CARNETS DE VOYAGES

Je consigne dans mes carnets toutes mes observations, mes lectures. Cela m'aide à observer. Si je ne peux pas décrire, c'est que j'ai mal regardé.

Blog de miriam

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Ballons, dictionnaires et bêtes sauvages.... Bénin 2006

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ouidah : La route de l'Esclavage

Publié le : 28 Mai 2007
ouidah : La route de l'Esclavage

Un pèlerinage, de la place des Enchères à la Porte du Non retour.

Place des enchères 
   Nous retrouvons Anicet sur la Route des Esclaves qui commence place Chacha – surnom de Francisco de Souza, personnage très ambigu, marchand d’esclaves portugais qui aida à faire revenir du Brésil la mère du roi. Cette place ornée maintenant d’un très bel arbre était la Place de la Vente aux Enchères.

La route vers la mer, dernier parcours en Terre d'Afrique

    Ici, commençait le calvaire de ces malheureux. Calvaire marqué par des statues, comme autant de stations d’un chemin de croix historique. Histoire tragique, qu’Anicet et Thierry nous content avec émotion. Les statues présentent pour la plupart les attributs des rois du Dahomey, le Martin Pêcheur, le Tamtam du roi détrôné, le Lion…

L'arbre de l'Oubli

    Nous nous arrêtons longuement à l’Arbre de l’Oubli dont les esclaves faisaient 7 fois ou 9 fois le tour pour prendre congé de leurs souvenirs en Afrique.

Zomaï

    Puis à la Case hermétiquement close où l’on enfermait les esclaves pour les préparer à la traversée dans la cale du bateau. L’Aire du Marquage et la Fosse commune où furent enterrés ceux qui mourraient avant le départ.

Arbre du Retour

Enfin, l’Arbre du Retour, retour de leur âme immatérielle en Afrique tandis que leurs corps resteraient en Amérique.
Porte du Non Retour
   De nombreuses statues jalonnent la route jusqu’à la Porte du Non Retour. J’accompagne Anicet jusqu’aux deux bornes qui figurent l’esprit des morts. An fin de parcours nous sommes tous remués par ces souvenirs tragiques.

J’offre à Thierry et à Anicet un Fanta orange. Il fait très chaud. Nous avons hâte de rentrer.

Après midi tranquille à Helvetia

   Diane nous apporte au bungalow deux salades : niçoise et poulet. Nous nous reposons pendant les heures où la chaleur est la plus intense, avant de terminer l’après midi à la plage. Les vagues interdisent la baignade. Je me  promène dans l’écume blanche en laissant mon esprit vagabonder à la lisière des vagues avec grand plaisir.

    Au dîner : salade niçoise, côte de porc valaisanne accompagnée de courgettes et de plantains, pour finir, une glace moka maison. Moronikê nous livre ses secrets de cuisine. Ses épinards sont cuits à l’étouffée avec très peu d’eau (1dl) parfumée au bouillon de volaille et de l’oignon. Les courgettes sont blanchies 3 minutes avant d’êtres sautées avec du beurre et du persil.
Les moustiques font leur apparition. Je déserte la terrasse du bungalow pour écrire sous la grande paillote plus près de la mer, et plus aérée, où il n’y en a pas.


Porto Novo : Songhaï

Publié le : 28 Mai 2007
Porto Novo : Songhaï

Au lever du  jour, les pieds dans l’écume mousseuse....

    Le départ pour Porto Novo est fixé à 8heures. Je me réveille à 6h pour une promenade matinale le long de l’eau. Je relève ma longue jupe de gitane fleurie, et laisse les tongs à la limite du sable sec .Quand j’atteins le village le plus proche, les hommes sont sur les pirogues et je n’ose pas m’approcher. Quand je reviens face au soleil levant (6H50) une vague plus forte mouille ma jupe. La mer monte. Je crains pour mes tongs et hâte le pas.

     En chemin, curieux face à face entre un rat mouillé et trois crabes. Qui hypnotise qui ? Qui avancera le premier ? Une vague manque de noyer le rat qui ne réagit pas. Il est sans doute en train de crever et les crabes s’attaqueront à son  cadavre.

      A l’abord des paillotes, je retrouve mes pas imprimés dans le sable mouillé. Ils me conduiront à mes tongs. La mer n’est pas encore arrivée là où je les ai laissés. Je suis mes pieds, mes pieds, mes pieds …Dans le sens inverse je vois mes tongs, mes tongs mes tongs imprimés dans le sable mouillé…Ils ne sont pas partis seuls !

Serpent

    Devant la paillote des toilettes, un joli serpent vert fluo, au ventre jaune et aux reflets bleus sur la tête, passe devant moi. Extrêmement fin. J’appelle le jeune jardinier :
- « Je vais chercher un bois ».
Il tue d’un coup bien placé derrière la tête le petit serpent. Diane regarde:
- « il n’est pas dangereux ».
Au petit déjeuner, Moronikê confirme :
- « Il n’a même pas de dents »
Heiner regrette la mort du petit animal inoffensif.

Conotou
    Porto Novo est à 60 km, toute une expédition. Thierry prend par le chemin de la plage calme entre les jardins, puis par les quartiers des bâtiments officiels avec leurs murs débordant de bougainvilliers et les beaux arbres de l’Ambassade de France. Enfin nous passons devant le port avec sa grande file de camions. Cela me fait plaisir de reconnaître les lieux – je révise Cotonou- Nous arrivons dans la pollution infernale, le bruit, les motos chinoises…Nous enjambons la lagune sur le vieux pont.

     La route pour Porto Novo et le Nigeria est encombrée de toutes sortes de véhicules. C’est une route à péage À l’entrée des villages, des ralentisseurs
-  « C’est à cause des Nigérians qui conduisent comme des sauvages ! » s’exclame Thierry.
Sentiment universel que le dénigrement des voisins !

Songhaï : agriculture bio

    Nous arrivons à 10 heures à l’Institut Songhaï, du nom de l’empire prestigieux s’étendant sur les bords du Niger au 15ème siècle. Le fondateur de cet institut de formation agricole est un dominicain originaire du Nigeria, passé par les Etats Unis. N’importe quel adulte pourvu qu’il parle le français  peut y étudier. Des stagiaires venant de toute l’Afrique de l’Ouest, y sont également accueillis.

les écoliers de Sakété

    Nous faisons la visite avec un groupe d’écoliers de Saketé encadrés par la directrice de l’école, une maîtresse et un informaticien : Monsieur Samson.

Soja
    La visite commence par la pasteurisation du lait de soja dans la toute petite cuve d’un four de terre, loin des industries agro-alimentaires modernes. Le principe est que les agriculteurs puissent appliquer dans leur village, immédiatement, ce qu’ils ont appris. Dans un autre bâtiment, une petite usine d’embouteillage a un autoclave plus moderne. Songhaï commercialise ses sirops et ses confitures. Ils doivent être excellents puisque Heiner m’a fait une commande. Yaourts et fromage de soja sont fabriqués dans un autre atelier.
pisciculture
    Dans les bassins de la pisciculture, on élève des tilapias et des poissons-chats. Les oies et les canards, normalement associés à ces bassins, sont enfermés – grippe aviaire oblige.
pas de volailles!
    Nous verrons donc les poulaillers à clair voie où on élève les poussins et les pintades, vides en ce moment. Les plantes associées à ces élevages sont intéressantes : le Moringa (sorte d’acacia) est très riche en protéines. On donne ses feuilles aux volailles, mais elles sont également consommées par les humains et guériraient même la malaria. Autre recette contre le palu : les feuilles de papayer triturées avec du citron. L’élevage est placé dans son contexte écologique en association avec des plantes.

