérielle insoutenable, et aux petites filles qui  les interpellent:

- "Pourquoi nous avez vous fait naître puisque vous ne pouviez pas nous élever?"

- "Pourquoi continez vous à porter de nouveaux enfants puisque vous avez placé les aînés"

   Pendant le débat qui a suivi la projection, une évidence se fait jour : le sort des enfants découle directement de l'ignorance des femmes et de l'absence de contraception. J'interviens à ce sujet. Apparemment plus tabou que celui de la polygamie qui occupe l'assistance. Je suis effarée que les seules personnes soulevant la question dans le film,  soit un curé et un imam. Ces religieux sont ils vraiment qualifiés pour expliquer la contraception aux femmes? Les béninois présents dans la salle me regardent de travers. Ces deux religieux jouissent dans leur pays d'une grande  réputation.
   
     Et me re-voilà culpabilisant à nouveau d'avoir l'esprit étroit, de ne pas savoir me déprendre d'un anticléricalisme typique d'une enseignante de l'Ecole de Jules Ferry. Je balaye d'un geste la Methode Ogino. Ai-je l'esprit étroit? Peut ête Ogino est mieux que rien?

    Et me voilà encore à me poser des questions sur ma manière d'observer! Faut il se dépouiller de toutes ses convictions à Orly pour arriver, en pays lointain, libre de tout a-priori? Ou au contraire, ces convictions ne devraient elles pas aiguiser mon sens de l'observation.


Le Souffle du Mort de Dominique Sewane un livre passionnant

Publié le : 07 Janvier 2008
Le Souffle du Mort de Dominique Sewane un livre passionnant

Dominique SEWANE : Le souffle du Mort – les  Batammariba (Togo, Bénin) Terre humaine Poche


J’ai trouvé ce gros livre (850p) au Musée du Quai Branly à la sortie de l’exposition Bénin. Si j’avais regardé le titre je ne l’aurais peut être pas acheté, le souffle du Mort m’aurait peut être rebutée. Mais j’ai seulement lu le mot « Batammariba », vu les silhouettes au sommet de la Tata….
Le volume n’est pas resté longtemps sur ma table de nuit. Il m’a accompagnée pendant plusieurs semaines et je me suis trouvée fascinée.  Il a hanté mes pensées.

La première fois que j‘ai entendu parlé de Bétammaribé, c’était à la sortie du parc de la Pendjari. Etienne, le gérant de l’auberge m’avait demandé comme un service de descendre un  de ses hommes, malade. Nous avions trouvé Félix, notre passager, installé sur le toit de la 4X4. Il avait repéré pour nous les lions à proximité de l’hôtel. En revanche, la rencontre avec un gros éléphant menaçant l’avait effrayé, il s’était glissé dans l’habitacle par la fenêtre arrière quand l’éléphant avait secoué ses oreilles. Je lui avais fait cadeau du lait en poudre que nous transportions avec nous depuis Cotonou pour sa petite sœur et il nous avait quitté à la cascade de Tanougou. C’est lui qui  nous avait montré les campements démontables des Peuls et leurs troupeaux. J’avais senti une nuance de mépris de ce sédentaire pour les nomades. « Je suis Bétammaribé » avait il affirmé.  C’est ensuite, en lisant Hampâté Bâ que j’avais rencontré l’immense fierté et la noblesse des Peuls.

Quelques jours plus tard, dans la 4X4 de Duran, nous avions visité le pays Somba de Natitingou à Boukoumbé. Curieuse expérience que cette expédition à la recherche des Tatas Sombas, ces magnifiques forteresses de terre dans l’Atakora. La beauté de l’architecture nous incitait à prendre photo sur photo malgré l’opposition des habitants. Une femme s’était précipitée sur la 4x4 et j’avais cru qu’elle allait gifler Dominique ou lui arracher l’appareil photo.

Pourquoi étions nous si mal perçues ?
C’est seulement après l’intercession de Maurice que nous avions été invitées dans une tata et chaleureusement accueillies. L’ »auberge » de Maurice nous avait aussi beaucoup plu. Lorsque nous sommes revenues l’année suivant, notre seule exigence dans le circuit était de  dormir une nuit dans la tata en ciment de Maurice.

Malheureusement Maurice n’avait pas fait le nécessaire et nous l’avons trouvé complètement saoul à une cérémonie dont nous n’avons pas élucidé le sens.  Nous sommes redescendus dormir à Natitingou.

Sentiment d’inachevé de cette visite.... Comprendre ce qui s’était passé ce soir là… Comprendre pourquoi nous étions si étrangères…

Ce livre devait donner l’explication.

Dès l’introduction, j’ai été attirée on seulement par le sujet mais aussi par l’auteur. Dominique étant un prénom mixte, je n’avais pas pensé que l’anthropologue serait une femme. Et une femme dont je me sens très proche par la génération post soixanthuitarde et les racines. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle se met en scène dans son étude. L’observateur n’est jamais neutre dans une telle enquête. Cela m’a plu que ce soit le regard d’une femme. J’ai aussi apprécié son ambition de faire paraître ses travaux dans cette collection Terre Humaine en compagnie en Jacques Lacarrière dont l’Eté Grec m’a servi de guide en Grèce ou de Dominique Fernandez et de Mahmout Makal. Ambition d’être un écrivain avant tout plutôt qu’une universitaire publiant sa thèse. Et de ce fait, la lecture est très agréable.

Je n’imaginais pas la complexité de la religion animiste des Batammaribas. Chez ces hommes restés longtemps nus et considérés comme « primitifs » le respect du savoir non écrit des anciens est fondamentale. Importance du nom, nom prononcé ou interdit, complexité des généalogies et des réincarnations. Extrême sophistication des cérémonies et en même temps tolérance inimaginable. Poésie. Alors que toute mystique me rebute habituellement j’ai lu jusqu’au bout cette analyse très fine de leur religion.

Impossible de quitter ce livre pourtant si gros. Je l’ai lu avec attention jusqu’au bout. Il na pas répondu aux questions que je me posais sur nos aventures béninoises.  Pourquoi tous ces villageois étaient ils si alcoolisés ? Etait ce la condition pour entrer en transe ? Ou était ce une corruption moderne de leurs traditions, l’alcool comme compagnon de l’irruption des fripes, des mobylettes et de la modernité. Dominique Sewane fait peu allusion à cette imprégnation lors des cérémonies auxquelles elle a assisté.


Vol Paris Orly Casablanca Lomé Cotonou Royal Air Maroc

Publié le : 03 Mai 2007
Vol Paris Orly Casablanca Lomé Cotonou Royal Air Maroc

L’autoroute A86 bouchonne cette veille de vacances, Yvette est venue nous chercher tôt mais nous avons rendez-vous à 14h avec une hôtesse d’Air Sénégal, comptoir voisin de celui de la RAM, qui va nous pistonner pour avoir de bonnes places. Pendant ce temps j’enregistre les bagages. Contrairement à ce qui est écrit sur le ticket électronique, nous pouvons emporter 40 kg chacun. Si nous avions su, nous aurions pu charger tous les livres qui sont restés au collège !

17H20, l’avion décolle avec une demi heure de retard – qu’il ne rattrapera pas contrairement à l’habitude. Je suis assise près du hublot, mais sur l’aile. La nébulosité rend incertain le paysage. Je crois reconnaître la Loire et la Centrale de Saint Laurent des Eaux. Ensuite, le Massif Central, lacs et bocage…L’Espagne est cachée par un épais tapis blanc. Les caprices de la météo me privent du spectacle de Gibraltar que j’attends avec impatience. Il reste de la neige sur le Rif. Nous avons quitté le Maroc il y a seulement 5 semaines et c’est une impression bizarre de le survoler à nouveau.
Transit à Casablanca. Changement  radical dans la physionomie des voyageurs qui attendent avec nous. Les passagers du Paris/Casablanca étaient en majorité Marocains, surtout des hommes d’affaires, des étudiants fortunés, quelques familles rentrant au pays pour les congés de Pâques, un groupe de randonneurs…peu de touristes qui préfèrent Marrakech ou Agadir. Dans la salle de transit attendent des Africains, Béninois ou Togolais peu  nombreux. Seulement 63 passagers dans l’avion qui vient de Paris. Chacun de nous 5 prend une rangée de trois sièges pour s’allonger. Bouchons d’oreille, masque bleu, chaussette légère polaire, tout l’équipement pour dormir confortablement.