Digesteur et production de méthane

    Tout est recyclé. La fiente des oiseaux dans les cabanes sur pilotis sert d’engrais. Elle sert également à la production de méthane avec les déjections des porcs. L’installation également est « faite maison ». le manomètre est un simple tube en U. le compresseur relié aux citerne est très simple. Même les brûleurs de la cuisine de la cantine sont forgés à Songhaï. On imagine des villages autonomes du point de vue énergétique avec digesteur à méthane et panneaux solaires !
penisettum et Agoutis

    Dans les enclos la grippe aviaire a chassé dindons et pintades mais on nous montre la plante dont ils se nourrissent le Pénisetum( ?) qui ressemble à de la canne à sucre. Les agoutis en mangent la tige. Pas de grippe des rongeurs ! On nous montre les agoutis. Les plus gros pèsent 8 à 10 kg. Ils ressemblent à s’y méprendre à des ragondins.

cailles

    Les cailles sont élevées pour leurs œufs qu’on vend au magasin. Elles sont épargnées des mesures d’éviction qui frappent les poulets puisqu’on assure la reproduction sur place (Poussins des poulets sont achetés en France et au Nigeria frappés par H5N1).
Riziculture
   La riziculture commercialise un riz coloré, étuvé avec le son puis décortiqué. Culture du soja avec tous ses sous-produits : huile, lait, tourteau.

    Retour à la pisciculture avec les alevins de poissons chats,  fécondation artificielle, les alevins sont élevés dans les canaux de drainage et dans les eaux usées épurées par les jacinthes d’eau (en fleur : hautes hampes florales bleues rappelant les jacinthes de chez nous) . Les tiges des jacinthes vont dans le digesteur pour la production de méthane. Ici, rien n’est perdu !

Escargots
     Sans oublier l’élevage des escargots sous les bananiers. Cachés sous la paille, ils mangent du son et des épluchures d’ananas.
Asticots
L’élevage des asticots et la production du compost complètent le recyclage.

    Le génie de cet institut est la simplicité des techniques reproductibles dans presque n’importe quel village sans avoir recours à un outillage spécialisé, sans engrais artificiel, en parfaite harmonie avec l’environnement et presque en autonomie. C’est tout à l’opposé de l’agriculture industrielle consommatrice d’engrais et d’énergie polluante. Ici, Tout est recyclé et il y a création d’énergie. Cette visite est passionnante. Je prends des notes sans relâche pour ne rien laisser échapper.

24 dans un minibus!

    Dominique est plus intéressée par nos partenaires de visite, enfants en excursion scolaire, arrivés à bord d’un minibus rouillé où se sont entassés les 21 enfants, les 3 accompagnateurs, le chauffeur et son aide. Les enfants ont revêtu leurs plus beaux atours pour l’occasion. Les petits sont habillés à l’africaine avec des tissus multicolores à grands motifs. L’un d’eux à dominante violette, est à la gloire de je ne sais quel diocèse : églises et croix dans des médaillons de 15 cm de diamètre. Les plus grands sont en costume cravate. L’un d’eux est même en satin blanc. Les filles portent des coiffures sophistiquées, chignons à boucle (à 8 ans !) ou tresses compliquées. Ils sont étonnamment sages et appliqués. Chacun a apporté un cahier et un stylo pour prendre des notes. Leurs accompagnateurs les tancent :« Ecrivez ! » Ils écrivent : les noms des plantes en latin, les variétés des poules pondeuses. Intimidés, aucun ne pose de question, aucun ne bavarde. Ils écrivent sagement.

     Dominique leur a parlé de la fête d’anniversaire d’Issaurat du lâcher de ballon. Elle les photographie. L’accompagnatrice en chef est une très belle femme, très bien coiffée, avec une robe africaine aux découpes ingénieuses, et manches à crevés. La dame plus vieille surveille que les petits écrivent bien. Monsieur Samson est beaucoup moins zélé. Il se fait reprendre par la responsable à cause de l’oreillette de son  téléphone qu’il a gardée. Il cherche toutes les occasions pour se distraire en faisant la conversation avec  Dominique et moi. Il est informaticien et veut développer un centre de formation à l’informatique. On pourra donc lui envoyer les photos par Internet. Vu le volume ce ne sera pas une mince affaire !
Nous terminons la visite par la case des champignons (pleurotes) et par les caïmans.


Le Palais des Rois de Porto Novo

Publié le : 28 Mai 2007
Le Palais des Rois de Porto Novo

Sculptures métalliques et photos de groupes dans la cour du Palais
     Nous visitons avec les enfants le Musée Royal ou Musée Honmé. Les photos ne sont permises que dans la cour. Dominique organise des séances de photos de groupe autour des sculptures métalliques. Les petits (en particulier deux jumeaux) sont adorables. Les filles avec leurs belles robes et les plus grands sont un  peu gauches. Le guide supporte avec impatience nos initiatives. Il nous les fera payer en refusant de nous raconter l’histoire du chasseur de crocodile et du lapin  (on peut acheter l’opuscule à la boutique).

Dynastie

    Un tableau présente la succession des rois de Porto Novo de 1688 à 1976 (25 rois). Arrêt devant une sorte d’autel.
- " Le Palais est encore vivant puisqu’on y pratique encore des cérémonies »

les épouses du Roi

     La visite commence par la cour des Reines, aux arcades couvertes autour d’un bassin, pour les ablutions. Le roi avait une centaine d’épouses. Tous les 21 jours, la Reine Mère venait chercher 2 reines. Après la toilette les reines arrêtent le programme de la journée, le soumettent à la Reine Mère. A la mort du roi, ses femmes l’accompagnent dans l’au-delà, empoisonnées et enterrées. Le Palais date du début du 19ème siècle. A partir de 1882, sous Protectorat français, la royauté est supprimée et devient la Chefferie supérieure qui ne sera abolie qu’en 1976, quand le Bénin deviendra marxiste léniniste.

Cour du Conseil

    Les étrangers attendaient dans le Couloir d’attente où l’on détectait  s’ils étaient de bonne ou mauvaise foi. Dans la Cour du Conseil, les ministres étaient réunis sous la divinité protectrice. Dans une cérémonie, on  immolait des animaux pour donner à manger et à boire aux esprits des morts.

   Dans la salle des Repas du Roi, seuls partageaient le repas, sur une natte, ceux qui avaient conclu un Pacte de Sang. Dans la cour, le Roi invitait ses amis à jouer à l’awalé. Mais gare à celui qui s’avisait de gagner !

Reine mère et vierges

    Un autre personnage important était la Reine Mère qui n’était pas la Mère du Roi mais plutôt une de ses tantes, ménopausée. Salle des Gozins, des jeunes filles vierges en étaient chargées de transporter l’eau sacrée dans des cruches : les gozins.

La Chambre Noire

     Enfin, la Chambre Noire était réservée au Roi qui devait mourir après l’avoir visitée. Un seul Roi l’a utilisée : le dernier, dépassé par la Révolution en 1976, trahi par ses propres parents qui faisaient partie des CDR. Il a préféré se suicider pour sauver son honneur.