« Escale technique » à Lomé, autrement dit, ménage aspirateur compris alors que les voyageurs ne quittent pas leur siège. Je me réveille à Cotonou quand le train d’atterrissage touche la piste. Une grosse bouffée de  chaleur humide nous enveloppe à la sortie de l’avion. Les formalités et la livraison des bagages se déroulent très rapidement.

Arrivée : CEG1 Pobé!

Dans le hall des arrivées un petit groupe nous attend sous une pancarte CEG1 POBE. Je ne m’y attendais pas ! Ils sont venus exprès de Pobé pour nous accueillit. Je répète  «  C’est trop gentil ! » un peu niaisement. Marcelle, Thimoléon et un troisième homme sont là. Jusqu’à présent notre projet était resté virtuel, mails et textos, deux conversations téléphoniques. Je ne les avais jamais imaginés. N i leur apparence physique, ni leur âge. Marcelle est une belle femme « de constitution traditionnelle » comme la décrirait l’auteur de nos romans policiers Botswanais. Laure ou Stéphanie la complimente sur sa robe. Elle est contente. Je suis vraiment très touchée et répète encore « c’est trop gentil » sans savoir ajouter une phrase plus intelligente. Il est vrai qu’il est passé trois heures du matin.
le taxi de Thierry
Thierry n’est pas là. Je ne m’inquiète nullement « Il va venir » - refrain béninois connu ! Juste le temps de sortir mon téléphone mobile, un taxi passe. Dominique reconnaît Thierry. Il dormait au bout de la piste dans sa voiture et n’a pas entendu l’avion se poser. Moronikê a envoyé un deuxième taxi. Nous embarquons dans la Toyota Corolla qui a toujours son pare-brise étoilé, les trois jeunes dans l’autre taxi. Thierry donne des nouvelles. Il a toujours son petit rire à moitié étouffé. Les résultats des élections législatives ont été validés hier soir. C’est le Parti présidentiel de Yayi Boni qui l’emporte. Le slogan de l’an passé « Tout Va Changer » a-t-il été suivi d’effet ? Thierry est un  peu désabusé « pour la corruption, oui…Mais pour le reste… ». Je lui demande de raconter l’attentat qui a failli coûter la vie au Président. Il minimise : « ce n’est pas un attentat, seulement des coupeurs de route. Ils étaient déjà à cet endroit la veille ! ».
L’an dernier nous étions arrivées tôt dans la soirée et la route de l’aéroport puis la piste étaient éclairées avec les lampes tempêtes et les bougies.   Ce matin, le taxi roule dans le noir complet et évite comme par miracle de gros trous.
    Moronikê nous a préparé « notre bungalow ». Elle s’est levée pour nous recevoir, toujours aussi rayonnante et chaleureuse. Une nouvelle vague de sympathie me submerge. Ce deuxième séjour démarre dans la chaleur humaine. Le séjour qui perd son attrait « découverte » commence bien.


Retour à Cotonou un an après

Publié le : 03 Mai 2007
Retour à  Cotonou un an après

J’ai eu bien du mal à m’endormir dans le vrombissement des ventilateurs et l’excitation des retrouvailles. Dès 8h, heure française, 7h au Bénin, je pars vérifier que l’océan est toujours là. Les rouleaux, les petits crabes…la mer monte. Une vague mousseuse plus forte que les autres vient noyer le bas de mon boubou. Je remonte sur le sable sec.

     Au petit déjeuner (une demi papaye au citron vert, omelette, fromage, confiture…) Moronikê me donne la carte SIM du téléphone de Parfaite que mon mobile débloqué accepte sans histoire. Laure Stéphanie et Damien émergent plus tard. Moronikê a convoqué Thierry pour 10H30

L'orage

     A peine montés en voiture, le ciel s’assombrit et de grosses gouttes s’écrasent sur le pare-brise. Des éclairs déchirent le ciel. A l’entrée de Cotonou, il pleut si fort qu’on a relevé les vitres, réduisant ainsi notre champ de vision. De grandes pancartes ont poussé sur le bord du Chemin des Pêches annonçant des projets immobiliers et la construction de 3 complexes hôteliers. Pour les trois jeunes collègues, tout est neuf. Damien pose les questions de Candide : - « Pourquoi cette annonce : courant à vendre ? »
- « Les gens organisent des fêtes sur la plage, des mariages….Ils louent les paillotes. Les gens qui ont l’électricité posent de grands câbles qui traversent la route. », Explique Thierry.
Ecobank est bondé à la veille du long week end pascal. Nous faisons une longue queue tandis que des cordes tombent à l’extérieur. Au moins dans l’agence bancaire nous sommes à l’abri.

Centre Artisanal

Sous la pluie, la visite du grand marché Dantokpa est impossible. Thierry nous conduit au Centre Artisanal, imitation d’un village de cases où des marchands proposent des souvenirs. L’an passé, nous avions jeté un simple coup d’œil aux étalages, fatiguées par la visite de Cotonou et la chaleur. C’est donc une découverte aussi pour moi. Nous sommes les seuls touristes. Les vendeurs nous accaparent et nous invitent à l’intérieur des petites boutiques sombres. Je sors l’appareil photo, au moins ici, lieu touristique, on ne nous interdira pas de photographier, pensais-je naïvement.

je prends un coup de vieux!


Pendant que Stéphanie achète un masque, je compose des natures mortes. Nous passons à une boutique de bijoux. Laure et Steph marchandent comme de vrais pros des colliers. Une vieille femme avec de grosses lunettes mange avec ses doigts du riz et de la sauce dans une bassine émaillée. Elle envoie sa fille chercher de l’eau pour se rincer les doigts en attendant elle montre à Laure la coupelle où elle range sa monnaie et la laisse se servir. La fille ne revient pas et je suis bien tentée. Laure a payé 1500CFA , à ce prix, je peux bien faire une première folie ! Le collier qui me plait est trop court, la dame a le même plus long mais ne peut pas le sortir avec ses mains sales. Elle se confie :
- « Tes filles sont bien élevées, pas comme la mienne qui a disparu et qui m’a laissée comme cela, sans eau pour me laver les mains ! ».
J’ai pris subitement un coup de vieux et gagné deux filles. Cette dame me dit qu’elle a 54 ans, elle est plus jeune que moi. Pendant tout le voyage on va m’appeler Maman et tous les Béninois seront persuadés que Laure et Stéphanie sont mes filles. Comme elles ont déjà acheté deux colliers la dame me fera un bon prix sans que j’aie le mal de marchander.

masques

    Damien cherche un masque. J’en profite pour photographier une magnifique sculpture aussi haute que moi représentant un Calao. Cet oiseau me fascine et l’objet ancien est magnifique. Pas question de l’acheter « il est trop encombrant pour voyager », j’explique au marchand. –« j’ai son petit frère ! » rétorque –t-il brandissant un petit calao qui me tenterait bien. Je suis devenue beaucoup plus sensible aux sculptures africaines depuis ma visite au Musée Branly et à l’exposition des marionnettes Bozos dans le Marais. Je prends un réel plaisir à regarder les objets. Les animaux m’attirent beaucoup. Ceux qui sont sculptés dans du bois poli ou même vernis, moins. Ceux qui ont l’air ancien et qui ont beaucoup voyagé m’intéressent mais le vendeur n’indique jamais la provenance : Burkina ? Mali ? Sénégal ?  J’aimerais qu’il me raconte l’histoire de l’objet. Je reconnais aussi les masques béninois, Guédelé, les divinités du panthéon vaudou, ainsi que des bronzes intéressants représentant la cour d’un roi abrité sous un vaste parasol. Je photographie et provoque la colère des marchands.
» Vous photographiez et vous n’achetez rien ! »
Et me voici encore privée de photo !

stratégie

Chaque vendeur veut nous faire entrer dans l’échoppe. J’ai éprouvé une tactique d’évitement polie et souriante au Maroc. La stratégie est différente à Cotonou qu’à Marrakech. Les touristes sont beaucoup moins nombreux, ils sont même très rares. Chaque vendeur s’acharne à faire affaire et très vite, il est donc beaucoup plus entreprenant et devient carrément agressif quand il s’aperçoit qu’il ne vendra rien. Rapidement la visite me fatigue. Je fais mine de chercher « mes filles » tout le monde les a vues cela me permet d’éluder les visites dans les boutiques qui vendent des objets qui ne m’intéressent pas.

Datokpa

    La pluie a cessé. Nous pouvons donc aller à Dantokpa, le plus grand marché de l’Afrique de l’Ouest. Les Béninois en sont très fiers. Selon eux, on viendrait s’approvisionner ici depuis le Togo, le Burkina Faso, le Niger et même le Ghana ou la Côte d’Ivoire. Situé en contrebas, près de la lagune, il devient rapidement un bourbier en saison pluvieuse. Mes jeunes collègues insistent auprès de Thierry pour qu’on  le visite malgré la pluie abondante qui vient
de tomber.

Wax

    Nous commençons par les allées couvertes de tôle qui abritent les marchands de tissu, de sacs et de chaussures. Deux malabars nous emboîtent le pas. D’expérience, je sais ces « guides » tenaces et je présume qu’on aura le plus grand mal à leur fausser compagnie. Ils  nous conduisent dans une boutique de leur connaissance. On nous déplie tous les tissus « wax »  les plus colorés. Pour une jupe, il faut 2 mètres, pour une robe entière 4 mètres. Les Africains achètent des coupons pour toute la famille. On a déjà rencontré des dizaines de personnes vêtues du même imprimé. Le costume a été choisi pour une fête familiale, funérailles ou mariage. Comme nous sommes 3, nous cherchons à négocier un bon prix. Stéphanie voudrait du fuschia, il n’y en a pas dans la boutique. Ce n’est pas un problème, on nous laisse seules et la marchande revient avec des nouveaux pagnes venant de chez la voisine. Les pratiques commerciales sont différentes de chez nous. On n’hésite pas à s’entraider entre voisins sans faire jouer la concurrence comme en Occident. Nos ‘accompagnateurs » interviennent, ils veulent nous conduire chez le tailleurs ou la couturière qui transformera illico le tissu en costumes. L’altercation avec Thierry est immédiate et violente. Thierry est très doux, il parle à voix basse en riant tout le temps. Mais quand quelque chose ne lui plaît pas il s’emporte très rapidement et crie. Nous n’avons pas le temps de comprendre ce qui s’est passé. Les deux importuns sont congédiés et n’insistent pas. Thierry nous explique que ce sont des bandits.

Alimentation

Nous quittons rapidement l’allée pour arriver dans une partie découverte du marché où se vendent des produits craignant moins les intempéries. Les marchandes ont des charlottes en plastique sur la tête. Les mêmes qu’on trouve dans les hôtels pour la douche. Stéphanie cache l’appareil photo dans son Kway et fait un film en caméra cachée. Instruite par l’expérience de l’année dernière, je ne cherche même pas à sortir le mien. La vue d’un appareil photo déclenche l’hostilité. Je suis plus occupée à chercher où poser les pieds sans patauger dans une boue noire et grasse et sans bousculer un étalage. Dès que nous passons devant un tas de tongs, Laure en achète une paire en remplacement de ses sandales en cuir. J’aurais  dû en faire de même. Elles ne coûtent que 300 CFA . Des bouchers découpent la viande en musique, plateaux les vendeuses présentent des tomates, des piments, des carottes en petites pyramides. Même souci du décor avec les poissons qui sont parfois encore congelés, raides de glace. D’autres poissons sont fumés enroulés sur eux même. Parfois les tous petits poissons luisent dans un plateau. On vend même des miettes de poisson fumé. Sans doute pour parfumer la sauce. Ici,  rien ne se perd. Damien remarque vite qu’il est le seul homme des environs. Marchandes et clientes, les hommes ne s’aventurent pas dans le commerce alimentaire sauf en boucherie. On les retrouvera dans les ruelles où se négocient les produits électriques ou les pièces détachées des voitures.

Encore, nous essayons de contourner les flaques. Thierry propose de monter sur la passerelle qui enjambe la route principale pour avoir une vue d’ensemble du marché s’étendant loin. On gagne un « marché aux puces » qui ne propose pas grand-chose après la pluie. Il est déjà largement passé l’heure du repas. Nous achetons des bananes. Rien de mieux que les bananes pour manger dans la rue !

inondations

Nous rentrons bien tard à Helvetia. Entre temps, Dominique, Moronikê et les filles ont dû faire face aux pluies diluviennes qui ont noyé les bungalows trempé les matelas jusqu’aux cadeaux dans le sac posé sur le sol. Le soleil est revenu mais les toits de chaume devront être refaits ou protégés par des bâches en plastique.

téléphone mobile

Je n’arrive pas à entrer le crédit de ma carte téléphonique. En ce week end pascal l’opérateur est saturé. Je renouvelle l’opération dans chaque coin du Jardin. Soit je n’ai pas de réseau soit mes chiffres refusent d’entrer. Si le téléphone mobile est très répandu au Bénin, les opérateurs ont du mal à répondre à la demande. Ne pas oublier que nous sommes en Afrique !


Retour à  Cotonou un an après
Retour à  Cotonou un an après

Ouidah, jour de Pâques

Publié le : 03 Mai 2007
Ouidah, jour de Pâques

Temps couvert.

Le départ s’éternise. les autres n’en finissent pas de se préparer. Je n’ai pas l’habitude de voyager en groupe et s’attendre les uns les autres m’agace. Thierry attend déjà depuis une heure que Damien s’attarde à prendre des photos. J’en perdrais mon flegme. Patience, nous sommes en Afrique !

Route des Pêches

     Le soleil fait une brûlante sortie juste après Hio, le premier village de pêcheurs. Je me tartine de crème solaire dans la voiture. La route des Pêches est inondée. Thierry contourne les grosses flaques. Les roues du taxi s’enfoncent dans le sable sec sans patiner. Notre chauffeur connaît bien sa piste. Deux grands pirogues sont pavoisées au couleur du Bénin et aussi avec un drapeau rouge blanc et noir. Quel état représente ce dernier drapeau ? Ce sont les couleurs du fétiche du village. Nous allons beaucoup entendre parler de fétiches à Ouidah. Les villages de pêcheurs sont très calmes : les gens sont à la messe de Pâques. Des animaux divaguent. Sur les plages on se prépare à faire fête. La piscine des jardins brésiliens à l’entrée de Ouidah est déjà pleine de monde.

Fort Portugais

    Nous faisons les mêmes visites que l’an passé en commençant au Fort Portugais. Je suis plus réceptive à l’histoire. Les agrandissements des gravures représentant la vie à la cour des Rois d’Abomey me parlent plus. L’an passé tout était exotique, étranger. Trop de nouveautés à assimiler. Je regarde le cérémonial avec un autre regard. Je me souviens des vastes cours des Palais d’Abomey. Le groupe des épouses me rappelle la visite au Palais Honmé de porto Novo…Je regrette encore ici de ne pas emporter d’images pour faire le diaporama sur l’Esclavage avec les élèves.

Forêt sacrée

     Logiquement, la visite se continue à la Forêt sacrée (ouverte aux touristes depuis Ouidah 1992). Le guide me reconnaît. Même guide, même visite que, l’an passé. Les statues des divinités ne me plaisent pas plus que l’an dernier sauf celles qui sont faites avec des robinets, chaînes de vélos et autres ferrailles récupérées que j’aime beaucoup.

Temple des Pythons


    On enchaîne sur le Temple des Pythons. Je frime un peu avec mon serpent autour du cou rapidement imitée par mes collègues (ce n’est plus franchement un exploit !). Petite découverte : les innombrables chauves- souris suspendues au dessus du temple.