    Pendant cette longue visite, les enfants sont toujours aussi appliqués. Dominique en a marre et s’amuse à semer la pagaille en distribuant des chicklets. Certains se laissent tenter. L’un des petits jumeaux, sage comme un pape, l’ignore et continue d’écrire sagement. Ceux qui acceptent font la révérence en guise de remerciement.
     Dans la vaste cour où le roi rencontrait le peuple a dressé une estrade pour y représenter des spectacles. Le guide montre où se tenant le Roi. Justement un môme vêtu de jaune et vert se tient là.
-    « C’est toi le roi ! » affirme Dominique.
Le gosse se rengorge.
A notre programme : le Musée Ethnographique, musée de 1er ordre. Il est passé 13 h, nous avons piétiné et n’avons plus la force ni la patience d’envisager une nouvelle visite. De plus nous sommes accablées de chaleur. Thierry fait un tour de ville en taxi pour chercher les belles maisons coloniales et brésiliennes des cartes postales (vraiment mal conservées).

Nous rentrons à 15h30 à Helvetia. Trop tard pour commander une salade. Collation de yaourts et de fruits. Les vagues sont toujours aussi impressionnantes. J’attends la vague, laisse l’écume m’éclabousser et me tiens bien droite pendant le reflux. Notre nouvelle voisine est une jeune Allemande qui revient d’un séjour de trois mois dans le nord du pays consacrés à un travail de recherche conjuguant botanique et sociologie : la cueillette du bois de chauffage par les femmes cause-t elle des dégâts écologiques ? Elle croit pouvoir affirmer que non. Le prélèvement serait raisonnable et n’affecterait pas trop les arbres de cette région de savane. Je l’interroge sur le nord. Elle affirme que nous allons voir plein d’animaux à la Pendjari. Je suis ravie.

    Dominique a fait les comptes avec Moronikê : la location du téléphone portable de Willy nous reviendra à 16 800CFA, l’excursion à Ganvié, 30 €. Dominique confie les objets précieux et l’argent des ballons puis distribue le pourboire au personnel.
Au menu de notre dernier dîner : avocat, brochettes de bœuf fondantes et une tarte aux pommes digne des meilleures pâtisseries, spécialement confectionnée pour Dominique qui n’aime ni la glace moka ni les fruits tropicaux. Nous restons longuement sur notre terrasse dans l’obscurité. Que nous réserve demain ?


Abomey, voyage en taxi-brousse

Publié le : 28 Mai 2007
Abomey, voyage en taxi-brousse

Négociations

       Thierry se charge de négocier, à la station de taxi,  un siège arrière dans un taxi collectif pour nous seules. Le tarif Cotonou-Abomey est de 1500 CFA mais 4 voyageurs doivent se tasser sur la banquette. Pour 6000CFA nous serons à l’aise.

    Thierry est entouré par une demi douzaine de chauffeurs. L’un d’eux est d’accord. Nous chargeons les valises dans son coffre. Soudain, le ton monte. Thierry, la douceur même, crie plus fort qu’eux. Je saisis quelques mots en Français : « confiance », « hôtel ». Les valises retournent dans la malle arrière de la Toyota Corolla jaune et verte de Thierry qui nous fait signe de monter d’urgence. En route pour l’autre gare routière, il nous explique que le véhicule était en mauvais état, la vitre arrière, brisée en éclats, nous aurait blessées.

     Nouvelle négociation. Thierry me charge d’annoncer moi-même mon prix : 6000 CFA . 1500, c’est le tarif pour Bohicon. Pour 1800, il nous conduira à la porte de notre hôtel. Deux autres passagers occupent le siège avant : un vieux monsieur en boubou blanc et bonnet de ski à pompon de laine, un jeune qui tente de prendre ses aises en lançant se bras.

La campagne béninoise

     Après Abomey-Calavi, nous découvrons la campagne béninoise. Plus de paillotes en palme tressée comme à la mer, les maisons sont en dur. Parfois, on voit un village ancien en terre rouge et chaume, le plus souvent : parpaing, ciment et tôle ondulée. Les stands des marchands d’essence de contrebande se font rares. La misère urbaine disparaît. Dans les campagnes sévit sans doute aussi la pauvreté, mais elle ne se voit pas autant.

     J’ai beaucoup de mal à déchiffrer la paysage. Par moment je reconnais des petits champs de manioc ou de canne. Les orangers dans les vergers sont-ils cultivés dans des vergers ou retournent-ils à l’état sauvage ? Même question pour les manguiers. Je n’arrive pas à faire la différence entre friche, champ cultivé et même forêt. Ces rideaux d’arbres aux feuilles énormes, des tecks, ont-ils été plantés de la main de l’homme ? Pourquoi si serrés ? Ils ont du mal à se développer. Qu’en est-il des arbres immenses qui dominent de leur hauteur le paysage : des restes d’une forêt ancienne ou des individus poussant solitaires ?

    Nous passons devant une usine d’huile de palme. Où sont les palmiers ?
Forêts

    Dominique suit la route sur la carte du Petit Futé. Nous allons traverser une forêt. Les frondaisons sont plus élevées, les arbres plus imposants. Toute une exploitation forestière se développe le long de la route. Des sacs cylindriques en forme de phallus dressés sont remplis de charbon de bois. Des « piquets » soigneusement rangés, des tas cubiques (stères ?) de bois de chauffage. Une grande scierie moderne et son aire pour les camions. Plus insolite : les mortiers et les pilons sculptés offerts à la vente.

Bohicon

    A Bohicon, la circulation s’intensifie. Le chauffeur confie le vieux monsieur et son ballot à un zemidjan. Le jeune descend plus loin. Notre taxi erre dans Abomey. Je suis de moins en moins sûre qu’il connaît la résidence Marie José. Attente devant une boutique de téléphone, puis vérification de la pression des pneus.

La résidence Marie José

    Chez Marie José, deux employés Hawa et Honoré, nous font visiter les chambres. Le patron est en voyage et la patronne absente. La chambre climatisée possède un très vaste lit mais aucun dégagement sur l’extérieur.
-« Avez vous une chambre qui donne sur le jardin ? »

    Nous choisissons une petite chambre ventilée, ouverte sur une jolie cour. Devant l’entrée, un bel avocatier aux feuilles arrondies. Des hibiscus forment de petites haies. En face un petit cycas, et des arbustes qui ressemblent à des lauriers roses derrière la piscine des enfants. Un grand manguier dépasse du mur.

Moustiques


     Honoré prétend qu’il n’y a pas de moustiques. Il faut espérer que c’est exact : la moustiquaire de la porte est crevée (on pourra toujours fermer la porte en bois). Un appareil de climatisation hors d’usage est mal encastré dans le mur. Des insectes pourraient s’introduire par le trou. Dominique colmate les brèches avec le papier toilette.

Ventilo

     Elle est ravie du ventilo à longues pales suspendu au plafond. Je rêve d’avoir le même à Créteil. La fraîcheur de l’air brassé est relative mais très agréable. Avec la climatisation la différence artificielle de température entre le dehors et le dedans est beaucoup trop forte. On est forcé de s’enfermer. En plus, c’est bruyant.

promenade dans Abomey

    La rue qui mène au marché est bordée d’ateliers de couturières. Leur table à découper et leur machine mécanique sont installées sur leur terrasse devant la maison. J’ai envie de les photographier assises dans leurs robes colorées et leur turban assorti en train de piquer des tissus multicolores. L’une d’elles est particulièrement belle. Je m’enquiers du prix d’une robe. Son mari intervient. Pour la photo, c’est raté !