Béhanzin

   L’exposition du quai Branly sur le Roi Béhanzin qui a eu un grand succès à Cotonou est installée en plein air en face du Centre Culturel de Ouidah. J’insiste pour la visiter. Sur des parallélépipèdes sont exposées des photos d’époques des gravures, des lettres et des textes explicatifs. Des écoliers en sortie scolaire recopient sagement les textes sous la surveillance de leurs instituteurs. C’est très émouvant de les voir très intéressés à ce dernier roi du Dahomey qui a lutté contre la colonisation française  et qui a été déporté successivement en Martinique puis en Algérie où il est mort à Blida. Un audiovisuel présentant ses lettres lues à haute voix est accessible dans le bâtiment le plus proche. Je suis attentive au style ancien de ces lettres puis j’apprends que le roi était illettré et que c’est donc un interprète qui les a écrites.
Damien et Stéphanie ont préféré flâner au marché et faire la découverte de la Béninoise. Sur ces entrefaites, mon téléphone sonne. C’est la première communication avec la puce béninoise. Donc mon téléphone marche. Si je ne peux pas le créditer c’est Areeba le responsable et surtout l’affluence du week end pascal. Sébastien a cru qu’on était arrivés cette nuit. C’est la raison de son silence d’hier. Il tient parole et nous propose d’assister aux fêtes pascales dans un village un peu plus loin. Cette proposition est très alléchante. Je dois cependant la décliner. Dominique est restée à Helvetia d’une part, d’autre part je ne peux pas consulter ceux qui sont au marché

place chacha

     J’avais imaginé la Route de l’Esclavage comme un pèlerinage à pied. 4 km ne me fonts  pas peur et nous aurions pu nous arrêter à chaque statue, chaque stèle. Il est 13 heures passées quand nous arrivons sur la Place du marché aux Esclaves ou place ChaCha du surnom que les Béninois ont donné à Francisco De Souza – le Vice Roi de Ouidah – le marchand d’esclaves  brésilien ami du roi d’Abomey. Cette histoire est le sujet du roman de Bruce Chatwin que j’ai beaucoup aimé. Ce personnage et le rapport que les habitants d’Ouidah entretiennent avec son souvenir est très ambigu. Vu de France, l’histoire semble tranchée : De Souza est un marchand d’esclaves donc un « mauvais ». A Ouidah, il n’est pas rejeté et serait même admiré.

    Aujourd’hui, il y a grande animation sur la place. Un groupe de scouts venus de Lokossa pose pour la photographie et nous invite très gentiment à figurer sur la photo souvenir. Plus loin une équipe de vidéaste et un groupe de jeunes musiciens tourne un clip. Eux aussi  nous appellent nous font danser et chanter. Tout au moins Stéphanie et Laure « mes filles ». Comme ils sont polis ils entraînent la « Maman » dans la danse. Stéphanie et Laure ont vite appris le refrain « Misé, misé, Célestine… » C’est un slogan électoral, nous l’apprendrons plus tard Célestine  s’est présentée aux Législatives et nous avons vu son portrait sur les affiches qui n’ont pas encore été enlevées. Euphorie de ces premiers contacts amicaux avec la population locale. Nous avons oublié notre triste pèlerinage.

La route de l’Esclavage

    Il est près de 14heures, la chaleur est à son apogée, je commence à fatiguer. Les filles  renoncent au projet de randonnée sous le soleil. Damien qui a envie d’aventure tient à faire la promenade à pied. Il est tenté par le retour en zemidjan. Thierry le prévient « Ils vont te taxer ! ».

    La visite se déroule donc comme l’an dernier : un arrêt photo à l’Arbre du Non Retour qui n’existe plus et qui a été remplacé par une curieuse statue qui ressemble à une sirène. Les esclaves tournaient autour de l’arbre pour abandonner leur identité africaine 9 fois les hommes, 7 fois les femmes. Puis nouvel arrêt au Zomaï la case noire où les esclaves étaient parqués dans l’obscurité pour se préparer à la traversée dans la cale du navire. Statue figurant le marquage au fer rouge, les esclaves des différents propriétaires seront ainsi identifiés comme on le fait aux moutons qui partent en transhumance. Puis le jeune du village nous mène à la fosse commune où furent inhumés ceux qui étaient trop « fatigués » pour entreprendre la traversée. Un mosaïque surmonte la dalle de ciment nue : blanc, rouge, brun, noir… couleurs de la terre africaine rouge, du sang peut être, noir de la peau, du deuil. Une sculpture métallique symbolise les peuples asservis, les Yorubas, les plus « dodus » avec leurs scarifications, les Peuls fins et minces avec leurs anneaux et d’autres dont je n’ai pas saisi le nom de l’ethnie.. Le parcours poignant continue jusqu’à un arbre portant encore fleurs et fruits : l’arbre du Retour, retour de l’âme et non du corps mort aux Amériques. Le terme du pèlerinage est la porte du Non Retour sur la plage. J’ai le cœur serré comme la première fois.
Thierry a soif. Tandis que le vendeur nous prépare les noix de coco nous voyons Damien au petit bar en face. Il rentrera avec nous sans avoir recours au zemidjan.

Téléphone béninois et projets

    Thimoléon a téléphoné alors que je marchais le long de la frange d’écume. Laure enveloppée dans une caffiyah égyptienne blanche est venue à ma rencontre brandissant le téléphone de Moronikê. Le véhicule prévu pour nous emmener à Pobé n’est pas disponible. Il nous donne rendez vous à l’Etoile Rouge à 8H00, « heure française ». Il ajoute :

-    « Je n’utilise pas l’heure béninoise ».

Mentalement je traduis le message, il sera ponctuel. Il faudra que nous le soyons aussi.

-    « votre véhicule est exigu, il faudra prévoir un taxi. »
-    « A combien cela reviendra t il ?
-    « 4000 chacun »
Je calcule, à cinq ce sera aussi cher que de demander à Thierry.
      -     « On se serrera à la béninoise »
(2 devant en plus du chauffeur 4 à l’arrière, c’est ainsi qu’on remplit un taxi-brousse).

    Justement Sébastien est arrivé pour apporter le contrat du circuit de la semaine prochaine dans le nord du pays. Diane est venue nous chercher. J’invite Sébastien au bungalow comme l’an passé. Je pourrai ainsi me doucher et me débarrasser du sable. Sébastien peut nous organiser un  grand taxi pour Pobé. Mais je ne veux pas vexer Thierry. C’est donc Moronikê qui se charge d’appeler ce dernier. Au milieu de la conversation en fon je saisis « 7heures zéro, zéro ». C’est donc réglé !


De Cotonou à Pobé, lundi de Pâques

Publié le : 03 Mai 2007
De Cotonou à Pobé, lundi de Pâques

Pobé

    J’attends cette journée depuis plus de six mois depuis que le projet de Jumelage de nos collèges a été mis en route. La rencontre avec l’équipe de Pobé à l’aéroport me laisse deviner que nous sommes attendus.
   
Le petit déjeuner à 7h est un peu bousculé. Nous ne partons qu’avec 10 minutes de retard. Mais il y a un problème : la vitre arrière droite du taxi est coincée. Thierry a convoqué un garagiste de ses amis au bout de la piste à l’entrée de Cotonou pour redresser la tôle. La cabine téléphonique vient d’ouvrir (il est déjà 8H). Le commerçant recharge mon mobile par SMS. Miracle, aujourd’hui cela marche !

    Un match de foot tout à fait officiel avec maillots, chaussures et arbitre se déroule sur la chaussée bloquée par des parpaings. Le taxi force la voie au mécontentement des sportifs. Nous arrivons à 8h30 à l’Etoile Rouge et trouvons Thimoléon à la station service Sonacop accompagné de Clotaire, le »Responsable de la Com » dont j’ai vu le nom sur les courriels et qui tient à nous rencontrer. Invitation informelle, il m’appellera sur mon portable puisque maintenant il fonctionne.

    Lundi de Pâques, le matin, Cotonou se traverse rapidement. La pollution, absente samedi sous la pluie, est étouffante ce matin malgré une circulation modérée. Les mobylettes disparaissent derrière u  nuage bleu. J’interroge Thimoléon :


-    « Est-ce que la lutte contre la pollution n’est pas un des chantiers du Président ? »
Sin Yayi Boni a bien essayé d’empêcher le trafic de l’essence frelatée. J’ai également lu dans le blog  des Westersang qu’on incitait les zemidjans à abandonner les mobylettes 2T pour des moto à 4T moins polluantes. C’est l’huile en excès du mélange qui fume. Mais il y a tellement de zemidjans ! Impossible d’appliquer la mesure par la contrainte. Les contrôles « anti-fumée » ont pourtant été mis en place par la gendarmerie.

Je relance Thimoléon :

-    « le Président a été élu avec le slogan « tout va changer ». Où en est le changement ? «
Ce dernier prend à témoin Thierry. On ne voit guère de changement.

     J’insiste : Yayi Boni est un banquier, c’était le Président de la Banque de l’Afrique de l’Ouest. Il a peut être les moyens d’un changement. Je pense à l’Etau, livre d’Aminata Traoré. Les tenants du Néolibéralisme appliquent des recettes anticorruption et d’économie du train de vie de l’Etat pour faire plaisir au FMI  et à la Banque Mondiale. Mais les gouvernements sont impuissants. Le Président est il un adepte du néolibéralisme. Je tente d’orienter la conversation sur le thème de l’économie, Thimoléon est un homme instruit. Mais l’économie n’est peut être pas son centre d’intérêt préféré.

    Sur le pont qui partage le grand marché Datokpa la route est bouchée par un attroupement : un zemidjan a eu un accident. Le spectacle doit être horrible. Il se reflète sur la physionomie des badauds. Thierry déclare :

-    « il y a des morts ! »

     Le taxi roule maintenant sur la voie payante qui mène à Porto Novo tandis que je bombarde Thimoléon de questions, nous avançons vite. Sur la lagune de Porto ovo, les pirogues des pêcheurs se dessinent, noires et fines sur l’eau opaline. Les barrages de l’akadja piègent le poisson comme à Ganvié. L’entrée de Porto Novo est encombrée d’un marché. Je reconnais l’institut Songhaï au passage.

Une forêt négligée


    Je suis agréablement surprise : la route de Porto Novo à Pobé est goudronnée impeccablement. Nous traversons des forêts. Peu de grands arbres, beaucoup de taillis, de fouillis et lianes.
- « c’est une forêt négligée » remarque Thimoléon.
Je lui demande pourquoi il n’y a pas de grands et  beaux arbres.
-    « Ils sont dans le nord, ils correspondent au climat du nord »
-    Peut être la forêt a fait l’objet de surexploitation ?
-    Oui, mais le gouvernement essaie de protéger les forêts subsistantes.

En effet j’ai même trouvé sur INTERNET des éco stages possibles dans la forêt de Bohicon. Ces stages sont bien tentants pour la naturaliste que je suis. On a replanté des tecks, reconnaissables à leurs grosses feuilles. Ils sont plantés très serrés. Va t  on les dépresser ?

Je suis toujours étonnée par l’enchevêtrement des parcelles cultivées et la jungle qui semble les envahir. La culture dominante est le manioc. Thimoléon est très étonné que nous ne le connaissions pas.

-« Si, chez nous on vend du tapioca ! »

Thimoléon est plus intéressé par la cuisine que par l’économie. Je confonds tapioca et maïzena et lui donne par erreur une recette de sauce blanche au tapioca. Stéphanie corrige ma bourde. On met du tapioca dans la soupe. Quand j’étais petite j’avais horreur de cela. Cela me faisait penser à des pontes de grenouille.

La station service :

    Thierry gare la voiture à la « station servie » : deux dames Jeanne et quelques bouteilles posées sur une planche soutenue par des tréteaux. Nous en profitons pour nous dégourdir les jambes. Thimoléon occupe le siège du passager à l’avant. Stéphanie et Laures sont emboîtées l’une sur les genoux de l’autre, moi au milieu. Damien allume une cigarette. Bizarrement, rien ne se passe.

-    « Pourquoi ne nous sert on pas ? » demande Stéphanie.
-    « Trop cher ! Ils vous ont vus. On en achètera plus loin. »

    La Toyota Corolla donne des inquiétudes. La troisième ne passe plus de tout. Thierry soulève le capot. Une petite angoisse me pince au niveau de l’estomac.

    Nous croisons des motos cachées sous de nombreux bidons cubiques.
-    « Ils portent leur mort ! » remarque Thimoléon.
Ce sont les contrebandiers de l’essence qui viennent du Nigeria tout proche. Nous passons Sakété sans traverser la ville. Des processions viennent à notre rencontre, tous habillés de blanc avec tamtam et trompettes. Ce sont les Célestes, des Evangélistes ou des Pentecôtistes, je ne sais pas bien. Un service d’ordre avec pancarte et bâton de circulation est organisé. Le Lundi, de Pâques est le jour de fête des Célestes.


Les Béninois savent recevoir! Un accueil extraordinaire

Publié le : 03 Mai 2007
Les Béninois savent recevoir!    Un accueil extraordinaire

Les festivités en notre honneur

    Le CEG1 se trouve à l’entrée de Pobé que nous ne visiterons donc pas. Nous avons 30 minutes de retard sur le programme des festivités. Nous passons entre deux rangées de scouts qui font le salut à 3 doigts. Cela me renvoie 40 ans en arrière ! La haie d’honneur est complétée par les correspondants en tenue du dimanche aux vives couleurs, tirés à 4 épingles. D’un côté, les 4ème M1, de l’autre les 4ème M2. Nous avons l’impression de passer en  revue les élèves de manière quasi militaire. Mes trois jeunes collègues n’apprécient pas trop. Au niveau des correspondants, notre groupe se scinde. Je fais le portrait de chaque enfant pendant que Damien note les noms. En face, Stéphanie et Laure font de même. Mon cœur se serre. Les 4èmeM2 n’auront ni lettres ni cadeaux. J’ai essayé de réparer  en urgence cet oubli. Seules Hana et Maéva ont écrit et je n’ai rien à offrir. Comment faire la distribution aux uns sans blesser les autres ?

    Une table d’honneur est dressée couverte d’une nappe blanche fleurie de bouquets en tissu. Le programme de la journée est très complet. Derrière nous, à l’ombre d’un beau manguier, une véritable salle de classe est installée. D’un côté, les professeurs, de l’autre les élèves. Les classes sont logées dans des bâtiments en longueur construits sur des blocs de ciment qui font une estrade parfaite pour le spectacle qu’on a préparé en notre honneur.

    Chants et danses de bienvenue : les filles ont peint des taches blanches sur le décolleté et sur les bras. Elles portent leurs plus beaux bijoux et leurs plus beaux atours. La vedette est Floride en robe verte et magnifique pectoral en or, ses cheveux cachés par un turban vert assorti. Elle chante avec assurance et danse très bien. Le Directeur nous explique que c’est l’hymne national.
    La pièce de théâtre écrite en notre honneur raconte l’histoire d’un père qui impose à sa femme les quatre enfants de son frère décédé. La femme soumise apporte de l’eau de bienvenue à son mari, lui enlève sa veste. Elle oppose un refus catégorique : « Non ! Ces enfants ne resteront pas chez moi ! » . Face à son mari, elle boude. Dès qu’il s’absente, elle devient une marâtre tyrannique. Les enfants se sauvent et sont recueillis par un homme de la FEFA (formation et Education pour la Femme et l’Adolescent) , l’ONG qui est intervenue dans notre projet de Jumelage et dont Thimoléon est le Président. J’ai le souffle coupé. Jamais je n’aurais pu imaginer une telle organisation : ces chorégraphies, cette pièce de théâtre. Jamais nos élèves cristoliens n’auraient pu soutenir un tel travail avec une telle application et une telle discipline.

    L’organisation, la discipline, sont la mission des scouts qui déménagent les éléments du décor et les costumes. L’actrice principale lit un très long discours résumant le Projet du Jumelage entre les deux collèges. Je suis à la place d’honneur en tant qu’instigatrice du projet avec Thimoléon. Je suis très émue. Rouge de confusion (aussi à cause de la chaleur). Dans ma tête trotte l’idée insidieuse : comment répondre à un tel discours ? Prendre la parole devant mes collègues ne m’intimide pas, en principe. Aujourd’hui je m’en  sens incapable. Heureusement, on ne me le demande pas.

     Le Directeur est un colosse habillé d’un magnifique boubou blanc damassé. Il est très impressionnant. De sa haute stature, il délivre un discours majestueux et africain. Je ne sais plus si c’est Thimoléon ou Romain qui a commencé par ces jolies paroles : « En Afrique, la pluie est un heureux présage. Il a plu le jour de votre arrivée. Puis le soleil est revenu avec la chaleur de l’Afrique. Notre Projet est donc réalisé sous les meilleurs auspices. »

La visite du collège

    La visite du Collège commence dans le bureau du Directeur ; bien exigu pour un tel personnage ! Je n’aimerais pas être l’élève convoqué pour des réprimandes dans cette pièce. Au mur : les plannings, les effectifs des classes mais aussi des maximes photocopiées en grosse lettres noires :

« ACCEPTER L’IDEE DE LA DEFAITE, C’EST DEJA ETRE VAINCU » (Maréchal Foch)

ou
      MEDITATION DE LA SEMAINE :
"VOS PROFESSEURS SONT DURS AVEC VOUS PARCE QU’ILS DOIVENT L’ETRE. PARCE QUE C’EST LA SEULE MANIERE D’ENSEIGNER DONT DISPOSE UN BON PROFESSEUR » .