Nous avons de la chance : c’est jour de marché

    Nous avons de la chance : c’est jour de marché. Nous nous proposons d’acheter des avocats, des fruits. Nous complèterions volontiers le repas avec une boîte de thon et des yaourts. Dans les épiceries, des sardines mais les marchands ne savent même pas ce qu’est le thon. Les yaourts sont hors de prix 1000CFA l’un. On en achète deux, (l’un d’eux sera fermenté, immangeable) Pour les avocats, on a vu arriver les Yovos, 100 francs l’un alors qu’à Cotonou, avec Thierry, j’en avais eu deux pour 75F.

photos

     Le marché est très tranquille, très coloré, très pittoresque. Pour les photos, je fais mine de poser, Dominique « me prend en photo ». C’est Heiner qui nous en a donné l’idée. Pour lui, c’est facile ! Il installe ses enfants tout le monde comprend qu’un père photographie ses enfants. Sur les plateaux recouverts d’une toile blanche, la vendeuse a déposé des petits tas de piments rouges ou des tomates. Plateaux de poisson et de crevettes séchés. Même pour la marchandise, pas de photo. Dans des paniers, des cônes de haricots variés,  du maïs entier ou concassé, bien plus clair que chez nous, de la semoule pour le couscous.

pagnes

     Les vendeuses de tissu africain sont très aimables : 600F le mètre pour les tissus imprimés les moins chers, 1000f pour les plus beaux. Elle propose : 4 m pour un ensemble, ou 2m pour une jupe. J’achète après avoir beaucoup hésité devant la variété des couleurs .Nous nous asseyons un instant. Le flacon de liquide désinfectant fuit. Nous en profitons pour nous « laver » les mains. Les vendeuses de la « pharmacie » en réclament croyant que c’est du parfum. J’en dépose une goutte sur les mains en expliquant que cela rafraîchit. La « pharmacie » est une catastrophe sanitaire, les boîtes éventrées sans date de péremption, cachets orphelins.
Nous sortons du marché après avoir vu l’étal des fétiches : grenouilles desséchées, pauvres buses emplumées, crânes de petits carnivores, phallus de bois…
    Dominique m’offre un coca dans un petit maquis. Il est bien frais mais on  ne donne pas de paille. Je n’ose pas boire dans la timbale en fer blanc. Pour une somme modique on sert du poulet, du couscous et des pâtes.

cybercafé

    Le cybercafé est fermé. Une banderole annonce qu’il ouvre de 12h à 24H. On nous dit de revenir après 19 h. La panne sera réparée. Il est 13h. Le soleil est au zénith. Après 150 m en plein soleil, nous nous abritons sous un bel arbre où des garagistes réparent des motos. On n’ira pas plus loin à pied. On arrête un  zemidjan, discute le prix. Pour 100CFA nous rallions confortablement et à petite vitesse, le bout de la rue à un petit kilomètre.

après midi tranquille

   Après midi, Dominique s’installe sur le lit sous le ventilo, et moi dans le jardin à écrire. Nous n’avons pas l’énergie d’aller au Musée. Marie Josée est revenue. C’est une grande femme d’un âge indéterminée. Son pagne glisse sous ses chairs qui débordent de partout. Elle s’enquiert mollement de notre sort et du menu que nous avons choisi pour dîner : poulet et couscous. Elle nous dit qu’elle va téléphoner au directeur d’un Musée. Nous ne sommes pas plus avancées.

La Direction du Tourisme

    Dominique trouve dans le Petit Futé une info intéressante : la Direction du Tourisme organise des tours de la ville. Puisque nous avons un téléphone, j’en profite et j’appelle. Cinq minutes plus tard un fonctionnaire important habillé d’un costume de style chinois en toile légère entre gris et kaki qui le boudine fait apparition sur une moto.

    Avant de faire des propositions concrètes, il pontifie en nous décrivant un « circuit de la résistance de Béhanzin » promettant de visiter des lieux historiques dans la brousse (Comment ? En moto ?). Mais ce circuit est beaucoup trop long. Il faudra se contenter du la Place et du Musée (on aurait trouvé cela toutes seules). Ce soir ont lieu des cérémonies vaudoun. Il nous enverra un accompagnateur, ou peut être viendra-t- il en personne « pour  notre sécurité » ? Justement, Marie José arrive avec son téléphone : Otis, son mari, désire me parler. Il vient de prendre connaissance du mail que j’ai envoyé il y a une dizaine de jours. Je lui passe le « technicien » du tourisme.

Mon boubou raté !

    La couturière à qui j’ai confié le coupon est la sœur de Marie José ; mon boubou est prêt et m’attend. Il est aussi large que haut. Pas besoin d’essayage. C’est unitaille et pas très seyant ! Une chemise de nuit mal taillée. Je le passe. Toute l’assistance s’exclame que j’ai fait un très bon choix pour le tissu. Surprise : je suis drôlement au frais là dedans. Sûrement pas élégante mais quel confort quand le vent s’engouffre partout !


la soirée avec Gabin : cérémonie et poulet bcicyclette

Publié le : 28 Mai 2007
la soirée avec Gabin : cérémonie et poulet bcicyclette

Il va venir… Il faut attendre…

    Marie Josée est revenue, vêtue à l’Européenne en pantalon mode baggy accompagnée par un homme « Gabin, comme Jean Gabin, l’acteur ! ». C’est le Directeur du musée privé dont elle m’a parlé en début d’après midi et c’est le guide officiel de l’hôtel. Nous voilà bien ennuyées.
Nous avons maintenant deux guides !
     Ce n’est pas la première fois que nous sommes dans cette situation gênante. Nous ne faisons pas suffisamment confiance aux Béninois qui, de leur côté sont plutôt lents à la détente. Comme nous ne voyons rien venir, nous nous agitons en tout sens et nous adressons à une autre personne. C’est une erreur. Il nous faut être plus patientes, apprendre à attendre. « Il va venir », « Il faut attendre », nous serine-t-on ici. Il y a beaucoup de guides et peu de touristes.
    Comme par magie, Otis, au téléphone, surgit au bon moment. Il a appelé l’office de Tourisme, tout est arrangé. C’est Gabin qui nous accompagnera à la Cérémonie et nous fera visiter la ville demain.

en attendant Gabin

    Dans le quartier tout proche, ce soir il y a aussi des Revenants. Ce sont des Masques. J’espère que Gabin nous montrera également les Revenants.
Ce matin, j’ai demandé à Hawa, la bonne, s’il risquait de pleuvoir.
-    « Non ! parce qu’il y a des Revenants » affirme-t-elle.
Bizarre météo ! Ce soir, alors que nous attendons Gabin qui a disparu, elle nous confie :
- « Heureusement que vous serez avec Gabin qui est un grand initié. Quand les Blancs sont tout seuls les Revenants les poursuivent, et se moquent d’eux ».

Foot

    Comme Gabin n’arrive toujours pas, nous sortons sur la place devant l’hôtel pour l’attendre et guetter les Masques. Des jeunes jouent au foot (la place est aménagée avec des cages) Le ballon arrive sur nous, Dominique shoote. Les garçons la félicitent. Ils ont vite fait de nous encercler. Ils connaissent Zidane et Ronaldo et Ronaldinho (notre répertoire ne va pas plus loin). Au Bénin on suit sur FRI le Championnat Français, il y a même des paris.   

     Dominique organise une séance- photo. Pas de refus ! Au contraire, ils veulent tous être pris en portrait, seuls. J’explique : « L’appareil n’est pas numérique, il faut des rouleaux on n’en n’a pas beaucoup. » Ils n’insistent pas. C’est vrai qu’avec un numérique on aurait pu leur montrer le résultat et éventuellement supprimer après !

La Cérémonie

    Gabin finit par arriver. C’est trop tard pour les Revenants. Il nous conduit à pied à la Cérémonie qui a lieu sur une place devant un petit temple peint en blanc tacheté de rouge décoré avec des personnages naïfs. Il s’agit d’honorer une divinité de l’eau et les esprits des enfants royaux mal formés. Dans la famille royale, on éliminait les enfants malformés mais ceux-ci devenaient alors des divinités. Dominique est très choquée par cet eugénisme
-   « Il faut que les rois soient beaux et sans tache ».

    D’un côté l’assistance est assise autour des musiciens, joueurs de tamtam. En face, les danseurs, les initiés et les possédés. Ils sortent d’un porche. Un rang d’hommes et un rang de femmes vêtus de tenues chamarrées multicolores avec des mètres de tissus précieux repliés. Un couvre-chef décoré. Des bracelets de métal aux chevilles et aux poignets. A la ceinture, un sabre dont la pointe du fourreau ressort sous les tissus bouffants. Le Maître de Cérémonie arrive sous un parasol brodé. Ses habits sont tout dorés ou argentés ; il luit sous les perles cousues, les tissus aux fils d’or et d’argent et porte un bonnet à oreilles orné de perles.

    Nous sommes les seules blanches mais personne ne fait attention à nous, si ce n’est pour nous offrir une bonne place assise. Les danseurs font des pas lents, très compliqués. Même ceux qui sont âgés sont d’une souplesse surprenante, sautant sur un pied, se ramassant, se détendant. J’essaie d’interroger Gabin qui reste très évasif. Sans doute, ne veut il pas trahir des secrets. Après les hommes qui dansent seuls ou deux par deux, les femmes dansent en ligne à pas mesurés. Comme les hommes, elles portent des cannes, symbole de puissance. Plus la soirée avance, plus les chanteurs se déchaînent, suivis par l’assemblée. Gabin murmure. Une longue file d’initiés est placée devant nous distants d’à peine 1,50m. Je peux observer à loisir les bracelets de coquillages blancs et rouges haut encerclant leur bras près de l’épaule, presque à l’aisselle. Les nombreux colliers et pendeloques à leur cou. Les coiffures compliquées tressées avec des perles et des coquillages, chapeaux bizarres. Des spectateurs se précipitent, le front dans la poussière, baisent les pieds d’un danseur, puis se relèvent rapidement et reprennent les chants.

    Au bout de trois quarts d’heure, Dominique est rentrée seule. Je souhaite profiter plus longtemps de ce magnifique spectacle. Une bouteille placée devant les chanteurs « leur donne de l’énergie ». Peut être va-t-il se passer quelque chose. Au dessus de nous, le ciel est zébré d’éclairs qui renforcent l’atmosphère dramatique. Gabin remarque « on ne voit plus les étoiles, il va pleuvoir ». Nous rentrons sous de grosses gouttes qui ne mouillent pas. Au loin, le tonnerre. Chacun espère la pluie. Nous avons oublié de nous protéger des moustiques. Il n’y en a pas.

Le poulet-bicyclette est dur

    Dominique invite Gabin à dîner. Mauvais convive ! Il s’empare de la radio, écoute les nouvelles, les premières décisions du nouveau gouvernement, les commentaires sur la nouvelle politique cotonnière, les réactions des syndicats. Les Béninois sont vraiment passionnés de politique. Ils ont balayé Kérékou au nom du changement et continuent, même les élections terminées, à suivre avec ferveur l’actualité. Le dîner tarde à arriver. Le troisième couvert a perturbé en cuisine. Dominique, lasse d’attendre, s’est éclipsée. Elle n’est vraiment pas africaine ! Je suis un peu confuse de ce manque de politesse. A Rome fais comme les Romains ! A Cotonou, arme toi de patience ! La perception du temps n’est pas la même que sous nos latitudes tempérées. Tout se fait plus lentement. Les nouvelles sont terminées, succède une émission sur la constipation à la radio.

     Enfin le poulet arrive. Est-ce le fameux « poulet-bicyclette » ? J’essaie de planter la fourchette dans la cuisse. C’est dur, impossible à couper. Gain mange avec entrain, utilisant ses doigts. Je détache l’aile et trouve le blanc, à peu près comestible. La graine du couscous est délicieuse.

    Je trouve Dominique assise dans le jardin. La pluie a rafraîchi l’air. Il fait une température agréable. Nous retardons l’heure de nous enfermer. Dominique me dit qu’elle s’est trompée et qu’elle a mis le bouton du chauffage .Sur un ventilateur ! la chaleur fait déraisonner !


Abomey : le Musée de Gabin

Publié le : 28 Mai 2007
Abomey : le Musée de Gabin

Réveil chez Marie Josée

    Aux premiers pépiements des oiseaux dans l’avocatier, je sors. A 8heures, petit déjeuner, on sert le poulet de Dominique avec le couscous, et pour moi, du Nescafé en sachet avec du lait concentré, de la confiture et du pain frais. Les jus de fruits, les omelettes et les mangues d’Helvetia sont loin !

3 guides pour 2 touristes!


    A 8h30, une moto arrive. Ce n’est pas Gabin mais le gros homme au costume étriqué. Gênée, je lui parle de Gabin.
-  « Gabin et moi, c’est pareil ! »

D’ailleurs, le voilà qui arrive, lui aussi. Avec un jeune à moto, ils sont trois à nous attendre. Finalement, nous partons, Dominique, en selle derrière Gabin, et moi, sur la moto du jeune assistant du bureaucrate.

    Première visite au musée de Gabin à la lisière de la ville. Il nous montre le fossé  et le mur d’enceinte de la ville dans son jardin. Il essaie de préserver le fossé menacé par les constructions des voisins. Depuis 1978, il plante et entretient. Je calcule, Gabin doit avoir à peu près notre âge. Il parait beaucoup moins avec son visage rond, son sourire juvénile et ses yeux un peu bridés. Les arbres aux larges feuilles sont des tecks. J’ignorais qu’ils poussaient en Afrique.

    Gabin nous ouvre son musée privé. Par terre, dans un coin, tout le nécessaire pour le Fâ (la divination) : les diverses graines, boules, perles de terre cuite, cailloux, les petites tables sur lesquelles est écrasée la boule de kaolin, les chapelets à pièces plates que le devin lance. Tout le rituel reste mystérieux. Nous restons sur notre faim. Comme pour les danses. Gabin entrouvre une porte pour la refermer aussitôt. Il laisse imaginer l’existence de secrets sans les révéler. L’initiation n’est pas réservée aux Béninois. Il nous parle d’une journaliste néerlandaise initiée.