    Nous retrouverons ces maximes décorant la salle des professeurs et dans les classes. On y a ajouté d’autres affiches /

          « MOI TRICHER ! JAMAIS »

Ou        « LE BAC EST PRIVE ET PERSONNEL A DIT UN CONTEMPORAIN ».

Voltaire est également cité :

« LE SUCCES DEPEND DE LA CHANCE, DU TALENT ET DU TRAVAIL.
    HORS, LA CHANCE EST ALEATOIRE
     LE TALENT EST HEREDITAIRE
    LA SEULE CHOSE DONT ON PEUT ETRE SUR  EST LE TRAVAIL »



Partout la morale est placardée noir sur blanc sur les murs rougis par la poussiére. Seule diversion : un concours pour la Prévention du Sida qui a pour récompense des clés  USB, et qui donne une illustration modeste du XXIème siècle. Sinon, aucune décoration,  aucun panneau.
La Photocopieuse

Entre la Salle des professeurs et le bureau directorial, dans un réduit deux ordinateurs antiques et une photocopieuse fatiguée.

A la vue de cette machine, l’inquiétude me saisit. Les 540 €  récoltés grâce aux lâcher de ballons risquent d’être attribués à l’achat d’une photocopieuse. C’est le désir du proviseur.  Je le comprends fort bien. Mais je ne suis pas prête à lâcher les bénéfices gagnés par les enfants pour un tel achat et ceci pour multiples raisons. D’abord, je ne me vois pas l’annoncer à mes élèves. Ensuite je ne donne pas une espérance de vie bien longue à une telle machine avec les coupures d’électricité que subit actuellement le Bénin, les sautes de tension… Heiner m’avait d’ailleurs recommandé d’argumenter à l‘Africaine : « poussière, humidité, chaleur, pluie… ». De plus, Sébastien m’a dit qu’on ferait payer les élèves 15 CFA la photocopie pour le papier, l’entretien...Cela achève de me détourner de cet investissement. Mes coéquipiers m’ont abandonné la partie : « pour la photocopieuse, tu gères ! » avait laissé tomber Damien.  Je ne me sens pas du tout de taille à négocier avec le Directeur, au propre comme au figuré. Malgré sa bienveillance, c’est la seule personne qu’on n’appelle pas par son prénom comme Thimoléon ou Romain. Il me tutoie mais je n’ose pas lui rendre la pareille.

     Entourés par de nombreux professeurs nous visitons les locaux. A l’extrémité une sorte de hangar aux structures tordues rappelle les effets d’une violente tornade qui a emporté les « tuiles »(il s’agit de plaques de fibrociment) et aspiré les plafonds de contreplaqué. On a recouvert de tôle en urgence. Sans plafond ces salles doivent être des fournaises. Le mobilier est uniforme : pupitres et bancs de bois sombre comme ceux de nos écoles de la 3ème République quand Instituteurs et Professeurs portaient chez nous la blouse et étaient encore des notables.. Temps bien révolus chez nous qui semblent perdurer ici. Ne pas s’y fier !Le collège est postérieur à la décolonisation, il date de la fin des années soixante.

    Sur le tableau, des différentielles et des intégrales, un circuit électrique et des solénoïdes. C’est le Programme de physique des Terminales Scientifiques. Dans un coin du tableau, encadré par un cartouche soigné terminé e,n volute comme un parchemin l’inscription BAC J-62 / ALLAH/JC. Le CEG1 est laïque. Au Bénin multiconfessionnel, on ne réprime aucune expression religieuse « pourvu qu’elle ne soit pas ostentatoire » complète mon collègue de SVT, un homme âgé grisonnant vêtu d’un costume bleu sévère datant peut être d’une période où le Bénin  était socialiste. L’Afrique a un autre sens de l’ostentation religieuse que l’Europe quand un débit de boisson s’appelle « Magnificat » ou « Dieu le fit » ! Pour supporter le soleil j’ai fait un turban de mon voile turc tout à fait islamique puisque acheté sur les marches de la mosquée de Beysehir. « En France, je ne pourrais pas me coiffer ainsi » je rétorque à mon collègue. 3Au Bénin, les Musulmane ne peuvent pas n on plus venir voilées à l’école ! On leur fait ôter le foulard ». il n’empêche que sur toutes les photos que nous rapporterons je serai enturbannée !

     Dans la salle de mathématiques, le tableau est couvert d’équations calligraphiées d’une main experte. Cours d’un autre âge ! Les élèves de Terminales sont venus malgré les vacances suivre un cours de rattrapage sur Bachelard. Au tableau plusieurs paragraphes écrits de mains différentes sont discutés par le reste de la classe (une vingtaine d’élèves).

-    « Le professeur est il bénévole ? »
-    « Non, payé ! »

    Les salles de classe de SVT et Physique et Chimie sont meublées de belles paillasses carrelées avec un évier, l’eau et des prises électrique. Plus belles que les miennes ! Quelles sortes de TP font ils ?

    Nous traversons les installations de sport sans les voir. Si Laure ne s’y était pas intéressée nous n’aurions jamais remarqué le terrain de basket sans panier ni celui de volet où deux arbres morts permettent de figurer le filet. Une chèvre très enceinte broute l’herbe qui pousse sur le terrain de foot.

La bibliothèque : un Projet enthousiasmant


    La visite se termine au CDI qui ressemble plutôt à une réserve de manuels. D’antiques séries Ses s’empilent. Pour un tiers, des manuels africains. Les autres sont des collections que nous reconnaissons tous. J’ai utilisé en 1985 le Bordas avec la Chauve souris et le Hatier avec la Coccinelle en 5ème était déjà en usage quand je suis arrivée à Schweitzer en 1984 (un manuel excellent avec des documents de haut niveau) laure reconnaît le livre d’Espagnol qu’elle a utilisé étant élève. Elle saisit la couverture qui lui reste dans les mains. Les 70 manuels de SVT  qui sont à l’origine de mon projet de Jumelage vont-ils encombrer ces rayonnages ? mon collègue au costume bleu m’assure qu’ils seront utiles. Autour de 4 tables basses à peine une douzaine de places assises. Pas de prêt : les ouvrages sont à consulter sur place. Je reconnais la bibliothèque citée dans les lettres des correspondants. L’idée du Directeur est d’ouvrir le CDI sur la salle de classe mitoyenne, d’y installer des sièges des tables et des rayonnages. Cette bibliothèque pourrait être ouverte le samedi et le mercredi après midi en dehors des cours. Je saisis la balle au bond. L’agrandissement du CDI est exactement le projet que nous souhaitons financer !A Simone de Beauvoir, le CDI est exemplaire. Il est très fréquenté par les 4èmeD qui font partie du Club Pobé. Dans leurs textes racontant le lâcher de ballons ils ont souvent écrit que la recette permettra d’améliorer la bibliothèque. Cet investissement bénéficiera directement aux enfants. Il peut s’inscrire dans le long terme. Nous pourrons continuer à envoyer des livres et des fonds. Je rayonne ! je tiens mon idée ! Le menuisier pourra faire exécuter les étagères par les élèves. Nous pourrons fiancer les planches, le « portillon », le contreplaqué du plafond et peut être la peinture. Mon enthousiasme semble communicatif. Thimoléon est ravi, le Directeur aussi. Je n’aurai pas à plaider contre la photocopieuse.

Déjeuner en salle des profs

    Marcelle a apporté le déjeuner en Salle des Professeur. Aidée de la correspondante de Maéva, elle nous sert des salades variées, spaghettis, tomates, concombres, pois, et gésiers de volaille. Je ne savais pas que le poulet qui avait fourni son gésier allait apparaître en plat de résistance avec des pommes de terre et des légumes. Les légumes sont délicieux !choux carottes et gingembre que je n’avais pas identifié.