    Le long d’un mur, des poteries symbolisent des divinités, mais nous ne savons pas lesquelles. Dans un coin, sont entassées pêle-mêle des statuettes. Pour une fois, je peux photographier sans réserve. Gabin nous montre une tunique de raphia violette du Legba (sorte de bouffon de cérémonie en même temps une divinité). Sur le tissage sont cousues de toutes petites calebasses et des coquillages.

    Dans des sortes de débarras en piteux état, il nous montre ses projets : une salle audiovisuelle, entrepôts pour les fouilles archéologiques, costumes. Il nous raconte ses collaborations avec des Américains d’Atlanta et avec le Musée Dapper.


le Palais des rois du Dahomey

Publié le : 28 Mai 2007
le Palais des rois du Dahomey

Chez les rois d’Abomey

    Sur les motos, nous faisons le tour de la ville en passant devant les palais privés où nous n’avons pas accès.

     Hier, j’avais postulé une audience chez le roi. Ce matin on m’avait annoncé qu’il fallait payer 50 000 francs, beaucoup trop cher pour nous ! Le fonctionnaire  a rappelé chez Gabin, le prix de l’audience est descendu à 20 000francs. Je décline à nouveau cette proposition.

    Gabin nous confie à un guide du Musée parlant avec un accent que Dominique ne comprend pas. Parcours accéléré, pas le temps de lire les pancartes ni de nous attarder devant les vitrines contenant de très beaux objets : les trônes des rois du Dahomey faisant face aux Asen (autels portatifs métalliques décorés avec les symboles des différents monarques. Ces autels étaient consacrés avec du sang.

Un trône reposant sur des crânes humains

     Le trône du roi Ghizo repose sur 4 crânes humains. Les murs des petites cases de méditation sont pétris avec le sang des prisonniers sacrifiés et de la poudre d’or et d’autres trésors. Décidément ces rois étaient vraiment sanguinaires !

Les épouses

    Nous traversons les différentes cours, celles des Reines, comme à Porto Novo. Un roi a eu jusqu’à 5000 épouses, dont un certain nombre se suicidèrent pour lui tenir compagnie dans l’au-delà.

Bas reliefs

    Sur les murs, des bas-reliefs peints aux symboles des rois successifs. Chaque symbole est associé à un mot d’ordre, sorte de proverbe résumant le règne ou le caractère du roi. A      cette histoire dynastique, se surimposent l’histoire de l’esclavage et celle de la colonisation à travers la résistance de Béhanzin. Le musée est bien présenté, chaque bâtiment contient une exposition thématique : symboles du pouvoir royal, agriculture, armes avec les fameuses amazones au sein coupé.
    Un couple de Béninois s’est joint à notre visite : lui, petit et timide, elle, grande très belle, avec une robe magnifique, des escarpins à bouts carrés, les ongles des pieds peints avec de petits motifs délicats et colorés, des spirales d’or à ses oreilles et son cou.
    Vers la fin, nous visitons des endroits sacrés : la cour où se trouve la fosse commune des reines puis le tombeau d’un roi. Mais, "un roi ne meurt pas. Il est encore vivant." C’est même l’endroit le plus vivant du Palais puisqu’on honore encore ses esprits par des sacrifices d’animaux. On offre au peuple les viandes des sacrifices. "Même après avoir quitté son corps le roi nourrit encore son peuple" . Les sacrifices humains pratiqués autrefois sont remplacés par des sacrifices d’animaux depuis plus d’un siècle (seulement !).
     Pour fouler la cour et entrer dans la case du tombeau, il faut se déchausser, se courber sous la porte très basse, faire la révérence devant la couche, et laisser une offrande dans la calebasse. Dominique reste de côté : elle a du mal à enlever ses chaussures de randonnée à lacets et les révérences à un roi mort ne lui disent rien. Je me prête de bonne grâce à l’hommage, désireuse de communier avec les dahoméens.

    Nous retrouvons Gabin et son acolyte dans la vaste cour occupée par les artisans qui fabriquent sous nos yeux les souvenirs qu’ils vendent. Les tentures brodées nous plaisent. Pour une fois, les marchands ne sont pas trop insistants. Après nous être concertées et, avec l’aide de Gabin, nous achetons la belle tenture présentant les symboles des douze rois : patchwork marron et noir sur fond blanc pour le salon et un singe très coloré sur fond bleu.

Baobab

    Les photos sont interdites dans le Musée mais pas à ses abords. Je jette mon dévolu sur un magnifique baobab. Depuis Cuba et le roman de Zoé Valdès, la Douleur du Dollar, où la ceiba jouait un rôle magique, je suis fascinée par les baobabs. En dessous de l’arbre, des enfants m’appellent : « Yovo, achète le caméléon ! ». Il est ravissant, vert fluo, attaché à une ficelle. Maintenant que j’écris, je pense que j’aurais dû l’acheter pour le libérer des mains des enfants, comme on libérait les oiseaux dans les temples en Thaïlande.


Un tour à moto dans Abomey

Publié le : 28 Mai 2007
Un tour à moto dans Abomey

Nous remontons sur les motos. Dominique et Gabin sur une moto chinoise toute chromée et brillante. Je suis sur la mobylette de l’assistant du fonctionnaire qui n’est pas un guide touristique. Tandis que Gabin explique à Dominique les palais et les princesses,  mon chauffeur parle du prix de l’essence et de la contrebande en provenance du Nigeria alors que les pompes des stations service sont à sec. Selon lui, le gouvernement achète le carburant en France et en Italie. J’objecte que l’essence doit venir du Gabon où Total exploite des puits mais il n’est pas convaincu. Pour lui, l’essence, comme le lait ou la confiture, viennent d’Europe.
Au coin de la rue, un abri, une table et des bouteilles, l’enseigne : « Au volant pas d’alcool ! »,. Plus tard, à Tanguieta, on verra une autre enseigne : "vous ne viendrez pas chez nous par hasard " parodiant le slogan Total de France. L’humour des commerçants béninois est une attraction des plus réjouissantes du voyage. Une autre catégorie d’enseignes, celles qui sont bigotes ou bien pensantes « Dieu le fera ! » (le plein ?) Ou « Deo Gracias ».
    On s’arrête sous un bel arbre dont le tronc est recouvert d’un enchevêtrement de racines aériennes. En dessous, des vanneries. Des poussins passent. Photo parfaite. J’en prends une ou deux avant d’être arrêtée par un homme qui m’attrape le bras. Un très vieil homme dans un habit bariolé insiste : l’arbre est sacré, une petite calebasse à terre, des restes d’œufs et d’autres saletés sont la marque des sacrifices.
    La balade à moto continue devant des bâtiments officiels : préfecture, Mairie, prison datant de la colonisation. Le portable sonne. Mon chauffeur se baisse pour le prendre. On tombe dans un trou de la route. « Vous avez eu peur ? »- « Non, je n’ai pas souvent peur ! », On roule doucement, je ne pense pas qu’on se serait fait mal en tombant.


Abomey : les Revenants

Publié le : 28 Mai 2007
Abomey : les Revenants

Gabin est revenu nous chercher à 18 heures pour les Revenants. Nous le suivons dans les rues poudreuses qui courent entre des murs. Il appelle ces ruelles des couloirs. Le public est déjà en place quand nous arrivons. Les jeunes sont perchés sur une sorte de butte. Les musiciens et les dignitaires, alignés le long d’un mur. Gabin nous fait patienter dans une cour pour nous présenter ?

Costumes

     Les Revenants sont masqués. Leurs costumes magnifiques sont rebrodés de paillettes multicolores figurant des emblèmes ou des inscriptions. Leur visage est occulté par une bande de coquillages large de 15cm long de 70 ou 80. Quand le personnage est assis, sa bande me fait penser à une trompe d’éléphants. Les épaisseurs de tissus se superposent sur une grande ampleur. Certains sont décorés par des rubans très larges cousus. D’autres ont revêtu un grand manteau brillant. Tous ne sont pas également éblouissants. Il y en a même un poussiéreux, à la place des coquillages, un grillage comme sur une burka afghane. Les mains ne sont pas visibles non plu. Les revenants brandissent divers objets à travers le tissu.

une place à la tribune officielle

    Un masque, armé d’un sabre de fantaisie et d’une queue de cheval, vient nous chercher pour nous placer sur des fauteuils à côté des musiciens derrière les officiels. Gabin pose ses sandales sous mon siège et disparaît. Deux vieux messieurs habillés de blanc s’installent. Ce sont les commanditaires de la cérémonie. Ils commémorent le souvenir de leur père défunt. Les masques viennent leur parler d’une voix contrefaite. On ne sait pas bien si ils sont joués par des hommes ou des femmes, jeunes ou vieux. Plus tard, Gabin nous expliquera que le revenant s’adresse au chef de famille au nom du défunt, mais aussi au nom de ses ancêtres, il lui parle du passé et de l’avenir.

    En plus de cet aspect de commémoration, les masques dansent, s’agitent font des pitreries. Ils portent sur leur dos une sorte de plateau avec une tête en bois sculptée ou une figurine. Parfois les revenants se retournent redressant le masque sur le dos. Tantôt, les Masques se posent, assis. Ils sont très volumineux, plus larges que hauts, avec leur bande de coquillages, ils sont pachydermiques.
Une autre activité des masques se déroule sur la placette et dans la rue.

Poursuites

     Les revenants poursuivent les jeunes, il s’en suit des cavalcades courses des poursuites autour d’un petit arbre abondamment secoué. Les jeunes rigolent. On ne sait pas où commence la crainte des revenants et où finit le jeu. Gabin nous dira plus tard, qu’autrefois, le costume des masques était empoisonné. Maintenant celui que le masque attrape est seulement chicoté. Dominique ignorait ce mot. Je l’ai déjà entendu dans la bouche de mes élèves. Certains jeunes sont armés d’une sorte de badine. La maintenant à l’horizontale, ils contiennent l’avancée des revenants.

Seules!
    Gabin nous a laissées seules. Dominique se demande s’il n’est pas lui aussi sous le costume d’un masque.
En plus des masques, il y a les musiciens, 3 tamtams frappés avec des baguettes recourbées et tout un chœur de vieilles femmes. Irruption soudaine d’un personnage nu, vêtu de raphia et d’herbe, au visage masqué très noir. Duels avec les jeunes armés de bâtons. Les cavalcades deviennent de plus en plus endiablées. Un masque reçoit une gratification de la part des hommes en blanc et sollicite les Yovos. Nous sommes venues sans sac ni porte-monnaie. J’ai sur moi la robe africaine qui n’a même pas de poches. Le ton monte. Heureusement, Gabin nous défend. On sent l’agressivité contre nous. Gabin promet que nous lui donnerons une contribution pour la cérémonie.
    De retour à l’hôtel, il demande 7000 F que nous lui donnons bien volontiers. Nous sommes sous le coup de l’émotion et avons bien conscience d’avoir vécu une expérience hors du commun.
Gabin retournera plus tard au couvent. En tant qu’initié, il participera à la partie nocturne de la fête. Il est très fier d’être un notable respecté de tous, fêté, invité…


Voyage Bohicon - Natitingou

Publié le : 28 Mai 2007
Voyage Bohicon - Natitingou

Vous allez attendre !!!

    Otis n’est pas rentré. Ce sera l’Arlésienne de ce voyage. J’aurais pourtant bien aimé connaître ce personnage qui a des sortes d’antennes et qui peut intervenir par téléphone au bon moment quand nous avons un problème.

      Je viens de prêter notre portable à Marie José(qui ne s’appelle pas Marie Josée mais Candide). Marie Josée c’est le nom de la femme blanche du père de Candide qui a fondé l’hôtel. Candide a 28 frères et sœurs. Deux de ses petites sœurs habitent l’hôtel. Chaque soir, elles apprennent leurs leçons sous la paillote. La plus petite, fait de l’Anglais, la grande qui est en 2de, révise les sciences naturelles. Son cahier est perlé, son cours très complet. Elle veut être médecin. Je ne sais pas dans quelle section elle se trouve (elle fait 5h de biologie par semaine).

      Justement, sonne l’autre téléphone. Otis a demandé à un ami de venir nous prendre pour nous conduire à Bohicon. Marie-José-Candide n’a plus d’unités sur son portable. Il y a un fixe qu’elle n’utilise pas. Elle utilise le mien pour rappeler notre convoyeur. Parmi un flot de paroles, j’entends : « huit heures zéro ». Le chauffeur arrive très rapidement. « Vous allez attendre » prévient Marie José. Nous n’imaginons pas à quel point ! Africalines n’existe plus, remplacé par Confort Line.

la Gare routière de Bohicon

    La gare routière est située à un carrefour, à l’emplacement d’une station service. La fosse du mécanicien fait office de salle d’attente. Les bancs, le long du mur, sont déjà bien occupés. Au fond, plein de paniers et de bassines ainsi que des tabourets. J’abandonne les valises et le sac à dos et je vais aux renseignements.
-  « Ils vont venir  à neuf heures trente ! » martèle le gros homme  de l’essence en chemise à carreaux rouge.
Tout le  monde opine :
-   « A neuf heures trente, ils vont venir, beaucoup de cars ».

      Dominique s’impatiente. Un homme propose son taxi pour 8000f. Le car est à 6500f ; c’est à peine plus cher. Je la détrompe. A ce prix, ce ne sera pas un taxi privé. Il nous montre son véhicule - pneus lisses- je n’ai pas confiance.

petit marché pour les voyageurs

      Au fond de l’abri, des enfants viennent chercher des paniers et disposent avec le plus grand soin des mandarines ou des avocats, remplissent des sachets de haricots cuits.
   Une petite fille gracile de 6 ou 7 ans nous prend à parti :
-  « Yovo ! » dit-elle sévèrement en contemplant nos bagages.

Elle veut installer les tabourets de son commerce là où nos sacs encombrent. Elle porte, roulé sur sa tête, le petit foulard qui lui permet de porter les paniers de mandarines. Vers 9 heures toutes les vendeuses sont prêtes avec les avocats, les oranges pelées mais aussi des boules enroulées dans des feuilles vertes et des boules d’une pâte très odorante contenant des graines. Une femme tient une cantine chaude avec du riz et de la sauce. Des colporteurs proposent du dentifrice, des cotons-tiges, des petites serviettes (bien utiles pour s’éponger), des bics fichés verticalement dans un carton, des ceintures, des calculatrices….

    J’amorce une sortie. Le gros homme me dispute :
-    « Je vous ai dit, à neuf heures trente, ils vont venir » répète-t-il en détachant les syllabes.

voilà les cars!