La couturière

    Nous parlons à Marcelle des pagnes que nous avons achetés au marché. La femme de Romain est couturière. C’est une dame très menue et très chic qui prend nos mesures qu’elle inscrit dans un cahier d’écolier. Nous voulons les robes que porte Marcelle : celle de l’aéroport avec les « nervures » et celle d’aujourd’hui avec un volant. Marcelle porte en bas un pagne, elle nous recommande la jupe. Nous ne saurons jamais nouer le pagne comme il faut ! Laure a envie d’essayer. Je crains le ridicule s’il se défait ! Nos tenues seront prêtes à notre prochain passage jeudi 19 ;

Le Lâcher de ballons du 8 mars

    Je sors du sac le porte-document contenant les compte rendus des réunions du club Pobé, les « articles » des 4ème D relatant le lâcher d ballons et la Fête du 8 mars, les cartons des ballons revenus de toute la France, les lettres des correspondants ainsi que le CD contenant les photos qu’on regardera sur l’ordinateur de Thimoléon, j’ai aussi, un petit album photos. Malheureusement c’est le moment que mon collègue de SVT choisit pour me montrer le laboratoire. Je n’aurai pas le plaisir de voir les réactions des béninois au diaporama !

    Nous convoquons les 4ème M1 pour distribuer les lettres et  les cadeaux des correspondants. Tous ont une lettre et quelque chose. Les lots ne sont pas égaux. Florentin, le correspondant de Corentin sera servi le premier avec son magnifique maillot de foot floqué à son nom avec le numéro 10 (celui de Zidane) Onésime partagera ses 4 maillots du marathon de Paris avec ceux qui n’auront rien, de même Kathib à qui Alexis a acheté 3 mangas. J’ai emballé dans du papier cadeau tout ce qui me semblait convenable : stylos plume, CD  même une montre. La distribution se passe dans la bonne humeur.

En regardant le match, les filles se font des tresses

    Au programme match de foot professeurs/ é lèves. Les joueurs n’ont pas de chaussures mais ils portent des maillots et des shorts. Nous ne sommes pas des spectatrices assidues. Laure et Stéphanie se font tresser les cheveux. Autour d’elle toute une cour de filles qui s’amusent à tresser les cheveux européens lisses et fins. L’une d’elle soupire :

-    « J’aurais tant aimé avoir des cheveux raides ! Mais Dieu ne me les a pas donnés ! »

      Nous leur posons des questions sur leur quotidien, Floride, la danseuse doit faire 5 km à pied pour venir au collège.
Assis à l’ombre sur un banc je suis entourée de quatre petits très doux. Je ne les aurais jamais imaginés si petits avec leurs uniformes sur la photo de classe. Ce sont Onésime, Khatib deux filles et un  grand de seconde Je leur montre les photos du lâcher de ballons. Onésime, à mes genoux me demande :

     -» raconte nous l’histoire de Créteil ! »
Je lui parle du village ancien, de la très vieille église qui a vu le Roi Dagobert (il ne connaît pas la chanson) puis des sablières, du lac qui s’est rempli tout seule avec l’eau de la  Seine et de la Marne, des quartiers modernes, des tours, des rues dont le nom commence par la même lettre. Ils écoutent religieusement.
-« Est-ce que les professeurs sont durs ? » demande une fille
- « Non mais les élèves sont bavards ! »
- « Bavards ! » les enfants sont rêveurs. A Pobé, on ne bavarde pas en cours. Cela ne leur viendrait même pas à l’idée. Il faudra vérifier cela auprès des collègues. Jamais les problèmes de discipline ne sont évoqués même avec des effectifs très lourds. Ici, les problèmes sont matériels.

    Le match de foot a repris. Damien voulait jouer pieds nus comme les enfants. Un collègue lui a prêté des vraies chaussures de foot mais il doit quitter le terrain avec de grosses ampoules.

Les mangues : les fruits de l’Amitié

    Avant de partir on nous sert pour goûter des ignames frits avec du beurre. C’est très farineux. Derniers discours, sur la table un carton contenant les fruits de leur arbre de la cor : les mangues, fruits de l’amitié. Il faudra surveiller leur maturation et les manger au fur et à mesure. Dans une enveloppe nous trouvons les T-Shirts oranges du Collège : l’Aigle Bleu de Pobé qui tient dans son bec un livre. Nous les revêtons pour la photo. Dernier cadeau : un livre écrit par un écrivain de Pobé dédicacé.

Lundi de Pâques, tout Cotonou est à la plage

Nous quittons Pobé à 18 heures. Nous roulons de nuit. Il y a beaucoup de circulation ce lundi de Pâques. A l’approche de Cotonou c’est l’embouteillage. Thierry a téléphoné : la route des Pêches est bloquée par tous ceux qui ont passé la journée de vacances à la plage. Ceux qui n’ont pas trouvé de zemidjan rentrent à pied, glacière à la main. Une foule compacte avance vers nous. Thierry essaie des itinéraires dans les rues poudreuses. Rien à faire, on retombe toujours sur des routes bloquées. Il fait nuit noire quand nous roulons sur la piste de l’aéroport. Les petits lampions faits avec des boites de lait allumés comme le soir de notre découverte de Cotonou.

Bonne arrivée, les moustiques !

    Nous rentrons à 9heures à Helvetia. Moronikê est déjà partie coucher ses enfants. En cuisine, il ne reste plus que Parfaite qui nous réchauffe des spaghettis bolognaises.
    Toute exaltée par la journée, submergée par l’émotion j’oublie les règles élémentaires de prudence. J’omets de m’enduire de crème anti-moustique et de revêtir des pantalons imprégnés d’insecticide. Je vais me repentir de mon imprudence pendant au moins trois jours. Mes jambes sont boursouflées d’horribles piqûres violacées qui grattent terriblement. J’en retire une conclusion optimiste : c’est la vérification expérimentale de l’efficacité d’Insect Ecran. Pour une fois je l’oublie et je suis bien punie !


Au jardin Helvetia : un tourisme intelligent et solidaire

Publié le : 03 Mai 2007
Au jardin Helvetia : un tourisme intelligent et solidaire

Moronikê et Helvetia

    L’an passé c’est Heiner qui nous avait accueillies au jardin Helvetia. Il avait été le passeur. Il nous avait raconté le Bénin, son Bénin. Il nous avait dispensé tous les conseils pratiques dont nous avions pu avoir besoin. C’était, pour notre premier voyage en Afrique occidentale, le garant de notre sécurité. La propreté helvétique est légendaire.
    Moronikê, tout d’abord, nous était apparue comme sa femme, jeune et très belle, la mère de ses enfants. Ce n’est que plus tard que nous avons appris par Diane et les autres filles que c’était la Madame qui était la patronne. Aussi "la madame" qui règne à la cuisine même si Willy a le titre de cuisinier. C’est également l’intendante qui fait notre addition et qui règle les locations de téléphone de Willy – Heiner se chargeant de la technique.

    Nous avons maintenu le contact par courriel. Comme Heiner s’est absenté de Cotonou Moronikê m’a envoyé un mail et j’ai correspondu avec eux deux.

    Avant de partir, nous savions qu’Heiner ne serait pas Au Jardin Helvetia et que Moronikê serait notre hôtesse. Nous avons pu découvrir l’envergure de sa personnalité. Non seulement elle doit diriger l’hôtel mais elle doit aussi conduire Olayémi à l’école ce qui lui prend une bonne heure tous les matins. Hier, un pneu du combi VW a crevé  et elle n’a pas trouvé le cric. Il a fallu se débrouiller ! La petite est partie en zemidjan avec une des filles. Ce matin Moronikê faisait seule le service du petit déjeuner : Willy as encore arrivé, Diane de repos…et toujours avec le sourire et cette détermination farouche.

    Son  personnel très zélé lui est fidèle. Diane, les cheveux courts, n’a pas mis sa barette-fleur, Parfaite est montée en grade. C’est elle qui fait le service à la salle à manger. Les deux filles qui sont chargées du ménage, Josiane et Sandra, Willy, nous les connaissons tous. Ils sont dix auxquels il faut ajouter Thierry, le zemidjan ; Mathias  le petit piroguier. Helvetia n’a que 3 bungalows et 3 paillotes mais fournit du travail à plus de personnels que de clients. Je ne compte pas les pêcheurs qui apportent le poisson frais du village voisin ni ceux qui vivent dans la cocoteraie, récoltant les noix de coco ou tissant les grandes frondes pour faire de magnifiques rouleaux qui serviront de murs aux habitations des pêcheurs. Une toute petite structure hôtelière induit de l’emploi pour tout ce monde !
    Le rôle de Moronikê ne se borne pas  à l’activité de patronne de l’auberge. Cette année, elle a acheté une nouvelle pirogue sur la lagune. Mathias le jeune piroguier a quitté l’école au CM2. Il aimerait bien apprendre la coiffure en apprentissage. Mais c’est payant. Moronikê garde une partie de sa paie économisant la somme nécessaire. En attendant, il apprendra le service du restaurant et pourra faire des extras le week end. Elle sert aussi de banquière à Thierry qui « ne sait pas gérer son argent ».
    Etre un personnage de la vie locale dans la cocoteraie et sur la route des Pêcheurs, donne également des obligations. Heiner, l’an dernier, nous avait parlé de la contribution pour le fétiche. Moronikê a aussi complété notre envoi de 70€, produit de la vente des programmes à la fête du collège de Dominique, pour l’achat de dictionnaires à l’école la plus proche de Togbin, permettant d’acheter une dizaine de dictionnaire. Elle participe aussi pour 35% à une bibliothèque flottante, l’ancienne pirogue de promenades sur la lagune, 45% venant d’une ONG, le reste étant la part de l’ancien piroguier. Elle aide aussi les petits producteurs de coco à exporter leurs noix vers le Nigeria où elles seront transformées en savon ou cosmétiques.
Ainsi fonctionne la solidarité africaine. Peu d’argent circule. En gagner un peu donne des devoirs vis-à-vis de la communauté.
 