    A l’heure dite, le premier car arrive. Cohue monumentale. Des gens descendent achètent de quoi se restaurer. Pas question d’approcher, l’autobus est complet. Un second suit, c’est celui de Parakou, un troisième pour Natitingou. Les chauffeurs en chemise bleue et le placeur avec un dossart blanc m’expliquent :
-     « Des gens se sont trompés, ils ont pris le car de Natitingou alors qu’ils vont à Parakou, vous prendrez leur place. »
    Le placeur appelle Damien, le chauffeur du car N°4 encore en route quelque part. Le chauffeur du car de Parakou nous lance, mauvais :
-     « A cause de vous, nous attendons ! ».

    Finalement Damien gare son car plus loin. Course, le monsieur de l’essence porte nos valises. Nous avons été devancées par une dame à la carrure imposante. Il ne reste  plus qu’une seule place.
- « Il en reste une autre dans le car suivant ».
On refuse de se séparer. Deux hommes empoignent nos valises
-    « Je ne comprends pas pourquoi on vous balade comme cela ! »

Dans le Taxi-brousse Dieu est avec nous..

    Il est dix heures passées, le calme est revenu dans la gare routière. Les cars sont passés. Nous sommes en rade. Il reste toujours le taxi. Je négocie la banquette arrière : 4 places au lieu de deux pour nous seules, il baisse son prix à 7000F (7000X4=28000F). Il « casse » son prix à 26000F. Chargement, attente d’autres clients. Trafic de bidons dans le coffre. Deux hommes montent sur le siège du passager. Ce sont les clients qui paient l’essence au revendeur.

Dassa, Savalou, Banté

    Jusqu’à Dassa, nous traversons une verte campagne très boisée. Autour de Dassa, paysage très pittoresque : les 41 collines coiffées de chaos granitiques. Après Dassa, on prend à droite vers Savalou. Le paysage prend une allure désolée, beaucoup plus sec, des incendies ont grillé la maigre forêt.

    Entre Savalou et Banté, la misère est désolante. Les villages rues en ciment croulant aux auvents de tôle rouillée sont tristes. Pas d’enseignes peintes colorées rigolotes les « Dieu le fera » et les « deo gracias » sont effacés. Seuls panneaux peints de neuf, les pancartes des ONG du monde entier soulageant ici, une école, là, un dispensaire. Des pancartes « Le SIDA est là, sois fidèle ! » paraît être une exhortation dérisoire dans un pays où la polygamie est ordinaire et où les préservatifs sont des articles de luxe.
Sur les petits étals des marchés, pas grand-chose. Avant Dassa, les cylindres blancs  de « gari » (manioc) avaient attiré mon attention. Ici, même pas de mangues. A Bantéle vieux monsieur assis sur la banquette avant  est remplacé par une dame très élégante.

arrêt déjeuner

     Le chauffeur décide un arrêt déjeuner : on sert dans une assiette du riz avec de la sauce rouge. Sans la sauce, le riz doit être digestible par un estomac européen. Je n’ai pas confiance dans la propreté de la gamelle. J’espère des fruits frais. Je me promène sur les planches qui vont d’un étal à l’autre passant du cybercafé (eh oui !) aux articles de toilette : savon, manioc, haricots secs. Rien de frais même pas de petites mangues. Je me demande comment j’aurais pu manger des mangues dégoulinantes dans le taxi. On me promet :
-  « A Pira, il y aura des bananes ! ».

    La route longe la frontière togolaise, nous avons même cru que nous étions passées au Togo. Ce n’est pas la douane mais le péage de la route. La forêt verdoyante reprend le dessus. Le paysage devient plus riant.

Bassila

    A Bassila, enfin, j’achète des bananes, un avocat et une mangue pour 600F. Je mange avec avidité les bananes. Le petit déjeuner d’Abomey est loin.

Crevaison !

    Ce n’est pas étonnant. J’avais remarqué l’état des pneus. Le chauffeur a répondu « Dieu est avec nous ! »
Effectivement Saint Michel Archange, sous forme d’autocollant est présent sur le tableau de bord. On a entendu la messe à deux reprises à la radio. Cette radio n’émet que des bondieuseries et pas RFI, comme dans la voiture de Thierry. Dominique a blasphémé. Nous sommes punies.

Gare routière de Djougou

    La réparation est rapide. A 17H nous sommes à Djougou. Le chauffeur nous confie à un autre taxi pour les 85 km restants. Il y a du réseau pour le téléphone portable : j’appelle Léon pour le prévenir de notre retard.Le chauffeur du taxi brousse nous débarque sans me rendre la monnaie et nous confie à un autre taxi.

    Un placeur installe une famille avec au moins quatre enfants sur la troisième banquette du break Peugeot. Puis, Dominique, qu’il appelle « Maman » devant. Sur la deuxième banquette, se tassent 4 personnes. Il ne me reste plus qu’à me coincer entre Dominique et le chauffeur. Dominique ne l’entend pas ainsi et pique une grosse colère. Nous avions fixé 26000 F pour 4 places. Il rend la monnaie sur 28 000 et nous voilà tassées ! C’était bien la peine de payer si cher ! Dominique se lève et part dans le marché. Je suis à bout de nerfs après 10 heures de route, 40° à l’ombre, en plein marché, seules blanches, c’est bien le moment de faire une colère!Je vais au coffre retirer nos bagages. Il y a une poule vivante dans une bassine au dessus de notre valise. Heureusement la grippe aviaire n’est pas encore arrivée au Bénin.

"Elle va revenir!"

     Tout le monde proteste : le chauffeur était un  malhonnête ;  Dominique a eu raison de se fâcher, « elle va revenir, il faut l’attendre ! ». Je retarde  une douzaine de personnes en plein cagnard ! J’ai oublié que nous sommes en Afrique, pays où on attend facilement

    D’ailleurs, Dominique est de retour. Le nouveau chauffeur est musulman : « Allah récompense les gens patients » dit l’autocollant collé au tableau de bord. Le taxi se détourne de la route pour poursuivre le chauffeur indélicat jusqu’au garage où il fait réparer sa roue.

    Le nouveau taxi avale les kilomètres. En une heure, nous voilà à Natitingou. Pour racheter l’honneur des chauffeurs béninois, nous sommes conduites à domicile à l’hôtel Tata Somba. Normalement les voyageurs sont déposés à la gare routière, puis pris en charge par les zemidjans.

Tata Somba

    Accueil chaleureux de Léon, le lion
Léon nous attend en haut des marches et nous fait la bise. L’accueil est très chaleureux.

     L’Hôtel Tata Somba est un hôtel datant des années 70, construit autour d’une jolie piscine. Chaque chambre est ronde comme une case africaine, l’ensemble fait un cercle autour d’un jardin. Il est crépi de rose imitant la terre rouge. La chambre est climatisée mais aveugle. Pas d’ouverture, mais la Télévision. « Questions pour un Champion » quand on l’allume.

    Léon nous attend au jardin et nous offre un pot. Notre correspondance sur INTERNET nous vaut un traitement de faveur. Il se présente lui-même : » le Lion », il est très expansif.

    Dîner aux chandelles dans le jardin : spaghetti bolognese. La carte est chère. Les spaghetti sont très copieux. Je prends un dernier bain de nuit puis nous donnons nos nouvelles au téléphone : pendant trois jours nous serons dans la brousse, injoignables.


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