J’aborde avec Moronikê le sujet  de la position des femmes et de l’avortement illicite ici. « Catholicisme, coutumes.. » résume t elle. Avec beaucoup d’argent une femme peut avoir une IVG dans des conditions satisfaisant mais les avortements clandestins sont encore pratiqués.


Au jardin Helvetia : un tourisme intelligent et solidaire

Porto Novo

Publié le : 03 Mai 2007
Porto Novo

Nous nous sommes tassés à 5 dans le taxi de Thierry et avons repris la route de Porto Novo que nous connaissons bien.

Songhaï


Les trois jeunes ont profité du passage à Songhaï pour relever leurs mails. En plus de l’agronomie, Songhaï a également un centre de formation à l‘Informatique.  On peut s’y procurer du matériel d’occasion à peu de frais : un ordinateur à 40 000 CFA en achetant séparément les composants. La visite de Songhaï m’a toujours intéressée bien que nos compagnons aient été beaucoup moins pittoresques que la classe d’écoliers de Sakété de l’année dernière. Une blanche emballe des savons ! Je lui demande ce qu’elle  fait là. C’est une française,  étudiante en « Humanitaire » qui fait un stage. En effet ! Nous avons tout à apprendre dans ce centre et pas seulement en ce qui concerne l’humanitaire.

Musée ethnographique de Porto Novo


     Les collections du Musée Ethnographique de Porto Novo sont  présentées de manière attractive autour des étapes de la Vie. Dans la première salle on nous raconte les rituels de protection avant même la naissance puis les différentes étapes de la vie d’un enfant… la dernière raconte les rituels mortuaires. Le guide raconte très bien, nous éclairant sur tout ce qui peut paraître inaccessible des croyances animistes. Au sous sol, une très belle exposition de masques. Décidément les masques me plaisent de plus en plus. Puis notre accompagnateur nous plante devant un tisserand qui a installé son métier dans la cour du Musée. Nous n’avons pas envie d’acheter ni set de table ni nappe. On trouve le procédé très désagréable et nous retournons au taxi. C’est un malentendu ! Le guide avait prononcé une phrase que nous n’avions pas comprise : « Je vais chercher le reliquat ! » Il s’agissait de notre monnaie que j’avais oubliée. Il se précipite pour nous la rendre alors que Thierry était en train de démarrer. Nous ne lui avons pas laissé de pourboire et nous sommes sauvés comme des voleurs ! Il faudra se souvenir de cette expression « le reliquat » peu courante chez nous.

Marché et maisons brésiliennes

Les jeunes ont une véritable passion pour les marchés et les pagnes de wax. Ils demandent à Thierry de s’y arrêter un moment. Pour ma part, j’espère y trouver des bananes, l’heure du déjeuner est passée depuis un moment. Le marché se trouve dans un vieux quartier où l’on découvre derrière les étals et les allées couvertes de tôle de vieux bâtiment ruinés des « maisons brésiliennes » maisons coloniales à étage que nous avions cherchées l’an dernier sans les trouver. Elles ont beaucoup de charme. Curieuse, cette mosquée qui ressemble à une cathédrale baroque du Nouveau Monde ! Je peux faire quelques photos sans être dérangée : les lampions qui éclairent sont faites dans des boîtes de lait condensé ou de concentré de tomate sur lesquelles on a soudé un cylindre contenant la mèche, des canaris et poteries amassées au coin d’une rue, des bassines plastiques contenant des pyramides de gari blanc ou de sel…

En repassant par Cotonou


    En repassant par Cotonou, nous avons encore des courses à faire : banque climatisée (quel plaisir !), supermarché où je gagne un T-shirt POSSOTOME près avoir acheté un pack et tiré un papier d’une loterie, pharmacie pour les moustiquaires. Une moustiquaire pour deux coûte moins de 4000CFA dix fois moins cher que si nous l’avions achetée en France !

     Nous apportons les contrats à Sébastien. Son bureau se trouve dans un Centre de Formation au tourisme et à l’Hôtellerie dans un quartier retiré de la circulation automobile où la rue est sableuse et où pousse un magnifique manguier.
Nous rentrons tard à Helvetia juste le temps d’aller à la plage.


Comé - Possotomé - le lac Ahémé

Publié le : 03 Mai 2007
Comé - Possotomé - le lac Ahémé

L’aventure avec sandotours

    Un minibus blanc (4 rangées de 3 sièges) est venu nous chercher avec une demie heure de retard. Tant mieux nous n’étions pas prêts ! Le chauffeur Kamal, notre accompagnateur, Michel. Jusqu’à Ouidah nous connaissons bien la route. Quelle est belle cette Route des Pêches avec ses cocotiers ! Impression d’espace dans notre minibus après la promiscuité (4 à l’arrière du taxi de Thierry). En revanche, du fond, nous n’entendrons pas les commentaires de Michel. A Ouidah nous trouvons la  route principale qui va de Cotonou au Togo et qui traverse une campagne verte.

Comé
    Arrêt photo sur la rive sud du Lac Ahémé en face d’un village lacustre qui n’a rien, d’extraordinaire (il faut dire qu’hier nous avons visité Ganvié)  A Comé, nous quittons le goudron. Les jeunes vont au marché acheter des cassettes de musique béninoise pour égayer la longue traversée.

Végétaux

    La piste vers Possotomé suit le lac qu’on aperçoit au loin de temps en temps entre les arbres. Des villages de terre rouge sont nichés dans une végétation luxuriante très verte et très mélangée : des palmiers à huile, du manioc mais aussi une forêt envahie par des lianes. les eucalyptus remplacent les magnifiques fromagers. J’ai peu de sympathie pour les eucalyptus qui fournissent du bois de mauvaise qualité – du bois de chauffe – ils poussent très vite mais ils pompent beaucoup d’humidité, acidifient le sol et appauvrissent la biodiversité. Les fromagers ont un tronc large dans lequel on creuse les pirogues. Ils fournissent une belle ombre et ont un port royal. Nous voyons nos premiers baobabs. Je ne les aurais pas reconnus. Dans la savane du nord, il poussent isolés et se voient de loin. A la même époque, ils étaient défeuillés en fin de saison sèche. Ici, la saison pluvieuse a déjà commencé, ils sont florissants quoique moins mis en valeur. Je demande à Michel s’ils sont sacrés comme à Cuba. Non, c’est plutôt l’iroko qui est vénéré. On n’exploite pas le bois du baobab, spongieux et inutilisable.

Possotomé

    La source de Possotomé est célèbre au Bénin. Son nom est presque synonyme d’eau minérale.  Partout je commande « Un Possotomé plat » même si on m’apporte plus tard une bouteille de Fifa ou une autre marque. Possotomé n’est pas Vichy ou Vittel. C’est quand même une station thermale avec un café aménagé sur le bord du Lac près de la source (captée). La fontaine de la source est une double vasque de ciment Malheureusement, c’est jour de nettoyage nous ne voyons pas l’eau jaillir, chaude à 40°C. Une important nappe baigne toute la région. Trois autres sources jaillissent : l’une d’elles est captée pour couvrir les besoins de la population locale, un Libanais est en train de construire une autre usine d’embouteillage, la quatrième n’est pas exploitée. Nous irons la visiter plus tard dans l’après midi. Quelques hôtels, des villas avec vue sur le lac complètent la petite station thermale.


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